CHAPITRE XXIV
MOBT DU CARDINAL SÉVÉROL^. REPONSE bE L*<lfPEREtnt
d'Autriche a la notification de la bvlle 9d joule, rapprochement entre la cour romaofe et celle as
VIENNE. MALADIE DE LOUIS XYIIl. CREATION A PARJUj d'oR MINISTERE DES AFFAIRES ECCLESIASTIQUES. ]>ON IGNAZIO TEXADA ENVOYA A ROME PAR LA REPUBLIQUE CE COLOMBIE. MORT t>E LOUIS XVIII. REGRETS SINCERES DE LEON XII. ANNIVERSAIRE DE La' CREATION DE SA SAINTETE. DlSCOUklS DE M. DE VARGAS. RÉPONSE DU PAPS^ ' PBOIfOtlON DE CARDINAUX. LE PAPE VISITE LA PRISON DO CAPITÔiS^'Oir RETROUVE LE CORPS DE MISS BATHURSTa IL AYQIT .ifÉ
PLUSIEURS MOIS ENGLOUTI DANS LE SABLE AU FOND D'UH ABIME. CITATION d'uN PASSAGE d'hOMERE. BELLE CONDUITE DE M. LE BARON TRASMONDI. PLUSIEURS PARTHÉ'OE l'hA- BILLEMENT DE MISS B^THURST SONT CONSERVÉES. LES FER- VENTES PRIÈRES DE LA >EUNE FILLE ROMAINE DEVANT LE CORPS DE LA JEUNE FILLE ANGLAISE. ELOGE DE LA POLICE ROMAINE. BON ACCUEIL FAIT AUX ANGLAIS A ROME.
Le 8 septembre, M. le cardinal Sévéroli succomboit à ses souffrances. Ce cardinal avojt d^abord été calomnié dans le conclave. Uappartenoit au parti des zelanti} mais ses opinions
n^avoientrien de très-exagéré. Peut-être eut-il la foiblesse de se laisser trop dire et de trop croire que le Pape Léon XII lui avoitd^immenses obligations, et quUl pouvoit tout lui demander ; et alors, dans cet esprit dHvresse, cardinal, il démanda plus qu^il nWroit accordé comme Pape.
Mais avant de s,e prononcer sévèrement sur de telles questions, il faut examiner les circonstances» Il étoit difficile que tout ce qui de-* voit arriver après le conclave, ne prît pas la couleur que nous avons tâché de reproduire. Ce qui est certain, c^est que de telles incertitudes né dévoient avoir aucune durée, et que la véritable autorité légitime et vr&iment responsable devant Dieu, ne tarda pas à se .manifester, à se placer sur son trône, et à prendre une cousistance qu^aucun obstacle ne viendroit détruire. L'empereur d'Autriche fit remettre, le lo septembre, sa réponse relative à la notification du Jubilé; elle étoit conçue, disoit-on, dans des sen< timens qui annonçoient de la bienveillance. Le cardinal délia Somaglia témo^na une vraie joie à cette nouvelle : il en témoigna trop peut-être; car on sut qu'à la fin de là lettre se trouvoient des expressions qui restreignoient l'effet pro^ doit par les premières paroles. Le cardinal agit ainsi probablement, parce que le reste du corps
diplomatique, ejicepté 4e chargé d'affaires de T. I. 22
33t niST(MRE [tm]
France^ montifoit un pencha»! extraordininrè k blâmer ia mesure du Jubilé.
Le ministre de Nâpks, M. le marcfui^ de Fuscaldo , s^exprimok à cet égard en termes remplie d^humeur^ quHl puisoit dans les dépêches de sa cour el dans les préventions mal fondées de quelques sck^iétés romaines^ Ge ministre allbit jusqu^à dire que l%m{)ereur ne donnoit pas sôh consentement à ki célébràtidn du Jubilé, et il disoit encore cela qu^ad k lettre de Sa Majesté impériale étoit à peu^irès dam les mains de tout le* monde: on salalori» bien distinctement le contenu de la lettre. Sa Majesté impériale- et royale apostolique' regfel* toit que les soms de na couronne ike lui per*missent pas d^allër personnellement à Botne; mais elle étoit prête à seconder de tout son pouvoir les mesures relatives au Jubilé, qui seroient compatibles avec les lois et les intérêts de TEtati Ces propres expressions ayant été comi^fntà* quéesà M. de Fuscaldo, il ne se départit pa»
de son opposition; et il répondit :
« Certainement cela est fort bien pour Rome et VAà' triçbe qui sont brouillées ; mais en méttte.teifip9y8'i)>y a quelque cl^ose de flatteur dans la promesse de secondée les mesures relatives a,u Jubilé, il y a un petit entortillement malicieux à ajouter u qui seront compatibles » avec lèjs teîs et le» intérêts de l'Etat. » Lès loié de FElat,
lltflM] DU PAPE lÉm XII. 830
c^-est écrit partout ; les intérêts de l'Etat, cela n'èçt écrit m publié nulle p«Lrt. I^^s intérêts d'un Etat font un brge 41<ît qu'on peut étendre à volonté. »
Naples sortoità peine d^une révolution cfu^elle m voulotl pag voir recomniiençer. Tout déplacement de 56» sujets, sous quelque prétexte qu6 ce iài^ sembloit k menacer; Naples vouloît rester immobile. II. ne faut pas <aut im prouver dans la conduite de M. de Médici, quidonnoit pre/sque le tiers<, peut'-être plus^ des revenus du r^y^ume pour nourrir et solder sur le pied de guerra les nombreux bataillons autrichiens venus à son secours^ at qui ne pwloi^nt pa^ de déport, ifoieique des maladies de climat déci-massent ces malheureuses troupes tous les mois. .; Ainsi on convenoit généralement que FeU'* semble de cette communication fîute p^r M. de G^nDtotte^ ch^gé d^ai&ires d^ Autriche, en Tab-
seacedeSl; lecomte Appony^ ppuvoit êtreconsidérécommexm raccommodement, après l'exclu^ sion donnée il y avoit à peine un aut mais que toutefois le dernier paragraphft^étoit une porte de' Jeco»rs placée la pour, introduire dans Tafiaîne toutes les difficultés qu^W jugeroit .nécessaires.
Dansles négociations traitées par écrit, il suffit souvent de quelques mots jetés au hasard, et
qui deviennent des damc^z^^ insurmontables^ Depuis, on répandit qtie M; de Gennotte avoit reçu Vordre de plaire : jce mot spirituel, qui n^est peut-être pas vrai, mais qui étoit bien digne du prince de Metternich (il étoit peutêtre du cardinal délia Somaglia, qui avoit aussi le don des mots heureux), produisit beaucoup dWet a Rome, pour le fait d^abord^ et ^miîte pour la bonne grâce du mot; mais Pasquia, Tinévitable Pasquin , dont les facéties amères étoient toujours prêtes et produisoient, il n-eù faut jamais douter^ diacres souvenirs (i),^s'^empara de ce mot, parce que cette application, à ce qu^étoit d^ailleurs M. de Gennotte^^ hohnne d^esprit, poli et gtrave, mais âgé et affligé d7u& embonpoint peu commun ,' fournit un texte qui ne pouvbit pas échapper au Satirique du palais Braschi.
Le ai septembre on reçut à Rome la fatale nouvelle de la maladie du roi Louis XYIIL Des lettres du nonce annonçoient le désespoir de k cour de France et de toute la nation. Le Pape dit à son secréfatre d^Ëtat , en lisant ces lettres : <( Conmient ! vous n^avez pas de meilleures^ » nouvelles à nous apporter! » et il versa des* larmes.
(i ) Sœpe asperis facetiis illusus, auœ ubi muUum es vero iraserey ttcrem sut memoriam relinqutmi, Tacit. Annal. XV. 68.
[Vm] DU PAPE LÉON XII. 341
A oe sujets le cardinal delki Soraaglia s 'écria que la dernière institution du roi, qui avoit eu pour objet la création d^un ministère des affaires ecclésiastiques , opération aussi, salutaire que pieuse, versoit nécessairement dans rame du roi des consolations qui pouvoient adoucir les derniers mopens d^une vie d^ailleurs. si remplie •4^acteii nobles et religieux.
Le Bape avoit donné des * larmes sincères à Tétat du roi ; il mettoit en même temps la plus entière confiance dans les sentimens qui animoient son auguste frère, quMl appeloit Fheu* re^x, père du duc d^Angoulême, tant les succès 4^j^ Espagne ^xûenl pépétré Sa Sainteté de respect pour die si utiles victoires !
Les insurrections des sujetk du roi catholique se consplidoient en Amérique. Le gouvernement de Colombie jugea à. propos dVnvoyer à ,Kome don Ignacio Texada, chargé de deman- <lisr au Pape des é vêques ou des vicaires apostoliques. M. le marquis de la Constance (M. le chevalier de Vargas reçut ce titre du roi Eerdi- . oand, en récompense des sçijpces rendus à la cause royale) se présenta chez le Pape pour exiger que don Ignazione restât pas à Rome. Le ministre espagnol, en cette occasion, parla au Pape en termes respectueux, et cependant vifs, qui troublèrent Sa Sainteté. Elle
342 WSnKXSE EI«M}
eut t)ccalioB de se souvenir d^kiM pftHie des paires qu^elie aroit . entendues de la bouche de Consalti ; mais le terme assigné par €e grand imnisti*e, le terme où devôit commenfeer |a ré« sistance^ n^étoit pas arrivé.
La demande poâtive de don Ignaûo ihl éludée ; on établit qu^il n^étoit teuti - ^è pour solliciter des rescrits en matièM dé conscience. Il remit une note de grâces qu'ail paraissoit solliciter pour sa propre famille ^ et il promit que , lorsqu'^il les auroit obtenties ^ il qnitteniMt les Etats du Papa.
C^étoit particulièrement ponl* k répobli^ê de Colombie, d'abord, que cet lag^nt Yottloit traiter. Il faisoit valoir un raisonnetiKîtit qm ébranloit I9 Cour romaine ; il se bomoit à dire : « Je vous prie simplement d'^appliquet à cet Etat Tespèce de reconnoissance indirecte qui a été la règle du Saint Siège sous Innocent X, ^1 Alexandre VU, à Fépoque où la maison de Bi*agancè a fini par réussir dans sa révoltuion contre TEspagne. » M. de.Varg^s, né à Badijoz, et 1 un des plus ^ers et des phrs rancuniers espagnols qu'ion pût trouver dans toutes les Ëspagnes restées fidèles ^ ne goûta pas cette politique, et demanda de nouveau Téloigne^ ment du révolté colombien.
M. de Vargas, dans ses conversations avec
[liSJM] DU PAPfi hèOH XU. 343
aams, <^<»i^ok à uow, €iHr9ÎQer di|ii|^ liç systèiac^,. 4e. rigueur contre leç insurge e$pa^ctl&. lljk^j avqit ^ucun moyeu d^agir san% or4rQ{ je yjQulois toutefois Tapalser^ Ù . lue vii^it uu Jour la mauvaise idée de dire: n Si vous êtes >i forcé de tourmenter le Pape, towmentez-le n plu$ doucement ;. vous pouve?^ le rendre ma- » bde« — ^^Jfe ne m^en consolerois jamai^t répop* » dit-*il jsivec feu : maisquW renwie Texadc^I ?» TT Cq>endanl; réfléchissez bien I ce rai^onnç- - » ment 3urie.Poi:tugajL est spécieux, VEspagpe » a biçn fini par reconnoitre les ducsdeBrar j» g$^ACe.^-;^e'»9^ , vous voulez ^aissî p^rlei: du n Portugal; et qui vous a ditque.tput étoit fi^ii » entre. Ti^spagne et le Porlxigal pour Pindé- » pe^dapce jdç ce dernier pays 2 ^^. Vow voyez » ici, monsieur le marqjuis, qiue vous, qui blà-r )> wez les protestations du Pape poyr la hsir i> queo^ de Naples, vous avez d^ns Te^prit, j^ voigts et votre cour, que Tafir^ire de la-séparar » tion. du Portugal n^est pas une affaire ânie, H Mais jiaissons ce suje^t sur lequel il qie seroit » impossible^ sans de^ in$tructiQjas de Paris, d^ » causer plus loqg-temps avec vous, et qui vient » de vous iaire dire à vou$r-méme, à vous, » homme de sévérité , d^honneur et de réserve » austère, homme de foi, qui savez ce que les traita tés ont de respectable, qui vient.de vous faire
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» dire plus de choses-que vous ne v<Nilîes(€nré¥éyt- 1er ! » Il ïOfi serra la main, el dit en som^iant, d^on air apaisé : a Le Pape ne deviendra pas I» malade par mon fait : mais Texada partira. » Le 23 septembre, le Pape appril la mqrtd^
Louis xvm.
Lors de Taudience que me donna Sa Sainteté, relativement à cet événement si douloureux, elle me.dit : a Nous éprouvons une sincère douleur f mais dans le chagrin de la perte d^un bon roi, TOUS avez la consolation d^avoir acquis un. autre bon roi. »
Le 28 septembre, on devoit célébrer Panniversaire de la création de Sa Sainteté.- .
Le marquis de la Constance, en sa qualité de plus ancien ministre, adressa au Pape en italien un discours remarquable par les plus hauts et les plus francs sentimens de tendresse filiale. LéoQ XII , après Tavoir écouté avec une bienveillance particulière , ijrépondit de la manière la plus affectueuse et la plus attendrissante; il exprima dans cette réponse combien il éloit tojuché des vœux qui lui étoient exprimés. de la part des cours, -et il assura que, puisque Dieu lui donnoit encore un peu de vie, on ne devoit jamais douter de son zèle pour les intérêts ûe la chrétienté ^et de la paix du monde. Il félicita M- de Vargas à part, de ce qu'il se trouvoit ainsi à
[Ifi43 DU PAPE LÉON XII. 345
Rome chef dtt corps diplomatique et le digne intéi*prète des sentiméns de toutes les cours ; en efièt , il s^étdit acquitté avec beaucoup de noblesse^ de dignité^ eten magnifiques paroles, des devoirs de ce qa^il appeloit en riant sa monarchie Univer- ^eliey entreprise, disoit-il, qui peut complètement réussir aujourd'hui, pendant un quart d'heure . • * '
Le consistoire annoncé venoit d^avoir lieu la veille. Le Pape y avoit créé cardinaux-rarchevèque de Milan, Ms' de Gaisruckç dont la maladie de Pie VII avoit empêché la création ; Parchévêque d'Evora eh Portugal, qui nWoit pas été proposé par M. de Vargas, et Tévêque de Saluées. , • -
Tout déclaroit d'une manière imposante que Léon XII gottvernoit par* lui-même ; on ne s'adressoit pluâ qu'à lui pour obtenir dés décisions positives. On avoit répandu que les cardinaux zelanti exagérés étoienl échelonnés de manière à le circonvenir pour qu'il n'échappât jamais à leurs insistances ; mais, il faut être juste, après la mort de Sévéroli, aucun zelante ne montra de prétention à celte autorité que Pévêque de Viterbe avoit exercée. La contenance de Léon XII prouvoit d'ailleurs que, si on avoit la vertu de ne plus l'importuner,- il possédoit le counkge qui commande, et qui ne
346 HISTOnB {UU]
recooQCHt plus d^euge^Qe9 imporjUinfi. ToiULi^ que nous avons pu di». des. incipnîm4f9 djv gouveraeni/enty n^a désormais phis,<r44>jeti si X.éon XII fait mal à présent, ce ser^ lui qpi se trompera. Nous pouvons donc en q^ momeof nous écrier : a Gloire à Dieu et à soojl vicair^! La chrétienté et Rome oWt plus, de reproches à adresser, Tune à son père, et.Fautre ^ ^od souverain. » i. ... ; •
Ces sentimens d^indépendancç se manîjGe^r toient dans mille circonstances Déjà \fi F^pe avoit visité les prisons à Timproviste^ Il alla voJTfi sans être attendu, celles du Capitale,. 01^ spj^t détenus les prisonniers pour detteSt^ JSa Sainjteté interrogea elle-même plusieurs déteau3ft<^^'€|le fit mettre en liberté après les^avoir écoutés avec affection; en même temps elle donnaordre.de payer les dettes pour lesquelles ils étqieotanrétést
Un événement extraordinaire, suite d^un antre événement dont nous avons déjà parlé ( celui qui concerne la mort de miss Bathurst), vint occuper la .ville de Rome et y rappeler la tristesse dont elle avoit été accablée au moîs de m^rs prér icédent. Suivant les erdrçs de la cour, je faisois célébrer un sei^icepqur le roi Louis XVIU dans Téglise des Français. Je m^ étois rendu ^vec toute i-ambassade, en apparat et. en co^nmede fleuil, et les absoutes venoient de finin lors-
[IWq DU PAPE LÉON XU. S47
tqa^nn volante (coareor ) de Fambassade Tint me dire a ForeiUe qœ le 'co'rps de miss Bathinrsl avoit été reinmvé, et qu'ail rapprenoit à f instant niéme par m caualcantede M. le doc Braschi^-Onesti, qui, en se promenant aux bords lia Tifare^ avoitvn des pêcheurs amener le corps à terre. Je ne ponvois croire; a cette nouTeUe ; mais ette m^étoit affirmée ei positiTement, que, dans )es intérêts mèine de Tambassadeur du roi, qin avoit guidé cette fatale promenade, je crus devoir me transporter au lieu qui m^étoit indiqué, quoiqu^il fût fort éloigné. J\avôis rempli mes trifiptes devoirs ; il me restoit du .temps pour en rcttidre compte au ministère. Sans ISure atten^ fion auJT circonstances où je me trouvois, à nos habits de deuil, à ceux des domestiques, j^or-^ <lonnai qu^on me conduisît à Ponte-MoUe. La voîtttre pwcourut rsfpidemenl la via angelicoy et te coch^ s^aarrè^ ayant le pont, à peu près à quarante pas du fleuve; je descendis, et je vis un spectacle qui -excita en moi une profonde doulem* X deux pécheurs étoient dans un bateau, et m^appeloient par des signes, en me montrant une masse de <xiuleur noire quHis mMndi'* quoient de Tœil, et qui étoit placée moitié à terre et^moilié dans les*eaux de la rive. Je m^approcbai, et je vis le corps d^une femme dont la figure cependant ne pouvoit être reconnue,
^8 ^^mSTOHlE imi]
parce qu'elle étoit recouverte psn» un chapeau de paille et uu voile noir. Le corps conservoit quelques débris d^une amazone bleue ; Iqs mains éioient déiX)uvertes , qumqu^au moment de révénement elles eussent dû être gantées. Alors nn des pêcheurs^ en.les, soulevant, nie pria de remarquer qu^elles Soient encore ornées de toutes leurs bagues, et il y en avoit en- eiet une assez grande quantité à tous les dmgts. Je remerciai le pêcheur, et rècônnoissàiit avec ioi qu^il avoit exécuté les prescriptions de la pc^ee, en plaçant le corps tel qu^il étoit en oe moment, je demandai pourquoi on^ ne Pavôit pas couvert de quelques toiles, de quelques filets, d^on vêtement quelconque^ même d^un banc .on d'une partie du gouvernail, potir le cacher aux regards de tout 1« peuple des environs, qui accouroit ; ces malheureux me répondirent que leur bateau étoit dégarni, et qu^ils nWoient en ce moment rien à leur disposition pour exécuter ce que je demandois. Getia voiture, roulant précipitamment vers le p(mt à une heure insolite, sur une route peu fréquentée, excepté le soir, cette cocarde blanche, sî comme et si aimée à Rome, qui annonçoit en tranchant sur ces habits dé deuil un équipage de Tambassade française, toutes ces singularités impréyxms avoient excité Fattention des villageois de
Monter Mario et de Vûta-^Madama. Une femme et «jae jeune fille arrivèrent les' premièlres; je les conduisis sur les bords du Tibre, et je priai la mère, en lui prenant les mains avec une -vive émotion, de permettre que sa^fiUe prêtât, pour le prix quelconque qu'elle voudroit exiger,* Un de ces manteaux doubles,, i) faut bien dire tout, un de ces jupons que les femnoes romaines tabattent sur leur tête quand elles sont àr Féglise ou quand il. pleut. La fille portoit deux de ces vétemens ; la*mère n'en por-^ toit qu'un. Lamèl*e balanooitdans des idées d^ crainte^ d'effroi, que je m'.expliquois biem Je dis alors à sa compagne : « Mais c'est une jeune fiHè comme vous, una signara^ une étrangère, venue de bien loin, qui a péri misérablement, comme vous voyez. . . )> La jeune fille, aprèsavoip obtenu le consentement de sa mère, me fit signe avec douceur^e me retourner, en imposa vivement le commandement aux deux pêcheurs, et quamd elle fut ainsi seule avec sa mère, elle détadia le vêtement rouge qui ceignoil sa taille, Falla poser sur la malheureuse miss, et s'éloigna de quelques pas, sans regarder si sa. mère avoit reçu la récompense quejelui avois donnée« La. jeune Romaine fondoit en larmes, et sembloit prier - avec ferveur pour celle qui étoit là exposée^
SM «STOOKB imi]
La foule eroissoU; taaîs elle n^ pcrtivoîk plus ayrêter ses regards que^ur ce vétew€»t rouge. hes hommes de la ptdice arri¥èreiil*pour dresmm le procès- verbal; ils n^aviMent pas pu par^ eourir Fjespace aussi rapidement q«ie moi^Ils BM demandèrent avec déférence ce qu'il y avoit i Élire dans le premier momenL Le corps ftit placé sur une civière et porté dans tme petite maiscm basse presque toujours, abandonnée 9 qui a dû autrefois, appartenir au gardien du p<mt avant qu^on y eût fait les réparations ordiMuiées par monsignor Lante^^^ trésori^ è Pépoque du retour du Pape Pie YII à Romet M 1^5. M. le baron ;TrasmondÎ9 célèbre cbirar^ gîen^ envoyé par le gouverneur, procéda àrfai recônnoissance du* corps* Il coupa les nibws qui assnjétissoient le chapeau de paiQe^ et le visage apparut dans toute sa beauté et. dans toute sa régularité première. Aucune fiorvue ne se trouvoit flétrie ; la pâleur élpifc celle du marhre« M. Trasmondi ôta soigneuseipent les bagues des mains et détadia le voile noir, qui paroissoit légèrement endommagé, et qui offiroit quelques déchirures» Oa se décida fi^n* lever le chapeau^ qui, étant gonflé, avoit préservé les cheveux de tout contact de* Teau ; la chevelure exhaloit encore l'odeur de ces huiles balsamiques dont on les parfume aujourd^ui»
[i^ DU PAPE LËSN XII. 351
Elle ^ détacha dVUe-méme aa*moiiidre effi>rl, et ïé- chirat^gien 9 qui ne voulotl garder que quelques boucles pour la ftrmille, recueijilit avec respect la chevelure entière. Ua seul soulier aVoit été détaché. Lorsque je fus bien assuré qu^un homme aussi intelligent que M. Trais^ raondi, et connoissant les convenances Içs plus délicates, sauroit prendre tous les soins ultérieurs, prévoyant que M. Freebom, consul an-" glais, pouvoit survenir et voudroit penser seul aux funérailles de cette* infortunée,. qui ne devoit pas reposer dans une terre catholique, je me retirai, et je veillai ensuite à ce quVn fit passer à la famille le voile, les cheveux, les bagues et le reste des vétemens qui avoient été conservés. Les hommes de science, dans le pays, dirent que sans doute, au moment de la chute, miss Bathur^t, renversée de son cheVal, qui eut la force de remonter sur la rive, a voit été engloutie dans un gouf&e profond ; que là ses vétemens retenus par des roseaux^ des racines de plantes aquatiques, s^étoient recouverts de sable, et que le corps avoit été dégagé seulement après une assez vive tem-péte, qui botilerersoit les sables en produisant ces désordres qui accompagnent les fureurs de réquinoxe d^autcnnne. Quant a la conservation* entière du corps, il est prouvé , par des faits de
3ôS HISTOIRE <. [1824]
rhistoire que das- poètes même ont recueillis, que tout corps qui est englouti ^qus des sables, et demeure sans contact direct avec Feau, conserye ses formes, qu^il ne peut plus perdre que lorsqu^il est exposé au. contact de Feau ou à celui de Tàir (i).
(t ] Il y a un passagç d'Homère bien instructif à œt égard. Le Scaimandire harangue ainsi son frère, le Siinols, pour l'engager à sssciter une tempé^ et à engloutir une illustre victime.
4^fAc Ktwiytmrt
OvTC rtt Tcvx«ct xceXet, ra ^m fia\eL ycieOi \i/xifn< KfiVflO V7t î\v9S K9Ka\vju.fitpa* xeie/l es fiip cvùr^w
AWt^M' Tiff-o-np 01 actif xaSvjrfpOf xaAv4«f. AvtV e< xaf ai/xa, TCT«v|«Tai, w^t rt utif XP*'^ Esat TVfjk^tx^ns, on fity ^a^rrm^tp' Axeu9l.
Carê fraierai.
Aio enim neque vim illivs prôfuiuratn, neque omning formccm Neque iUa arma pulchra, quœ alicuhi in imofundo voragini» Jacebuntsub limo tecta^ quin etipsum Jnvolvam arenit, sahulo affaiim circumfuso Jmmenso ; neque ejus ossa poierunt Achivi CoUigere} iantam eicolluviem desuper obtendam. Ibidem et et eepUkhrum erit, neque omnino ex opuik Erii humationey quando ei exequiasfacient Achivi»
Tout ce que suppose Homère s'est vérifié dans la terrible circonstance dont nous parlons. 11 n'y a de différence que dans la se-* conde tempête qui a détruit Pefifet de la première. On lit dans k
[im] BU PAPE: LÉON XII. 353
Le Pape prit \in vif intérêt à cet événement ; il m^en par^a plusieurs fois, et me fit répéter tous les détails que je pus me rappeler. Les Anglais célébrèrent entre eux les cérémonies, et uY appelèrent aucun catholique. Je ne reçus, moi, aucun remerciement de personne, que du Pape et de quelques autorités subalternes; et je crois .même qu^il arriva qu^on blâma le chicurgien du soin qu^il avoit pris de cette chevelure, si précieuse pour une mère, du moins dans les idées que nous permet notre religion : du reste, dans des cas semblables, ces conservations de chevelure ont toujours lieu, et c^est le chirurgien qui les garde dai^s son^ cabinet d^histoire naturelle^ Voilà-t-^il pas un beau sujet de curiosité pour un parent, pour un ami, qui, visitant 'cecabinet,^^peut y trouver la chevelure de sa parente? n^est-il pas mieux que-ce souve^ nir soit remis à une mère, qui peut le contempler^ si elb en 9 le courage, ou Tanéantir, si la vue lui en est insupportable? Apparemment, dit- on aussi dans la ville, qu'ail falloit transporter immédiatement dans la terre le dépôt funeste que rendit le Tibre, après Tavoir englouti
texte grec dps mots qui pourroient par extension s'appliquer à la jeune fille, Ei<r«f , formam.} T«vx«* noAa, arma pulchra,
IHade\ édîlfoird'Eraesti, Glascbw^ 181 4) 1. 11. chantai, p. 453 et
T. I. ii3
dans le ^ble an fond d^un abime^ et que toutes ces idées dMntérêt empressé, de pudeur pn^ blique, qui m^avoient animé, sont déplacées dans le culte anglican . La jeune villageoise avoit mieux compris les motife qui m^imenoient si proraptement sur ce lieu d^épouvante; «Teas cependant Poccasion d^interrogérdes honunes dû premier rang dans des univel*silés britan^ niques, et ils me répendirent que jVvois bien agi, et que la douleur seu'ie avoit pu «npêcher la famille de me rémercier... Enfin... la jeune Ai^laise ayoit en' les prières de la jednè Romaine... Si je n^ai obtenu que cekl, je suis amplement récompensé.
Je dirai quelques^ ikiots ici sur la police de Roipe ; nulle part la police n^a plus d'égarS^ pour les étrangers. SMl j a^ comme partout, cet esprit d^dt>8ervatiôn phi& ou* moins ^appliqué, qui répond de la sécurité des citoyens et des voyageurs, personne n^est plus discret, plus p<4i, plus déférent qu^tm agent de police romain. On dit que chez le Père conimun des fidèles, tout le monde est chez soi ; il faut dire davantage, mémeles^^^^ séparés ^ qui ne sont pas toujours justes, et qui n^apprécient pas assez cette délicatesse ^ sont aussi chez euxj et jouissent de cette liberté, malgré toutes les bizarreries d^exigences, de coutumes, qu^ils appor-
[18S4] BU PAPE LÉON Xtl. 355
tent dans les Etats d^un prince qui, au fait, est aussi souverain chez lui, que le peut être ailleurs tout autre monarque quelconque le plus jaloux de son pouvoir.
Le peuple de prédilection chez lequel le prince des pasteurs a voulu que fit placée la chaire de saint Pierre [V. p. 224)> commença malheureusement à s^agiter en ce moment, parc^ qiie, pour préparer de bons exemples, discms plutôt, pour ^^^r les mauvais exemples, on avoit ordonné la fermeture des cabarets, où le vin pris en trop grande abondance occasion- Doit des scènes funestes. Par ordre du Pape, le gouvernement avoit fait disposer des cancelletti^ ou barrières. JJl on distribuoit du vin, et chacun étoit obligé d^aller le consommer chez soi« Là fermeté du Pape, ennefhi déclaré des cou-teoMJLX^ vainquit tous les obstacles. Il iaut cotive-* nir que le peuplé vit avec douleur quel^onrompoit ainsi ses habitudes de veilles, de liberté et de licence, et qu^il murmuroit contre un ordre qui renvoy oit chez eux, disoit-il, des hommes pour la plupart dépourvus d'un domicile suffisant et commode.