CHAPITRE Xn
CNE CRISE ADOUCIT LES MAUX DU PAPE ; CEPENDANT LES INQUIÉTUDES NE SONT PAS ENTIEREMENT DISSIPÉES. LE COMTE APPONY VA VISITER CONSALVI A PORTO^d'aN^O. LE PAPE, DONT LA SANTE. EST^ UN PEU AMÉLIORÉE, DÉSIRE ENTRETENIR LE GA|IDINAL CONSALVI. CELUI-CI SE FAIT PORTER DANS LES APPARTEMENS DE SA SAINTETÉ. PAROLES ÏRÈS-REMARQÙABLES DE CE CARDINAL. IL PASSE EN REVUE LES PLUS IMPORTANS INTÉRÊTS DU SAINT SIÉGE. LE PAPE PROPOSE A CONSALVI LA DIRECTION DE LA PROPAGANDE : CELUI-CI l'accepte. LÉON XII TÉMOIGNE AU CARDINAL ZURLA UNE VIVE SATISFACTION, APRES AVOIR ENTRETENU CONSALVI. OPINION DE CONSALVI SUR LES ZELJNTI DE FRANCE. LE PAPE PAROIT SE RÉTABLIR, MAIS l'ÉTAT DE CONSALVI EMPIRE TOUS LES JOURS. ALEXANDRE, EMPE- REUR DE RUSSIE, PROJETTE UN VOYAGE A ROME. CONSALVF FAIT DEMANDER LA BÉfïÉDICTION DU PAPE IN EXTREMIS, LE CARDINAL CONSALVI MEURT. SON TESTAMENT.
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Les demandes de Tambassadeur occepoient vivement Pattention du conseil à Paris.
Mais Dieu ne vouloit pas encore appeler auprès de lui Léon XII: administré la veille de Noël, il se sentit soulagé ; une crise salutaire* parut d'^abord adoucir ses maux. Toutefois, de
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sinistres marques de Fincoinmodité douloureuse qu'ail avoit eu à combattre, subsistoient et inspiroient toujours un effroi involontaire. L^état du Saint Père lui avoit cependant permis de faire expédier, le 26 décembre : 1** le bref qui nommoit M. de Pins administrateur du diocèse de Lyon ; 2** le bref qui faisoit part de cette nomination au chapitre*. Cétoit un Pape malade qui répondoit si obligeamment au roi de France. La demande faite le 10 décembre, étoit accordée le 26 ; on sait de là que le cardinal dalla Somaglia avoit pris un grand intérêt à cette affaire.
Le cardinal Consatvi s^étoit retiré à Portod^Anzo pour jouir d^un air meilleur, et surtout pour ne pas parler. M. le comte Appony, ambassadeur d'' Autriche, alla le voir, et il en fut accueilli avec bienveillance. M. Appony, homme de tact, ne pouvoit. interroger qu'avec délicatesse un malade pour qui les affaires de ta politique avoient perdu de leur intérêt.
L'^amélioration remarquée dans Fétat du Pape continuoit à faire quelques progrès. Lorsqu^il se sentit mieux , il manifesta le désir d^entretenir le cardinal Consalvi ; celui-ci quitta sur-lechamp Porto-d'Anzo,^ et se fît porter dans les appartemens du Pontife. Le nouveau souverain et Fancien ministre , tous deux , en quelque
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sorte, prêts à quitter le monde, commencèrent à se demander des nouvelles de leurs souffrances réciproques. Le cstrdinlil, né en 1767, avoit trois ans de plus que |e Pape, et dit à ce sujet des choses qui pouvoient encourager le Saint Père à se soigner, à se ménager, et à se flatter que la nature lui rendroit au moins le peu de santé relative qu'ail ayoit au moment de son avènement à la dignité pontificale.
De ces premiers' détails qui ne ppuvoient suffire à des esprits aussi élevés , ^entretien l;Qmba sur les intérêts politiques du Saint Siège. Entre eux, les hommes d^état de Rome OAt encore des vœux à diriger vers le ciel, même aux approches du terme fatal, et ces voeux sont pour la prospérité du Saint Siège. SUen n^est rare à Rome comme un sentiment de ^ideur pour ce qui*concerne les avantages de la religion; il semble que Thonneur d^avoir obtenu le dépôt des affaires de la chrétienté, rapproche même les dispositions les plus ennemies. Il avoit pu exister des rivalités; de ces rivalités avoient pu naître des offenses ; mais les cœurs généreux savent tout pardonner. Pour que le retour, à .une bienveillance mutuelle fût complet, il ne suffisoit pas que la belle ame du maître oubliât Tinjure; il falloit que Tesprit juste, le dévoûnient aux intérêts de la métro-
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pôle du monde, déyoûment qui caractérisoit aussi Consalvi, répondissent suWe-champ avec tendresse. L^eflTort du souverain pou voit avoir quelque- chose de grande' Tassentiment de Gonsalvi n^étoit pas moins digne de louanges : il faisoit mentir Tacite, qui a dit : f( Odisse quém lœseris (i). » L^enlretien (2) dura plus d'une heure. Le cardinal, interrc^é sur les divers intérêts du Saint Siège, déclara qu'il veiioit de ré^ fléchir à tout ce qu'il y avôit à répondre , que dans ses réponses il manifesteroit des sentimëns auxquels il s'étoit arrêté depuis long- temps, que, préoccupé vivement de l'importance d*une conversation aussi solennelle, il avoit modifié d'anciennes opinions qu'il alloit aussi manifester telles qu'elles étoient présentement dans son esprit, et qu'ainsi il arrivoit aux pieds de Sa Sainteté pour dire tout ce qu'il avoit pensé, et ce qu'il pensoiten ce moment après de -mûres délibérations avec lui-même,
« Votre Sainteté le sait ; rien n'est plus difficile que l'art des affaires. Je ne m'y suis entendu qu'après bien
(i) Tacite, vie d'Agricola, 4^.
(a) Les principaux traits de cette conversation m'ont été confiés (Pal)ord par le duc de Layal, qui en a su quelques points du cardinal Gonsalvi ; ensuite par la duchesse de Devonshire, et enfia par des réponses et des communications que le pape Léon XII a daigné me faire à moi-même.
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des fautes; mais qu'on ne se méprenne pas! les fautes instruisent. La plus grande faute est de trop répondre. J'ai trouvé heureusement dans la secrétairerie d'Etat la bonne' maxime de peu écrire et de bien écrire. J'ai dû à cette maxime antique du Saint Siège beaucoup de succès. La punition suit de près la faute de celui qui répond trop. On ne possède plus seul quelquefois un secret important. On ment, et les mensonges sontiine mer sans fond. Un état de mensonge est la vie habituelle de bien des cours. Un^mensotage à Rome perdroit tout un régner: sur-le-champ, il faudroit un autre Pape.
» Je me suis prescrit, pour ce que J'ai à révéler aujourd'hui, l'examen de six points principaux : ^ » 1» 'Votre Sainteté aura quelque peine à faire oublier par Louis XVIII le voyage de Pie VÎI à Paris; mais le frère du roi ne connolt pas ce voyage, ou l'a oublié. Il faut devenir l'ami le plus intime du frère du roi, sanâ'offenser Louis XVIII ; car Votre Sainteté et le roi TOUS avez besoin l'un de l'autre. Les roi» de France sont les maîtres, par. leur influence (1824), du Levant,, QÙ tant de catholiques souffrent d'horribles aVanies.
y» 2**^ ^'hospitalité aux Bonaparte ne peut être re-. fosée ; mais elle doit être accordée avec réserve*. Le» Bonaparte^ comme tous ceux qui sont vaincus, se trou-* vent dans l'opjposition ;' ils recherchent les carbonari^ dont vous aurez à vous occuper sérieusement. De cette union de circonstances naîtront des eiAbarras , des projets qui seront indiscrètement révélés. Il y aura trop d'hommes aigris ^et inhabiles dans ce secret; vous saurez tout ou par les uns pu par les autres.
» 3» Nous n'avons pu sous Pie VII célébrer le Jubilé, le terme est bien près ; il faut annoncer le Jubilé en 1824 et le célébrer en 1825 ; il y aura des obstacles de
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toute nature; moi-même j'ai comme .promis de m'oppOser 4 cette mesure, si ou me consulte; mais un Pape conune tous n'a pas à penser comice moi; il y aura mille. obstacles de toute tiature chez vous, loin dev^yous. Ne céde2*pas, si, vous croyez le- Jubilé indiB** pensable à la religion, s'il devient, selon Y . S. , le complément de la rentrée de Pie YU. à Rome, et la trompette qui appellera cent, deux cent mille témoins pour voir un Pape libre dans sa capitale. Ne repoussez pas noa plus ceux ^ui, dans le^ur bonne foi, signaleront les dàn-^ gers. . -
n 4^" Je dois parler de la question relative. à la prptection que ndiis devons aux catholiques de l' Amérique méridionale. L'année derrière ie traitais avec ména-^ gement les Gortès, pour introduire dans la poUtique avec elles, si elles dévoient garder quelque temps le pouvoir, le. droit et la faculté de nommer des évêquésk aux si^es vacans dans ces lointaines contrées, La .Intimité espagnole n'exqrçoit aucune puissance sur ces provinces, qu'on peut appeler chapuue i^n royaume. J'avois accordé à cette légitimité plus de quinze ans pour se remontrer souveraine, et dans son ingratitude, ou dans son impuissance, l'Espagne d'Europe sembloit se faire une arme de. noire silence pour frapper plus vivement ses.Tévoltés. A nous, il nousfalioit la conservation du catholicisme dans toute sa puveté. Si l'Espagnol du continent avoit permis d'instituer des évéques à Colombie, au Mexique, enfin partout où ils étoient demandés, j'aurois donné trente ans à la légitimité pour se rétablir r mais il pouvoit arriver > un temps où, sans avoir recouvré son autorité,. l'Espagne nous auroit dit : « Je suis forcée de renoncer à naa sou- *^ veraioeté, sauvez votre dogme comme vous le pour-i
» re& » - Alors il eut été trop tard pour Rome. Notre vicaire apostolique survenant après -ces attentes, auiXHt trouvé autant de- méthodistes, de presbytériens, que sais-je? d'adorateurs db soleil -renouvelés ; notre envoyé en auroit trouvé autant que de catholiques, rai donc entretenu des liens de dépendance et d'amour entre fipme et tous ceux qui se séparoient si violemment, et avÈc éps chances de succès si assurées, de toute souiuission envers les Juntes ou Ferdinand YII. J'ai porté mes regards avec impatience, m'ême sur le Pairaguay. Il y a* lieu de suivre la même direction, mais avec une prudence qui ne se démente jamais. Le cabi-> net de Madrid est votre ami personnel^ très-Saint Père: Tous saurez concilier la tendresse de la reconnoissance avec le devoir dû Pontife. .
M 5<* Il faut relativement à la Russie unecirconspectiou qui ne dorme pas un seid jour. Notre archevêque de Mohilow, quoique presque nonagénaire, et n'ayant presque plus de volonté, en conserve assea^ pour être encore ambitieux. Il a eu long-temps, en conversation d'aboid, puis énprojet écrit, des idées de réunion des Grecs et des Latins, non pas à notre manière, mais à la sienne'.' Il devenoit patriarche de Russie, votre Jégat. Yôutf n'auriez plus occasion de faire publier un seul décret do Saint Siège. Les églises seroient réunies con^e nous, et il n'y auroit plus une vraiç voix romaine daiis ces pays^ à partir des frontières de la Gallicie, à qui l'Autriche, l'Autriche que je n'ai jamais rencontrée obstinément sous n^es pas,, permettra , j6 pense, de rester fidèle. En vérité, est-ce que l'efiroyablë iniquité du partage de la Pologne, dans une de ses conséquences, deviendroit une digue ({uï auroit retenu ces flots de schisme qui tendent à nous envahir ! On a fait, do
notre part en Russie, des tentatives de rapprochement peu mesurées. Ne nous a-t-on pas répondu un jour par le contre-projet d'une église siat^e qui nous déroreroit? Yotrè Sainteté peut interroger le cardinal Arezzo qui a résidé en Russie. Uœil doit toujours être &^é sur l'égarement des Russçs, mais VesprU prescrit une longue, patience. Ib reviendront d'eux-mêmes, s'ils ont à revenir ; et puis, si ce grand corps continue décroître, il courra les périls de toutes les obésités politîqi^es. Le catholicisme seul,* trè»^Saint Père^ je le dis avec' des larmes de bonheur et de reconnojssance eîivers Dieu, le catholicisme seul ne peut jamais être trop étendu, et il couvriroit plus •Caicilement de ^puissantes nations civilisées des deux mondes, qu'il ne pouvoit dans l'ancien monde couvrir tant de nations batbares.
» &» Mais voici uue consolation prochaine : j'ai travaillé, je dois le dire, j'ai travaillé à Londres, même d'une manière infatigable, à l'énumcipation des catholiques en Angleterre. Depuis, la duchesse de Devonshire m'a aidé près de divers cabinets et auprès du n» Geoi^e. Cette afiB^ire se suit avec la protection évidente de Dieu ; elle marche lentement, sans jamais perdre un avantage. Vivez, et l'émancipation s'effectuera sous votre règne.
» Le reste, Votre Sainteté ne l'ignore pas plus que moi. Les aides à Rome, pour les lettres apostoliques, les brefs, les bulles, sont innombrables ; ces aides ont beaucoup soutenu ma politique temporelle, sans compromettre autamt qu'on auroit pu le craindre, la politique spirituelle ; et, il faut le dire, à la louange de ces mêmes aides, tous ces talens, ces conseils, ces prudences, cette érudition, cette imitation savante qui reste à la hau* teur de l'éloquence des Pères, Rome les rétribue peim
et -ne les récompense pas toujours assez magnifiquement; c'est un mal. Yous êtes sévère, restez sévère ; Pie Vu n'a pu l'être : mais ne craignez pas de vous montrer généreux-, parce que vous êtes né généreux. Je m'arrête sur cette dernière considération. Il y a, relativement, plus- d'esprit et d'instruction à Rome pour le bien de sa cause, qu'il n'y en a dans beaucoup d'auvires contrées pour l'intérêt de ces pays. Excusez, très-Saint Père ; 'j'ai pu être interrompu par les dpuleurs et par la souffrance, mais je ne- l'ai pa's été par l'idée de laisser en arrière rien de ce que je crois devoir vous énoncer pour la gloire de Rome et pour la vôtre. »
Ensuite le Pape parla de la Propagande, comme on^le verra ci-après, puis, ainsi qu^l arrive toujours, il* se passa uiie foule de choses indifférentes, et qui ne méritent pas d^étre rapportées. ,
Quand Fentretien fut fini, le Pape dit au cardinal Zurla : ^ Quelle conversation ! Jamais nous » n'avons eu avec personne de communica- » lions plus importantes, plus substantielles, et i> qui puissent être plus utiles à FËtat. Nous V avons offert au cardinal Gonsalvi la place.de » préfet de ' la Propagande ; nous lui avons » expliqué la position où il nous a mis nous- » même par sa tenue au conclave ; nous lui » avons'dit que Pie VII avoit été mille fois heu- » reux de posséder un si grand ministre ; que le » même bonheur ne pou voit nous être encore
)> réservé. Le cardinal délia Somaglia a attendu i> quarafite ans la place de secrétaire d^Ëtat » qu'ail possède; il doit la conserver. Nous dé- » sirions que le cardinal Consalvi acceptât la » place de préfet de la Propagande ; il Ta » acceptée; nous sommes au comble de la jqie. » Nous travaillerons souvent ensemble ; il «faut » seulement aujourd'hui ne pas mourir. »
iDe son côté, le cardinal Consalvi, charmé de^ ouvertures que venoit de lui faire le Pape, qui n^avoit pas prononcé un mot sur les scènes de Paris, etqui, par délicatesse, parloitencQrenioinsi des consolations données au nom duroi de France et par le roi de France lui-même, témoignoit une sincère satis&ction que Ton raconnoissoit dans les paroles suivantes. ,Un Français^- pluui hardi et moins discret que M.. Appony^ parloit au cardinal du zélaniisme , et lui demandoit ce quUl comptoit faire dorénavant; il répondit : « Je vous accorde que le zélaxitisme à Rome est » plus un moyen quW but; la difficulté du » temps Ta rendu systématique et. politique. Le n vrai, le pur zélantismej a passé ches^ vous; » mais il n'y est représenté que par trois ou j> quatre personnes. Tant. que cela durera, et » cela durera peu, parce que ces personnes ^i-*- )» ment le roi et lui céderont , tant que cela » durera y ici nous ferons des. alliances. ,Cesl
» ^pût Tos troupes que nous attaquerions ; mais » ne doutez pas que le Saint Siége^ et surtout » le Pape^ tel que je le connois aujourtHhui^ » ne se conduise avec la sagesse et les tempé- M ramens qui nous ont guidés sous le dernier i> pontificat. »
Rome applaudissoit à ces paroles de concorde , si puissantes dans la bouche du ministre de Pie VIL Les diverses oppositions, désarmées par des occurrences si heureuses, alloient peutêtre ne faire plus entendre elles-mêmes que des cris de joie ; mais après toutes ces préparations, tous ces actes de grandeur humaine^ toQ^ ces augures de paix pour le Christianisme^ paisqu'^en définitive, dans le zétantisme de FrftDce il n^y avoit pas un seul mauvais esprit , il ialloit la sanction du Maître des maîtres. Deux victimes étoient là devant la Mort : eUe les Touloit toutes deux ; elle dut se contenter, la i&rbare ! de n'en saisir qu'aune seule,
La satisfaction (qui le croiroit ! ) amena chez [}onsalvi un redoublement de fièvre. Un mieux ;r0mpeur sembla apporter un peu de calme au nisilade ; mais la sensibilité, la tendresse, la rei^onnoissance, le bonheur qui suit un pardon presque inespéré, Tardeur, Tinquiétude, les projets nouveaux dMn esprit depuis longtemps oisif qui se voit rendu aux affairés; le
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retour de^la faveur, le premier, cet fuiîqae besoin de ceux qui Tont connue long-temps, toutes ces circonstances, confusément réunies, produisirent une rechute, et Fintensité du mal ne permit plus le moindre espoir de guéris^i^ Au milieu de ses douleurs, le cardinal ne pen-r soit plqs a lui; averti par le chevali» Italinsky, ministre de Russie ^ que Tempereur Alexandre étoit dans Fintention de visiter Rome, le cardinal pria le ministre d'^aller en toute hâte portei; cette nouvelle au Pape. On sait qu^il avoitété question , entre Sa Sainteté et Son Imminence «^ du rapprochement si désiré entre les deux églises, rapprocdiement qui seroit plus utilq que préjudiciable aux intérêts de la Russie, et qui civiliseroil sérieusement ce grand emf»re^ Tout à coup de nouveaux accidens vinrent e£rayer les médecins de Consalvi. U s'^empressa d'^envoyer chercher la bénédiction pontificale ; elle fut portée au palais de la Consulta (c^est là qu'habitoit le cardinal, ç^est de là quHlcontemploit tous les jours avec courageies appartemens qu^il occupoit dans le palais de Monte-CaifoUo) par le grand-pénilencier, lecardinal Castiglioni, le même que Consalvi avoit soutenu si vivement au conclave, a Cette sainte bénédiction^ » disoit le duc de Laval dans une de ses dé* » pêches à M. de Chateaubriand, cette béné*
» diction qui partoit du lit d^un Pontife ma- » lade pour aller reposer sur la tête d W » cardinal mourant, est sans doute ce que la » religion peut offrir de plus imposant et de I» plus pathétique. )>
A quelques ^pas de cette scène, au Quirinal, le Saint Père ne paroissoit pas être dans une situation moins déplorable,' surtout depuis qu^un courrier, arrivé de Spolète, avoit apporté des nouvelles désespérantes de la santé diune sœur chérie du Pape (Catherine délia Genga, dont il est parlé plus haut). A cette nouvelle , Léon XII dit à un prélat qui étoit prè& de lui : ci Je n^ tiens plus, non ci reggo ; » la mort me presse de tous côtés : ma sœur que » j -aime tant ! le cardinal Gonsalvi à Textrémité ! * Gamnxent soufiî'ir tant d^afiiictions ! » Le duc de Laval termine ainsi sa dépêche : « Tel est, » monsieur le vicomtje , * Fétat misérable des » grandeurs passées et présentes du gouveme- )» ment pontifical. )>
On porta quelque temps après au Pape le testament-du cardinal Consalvi qui venoit de mourir^
ir instituoit monsignor Buttaoni , un ami de vingt ans, son exécuteur fiduciaire.* Il laissoit des fonds pour achever les façades des églises de 3aint- André dette Fratie^ de la Consolation et ^jàraceli) c^est de qiette dernière église que
partent les religieux nommés gardiens de la Terre^Sainte. Il attribuoit une partie de sa succession à la Propagande , qu^il auroit tant fait prospérer; il léguoit des souvenirs d^amitié, comme bagues , tableaux , au Pape, aux cardinaux Spina et délia Somaglisi, à plusieurs dames romaines, à la comtesse d'^Albany, veuve du dernier Stuart; à la duchesse de De vonshire, à des sœurs de lord Castelreagh et à la marquise Brignole.
Léon XII donnoit des larmes sincères à la perte qu^il tenoit de faire du cardinal Consalvi, et il se plaisoit à dire que Rome devoit pleurer la mort d^un ministre si estimé, pour qui le roi d^ Angleterre lui-même professoit une tendre amitié, et à qui il alloit envoyer son portrait, peint par Lavrreiice ; un ministre qui possédoit la bienveillance . particulière de. Tempereur Alexandre , et qui entretenoit une correspondance amicale avec le prince de Mettemich.
Consalvi avoit mis toutes ces royales affections aux pieds de Sa Sainteté. -
Le duc de Laval écrivoit à M. de Chateaubriand :
« Ce n'est pas le jour convenable, monsieur le vicomte, » de vous entretenir des reproches fondés que Ton a faits w à l'administration, d'un Pontificat de vingt-quatre » ans ; elle n'a -été traversée et interrompue que dans^
» les temps de fureurs .qui avouent tout renversé en M {lUippe. H ne faut aujoiird'liVii que 'célébrer cette M mémoire hoàorée pa^ les pleurs de Léon XII, par le » silence des ennemis^ ôn^il,;isar la profonde tlouleur » dont la ville est remplie, ej par les regrets des » étrangers, et surtout de ceux 'qui, coinme moi, ont » eu le bonneUr de conboitre ce ministre li agréable » dans sé^ Taf>ports politiques, et si a^tacl>ant . par le >» charme de son commerce particulier. »
178 HISTOIRE . [lgS41
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CHAPITIJE XV.
LA $ANTé J>Û PAPE EST 1LÉTA]|LI«.^TEAIT£ ENTRE SA SAUfTETÉ ET LE ROI.d'aNGLETEBtRÊ^ STIPULAfTT ÇOMBf^' ROI .DE
HANOVRE. M. DE REDEN, itlNISTRE DU HANOVRE. L IN-
FANTE DUCHESSE DE tUC<>lJES*, AUPARATANT REINE d'É-