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î>e Loriiâl à lui faire faire amende honorable et à lui appliquer quelques peines temporaires; mais, six autres juges avaient opiné pour la peine du feu ; leur avis dut prévaloir, et cette malheureuse périt dans les flammes*.
Quelquefois, un bûcher allumé, où allaient expirer des condamnés, devenait un but pour une pror cession générale, à laquelle ne rougissaient pas d assister les magistrats eux-mêmes. On voudrait que la capitale eût vu, seule, ces horreurs; mais notre ville en eut sa part. Le 16 octobre 1553, eut lieu, par ordre du Parlement , une procession générale pour les luthériens; et, (ajoute le registre) «en fut brusié deux au Neuf-Marché. » De Bèze parle d'une autre procession générale qui eut lieu à Rouen en 1559, ^durant l'exécution de deux luthériens, et qui passa au Marché devant les flambes de ces pauvi*es hommes bruslants, aGn de mieux animer le peuple ^. »
Ces rigueurs du Parlement de Rouen , et mille Henri n looe
, , , le Parlement
autres que nous n aurions jamais flni de raconter , de Normandie,
l'avaient rendu cher à Henri II, qui ne se pouvait ^^ers^ies"
lasser de lui prodiguer des éloges. Pendant toutes reiigionnaires. les procédures du Havre , M. deLantier, procureur
' Reg, 12 octobre et 15uovembre 1553.
^ Th. de Bèze, Histoire des Églises réforipées de France, t. I, p. 199, i-dit.de 1580.
général, qui était en cour, ayant rendu compte au roi de ce que faisaient les commissaires dans ce pays , Henri II témoigna « qu'il trouvoît très bon ce qui avoit esté faict , et loua fort le Parlement de Rouen. Je nay Parlement ( dit-il) de quay je mécontente mieulx que de celity de Rouen ^ tant pour la foy que pour garder la justice j et je veulx qu'on liiy baille tant d'argent qu'il en conviendra pour les commissions contre hérétiques. » Au conseil , le cardinal de Vendôme , archevêque de Rouen , « porloit grande louange du Parlement de Normandye, par plusieurs foys et à haulte voix*.» Une autrefois, ce prélat étant à Rouen, venait, avec le duc d'Enghien, visiter le Parlement, et remerciait la compagnie « de la bonne et briefve justice qu'elle luy faisoit journellement en matière d'hérésye ^ » On souffre de voir le Parlement se glorifier de semblables éloges; et puis, quel fut l'effet de toutes ces rigueurs dont on le félicitait si fort?
Une chose, surtout, avait dû plaire au roi dans la conduite de celte compagnie ; je veux parler de l'exclusion qu'elle prononça contre plusieurs de ses membres , accusés de s'être laissé aller aux opinions nouvelles. L'eût-on jamais cru possible , après le fameux édit de 1543, qui, érigeant en loi de l'État une profession de foi en vingt-cinq articles.
* Beg. secr., 8 octobre 1556,
"^ Reg. secr., 6 mai 1553.
dressi'c par la faculté de théologie de Paris , ne permeltait d'admettre daos les fonctions judiciaires que ceux qui y auraient adhéré solennellement et sous la foi du serment * ? Sans compter que, depuis que les nouvelles opinions avaient cours , les récipiendaires subissaient, à l'avance, sur l'article de la foi , l'examen le plus sévère , le chancelier Poyet , et le garde des sceaux Montholon après lui, ayant écrit cent fois au Parlement c de bien veoir et enquérir si les pourveus d'ofQces estoient suspects et atteints de quelque mauvaise secte et doctrine^, » le conseil privé du roi accusait le Parlement de Rouen d'être bigarré^ nous l'avons vu ; et l'amiral d'Annebaut disait que « les ungs estoient pour Dieu et les aultres gaulcIieSy pour ne pas dire pirement^. > En 1551 , dans une mercuriale tenue en décembre , après que le premier président Rémon eut déploré amèrement les progrès de l'hérésie, il avait juré , et avec lui tous les membres du Parlement assemblé, « qu'ilz n'avoient congnoissance aucune de ceulx qui faisoient profession d'hérésie, erreurs et nouvelles doctrines, ni qui en feûssent soupçonnez, et qu'ilz le diroient à la cour, si, par
• Recueil des anciennes Lois françaises ^ t. XI!, p. 820; et Rcg, du Parlement de Rouen, 3 noyembre 1.V43.
^ Reg. secr,, 18 avril 1543.
3 Reg. secr. , 9 août 1 rï4A.
Lo cardinal
. (\o Boarbon,
mal renseigne
par ses
grands vicaires,
prétend qu'il y a
des hérétiques
parmi les gens
du roi
da Parlement.
Démenti éclatant
que donne
Tavocat du roi
Laurent Bigot
à ces vicaires
généraux ,
devant les
chambres
assemblées.
cy-aprèz, ilz en avoîent congnoissance \ » NVlaitce pas là une profession de foi des plus expresses, et des plus solennelles en même temps? Toutefois, le cardinal de Bourbon, archevêque de Rouen ny avait point voulu croire; et, un jour que les conseillers De la Place, Le Georgelier du Bois, et l'avocat du roi Laurent Bigot , se trouvant à Paris, relaient ailes visiter, il leur dit a avoir entendu que, dans leur Parlement, mesme parmy les gens duroy, y avoit aucuns saspectzd'/ièrésici* , laissant entrevoir qu'il tenait cet avis des vicaires-généraux de son diocèse. Les deux conseillers se contentèrent de se plaindre que ces vicaires-généraux n'eussent jamais fait part au Parlement de leurs soupçons, jurant que celte compagnie n'aurait pas manqué de faire justice des coupables trouvés dans son sein. Mais Laurent Bigot le prit sur un ton plus haut : « Monseigneur, dit-il au cardinal, je feray si bonne diligence, qu'il fauldra bien que vos vicaires généraux exhibent les preuves qu'il z peuvent avoir de ce qu'ilz advancent. Quant à moy, s'il plaist au roy de faire informer de ce qui me touche , je ne récuseray aucun grand vicaire, officiai, ou autre officier de la cour d'église^. » Il tint parole ; et les trois députés étaient à peine de retour à Rouen , que les vicaires généraux de l'archevêché, l'inqui-
» Reg. secr. , 2 décembre 1551. * Beg. secr. , 9 février 1553.
siteur de la foi, le promoteur, lofficial,. le doyen de la chrétienté . furent mandés devant le Parlement, dont les chambres s'étaient extraordinairement assemblées^ sur la demande expresse des gens du roi. Le premier président De Saint-Anlhot , interpellant ces prêtres et religieux d'un ton sévère : « Mes pères, (leur dit-il), Ton faict courre ung bruict qu'aucuns particuliers de la court et du parquet des gens du roy sont luthériens et mal sentans de la foy ; cela est allé jusqu'aux oreilles du roy... Qu'en pensez-vous?» 11 faisait beau, lors, voir ces pères se défendre à l'envi d'avoir rien cru de semblable du Parlement. « Nous n'avons jamais ouy parler (s'écriaient-ils tous ensemble) qu'aucuns de ceste compaignye se sentissent de la secte luthérienne, ny qu'ilz feussent aucunement suspectz d'hérésye; et, veu les condamnacions de mort que la court reiul et faict exécuter contre les hérétiques , il n'y a vérisimilitude de soupçon d'hérésye contre la compaignye * . » Le Parlement , à vrai dire , n'était que trop justifié. Toutefois , le premier président De Saint-Anthot, soit qu'il voulût faire taire à jamais les zélés, toujours prêts à hasarder l'accusation d'hérésie, soit qu'il eût reçu du roi des ordres exprès , assemblait quelquefois sa compagnie pour la faire se purger sur te faict
' Beg. secr. mars loo3. ^