‹ Histoire du Pape Urbain, IV, 1185-1264Chapitre 15 sur 32 · Dictionnaire de Géographie sacrée édité par l'abbé Migne · texte numérisé non relu

Dictionnaire de Géographie sacrée édité par l'abbé Migne

A la métropole de Nazareth on avait uni Bethsa ou Scylhopolis, évêché avant 1120, archevêché déjà en 1129, qui n'avait pour suffragants que l'évêché de Tibériade déjà existant en 1155 et le prieur du mont Thabor.

La métropole de Péra, mentionnée pour la première fois en 1167, n'avait aussi qu'un évêché suffragant grec sur le mont Sinaï, dont le titulaire était en même temps supérieur du couvent de Sainte-Catherine du Sinaï.

La métropole la plus étendue était celle de Tyr, conquise en 1124 par Baudouin II, comte d'Edesse. Elle renfermait les évêchés de Ptolémaïs, de Sidon, de Béryte et de Panéas, avec plusieurs abbayes,

La métropole de Jérusalem comprenait, dans son ressort immédiat, les évêchés de Bethléem, érigé en 1110, auquel on unit Ascalon; d'Hébron et de Lydda auquel on adjoignit Diospolis. D'elle dépendaient encore les six abbés de Mont-Sion, de la Latine, du Temple, du Mont-Olivet, de Josaphat et de Saint-Samuel, le prieur du Saint-Sépulcre, et les trois abbesses de Notre-Dame-la-Grande, de Saint-Anne et de Saint- Ladre.

La plupart de ces églises cathédrales paraissent avoir eu des chapitres qui avaient le droit d'élire l'évêque. On le sait avec certitude par Jacques de Vitry, quant au chapitre régulier du Saint- Sépulcre, qui suivait la règle de Saint-Augustin, ainsi que pour celui de Bethléem.

Telles étaient la circonscription ecclésiastique et l'organisation civile du royaume de Jérusalem, lorsque Jacques Pantaléon y fut envoyé par le pape Alexandre IV pour y relever les populations de leur abattement.

Le nouveau patriarche, à peine installé dans ses fonctions déploya toutes les ressources de son zèle apostolique. Il exposa plus d'une fois ses jours pour adoucir le sort des pèlerins et soutenir le courage des habitants. Il était beau devoir ce pontife septuagénaire, d'affectueuses exhortations sur les lèvres, et dans le cœur une inépuisable tendresse , portant partout

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des consolations, s'associant à toutes les infortunes, prêchant à tous l'oubli des injures, courant au chevet des malades, s'inclinant sur leur couche pestiférée pour recevoir la confession des mourants, enfin consacrant toute l'énergie de ses forces physiques et morales au soulagement des malheureux qui faisaient redire aux échos de la Judée les lamentations 1rs plus déchirantes. Aussi tous avaient pour lui la vénération la plus profonde, la confiance la plus entière, la gratitude la plus vive; ils ne pouvaient se rassasier de le voir, a\e l'entendre, de le bénir, de goûter l'onction de ses paroles et de sentir la bonne odeur de Jésus-Christ qu'exhalait sa belle âme; ils se réjouissaient de l'avoir pour pasteur et pour pèrei.

Cette sympathie pour les populations de l'Orient, cette compassion pour toutes leurs misères, s'alimentait de tous les souvenirs de cette terre consacrée par le sang de Dieu, par le sang des apôtres et des martyrs, des rois et des chevaliers. Chaque bourgade, chaque ville, chaque fleuve, chaque montagne, montraient, pour ainsi dire, au vénéré patriarche, les traces de son Rédempteur encore visibles sur le sol, mais aussi les vestiges des héroïques barons de son pays natal , fidèles compagnons d'armes et d'infortune de tous les chefs des croisades. Là, l'élite de la noblesse champenoise s'était signalée par des prodiges de valeur ; ici elle avait été moissonnée par le fer des Sarrasins. Jacques Panlaléon songeait à ces journées de gloire et de malheur qui lui inspiraient de la tristesse et de l'admiration; il se rappelait surtout la désastreuse et mémorable croisade de saint Louis; il n'oubliait pas que ses chevaleresques compatriotes qui s'y couvrirent des lauriers de la victoire, comme ceux qui succombèrent sur les champs de bataille, eurent toujours devant eux une pensée de religion et d'honneur. Il savait que toute guerre est à déplorer; mais celle où combattent des guerriers comme les sire de Joinville, les Gauthier de Brienne, lesErard de Sivrey, les Hugues de

1. In quo quidem patriarcbalu sic patriarchis trecencis Jacobus praefuit et profecit, quùd peregrini et incolae ipsarum parlium palrem et pastorem amabilem se habere gaudebaot. Papirius Masson, loco cilalo.

Châtillon, les Geoffroy de Sertiges, perd de son inhumanité et de son horreur; parce que les commandements de Dieu se mêlant aux commandements des hommes, sanctifient en quelque sorte ces grandes entreprises armées.

Au milieu de ces nobles et salutaires émotions, Jacques Pantaléon n'en était pas moins laborieusement occupé à surmonter les obstacles de tout genre qui l'entouraient de toutes parts. C'étaient les mécontentements et les troubles qu'il fallait apaiser; les usurpations qu'il fallait empêcher ou punir avec fermeté; l'esprit d'indépendance naturel aux féodaux qu'il fallait contenir; les tentatives de discorde civile qu'il fallait déjouer ou vaincre; les rivalités des ordres religieux et militaires qu'il fallait calmer; quelquefois même les résistances de quelques évêques ou abbés peu disposés à contribuer de leurs deniers aux dépenses de la guerre sainte, qu'il fallait faire plier. Jacques Pantaléon portait résolument le fardeau d'affaires si difficiles et si compliquées; mais il en sentait le poids, comme le témoignent plusieurs de ses lettres : « J'étais « déjà vieux, dit-il, mais j'ai vieilli bien davantage au milieu « de ces travaux dans lesquels l'amour que je dois à Dieu a « seul pu me déterminer à me consumer1. »

Dans celte lutte, le vénéré patriarche, il est vrai, trouva des appuis. D'abord, il avait un caractère éminemment propre au gouvernement , et ce caractère avait été développé par les occupations de toute sa vie, sans même parler des fonctions publiques qu'il avait remplies. Constamment appliqués aux études morales, initiés à tous les mystères du cœur humain, les principaux membres du clergé joignaient alors aux pratiques de l'enseignement et aux fonctions du sacerdoce, l'expérience de la vie commune et l'analyse des passions. Ils embrassaient également le gouvernement des hommes et des choses, une gestion de richesses terriennes immenses et la direction des intelligences les plus simples comme les plus élevées. Il n'y avait guère que parmi eux qu'on connût les deux grands se-

I. Annales ecclesiastici, auctore Odorico Raynaldo, tom. XIV.

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crets de la vie des peuples : commander el obéir. Jacques Pantaléon avait cette habitude du commandement, cette volonté forte et douce qui sait dompter les oppositions, cette habileté à manier les esprits que le prêtre possède ordinairement à un plus haut degré, parce qu'il a lu plus profondément dans les consciences. Il savait vouloir, grande science quand on gouverne; il avait le sentiment des droits de son autorité, sentiment qu'il faut éprouver pour l'inspirer aux autresi.

Dans les circonstances les plus graves, Jacques Pantaléon employa avec avantage l'intervention du Souverain Pontife, toujours prêt à frapper de ses foudres les rebelles qui persistaient opiniâtrement dans leur insubordination, et l'influence puissante du champenois Geoffroy de Sertiges qui, après avoir combattu pendant trente années les infidèles, était devenu, dans sa vieillesse, vice-roi de Jérusalem. On ne saurait se faire une idée des ressources que le patriarche trouva dans cette double assistance. Quelque grand politique qu'il fût, Jacques Pantaléon n'aurait jamais pu gouverner la Terre- Sainte avec tant d'éclat , si la majestueuse figure de la papauté n'avait cas été debout, à côté de lui, pendant toute son administration en Palestine, et si l'ascendant populaire du vieux baron sénonais n'avait imposé silence aux bruyantes querelles des chevaliers.

Une des premières œuvres, que le nouveau patriarche tenta d'accomplir, fut la restauration du culte dans l'église du Saint- Sépulcre. Durant le long intervalle qui s'écoula depuis la prise de Jérusalem jusqu'au temps de Jacques Pantaléon, la garde du divin Tombeau avait été confiée à des religieux qui

1. La renommée de ses bonnes œuvres, passant les montagnes et les mers, arriva finalement jusque dans la Terre-Sainte, où elle esmeut tellement les cœurs des habitants de ce pays-là, qu'ils le déclarèrent patriarche de Jérusalem. En celte façon, Jacques de Troyes parvint k la chaire de saint Jacques, frère du Seigneur, et la régit avec tant de douceur et de bénignité que les étrangers et ceux du pays se réjouirent d'avoir un père et pasteur aymable. Do Chesne, Histoire des Papes et Souverains chefs de l'Église, tom. II, pag. 198.

remplissaient leur pieuse mission au milieu de difficultés sans nombre et de dangers toujours renaissants. Ce furent les disciples de saint François d'Assise. A côté de ces pères franciscains, il y avait des chanoines institués non-seulement pour assister l'évêque dans les cérémonies pontificales, et pour former son conseil, mais encore pour réciter l'office en commun dans le chœur de l'église sépulcrale. Ils étaient demeurés séculiers jusqu'en 1114. A cette époque , ils avaient été obligés, par le patriarche Arnould, à embrasser la règle de s.iint Augustin. Quand Jérusalem tomba au pouvoir de Saladin, ils s'étaient retirés dans leurs domaines d'Europe; ils y accordaient l'hospitalité aux pèlerins qui allaient en Palestine ou qui en revenaient. Plus tard , ces chanoines avaient été réunis à l'ordre de Saint- Jean de Jérusalem; quelques débris échappèrent avec leurs biens à celte réunion; la discipline et la ferveur parmi eux avaient perdu de leur vigueur primitive. La majesté et la régularité des offices en étaient troublées. Pour rendre aux solennités du Saint-Sépulcre leur éclat et à ses gardiens leur piété première, Jacques Pantaléon augmenta de six membres la congrégation de ces chanoines réguliers et y introduisit de salutaires réformes1.

Un soin d'un autre genre préoccupait encore le zélé patriarche; c'était de faire remettre en état de défense les villes et de fortifier la plupart des places de guerre possédées en Syrie par les chrétiens. Jaffa ou Joppé, bâti en amphiléâtre sur le plateau d'un isthme, vit ses murailles et ses hautes tours réparées. Cette belle cité, avec titre de comté, jadis apanage de l'héritier du trône de Jérusalem, avait alors pour châtelain un brave champenois, Gauthier IV de Brienne, beau-frère du roi de Chypre et de la princesse d'Antioche. Sans cesse le haubert en tête et le cimeterre au poing, il ne laissait échapper aucune occasion de détrousser les Sarrasins. Du haut de son donjon,

I. Cùm in sacro sepulcri Dominici templo divious cullus absolesceret , Jacobo hierosolyniitano patriarchae, illius reslUueodi cupido, potestalem cootulit Alexander papa, ut caooûicorura numerum aliorum sei supplemento augeret. Annales ecclesiastici, auctore Odorico Ravnaldo, loin. XIV, aoo. 4256.

l'œil parcourait au loin la plaine qui conduit à Saint- Jeand'Acrc, et les jardins qui forment, autour de Jaffa, comme une ceinture de grenadiers, de citronniers, d'orangers et de palmiers. Aucune caravane ne pouvait se dérober aux regards du comte; naguère, il en était tombé entre ses mains une entière chargée de draps d'or et de soie qu'il s'empressa de distribuer à ses bannerets. Chez lui, la générosité accompagnait toujours la vaillance. Une foi vive remplissait aussi son âme : quand le soir était venu, et les portes bien barricadées, le sire de Brienne s'enfermait dans sa chapelle et y demeurait longtemps seul en oraison l.

Craignait-il parfois que les Turcs n'interrompissent par leurs attaques ses heures de dévotions? Il imaginait de faire paraître sa forteresse toute garnie de combattants. Plus de cinq cents boucliers d'or, à la croix pâtée de gueules, brillaient à chacun des crénaux comme autant d'hommes d'armes immobiles. Il y faisait également suspendre autant de pannoncels blasonnés à l'écu de Brienne, qui, de loin comme de près, étaient chose belle et formidable à regarder.

La position de ce vieux castel avait frappé Louis IX lors de son séjour en Syrie; reconnaissant l'importance militaire de Jaffa, il avait prescrit à Eudes de Montreuil de tracer tout autour une enceinte et un faubourg bien fortifiés; il avait fait élever, en outre, du côté de la mer, une muraille flanquée de vingt-quatre tours, cernées de fossés profonds et larges. Ces travaux s'exécutèrent comme par enchantement, mais non sans des frais très-considérables; le sire de Brienne, chevalier brave et généreux, ne voulut rien épargner pour la solidité de cette citadelle chrétienne.

Jacques Pantaléon, à l'exemple de saint Louis, stimula le zèle et le dévouement des barons d'Orient qui s'occupaient de rétablir leurs châteaux en ruine. Ses exhortations produisirent un salutaire effet : comme on avait vu les chevaliers au milieu

i. Histoire de saint louis, roi de France, par le Marquis de Villeneuve- Tiuns, tom. II, livre v.

des soldats dans les batailles, on les vit alors , au milieu des ouvriers, animant leur ardeur au travail; souvent, pour l'enflammer encore davantage , ils prenaient la pioche du terrassier et la truelle du maçon. Aussi, les places maritimes les plus fortes de la Palestine, construites avec une rare activité, parurent bientôt à l'abri des irruptions des barbares1.

Par suite de ces diverses constructions, plusieurs barons manquèrent bientôt d'argent pour entretenir leurs hommes d'armes. Le comte de Joppé, de l'illustre maison de Brienne, était du nombre de ces nobles appauvris. Jacques Pantaléon lui vint en aide par les ordres d'Alexandre IV. « Le comte de « Joppé, homme de haute distinction, lui dit le pape, a pris « tant à cœur la défense de la Terre-Sainte, qu'il n'a pas craint « de faire d'énormes sacrifices pour mettre en sûreté la place « forte de Joppé; il a dépensé, pour cela, non-seulement tous c ses biens meubles, mais encore (une partie considérable « de son patrimoine, de sorte qu'il est accablé de dettes. » Pour secourir le noble comte dans cette détresse, le patriarche lui fit compter mille marcs qu'il préleva sur seize mille besants d'or sarrasinois que les Templiers de Ptolémaïs gardaient en réserve pour les frais de la guerre sacrée2.

Pendant qu'il veillait à la restauration des remparts et à

1. Ne verô barbari latius proferrent victorias, muniendis arcibus dalâ operâ; cumque in Joppe propugnaculis, prœsidioque militari firmandâ cornes joppensis suo profudisset, pontifex Jacobo patriarchae dédit imperia, ut mille marchas ex iis sedecim millibus bysantiorum saraceuatorum , quae apud templarios Ptolemayde in belli sacri sumpius asserbantur, comiti numerandas curaret. Annales ecclesiastici, Raynalo., tom. XIV, ann. 1256.

2. Efferali Januensesac Pisani, mutuis odiis ubicùmquc, sive terra, sivemari, in occidente vel in oriente, infestis telis concurrebant, trahebanlque in praelium faederatos, maximèque Veneti, ob siogularem cum Januensibus emulationem, Pisanis successeraut, atque Ptolmaïde aliisque in portubus simullates exercuerant, ex quibus dissidiis exlrcma hierosolamilano regno cladesimmioebat : cùm non modo hostium armis peteretur , verùm eliàm eorum viribus, quibus illius defendeudi munus iucumbebat, laniaretur. His itaquè et aliis impendentibus malis remedium aliquot allaturus Christi vicarius, Messanensem archiepiscopum in Qrientem misil, ac Pisaoos, Janueuses et Venetos mutuo fuodendo sanguini parcere jussit.

Annales ecclesiast., auctore Odorico Ratnaldo, tome XIV, année 1258.

l'achèvement des forteresses, Jacques Pantaléon ne cessait de s'employer à mettre en liberté les captifs, encore si nombreux aux mains des musulmans età. ramener à leur ancienne croyance ceux des croisés qui avaient été assez faibles pour se faire renégats : la délivrance des corps torturés dans les cachots et le salut des âmes tombées dans l'erreur, étaient une des plus grandes préoccupations du zélé patriarche. Malheureusement les sanglantes rivalités des Génois et des Pisans, les scandaleuses discordes des Templiers et des Hospitaliers, entravaient son apostolat.

Les fidèles de la Palestine désespéraient presque de voir le sage et prudent Jacques Pantaléon réussir dans ses entreprises de conciliation, lorsqu'intervint le pape Alexandre IV. Ce pontife, informé de la situation, se hâta d'envoyer en Terre- Sainte l'archevêque de Messine, avec les lettres les plus pressantes. Il y accusait les Génois, les Pisans, les Vénitiens, peuples mercantiles qui se disputaient l'empire de la mer, de préférer les richesses de leur commerce aux sentiments de la foi et de l'honneur ; il y peignait des couleurs les plus sombres les dangers auxquels les mauvaises passions humaines exposeraient le royaume de Jérusalem, s'ils continuaient à se faire la guerre les uns aux autres1.

Avec franchise, avec cordialité, Jacques Pantaléon accueillit dans sa demeure et admit dans son intimité le nonce apostolique. Tous deux se concertèrent pour calmer l'irritation des républiques rivales; ils leur représentèrent de nouveau combien leurs implacables jalousies allaient nuire au triomphe de la croix, en privant les expéditions d'outre-mer du secours de trois nations marchandes suzeraines de toute navigation. Ils enjoignirent aux Vénitiens, victorieux dans plusieurs rencontres navales, de briser les fers des Génois faits prisonniers; ils les exhortèrent à respecter les quartiers qu'ils occupaient et

1. Mandarausut, eo tempore quo Icgalus, seu ountius apostolicae sedis ad partes ultramarioas accesserit, procuratores vestri, ad reformatiooem pacis et ad omoiaque oeeessana suut ad eam, in eivilate Acconeosi comparcant coràm co... Epislol. Alexand. IV, apud Raynald., lococitalo.

les privilèges dont ils jouissaient dans les villes maritimes du royaume; ils leur firent jurer de n'avoir plus d'autres ennemis que ceux du Christ1.

Le cœur navré des maux qui affligeaient les populations confiées à sa sollicitude, l'intrépide patriarche oubliait ses propres souffrances pour ne songer qu'au moyen d'imposer silence aux bruyantes querelles des factions, lorsqu'il eût la douleur de voir renaître les anciennes animosités des Templiers et des Hospitaliers. Entre ces deux ordres, qui se voyaient parvenus au faîte de leur gloire, de leur puissance, de leur renommée, l'irritation et la haine étaient devenues telles, qu'ils se livraient des combats acharnés partout où ils se rencontraient. Les historiens racontent qu'en 1259, il y eut une bataille si sanglante entre ces deux confraternités belliqueuses, qu'il n'échappa qu'un seul chevalier du Temple pour porter dans les places de son ordre la nouvelle de l'affreuse défaite. Les Templiers de la Terre-Sainte ne se sentant pas assez forts pour en tirer vengeance, appelèrent, par une citation générale, leurs frères d'Occident. Jacques Pantaléon s'efforça d'assoupir cette espèce de guerre civile où l'animosilé régnait avec tant de fureur. Aussi, à part cette vieille jalousie, toujours vivace, qui armait les Templiers et les Hospitaliers les uns contre les autres, on trouvait encore dans leurs maisons le même esprit de charité pour les pauvres et les pèlerins, le même zèle et la même émulation pour la défense des chrétiens de la Palestine2.

Alors de grands événements se préparaient en Asie ; et, du côté de la Perse, il se formait un orage menaçant à la fois les musulmans et les chrétiens. Les Mongols, conduits par le prince Houlagou, chef de la dynastie persane des Gengiskanides, avaient roulé leurs hordes guerrières jusque dans les murs de

1. Cirea uegotium, ioquit, Terrae sanciae oobilis vir cornes Joppensis taolo aflY'Ctu ducilur, quod ipsc, sicut accepimus, pro custodià castri Joppeosis, non boua sua mobilia, et oou modcam parlem sui palrimooii jam expeodit, sed ctiam gravi propter hoc premitur sarcinà debitorum. Annales ecclesiat., loco citato.

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