Hknricls Petz , Monumeila Germanicœ hislorica , lom. VI
fouet composé de trois ou quatre lanières de cuir, garnies de neufs pointes de fer aiguës comme des aiguilles1. Un étendard ou une croix précédait le cortège, dirigé par un chef entouré d'assistants, et fréquemment accompagné par des religieux et surtout par des moines mendiants. Tous les flagellants revêtaient des croix rouges cousues sur leurs chapeaux ou leurs habits; ce qui les faisait appeler Crucifères. Ils invitaient les fidèles à s'associer à eux par des hymnes, et la troupe montait quelquefois à des centaines, à des milliers d'individus. Arrivés dans les églises ou sur les places publiques, lors même que celles-ci étaient couvertes de neige ou de boue, ils se jetaient à terre en étendant les bras, se flagellaient rudement les épaules, tant que le chantre n'avait pas terminé un cantique religieux1, dont le thème était ordinairement la passion et la mort du Christ; puis ils levaient vers le ciel leurs bras ensanglantés, en demandant grâce et miséricorde, avec larmes et gémissements, à Dieu, à la sainte Vierge. Ils châtiaient ainsi leurs corps publiquement, deux fois par jour, et une troisième fois secrètement pendant la nuit. Ainsi s'explique l'impression extraordinaire que firent, lors de leur première apparition au milieu des guerres acharnées du sacerdoce et de l'empire, ces pénitents, parmi lesquels on voyait même des enfants de cinq ans2.
Pendant que la lutte des Guelfes et des Gibelins désolait l'Italie, la querelle de l'Université de Paris avec les Ordres mendiants agitait l'Église catholique en France. L'Université de Paris, que l'imagination légendaire et chevaleresque du règne de Philippe Auguste avait présentée à toute l'Europe comme une fondation de Charlemagne, était sortie, au douzième siècle, de l'école épiscopale de Notre-Dame, et des éco'cs monastiques de Sainte-Geneviève et de Saint- Victor. On eut dit deux fleuves dont les eaux salutaires, tour-à tour distinctes ou mêlées, devaient toujours couler dans le même lit. Grâce à