‹ Histoire du Pape Urbaith IV et de son temps, 1185-1264Chapitre 12 sur 42 · TeuloDicM floes itertlè visere jussus · texte numérisé non relu

TeuloDicM floes itertlè visere jussus

MîUitur ioleodeos paciflcare viros.

Celte Iriste nouvelle parvint au pape Innocent IV au moment où, effrayé du réveil du parti gibelin, il ne rongeait qu'à enlever les Deux-Siciles à la tyrannie des Stauffen , afln de ne point laisser le Nord et le Hidi de Tllalie dans les mêmes mains. Il en Tut d'autant plus peiné que la captivilé de Jacques Pantaléon privait le compétiteur de Conrad d*un de ses auxiliaires les plus puissants. Aussi, la chance tourna tellement en faveur de Conrad qu'il crut pouvoir quitter l'Allemagne presque soumise. On le vit tout-à coup, à la tête d'une nombreuse armée, envahir la basse Italie, en conquérir toutes les villes et s'emparer de l'administration qui avait été jusqu'alors conOéc à son demi- frère Manfred. Innocent lY, pour se procurer un appui contre ce prince, offrit le royaume des Deux-Siciles d'abord à Richard, comte de Cornouailles, frère de Henri III, roi d'Angleterre, immensément liche; les pourparlers échouèrent. Il en arriva de môme de la négociation qu'on entama avec Charles, comte d'Anjou et de Provence, frère de Louis IX. Ce prince chevaleresque avait sollicité l'in- Tcstiture du rovaume de Sicile; mais ses parents et ses amis l'avaient détourné de se mêler d'une entreprise aussi hasardée. Le pape, en dernière analyse, transféra son offre au roi d'Angleterre lui-même pour Edmond, le second de ses fils. Henri III, ivre de joie, se hâta d'accepter. Dans celte conjoncture, Conrad mourut à l'âge de 26 ans, sans avoir vu son fils Conradin qui devait terminer ses jours sur la place même que le père avait souillée de ses sanglantes exécutions ^

Rien ne semblait annoncer la (in de la captivité de Jacques Pantaléon, lorsqu'elle fut toul-à-coup abrégée par la mort

Nàm rex Willrlinos tieclas io impériales

Sedes, hos ssvos scnseral alque feros.

Qui dùm commissis juris iotenUere vellei,

Mancipat hune qnidam oobiliiale poteos.

Carcerc qui clau«us est passus vincla, la bores,

Née lamen omaipotcns immcinor bujus cral ;

Scd moaslraos io eo miracula, tibrfal illuiu,

CUm sic ad propria lecta re versus adc^L TifODOBicos Vallioolobis, in vUd Vrbani /r, ap. Pap. Maison. 1. IlB^BlCl;s Pbktz, UanumetUa Cermaniœ hisiarica, t. Yl.

d'Innocent lY. Les partisans de la maison de Souabe le mirent en liberté, afln que sa délivrance devint, pour ainsi dire, le gage d'une réconciliation avec le nouveau pontife Alexandre IV. Mais, en ces temps de révolutions et de luttes, Tévëque de Verdun ne voulut plus retourner en Italie ; le séjour de cette Péninsule, si profondément troublée, ne pouvait plus lui oiïrir les mêmes éléments de zélé. Il vint donc fixer sa résidence dans son diocèse et résolut de se consacrer toul entier au service de son troupeau spirituel. Il connaissait Timporlance des attributions d'un évêque et quelle effrayante responsabilité elles lui imposaient devant Dieu et devant les hommes. N'avait-il pas déjà, en qualité d'archidiacre de Laon et de Liège, exercé des pouvoirs pour ainsi dire épiscopaux ? Il savait que les droits et les devoirs des premiers pasteurs, tant vis-à-vis de l'Église universelle que vis à- vis de leur diocèse respectif, embrassent le ministère doctrinal, le ministère sacerdotal et le ministère disciplinaire, et qu'un évéque ne doit jamais laisser en souffrance l'exercice de cette triple autorité.

En outre, les évéques remplissaient alors un si grand rôle dans les affaires temporelles que les diuccses souffraient beaucoup de l'absence prolongée de leurs premiers pasteurs. Evéques et magistrats tout ensemble, les prélats du moyen-âge embrassaient dans leur sollicitude les choses du ciel et celles de la terre. D*une part, le soin des chapelles et des églises paroissiales, la splendeur et Tuniformité des rits liturgiques, la science et la sainteté du clergé, la discipline et la ferveur des monastères, l'unité du dogme et la pureté de la morale parmi les fidèles, l'administration des sacrements, le jugement des causes ecclésiastiques ; d'autre part, la défense des faibles, l'alimenlalion des pauvres, l'ordre et la beauté de la cité, la réparation des édifices publics, l'apaisement des factions intes* tines, rien n'échappait à l'œil des pontifes qui réunissaient, tout à la fois,. avec l'antique majesté de Tévéque, la haute dictature du défensor et la toute puissance du comte.

Jacques Pantaléon profondément pénétré dé la gravité de

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ses obligations, sentait vivement la nécessilë de venir les remplir par lui-môme. L'annonce de sa prochaine arrivée fut accueillie avec des transports de joie par TÉglise de Verdun qui gémissait dans une triste viduilë. Les populations de la Lorraine étaient avides de contempler les traits de la noble et douce physionomie du nouveau prélat, et les glorieuses marques des chaînes qu'il avait portées pour la cause de la justice et de la foi ^

Les magistrats et le clergé, avertis huit jours d'avance, se préparèrent à le recevoir avec une grande magnificence. Le prélat s'arrêta au bourg d'ilaudainville où lui et ses quelques gens d'armes furent entourés des hommages de la multitude accourue à leur rencontre. Le lendemain, il fit son entrée solennelle par la porte de Saint-Victor où le maître échevin, à cheval, lui présenta les anciennes clés de la ville. Le seigneur évéque les lui rendit en lui recommandant d'en faire bonne garde ; puis, il se revêtit des habits pontificaux dans une chambre voisine, marcha pieds nus, dans les rues, sur des tapis de laine fournis par les drapiers de la cité, s'avançant d'un pas grave à la porte Châté, en bénissant la foule agenouillée à droite et à gauche. Là, il fut introduit dans de splendides appartements où il déposa ses habits d'évéque pour prendre ceux de comte-palatin ou de prince du Saint- Empire. Le manteau fourré qui lui descendait jusqu'à mijambes, avec trois rubans d'or et trois d'hermine sur chaque épaule, la barelte et les éperons dorés, ajoutaient encore quelque chose de majestueux à son extérieur imposant; il sortit du vestiaire par un souterrain voûté que des flambeaux éclairaient d'une lumière scintillante. On lui amena un cheval richement caparaçonné, couvert d'une blanche draperie semée d'écussons. Dpux personnages de sa suite tinrent

t . Poslmodùm ver6 VirduDeD6is ecclesi^ obeaole pontifice dictus vir Deo, pleoas, io ejasdem VirduoeDsisecclesisepiscopumhonorabililcr est assumplas coi Yirduoeosis fcclesi» cùm aiiquaatis temporibus famosissimè el uliliter pr»rui8set, odor ejus boooruiu opcrum montes transiliens et mare perlustraosi ad parles ullraïAariaas perveoit. Papwics Mâsson, Iogo citalo.

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les rênes de ce superbe coursier que monta le vénérable pontife. Le cortège stationna devant la chapelle de Saint-Laurent où le clergé était venu, bannières déployées, pour recevoir et complimenter son premier pasteur. Sur l'invitation du chancelier, Jacques Pantaléon descendit de cheval, se dépouilla des insignes de comte-palatin, revêtit ceux de sa dignité épiscopale et se rendit processionnellement à la cathédrale. On y chanta le Veni Creator; après la collecte du Saint-Esprit, le doyen conduisit l'évéque par la main au chapitre pour y prêter le serment d'usage, et ensuite être installé. La messe solennelle de Spiritu Sancto terminée, les chanoines de Notre-Dame et de la Madeleine, les quatre abbés de la ville, avec plusieurs des principaux bourgeois, allèrent au palais épiscopal s'asseoir à la table du nouvel évêque qui les honora d'une respectueuse et cordiale hospitalité.

L'Église de Verdun n'avait jamais déployé tant de pompe dans les cérémonies symboliques de cette prise de possession. C'est que, veuve depuis longtemps de son chef spirituel, elle sentait vivement le besoin de sa présence pour relever les âmes abattues, apaiser les haines, ramener les cœurs égarés, rétablir la discipline, et remédier à tous les maux qu'engendre inévitablement l'absence prolongée d'un évêque. Jacques Pantaléon contribua puissamment à l'amélioration morale et même matérielle du diocèse. Un des actes les plus mémorables de son gouvernement fut de retirer, des mains des bourgeois de Verdun, la vicomte de cette ville que Jean d'Aix, son prédécesseur, leur avait engagée, en 1247, pour la somme de deux mille livres de forts de Champagne, avec stipulation qu'elle ne serait pas rachetable avant douze ans. Jacques Pantaléon prétendit que cette concession, ayant été faite contre toutes les formalités légales, était nulle de plein droit ; attendu qu'un évêque no pouvait ni engager, ni aliéner les fonds de son église, au préjudice de ses successeurs, surtout sans le consentement du chapitre et de l'empereur. Les bourgeois se défendaient par la possession; et, en tout cas, deman-

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datent qu'on leur restituât les douze mille livres que Jean d'Aix avait touchées^

Sur leur refus, Tèvéque Jacques obtint de la Chambre apostolique un rescrit qui contenait citation et commission de h cause par-devant les auditeurs de Rote. Les citoyens redoutaient ce tribunal chargé de juger des maliâres bénéflciales dans tous les pays catholiques. Ils prièrent l'évéque de mettre leur différcnJ en arbitrage. Jacques Pantatéon y consentit par amour de la paix. Les arbitres décidèrent que les bourgeois présenteraient, chaque année, le jour de la fôte de saint Jean- Baptiste, à l'évéque de Verdun ou à quelqu'un délégué par lui, quatre prud hommes auxquels il commanderait ou ferait commander de garder lavicomlé enson nom; que ces prud'hommes lui promettraient avec serment de conserver les droits de la dite vicomlé et en percevraient les deniers, dont ils rendraient compte devant l'évéque et les citoyens; que ceux-ci recevraient ces deniers en déduction de la somme des deux mille livres de forts de Champagne; que celte somme, une fois acquittée, la vicomte retournerait franche à l'évéque et à ses successeurs; qu'enfin si Tévéque lui-même voulait, dans quelque temps, racheter de ses deniers le restant de ladite somme, il lui serait permis de le faire, sans condition, et rentrerait immédiatement en jouissance de la vicomlé. Les deux parties intéressées acceptèrent cette transaction, la veille de la fête de saint Jean-Baptiste, 23 juin 1254^

L'époque où nous sommes arrivés et où nous allons voir

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