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CHAPITRE XIX

BULLE CUM NOS NUPER, SUSPENDANT LES IHDULGENCES PENDANT l'année 1825. NOUVELLES MESURES PRISES POUR DÉTRUIRE LES DÉSORDRES DE LA PROVINCE DE LA CAMPAGNÀ. ARRIVÉE DE M. DE LAMENNAIS A ROME.

RÉFLEXIONS SUR LA CONDUITE DE DIVERS GOUVERNE- MENTS A l'Égard de cet écrivain, i^e bonheur qu'on

TROUVE A ROME EST UN DES PLUS AGREABLES Qo'oN REN- CONTRE SUR LA TERRE. TÉMOIGNAGE DU CARBINAL DE BERNIS A CE SUJET.

Le 3o juin, le Pape publia une baUe appelée Cum nos nuper^ pour suspendre les indulgences pendant le prochain Jubilé ; elle commençoit ainsi :

tt LéoD, ëvêque, serviteur des serviteurs de Dieu, aà perpeluam rei memoriam,

» Nous avons dernièrement, du consentement de nos vénérables frères les cardinaux de la Sainte Eglise romaine, annoncé à tout le peuple chrétien la célébration du Jubilé, qui doit commencer à Rome la veille de Noël prochain, et continuer jusqu'à la fin de l'année suivante. »

Le Pape maintient les indulgences accordées à l'article de la mort ; il maintient celles que le

Pape Innocent XII et d'^autres ont accordées aux fidèles qui accompagnent dévotement le Saint Sacrement quand on le porte aux infirmes. Suit la nomenclature exacte de toutes les indulgences maintenues.

Puis il suspend toutes les autres indulgences et concessions émanées de la libéralité du Siège apostolique, sans cesser, comme il Fa dit en tête de la bulle , de continuer à pourvoir, par une charité paternelle , aux besoinsv spirituels des fidèles répandus dans tout le monde, de conserver et de nourrir dans Tame des chrétiens la ferveur pour les oeuvres de religion et de piété, enfin de maintenir Tefficacité des prières et des suffrages pour les défunts*

Le Pape croit devoir publier cette bulle importante, désirant rassembler à Rome, dans Punité de la foi et de la religion, les fidèles qui, avec les dispositions convenables, visiteroient les basiliques de Saint-Pierre, de Saint-Paul, de Saint-Jean-de-Latran et de Sainte-Marie- Majeure.

La bulle avoit été donnée à Rome , près de Sainte-Marie-Majeure, Tan de Flncarnation de Notre-Seigneur, le douzième des calendes de juillet 1824^ et du pontificatle premier. Elle étoit signée par le cardinal proda taire : J. Albani.

Il ne suffisoit pas d^avoir puni avec éclat

364 aufltilKE u^^

radininislration do cardinal Pallotta; Mossarone éloit infatigable, et d^horribles envieux de sa

iatale répotation s^élevoient de tontes parts, ou plutôt nWoîent pas cessé d^înquiéter le pays.

Monsignor Benvenuti, prélat très-reoommandable par ses yertns et par ses talens, fut envoyé contre les brigands, à la place du cardinaly mais avec moins d^extension dans ses pouvoirs. On lui adjoignit, en qualité de commandant militaire, le colonel des carabiniers, Ruvinetti, homme de tête et dVxécution, propre aux entreprises qui demandoient de la vigueur et de la célérité.

En ce moment un étranger célèln^ parut à Borne.

U ne sera peut-être pas hors de propos d'^insérer ici une lettre que le premier secrétaire d^ambassade de France, devenu, comme on sait, chargé d^affiaiires en Fabsence du duc de Laval, écrivit à M. le comte de Villèle^ le i3 juillet 1824*

» J^ai eu riMHiiiear dTécrire à Totre Exœflence, qae M. de Lamennais étoît aniTe à Rome avant la saint Pierre ; il est Tenu me voir après la fèbt^ dans les prewîeis îoun de îuiUet, ec il m*a demandé sor-le-champ

8*il y avoit dans les ports de TEtat pontifical quelque bâtiment du roi qui pût le reconduire en France. Sa santé paroi ttrès-altérée. En effet, on ne peut se dissimuler que cette saison est très-funeste à Rome aux personnes délicates qui ne sont pas acclimatées.

» Peu de jours après son arrivée, Mv de Lamennais a vu le Pape; mais il ne lui a pas été présenté par moi : ces sortes de présentations se font souvent sans le concours des agens diplomatiques. Le Pape est nonseulement un souverain, mais encore Père de la chrétienté, et tous les fidèles peuvent solliciter Thonneur de lui baiser les pieds. Le cardinal secrétaire- d'Etat n'a pas fait difficulté de me parler de cette présentation ; il m^a dit ensuite qu'il savoit que M. de Lamennais se plaignoit de sa santé, et il m'a comme fait entendre que s*il se trouvoit sans argent,, on y pourvoiroit, et . il a ajouté en propres termes : « S'il veut ici un canonicat, » nous le lui donnerons. On pourroit l'attacher à quel- M que bibUothèque, comme monsignorMaï. »

m Monsignor Mai (aujourd'hui cardinal) est un savant deBergame, précédemment domicilié à Milan, où il a fait des découvertes importantes, en retrouvant sous l'écriture d'anciens manuscrits appelés palimp" sestes, des textes qui n'^toient pas connus.

M Le Pape Pie YII jugea. à propos de Fattirer à Rome , où il a découvert en effet, sous l'écriture d'un manuscrit négligé, des fragmens considérables du traité de la République de Cicéron.

» Cette ouverture de M. le cardinal-secrétaire d'Etat ne demandoit pas une réponse immédiate, puisque je n'avois aucun ordre à ce sujets Je n'ai pas parlé de ce fait à M. de Lamennais, qui du reste me semble toujours déterminé à retourner en France.

%m HISTOIRE [1824]

M M. de Lamennais, que j'ai vu souvent depuis, et que j'ai traité avec distinction, s'exprime en termes trèscirconspects sur toutes les affaires de France. Il prétend qu'il ne veut plus que retourner dans sa province, pour y travailler à de nouveaux ouvrages qu'il médite depuis long-temps.

» Le secrétaire d'Etat m'a dit quelques mots des réfutations qu'on lui a présentées contre certaines parties des derniers volumes de M. de Lamennais. Il m'a expliqué à ce sujet les différences d'opinions des théologiens romains. Je sais que ceux-ci, tout en rendant justice au talent de l'écrivain français, ont cherché à contredire vivement ses doctrines.

» M. de Lamennais l'ignore encore. Il est inutile d'entamer ici, en ce moment, cette polémique, surtout si la personne inculpée doit quitter Rome.

» Il voyage avec M. Vuarin, curé de Genève. Tous deux sont logés au collège romain, établissement quia été rendu depuis peu aux Jésuites, auxquels il appartenoit auparavant.

» M. Vuarin s'est rendu ici, dit-on, dans l'intention de solliciter des bienfaits du Saint Siège pour sa cure. 11 a parlé de protestans qui peuvent rentrer dans le giron de l'Eglise.

» M. Yuarin voit les zelanti avec assiduité. Il a été reçu samedi 12 par le cardinal Sévéroli. Toutefois, à travers ses opinions, peut-être un peu ardentes, perce un sentiment d'attachement pour la France : il désireroit que la cure de Genève dépendît de l'un de nos évéchés, et non pas de Lausanne. Gela pourroit être bien ; mais il faut que le gouvernement du roi s'en explique. D'ailleurs ce projet souffriroit beaucoup de difficultés, même ici.

» Ainsi, monseigneur, je fais plaisir au secrétaire d'Etat, en traitant bien, comme jjB le devois, ces deux voyageurs, quoiqu'ils ne soi^ent venus me voir en quelque sorte, peut-être, que malgré 'eux. Ils sont personnellement reconnoisSans de ces soins et de mon peu de susceptibilité. Ik parlent fort convenablement de tout ce qui concerne les intérêts de notre gouvernement.

» La grande franchise de M. de Lamennais lui nuiroit ici pendant un long séjour. Il parle le premier de ce départ. L'ennui et la chaleur l'accablent. Je laisse donc aller les choses d'elles-mêmes. Il me paroit ensuite assuré, à la louange du secrétaire d'Etat, qu'il ne doit être 4'ien fait, rien dit, rien arrangé relativement à cet ecclésiastique, que je n'en puisse être instruit à la première information que. je demanderai à Son Eminence*.

M Je finis, monseigneur, en faisant observer à Votre Excellence que ce dessein de retenir M. de Lamennais est impraticable. Les ecclésiastiques en possession de diriger les décisions du Saint Siège. verroient cet établissement avec peine, et le combattroient avec succès. En général, et je n'accuse ici ni les Italiens ni les Français, les membres du clergé italien et ceux du clergé français ne savent pas vivre ensemble de près dans une grande intimité. Ceux-ci, plus en dehors, ne cachent rien de leurs impressions quand ils soupçonnent un sujet à critiquer, et beaucoup de faux sujets de critique se présentent dans un pays où l'on n'est pas né et que l'on connoît mal ; les autres, plus réservés, ne comprennent pas cette franchise, que souvent ils trouvent im-* prudente. Je ne remarque donc aucun symptôme qui pourroit vous déplaire, ni aucun de ces embarras que vous me paroissez vouloir prévenir. Je ne suis pas

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ntênie loin de voir des incompatibilités réciproquement insurmontables, quoiqu'il y ait chez tous le même amour, le même respect pour la religicm.

« Je continuerai ces soins empressés pour un nomme aussi distingué que M. de Lamennais. Je ne réparerai pas de lui, dans ma politesse, son compagnon que Ton aime beaucoup ici, et qui^ arrivé en effet sous les^auspices les plus heureux, est regardé commet porteur de la nouvelle d'une réconciliation qui seroit un si beau et un si noble spectacle poUr le monde chrétien. Le Pape et le secrétaire d'Etat voient avec intérêt que j'en agisse ainsi.

» Si M. de Lamennais part bientôt, tout aura été réglé avec bienveill^ce, et sans les débats d'un éioignement qui produit vtoujour« un mauvais résultat à l'étranger. Si cet ecclésiastique reste quelque temps de plus, nos soins lui imposeront le devoir d'une confiance qui est assez habituellement dans son caractère, et la cour romaine, qui en cela se réduit à peu prèa au cardinal délia Soinaglia seul, ne pensera pas long-temps à nous enlever un talent supérieur, que des déplace* mens, les distractions d'un voyage, et des illusions détruites, ont éclairé sur une fausse route, si effectivement il y est. engagé, en le ramenant, n'en déplaise à ce qu'il pourroit s'imaginer lui-même, à des sentiraens d'union et de déférence pour le gouvernement du roi.

M Ces sortes d'esprits ouverts et absolus sortent de l'erreur tout entiers, comme ils y sont tombée (!)• »

(i) En 184^, j'ai encore les mêmes sentimens. Il a clé commis de terribles Tiolences. Une patience inépuisable de la part du Saint Siège les a long-temps tolérées, puis il a dû les punir. Eh

Le chargé d^affaires ne connoissoit pas M. de Lamennais, et le voyoit pour la première fois. A la suite de quelques altercations quMl avoit eues à Paris avec des personnes approchant du ministère, il s^étoit irrite. On prétendoit aussi qu'ail avoit rencontré trois Bretons sur la route de son ambition littéraire , et que leur résistance avoit animé la sienne: les querelles de Bretons à Bretons sont terribles, dit-on. On assure encore qu^un fond de générosité mutuelle les apaise aussi très-souvent. Ce qui est certain, c'^est qu^il valoit mieux, en définitive, que M. de Lamennais restât en France, et qu^en même temps il y obtint de la Cour romaine des récompenses et une élévation qui Fauroient laissé, comme il convenoit, dans la ligne exacte de la soumission due à Rome et de Taffection que les plus grands génies , plus que tout autre peutbien , quand je lis le livre coupable, quand je vois cette inconti' nence do fureur, que le» facultés inaltérables dans les hommes éloquens sont venues encore surexciter, et qu'ensuite je réfléchis au ton du père qiii réprime et qui foudroie les paroles insensées du fils ingrat, je crois voir dans l'un une ardeur d'insulte qui ne peut durer, et dans l'autre un besoin de miséricorde qui ne feroit pas attendre long-temps un pardon demandé avec franchise. M. de Lamennais, quoiqu'accablé par de cruelles souffrances, n'y a pas succombé, ety je crois, mû, «que M. de Lamennais ne mourra pas dans les sentimens que Rome a dû condamner; je crois, moi, que M. de Lamennais mourra repentant et fils de l'Eglise.

être, doivent à leur patrie. Au lieu de cela, le chargé d^afiaires eut ordre, plus tard, d^empêcher que M. de Lamennais ne fût nommé é^éque in partibus. Ce fut sans doute une faute. On sait que M. de Lamennah» s^est lié avec des esprits qui n^étoient pas auparavant en rapport avec lui, et qu^il a fallu même, pour qu^il se rapprochât d^eux , qu'ail parcourût une grande distance, parce qu'ail étoit parti d^n point bien éloigné de celui où ils Tattendoient. Rome, mieux instruite , essaya plus tard de rappeler M. de Lamennais; ces démarches furent repoussées par des obstacles iké& à Paris. On fit mal ; Rome sait gouverner, autrement que Paris, ceux qui se disposent à la sédition. La ville de Rome, il faut en convenir, n^arrête pas sur-le-champ Tétranger, par les attraits qui Vy rendent, après quelque temps, si heureux et si satisfait. M. de Lamennais avoit éprouvé les aUeintes de cet ennui qui vient assaillir tout voyageur, que le calme étonne, que les ruines ne disiraient pas assez d^abord d^une vie antérieure, toute vive, tout attachée à des élémens d'une autre nature; mais quand on a résisté à ce premier mécompte, quand on a connu la douceur des lois et du climat, on ne quitte plus Rome si volontiers ; Thabitude de Texpliquer aux autres

étrangers qui arrivent (i), la fait mieux comprendre. Rome aussi a ses charmes, ses entrainemens, particuliers : elle prévient les dissidences ; elle jette quelque chose de sa scmverainetéà ceux quiPhabitent. M. de Lamennais, laissé à Rome, s^il avoit voulu s'y fixer, ne seroit pas ce quUl est devenu. M. de Remis éprouva dans les commencemens cet embarras de s'amu*

(i ) Parmi les Français libres d'ailleurs de toutes leurs actions, qui une fois venus à Rome n'ont jamais pu se résoudre à quitter cette ville, il faut mettre an premier rang M. le chevalier d'Agincourt. Selon Tusage , qui prescrit cette Complaisance à tous ceux qui connoissent Rome depuis long-temps, M. d'Agincourt étoitdevenu le meilleur ««erroné de bonne compagnie. On luiadressoit des étrangers de toutes parts. Quelquefois il les accompagdoit, mais le plus souvent , vers la fin de sa vie, il se contentoil de leur fournir des itinéraires et une liste des monumeiis à visiter, suivant la longueur de la durée du séjotkr. Un matin, à sept heures, une voiture s'arrêta à la porte du bon antiquaire, et il vit descendre un Anglais qui lui dit : oc Votre ami le comte de Rristol me re~ » commande à vous dans cette lettre. Je veux voir Rome, mais je » n'ai pas quatre heures à y passer, et je suis bien fatigué. J'ai là 3> une voiture qui me mènera où vous voudrez, d — a Bien , ré- 1» partit M. d'Agincourt, appelez votre cocher. » Quand le cocher fut venu : a Va , dit le rqi des cicérone, va à Saint-Pierre, fais » le tour de la place, dis à monsieur que ce li'est pas la peine » d'entrer : puis ramène-le à la place Colouna ; fais-en le tour, a De là arréte-toi cinq minutes devant le Panthéon ; couvre d'é- » clairs le pavé pointu de la ville jusqu'au Colysée. Tu sais qu'il «y a là* l'arc de Constantin : traverse au pas le Campa Vacdno; s> montre en haut le Capitole, et puis reconduis monsieur à son » auberge, en lui disant qu'il a vu Rome, avec un itinéraire de » moins de quatre heures ; que tu l'as mené partout là en trois » heures, et qu'il a une heure pour prei^dre son thé. » Alors, en se

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ser^ qu^il racontoit ensuite avec tant de grâce; et quand après plus de dix-neuf ans de séjour il fallut sortir de Rome et de la yie> il avouoit qn^il regrettoit plus l'une que Fautre, et qu^il n^auroit pas pu reprendre ses habitudes anciennes de la FraneCi La destinée de M. de Lamennais a dépendu de plusieurs malentendus que personne n^a su prévenir» A Tégard de Tespèce de désac-

tournant vers l'Anglais, M. d'Agincoiirt lui dit : a Vous serez » seryi comme vous l'enteBdez y monsieur. Je vous remercie. You » m'avez fait- inventer un itinéraire de quatre heures. Je B%n » avois encore imaginé qu'un d'une semaine, un de quinze ^urs, » un d'un mois, tous ^u service des étrangers; et un dernier de » trente-sept ans à mon usage particulier. » Moi aussi, je nVd pat échappé à la gloire d'être ciceronê. Je l'ai été de la célèbre madame de Bufibn, qui f^uroit amèrement les erreurs de sa jeunesse ; de M. de Chateaubriand, que j'ai conduit à Saint-Pierre <(pilln'avoit jamais vu; du cardinal de Clermont-Tonnem, qui,>biea que venu à Rome comme conclaviste en 1774» '^ pouvoit se souvenir que vaguement de ses ffremières impressions ; de M. le cardinal de La Fare , du duc de Fitz- James, de M. de Lamennais. J'ai eu le même honneur quelquefois auprès de madame Récamier, qui voyageoit en compagnie de M. Ballanche et de M. Ampère. J'ai aussi aidé dans leurs recherches une foule considérable de Français de tout rang, particcdièrement dans des promenades après diner. Outre cela , il folloit bien vivre afsc les hommes du métier , qui .sont très-jaloux de leurs droits : comme, en général, nous n'expliquions pas toujours très-^bien, et que les choses se passoient plus en conversations diverses qu'en informations positives, les savans à un sequin par jourprenoient leur revanche , quand nous avions inauguré , par la. première visite, l'accès aux sanctuaires épars de tant' d'iraposautes antiquités.

cord dont il a été question, tôt ou tard, le nouvel hôte de la ville éternelle aurait cédé ; Técrivain si abondant aurait appris que souvent il tacer è belloj et dès lors plus de mésintelligence.. Les grands talens trouvent partout une patrie; et quelle patrie, que la cité qui a vu naître ou mourir auprès d^elle tant d'hommes du premier ordre , tant dHntelligences éclatantes, tant de génies qui honoreront à jamais Thumanité ! A Rome^ sans le vouloir, on est un seigneur avec peu de dépense ; on marche à côté des grandeurs dépossédées; on apprend, si on daigne s^en soucier, les secrets de TEurope. On peut remarquer les ambitions qui préparent leurs attaques ; on voit les fautes qui faciliteront le succès de ces ambitions. En se promenant sur les décombres du passé , on aperçoit autour de soi le présent, et, avec un peu de méditation, on voit poindre Tavenir. Il n^ a pas de renommée acquise par les applaudissemens des partis, qui vaille aux yeux d^un esprit mûr et observateur, ce spectacle de paix, d^instructipn , que Rome offre à ses fils et à ceux qui vienpent la prier d^être aussi pour eux une tendre mère. Je ne terminerai probablement pas ma vie à Rome , mais au dernier instant, j'^en éprouverai le regret; car la mort n^ fait pas de grands bruits : quelque chose de sou

repos a déjà saisi Tame, et il semble qu^on d^ reçoive pas comme dans tout autre lieu ce coup de massue qui écrase en brisant. A Rome, en quelque sorte, et contre les lois de la physique, le même homme voit Féclair, et peut encore prier avant de sentir le coup.

Mais quittons ce sujet, qui n^a pris ici quelqu^étendue, que parce que souvent le Saint Père lui-même le traitoit dans ses conversations avec les étrangers, et leur disoit qu'^ailleurs qu^à Rome, il eût vu plus tôt le terme de ses jours; mais que Rome, quand on savoit bien se comporter, avec son air, avec ses variations subites, ses intempéries et ses caprices de tramontana et de sirocco j étoit encore le lieu de la terre où les tempéramens délicats mouroient le plus doucement et le plus tard.

Le Saint Père ajoutoit : « Nous espérons bien le prouver. )>

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