‹ Histoire du pape Léon xiiChapitre 6 sur 37 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

PIE VII FAIT UNE CHUTE QUI DONNE DE GRAVES CRAINTES POUR SA VIE. ON S*OCCUPE DES AFFAIRES RELATIVES AU COI^CLaVE. VUES DIVERSES DES CARDINAUX.' PARTI SU CARDINAL sévÉR(n.I} PARTI DU CARDINAL GASTI6LIONI. LE CARDINAL DELLA «ENGA APPARTIENT AU PREMIEIL PARTI. LE TRÉSQRIER ICONSIGNOR CRISTALDl, MORT DE PIE VII. NOVENDIALI. LES TROIS CHEFS d'oRDRE ÉCRI- VENT A LEURS FRÈRES LES CARDINAUX ABSENS, POUR LES INVITER A VENIR AU CONCLAVE. INFORMATIONS PRELI- MINAIRES SUR LES DISPOSITIONS DU CONCLAVE.

LéE moment où Dieu deyoit avertir de venir à lui le captif de Savone et de Fontainebleau « ctoit arrivé. Il alloit succomber aux suites d^une chute qui est toujours mortelle dans un âge avancé. Pie VII avoit à peine quelques jours à vivre. On s occupoit à chercher quel seroit le successeur auquel on confleroi t le pesant fardeau du manteau pontifical. Deux partis divisoient le Sacré Collège, mai3 sans y introduire aucun désordre. Les uns désiroient être assurés de voir fi* nirTa^itorité du cardinal Consalvi qu'ils nevouloient ni pour Pape, ni pour secrétaire d'Etat.

Il avoit tenu, un peu obstinément, mais à la suite de circonstances qui lui f^rçoientla main, il avoit tenu loin du pouvoir beaucoup de cardinaux de mérite , des hommes très-capables de gouverner, les cardinaux délia Somaglia^ de Grégorio et d^autres.. Ces cardinaux joints aux zelanti^ à ceux qui croient que la politique de Rome doit être plus souvent qu^elle ne Favoit été jusqu^alors austère comme le dogme, demandoient un Pape qui rétablît la force du pouvoir ecclésiastique. Quelques autres Eminences, d^accord avec les couronnes d^ Autriche, de Naples, de Sardaigne et de. France, cherchoient à élire un Pape modéré, prudent, qui, profitant de la bienveillance que Consalvi avoit acquise au Saint-Siège dans toute FEurope, continuât à peu près ce système de gouvernement, déjà, disoientrcUes , complètement éprouvé.

Tous étoient animés de sentimens convenables, quoique divers.. Le premier parti pensoit au cardinal Sévérôli, évêque-de Viterbe, et qui avoit été nonce à Vienne. Cétoit un homme tranquille, et à qui on faisoit un peu légèrement une grande réputation de sévérité opiniâtre. Le second parti pensoit au cardinal Castiglioni, évêque de Frascati, que les Français avoient persécuté autrefois, quand il étoit évêque de Montalto, et qu^alors ils se faisoient

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uae gloire de chérir. Le cardinal délia Gesiga, par une foule de rdations et de sympathies, appartenoit au premier parti.

Cependant, au commencieanent de iSsS, il avoitezisté^elques dissidences entre ce damier cardinal et Monsigndr Cristaldi , .trésorier général (ministre des finances), connu pour élre un des^ phis déterminés prélats zdanti^ et qui, quoique n^étant pas admis au condave, pouvoit y exercer une sorte d^nfiuence.

Cristaldi portoit d^une main ferme les clefs du Tiiésor . U avoit pour principe^ bien quUl pût se reprocher des ôompiaisances pour les opinions et les décisions du cardinal Consalvi, que, sans une vigueur peut-être outrée^ il étoit dans la nature d^un gouyemement tel que celui de Rome , où la souveraineté est donnée par les cardinaux iceconnus de droit électeurs, de voir tous les cardinaux aller impru* demment puiser au Trésor. Enflammé de ce zèle, le Sully Romain avoit osé résister même violemment au cardinal-vicaire, qui ne demandoit cependant qu^un simple acte de justice pour un créancier traité avec une sorte de partialité. L^altercation avoit eu un caractère si vif qu^on pensoit généralement que, si un jour les vœiix d^une majorité appelloient au trône le cardinal délia Genga, le trésorier perdroit im-

% fflfSTOIRE [ISIBS

médiatenient son emplou Noos veirone oon>ment ce cardinal , qui a déjà été TÎvement offensé deux fois, «itendra* la veogeanoe*

Fie VII, comme nous Tavons dit dans son Histoire^ avoit. expiré le 20 août ±S^ Cette vie si pore, ^ sage, sijbrle dans beaucoup de circonstances, venoit de s^éteindre. Oh procéda immédiatement aux'^/ic^tb/i^ que suivent les novendiali (cérémonies des obsèques qui durent neuf jours).

Après la mort du Pontife, le carénai camerlingue prit Fautorité dans Rome pour gouverner de concert d^abord avec les trois cardinaux chefs d^Ordré, comme ou Texplicpiera plus tard, et ensuite avec ceux qui dévoient être désignés à leur rang dans les trois Ordres de cardinaux.

Le 2i août la lettre suivante fut écrite aux cardinaux absens par les trois premiers chefs d'Ordre.

« Très-Révérendissime Père et Seigneur en Jësiis- » Christ , frère et très^her collègue , salut et charité » sincère en Notre-Seigneur !

>» Aucun événement ne pouvoit exciter en nous une » douleur plus amère, et causer à tous les gens de bien » un plus grand deuil, que la nouvelle dont nous fai- >» sons part à Votre Ré vérendissime Seigneurie, d'après » les coutumes de nos ancêtres, et*d' après le devoir de

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» noire diârge. L» Sacre CoUëge est prÎTéd'tm Pire » H^&go^Âe tendresie^ la çh^riûentà'de.&tm premier

• ometneuty rjElg^Use de son époux TÛiUe et de son » chef sur là terre.

» Notre Père très-ftaint et notre Sei^pMur en Jàas-- » Christ 9. dont la sagesse et la vertu étoîent pour nous » comne unpért assuré, un asile de répoa, a été. en- » leré hier à la terre , ou pliitftt il a échangé^ non» en » avons la confiance ^les^ travaux de cette vie passa» » gère contre les joies de celle qui ne- finira jamais. » Quoique cette pensée chrétienne doive être pour N nous un grand sujet de consolation , nous ne poli-n vons cependant 'nous défendre du sentiment * pé- » niUe d'un regret douloureux , lorsque nous rappe- » Ions dans notre esprit les qualités rares et singuUères

• que nous avons admirées dans ce Pontife. Ses moeurs » si douces;, sa piété si tendre envers Dieu, son lèle » ardent pour la religion y sa bienveillance admira- » ble envers tous , surtout envers notre Sacré Collège , >» enfin cette fermeté , cette constance sacerdotale que » le temps ne pourra jamais effacer , voilà ce qui ne » sortira jamais de notre mémoire. Mais , puisque nous M sommes tous enchaînés dans le lien. d'une seule et » même niortalité , nous devons compcimer notre dou- >• leur, çt rendre plutôt ^s grâces à l'immense bonté » dû Tout-Puissant, de ce qu'il a donné uii tel pasteur » à son I^lise dans des circonstances si extraordinaires, » et dé ce qu'il l'a conservé si 4ong^mps à nôtre » amour.

» Cependant j jetant les yeux sur l'état de viduité où » se trouve l'Eglise elle-même, nous nous empressons » de procéder à ce qui est de notre devoir. Après que >• nous nous serons acquittés , comme il est juste, et

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* selon randenne coutultie , envers notre Père et no-

* tse «scellent SolKVierain, nous lUras retireront Jans le «.conclave apostolkpie) pour bous occnpetrâerafidre » importante de Véiecticm d'un nouveau Pontife. C'est >», pourquoi noo^ innttMis dans le Seigneur, et nous » requérons Yotre Rëvàiendissime Seigneurie de ve- » nir nx>iis rejoindre le plus tôt posôblé, et quand elle M pourra le fcire commodément, pour mettre eiï corn* I» nnm avec nous ses conseUà., son autorité^ ses soins, » dantf une affaire doucette impcnrtance.

ir Qu'en outre, Votre Seigneurie étant unie ave^. «toous., quoiqn'absehte , par les liens d'une même H charité,., ne cesse de solliciter pour nous, par ses *• prières ferventes, le secours du Giel , afin que nos M esprits et nés suffrages suivent les inspirations .salun taires des esprits divins !

» Donné à Rome , dans le Palais Apostolique de non tre Congrégation, sous les sceaux des trois premiers » d'entre nous.

»> Raphaël Mazio , M Secrétaire du Sacré Collège. »

Les trois chefs d^Ordre dont il est ici question, étoient : i"* le cardinal délia Somaglia, doyen, pour f Ordre des évêques; 2° le cardinal Fesch, en Tabsence d^abord du cardinal Firrao, premier de FOrdre des prêtres, et ensuite des cardinaux Rùffo-Scilla , Brancadoro et Caselli plus anciens prêtres que le cardinal Fesch ; 3° le cardinal Consalvi, en Fabsence du cardinal

Fabrice Ruffo, premier de POrdre des diacres. Nous donnerons ici quelques informations plus détaillées sur les dispositions des esprits dans le Sacré Collège et dans les diverses ambassades et légations de FEurope résidant à Rome. Les cabinets avoient eu le temps d^envojer leur^ instructions, depuis le moment où la cHute de Pie Vil faisoit craindre, des suites qui ne pouvoient ^tre que funestes.

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