Nàm Florentini, Pisani, deindè Senenses
Pctrus de vico Theuiouicique sui,
Summum pontificem cum f rat ri bus Urbevetunis
Tentassent ab eisobsidionecapi ;
Ut, paire sublato, juxtà temeraria cordis
Manfredi placita, staret in orbe pater.
Theodoricus Vallicoloris, in vitd UrbanilV, ap. Papir, Masson.
et des émigrés florentins huit cents cavaliers allemands commandés par l'un de ses oncles, Giordano Lancia, guerrier' renommé en Italie. A l'aide de ce renfort, Farinata reprit l'offensive au bord de l'Arbia, près de la colline de Monte-Aperti. Le champ de bataille, longtemps disputé, tomba au pouvoir des Gibelins. Ceux-ci chassèrent les Guelfes de Florence et de Lucques, en capturèrent un grand nombre; Manfred fut proclamé protecteur des républiques florentine et siennoise. Cette proclamation n'était que le préliminaire d'une ligue générale qui se forma, entre les autres villes gibelines de Toscane, sous le haut patronage de l'usurpateur sicilien devenu l'arbitre de l'Italie.
Ce qui donnait à Manfred la certitude d'une défensive puissante contre les adversaires de cette domination, c'était une armée de trois mille cavaliers et de neuf mille fantassins, commandée par Oberlo Pallavicino et Buosodi Doara, les deux plus célèbres capitaines d'aventure de toute l'Italie, dans cette période du treizième siècle. Grand homme de guerre, politique jusqu'à la perfidie inclusivement, le premier était le plus important, le plus fidèle des vicaires impériaux de Manfred. Brave, spirituel, passionné pour les plaisirs, il haïssait Rome et persécutait les prêtres. Libre penseur, il se vantait d'appartenir à la secte de ces hérétiques qu'on nommait indistinctement Bulgares ou Cathares, Pauliciensou Patarins. Chasséde Milan, où il avait exercé cinq ans les fonctions de capitaine général, il n'en restait pas moins maître des villes principales de la Lombardie. Buosodi Doara, son lieutenant qui résidait à Crémone, était presque aussi puissant que lui; mais il ne l'égalait point par l'intelligence.
Ces régents de la cause impériale en Italie étaient officiellement chargés de maintenir l'ordre, de rendre à chacun bonne justice et de poursuivre sans pitié les brigands. Ils allaient de seigneurie en seigneurie, de cité en cité, chassant leurs ennemis, appuyant leurs prosélytes, soutenant ici le parti aristocratique, là le parti populaire, selon la nécessité de l'in-
térôt gibelin. Fleurs troupes mercenaires, mal payées , se dédommageaient par le pillage de quelques bicoques. Les chefs vivaient d'exactions et de rapines; ils se fortifiaient dans des châteaux avantageusement situés. Du haut de ces demeures féodales, ils commandaient le pays avec l'arrière-pcnsée de s'en emparer un jour et de s'y rendre indépendants. Des rivalités envieuses déjouaient bien souvent ces ambitieux projets d'agrandissement et de domination. Toujours prêts à se combattre les uns les autres, ils formaient des ligues tantôt entre capitaines du même parti, quelquefois même avec le parti opposé : guelfes et gibelins se coalisaient momentanément contre quelque rival trop puissant; puis, le but atteint, chacun reprenait son drapeau1.
Tous ces hommes, la plupart pervers, impitoyables, souillés de vices, couverts de crimes, mais d'un courage infatigable, d'une incomparable audace, d'une conduite plus astucieuse encore que brave, plus politique que militaire, pour qui la guerre n'était que le moyen du compromis et l'appoint, de la négociation, furent les précurseurs de ces condottieri fameux qui, un siècle ou deux plus lard, timbraient leur casque d'une couronne ducale et fondaient des dynasties souveraines. Excepté ces capitaines d'aventure et les sarrasins de Manfred, les partisans de la maison de Souabe n'avaient pas perdu tout respect pour le Saint-Siège. Aussi, pour se concilier l'opinion, ou du moins pour se la rendre moins hostile, le prince de Tarente essaya-t-il d'adoucir le pape Urbain IV; il s'efforça de lui prouver que, s'il avait été forcé de combattre le père commun des fidèles, c'était à regret, à titre de défense naturelle, et non par l'impulsion d'une violence préméditée et d'une haine sacrilège. Mais il s'apercevait trop tard que ses odieux procédés avaient blessé bien des consciences, ébranlé bien des dévouements. Il n'était plus temps de quitter le rôle d'agresseur pour se donner, aux yeux des populations chancelantes, celui de catholique méconnu et opprimé.
d. Alexis de Saint- Prient, Histoire de la conquête deNaplespar Charles d'Anjou, frère de saint Louis, loai. H, livre V.
D'ailleurs Urbain IV était doué d'une perspicacité trop pénétrante pour ne pas découvrir les embûches cachées sous les dehors de ces démarches conciliatrices. Pour toute réponse, il crut devoir renouveler toutes les excommunications lancées contre le bâtard de Frédéric II. Le Jeudi-Saint, 29 mars 1263, devant la multitude des fidèles qui, de toutes les parties du monde, était accourue, en ce jour solennel, à Orvielo, où la cour romaine faisait alors sa résidence, Urbain IV somma publiquement l'épicurien Manfred de comparaîlre, au commencement du mois d'août, devant le tribunal apostolique, en personne ou par procureur. La destruction de la ville d'Ariano jusque dans ses fondements par les Sarrasins; le meurtre de Thomasius Doria, de Thomasius Salice, de Pierre Ruiïo le Calabrais, comte de Cantazaro ; l'assassinat de plusieurs autres personnages démarque ; le mépris des censures ecclésiastiques; la violence faite à des prêtres pour les forcer à célébrer, dans des lieux interdits, les offices divins ; la protection accordée aux Sarrasins au préjudice des Catholiques; les impôts intolérables prélevés sur le royaume de Sicile: tels étaient les griefs que le pape reprochait à Manfred1.
Quoique la citation, affichée aux portes des églises, n'eut point été signifiée personnellement au coupable, celui-ci ne voulut pas donner sujet à Urbain IV de l'accuser de contumace. Il lui envoya, le 18 novembre, octave de Saint-Martin, terme prescrit, Uitardo de Venessa , juge, et'le notaire Jean de Brindes, pour lui proposer ses excuses et pour lui exprimer le désir filial d'être admis à ses pieds. Il parut lui-même sur les frontières du territoire romain avec un grand appareil et une suite nombreuse, comme pour témoigner qu'il se tenait prêt à obéir au moindre signe du Souverain Pontife. Ses délégués annoncèrent que leur maître viendrait se justifier lui-même, si l'on consentait à lui donner sécurité pleine et entière.
1. Viterbii Uibauus agebat, cùm Maofredus, mullô graviora auderct, leutarct et patrarct in contemplum clavium Eeclesiœ. Eumdem jurium bonorumque rônianaj sedis invasorem , pacisque totius Italie violalorem, omnisque humani ac divini juris contcmptorem, analhemale damnatura renunciavit. Annalium ecclcsiasiicorum posl Baronium, lomusXIH, auclorc lîzovio.
Urbain IV, sans se faire illusion sur ce fastueux empressement, offrit un sauf-conduit, à condition que l'escorte ne serait pas de plus de soixante-dix chevaux et de huit cents personnes, dont cent seulement porteraient des armes. Il exigeait de plus que, sur les saints Evangiles, en présence des deux nonces, Gualasc, péhitenlicr de l'Ordre des frères mineurs, et Jacques, chapelain de l'Eglise d'Embrun, Manfred jurât de ne point venir en ennemi, de ne demeurer que huit jours dans les Etats pontificaux, de ne rien entreprendre pendant son séjour contre les fidèles, sous peine d'excommunication1.
A ces conditions si prudemment posées, le perfide Manfred ne répondit qu'en faisant venir de nouvelles bandes d'Arabes de Sicile et même d'Afrique. Il les précipita comme un torrent dévastateur à travers les Etats de l'Eglise. Le parti souabe, réveillé par les succès du prince de Tarente, s'était accru jusqu'au sein même de Rome. Il avait à sa tête Pierre de Vico, puissant feudataire dont les possessions seigneuriales environnaient Viterbe et s'étendaient sur tout le littoral de la Méditerranée, depuis Corneto jusqu'à Civita-Vecchia. Pendant les incursions de ces barbares, Manfred adressa un manifeste aux Romains. Il y établissait, en principe, que les papes n'ont pas le droit de disposer du diadème impérial ; que ce droit appartient légitimement au sénat et au peuple de Rome. « Il est temps, « ajoutait-il, d'en finir avec cette usurpation; que le chef de « l'Eglise cesse de mettre la faux dans la moisson d'autrui; « qu'il obéisse à cette parole sortie d'une bouche divine : « rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui esta « Dieu. > De telles maximes hautement proclamées à une époque où le Saint-Siège exerçait une influence considérable sur
4. ...Ipsi Manfredo districliùs prohiberaus, ne ultra octingentarum persouarum, de quibus possint esse ceutum dunlaxat armafœ, et septingentarum evec • tionum numeruro, quem eis auctoritate prœdictâ laxamus ad sedem apostolicam seeum ducat... Quod si forte longiorcm moram, uisi solùm in octo diebus, tnaerit in eâdem terra, postquàra à nobis habuerit licentiam redeundi ; vel in veniendo. morando, sed redeundo, Ecclesiam, aut terram, vel fidèles ipsius offenderit, seu per suos permiserit offendi ; oc- ipso sit analhematis vinculo innodatus... Epist. Urbani IV apud Annales ecclesiat. Raynald., tom. XIV.
l'élection et la déposition des souverains, en vertu des droits que la plupart des princes catholiques de l'Europe lui avaient conférés spontanément sur leurs Etats, n'étaient point faites pour ramener la conciliation.
Les négociations, violemment rompues par la fourberie de Manfred, demeurèrent sans effet, aussi bien que les injonctions menaçantes d'Urbain IV aux Siennois et aux Pisans pour les détacher du parti de l'usurpateur1.
« Ce n'est pas sans trouble et sans affliction, dit-il aux Sien- « nois, que nous vous voyons feindre d'ignorer que la bonté « divine vous invite au repentir, et amasser sur vos têtes des « trésors de colère par l'âpre obstination de vos cœurs impé- « nitents. Non -seulement vous avez refusé de rendre leur « ancienne liberté aux Lucquois, peuple tombé en votre pou- « voir, moins par votre propre force que par un secret juge- « ment de Dieu ; mais, donnant libre carrière à votre fureur, « vous avez multiplié pour eux les angoisses d'une dure capli- « vite; vous les avez écrasés sous le poids d'intolérables « exactions.
« Est ce que ces faits déplorables ne remplissent pas t de tristesse l'âme du père commun des fidèles? Est-ce « qu'ils ne l'abreuvent pas d'amertume et de douleur ? Assu- « rément le sort de ces malheureux prisonniers excite notre « compassion; mais nous n'en avons pas moins pitié de vous. « Car, en vous attachant aux ennemis de l'Église et en per- « sécutant ses enfants fidèles, vous provoquez par mille of- « fenses son indignation et la nôtre; cependant, Vicaire, quoi- « qu'indigne, de celui qui tempère la justice par la miséricorde, « nous ne pouvons oublier l'exemple de sa paternelle mansué- « tude.