‹ Histoire du pape Léon xiiChapitre 31 sur 37 · CHAPITRE XXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVII

DEUX PÈLERINES FRANÇAISES SONT ARRETEES X PORTO SAN MAURIZJO EN' PIÉMONT. ELLES SORTENT DE PRISON ET SONT DÉFRAYÉES DE TOUTES DÉPENSES IUSQU'a SARZANE, FRONTIERE DU ROYAUME. SERVICE FUNEBRE CELEBRE A SAINT-LOUIS EN l'ÊONNEURDE LOUIS XVIII. MORT-DE M. LE MARQUIS DE LA CONSTANCE (m. DE VARGAS). SES CONSEILS AUX ESPAGNOLS ET'AUX FRANÇAIS DANS UN CASOE GUERRE. NOUVELLES INCERTITUDES AUTOUR. DE LEON XII RELATI- VEMENT AU JUBILÉ. PROJET d'uNE PROMOTION DE CARDI- NAUX EN EUROPE : CETTE PROMOTION SËROIT INbÉPENi>A^TE DE CELLE Qu'oN APPELLE DES COURONNES. LETTRE DE CHARI.es X AU PAPE SUR LÇ JUBILÉ. LE |>UC .DE LAVAL PRESENTE DE NOUVELLES LETTRES DE CRÉANCE. M. LE CHEVALIER COURTOIS EST NOMMÉ MINISTRE I>*ESPaGNE A ROME. M. (LE MARQUIS DE VILLENA, BEAU->FIL.S ]>£ M. DE VARGAS, EST NOMMÉ CHARGE d'aFFAIRES TITULAIRE, A LUC- QUES, EN RÉCOMPENSE DE SA CONDUITE APRES LA MORT DE SON BEAU-PÈRE. ON AVOlT TROUVÉ CHEZ CE DERNIER DES LETTRES QUE LUI A VOIT ADRESSÉES DON CARLOS. ÉLOGE DES SENTIMENS NOBLES CONTENUS DANS CES LETTRES. A LA SUITE DE SON INTERVENTION DANS CETTE QUESTION DE .LETTRES, LE CHARGÉ d' AFFAIRES DE FRANCE EST NOMME COMMANDEUR DE l'oKDRE DE CHARLES III. LETTRE DE M. LE COMTE FERRAND SUR l'iNDEMNITÉ. MOT DE CHARLES X A M. ARAGO. LETTRE DE LEON Xll A M. LE VICOMTE LEPRÉVOST D*IRAY, AUTEUR DU POEME DE LA VENDÉE.

Le gouverneur de Rome terminoit avec zèle le règlement qu^on lui avoit demandé^ pour Torganisation exacte et précise des mesures re-

latives au Jubilé et à la sûreté de Rome. Il y eut lieu à demander quelques informations à deux pauvres femmes de Montpellier,' les premières pèlerines françaises qui arrivoient à Rome. Il me fut aisé de me convaincre que ces deux femmes n^étoient animées «que des sentimens religieux les^plus purs. Cependant on les avoit arrêtées et empirisonnées ^ Porto-San- Maurizio (Etats du Piémont), 'SOUs des prétextes peu raisonnables. Elles a voient la permission de leur évêque,etle passeport du maire. A peine 'une telle rigueur avoit-elle été conaue à Turin , qu^on avoit donné ordre de les faire sortir de prison, et de les défrayer de toutes dépenses jusqu^à Sarzatie, extrême frontière du royaume. Ces premières colombes, qui apportoient si courageusement des nouvelles de Tassentiment de nos provinces méridionales à Pappel de Sa Sainteté, fqrent accueillies* avec bienveillance et respect par les administrateurs des établissemens français à Rome . .

Le 25 octobre, conformémer^t aux ordres- du roi Charles X , le jour même où l'on célébroit à Saint-Denis les obsèques de Louis XVIII, un service funèbre pour le. même objet fut célébré dans Téglise nationale de Saint- Louis. La messe étoit chantée par M^^. Fancien évêque* ^e Senez, et quatre évêques

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Fassistoient dans.la cérémonie des absoutes.

Le cardinal secrétaire d^Etat , les cardinaux de famille seuls invités, tout le corps diplomatique, tous les princes et nobles romains, décorés dWdres français; M. Guérin, deJ^Aca-* demie royale de France, et tous les Français résidant en ce moment à Rome, s^éioîent fiait un devoir d'assister à ce service.

L^idée d^imprimei: ainsi , le même jour,- un sentiment commun à tous les Français, dans tous les pays à la fois, paroissoit généralement appréciée , et la cérémonie présenta ' toute la pompe qu^on' pouvoit désirer pour lui dopuer un éclat conforme a sp^ objet. '

Les Romains demandèrent que Féglise restât tendue pendant trois joùr^^ afin que le peuple pût la visiter et venir prier pour le roide France.

M*, le baron de X)amas, notice ministre des afiaires éti^angères, se montra très-satisiait de ce zèle.

k cette cérémonie on regretta vivement M. de Vargas, mort la veille, d^une attaque d'apoplexie. Ce digne ministre, si renommé pair ses sentiméns de fidélité et par les marques de reconnoissance que lui donna son maître en le créant marquis delà Constance, ce noble ministre avort réglé lui- même une partie des cérémonies de Saint-Louis. Avant de mourir, il

manifesta devant tous ses amis, qu^ii avoit appelés, sa vive tendresse pour la maison de Bourbon , qu^il aimoit éperduraent partout où elle régnoit, et sa profonde reconnoissance des sacrifices Éaiîts par Louis XVÏII, pour sauver Ferdinand : il recommandoit aux Français et au^ Espagnols de rester éternellement bnis^ appuyés les uns sur les autres , déclarant que toute guerre où les deux nations seroient engagées sous les mêmes drapeaux, étoit facile à bien conduire^ et ne pofuvoit. que commander la paix à FEurope. Naples, dans une telle circonstance^ devoitêtre une tête de.pont en Italie^ chargée particulièrement de la garde des Etats du Saint Siège, Cailles Bourbor^ ne pouvoient pas cesser d^être catholiques.

Jl étoit naturel que toutes les a£Paires restassent un moment suspendues à. Rome, vers les approches du Jubilé, Le projet d^organisation présenté par le^ouverneur^ quoique très^sage, n^avoit pas été entièrement approuvé • Cependant le secrétaire d^Etat disoit à Fagént de France t H Réjouissons-nous ! On ne doit avoir aucune )> crainte à présent; cette a£Paire^ sous beaucoup » de rapports, regarde phis à présent les Fran- » çais que nous. Vous réglerez les moyens » d^arriver : vous êtes d^intelligens organisa- )> teurs quand vous voulez : ici on n'^exigera

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» rien d^aucun ministre pour la nourriture* de 1* ses pèlerins ; on vendra plutôt Fargenterie î> des églises i »>

Ces derniers mots étoient attribués avec raison à Léon ,XII , Phomme a 1^ fois le *pl^s ferme et le plus désintéressé. •

On examinoit en même temps quelle étoit la conduite du trésorier Cristaldi , deivenu une sorte de favori du Pape..

Avec plus de dêve^oppemens qu^on ne Favoit fait encore, on disoit qu^un troisième instinct s^étoit manifesté chez Criglaldi. Il se plaignoit au Pape du retard dans la rentrée des impôts, et du bas prix des denrées et des bestiaux:

H C^est votre faute aujourd'hui , lui répondit )» le Pape ; vous ne voulez pas que la nécessité » de nourrir les pèlerins vienne un peu élever )>*le prix dans tous les marchés. )> En effet, il étoit d'^un administrateur prévoyant de protéger le mouvement des affaires commerciales. Ainsi Cristaldi, que Ton proclamoit pieux couune auparavant, économe comme toujours, mis en demeure de soutenir le crédit , trouva en lui deux raisons contre une pour se rendre aux instances de^çon maître. Le trésorier se laissa arracher un assentiment qui se composoit de sa piété et de Pobligation d'^accomplir des devoirs prescrits par les intérêts de la politique- intérieure ;

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il n^en répétoit pas moins : u Je recommande » une caisse presqiïe vide, qui tf a pas absolu* )* ment six millions d'accus romains de revenu » net pour tous les besoins ordinaires du gou- » nement ( un peu plus de trente millions de w francs). » Et il improuvoit les mesures généreuses du gouverneur : celui-cî, après s^être rendu, de guerre lasse, annonçoit quHl désiroit qu^on le mit en état, par des sacrifices d^argent sùfBsans, de consei'vep la sécurité des rX)utes, en empêchant, à tout hasard, les pèlerins de commettre des excès. Cependant personne n^osoit hautement contrarier Léon XII, qui prenoit tous les jours devant Dieu, dans le saint saci*ifice de la messe, rengagement d^accomplir Foeuvre de Vannée sainte.

Quels troubles, quels tour mens pour lé Pontife ! Et il falloit sHiivre avec ardeur le torrent des affaires, doio^t le cours ne peut long-temps s^in terrompre à Rome. Des prélats, j urisconsultes expérimentés, avoient rédigé un motu proprio sur là réforme deil^administration publique, de la procédure civile et des taxes judiciaires. Le Pape ayant appris que cie Code étoitprèt, le lut, le fit discuter devant lui, et l'approuva. Quelques parties du travail offroient un système nouveau qui méritoit la reconnoissance

dés administrés. A sa première sortie, le Pape T. I. 26

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en fat remercié par des acdamatioQS auxquelles il se montra fort sensible. Une chose très-remarquable qui prouvoit Fesprit de justice du Saint Père, c^est que ce Code reuveracût les attributions d'^un tribunal appelé VudUorato santissùnoy qui, au nom du Pape^ pouvait casser tous les jijigeméns. Ce grand et immense -pouvoir, qui exçédoit de beaucoup celui de la Cour de Cassation dé France, vienoit d^être acoordé à une autorité moins dépendante du souverain.

Léon Xil marchoit toujours le premier daos la voie de Pexacte justice et de la sage liberté. Enfin le cardinal délia Somaglia, auteur peutêtre d^un projet tout-à-fait magnifique dont il va être question , Fexpliquoit ainsi dans une réunion diplomatique : a Messieurs, on a mis )> dans Tesprit du Pape un projet : ce seroit de » faire, à Texemple de Paul'IlI Famèse, mie )> promotion spontanée de cardinaux étrangers. )> Un jour Paul 111 jeta les yeux sur toute la )> chrétieaité, et se fit Êiire une relation des mé- H rites, des talens, des doctrines^ des éerits de » beaucoup d^ecclésiastiques. Parmi eux, il en )) choisit un assez grand nombre à qui il en- )> voya de lui-même le chapeau. Il est certain >» que le Pontife ensuite s?en trou?» bien : cela >» ne seroit pas une promotioi^ epdînaire. Hé )> bien ! le Pape a beaucoup approuvé œ projet.

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w Ce séroit la promotion des vertus dans tous )» les rangs de la hiérarchie ecclésiastique du « monde entier. )>

Le 12 novembre, le bruit se répandit que M, le duc de Laval revenoit à Rome, et qu^il apportoit la réponse du roi à la lettre relative au Jubilé. Nous ne pouvons pas différer de donner connoissance de cette lettre qui étoit attendue avec tant d^impatience.

Le duc de Laval- Montmorency fut reçu avec les honneurs dus à son rang. Il alla en audience semi-publique porter au Pape la lettre, qui étoit ainsi conçue :

Très -Saint Père ,

« Le nonce apostolique du Saint Siège a présenté au feu TQÏj notre bien-aimé et très-honoré seigneur et frère, le bref que Yotre Sainteté lui ^voit adressé pour l'inviter à se rendre dans la capitale du monde chrétien, afin d'y profiter des grâces qtté l'Eglise doit distribuer avec abondance à Foccasion du Jubilé de l'année sainte. Votre Sainteté, qui a connu la piété de ce prince et son amour pour la reUgion, doit être persuadée qu'il eût regardé comme un grand bien de se rendre à Rome pour un si saint motif, si de longues souffrances auxquelles il a enfiii siiccombé, lui avoient permis d'entreprendre un si long vofagë. Les bontés paternelles dont Votre Sainteté a toujours comblé notre fiimiUe, nous font regarder çc^mç &tte.à noiis-méme l'invitation qu^elle

avoit adressée à notre auguste prédécesseur, et elle ne peut douter de la disposition où nous serions de jouir d'un semblable bienfait, et d'encourager nos sujets par notre exemple, si les devoirs impérieux qui nous sont imposés au tnoment de notre avènement au trône, oe rendoient notre personne indispensable dans notre royaume. Cependant, nous saisissons avec empressement l'occasion de témoigner à Votre Sainteté que nous ne 'négligeons rien pour as£(urer les avantages dé la religion dans nos Ëtats^ et pour cultiver avec soin les relations qui nous unissent^heureusement au Saint Siège. Nous prions Yotre Sainteté de vouloir bien nous accorder, ainsi qu'à notre famille, là continuation de sa bienveillance. Elle dott croire que nous chercherons constamment à l'obtenir par l'attachement et le respect filial que' nous conserverons toujours pour Votre Sainteté. Sur ce, nouspiions Dieu qu'il vous conserve, très-Saint Père, longues années au régime et gouvernement de notre mère sainte Eglise. Donné en notre château des Tuileries, le 23® jour du mois d'octobre. Tan de grâce 1824, et de notre règne le premier.

» Votre dévot fils le roi de France et de Navarre,

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