‹ Histoire du pape Léon xiiChapitre 21 sur 37 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

PIÏ VII n'ayant pas ouvert le jubilé en 1800, CETTE CÉRÉMONIE n'aVOIT PAS EU LIEU DEPUIS CINQUANTE ANS. EXTRAIT DE LA BULLE DÉ LÉON XII, SUR LE JUBILÉ DE -1825.' EXAMEN DES DIVERS MÉRITES DE LA BULLE. ÉLOGES DONNÉS AUX ÀIDE& Qu'aVOIT SIGNALÉS CONSALVI, DANS SA CONVERSATION TESTAMENTAIRE. RÉFLEXIONS SUR QUELQUES ÉVÉNEMENS QUI CONCERNOIENT PARTICULIE- REMENT LÉON XII AVANT SON PONTIFICAT. LOUANGES ADRESSÉES AU SACRÉ COLLÈGE. LETTRE DE LÉON XII A LOUIS XVIII SUR LES AFFAIRES DE L EGLISE EN FRANCE.

On n^avoit pas vu de Jubilé depuis cinquante

ans, lorsque Lépn XII appela leS' fidèles à cette

auguste cérémonie par une bulle publiée le

jour de TAscension, le 27 mai 1824. Pie VII

n'^a voit pas cru devoir ouvrir le Jubilé en 1800.

J^offrirai un extrait de la bulle du Pape.

«< Léon, évêque, serviteur des Serviteurs de Dieu, à tous les fidèles qui verront ces présentes lettres. Salut et Bénédiction apostolique.

« Le Seigneur dans ses miséricordes a donné aujourd'hui à notre foiblessc la consolation de vous annoncer

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avec joie ce que nous voyions avec Couleur qu'on n*eût pu faire, au commencement de ce siècle, à cause de Tâpreté cruelle des temps, et ce que nous allons avoir le bonheur de célébi^er selon l'usage et les institutions de nos ancêtres.

>t Elle approche enfin cette année d'heureux augure, cette année digne d'être accueillie par les sentimens 'les plus religieux, pendant laquelle, de toutes les parties du monde, on accourt dans cette grande capitale, le siège de saint Pierre, et où l'on oSre au\, fidèles rappelés aux devoirs delà religion, les secours les plus al^ondans de la réconciliation et de la grâce pour le salut de leurs âmes! Dans cette année que nous appelons vraiment un temps de grâce et de salut, nous nous félicitons de trouver, après les maux sans nombre sur lesquels nous avons. gémi, Theureuse occasion de travailler à restaurer tout en Jésus-Christ par l'expiation salutaii'e de tout le peuple chrétien. .Nous avons donc résolu d'user de l'autorité qui nous a été donnée d'en haut, et d'ouvrir toutes les sources de ce trésor céleste amassé par les mérites, les tribulations et les vertus dé notre Seigneur Jésus-Chriist, de la bienheureuse Vierge, sa mère, et de tous les saints, et dont l'auteur du salut des hommes nous a fait le dispensateur. Nous devons ici exalter les richesses abondantes de la clémence divinei par lesquelles Jésus-Christ, nous prévenant dans les bénédictions de ses douceurs, a voulu que la vertu infinie de ses mérites se répandit sur toutes les parties de son corps mystique, de manière qu'elles s'entr'aidassent par un concours mutuel et par Tunion salutaire des biens spirituels, grâce à l'unité de la foi qui opère par la chanté, et que par le prix infini du sang de Notie-Seigneur, par la vertu de ses mérites

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et les suffrages des saints, le^ fidèles obtinssent la rémission de la peine temporelle, qui, conimç nous Font appris les Pères du concile^ 4e Trente, n'est pas toujours femisffe entièrement pair le Sacrement de pénitence, comme elle l'^st dans le baptême.

. M Que la terre éèoute donc les paroles de notre bouche (1)1 que l'univers «ntier entende dans l'aliégi^esse les accens de la trompette sacerdotale qui annonce lé saint Jubilé au peuple de Dieu! Elle approdie cette année d'expiation et de pardon, de rédemption et de grâce, de rémission et d'indulgence ; cette année où dans un but beaucoup plus saint, et pour nous combler des biens spirituels, nous allons voir se renouve- 1er par le Dieu de vérité, ce qu'une Joi ancienne, image de l'avenir, avoit ordonné de faire tous les cinquante ans chez le peuple juif. Oiir si les propriétés vendues et les biens aliénés retournoient, dans cette heureuse anilée, à leUi*s premiers possesseurs, maintenant les vertus, les dons et les mérites dont le péché nous avoit dépouillés, nous sont rendus par la libéralité infinie de Dieu; si les droits des maîtres sur leurs esclaves <!essoient alocs , nous, secouant aujourd'hui le joug du «lémon, et nous afiPranchissant de sa domination tyrannîque, nous sommes appelés à IsC liberté des enfans de ]>ieu ; liberté dont Jésus-Christ nous a gratifiés. Si enfin dans ces temps la loi rëniettoit aux débiteurs le montant de lents dettes et. les délivroit de tous leurs •liens, nous sommes affranchis de la dette plus pesante de- nos péchés, et par ^a miséricorde divine, nous sommes délivrés des peines qu'ils méritoient. »

(i ) Audiai itai^ue terra verba oris noslrlj clangormiig^iie sacerdotalis huccinœ sacrum julHœum populo Dei personantis, uniocrsus orlis Iwtus escipiat ! Ce sont là d'admirables paroles !

Le Pape fait connoître qu^il marche sur les traces des Pontifes romains ses prédécesseurs , qu^il se conforme à leurs pieuses institutions; il annonce le grand Jubilé universel , qui commencera dans la sainte ville dès les premières vêpres de là veille de la prochaine Nativité de Jésus-Christ, et qui durera Tannée entière de 1825.'

La porte sainte sera ouverte dans les basiliques des apôtres Pierre et Paul, de Saint-Jeande-Latran et de Sainte-Marie Majeure. Le Pape continue en ces termes :

» Si, de toute antiquité, les hommes de toutes les conditions et de tous les rangs, malgré la longueur et la durée des voyages, sont venus sans cesse en foules toujours plus . nombreuses , de tous les- points de la terre hsJÂtable, à ce principal palais des beaux arts; s'ils ont regardé comme approchant du prodige l'éclat dont Rome brille par la magnificence âfi ses édifices, la majesté du lieu ^et la beauté dé ses monumens, il seroit en même temps honteux et contraire au désir que nous devons avoir d'obtenir la béatitude étemelle, de prétexter la difficulté' de la route, le mauvais état de la fortune, ou quelque autre motif de ce genre, pour se dispenser des pèlerinages de Rome. Oui, meA chers fils, vous trouverez à Rome des biens qui compenseront largement tous les désagrémens, quels qu'ils soient. Vos souffrances, si toutefois vous en éprouvez, ne seront p'oiht en proportion avec ce poids immense de gloire que les secours préparés pour le bien des

ainesy opéxecont en vous avec la grâce ineffable de Dieu. Vous recueilierezdes fruits abondans de pénitence, au moyen desquels vous offrirez au Seigneur les mortifications les plus pénibles de la nature ;- vous acconiplirez sûntement les œuvres prescrites par les lois'des indulgences, et vous mettrez le sceau à la ferme résolution que vous avez prise de châtier et de réprimer vos passions. »» Geignez-vous donc les reins (itaque accintti renés); montet à la sainte Jérusalem, à cette* ville royale, qui par le siège de saint Pierre et par l'établissement de la religion, est devenue plus illustre et plus puissante, qu'autrefois elle ne l'a été par sa domination terrestre. « C'est là cetie ^Ule, disoit saint- Charles en exhortant n ses oûaillesrà faire le voyage de Rome pendant l'an- » née sainte, cest là celte ville oà faspect du s»l, des mu^ n railles i des autels, des églises, des tombeàiix des mar^ ft tyrSf de tout te qui s^offre^ aux regards, imprime dans • tome quelque chose de sacré, êomme t éprouvent ei le senti êeht ceux qui visitent ces lieux dans les dispositions re-^ » quises.,, »' Aussi resplendissante q^e le ciel, la ville àt Rome, lorsque le soleil répand ses rayons, a dans son sein deux flambeaux,, saint Pierre et saint Paul, qui réfléchissent la lumière par tout l'univers. Tel est le langage de saint Chrysostôme.* Et qui oseroit, sans être pénétré des plus vifs sentimensde dévotion, approcher des lieux témoins de leur sacrifice, se prosterner devant leur tombeau; et porter les lèvres sur leurs chaînes plus précieuses que For et les pierreries ! Qui pourroit retenir ses larmes en voyant le berceau de Jésus-Christ < en songeant.aux cris de l'enfant Jésus dans la Crèche, en adorant Tes sacrés instrumens de la Passion du Sauveur, et en méditant sur le Rédempteur du inonde attaché à la Croix I

m HISTOIRE [4824]

N Goinme par un -bienfait extraordioaive de la dirine Providence, ces augustes monuinens de la religion se trouveat réunis dans Rome seule, ce sont autant de gages précieux de .l'amour que le Seigneur a témoigné avec plus de profusion aux portes de Sion qu'à toutes les tentes de Jacob; et ils vous invitent de la manière la plus pressante, nos chers fils, à vous avancer sans délai vers la montagne où il a plu à Dieu d'habiter.

» ISotre tendre sollicitude exige que nous recom— mandions spécialement aux rangs divers de notre ca— pi taie, de.se rappeler que les regards des- fidèles ac-> courus ici.de toutes- les parties du globe, se portenmt sur eux, et que par conséquent il ne doit y avoir en eux rien que de grave, de modeste et de digne d'un chrétien , aûn . que leurs mœurs n'offrent aux -autres €(ue des exemples de pudeur^ d'innocence et de tous les genres de vertus. Il faut que le peuple de prédilection, chez lequel le prince des Pasteui*s a voulu quefôt placée la chaire de saint Pierre, apprenne aux autres nations à respecter l'EgUse catholique et son autorité, à suivre ses préceptes, et à rendre hommage aux- ministres et aux objets de la rehgion ; il faut que l'on voie flen* rir chez nous le respect dû aux temples ;' que les étrangers ne remarquent rien qui tende au mépris du culte et des lieux saints', rien de contraire à la pureté, à l'honnêteté et à une modestie vraie ; qu'au contraire ils admirent une sévérité et une puieté de discipline qui montrent par toutes les habitudes extérieures, la vivacité et la sincérité des sentimens de l'ame. Nous p commandons surtout que les jours de fête consac aux saints offices, et établis pour rendre honneur Dieu et aux Saints, ne paroissent pas institués pourqu'oi s'adonne aux festins, aux jeux, à des joies immodé

mi] DU PAPE LÉON XII. Î25

rëes et à. la licence; enfin, gue tout ce gui est vrai, tout » qmest honnûe^ tout ce qui- est juste, toiU ce qui est saint, ^oêU ce qui est aimable, tout ce qui est digne (Tune bonne fmomméej distingue le peuple it)maiii, afin que nous |)j(iiMions nous flatter^ non-seulement de ne pas avoir ohtcurci, mais encore, d'avoir par notre zèle et paV nos inœuf& exemplaires, rendu plus ^latante cette gloire de foi et de piété que Tt^pôtre saint Paul proposoit luimême pour modèle, et que nous avons reçue de nos pères comme le plus.précieux béri^ge.

» Jérusalem, plaise à Dieu qu^ils viennent à toi le front penché vers la terre ^ les enfans de ceux qui (ont humiliée^ €t qtCUs adorent la trace de \ tes pas l tous ceux qui se sont faits tes détracteurs!... C^ est à vous que nous nous adressons, dans- toute Fafiection de notre- cœur apostolique, vous qui séparés de la véritable Eglise de Jésus-Cbrist, et 'éloignés de la voie du' salut, notis faites géniir sur Toti'e état! Accordez au plus tendre des pères la seule ebose tjui manque à l'allégresse générale, savoir :* qu'appelés par Finspipation de l'esprit d'en haiit^ à jouir de la céleste i lumière, et, rompant tous les' liens de séparation, -vous partagiez lés'sentimens de FEglise, notre nîère tommune,.boi's de laquelle il n'y a point de salât! Nous ouvrirons notre cœur à la joie, nous vous recevrons avec allégresse dans notrie sein paternel, nous bés^irons le Dieu- de toute consolation, qui* dans lé plus erand triomphe ^e la vérité catbolique, nous ' aura en- «idfis de tou;^ les trésors de sa misérinorde... Nous ne doutons point que les princes catholiques, nos bkn-aiinés fils en Jésus*4ihiist, ne nous appuient de toute leur autorité en cette circonstance,* afin que ces dispontions pour le salut des âmes aient les résultats que nous en attendons. En conséquence, nous les prions et

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les conjurons de seconder, avec tout le zèle qu'ils oni pour la religion^ les soins des évéques, nos vénérables frères ; de favoriser leurs travaux de tous les efforts possibles, de vpiller à la sûreté des routes, et de préparer les hôtelljeries pour les pèlerins qui voyageront dansFintérieur des Etats des princes, afin que dans cette œavre de piété, ceux-là ne reçoivent aucune injiire. I^es princes n'ignorent pas sans doute quelle- ccrnspiration s'est élevée de toutes parts pour la destruction et l'iméantissemept des droits divins et humains, et quelles merveilles le Seigneur a opéirées en étendant sa main, et en humiliant l'audace des forts. Ils ont à penser qu'ils doivent, de. continuelles actions de grâces an Seigneur des seigneurs qui a rerapprté'la victoire, et qu'ils doivent implorer san» cesse le secours de la divine miséricorde par leurs humbles prières, aÛQ.que tandis que . là perversité des'iiiipiesi s'insinuepar tout avec l'adresse des serpens, • il achève par sa bonté T-ceuVre qu'il a

commencée! Yous tous,' mes chers eniana^ qm êtes

du bercail de Jésus-Ghrist, priez Dieu ffae tout ceci s'accomplisse au gré de nos désirs ! car nous espérons que les prières et les vœux que vous adressez générale* ment pour le bien de la foi catholique, pour le retour de nos frères erràns à la Vérité, et pour le bonheur des princes, attireront sur nous les miséricordes du ' Seigneur et soulageront notre foiblesse dans les fonctions importantes que nous avons à rempUr.

» Afin que tqnis les fidèles, dans quelques- endroits qu'ils habitent, aient plus facilement connoissance des présentes lettres, 'nous voulons- que les exemiplaires imprimés signés par un notaire pubUc, et portant le sceau d'un dignitaire ecclésiastique, inspirent la même confiance que ces présentes.

tmS4] DU PAPE LÉON XII. 227

» Que personne n'ose* enfreindre ou contredire cet écrit j cette promulgation ,' concession ^ exhortation , prière et volonté ! Si quelqu'un avoitln présomption d'y donner atteinte, qu'il sache qu'il encouri*oit l'indignation du Toùt-Puissantet des bienheureux apôtres Pierre ietPaul!

* n»nhé à Rome près Saint-Pierre, l'an diï Seigneur

1824yle9de8 calendes de juin (27 mai); leptemier de

notre Pontificat. *

ff

J. çard. Albani, prodataire. »

Il est inutile de faire remjarqueir tout ce qu^il y a de sage ^^de pieux f de profondément poliiiique dans ce document. Le lecteur ne peut pas reconnoitre la pureté cicéronienne de la phrase latine, la netteté j^Fentente hettretiseet hardie des périodes, la finesse du trait, Texcellence del^xpression ; mais il peut voir iclairementla tendresse, la fermeté, la dignité de sentiment qip' ont dicté une telle exhortation . Rien n^a été omis; lé père cominun yient dWertir tout le monde : il à appelé )ès enfans séparés paiT: de longues distances ; il a conjuré les princes de préparer des secours, des protections pour que le royage fût h^Ukux ; il a supplié les frères égarés de revenir à lui ; il a prévenu les Romains, qui ont à devenir Fappui, les amis d^hôtes si nonJ^reux, que les citoyens de la ville étemelle doivent les premiers exemples de

charilé, de bienfaisance, de vertus hospitalières, de généreuse. assistance. Rome dans toute son étendue, à rentréedespVemierspèIerins,ne peut se montrer qu^une ville sainte et. sans tache. Léon XII a\'oit long-temps médité sa bulle du Jubilé, e^lleétoit, après t^nt de préparations' délicates, tantde^Qinsmultipliés, tantde rônséilsdeniandéset suîvis,cequ^ellea été ilya di^c-haitans pour les conJLemporains, et ce qu'^elle sera pour les âges futurs , tin modèle de prévoyance , de paternelle, sollicitude, et -enfin l\an'desdocumens les plu5 îinposans de rautorité da Saint Sjége, déjà siprodigue de telles richesses ;. enfin une preuve irrécusable des talent signalé» plus haut par Consalyi dans .sa conversalion testar mentaire..

En ce moment , le duc de Lâ^al^Montmorency^ qui avoit obtenu la permission d^alier à Paris, demanda à p;*endre cOngé de Sa Sainteté, et me présenta coinjne chargé dWàiresdu.Rof . Il faut ine plaindre , car je vais être mfèlé dans des intérêts bien délicats; mais le chargé d^afiaires vénéix)it le Saint Père, il honoroil son roiy-et il nlloit tâcher ^ir.faire marcher de front ces deux dispositions, qui peuvent s^àllier- chez un catholique ejL chez un français.

Les observateurs du cœur humain savent qu^il est naturel que Tesprit de Thomme, après

s^être livré à une étude de la plus haute portée^ reste préoccupé, de rintérét qui vient de le saisir tout entier^ el qû^, plu$ Pintérêt qui environne cel iicte a de grandeur, plus il est difficile de Ven* détachier et de retomber arec la prévision ordinaire jiuv Tensemble des affaires' d\u\ ordre inférieur; on* est contraint à descendre 4u« Ciel et de sa gloire, si ce sont le Ciel et sa gloire qui . ont absorbé les facultés de notre anae, et Font plongée dans les flammes d^enthousiasme qui sont alors permises à notre- esprit.

Léoa XII vient dé bien méditer du CieL et il va, peulr-être, si j^'ose parler ain&i, con^tnettre ime faute stur la terre. La probité de Thislorien le ibrce^ api:è$ qu'il a exalter les travaux où tout a été digne d^admiration^ à ne pas laisser ignore^ lesi faits qu'ion voudroit ne* rencontrer jamais dan$'xine vie de prudence expérimentée et de cireoBspection clsurvoyante.

Nou$. n^avons mis v on Ta bien reconnu ^ aucune i:éserve..dan& les louanges quUl nous a été permis dWcordêr. Ne nous réste-t-il pas mainteoant.le droit dexlire,^n tout respect,' a près ces élogesy^quede t^at de vertus, ddUnt d^impulsionk menant a^.)>ien, à Thonneurde porter avec majesté le fardeau sublime du pontificat, il pouvoit naître quelque malentendu, quelque déviation que ^histoire,, qui a un bandeau de

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glace sur le front, ne doit point', passer sous silence ? Reprenons quelques faits antérieurs. ^

Les premières années du cotnte Annibal délia Genga, youçes aux études^ voyoieni se déve^ lopper en lui un. caractère énergique et ferme que les distractions du jeune 4^ ne-pèu-*voient pas toujours entraîner loin dte limite^ du sage et du vrai. L^archevêque de Tyt avôit puisé en Allemagne des idées dé grmideur politique qui partiçipoient de la '.gravité- aile-* mande; elles ne se compromettoientjainais, tout accompagnées qu^elles étoient de 1-esprit -^égant H graciieux de la* société des CQum^l A ces idées étoit verni se joindre un sentiment de confiance qui ne 4ûit arriver qufe tard (chez rhomme, et dont il faut long^temps «e <iéfier. Ce qui, en 18149 avoit le plus ranué Tame du second ; diplomate de la* Cour -romaine (car Consalvi tenoit bien' haut la' première place ), avoit été ce succès, peut-être succès de parti^ ce succès qui faisoit indiquer Tanciez nonce à Cologne, à Ratisbonne, à Munich, -corattie devant être nonce en France api^ès le retour des princes légi41bes. Le gentilhomme de Spolètè, si beau, à la démarche si noble, et Fhonttne éprouvé . d^ns les affaires, avoient Fun comme Tautre, et dans le même cœurj éprouvé une douce jouissance. Toutes les nonciatures^ mè —

[l^A] DU PAPS LÉON XII. 231

nent au chapeau de cardinal ; mais la nonciature de Fpince est Fornement, le bijou, le joyau j le diamant le plus inestimable <jpie puisse espérer 1^ diplomatie pontificale^ Nous avons vu CkmsalTÎ^ à peu près dans des ^ntimens pareils, repousser un prélat rival et lui faire céder le pas de toute Tautorité d^uH prince de r£glise qui avoit été le chef, le directeur des essais du jeune ambitieux; mais cette faute est passée et.pardonnée.

Mous n^avons reparlé qujà regret de Consalvi en cette circonstance^ et ce n^est que parce qu^il a été peut-être lacausedu^malehtendu que nous allons rapporter.

Quoi qu^il ^n soit des paroles trop dures qui avoîent été prononcées ^ le cardinal, dans les règles et dans les bienséances de rhàbileté romaine, devoit venir offrir des excuses au prélat, et -{ne pas attendre la facile tnagnanimité dn Pontife : rien décela; le poignard étoit T^aié dans la plaie. Il avoit fallu que là .main du blessé arrachât ce poignard elle-même.

Qu^arrive-t-il alors ? La vertu la plus humble n^a pas ce courage sans danger, ^n est devenu si grand par cet abaissement auguste, qxi^il faut prendre garde aux périls que court la t*aii;on quandJe cœur est consolé; et puis Consalvi, vainqueur dans une courte entrevue , avoit été

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blâmé par tous ceux jqui apprenoîent sa faute, ï^es oia^ères gracieuses de ranciei^ie cour de y e;*$ailli^ y rapportées aux Tuileries , avoi^it coinuiencé et adbevé la guérisoii du vainlsii. A présent, une belle ame qui sait si tôt oublier une injure^ t(Hnbe dans le péril d^exagérer la reeon* noisisance pour celui qui a jeté du baume sur la plaie. Un isentiment indéfinissable ^le; gratitude étoit entré bien avant dans Fesprit-de Far-* chevêque de Tyr. Devenu cardinal, il portera un intérêt passionné aux affaireside la France; repoussé par elle au conclave, il aimera encore cette' ingrate. Des hommes qui se trcmipent viendront harceler le Pontife au nom des soin» prodigués. *dâns le temps de ses* peines; ces hommes diront qu^ils ont bien examiné Fétat de la France, et qu^eux seuls ils saveùt le remède. Enfin, des incopsidérés tourmentèrent Y ami de la France^ et voulurent lui persuader qu^après avoir envoyé la bulle du Jubilé, qui produiroit.une impression si nouvelle, il devoit intervenir dans les affaires particulières du royaume ; qu^ainsi il plairoit au roi, qu^il plairoit au frère du roi, à son neveu et à 3a mèce; Le fond des plaintes étant vrai, il y avoit à dire une partie de ce que Ton vouloit que le Pape énonçât dans une lettre à Louis XVIII ; maïs il falloit le dire sans le dire, si cela étoit possible;

[i834] DU PAP£ LÉON Xil. 235

il ne convient jamais d^écrîre urne lettre, qn^on Da sache danSiles mains de qui elle tombera, et qui pourra répondre. Il ne ÊiUoit pas laisser juges de cette grande aflFairç les entraînertens de son coQuretde sarreconnoissance; il falloit, à défaut du cardinal délia Somaglia , porté à gronder dWiton complimenteur, consulter d^au très cardinaux (i). Telle est Forganisation de cette réunioa de conseillers du Saint Siège, pris dans tous, les rangs, dans ceu^ de la naissance, de rexpérience et du talent; telle est la construction de cephare d^où partent de si vives et de si éclatantes dartés , quHl n^y a pas une question quelconque^ de dogme ou de politique, pour laquelle un Pape ne trouve pas un avis n'oble , une dii^ction sage, une réserve habile, enfin dans tous une si abondante lumière, que Léon XII auroit dû appeler à lui un de ces coopérateurs fidèles, zelanti ou non . Alors il eût différé sansdouie la démarche qu^il.va entreprendre; en ce cas, diflTérer, c^est éviter le danger. IPame de Tarcbevêque de Tyr , non ignara ifnali, Vémut au .récit des souffrances auxquelles on disoit qu^étoit livré Louis XVIII, et il crut

(i) Dans j(Uie relation sur Clément XI, écrite en 1700, et que j^ai en manuscrit danarma bibliothèque, l'ambassadeur de Venise Erizzo dit : « I costumi e la. dottrina sono i due poli del cislo ecel$naH%oo, »

^4 mSTOIRE i [iOÀ]

que des témoignages d^intérét et de condoléance seroient agréables-à Sa Majesté^ chez qui il ne rencontra malheureusement d^abord que la fierté royale. Ce fut le pi*élàt peut-être^ plutôt que le Pontife ^ qui écrivit la lettre suivante, excellente assurément dans presque toutes ses parties, mais qu^à Paris ou vouhit trouver intip' portune en quelques points.

Une première dépêche officielle et indifférente pouvoit êti*e coitununiquée aux ministres à Paris ; cette autre lettre devoit rester secrète.

Le Pape Léon XII à Louis XVIII j roi de

France et de Namrre.

SlRE^

« Nous TOUS adressons cette seconde lettre que nous dictons nous-mémey pour vous ouvrir les secrets de notre cœur et pour manifester à Votre Majesté, avec la plus grande sincérité et sans aucune réserve, nos peines et nos sentimens.

» Au milieu de la • douleur qui noua oppresse, en voyant les maux immenses produits dans touteFEurope, par le système des novateurs modernes, qui se déguisent sous mille formes, et tout en .considérant l'esclavage pénible sous lequel l'Eglise gémit, nous trouvions quelque consolation à tourner nos regards vers la France, qui annonce un avenir plus favorable pour la religion de ses pères, et qui reçoit une si puissante impulsion vers le bien, des exemples de la piété éclairée de son souverain, et des princes de la famille royale^

il s'en faut de beaucoup cependant que notre joie soit complète. Aussi, qUe Votre Majesté nous. permette de lui ouvrir notre cœur tout en^er i

» Le clergé catholique doit À ses soins bienfaisans de yoir son sôit déjà fantisoit peu amélioré ; mais jusqu'ici il n'est pas suffisaminent piiot^éj par les lois, ni assez soutenu par les magistrats. Les efforts généreux de tant d'ouvri^s éyangélrques trouvent souvent (}es obstacles, et sont sans cesse contrariés par tant de moyens de. sé* duction, principalanent par la profusion des mauvais livres ! Une législation qui offense la religion sous tant de rapports, subsiste cependant. Il est permis à chacun de penser et 'à& croire comme il lui convient le mieux, et les professeurs.de langues sacrées sont' contraints de s'engager par serment à enseigner des doctrines appartenant à la classe des opinions qui ont déjà. été là' cause de maux bien grands, et qui ont fourni aux ennemis de la religion des armes- puissantes pour la combattre et l'insulter. Une foule d'écrivains lancent impunément leura traits, contre la religion, et la lettre pastorale d'un cai:dinal-archevéque, respectable à tant de titres, est déûoncée et condamnée sans aucun égard. Cependant le concordat de 1817 attend toujours son exécution inutilement sollicitée et réclamée par notre glorieux prédécesseur. Les fruits abondans qu'il s'en promettoit et qui le déterminèrent à le signer, ont u^anqué jusqu'à présent, xt nous sommes impatiens de les cueillir ^sans^plus de retard. Un des objets les plus importans et le plus urgent, ce sont les mariages ; nous apprenons qu'on y. pense, mais qu'on médite .en même temps d'ouvrir de nouvelles plaies dans le sein de r£glise, eu. remettant en vigueur les .appels comme iVabiis inconnus à la vénérable antiquité, source de dé-

â36 HISTOIRE [1824]

«ordres étei*nels et de Yexàtions continuelles contre le clergé. Usurpation manifesté des droits les pliis sacrés de TËglise. Les réclauiations qui ont eu lieu dç toutes partS) et les- attentats multiplia de l'imprété 6pt en quelque sorte forcé le gouvepitemènt à jft^oposer une loi pour réprimer les délit» etJes vols commis dans les ^lises, et voilà que sous de vains prétextes on' se refbse à prononcer le mot de sacril^e ; que l'on- met les cultes hétérodoxes au même rang que la religion catholique ; que l'on assimile lés temples des protestans aux églises, G0mme>s'il y avoit dans ceux-là quelque chose de sacré. Quelle comparaison humiGantè entre le clergé catholique et les ininiâtres de fausses seetés ! Outre 'que ceux-ci jouissent- généralement d un traitement- trèssupérieur lUi traitement du clergé catholique , ils ne connoissent nullement ces obstacles -et ces liens qui enchaînent si fortement les évéques et les prêtres de la

vraie religion, qui est pourtant la religion de FEtat et de Timinense majorité des sujets.

•> L'on craint la trop grande influence du' clergé, de ce clergé qui a donné tant d'exemple» de zèle et d'attachement' au- monarque, q.ui est le plus ferme appui du ti'ône, et qui, s'il est sans influence, ne peut faire complètement le bien de la religion ni celui de la société;

» Nous ne pouvons nous empêcher de le dire à Votre Majesté avec une liberté apostolique r Ibrsque nous voyons avec tant de p!ai$tr se renforcer le pat*ti royaliste, nous voudrions que le parti catholique se renforçât également; qui n'est pas bon. catholique n'est pas bon royaliste.

X 11 faut l'avouer ; on ne met pas heaucoup d'empressement à apporter des changemens à une législa-

tioQ qui se ressent des maximes et dés temps malheureux de la. révolution et de l'usurpation. On mettra peut-être en^vant* mille prétextes pour imaginer des obstacles; pour en appeler à la disposition, des esprits ; pour exagérer la^ nécessité de se tenir en mesure; pour, ne pas faire de tort aux intérêts de la religion! Nous prions Votre Maj^té de nt pas y faire attention. Au. fond,. tout s'est réduit à une crainte et à des égards pour les libéraux et Iqs proteatans, et peut-être y entret-il aussi pour beaucpup, l'amour-propre de ceux qui né sont catholiques que de nom^ qui' ne veulent pas rêtre en pratique, et qui se plaisent à se faire line religion cOimnode et adaptée* 4 ieurs passions ! Combien d'obstacles n'a- t*on paa opposés à la guerre d'Espagne? Le gouvernement lès a surmontés. L'entrepris a été bénie par le Dieu des armées, et la France a acquis une nouvelle gloire en présence *de ,toutes les nations* Le gouvernement a voulu la réduction des rentes , et toutes les difficultés ont été vaincties. lia, voulu la septennalité, et rien ne l'a empêché de l'qfotenir.* Pourquoi ne mettroit-on pas le même zèle-, n'adopteroit-on pas le^ mêin^^moyais pour favoriser les grands inté* rets de la religion? Dieu,, par qui régnent les roi?^ vent qu'ils élèvent sa glo'ure,. qu'ils , répriment efficacement les .atte^tat^ de l'impiété, et qu'ils* dirigent les pensées de leurs peuples vers une fin religieuse.- Lés lois civiles ne seront pas reâipectées, si les lois évangéliques et ecclésiastiques ne Le sont pas.

n L'Ëtre-Suprême a opéré dés prodiges en faveur de la France et de la race auguste des Bourbons-; il en opérera' encore de nouveaux, mais il exige, en retour, des témoignage» d'une piété sincère. Certes Votre Majesté ne déniera pas les effets de la bonté divine, et

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dans les transports.de sa pieuse reconninsssa^e^èlte s*est probablement engagée à des promesses qtCU conpieiude remplir. Que la vertu d'en haut descende sur Votre Majesté, et que* par elle la' religion refleurisse avec le plus grand éclat dans ce royaume ! qu'elle choisisse pour ses cck>pérateurs des. hommes' éprouvés par leurs taiens politiques comme par leur piété] qu'elle s'entoure des conseib .«t des lumières d'évéques et d'ecclésiastiques forts de. leurs doctrines et de leur, réputation^ parce qu'avec les meilleures intentions du inonde les kfiques ne peuvent porter un -jugement droit sur ce qu'ils ne connoissént pas assez!

» Qu'elle se souvienne, que les princes catholiques sont les protecteurs et non les.donHnatctors de l'Eglise que Jésus-Christ a fondée libre au prix de son précieux sang, qu'ils sont aussi les fils de cette mère cbmmune, et que, suivant le témoignage de saint Augustin , celui qui n'a, pas l'Ëglise pour mère, ne peut pas* avoir IMeu pour père! '.

» Yotre .Majesté, nous. le répétons sans hésiter, est destinée à faire de grandes choses pour l'avantage de la religion. L'exemple de la Fsance- étendra lelnen parmi les autres nations, et tandis.que le nom de Louis XVIII sera'gravé en caractères d'or dans les fastes def l'Eglise, son règne sera heureux et sa mémoire vivra dans d'éternelles bénédiçtio)is.

» Nous^ avons parlé avec cette fra|ichise qui est le propre de notre caractère et que nous inspirent les vertus du filsainé de l'Eglise. Notre plume a été guidée par une impulsion intime qui nous doime une raison fondée de croire qu'elle est l'ouvrage de l'Esprit divin.

» Que Votre Majesté ne dédaigne pas, au milieu de ses grandes occupations, de lire, de méditer cette lettre !

Un fils de saint Louis ne trompera pas notre espoir. Il sera notre .appui et notre^ consolation. Danâ -cette douce espérance ) et désirant prouver en toute occasion à Votre Majesté notre estime et notre tendresse paternelle, nous lui donnons avec effusion de cœur, la bénédiction apostolique. >»^

P, s, de la main du Pape. • .

« Que Yotre Majesté use d'indulgence, si-ndUs n^avons pas écrit entièrement cette lettre de notre propre main ! Nous ayons» à cause de sa longueur et de nptre malheui'euse écriture, préféré la .dicter et la faire écrire par une main sûre et d'une bonne écriture, pour la moindre g^ne et la plus grande commodité de Votre Majesté, à qui nous recommandons de nouveau ' notre personne même, et les intérêts dé notre sainte religion que nous avoQs taQt à cœur. . • ^ , '

» Donné à Rome le 4 juin^l'an 1S24, de notre Pontificat le premier.

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