‹ Histoire du Parlement de Normandie (volume 2)Chapitre 13 sur 30 · GROSSES ET EXEMPLAIRES PUNITIONS QUI EN ONT ESTÉ · texte numérisé non relu

GROSSES ET EXEMPLAIRES PUNITIONS QUI EN ONT ESTÉ

FAICTES , toutes foys y la source de telles meschancetéz, commencements de feu cachée est si fort embrasée

2j4 PARLEMENT DE NORMANDIE.

que, sans prompt remède ^ ceste ville de Rouen est en plus grand danger qu'elle n'a esté de long temps j d'être subverlie et gastee par la malice d'aulcuns caallez auteurs qui ont y jusques là y persuadé aulcun populaire 9 que aulcuns d'eux ne font aulcune diffi-culte porter parolles de blasphème contre l'honneur de Dieu, de la vierge Marie et les sainctz du paradizy et encore y qui est le plus détestable, osent attenter contre le sainct sacrement de Ç autel. » On voit par ce peu de mots à quoi , en réalité, avaient abouti tant de supplices et de si horribles cruautés ! L'oflicial prit la parole à son tour, et son langage était peu propre à rassurer la justice épouvantée. A l'en croire, le clergé avait fait son devoir, mais sans succès, les religionnaires devenant de plus en plus nombreux chaque jour, et leur ai?dace croissant avec leur nombre ; déjà les hommes ne craignaient point les excommunications, et n'en tenaient plus aucun compte. Que pouvaient-ils, eux prêtres désarmés, abandonnés comme ils Tétaient souvent par la justice séculière ! Le mal avait surtout sa source dans la multitude de livres impies et hérétiques qui chaque jour étaient apportés d'Allemagne et de Flandre, et que s'arrachaient les lecteurs. En chaire , ces livres étaient censurés et prohibés par quelques prédicateurs, mais approuvés et prônés par d'autres; de là, à Rouen, pendant le dernier carême, de vives et

scandaleuses disputes entre eux dans les chaires. Au milieu de ces coiltrovcrses , le peuple ne savait que croire, et se partageait entre les champions. L'hérésie, cependant, gagnait toujours; la foi au saint sacrement s'affaiblissait à vue d'œil; le nombre des communiants diminuait d'année en année. Dans telle paroisse de Rouen on avait consommé ftOO hosties de moins; dans telles autres, la différence en moins avait été de hait cents.

Aces plaintes contre les prédicateurs, le premier président De Marcillac répondait que c'était aux archevêques et grands vicaires à les mieux choisir. 11 fallait que les orateurs exposassent simplement la sainte Écriture, sans donner matière et occasion de dispute aux auditeurs, sans plus ramener à tout propos en mémoire le nom de Luther et des autres hérésiarques y oàj par cy devant^ Hz s'estoyent trop arrestéz\ »

A la suite de ces conférences, où l'on venait de voir si clairement combien était fausse la marche suivie jusqu'alors par le clergé, et combien peu les nombreux supplices avaient servi, on aimerait à voir la magistrature et Téglise n'attendre plus rien que de l'instruction, de la patience, et substituer la lumière qui éclaire à la lumière qui brûle. Mais il n'en devait pas être ainsi de long-temps. Trop souvent

* Jîeg. secr,, 4 et 5 mai 1 542 .

encore, on vît, dans ia suite, les chaires de nos églises tenues comme pays conquis par des religieux qui se les étaient scandaleusement disputées jusque devant les tribunaux (nous en pourrions citer bien des exemples), et qui les faisaient retentir de déclamations et de disputes, bien plus que de ces paroles qui apaisent et adoucissent les cœurs. Long-temps encore nos places publiques reflétèrent la lueur lugubre des flammes, et retentirent des cris d'angoisse des malheureux patients.

A lavénement de Henri II, je ne sais si Ton avait espéré de voir cesser ou se ralentir du moins ces. persécutions et ces rigueurs. Mais comment ce monarque ignorant et borné, gouverné d'ailleurs par le connétable et les Guise , aurait-il pu reconnaître la fausseté des voies où s'était engagé son père, et où, ensuite, on l'avait poussé lui-même? Sous son règne, la politique de François P' continua de régir la France. A l'étranger, chez les Suisses et chez d'autres peuples, les religionnaires , excités, soldés parle roi de France, combattaient sans cesse à main armée contre leurs souverains, qui ne savaient comment les réduire , et se voyaient contraints à leur accorder la liberté de leur culte. En France , les sectaires qu'avait pu tromper cette connivence notoire entre Henri II et leurs co-re- Ugionnaires des pays voisins , portaient infailliblement la peine d'avoir pu croire à une politique si

fausse el si décevante; et Henri II entra ouvertement dans ce chemin de brûlements que lui avait montré son père, comme parle Brantôme.

. Il semble que le Parlement de Normandie s'était senti , à la fm , pris de pitié pour ces hommes qui se succédaient ainsi incessamment à sa barre. Tout en enregistrant le fameux édit de Chateaubriand, si rigoureux contre les religionnaires, il avait ordonné , par une clause expresse de son arrêt , que les individus accusés d'hérésie « seraient veus et entendus par leur bouche^. » C'était une amélioration, (qui le voudra croire?) et il paraît par là que ces malheureux avaient pu ôti^e jugés jusqu'à ce jour sans qu'on eût toujours pris la peine de les voir et de les entendre.

Ainsi poursuivis et traqués, on a peine, en vérité, à s'expliquer i'audace des religionnaires, et les libertés qu'ils osaient prendre jusque sous les yeux de ce Parlement qui les ménageait si peu. Leurs échauffourées étaient sans nombre , et l'on n'aurait jamais fini de les dire. Chaque jour, dans les lieux les plus apparents, étaient trouvés des placards « plains d'abominations » ; des chansons infâmes contre les cordeliers et les autres religieux de la ville ; des pamphlets outrageux et menaçants. Les divulguer pour en découvrir plus facilement

Audace des

religionnaires

de Normandie,

sons le règne

de Henri II.

» JReg. 24 et 25 septembre 1551

Dans l'église des Angastins

de Rouen ,

le prédicateur

est insalté

par les

religionnaircs.

les auteurs, eût été produire, inutilement peutêtre, un grand scandale; ils furent donc tenus secrets, par ordre du Parlement, « jusques à ce que , par le vouloir de Dieu, on eust quelque indice duséminateur de zizanie qui les avoit affichez. » Mais qu'était-ce que cela? Une statue de la Vierge tenant lenfant Jésus, placée à un des angles de l'archevêché, et de tout temps en grand honneur dans Rouen , fut brisée, une nuit , à coups de pierre et de bâton, ainsi que la lanterne qui l'éclairait , et on ne put jamais découvrir les coupables. Us en étaient venus jusqu'à troubler les cérémonies de I église. En 1552, le premier novembre, comme on célébrait , aux Augustins de Rouen , la solennité de la Toussaint , le prédicateur, en chaire, étant venu à parler du purgatoire et de la vénération due aux saints y quelques personnes de l'auditoire affectèrent de quitter bruyamment leurs places, et de sortir, avec précipitation, de l'église, témoignant hautement que ces discours n'étaient point de leur goût, « d'où s'ensuyvit un scisme et sédition populaire. » Le lendemain , jour des MortSy comme, par l'ordre exprès du cardinal de Vendôme , archevêque de Rouen, le prédicateur voulait traiter de nouveau ces matières , de rechef et avec plus de bruit encore que la veille , sortirent en hâte de l'église a quelque nombre d'hommes qui, arrivés au portail , crièrent : au fol! au fol! »

En même temps , une foule d*enfants qui jouaient là auprès , et auxquels on avait fait la leçon , se mirent à crier et à imiter le miaulement des chats. Tout cela se passait dans le quartier le plus populeux de la ville. Le cardinal de Vendôme avait, assez mal à propos , envoyé là son écuyer et son maître d'hôtel , qui voulurent prendre au collet ceux qui avaient crié : au fol, au fol ! Mais , assaillis d'une grêle de pierres , ces deux officiers du cardinal n'eurent que le temps de se réfugier dans le monastère , où un religieux les cacha dans sa cellule. Les religionnaires qui avaient causé tout ce tapage s'étaient enfuis de leur côté , laissant là par terre leurs livres , qui étaient tombés pendant la mêlée ; et ces livres , regardés de près , ne laissèrent pas de doutes sur leur croyance et sur les desseins qui les avaient conduits au couvent des Âugustins. Tout le monde , cependant, dans cette bagarre, était sorti en hâte de l'église, laissant l'office inachevé. Les catholiques, émus, provoquaient les religionnaires ; ceux-ci résistaient, et il y eut comme une sédition dans la ville *.

La nuit, les catholiques étaient réveillés par les religionnaires chantant dans les rues, sur les places et jusque dans le parvis de Notre-Dame, les psaumes de Marot , mis en musique par Godinel.

» Heg, secr, , nov. 1552.

^00 P4RLEMENT DE NORMANDIE.

Plusieui'S fois, à la faveur des ténèbres, des sec*taires tentèrent de délivrer leurs co-religionnaires enfermés dans les prisons de rOfficialité, du Bailliage et du Parlennent; et, de jour m(^me, ils réussirent parfois à les arracher au supplice.

Tout ce qu'une police inhabile encore et dans lenfancc , pouvait fournir de moyens propres à empêcher les désordres , le Parlement l'employait , avec une infatigable activité, à maintenir, autant qu'il était en lui , la ville en repos. De bonne heure , défense avait été faite aux habitants « de porter des espées, poignards, ouaulcuns bastohs offensifz^ » , et de sortir de nuit , sans lumière , sous peine de prison. Au milieu de telles conjonctures et d'une fermentation si universelle , on peut juger si , pendant la nuit, les rues de Rouen étaient sûres. Par . ordre du Parlement;, deux guetsde nuit avaient été mis sur pied dans cette ville pour tenir en respect les religionnaires et les catholiques les plus remuants. L'un était composé de bourgeois ; l'autre de serviteurs de justice. Tous deux fournissaient des bandes de trente hommes, parcourant alternativement les quartiers qu'on leur avait assignés. Mais encore fallait-il que Ton y vît dans les rues. p»fmière idée Dc tout tcmps , clIcs avaient été jusqu'alors aban-

des réverbères , \t • •

à Rouen. douuees aux ténèbres, ou aux lueurs capricieuses

» Reg. , Il et 12 janvier 1552.

HENRI II. 26r

de la lune; et on n'aurait jamais fini de raconter les meurtres qui s'y étaient commis. Depuis peu, par ordre du Parlement, des lanternes venaient d'être attachées à la plupart des maisons, en lieu apparent ; et ordre avait été donné à tous les chefs d'ostely d'y mettre, à certaines heures, des c/iandélies allumées... Mais, comme la nécessité est mère des inventions, «on congneut par expérience qu'une seule lanterne mise au parmy (milieu) de la rue, attachée à une corde aux maisons, traversant par dessus la rue , rendoit une lumière plus claire et certaine que douze lanternes pendantes contre les maisons. » Injonction fut donc faite aux bourgeois de se cotiser à six ou plus, d'e fourni-r , à frais communs, « une lanterne pendue comme dict est, à une corde, et bailler, chacun à son tour, chandelle allumée, ce qui leur seroit de moindre despence \ » C'est ici l'enfance des réverbères; et ces détails de mœurs ne devaient point être omis dans cette histoire d'une compagnie que regardait la grande police de la cité. Tout cela n'aurait pu suffire encore au zèle de Henri II , non moins ar- «cnri iiexcite

j i«i¥-i • T r* % \% *® Parlement

dent que celui de François r\ En plus duneren- de Normandie contre, il avait excité le Parlement à sévir contre '^reitsionnllver les sectaires. Lors d'une audience qu'il donna, dansle château de Gaillon, à cinq députés de cette

• Beg. secr., 11 et 12 janvier 1552.

Le Parlement, en nn seni joar,

condamne

un religionnaire

an fev , deax

h la potence ,

sept an fuuet

et aa bannissement.

compagnie qui l'y étaient venus visiter , il leur dît « qu'il avoit fort bonne opinion de son Parlement de Rouen, et qu'il leur recommandoit sa justice ei lafoy. » Le connétçible Montmorency, qui se trouvait là, commentant les paroles du monarque, dit 41 qu'il y avoit des hérésies assez ailleurs, sans y en avoir en Normandie. » Puis , reconduisant les députés , il les pressa « d'exhorter leur compaignye à faire son debvoir pour se maintenir en la bonne grâce du roy , si doulxj gracieux et bénin * . »

Le Parlement n'avait plus tant besoin, maintenant , qu'on excitât son zèle. Sur le faux bruit qu'un chat avait été trouvé pendu à une croix , dans la ville d'Argentan , il n'avait pas eu honte d'envoyer à Caen le procureur-général et un président , qui revinrent bientôt lui reprocher de les avoir ainsi livrés à la risée du monde ^. Peu de temps après l'avènement de Henri II , on l'avait vu , pour un seul jour, faire mourir trois luthériens, et en faire fouetter sept autres à tous les carrefours. A la vérité , l'affaire ne manquait pas de gravité. Un imposteur, nommé Jean Filleul, voyant lebas peuple de Rouen si crédule, avait été assez osé pour s'offrir à lui comme un apôtre j un envoyé de Dieu^ en com-

* JReg. 28 novembre 1555.

^ Antiquitêz et Recherches de Neustrie , par De Dras de Boiirgucvillc, Y partie, p. 137.

merce habituel avec les anges et avec Dieu luimême; d'où on en était venu à l'appeler Y Ange de Dieu. Des dupes en grand nombre Tallaient trouver dans des lieux à l'écart , près de Rouen , où , par ses visions , il leur tournait la tête , au point qu'ils n'avaient plus le moindre doute sur sa céleste mission , et n'attendaient qu'un signe de lui pour se livrer à tous les excès. Us furent donc bien en peine quand ils Je virent, dans les prisons du Parlement , près de paraître sur la sellette, avec quelques-uns de ses principaux disciples, qu'on avait arrêtés avec lui. Toutefois, se ravisant, ils entreprirent de les tirer des prisons à main armée ; mais leur dessein ayant transpiré , des soldats embusqués se saisirent d'eux au moment où ils arrivaient au palais , et les renfermèrent eux-mêmes dans ces prisons qu'ils avaient voulu forcer. La conciergerie étant, pour l'heure, remplie de religionnaires , on était impatient d'en finir avec eux, dans la crainte d'un nouveau coup de main , qui aurait pu être plus heureux que le premier. Mais c'était dans les temps qui précèdent la fête de l'Ascension ; et le privilège de Saint-Romain ayant été récemment msi'' nuéj c'est-à-dire notifié dans tous les tribunaux, un usage antique et sacré semblait s'opposer à ce qu'aucun procès pût être instruit, ni aucun prisonnier interrogé jusqu^après la fête. On pressentit donc le chapitre de Noire-Dame, qui s'empressa

ini PARLEMENT D£ NORMANDIE,

de déclarer «qu'il n'y avoît cetuy d'entre culx qui voulust seulement avoir pensé h nommer, pour lever la Fierté, un prisonnyer accusé d'hérésie; qu'en cas si exécrable que ccluy-là, ilz n'entendoient empescher qu'il ne feust vacqué à faire et parfaire les procedz des prisonnyers . et mesmes d'y donner arrest, à condition , toutefois, que Vexéctition seroit sursise, aucuneexecutionnedeTant.se faire à dater de ['insinuation jusqu'après la fête *. > Les procédures avaient donc été continuées activement ; et, dès le lendemain de cette fète où un meurtrier avait élé vu sur une place publique de Bouen, soulevant la sainte châsse dont le contact donnait la vie, des bûchers allumés sur une autre place attendaient leur proie, qui ne leur inanqua pas. UAnge seul avait été condamné au feu, et il fut brûlé tout vif ; de ses disciples, il y en eut deux qui furent pendus près du bûcher, et sept autres qui en furent quittes pour le fouet et le bannissement. Ce n'était encore là qu'un prélude; \\ en était resté une foule d'autres dans les prisons, qui eurent leur tour; les bourreaux, dans ce temps-là, ne pouvaient suffire à l'ouvrage.

Des conseillers du Parlement avaient été envoyés dans les sept grands bailliages de son ressort, avec

la mission d y rechercher les relv^ionnsÀves ^ de procéder contre eux avec toute rigueur; et Ton voit assez qu'ils ne s'y étaient point oubliés. Le con- d^»

coniiD i ssa i res

seiller Antoine Postel des Minières, et l'avocat du du Parlement roi Laurent Bigot de Thîbermesuil, avaient été en- yomTan" le ' voyés au Havre, qu'on appelait encore la ville Fran- ^^^*^^^ infonner

•' 'a J^-ï^ contre les

foysede Grâce y ou simplement Françoyse-Ville , du reiigionnaires. nom de François V son fondateur ; et on ne saurait croire combien ils trouvèrent de reiigionnaires dans ces contrées. Le conseiller Le Georgelier du Bois, et l'avocat-général Péricard n'en trouvèrent guère moins à Caen et dans les environs , où on les avait envoyés \ Il en coûta beaucoup au trésor du roi pour fournir aux frais de ces procédures.; mais Henri II avait la chose h cœur; et, tant qu'il put, il répondit, par des envois de fonds, aux demandes fréquentes que le Parlement lui envoyait faire par des députés.

Mais, il eût fallu des sommes énormes pour fournir aux frais de ces procédures sans nombre , ainsi qu'à la solde des troupes nécessaires pour assister la justice dans des missions qui, nous le verrons bientôt, n'étaient pas toujours sans péril, Henri II, à la fin, n'y put plus suffire, le trésor étant épuisé par les guerres; et il fallut laisser en paix, pour un temps , ceux des reiigionnaires qu'on

' Beg secr.f iV. juillet 1542, et aliàs passiin.

n'avaitpas arrêtés tout d'abord. Cette grande chasse contre les sectaires échoua donc à moitié, faute des fonds nécessaires. Long-temps encore après , le Parlement ne se pouvait consoler qu'on eût manqué cette grande entreprise. En 1562, cette cour, racontant à Charles IX et à son conseil , ce qu'avaient fait ses commissaires en une si importante conjoncture, se plaignait « qu'ilz n^avoient esté secourus, en l'exécution de leur mandement, de forces et de deniers nécessaires ; au moyen de quoy ( disait-elle ) les assemblées de la nouvelle religion s'esboient. augmentées \ »

Toujours ces recherches dans les bailliages et dans Rouen avaient-elles rempli les prisons du Parlement; et on vit encore bien des supplices. Ce n'est point ici un martyrologe des partisans de la réforme; et on ne s'attend pas, sans doute, à nous voir énumérer tous les religionnaires qui périrent , alors , au gibet ou sur des bûchers ; qu'il nous su£Gise d'en citer quelques-uns. La réforme continuait toujours de trouver des prosélytes dans les rangs du clergé. Un prêtre de Fontenay-le- Pesnel , près Caen , après avoir été quelque temps en Angleterre, était venu à Rouen , où il fut trouvé saisi de grand nombre de livres réprouvez^ qu'il colportait dans la ville. Par arrêt du Parlement,

* Reg. secr. du 12 août 1562.

de Roaen.

HENllI II. 207

après avoir ea la langue coupée dans la cour du palais, irfut conduit au Marché-aux-Veaux^ lyeu destiné à faire telles exécutions. Là, il fut guyndé haiitt à l'engyn , puis gecté vif au feu^ d'où il fut retiré jusqu'à trois fois, et où, enfin, il fut ars et consommé en cendres * .

Il y eut un autre prêtre dont le supplice dut Supplice étrange étonner davantage , et produire à Rouen une sensa- de saim-Denis tîon douloureuse et profonde. J'entends parler de Pierre Gruslé , curé de Saint-Denis , église paroissiale de Rouen , sise auprès de la Vieille-Tour^ et dont les ruines mêmes n'existent plus aujourd'hui. Son crime étrange semblait tenir moins de l'hérésie que de la démence. La veille delà Pentecôte, dans son église , au maître autel, pendant l'ofl&ce , en présence de tous , il avait pris sur les corporaux une hostie consacrée, l'avoit rompue et jectée contre terre. Son supplice eut quelque chose d'étrange, comme son crime. Des prisons il fut mené au maîtreautel de Saint-Denis , son ancienne église. Là , à genoux, nu-pieds, nu-tête, en chemise, tenant une torche de cire jaune, du poids de cinq livres, du haut de laquelle s'élançaient cinq cierges ardents , en présence du Saint-Sacrement solennellement exposé , il demanda pardon et mercy à DieUy

• Beg. du 10 août 1554.— Livre rouge de la Tournelle.— De Bczc, ëdit. de 1580, t. 1, p. 9ô.

268 PARLEMENT m NORMANDIE.

au royet àsajustice; tout le clergé de son église était là en costume ; les prêtres et chapelains chantaient Yhymne Ave verum , et trois d'entre eux, en chape, encensaient ce Saint-Sacrement que le condamné avait si outrageusement insulté. Apr^s qu'on lui eut pris sa torche , qui fut laissée dans l'église « pour y ardoir durant les grandes messes, en lieu émynent du chœur, » on le traîna sur une claie à la place de la Vieille^Taur^ voisine de son église. Là , il fut attaché à un poteau ; et, après y avoir senti le feu, il fut étranglé et suffoqué ; puis son corps fut jeté au feu et réduit en cendres *.

Un autre supplice , qui dut encore émouvoir la pitié des assistants, fut celui d'une femme, Gillette d'Avenecourt, contre laquelle avaient procédé les commissaires envoyés au Havre. Cette malheureuse, mariée en Angleterre, a y avoit vescu à la façon dudict pays, quant à la religion » ; puis, de retour en Normandie, exi 1555, peu avant la Pentecôte , elle ne s'était pas confessée , n'avait pas communié , et avoit mal parlé de la vénérât ion des images. A la fin, cependant, voyant quel traitement essuyaient en France les religionnaîres, elle avait promis de se confesser et de communier à la Toussaint ; mais il était trop tard ; elle fut arrêtée et mise en jugement. AuParlement, cinq voix voulaient qu'on

' nrg. 15 dcoomhre ot 8 mars lyoJ.

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