CHAPITRE XXII
ENVOI d'un ARCHETÊQUE A MEMPHTS. LR CHARGE' d'aFPAIRES DE FRANCE LE RECOMMANDE A M. DROYETTI, CONSOL GE- NERAL DU ROI A ALEXANDRIE. RECLAMATION d'uN GRE- NADIER QUI PRÉSENTE AU PAPE LE MAUVAIS PAIN DONT ON NOURRIT LES SOLDATS. LE FOURNISSEUR EST SEVERE- MENT PUNI. NOUVELLES MESURES PRISES CONTRE LES •BRIGANDS. RÉPONSE DE' LOUIS XVIII A LA LETTRE QUE LE PAPE LUI AVOIT ÉCRITE LE 4 JUIN. DÉPÊCHE DU CHARGE d'affaires a m. de VILLELE RELATIVEMENT A CETTE RE- PONSE, l'auteur s'apprête a PRÉSENTER DES RÉ- FLEXIONS SUR LA SITUATION OU SE TROUVENT LÉON XII ET LOUIS XVIII.
L^ESPERANCE assez plausible d^améliorer Tétai de la religion en Egypte et daas les pajslimitrophes de F Afrique, avoit engagé Sa Sainteté, d'^après Pavis de la Propagande, à confier le titre d^archevéque cophte de Memphis , à M. Abraham Chasciour de Taata , élève du collège Urbain de la Propagande. Pour montrer Fintérêt que ie Saint Siège prenoit à un objet si important, le Pape voulut sacrer lui-même le
nouvel archevêque ; la cérémonie eut lieu dans la chapelle Sixtine, le i^ août.
Dans le corps diplomatique, sans avoir des raisons déterminées, on murrauroitcontrecet envoi d^un archevêque titulaire à Memphis , devenu aujourd'hui à peu près un désert ; le nouvel archevêque devoit être accompagné du Père Canestrariy Minime. Nous avions à Rome une maison française de cet ordre, où il ne restoit plus qu'Hun seul religieux. Il me pria de recommander le Père Canestrari à notre consul d'Alexandrie, M. Drovetti; je ne m'y refusai pas. On verra que ce simple égard, qu'on ne dénie en général à personne, devint une circonstance fort heureuse pour le nouvel archevêque, mais non pas dans le sens qu'il en attendoit.
Un fait arrivé à cette époque montre l'esprit d'équité du Saint Père et une vive sollicitude pour supprimer les abus. Sa Sainteté, visitant un jour les prisons, un grenadier de ligne, qui se trouvoit là de garde, lui présenta un pain de munition, en la priant de remarquer à quel point il étoit de mauvaise qualité. Le Saint Père fit examiner juridiquement le pain, qui fut trouvé d'une qualité mauvaise, et «n contravention avec le marché pour la fourniture. Le fournisseur fut en conséquence condamné à une
amend.e considérable que Ton distribua dans toute la division qui avoit dû se nourrir du mauvais pain. Le grenadier fut en outre loué de son action, et il obtint une récompense.
Toute TEurope venoit de recevoir la bulle du Jubilé, et beaucoup de ses habitans s^apprêtoient au saint voyage. Plus que jamais il falloit pacifier les routes : Topinion publique avoit été rassurée par la nouvelle de l-arrivée prochaine d^une armée suisse à Naples ; mais il falloit que les espérances des Romains fussent soutenues par des mesures que le gouvernement pontifical prendroit de son côté, pour rendre plus certaine et absolument infaillible la destruction des brigands. Monsignor Benvenuti résidoit de sa personne dans la province de Marittima e Campagna; il se 'détermina à ordonner que les personnes placées sous la surveiUance de la police ou qui pourroient Têtre à Favénir, et les parens des brigands déclarés tels , seroient tenus de rentrer dans leurs domiciles respectifs avant le coucher du soleil , et n'en pourroient sortir avant Taurore, sous des peines très-sévères. Quiconque rencpntroit les brigands , en quelque lieu que ce fût, et qui étoit contraint d^avoir quelques relations avec eux, étoit tenu d^en donner avis à Fautorilé ou au chef du poste le plus voisin. La perte de temps qu^ccasionnoit
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ce dérangement étoit couverte par une indemnité; il n^en coûtoit rien pour être honnête homme et sujet fidèle.
Enfin, les personnes en surveiUance^ les pSH rens des brigands^ en un mot tous les suspects, ne pouYoient sortir de leur commune qu^avec une feuille de route délivrée à cet eflfet. Les bergers «t les gardiens de troupeaux étoient soumis aux mêmes formalités, et les propriétaires de bestiaux se virent assujétis à des déclarations qui rendoient plus facile cette surveillance»
Quelques précautions étoient ordonnées rektivement au droit de chasse et au port d^armes. Les immunités locales et personnelles étoient suspendues, et les délits concernant le brigandage dévoient être jugés aussi sommairement et aussi brièvement qu^il étoit possible par un tribunal composé de trois assesseurs, d'^un officier militaire, et présidé par le délégué extraordinaire.
Le Pape se livroit tout entier à Fexamen des mesures et des dispositions nécessaires • pour détruire le brigandage et rendre le Jubilé pos«sible sans scandale ( î ) , lorsque le g août le chargé
(i) Déjà certainement Rome a'offroit plasces scènes dedétoit^ tion si vigoureusement décrites par M. Nodari, parlant des temps anciens : oc Creberrimœ hominum ad liceniiam hasiaUt ctdtêUo armë- « iorum, rixœ, ruinera jintcmecioncSj qnœ tanto magis grassabanlvr.
X\m] DU PAPE LÉON XU. 365
xlWaires de France reçut Tordre de remettre au Pape une réponse du roi à la lettre de Sa Sainteté ^du 4 juîi^* Cette réponse étoit cachetée ; mais une' copie, appelée de chancellerie^ étoit jointe à la dépêche ministérielle. Pour Fintelligence de toute cette afiaire, il est important de rapporter d^abord ici la lettre du roi.
Très-Saint Pèiiei,
« Les sentimens de peine et d'amertame que Votre Sainteté m'a exprimés sur la situation de l'Eglise de JPrance, me font reconnoitrela nécessité de dissiper ses iiiq[aiétude8, et de répondre à la confiance qu'eUe me témoigne, en m'ouvrant à elle avec la même sincérité. Mes Yonix pour la prospérité de la religion sont connus <de Votre Sainteté. J'ai cherché, comme les rois mes prédécesseurs, à l'étendre, à l'affermir par l'appui des ioÎ8 et des institutions, par le concours et le, zèle des magistrats, par la faveur spéciale accordée à l'enseiytemeat des saines doctrines; la prompte création des évêchéa, leur dotation et le développement pro^
» quamio impunius inamuiiiaUB atque asyla isHus modi fâciturosis » uUtù p44iêèant. 9 (Nodari, p. i3.) Les Français avoient porté des pçines teyriblo^ contre tout homme armé de couteaux : Consalvi «'étoit bien gardé de souffirir que ces lois nouvelles tombassent en désuétude. Cependant quelquefois, à la suite &ime dispute, des ivrognes en venoient aux couteaux. Léon XII vouloit et devoit absolument déraciner cette criminelle manie, pour* prés^ter aux •étrangers la lUme du peuple aussi pure,ai^ssi noblement civilisée que Fautre Rome, qui charme par la douceur de ses mœurs et par «es habitudes de politesse.
gressîf de tous les établissemens'qui s'y rattachent, ont été Fobjet de ma sollicitude. L'ioflueace de la religion s*étend d'une maaière sensible, ses temples reprennent leur splendeur, et le nombre des fidèles qui s'y réunissent s'accroît tous les jours. Voilà, trèsi-Saint Père, l'heureux résultat des mesures que j'ai adoptées de concert avec le Saint Siège, pour entourer d'un nouvel éclat la religion de mes pères. Votre Sainteté approuvera que je lui témoigne ma surprise de l'inexactitude des rapports qu'elle paroît avoir reçus de France, et qui, dictés par un zèle imprudent et peu éclairé, auront trompé la religion de Votre Sainteté sur le véritable état des choses. Qu'elle daigne s'en rapporter à mon expérience et au zèle qu'elle me connoît pour le bien de l'EgUse! Je saurai, en tout temps, concilier ses droits avec ceux de ma couronne, et aviser à ce qu'il conviendra de faire pour maintenir l'union et la concorde entré tous mes sujets. Affermi dans la marche que j'ai suivie jusqu'à ce moment, puisqu'elle n'a pas trompé mes espérances, et que Dieu a daigné bénir mes desseins, j'espère, avec son aide, persévérer dans la mén^e voie. Je protégerai, comme roi et comme fils aîné de l'Eglise, tous les droits et les intérêts qui m'ont été confiés, et si l'exemple de la France peul avoir, ainsi que Votre Sainteté le désire, une heureuse influence sur les autres nations, je me féliciterai encore plus du bien qu'il m'aura été permis d'accqmpUr. Je m'empresse de renouveler à Votre Sainteté les assurances du respect filial, avec lequel je suis,
Très-Saint Père,
De Votre Sainteté, le très-dévot fils,
Saint-Gloud, le 20 juillet 1834. LOUIS. »
fl824] DU PAPE LÉON XII. 307
Lorsque je pris connoissance de cette réponse, je me rappelai sur-le-champ une lettre du cardinal de Bernis, en date du 17 août 1774 :
« J'ai ëtudié profondément ce pays-ci ; je Taî considéré en grand et dans ses détails. J'ai pensé que, comme la religion est la chose la plus importante, il étoit essentiel que le roi très-chrétien fût en bonne intelligence avec le chef de l'Eglise, et lié avec lui, nonseulement pour faciliter le succès des affaires ecclésiastiques de son royaume , mais aussi pour continuer à jouer le beau rôle de protecteur du Saint Siège et de ITglise. »»
Dans ces dispositions, je rendis compte ainsi à M. de Villèle de ce qui avoit été fait à la suite de la -réception de cette lettre :
MONSEIGNEUA,
« J'ai reçu la lettre de Yotre Excellence, nuuiéro 52 ; je me suis empressé d'exécuter vos ordres. J'avois obtenu une audience d^ Sa Sainteté pour le mardi 10 août. Je voulois tâcher de savoir ce qu'elle pensoit, après avoir recueilli plus d'informations^ de cette publication de lettre d'archevêque et du réquisitoire du procureur du roi ; mais r.ecevant de Votre Excellence une lettre si importante, et ne voulant pas être incertain sur le jour d'audience, qui pouvoit être remis, puisque je n'avois parlé que d'un simple compliment , j'écrivis le samedi 7 à M. le cardinal secrétaire d Etat, que je devois présenter au Saint Père une lettre du
roi| et que je demaiidoifl si Sa Sainteté oidonnoit que le jour d'audience déjà indiqué fdt maintenu^ ou si eUe Youloit en indiquer un autre.
» Le dimanche 8, Son Eihinenee m'a fait connc^tre, de la part de Sa Sainteté, que le jour d'audience pour mardi étoit maintenu ; mab ce matin j'ai reçu de trèsbonne heure une lettre du cardinal, qui m'annonce que le mardi étoit pour Sa Sainteté- un jour rempli d'empêchemens divers, et qu'elle daigneroit me recevoir le jour même à midi.
» Je sors donc du Vatican. J'ai été introduit aupris de Sa Sainteté par Monsignor Barberini , suivant les formalités accoutumées , et j'ai remis la lettre du roi , qui étoit cachetée.
» Le Saint Père ne l'a pas ouverte devant ihoi ; je n'ai donc pas pu Pentretenir du contenu de cettç lettre. J'étois cependant curieux de savoir au moins i quelle date avoit été écrite la lettre du Pape an roi, circonstance tout-à-fait oubliée dans les informations qu'avoit bien voulu me donner Votre Excellence.
t Le Pape , tout en regardant la lettre déposée sur son bureau, m'a demandé, avec un vif intérêt, des nouvelles de Sa Majesté et de toute Ja famille royale. J'ai répondu que nous avions le b<mheur de recevoir les meilleures nouvelles à cet égard. La conversation a tombé sur la fête de saint Louis ,' le Pape m'a* dit de luimême : « Nous savons qu'il est d'usage que nous allions à votre église ; nous' irons y prier comme ont fait nos prédécesseurs ; hous n'y manquerons pas. »
» Successivement on a parlé des missions qui se font à Rome, elduducdeLucques, qui y manifeste en toute occasion une piété digne de louanges ; ensuite j'ai pris congé du souverain Pontife, persuadé qu'il n*avoit pas
une idée positive de ce que pouvoit contenir la lettre du roi. Cependant j'avois en même temps remarqué que, dans sa curiosité inquiète, il avoit voulu témoi'gner à Tagent de Sa Majesté une bienveillance toute singuli^.
. » J'ai -trouvé Sa Sainteté en bon état de santé : le visage éioit moins abattu qu'à Tordinaire ; )a physionomie étoit riante et gracieuse.
» .0es appai*temens du Pape, les appartemens d'honneiir, qui sont* dans la partie supérieure du phlais, «uivànt l'usage d'Italie, je suis descendu dans ceux de M» le cardinal secrétaire d'Etat, et je lui ai dit tout ce qui s'étoit passé'entre le Saint Père et moi.
M II m'importoit surtout, ainsi que jeTai rapporté plus liaut, d'apprendre avec détails à quelle époque avoit été écrite la lettre mystérieuse dont je remettois la ré- ponse. Je soupçonnois vaguement un américain d'avoir été le porteur des informations de France, dont le Pape avoit parlé dans cette lettre. Je fis donc à Son Eminence, de la manière la phis franche «et la plus ouverte, comme a voient fait entre eux les deux souverains, toutes les questions qui pouvoient le mettre dans le cas de m'éclairer.
» Je lui demandai quand la lettré de Sa Sainteté avoit été écrite, qui en avoit été le porteur, et quel degré de confiance Son Eminence avoit obtenu du Pape en cette circonstance.
» Cet excellent cardinal me répondit ainsi « « Je ne * sais rien de cette lettre que par le iionee. Le Pape ne w m'en a rien dit ; il fait ainsi souvent avec moi. Cette n lettre doit avoir été portée par M. de Montmorency. » Le pape reçoit tout le- monde, écoute tout le monde, n fak beaucoup de choses seul, et en réponse à une
» petite lettre du roi, relative je ne i^is à quoi, queM. de » Montmorency-Laval lui a remise quelques jours avant » son départ, il a cru apparemment devoir écrire au roi. w M. de Montmorency lui-même n'aura pas su ce que >» c'étoit. Le nonce me marque dans sa correspondance » que le roi a reçu cette lettre avec déplaisir ; vous » venez apparemment d'apporter la réponse de ce dé- » plaisir.»
» Il me sembla alors. Monseigneur, que je devois à M. le cardinal secrétaire d'Etat la confidence entière; d'ailleurs une copie de chancellerie est remise à un agent diplomatique pour qu'elle soit communiquée au ministre des afihires étrangères du prince à qui le roi -écrit. Je communiquai donc à M. le cardinal les principaux articles de la lettre du r<H. Son Eminence remarqua les expressions de «< surprise, zèle imprudent et peu éclair^; » en général elle parut ne pas voir avec peine la tournure qu'avoit prise cette afi^re et la suite qu'on lui avoit donnée en France.
M S. E. ajouta : « Le Pape a fait cela ; il ne le fait plus. » Ce n'est pas bien de le faire. Je lui dis toujours : Ces >i démarches ne mènent à rien, et quoique je les ignore » d'abord, elles doivent toujours revenir sur mon tauoiino^ M je vous assure que c'est le Pape qui a fait cela tout seul. » Dans son zèle, il n'a aucune mauvaise intention ; mais M encore une fois c'est changé. lime consulte davantage '> à présent; il voit moins d'étrangers. Pour Lamennais, » on craignoit peut-être qu'il ne vit trop le Pape. £h » bien, vous ne savezpas que la prem ière fois, iV lui parla » très-peu, et si peu, que celui-ci en étoit mécontent et » vouloit partir. A la dernière audience où il l'a vu, ils » ont parlé beaucoup, et ce qui est resté de lui à Sa Sain- >• leté, c'est qu'il est un tf^iï//a/o. Cependant Lamennais
» ni son compagnon, comme vous dites vous-même, ne » sont pour rien dans cela; c'est d'une date antérieure. »
» Yoilà, Monseigneur, ce que m'a dit M. le cardinal secrétaire d'£tat. Il ne connoît pas la lettre au roi ; il pense qu'elle a dû cependant être écrite en termes mesurés, quoiqu'elle ait excité l'étonnement de Sa Majestéy qui a fait, en la lisant, une exclamation remarquable.
» Le cardinal a dit ensuite à plusieurs reprises que la réponse étoit très-bien-; qu'elle étoit chrétienne, royale et respectueuse ; que les reproches étoient touchés comme il le falloit; qu'il se feroit montrer parle Pape la minute de la lettre au roi, parce qu'il «avoit que le Pape gardoit ses minutes, et qu'avec les dépêches du noi^ce qu'il avoit là sur sa table, et qu'il n'avoit pas encore lues ( chose assez bizarre ! ), il alloit entrer dans la pleine connoissance de toute cette afi&ire, demander la lecture de la lettre originale du roi, et que le lendemain , si je venois à l'audience ordinaire du mardi , il m'en diroit davantage.
» En descendant des appartemens du Pape, Monsieur le comte, je m'étois bien souvent interrogé moi-même pour décider avec moi^ s'il ne seroit pas bien que je m'abstinsse de me présenter chez le cardinal, afin de laisser au Pape seul le secret du petit embarras où il alloit se trouver ; mais j'avois lu le Moniteur avant de sortir. Il y étoit annoncé à la date du 26, que le nonce avoit été admis à l'audience de Sa Majesté. Je de vois donc présumer que le roi lui adroit pu dire qu'il avoit fait passer à Rome une réponse à une lettre du Pape, et je devois croire que Sa Majesté auroit pris dans cette audience le même ton qu'elle avoit jugé à propos de prendre dans sa lettre.
312 HISTOmE [t9ï4]
n Alors, ^uand inen même je ne me loflM pat présenté chez le secrétaire d'Etat, il n'en eût pas meîtis tout su par le nonce, et mm, TOtre agent, i'auitns'en me taisant, par un ménagement dont 4m ne m'aureit peut-être pas su gré, perdu l'occa^ioDy tottt en larapKssant complètement, mon devoir, de pénétrer davantage dansriptimiié.del'komme que les afiôies vîennei^ nécessairement retrouver à son topolino.
n L'expérience m'a appris dernièrement qu'on a voulu lui &ire un< mystère des principaux objets de la mission des cardinaux Rivaroh et Pallotta, et iqu'il est parvenu à démêler tous les secrets du premier, et à perdre le second.
» Le cardinal Gonsalvi a organisé la secrétaire^ie d'Kat de manière qu'il semUè que les a Adf es qu'mi veut en détourner doivent cependant finir par y entrer, qndi- '^ que soin que l'on prenne de leur donner un autre cours. Le nom de secrétairene d*Et4a a gardé une partie de sa force magique, quoique l'homme soit biéki différent.
» La cour romaine ne peut se dissimuler que depuis l'échec des couronnes dans le conclave, tous les cabinets sont plus ou moins en froideur avec elle. Je suis persuadé que la fête de la saint Louis sera dignement célébrée, et que, si la plainte du procureur du roi est rédigée, comme on n'en peut douter (car ce procureur du roi est un homme sage), uniquement dans la juste mesure des règles que nous avons besoin de fixer sans vieilleries, sans Tinutile emploi des armes qui ont été funestes à la monarchie, ici on fermera les yeux sur des explications domestiques dans lesquelles on aura l'habileté dc^ ne pas intervenir, d'autant plus qu'une seconde lettre de Mp l'archevêque de Toulouse, qui rétracte en partie la première, a déjà préparé les esprits
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aux déeburatîoiis^ qu'on attend du gouvernement dû roi. Oui y Monseigneur, je ne sais pas si je m'abuse, mais depois^que le rm a parlé, je ne vois plus ici de danger, et M« le duc de Layal trouvera une meiyeure position d'ambassadeur. R<»ne circonspecte ne vous tourmentera pasy. et c'est après avoir vu les deux principaux personnages de l'Etat que je présente cette assurance. »
P. S, Rome 10 août 1824.
M Je sors de l'audience ordinaire du Vatican ;. je vais continuer de rendre compte à Yotre Excellence des explications que j'ai reçues de M. le cardinal-doyen.
» Il avoit reconnu toute l'importance de mes copi-* muniçations, et sous le rapport de l'intérêt de son pays et sous celui de sa propre position, comme ministre, je le laisserai parler lui-même :
M J'ai commencé après votre départ d'hier, m'a-t-il >» dit, par lire attentivement Texpédition du nonce du » 27 juillet ; elle consiste en une dépêche en clair et nue » dépêchecAi^^-ce.'Dansiadépêchee/ic/iur^le noncem'en-^ » tretient d'une audience qu'il a obtenue du roi, et d'auw très détails (je vais vous lire tout à l'heure les deux » dépêches quand j'aurai fini mon récit) ; dans la dé-^ M pêche chiffrée il m'annonce une lettre du roi au Pape.
» Armé de connoissances sufi&santes,, je suis monté w chez le Pape, et je lui aj. lu les deux^ lettres du nonce, w J'avois demandé à Sa Sainteté une audience pour vous^ » dans laquelle vous deviez lui remettre une lettre du » roi. Je n'ai pas eu besoin de dire que vous m'aviea » communiqué le contenu de cette lettre. Ainsi , cela res- » tera entre nous (1). Elle devenoit naturellement le texte
(i) Je ne crois pas être un indiscret quand dix-huit ans sont écoulés. D'ailleurs, tout ceci fait un honueur iufini à Son Ëminence.
» de mesdiscours; j'ai attaqué le Saint Père enlui disant : tt\ous l'avez lue cette lettre? » Il m'a répondu : « Non. » J'ai voulu la lire, je l'ai décachetée, j'en ai vuquelqueJB » mots, mais l'encre est si blanche que je n'ai pas pu en » achever la lecture. — ^Votre Sainteté veutr-elle que je » l'achève ? — Mes yeux sont si a£foiblis, a continué le >• Pape, que je n'en puis venir à bout. » Ici une digres- » sion entre le Saint Père et moi sur l'excellence de mes » yeux de quatre-vingts ans, et valant mieux que ceux n du Saint Père, qui sont cependant plus jeunes de seize )i ans.
M J'ai pris la lettre des mains de Sa Sainteté, et je » l'ai lue tout entière posément. Le Pape a fait un mou- » vement très-marqué quand il a entendu le mot surprise. »• Cette lettre étoit absolument telle que celle que je » connoissois ; il n'y avoit pas un mot de différence.
n J'ai rappelé ensuite au Saint Père qu'en lisant w celle qu'il avoit écrite lui-même, le roi avoit dit : « Mais comment ! le Pape veiU^il donc que je rent^ie mon » ministère? — Oui, a repris le Pape, le nonce nous l'a » écrit ; mais j'ai fait cela dans une effusion de cœur. Il y M avoit cette occasion. J'ai parlé à cœur ouvert, comme » j'auroisfalt pendant ma nonciature à Paris. Je n'ai vu^ » rien là de mal. Cela a été un mouvement de moi que » j'ai suivi ; mais je n'entendois pas que le roi renvoyât M soh ministère. C'étoient des phrases générales d'eflii- » sion et de confiance. »
M Le cardinal m'a dit ensuite qu'il avoit parlé au Pape sur ce genre de communications, ainsi qu'il en étoit convenu avec moi, et il a fini par m'assurer que rien de ce malentendu. n'ai téreroit la bonne harmonie existante entre sod mîdtre et lui, ni celle qui existe entre Rome et la France.
» Puis il a pris les deux dépêches du nonce qu'il m'a lues tout entières et sans s'arrêter, pour ne pas être, disoit-il, en reste envers moi.
» Dans la dépêche en clair y le nonce dit qu'il a obtenu, une audience du roi pour lui remettre la bulle du Jubilé. Il veut qu'on remarque la complaisance du président du conseil qui lui a fait obtenir cette audience, quoiqu'il soit d^usage qi;e le roi né reçoive jamais à Saint-Cloud. Le nonce paroit très-flatté de cette grâce ; il a été introduit avec les honneurs ordinaires. Le roi a reçu la bulle. Il a manifesté les sentimens de la plus haute piété : il a répondu qu'il faciliterort à tous sejs sujets les moyens d'aller recueillir les trésors de l'année sainte. Je crois, mais je ne suis pas sûr d'avoir bien entendu, que le roi étoit peiné de ne pouvoir aller à Home (ici le cardinal a mal prononcé ce passage); le roi a parlé ensuite sur divers sujets. Il a charmé le nonce par la variété de ses connotssances, par la fraîcheur de son esprit, par le choix de ses expressions. Il a développé ses sentimens de respect pour le Pape. Enfin, le nonce est sorti de cette entrevue dans une extase d'enchantement qu'il décrit d'une manière spirituelle.
» Il annonce dans sa dépêche chiffrée qu'une lettre a été écrite au Pape par le roi ; que la lettre a été rédi-^ gée par le ministère. Il ne dit pas si le ton de la lettre est sévère ou non. Il ne dit pas si le roi lui a parlé de cette lettre, ou s'il en a su l'existence par quelque autre personne. Il présente une description plus détaillée q\ie celle qu'offre la lettre du roi, de tous les bienfaits de Sa Majesté envers le clergé. Cette partie de la lettre est très-éloquente. Les accumulations se succèdent rapidement : les évêchés augmentés, les se-
niinaires dotés, Finstructiôn publique mieux rétribuée (le cardinal lisoit avec une singulière oomplaisasace), une commission, composée du cardinal deLaFare, de M^l'ar* chevéque de Besançon et de TéVéque d'Hermopc^s, cbargée de proposer les nwyens de régler 1^ difFérends survenus entre le grand-aumônier et Farehévêque de Paris ; de justes éloges pour ces commissaires, la gion honorée, les belles cérémonies rétablies. Ces sages ont quelque chose, comme ^d'une promesse faite par le nonce de ne laisser ignorer aucun bienfiiit du roi ; promesse^ du reste, si elle a été fidte, que l'on a acquittée en galant homme qui s'exprime noblement.
» Ensuite le nonce parle de lui : il ne n^lige aucun soin pour le service de la religion, de son souTerain et de Son Eminence, et il arrive à des considérations sur les ministres.
» Ici, Monseigneur, je me mets à vqs pieds pour tous supplier d'empêcher que jamais ces rapports ne reviennent aux oreilles du nonce (1).
» Les ministres du roi de France, dit le nonce, ooi ne peut pas dire qu'ils sont des saints ; mais ils sont les meilleurs minbtres qu'ait encore eus le roi. Ce seroit une insigne mauvaise foi que de douter de leur royalisme (ceci répond à un axiome qui n'est peut*étre pas assez restreint dans la lettre du Pape au roi); on ne
(i) Ils parviendront à sa connoissançe actucUemeut, et il Iqs lira au milieu de ses utiles travaux dans sa légation de Bologne. Il a obtenu sa récompense -, il est un des ornemens du Sacré Collège » il est constant dans ses magnanimes sentimens, il a vu et honoré le prince quMl a appelé Venfantde l'Europe, Le cardinal Macchi ne peut pas m'en vouloir, il ne doit résulter pour lui qiie plus de gloire, dHaie publication qui m'a paru permise aujourd'hui. '
pçut douter de leurs qualités religieuses, mais ils crai* gnent trop les libéraux (voilà une exacte vérité dans laquelle le nonce donne pleinement raison au Pape), ib sont 'souvent incertains au milieu de la fureur des partis. Ce qui excuse les ministres, c*est la violence du mouvement et des orages d'un gouvernement constitutionnel. » La lettre se termine par des réflexions gé« nérales qui n'ont rien d'important, et enfin, par des voeux pour que les' bonnes intentions des ministres, ft^U croit très-'offermis, secondent les travaux que le Saint Si^e a entrepris pour le bien de la catholicité.
n Je vous ai rapporté. Monseigneur, Yutile et peutêtre Y inutile. Je n'avois dans cette circonstance aucune observation à présenter à Son Eminence, et je lui dévots trop de remercimens pour ne pas lui témoigner une vive reconnoissance. J'ai écouté, comme elle vouloit, ce qu'elle m'a dit eu cherchant à me persuader que le Pape n'avoit pas lu la lettre du roi avant que Son Eminence en eût fait la lecture devaut Sa Sainteté. Je m'étob contenté d'une raison à peu près pareille, quand le cardinal m'avoit répondu relativement à l'ouvrage du Père Anfossi, que tous les censeurs n'en avoient lu que la préface.
» Ce qui est certain, c'est que nous n'avons pas un grand intérêt à rechercher minutieusement tout ce que se sont dit un souverain et son ministre qui se trouvoient ainsi en présence dans une sorte de gêne réciproque.
M Tout ce qui vous importe, c'est que, comme j'en suis convaincu, toutes ces confidences, à peu de choses près, sont l'exacte vérité (il n'y a aucun doute sur les lettres du nonce); ce qui vous importe, c'est que le Pape n'écrive plus de cette manière au roi; ce qui
Tousbnporte, c'est que le crédit d'un cardinal acussi sage, aussi poli, aussi réfléchi, aussi modéré, aussi confiant, augmente tous les jouis et renverse toute rivalité.
» A ces vertus déjà si nécessaires dans uii homme d'Etat, il joint le don d'un courage très-reconnu dans les occasions qui en demandent. J'en «itérai un exemple : car on affecte trop de r^>andre qu'il manque toujours d'énergie.
M Le jour de la bénédiction que le Pape alla donner, en octobre dernier, dans l'^hse des Espagnols, SonEminence montra une grande fermeté. On ne sait pourquoi M. de Yargas, qui u'étoit pas ministre plénipotentiaire, voulut être placé dans le sanctuaire. Ce privilège n'est accordé à Rome qu'aux ambassadeurs. M. le duc de Laval en avoit joui à Saint-Louis , quelques jours auparavant. Le cardinal s'opposa à cette prétention avec une insistance qu'on n'attendoit pas de lui. M. de Yargas dut céder en cette circonstance. Le duc de Laval, qui pouvoit entrer dans le sanctuaire, resta en dehors auprès de M. de Yargas, par bon goût et par égard. Pendant vingt-deux ans on n'avoit jamais yu le cardinal GonsaWi lui*-méme livrer ainsi à M. de Yargas une bataille rangée et la gagner. »
Il sera maintenant à propos de présenter quelques réflexions sur la situation où se trouvoient Léon XII et Louis XVIII.