‹ Histoire du pape Léon xiiChapitre 30 sur 37 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

MESURES ORDONNEES BANS LE CAS DE LA MORT DE MONSEI- GNEUR DE PINS, ADMINISTRATEUR DU DIOCESE DE LYON. NOTE DU CARDINAL DELLA SOMAGLIA SUR LA MORT DE IX)UIS XYIII. DON IGNAZIO TEXADA, ENTOTE |>E COLOMBIE, SE RETIÀE A BOLOGNE. IL AVOIT VOULU TOIR M. DE VARGAS qm REFU80IT ENCORE A CET ÉGARD TOUT GONSBNTE- MENT. ON CONTINUE d'aGITSR A ROME LA QUESTION DU JU- BILÉ, fi, DE FUSCALDO DEMANDE POUR NAPLES UN JUBILE PARTICULIER. IL SURVIENT DES OPPOSITIONS , AU NOM DE PLUSIEURS COURS, POUR LA PLUPART ACATHOLIQUES. LES CONSEILLERS DU PAPE SQNT DIVISÉS d'opINION. LE PAPE EST DÉTERMINÉ A FAIRE CÉLÉBRER LE JVBILÉ. PA- ROLES DE LÉONrXII SUR LA CÉRÉMONIE DEl'aNNÉE SAINTE. SAISIE DE GRAVURES PROHIBÉES. i:E PAPE FAIT JUGER CETTE AFFAIRE PAR LE PERE ANFOSSI.. CONDUITE GÉNÉ- REUSE DE CE RELIGIEUX. LE CARDINAL DELLA SOMAGUA PÀROIT MENACÉ DE PERDRE SA PLACE. UN DOYEN DUSAC&É COLLÈGE QUI POSSEDE UN HAUf EMPLOI EST DIFFICILE A DÉPLACER.

On a vu que Léon XII avoit nommé M. de Pins administrateur du diocèse de Lyon : il restoit à régler une formalité. M. de Pins pouvoit

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mourir. On sait ce que devient Fautorité épiscopale lorsqu^un évêque quitte la vie. Il falloit, pour ne pas retomber dans des embarras toujours pénibles, plarce qu^il est des soins qu^on doit même à ceux dont on suspend Fautorité, il falloit prévoir le cas où M. de Pinsf, administrateur, viendroit à décéder. Un bref contenant les autorisations convenables Ait envoyé au gouvernement du roi.

' Le Pape voulut aussi qu'une note officielle fut adressée en réponse à celle où Fon nolifieit la mort du roi. On rapportera ici celte note de la cour romaine.

« Vous ne pouviez donner au cardinal doyen, «ecré^ taire d'Etat, une nouvelle plus douloureuse que celle de la mort de Sa Majesté très-çhrëtiennè Louis XYIII, roi de France. Les vertus qui otnoient l'auguste monarque, la modération et la sagesse avec lesquelles il a gouverné son royaume dans des temps si difficiles^ sont bien raisonnablement pleur ées par \tt France, qui, après les vicissitudes de tant de lustres, est remoiitè'e à son ancien état où elle floridsoit avec splendeur.

» Cette mort a excité vivement la sensibilité de Sa Sainteté, qui connoissoit bien et admiroit la profonde religion du roi très-chrétien, et qui se réconforte en pensant aux sentimens de lumineuse piété par lesquels se distingua toujours son auguste frère, qui lui a succédé sous le nom de Charles X.

N Le soussigné, en exprimant sa vive peine pour cette

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affigetfate nouiFelle, ea réponse à voUe note du SS courut, TOUS renouYelle {es ase^uraoces ^ sa vwi^ ^^

time.

4jr,M. cardinal dslul SoMàgua. ^

Le Pape vouloit traiter iuL^tnème les dtiitâs de Fai^ire qqi appeloit . à Rome «dim Ignazio Texada. Il ne sera pas mutile de rapporter quelques particularités nouvelles ; elles font encore plus connoître le caractère des Esps^pools, qui, npitès avoir été sujets du Hiéme maître^ s^étoient divisés sur la grande question -de la Ugitiimté.

Don Ignazio venoit de partir pbiur Bok^e.

Il avoit vu le Pape et le secrétaire d^Ëtat par qui il avoit toujours été traité avec réserve, comme agent politique, et a v^c. bienveillance, quand il ne se disoit qu'un enfant de rEglise» Le Colombien prétendoit,, qu^après avoir séjourné quelque temps à Bologne il reviendroit *à Rottie. M.' le marquis de la Constance répondoît quMl n'étoit pas à croire que ce ipinistre pût résider à Bologne^ puisqu^il avoit ordre de quittei^ les Ëtats dil Saint Père, et que, xpiant au reste, îcela n'étoit pas impossible^ mais que celaétoit beaucoup difficile.

Sans la grande insistance que M. de Vargas fipportoit à celte affaire, il est probable que la pour romaine n^auroit pas rompu si ouverte-

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ment niH vite avec le gouvamementcolombien.

Le Pape chérissoit tendrement M# de Yargas, etil snbissoit encore tme fois, malgré lui, màid dans un autre ordre de devoirs, le joug que les amis savent .quelquefois imposer, et qu^une belle aïKbe ne repousse pas tùirjourS' sans? ressentir des dé€hÎpemens*4i|sn{^ortables« Doki Ignazio avovf ▼«^uluvoir M. .ife Vargas : celitî^:S^étok tifu obligé de refuser ^tout entretii^iv ConnËieAt pouvoîeD;^lls>6eToir?,M. de Vargfts aimoit>iqn roi passionnément y il trouvoitfiie^d^otWhnpé** rieux dans jce nom dAmarquùdela Constance.

Don l^^paziô étoit, au moins étoit atots^^ un fé- ToltttîoitMiaire exatoé s nous: avons vu eu Fimice de. ces, désordres dUmagination, de Ms despo^ tismes de démence, qui heureusement sont giié^ ris dans beaucoup de cerveaux restésion^enips laalades « M« de Vasgas etdon Ignaaioeftpréseilce \hxn de Taufresurie mémesol^ c^eùt été la,renH> contre ile deux volcans. «t^Quoi^ disoit IML^'.de n Vargas avec ime éloquence dievalei?wque, n parki;4lans)araèni8 langue et pourt et contre n les intérêts du roi' catholique I cela ne me paH> » roit pas possible. Les habitans de rUnioA et » lesAnglais se maudissent bieuy il est vrai, dans n la même langue ; je rue veux pas que la langue » castillane ait un semblable affiront. )> Hélas! cet affront, elle Fa subi et le subira long^temps.

a60 HISTOIRE [1834]

Néanmoins, il faut .expliquer convenablement ce qui paraîtra une rudesse diinsM. de Vargas, qai avec toute cette pétukmce étoilnn homme d'£tat fort habile.

Don Cienfuegos, qui éloit yenu. à Rome au nom du Chili, avoit publié desrdiatîons si extraordinaires et si mensongères de ses rapports avec le Pape Pie VII, le cardinal Consalvi et M. le chevaUer Aparici, ch^gé d^^afiaires d*£spagne^ que M. de Vargs^s craignoit d^ètre cité pour le moindre entretien,, et qu^il avoit eu la sagesse de se refuser à toute canférenoe«

D^aiUeur^, qu^auroientpusediredesangfroid la république avec ses ardeurs immodérées, et la monarchie avec la conscience de ses droits, surtout la monarchie qui n^a pas encore perdu le Portugal?

Ce n^est pas|>aree que don Ignaziô a échoué dans sa mission qu^on doit le condamner; on le blàiftera, parce quVn e£Pet il n^a pas eu une conduite prudente.

Il fréquentoit les mécontens ropiains, ks fils de ceqx qui avoient proclamé la souveraineté de Napoléon sur le patrimoine de TEglise; il fréquentoit les mécontens espagnols qui préparoient ce que nous voyons aujourd'hui. Il paploit en agitateur infatigable qui conseilloit Pimitation à tous les hommes qu'il croyoit de

son parti, ou qu^on avoit pu avec dessein met*tre sur son chemin comme tels. Don Ignazio étoit/avec des ii(oyens d'esprit, de parole et d^instruetion, un agent entreprenant qui n^é^ toit pas propre à remplir en ce moment une mission à Rome, dans cette ville où tous les genres de réserve et de circonspection, de dignité de caractère et de discrétion ]&ont commandés ^ surtout dans une semblable circonstance^ à Rome^ où la colère est sage, et la violence réfiéchre; à Rome; où Ton doit souvent se taire, parce qu^on ne veut pas trop répondre ni mentir.

M. de Vargas auroit été très^embarrassé si don Ignazfo, après avoir passée la Porta del Popoîo en venant de Livourne, se fût contenté de visiter les monrumens, se fût abstenu, dans le comniencement, de toute affaire^ de toute com^ munication avec les esprits brouillons auprès desquds une sévère surveittsmce est déjà exercée, s'il n^eût sollicité que secrètement d^être entendu par le gouvernement pontifical, s'^il n'eût pas toujours -demandé à déployer de longues lettres de créance, comm^ en rédigent les gouvememens nouveaux,' qui croient qu'on fait les affaires avec les mots de sa propre chose, ou les exagérations de 3on entraînement local ; enfin ^ s'il eût montré l'intelligence et le tact

dont il a voit bescri» pour réussir. « Contre une «> telU conduite, ajoutoit le ministre de Sa Mail jesté catholicpie^ Kargas qjii àx%^ quand il se » fâche, qn^il s^appelle ^ar^^, n'auroit rien pa n obtenir (i). w • . .

Ainsi, don Ignazio qui apportait ub tribut de la conviction catholique dans une partie importante du Nouveau-Monde^ et <^i à centre devoit espérer dlntéresser' le Saial Père, un ponlife tout étonné sans doute de n'^étre pas libre d^aimer etd^assbterjsesfilsde la. Ck>lQmbie, fomentoit sans le savoij:<^ sans le ymdoir^ des troubles dans le sein de Rome même et des proi^inees du Pape, qui doit aussi, con^me souverain temporel, veiHer a la tranquillité politique de ses Etats.

Ilétpit naturel que Ton continuât de s'^enU-etenir delà* question du Jubilé. Nous* allons voir le caractère de Léoni XII se développer avec autant de fermeté que d^^adresse .

M. le marquis de Fuscaldo faisoit itérativement au gouvernement Pontifical .différentes ouvertures relativement à cette question. Ce ministre ne se rendoit pas aux objections, quoi^ qu^on lui répondit entre autres argumens:

(i) Ceci est une allusion aux deux manières dé prononcer ce nom qu'citiploypit ce ministre suivant qu'il étoit calme ou aniinô.

H L^Europe pendant yinglndenx; ans a merné une n sorte de yie.de i^plartîer général; il me pou- » ;T<nt pas y aroir dé . Jid>ilé en iS€K>.*tAujour*- 1^ d^hiiirËBrppeesteQpaix^ laissez eékbreole ir. Jubilé I » On. voy oit bien que M., le etiev^ilier de.Médii»^ piiemier ministre.du roi deJ^fapIés^ Ferdinand, é toit en te moment TÎT«mènl -op-^ posé à cette mesure. Plus tatd il montra plus de complaisance.

: s Au ucNoi du^roi son maitrc^.^ mai» sans notifia cation écHtey M> de Fùscaldo représenl&it qu^il avoit eonnoissance à cause de soti grand, âge. (il étoit âgé de quatre-viii^ am)^ de ee qUi s^étoit passéàsl^ocicaBÎPB du Jubilé dei 7^5, publié par Clément Xiy. A œtte .époque, pour préVônir une espèce^d^invasion des pèlerins de fardalabre et de la Sicile, il fut permis aux archevêques et évéques d^orarir dés^ Jubilés parlictilietsle ymt (sfe Pâques, et d'atcerdef les grâces et «faveurs Cfu^cto aaroit obtenues en^allàillË à'Bmne. Des brefs du Pape furent adressés à cet effet', etFon uérit plus arriTer,*dans la capitale delà cbré-ï» lienté^ qoer le fiers des-pèlerins qui^Voîent man uifesté Fintention d^entreprendre le voyagea ^

La légation de Sa Majesté sicilienne u^eut alors à penser c^u^aux.besoin'^i'moins exigeaas de cette quantité restreinte d^ndividué, et les trésors de Tannée sainte n'en furent pas moihs

répandus dans tous les Etats du roi Ferdinand. . On disoit encore que rAulrîche, pour accorder ce qu^elle deyoit à ses. lois et aux intérêts de ses peuples, arbit engagé le gonTemement napolitain à porter ces paroles <{ue le secràaire d^Etat écoutoit avec beaucoup de tranquillité, en se bornant à répondre qu^il en rendrôit compté au Saint Père .

M. de Fuscaldo alloit voir en même temps les ministres ses collègues, et paroissoit espérer que ses représentations étant ' connues des autres souverains , elles produirojent une impression favorable sur Pesprit dé Léon XII.

Le Pape,- de son côté, sembloit décidé â ne publier aucune modification, qu^U n^eût reçu la réponse du roi de France et celle du roi de Sardaigne : ces deux princes étoient maîtres, Pun après l!autre, des grandes routes qui pouvoient amener les pèlerins, de PAngleterre, de la France, de l^spagne et de Pltalie inférieure.

Le gouvernement de Turin avoit écrit à son chargé d'affaires, sans entrer dans le moindre détail, sur la manière dont les pèlerins français ou autres seroienC^reçus dans son pays^ il avoit écrit qu'on' eût à surveiller la conduite des Piémontais, soit qu^ls allassent à- Rome ou dans toute autre ville des Etats romains, par exemple, à Lorette.

Cependant on préparait des provisions, des lits^ pour nourrir, pour coucher au moins six mille pèlerins; mais cette prévision pouvoit n^êlre pas suffisante, si, comme il arrive ordinairement, il y avoit trente mille pèlerinsL à Touverture de la Porte sainte.

^ La légation d^ Autriche ne â^exprimoit quWec modération,, et M. de Gennotte obéissoit à ses instructions avec ponctualité. La principale opposition, qui n^admettoit .presque aucune condescendance , étoit manifestée pas les Jégations de Russie, de Bavière, de Prusse, de Wurtemberg et de Hanovre.rSur ces cinq légations, il n^ avoit que la Bavière qui eût droit de prendre la parole, et cette parole devoitêtre signifiée 'par le cardinal* HœfFelin. Au moins, M. Fuscaldo consentoit-il àce-qu^un certain nombre de pèlerins napolitains vî^t à Roqie.

J^étois chargé d^afFaires de Lucques, et je cumulois ces fonctions avec ceBes de chargé d^affaires de France. Aloi*s le ministère des affaires étrangères de Lucques, à qui le Saint Père, je ne sais pourquoi,, n^avoit pas notifié le Jubilé, me consulta sur ce qu^il y avoit à faire ; je lui j%pondis qu^on ne pouvoit pas répondre à des notifioations qu^on n^avoi^t pas reçues ; que les réponses de France, sollicitées par moi, alloient arriver, et qu'il y auroit de la bonne

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grâce à en étudier reprit, pour montrer de raccord entre les diffinrentes branches de la maison de Bourbon. Le duc Charles-Louis, fils de h^ reine d^Ëtmrie, ne devoitpaft séparer sa politique de celle de la France.

Quant aux opinions des conseillers de Léon XII, eUfis n^étoient pas toutes aussi déterminées (pie celle du Pape.

Le gbuvenieur de Rome, Monsignor Ber** netti, craignoit que des agitations n^édbtasflmt à piropos de Tarrivée de« tant de pèlerins, et que les, libéraux de Rcmie ne vinssenl a trour» bbr k* tranquillité pubUque. Il appartenoil à Mcmsigncur Bemetti, homme judicieux, de savoir, mieux qu^un autre, les dangers que Fon pouvoit courir à cet égard; il connoîssmt tops les secrets des agitateurs , et s<m ^devoir étoit d^appeler l[*attention du gouvernement «ur des considérations aussi importantes.

Le trésorier^ Monsignor Cristaldi, homme pieux et administrateur sévère, étoit partagé entre ses sentimens religieux, qui rentrai** noient versTopinion religieuse, «t Faostérité dt ses principes financiers qui craignoient les dé^ penses que devoit supporter PEtat. Le trésorier abandonnoit à regret quelques sommes pour les préparatifs déjà commencés.

Le cardinal délia Soniaglia attendoil les ré-

ponses de la France. Il avok raison ; on ne peut rien faire de grandement religieux sans la France. Ces réponses ne pouvoient plus être de la nature de celles qui avaient été écrites le 20 juillet. ChaFle3 X étoit plein de santé ; le projet de Tindemnité , entièrement approuvé , devoit suivre son cours'. Une satisfaction donnée à Fhonneur et à la fidélité s'^encadroit noblement dans une manifestation pieuse : aucun obstacle redoutable ne pou voit distraire un seul instant Texpression des sentimens de dévouement au Saint Siège chez ce monarque, autre saint Louis, suilout dans uhe circonstance aussi solennellcr

Si le conseil du gouvernement pontifical nVntroit qu'avec réserve et incertitude dans les de^^eins du Pape, le Pontife ne balançoit pas un instant à déclarer ses senti mens. •

On étoit heureux de Tentendre parler ainsi :

« Le Jubilé de 1775 n'a été accompagné d'aucun embarras.. Tout a été calme deyant le marteau d'^*gent avec l^uel Pie VI a ouvert la Porte sainte. Nous par-» leronA dç la différence qui existe entr<^ les circonstances' d'alors et celles d'aujourd'hui. Il n'y a pas eu de Jubilé en 1800. Il étoit impossible qu'il fût annoncé en 1799, la veille de Noël ; le Saint Siège étoit vaeant. L'Italie, au mois de mai 1800, étoit couverte dé troupes fran*çaises que les vicissitudes de la guerre y avoient rame^ nées. Nous ne voulons point dire que le Jubilé pût pu

être annoncé extraordinairement plus tard ; des inésiateiligences ont surgi au commencepaent de 1805, et Ton connoit les désastres de 1809 à 1814; nous ne récriminons contre personne, etConsalvî nous a donné sur ce point même, des raisons convaincantes : tout a été bieo. Dieu- n'en a pas moins fait éclater sa bienveillance pour son Eglise; mais en 1824, le ternie de rigueur pour la publication étoit arrivé ; nous avons rempli ce devoir. Il n'existoit pas, il n'existe pas de motifs raisonnables pour différer le Jubilé, {jes prescriptions ordonnées par nos prédécesseurs depuis le premier jour du XIV" siècle, et perfectionnées depuis, seront exécutées. De sincères amis nous donnént-d'u^les leçcMisde réserve; quelques-uns nous témoignent leur effroi ; d'autres nous ^nontrent le trésor épuisé. Il ont tous raison. Ils sont tous de fidèles serviteurs du Saint Siège ; mais ce n'est pas sur eux que^ la sévère histoire feroit tonober ses plaintes. Léon XII n'a pas pris à l'aveugle ce nom qui doit surtout attester le courage. Nous ne pensons pas que les libéraux, ttos seuls ennemis, se-d^piiseront en pèlerins, et qu'ils viendront ici avec des armes cachées sous le capuchon bordé de coquilles, et que le bourdon recèlel||i un dard assassin. Nous saurions bien nous présenter à eux intrépidement, et puisque nous sommes, dit-K)n, sans soldats, paroître avec la seule autorité de notre visage. Garderoient-ils sur la route le secret d'une intention coupable ? A bon droit, nos enfans, les rois catholiques et même les fils séparés de notre culte fermeroient leurs barrières et- empécheroi^it la continuation d'un voyage criminel. Nous avons publié le Jubilé. Nous avons ^écouté ceux qui ont voulu que l'on modifiât des expressions qu'ils trouvoient imprudentes, et que nous ne regrettons pas, car les car-

dinaux et les prâa'ts qui possèdent notre conf^ùace, se distinguent p^v leur éminente sagesse. .A pj^ent la trompette sainte à sonné ; Tes naûôns chrétienùes sont convoquées; nous accoinplipohs notre' devoir, noufs né crèuudrons aucun danger. 'S'il y *. péril, ce péril sera i^otre joie, -notre bonheur, notre palme ; nous, devons traCDçmettpe TeseDipre-tel que nous Favons reçu. » .

Fuis Léon XII ; s'^apimant encore sous ses pjropj'es paroles ) termina ainsi : « Si dim quel che si dira,} M ha dccjàr U'Giubbileo.

TouléSpit^ labaiaîlleduJubiléy conunplepréteiïdoieDt le^ mâlyeiUans (i) ; inais si Léon.XII ne craignoît p^s les libéi;aux déguisés en pèl0rip$, il a voit, à rjedouter ^es machinations secrètes qui nîçJtpient pas 9.mépriser. . ? /

Sur *ees enlrefaites, un événement iiqpré\:u senibla jeter un iioitveau trouble dans les affaires. Un négociant, orîghiaire Français, ayoit

introduit des boîtes à double fiuid -contei^lsnit

des représentations obscènes ,. que Toii d^yoit

distribuer gratuitement à Rome. Ce négociant",

voyâqt sa marchan<bse séquestrée, m^avoit demandé inconsidérément la protection de Vambassade; je Ini avois répondu quW-ne. pouvoit

pa§ mériter notre appui^ quand, et surtout ^, ht

(i) M. Nodarls'e^prîme aingi, loc. dt. p. 102 : « Contra hoc ré^ » puffnabant ûcerfîmè recens impietas, ei meticidùsa sœculi tiecimi

» mm. poUtice. » *

370 HISTOIRE [tS^r

Teille de Fanaée sainte, cm avoit pu se permettre UQ semblable négoce, ipiiéloit défendu par les lois de notre pays comme par celles de Rome et par les. lois de toutes les nations, excepté dans des Etats qui auroiènt été gouTemés par M. de Sade. Le lendemain, mi commissaire da gdovemement pontifical vintme trouver; il m^apportpit ces abominables boites pour me fiûre connoitre le crime du négociant, et il me dit que le Saint Père avoit réservé à lùi-ihéme et à une personne de son i^ttioiité, rinstmction de ce procès. Sa Sainteté désiroit qu^il ne passât pas par la yoie de la seérétaiferiè d^Elat ni du camerlihgne, et me fâisôit âssuref qde j*amnois seul communication' de la sentence qtii seroit prononcée. '

Le commissaire ajouta que le Saint Père avQit appriis la sévérité avec laquelle je rênois de parier à edni qui avoit sollicité monappui. ^Quelques jours après, le cpmmissaire vint me Toir^ et me dedara que le Sahit Père, par égard pour Tambassade, s^étoit contenté d^ordonner que les boites fussent brûlées devant un fbndê de pouvoirs du propriétaire, qui recevroit seulement une vive réprimande, parce que la personne de Tintimité du .Pape, qui étoit chargée de cette afiàire, avoit conjuré Sa Sainteté d^accorder la remise de la peine ( elle étoit bien plus

grave et pins infamante que^ celle qui étoit pro^ noncéb par àotre Code pénal). Sa SlBiinteté avoit côixsenti k la remise y et Ton me faisoit connoître cette dét^îsion en me priant de croire qa^OR *étoit eharmé d'avoir fait une chose qui empêchoir d'accuser les Français dWdir doïiné ce scandale:^ d'autant plus que j'avpis été le p^e^ mier à blâmer le négociant de sa coupable imprudence. Ce juge secret,' qui nous témoignoit tant de bienmllance, étoit le père Anfbssi^

Ainsi ce religietiXvmtenx guidé, étoit devenu notre ami.

D'autres afi^irès furent également traitées de part et d^autré'avec le mêiAe esprit de netteté et de bienveillance. A ce sujet, le Pape.dit assez publiquement qU^il cï*ojroit devoir ce procédé à là manière doût da traitoit ' son nopce à JParis ; voicr ses propres paroles : a La nation française » est une de$ nations àveclesqi^espn arrange » le mieux les isifiait^s de toute sorte, j) Ces témuignages de satisfaction étotent accompagpiés de réflexionâ^ fort obligeantes pour lies ministres du roi à Paris.

£n ce moment, il courut des bruits défavo-

râbles au cardinal secrétaire jd^Etat ; on annonçoit qu'il alloit être remplacé, et qu'il accepterôit la place de da taire. Je rapporterai, à cette occasion, un fait qui peut donner une idée de

372 HlâTOIRË [1824J

kl puissance -du corps diplomatique* à' Rome. J^attendois moD... audience chez le secrétaire d^Ëtat. Un.de ses genlilhommes s^approcha de moi et me dit qUe c'^étoit le' cardinal lûi-raéine qVil falloit combattre quand il Touloit se retirer, et il allajusqia^à parler ainsi : a jCausez avec lui, y*. faiUs-lui courage. S^il ne' veut pas paï*tir d'ici, » il restera. »

On présumoit que^la place de dataire ayoit séduit le cardinal.. En effel,4^empJoi ,de secrétaire d'Ëtât nVst presque pas rétribué 4 on ne croira pa^, en Europe, qu'il ne rapporte peut-être pks 49OOO fr. Celui de dataire est té.plus laci^tif de tous; Un cardinal secrétaire d'Etat,*quand il n'eieerçoit pas cet emploi sous Pie Vil et avec Je nom du cardinal Consalvi, couroit ^risque d'être un subalterne; il' étoit exposé continuellement aux tempête^. A la dàterie, il avoit plus de ressources pour pratiquer, la bienfaisance et distribuer de nombreuses aumônes. *

Je parlai donc e0 .riant à Son Ëminence, croj^ant fain^ bied pour l^France etpailr Rome, et je finis ainsi : « Monseigneur, après avoir été 41 ambassadeur dnroi auprès des quatre princes, i> chez; lé duc de Laval, et ensuHe- seuLambasj> sadeur à Saînt-liOuis, il faut au moins que w Votre Eminence attende ses lettres de réw ci^nce. «*

La convei'sadion devint alore plus intime, et quelques plaintes furent glissées. Pour sortir du pas' où je ra^étois engagé, pour en finir, sans redouter une réponse, je -me levai et je dis au cardinal : « Voyez, monseigneur, ce que nous )» voyons tpus. Depuis cette lettre au. roi,. du » 4 juî^i qui ^ été si mal accueillie, et qqôle » Pape n'a écrite, j^cn suis sûr,q}ie forcé par des iy ingérences qu^il rie- veut pas, tfuUl ne doit pas » avoujîr , il a résolu de gouverner seul. Il a pu ne M pas prendre eti bonne part quelques reproches » indirects sutr cette démarche, qui a eu desré- )> suitat^ blessans pour lui. Actuellement il veut )* être le maiti^; il veut rompre avec les; conseili> 1ers qui abusoient de sa, reconnoissance, et w avec cfuicokique ne verroit pas clair dans ce w qui s^est passé. Il f^ut se soumettre; il s\ip-

)> pelle lion. Vous savez comme il soutient seul » le Jubilé, et il vaincra les résistances. J^ai un w pressentihient qui me fait croire que notre roi w lui écrira sur le Jubilé avec tendresse, et qu^il w applaudira à son courage. Pie VÏI étoit un )* Pape qui devoir avoir un ministre ;-Léon XII » ne veut pas avoir de secrétaire d^Etat qui le )* conduise ; mais il doit vouloir près de lui un » homme d'expérience, un sage qu'il trouve au )> besoin, et dont, en définitive, il recherche, il » accepte les conseils sans les craindre, w

374 QISTOIRE [1834]

Je n'avois pas déplu; le gentUhi^mme revint à la charge, et à une audience suivante, le cardinal m^ parut dans des sçntimens plus arrêtés, ajoutant tout bas : « Le Pape u.e me dit rien ; I» restons donc ici. »

Un cardins|l*doyenv qui marche encore, qui peut assister aux cérémojiies, et qui, désire rester dans lin emploi qu^il. occupe, est un dignitaire difficileà renvoyer. Le Pape le savoitfbieB ; ce n^est que par le cardinal •doyen que le Sacré Collège a Thabitude de* se mouvoir . Cest lui qui ébranle tous ces graves personnages, qui les appelle, qui les invite; ils ne se déplacent qu^à son commandement..

CHAHTHE XXVI.

CONVENTION ENTRE LA GQUtl ROMAINE ET I«Â RUSSIE POUR LE PAIEMENT DES BULLES ENVOTEES AtJX évÊQUES DE PO- LOGNE ET DE RUSS^. DÉPÉCHB BU CHARGE I>'AFPjlIR£lb DE FRANGE. IL SUPPLIE LE GOUVERNEMENT' DU Jl6l DE V-pKlR EN AIDE AU GOUVERNEMENT PONTIFICAL» D^kPPUY^R DE * -SON CREDIT LE CARDINAL SECRÉTAIRB D*ÉTAT, ET DE SE PRONOIfCER SUR LE JURUJÉ. LA. FRANCE SOLLICITE LECHA* PEXi; DE CARDINAL PpUR M^^^ DE .CROÏ, 'ARCHEVÊQUE DE ROUEN. CHARLES ^ éc|liT AU PAPE POUR LUI ANNONCER LA MORT DE LOUIS- xVl II. RÉPONSE D^ ROI DE SARlDAIOKE AU PAPE SUR LE JUBILÉ. DÉPÊÇHE^DU CHARGÉ d'aFFAIRES DE FRANGE SUR LES AFFAIRES DE L' AMBASSADE. DETAILS SUR LE ÔENRt DE VIE DU PA^fiDANS LE VATICAN, OU IL "j^HÔUVE TOUTES XES LATITUD;ES-. LES DIX MiLLf CH&MBRÊB W PA*

LAIS VATICAN. •QUELQUSS'-UNES D£. CES CHAMBRES CONTB- NOIENT UN TRESOR QUE n'oNT* Dl^CÔUVERT PENDANT L'oCCitPAtlÔN, NI LES If^RANÇAIS 'NI LES NAPOLITAINS. DÉ- 'MONSTR'ATIONS d'ÔBLI^EANCE FAITE$ ' AU .CHARGÉ d'aF- FAIRES De FRANCE PAR LE PAPE. ANECDOTE .DE DUCL08. RECIT DES FAITS DE' l' AUDIENCE DONI^EE ^AR LE PAPE A M. DE CROZA, CHARGE d'aFFAIR^S DE SARDAIGNE. BRt/lTS DE .CONJURATION EN BAVIERE ET EN PRUSSE. QN N$ s'aC' CORDE PAS SUR LA NAtU|IE D£^ REPONSES FAITES PAR SAINT- PÉTERSBOUkG SuIeI LA t:ÉR£MONIE DE LA PLACE NAVONE. ARRIVÉE A ROME DU COMTE HARROWBY, PRÉSIDfiNT DU CONSEIL EN ANGLETERRE.

Cepenpant la Russie poursuivoit ses demandes d^organisatipn .catholique pour lia Pologne ; elle a voit son archevêché pour Varsovie,

et neuf évêchés qui en dépendent, y compris Cracovie, qui, tien, que, pays libre, relève de Varsovie sous lé rapport religieux . La Russie proprement dite avoit trois archevêchés et quatre évêchés. ' ' ^

La question des droits de datèrie étmt réglée à la isatisfactiôn dés deu:sc puissances, et cette occasion de répandre des calomnies contre la Cour romaine avojt disparu.- Pour les balles de chaque archevêdhé de Pologne^ et de Russie, on payoit* i^ooo piastres .romaines de taxe (5,35o fr.); pour les évêchés, on'piayoit 800 piastres (4»o8o fr.). Toi^t n''étoH .pas réglé d'abord pour la Russie comme pour la Pologne, M. Italihsky . proposa d?assimiler un pays à Tautre^ Léon XII accepta, et les choses se sont passées ainsi jusqu^aux troubles funestes dont nous aurons occasion dé parler^ plus tard. - .

Quant aux autres affaires, une dépêche du chargé dWaires dé France, dqi 5 octobre, va résumer une partie de la situation de la Cour romaine.

Monseigneur,

« Je vous ai dit combien la voix de la France avoit contribué à éclairer le gouvernement Pontifical, corn-

bien il a été reconpoissant de Tétablisseineut du uou* veau mivtistère des affaires ee^lésiastiques, combienr le Pape avoit- cherché à accorder des grâces pouv desifracçais. Je vous ai ^t to.ut ce qu'il a dans sonr. cteur pour notre nation ^ toutes les disposition^ à i^oii» aimer, à nous préférer, qui habitent dan^ cette ^elle ^me noble et sensible, toutes les tendresses qiié nous porte ce Pontife ; ce fonds inépuisable dé bienveillance, né pendant ses nonciatures,* fortifié , dépuis son séjour ii Paris, par ses relatiojis avec -nos princes, • devenu comme une substance inhérente à àon existence par suite des -succès d'Espagne qui .plaidoient la cause de son parti, et le faisoient triompher dans l'élection. Le Saint «Père n'a entendu les acclamations que méritoit' le cLoul de sa personne^ qu'à travers les cris de «iVé id France J II faut toujours qu'elle ait de la gloire,* et cette fois, c'étoit de la gloire solide, et fondée sur lies principes de morale universelle; c'étoit plus que dé là gloire, c*étoit-dela sûreté pour elle. I^a France .proclament encore «ette grande vérité que M. le càrdiùalde La. Fare- dit. avoir entendu sortir de la bouche de. madame, la- .duchesse d'Angoûlême : u Comme il est possible cependant de sati" » t^r un prince malheureux! i»Léon XII s'est uni' avec nous le jour de sa création , il noiis ^ime , il nous honore , il nous ' le dit : il nous a trouvés de bon conseil. Ne l'abandonnons pas ! >

M Je suis persuadé que c'est nous qui devons le tirer de l'embarras où il se trouve, et dont je ne pense pas qu'il puisse se tirer tout seul avec les élémens qui l'assistait , qui le contrarient , ou qui essaieroient peut-rétre encore.de le gouverner. . ' '*

» Je suis intimement convaincu ' qu'à Paria on doit savoir ce que la politique générale de l'Europe demande

pour la question du Jubilé $ je 8uiap>ersuadé que dans le conseil du roi 4m nf ignora rien de» éclaircissemens nécessaires pour traiter cette question. C'est donc là qu'il faut l'agiter. Là il y a sagesse, religion^ talens, force et décision. Là sont leafaits, lea causes, les obstacles, les ▼ues.'Là est la modérattion xourageujie., Un avis du conseil empreint de toUties ces nuances qui distinguent si bien notre caractère -national, cal<^ulé ayec nos devoirs et nos droi^, est l'apcrode salut qui rafiermiitHt 'là barque de saint Pierre attaquée par ses ennemis, et maVdéfendue par quelqujes-uns de ses prostrés nautoliiers. * .

» Useroit beau de voir lé nduvjeau roi très-chcétîeii préluder à tantd'autres bien£sdts qu'il ani]^once pour la religion, en aidant aujourd'hui dans sa détresse le sour verain Pontife, qui peut être -également mal servi par ceux qui le retiendroiènt'et pftr ceux qtû l'entrainercnent. ^ i " . •

"^ Certainement il est trop tard. pour reculer le Jubilé^ mais il est possible d'en régler les formes et la durée, de l'étendre, de l'expliquer, d'empêcher qu'il ne faille le contrarier, parce qu'on n'auroit pas assez prévu les beisoins d'un si grand nombre d'individus entassés sur. le même point.-

» La Fraiice a vaincu la révolution d'Espagne, elle doit être la bienfaitrice , la patronne de l'Italie^ Je ne sais assurément pas ce qu'il faut faire; mais oli doit le savoir à Paris, et je vois ici qu'un bon avis sera reçu avec reconnoissancer

» Le secrétaire d'Etat que tous avez en ce moment a entendu M. de Fuscaldo , avec plus d'atleii^on , la dernière fois que le ministre lui a parlé du Jubilé. Il sera important, jusqu'à ce que vous ayez répondu, que

l'on continue à fortifier le cardinal dans lUdée de garder sa place. Il faudra le sauver d'uu:peu de désir d'être plus riche, qui rend la dignité de «d^taire attrayante pour -lui. On parle de le nofnmer au camerHngat, au lieu du cardinal Pacca cfui seroit dataire. II nous conyiendroit que notre cardinal restât aissez'de Jtemps>]^our seconder 'nos intentions,- si vous aviez le 4)ro|et. d'intervenir dans cette vraie détresse du Saint Si^^ Apf es le danger, après les portes saintes ouvertes «sans confusion aux fir dèles de la chrétienté, par les bons offices de la France^ le • cardinal pqurra écouter ces propositions d& camerlingat. Je conHois trop Rome pour penser à présent qu'il puisse jamais» prétendre à êUre^^Pape,- s'il iceste longtemps secrétaire d'Etat. Il est yrai qu'un doyen de^ meure où il vçut, mais il n'est pas «ûr qu'up doyen devienne Pape quand il a été secrétaire d'Etat) et en butte à toutes les attaques de, l'eiivie et de la médiocrité. .

n Camerlingtie, on est déjà, à ce qu'on croit, à mokié Pape le |our de la mort du Pontife ^ ^ai»x>n achève rarement Tauti^e moitié du chemin. Enfin, si nous^fientoas à nos intérêts, nous ne pouvona.pas eitipécher cet estimable vieillard de penser aux ^iens^

» €e qui .suffît^ c'est que jsi vous voulez parler, il le sache bientôt ^pour appuyer nos vues qui ne peuvent être que celles d'un. esprit rel^eux commis celui du doyen, enclin à la modératioii, ami des magnificences chrétiennes déployées sans péril," et qui me dispît'ily a peu de jours d'une luanière.touçhaxite : «> Non l'^t igné Deus, sed in spiritu tturœ Unis (1). »»

(i) Cette citation, du moins pour les trois premiers mots, se. trouve dans le chapitre XIX des An«^ .y. i3^iiip.-lll. Le cardinal ayoit'chaiigé quelques paroles ; voici le texte exact ) « Nin ta igné Domi$m8 et

» Quant au moyc^n à employer, si le roi approuvoit ce projet, il ne'-faudroit- pas Éaire tjropvite. H conviendroit de. parler -doueemeat au nonce dont les dépêches peuvent beaucoup ici; L'ambàs^deur; le duc de Laval, dëclaref oit ensuite que l'on respecte le prirtcipe , qu'il-y auvsL Jubilé y-che Jii ha dafar it Giubbike^ mais que l'on' supplie d'observer qu'avec un système d'étapes qui eî$t proposé à JBologne^ et- presque exigé violemment, déjà par quelques pèlerinsy on induit en dépenses énormes de^. -gouvernement étrangers; que les budgets chez nous n'oiit* pas dansi leurs prévisions ce sur croit de * dépeikses inattendues ; que les pèlerins assurés de leUr subsistance peuvent se -faire eUx-mémes missionnaires dana. chaque village, assumer chacun un apostolat en quelque sorte séditieux; que déjà ils e^citçnt les paresseux à partir, qu'ils grossissent la foule /jusqu'au ceûtre ou règste en effet jsn ce moment l'abondance, mais où l'on craint quelques âmes cortompues prétest entreprendre j^dt-étrô de cesaccapareihens qui engendrent la disettes

» Une des puissance» qui agira le plu& efficacement sur le Pape, est la voix de Charles X. Le Saint Père est d'avance pénétré d'un tendre dévouement pour ce prince,* dévouement mêlé de respect pour la grandeur et rélé^^ation du roi de ^France. »' - -

» Léon Xn n'a régné lui' seul que' depuis la mort de Sévéroli. Néanmoins, les deux, souverainetés, celle de la France et celle de Rome, nées«nsemble, et comme le même jour, doivent se donner la main. Léon XII, ami

post ignem sibilus aujrtB tenuis, » Cependant je puis me tromper ; ce verset, tel que Ta dit le cardinal^ appartient peut-êire à un autre passage de la Btitle ou à quelqu'un des anciens Pères.

du roi/ est en pore tout à la France, Il suivra des avis indirects donnés, ^i^c ménagemçns. Il tie f;^ut"pas. l>ii écrire à présent . (l'historien est, obligé, d'avouer ici que le chargé d'affaires çraignoit les léïtres de. Paris ; le brusque Cacauît eut été ptuS." loin', en s'écf iaiît i « N'écrivez pas, parce que vous* ne savez pas bien écrire, » en effet on aidait ir(fp répondttji maij^ je m'aperçois que le nonce Màcolii rappofrte très^fidèlement \e^ parole» cjoot on le charge pour, son maHi*e, et puis ici^tout ee que vous avez demandé au secrétaire d'Etat a géqeralement réussi ^ce qui a dépendu de lui! Dépositaires de cette ■ influence, nous devons craindre qd*6h ne nous reprocher de né^ noua èii' être pals servis. .S'il arrivoit des désordres, les Autrichiens 'accQurroîént~du château Saint-fhiie et dé la citadelle de Ferràre^ M. de iJen-: nette n'est plus si soigneux déplaire. 6e matin à la m^sse du couronnement, messe solennelle où le Pape aknpit qu'on allât lui*. .rendre hommage, je me suis vu seul dans la tribune diplomatique avec lé chargé d'affaires de Sardaigne pour reJpi^senièr" TËurope. N'y a-t-il donc k Rome que la France et la SaitHàigne ! *

» Les scènes dae désapprobation recommencept. Qiielqties autôHtés de Bologn.e donnent le sigpal de la résistance. Pai'don, Monseigneur, je ne parle pas contre le Jubilé. Il faut qu'il y ait à/!R6fne un Jubilé, mais il faut ie régler, et comme j*ai * déjà dit, Fexpliquer. Pirisqufe tout estnouveaueh Eiirbpe, âujourd'hlii il est utile de bieh s'entendre avant ^de^remuerainài' successivement peut-être cent mille hQmotôs de tous leç caractères et de toutes les nations.

» Vous avez mis ici en sentinelle Un vétéi-an. Il vous écrit ce qu'il pense et ce qu'il voit. Dans'cettie dernière lettre il doit avoir tout dit au gouverncnienf du roi. »

La France sollichoit avec iosi3tance le chapeau pont M. rarchevêque dé Rotien. Le cardinal délia Somagliâ ayoit demandé quelque répit, etJcepei^danJ; prcuots dé se montrer favorable; seulement.il étoit questipù de ne procéder à cette création qu^après qii^on en' auroit pttbKé une qui compretidroit des -sajéfs rolilarinâ recommandables 'paV leurs services dan3 les diverses administratiqns. '"'

Il n'^étolt venu de Paris ni une lettre de notificaUon pour Favénemeut du roi Charles X, ni une réponse à la* lettre qui noti£k)it dans le temps ie Jubilé au roi Louis ^XVIII. Vienne, qui avoit précédemrment répondu pour Favéïïement, avoit ensuite répondu po^r le Jubilé, comiQô on le sait déjà, et "cette dernière communication ,' rédigée avec la phi^ profonde habileté de calculs*, manifestoit au long des sentimens pieux, en mêû^ temps que plusieurs mots seulement receloient des réserves, on n^ita pas jusqu^à 4ire Une menace. Des lettres de Paris ,' que Foa présumoit devoir être agréables, auroient adouci les chagrins donnés par PAutriche, si elle avoit euFintention d^affliger le Saint Père; voilà ce qu'on disoit à Rome. Cependant ces soupçons contre le ëabinet de Vienne n'avoient encore aucun fondement solide ; tout restoit à Fétat de conjecture.

Le cardinal secrétaire d^Etal mon tt'oit quelque impatience. 11 ne put * s^eiiipêcher^ eh aipprenant que M. de Zichy deroit aller à Paris en qualité d^ajubassadeur extraordinaire de S. M. I. etR. A. pour complimenter S. M. Charles Xv;^ de' dife à faaule Voix : <cOn a donc écrit de Paris à Tenipereur, puisqù^il envoie un ambas** sadeur extraordinaire à la cour des Tuilerie^. Pour ici, le fils aîné n^a pas écrit à. son Père^ » Son Emrnence permit qu^OR lui représentât qtfil ne falloit pas cfoirq^ pèut-*être' qu'on eût fait à yiêilhe d'autre communication cfue celle qui avoit été adressée à Son .Eminèrice> et k Ish quelle elle avoit répondu par une note remplie de seiitiniiens de^ bienveillance singulièrement obligeans pour' le roi; qu'à Vienne, comme partout, on parl'oitdes' choses avant de Le^ faire ; que les letttés de niftificâtigii. au Pape parvien-^ droient incessamment, et qu'on de voit les atteiidre à chaque infstant du jour.

Le 9 octobre V la lettre au Pape, annonçant la mort de Louis XVHI , arrivoit à Rome. ^11 n'y avoît paS lieu de^se plaindre : le fils avoit écrit à son Père avant qu'il se fiît écoulé un mois depuis la mort du monarque si regrettable que pleûroit la France* Au même instant, on remettoit au chargé d'affaires de Sardaigne la réponse de son maître ,

adressée .ati Pape relativement aa - Jubilé.

Le prince déclaroit qa^'û faciliteroitle voyage et le' passage, par ses Etats, Aé ses sujets et des étrangers qui voudroient entreprendre le pèlerinage avec un dessein religieux. En même temps Sa Majesté se résenreit de -.prendre les mesures (*le ^sciplineY i^OL^ \^% temps où Foo vivoit rendoiedtutiles.

Nous continuerÔAS de puiser dans la cprresr pondance du chargé. d'affîiires de Frauice. ^s dépêches <)nt cela de particulier, que^ cx>mme il entretenoit des- relations d^^amilié et* dé bonne ifatelligence avec'tôus les ministres sans exception, il a voit le bonheur de.ne mander à sa cour que dçs détails sûrs en ce qui concemoit les autres légations, et que son devoir ne lui permettoit d\)mettra aucune des informations convenables en ce qui. étoie relatif au service de sa propre cour. Il avoitreçuJes lettres de notification de la mort du roi Louis . XVIII et de Favénement du nouveau roi ; âl devoit les remettre^ en personne, a Sa Sainteté.. La dépêche que nouB allons rapporter est en date du i4 octobre.

Monseigneur,

« J'ai eu rfaonneur d'annoncer à Votre Ezcellenoe que Sa Sainteté avoit promis de m'admettre à une act-

dience privée, le mercredi 13 à midi, pour recevoir la notification de la mort du feu roi.

« Lorsque j'arrivai par l'escalier secret danâ la pièce qui précède la bibliothèque du Saint Père, lieu habituel où il donne ses audiences particulièreis, je trouvai le marquis de Groza qui de voit être introduit auprèÉi^' de Sa Sainteté à onze heures, et qui n'avoit pas encore été appelé.

» Le marquis de Groza, bon serviteur- de son maître^ très-attaché à la France, et qui vit avec moi en grande intimité, depuis que M. le comte de Barbaroux, ancien ministre de la cour de Turin, homme très-distingué par ses talens et par ses vastes connoissances en juris-^ prudence, a bien voulu me le présenter avant de quitter Rome, eut le temps de me- dire^ en échange d'autres confidences importantes qfue je lui avpis faites, qu'il apportoit la réponse de son souverain sur le Ju* bile. Cette réponse, dont Votre Excellence connoît les traits principaux, la cour de Turin l'avoit envoyé/s depuis plusieurs jours avant que les lettres du roi au Pape fussent entre mes mains.

».M. de Croza me dit aussi qu'il tâcheroit de fixer surtout l'attention 4u Pape sur la question du Jybiléy et qu'il me communiqu,eroit l'entretien qui alloit avoir lieu entre Sa Sainteté et lui.

» Après un quart d'heure, M. de Croza sortit et ine fit comprendre, par un signe d'intelligence, qu'il a voit beaucoup parlé de cette question avec Sa Sainteté, et qu'il m'attendoit chez lui après mon audience, pour me donner communication de cet entretien.

» J'entrai chez le Saint Père, je lui présentai ia lettre de Sa Majesté. Il se leva pour la prendre de mes mains, et il me dit : « Les Français avoient un grand amour T. I. 25

» pour Monsieur depuis 1814. Us ont manifesté libre- » ment cet amour le jour de son entrée à Paris comme N Charles X. Le nonce a écrit l'enthousiasme et les » accla^lations. Nous n^avons pas attendu cette lettre 'r I» nos compUmens anticipés sont déjà partis : le peuple » français sera tres-heureux. sous Charles X. »

M Le secrétaire d'Etat n'a voit pas paru se soucier que je parlasse beaucoup du Jubilé à Sa Sainte^. Elle venQit<4'en entretenir une personne dont la bonne foi et la mémoire^ m'étoient bien connues; il me parut qu'au plus je devois indiquer que c^ sujet intéresse* voit le gouyernement du roi, ce que je fis avec prompt titude ; et en énumérant tous les ayantages^d'un séjour si prolongé au Vatican, je % obsei^ei* que la proxim^ de la grande basiUque pour les cérémonies de l'année sainte, diminueroii les fatigues du Saint Père. Je ne pcniyois pas d'ailleurs interroger sur un point si important auquel je savois bien que mon gouyernement n'a-^ voit pas répondu..

» Le Pape ne releva pas cette phrase ; et comme ses conversations favorites sont la guerre d'Espagne^ la grandeur des rois de France, et le courage qu'il a eu d'habiter le Vatican malgré le mauvais air sur lequel il vient de remporter une pleine victoire (le Pape y avoit passé les mois de juin, juillet, août et septembre), il dit d'abord des paroles obligeantes peur M. le Dauphin qui étoit à cheval près de son auguste père le jour de l'entrée à Paris. Il mentionna ensuite' l'heureuse^^xpression de Votre Excellence, qui dans la lettre d'envoi de la notification de la mort du roi, ne laissoit pas oublier combien là. famille des souçeraUns avoit conçu d'estime et de vénération pour Louis XVIII (expression de sentiment que j'avois soigneusement conservée dans mes

notes au secrétaire d'Etat, que beaucoup de personnes ayoient remarquée, et avec laquelle j'ayois fait ma cour à tous les ministres étrangers résidant à Rome).

» J'interrompis respectueusement Sa Sainteté pour dire que le Pape étoit le Père commun de toute cette famille, et que nous le loi avions prouvé le jour où lé corps diplomatique étoit venu le féliciter sur son élc^-^ tion, jour où nous avions été charmés de le trouver bien mieux portant que l'année dernière. J'amenois naturellement la transition au mauvais air. S. S. répondit: «Il est vrai que nous sommes mieux que lorsqu'on » nous a fait Pape ; et cuis nous avons bravé toUâ les » préjugés. C'est une absurdité de croire qu'il y a un w air sain dans un lieu, et subitement une maladie w dans un autre, à quelques secondes de distance, n

» Alors le Saint Père a daigné entrer dans quelques détaik sur son genre dç vie, sur les habitudes qu'il a prises dans ce même Yatioany quand il étoit serviteur de Pie TI, sur la distribution des appartemens ; il a plai* santé sur les différentes latitudes de cet immense palais où il trouve les climats qui lui plaisent, et qui est si étendu (10,000 chambres) que qui ce smt de son service ne peut se vanter de le connoître tout entier (1). Ilrioit, le premier, des heures singuUères de ses repas qu'il a changées pour obtenir quelque calme dans sa santé (2).

(i) Malgré les recherches des autorités pendant l^oecufMitîbn' des Français, de 1809 à t8i3, .et celles des Napolitains au-commencernent de 181 4> il y a eu des chambres du Vatican où ni les uns ni Ips autres n'ont eu accès, et où l'on avoit caché de Targept, des ornemens d'église, etc. * *

(a) Un Pape mange toujours seul. Léon XII disoit : « Nous n''a-* ▼ons eu à gagner que notre cuisinier et un eameriere pour dtner à l'heure qui nous étoit agi^ble j cela a été difficile, mais nous en

M J'ai invité ensuite Sa Sainteté, coumie au nom de son peuple de Rome, à sortir pendant ce qu'on appelle Yociobre, J'ai pris la liberté de lui dire que les Romains qui se livroient à toutes sortes de joies pendant cette saison, aimoient à rencontrer la bénédiction du Pape au milieu de leurs plaisirs ; Sa Sainteté a répliqué avec bonté qu'elle sortiroit, et qu'elle iroit aussi faire les promenades qui sont d'usage.

n Cet entretien de confiance nous a conduits à un sujet plus sérieux. <« Mous sentons, a ajouté le Saint Père, M qu'il faut se faire voir. Il' ne faut pas concevoir de dé- M fiance contre ses ministres ; ils doivent diriger les af- » faires, mais un souverain dormant peu, qa'on est tou- » jours -sûr de trouver, plaît au peuple. »

M Je n'ai pas laissé écbapper l'occasion de téipoigner mon respect pour la conduite et le dévouement du cardinid délia Somaglia, si attaché à son maître, et pour la yillè de Rome que j'ai dépeinte comme une des capitales les plus franchement passionnées pour leur souverain.

« Oui, on nous Tassure, a repris le Saint Père, et cda A nous donne plus de satisfaction et de courage. »

M Puis il m'a congédié, et quittant tout à coup le

•ammes venu à bout. » Cependant rien n'étoit <Jiangé à Fheiire où dtnoient douze pauvres que Léon XII avoit in VUés- à dîner au palais le jour même de son avènement. D'autres en pareil nombre y ont dtné ainsi jusqu'à la fin de sa vie. Il alloit souvent les servir luimême. Les pauvres disoient : a Avec un pareil Pape, c'eat tous les jours pour nous ié Jeudi saint. » Pendant le Jubilé, ces doine pauvres étoient des pèlerins étrangers. Quand il n'y avoit pas de pèlerins, en t8a4, ou en 1826-27-28 ou 29, on invitoit souvent douze convalescent assez bien rétablis, qu'on alloit chercher dans les hôpitaux.

langage officiel qui parle à la première pecsonne du pluriel, pour s'exprimer avec plu» de familiarité et de tendresse, il a ajouté- ces mots : - « Adieu , je sais que »» vous m'aimez. »

»Le Saint Père en congédiant joint toujours ses deux tnains. C'est sou salut ordinaire. C'est sa bénédiction de société. Suivant un privilège que je me suis déjà attribué plusieurs fois, j'ai pris ses deux mains^ et je les ai baisées (1); et je me retirois en suivant les formalités

(i] On lit dans le Voyage en Italie de Dndos, in^So, 1791,1^ t34^ « 35^jt suivantes :p(. Je me rendis Jàrraudience du Pape Clément XIII, » et après ayoir, suivant l'étiquette, quitté mon chapeau et mon » épée, je fus introduit par un Prélat, monsignor Borghèse. Je fis » les trois génuflexions, et je baisai la main du Pontife, qui me fit » relever aussitôt, et en^gea la conversation... J'observerai que je » lui parlai d'abord en italien j mais, l'entendant mieux que je ne le » parie, je me servis du français quand il m'étoit plus commode, » et pour m'y autoriser je dis au Pape : a Je sais que Votre Sainteté » entend parfaitement le français, et j'espère qu'elle trouvera bon » que 1& secrétaire de l'Académie française parle quelquefois sa 19 langue. —Oui, dit^il,en me parlant lentement, vie me servis donc » indifféremment des deux langues. Ujni'avoit déjà {donné (ine » demi-heure d'audience, Iwsque je lui dis : « Saint Père, pour ne » pas abuser des bontés de Votre Sainteté, je vais en prendre congé » (Duclos icr se trompoit ; on ne prend pas congé des Papes, pas 9 plus que des rois ; ce sont eux qoi par un' signe, préviennent que » l'audience est finie}; mais je la supplie auparavant de me donner }i> sa bénédiction paternelle. — AspeUa, ■» me dit le Pape, et sur un » signe qu'il fit à un Prélat, celui-ci entra dans un cabinet, d'où il » revint le moment d'après, portant sur ime soucoupe un chapelet » d'une dizaine; d'où pendoit une médaille dV)r qu'il présenta » au Saint Père, qui la prit et me la donna. En la recevant de sa 9 main, je pris la liberté de la lui baiser, Ce qui le fit sourire, et je » vis que les assistans sourioierit aussi. Quand je fus sorti, je de-

aeo HISTOIRE [1824]

d'usage qui ordonnent de marcher en arrière^ lorsqu il a dit encore : « Le roi aura reçu déjà mes complimens. » Ces cérémonies, ces fatigues, ces mauvais temps n'au- » ront pas rendus malades le roi et le dauphin ; dites » bien aussi que nous prions pour le feu toi. » -

» Le secrétaire d'Etat m'attendoit dans «es chamiMres.

» Je lui ai rendu compte de ce qu'il y avoit jeu de fikaB intéressant dans ma conversation avec le Pape, et j^ n'ai pas oublié la mention que j'avois faite de l'attachement de Son Eminence à son maître.

n J'avois'un vif désir de voir M. le marquis de Groza. Ce jeune homme plein d'intelligence, de tact et de la connoissance de 8e8*devoirs, avoit remis au Saint Père la lettre du roi de Sardaigne. Une copie figurée ^ préèédemment adressée au secrétaire d'Etat, instruisoit à l'avance

» tnandai le notif de cette petite gatté, au Prélat qui me oondniatiit. v II ve dit deyant lea officiers de Tanticharabre, que je m'étoisat- 1» tribué un privilège réservé aux cardinaux, qui ont seiils celui de » baiser la main du Pape. Mon eptreprisecardinaliste étoit devenue » le sujet de la plaisanterie. » Aujourd'hui, hors des cérémonies, beaucoup de personnes, surtout les étrangers, se permettent de baiser U main du Pape. Cest un mouvement que l'on fait toujours par surprise, auquel les Pontifes ne se refusent jamais, et qu'ils paroissent même agréer avec beaucoup de bontés quelquefois cependant avec le sourire de Clément XIIL Quoi qu'il en soit, pour nous, agens diplomatiques^ qui, comme venant au nom d'un souverain, avons l'avantage d'entrer avec notre chapeau et notre épée, cette action est toujours éminemment catholique, et en définitive elle n'a jamais rien gâté aux affaires. Du reste, j'ignore si, quand on s'entend dire avec la plus exquise délicatesse par tin Pape, « Je sais que vous 'm'aimez, » on peut éviter de tomber dans Ventrejirise cardinaliste dont le philosophe I)ùclos a donné l'exemple en 1767.

Sa.Sainteté, quLn'avoit pas eu besoin de demander le contenu de la lettre.

M Sa Sainteté ayoit lu avec plaisir que, si le roi de Sardaignene pou voit pas assister au Jubilé en personne, il y seroit certainement eh cœur et en ame.

» Le Pape approuVoit hautement la distinction que l'on Touloit faire entre les individus soupçonnés de vues méchantes, et les pèlerins voyageant dans un dessein religieux.

» Sa Sainteté, non-seulement trouvoit excellentes le discipline e le prouçidenze que les temps où nous vivons rendent utiles , elle admiroit cette prévoyance, «lie en épreuvoit une reconâoissance sincère.

» La conversation étoit tombée sur un sujet indifférent, mais .le Saint Père l'interrompant d'une manière visible, reprenoit les premières assurances qu'il avoit données de sa haute approbation des distinctions proposées par la cour de Turin, de son acquiescement aux mesures de police devenues nécessaires; enfin, de son admiration pour cette sagesse, et de sa gratitude vraie d'une semblable communication^ M. de Groza surtout se souvient très bien de cette phrase du Pape, conservée ici tout entière : a Monsieur, il faut que chacun fasse » son métier (suo mestieré), nous ferons le nôtre, les » rois feront le leur, et tout ira bien. >»

Le chargé d^afFaires de Sardaigne avoit eu soin de recueillir avec avidité et un rare esprit d'ordre, les moindres détails de cette réponse finale , répétée deux fois d'un ton de dignité et d'assurance.

M. de Croza étoit la personne qui avoit reçu, je crois, la première, lès informations des défeouvertes faites en Allemagne, particulièrement en Prusse et ep Bavière (On a voit trouvé, di- $oit*on, de» dépôts d^armes, des fusées à la cotigrève).

Ainsi il paroissoit prouvé qu'il y auroit Im Jubilé sans doute , mais quMl seroit réglé avec un' accord convenu librement et consenti avec les puissances. Les pèlerins ne dev.oient pas s^emparer de Rome s^ns défense; ils seroient admis au saint voyage , mais sous une surveillance fernie:et prévoyante. Ajoutons que ce résultat étoit dû à la force de caractère du Pape, qui , sans hésiter jamais sur le fond de la pensée, ne demandoit pas mieux que de se prêter à des complaisances politiques, pour qu^il ne survînt aucune occasion de se'reperttir d^une imprudence.

Il importoit de savoir cfe quie le cabinet d^Espagne pouvoit penser sur cette question. M. le marquis de la Constance, qu^il falloit presque toujours aller chercher parce qu'il sortoit rarement, voulut bien dire que sa cour pe lui avoit rien mandé, qu^il ne savoit rien et quMl ne faisoit rien. Cependant o» avoit publié dans des feuilles publiques de Madrid, une lettre du nonce aux évêques^ où

il étoit parlé du Jubilé en termes fort ardens.

Il existoit encore un motif de curiosité générale : on désirdit connoitre la réponse . du cabinet de Saint-Pétersbourg à Penvoi des dessins où Ton avoit représenté le ministre de Russie placé à côté du Pape^ lors de la visite du 1 5 août. On donnoit deux versions de la teneur de ces réponses» * - ,

La première portoit que la conduite du ministre avoit été hautement approuvée; la se^ conde , qu^il avoit été assez sévèrement blâmé. Le* cardinal secrétaire d^Ëtat, auquel on parloit de la première version , ne faisoit aucun mouvement pour répondre. Le moteur de cette ^cène avoit-il aus^i fait une faute, et par Tévénement pouvoit-il avoir «à se reprocher une tentative qui n^avoit obtenu aucun succès j et qui peut-être indisposoit la Russie? La seconde version passa pour avoir quelque probabilité. Le marquis de Fuscaldo, ce foudre de politique, qui ne ménageoit personne, disoit assez publiquement sur ce sujet ; ce. Si j^avojis été ministre de » Russie , je n'^aurois pas fait cela. L^empereur n de Russie est, dit-il, le Pape de sa religion. )> A Rome, on Tappelle tout simplement; schis- )> matique. U doit exiger que les relations de » son ministre avec le Saint Siège soient tout- » à-fait circonspectes en ce qui concerne la re-

» ligion. Il auroit été bien dHnvîter le Saint M Père à venir voir un feu d^artifioe^ une course A> de chevaux, une inondation fiictice de la M place Navone, comme il y en a Kms les ans » daiïs les chaleurs, mais jamais une Mission )^dans laquelle, on pourroit n^al parler, malgré » soi , des cultes étrangers à la c(HnniuQioii ca- >» tholique, parce que, dans ce cas, le mi- » nistre étoit obligé dVntendi*e chez lui , m » fiocchi^ des choses désagréables pour sa » croyance. »

Tout marchoit bien pour la question qui oocupoit exclusivement Fattention de Rome.

' Le Jubilé, conçu dans un esprit ^e religion ^a^il falloit soutenir, et exécuté dans-un esprit d^ordre qu^il ne fidloit pas négliger, ne ^pouroit plus produire qu^ungrand bien. Le ministère des affaires ecclésiastiques de France , si applaudi au Vatican , alloit répétei* sans danger les pieuses paroles qui sortiroient de Rome, toutes ses invitations sacrées, ses appels paternels, et Léon XII, affranchi de la tyrannie que la reconnoîssance imposoit à son cœur trop généreux, n^auroit plus qu^à recueillir des bénédictions universelles.

On vit, en cet instant, arriver à- Rome le comte Harrowby, président du Conseil en Angleterre. On disoit quHl y l'empliroit une mis-

sion ; mais son séjour ne f i;it que de très-courte durée, et il partit presque subitement pour Naples, promettant de revenir à la fin de décembre.

J'^eus alors Tidée de faire graver un dessin large de six cents millimètres sur deux- cents de hauteur, représentant Rome tput entière, vue du monte Mario. On reconnoissoit les principaux monument. J^avois l'intention de donner cette gravure à chacun 4®s pèlerins français sans distinction, qui se présenteroità Tambassade : cette distribution a eu lieu fidèlement pendant tpute Tannée 1825. Il doit s^eti trouver beaucoup d^exemplaires, surtout dansplus d^une chaumière de nos provinces du Midi et de la Bretagne.

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