GHARI£S IX
Navarre , le connétable , les dacs de Guise et d'Aumale. Au premier mot que les députés avaient dit du palais et de ses"archives , le duc d'Aumale , reconnaissant que « cela estoit de conséquence» , avait fait publier partout dans le camp » au nom du roi, l'expresse défense aux capitaines et anx soldats « de ne rien attenter sur le palais où estoient les registres et papiers publics. » On avait ensuite imaginé un moyeii plus sûr encore de sauver le palais, en même temps les maisons de tous les membres du Parlement , et de les soustraire au pillage ; car, les capitaines de gens de pied, à qui parlèrent les députés, avaient déclaré « ne vouloir prendre charge de faire garder les maisons de messieurs du Parlement par des soldats. » Or, fallait-il que tous ces magistrats et officiers exilés, errants, séparés de leurs Êimilles depuis presque six mois , et dont les métairies ( nous l'avons vu) , avaient été pillées pour la plupart, trouvassent encore, à leur retour, leurs demeures de la ville dévastées et démolies? Le jour du sac, donc, au palais de justice, et dans chacune des demeures des officiers du Parlement, veillaient des hommes sûrs, porteurs de brevets de sauve-^garde du roy ^ dressés sur parchemin , signés par un secrétaire d'État , et nominatifs , qui mettaient la maison , le maître et sa famille sous la protection du roi, avec défense expresse d'y attentet*. On n'en était pas resté là;
Situation
perplexe
des membres
du Parlement
réfogiés
à Lonvlers.
des panonceaux ' aux armes de France avateat été placés aux portes du palais et devant les maisons de tous les officiers du Parlement, au moment où Tarmée royale débandée se précipitait dans Rouen par la brèche ; et, si emportés que fussent les soldats , ils avaient bien su comprendre quel dang;er il pouvait y avoir à violer le paUiis royal ( comme on parlait alors ) , et des demeures que le souverain lai-*mème couvrait de sa royale égide. *
Le siège avait bien tardé au gré des membres du Parlement, impatients de se revoir dans la ville de leur résidence ordinaire. La ville de Lottviers, préférée à cause de sa proximité , ne semblait pas assez sûre, en labsence surtout du duc d'Aumale, qui ny pouvait jamais demeurer long'temps, étant l'un des principaux chefs de l'armée catholique. Le Parlement trouvant là des relîgîonnaîres en grand nombre, et découvrant bientôt leurs intelligences avec les rebelles de Roijmi , avait prescrit des précautions pour mettre Louviers à l'abri d'une surprise. Ainsi , un guet de jour et de nuit y avait été établi. Des arrêts avaient été rendus pour défendre de porter des vivres k Rouen et aux
' Panonceaux , oa mieux : Pennonceaux , du latin « Pennones > p dérivant lui-même de « pannus », drap. Les pennàns et pennonceaux étalent des drapeaux, des bannières. -*- Dov dirpeatier , GioM»,
V° PENWONE8.
^ Reg. secr. , 7 et 12 OiCtobrc 1 662
autres villes rebelles i pour fermer les portes de la ville aux femmes des séditieux de Rouen qui les y seraient allées visiter, et voudraient ensuite ren** trer dans Louviers; pour expulser immédiatement les étrangers « notoirement diflamés d'estre de la nouvelle religion % ; pour contraindre à une pro^ fession de foi immédiate devant Tévêque d'Evreùx^ ceux qui n'étaient que suspects à cet égard *. Les habitants de Louviers n'étaient pas sûrs ; le capitaine De Béthencourt de Folleville, tjtiiycomman* dait pour le roi , ne pouvait s'en faire obéir, les uns refusant de venir à la garde et y envoyant leurs valets; les autres répondant aux ordres des capi* tainespar des outrages ; en sorte qu'il parlait de s'en aller au camp , et avait déclaré auxgens du roi « qu'il ne prendroit charge de garder Louviers tant qu'il n'auroit sousluy que les habitants sur qui il ne pouvait compter. ^ » Ceci se passait à la fin deseptembrew Quelle perspective pour les magistrats réfugiés à Louviers, qui , par leur arrêt du 26 août, par les condamnations sans nombre qu'ils avaient pronon*^ cées et fait exécuter , chaque jour , sous leurs yeux , avaient excité contre eux de violentes haines et d'implacables ressentiments ! % Ceulx de Rouen ( cela se disait en plein Parlement ) pouvoient se cacher dans les boys et autres lieux , pour se ven-
• Ifeg.y 22 août 1362. ^ Reg. secr.y !••' octobre 1562*
ger de la morl: de ceulx qui avoient esté condamnez par la court et exécutez. » Après tant de malheurs essuyés à Rouen, fallait-il que de si pressants dangers menaçassent sans cesse ce» magistrats dans l'exil? • La justice ne pouvant estre asseurée sans garde ^ durant le temps présent » , des députés avaient été envoyés au camp devant Rouen , pour demander une garnison. A en croire le roi de Navarre , « le roy Charles estant si près d'eiilx comme il estoit de tous costéz avec ses forces, l'ombre seule de ses ailes suffisait à garder messieurs du Parlement , et Hz ne dévoient rien craindre. » On réussit mieux auprès du connétable , qui , non content d'avoir mis à la raison les chefs de la ville de Louviers, ne tarda guère à y envoyer une garnison, dont la présence assurait la liberté des juges et l'exécution de leurs arrêts*. Quoi qu'il en soit (on en peut croire l'ambassadeur d'Espagne , Perrenot de Chantonnay , qui avait eu occasion de les voir à Louviers) , «chascun de ces magistratz avoit bonne envye de se veoir en sa maison. ^ » Souvent des processions générales avaient lieu dans Louviers, par leur ordre, « pour exciter le peuple à prier Dieu pour la prospérité du roy et de son armée*. » Les
' Reg, secr.f 1 et 6 octobre 1562.
* Mémoires de Condé , tome U, page 101 , édit. de 1743.
^ fieg. secr.i 2 octobre 1562.
nouvelles du camp étaient, chaque jour /attendues avec une vive impatience ; à chaque courrier qui arrivait, on croyait apprendre la réduction de Rouen. Le 27 octobre , enfin , dès le premier matin , des chevaucheurs ayant apporté cette nouvelle tant désirée , lé Parlement , après avoir assisté à un TeDeum * d'actions de grâces dans l'église de Notre- Dame, ne songea plus qu'au départ; car il avait reçu de la reine-mère et du connétable les lettres les plus pressantes ; et le roi voulait que tous les magistrats réfugiés rentrassent dans Rouen à sa suite ^. Partis de Louviers le 28 au point du jour, « pour aller trouver le roy là part où il seroit » , sans doute , en entrant dans Rouen , ils suivaient le monarque. Du moins , parmi d'anciennes estampes, faites à la gloire du Parlement de Normandie , et destinées à reproduire les faits les plus mémorables de son histoire , nous en avons remarqué une où l'on voit des magistrats suivant, à cheval, un roi qui entre par la brèche dans une ville réduite ; et l'inscription explique ainsi cette estampe : «£n 1562, après la prise de la ville ^ l' expulsion des hérétiques et des Anglais, le Parlement ^ ramené par Charles IX, rentre dans Rouen par la brèche. '»
» Reg, secr. , 27 octobre 1562. " Beg secr.j 27 octobre 1562.
^ a Sénat us , urbe capta , pulsis hsereticis atque AnglU , per ipsas mœnium ruinas, à Carolo IX reductus. fô62.» — Mss. bibl. royale. ( Porte-feuilles. )
Retoar
cla Parlement
de Normandie
à Rouen.
446 PARLEMElfT D£ NORMANDIE.
Le Parlement Cccî sc passalt le 28 octobre* Dès le lendemaÎQ,
h Roaen' tous nos magistrats, réintégrés dans ce palais royal
^Lowrien, à'oiXf six mois avant , il leur avait fallu fuir, recom-
^" ^\ niençaîent à Rouen les rigueurs de Louviers,- La
Giuchet lettre que le connétable Montmorency leur avait
cotton ' écrite du camp pour hâter leur venue , avait assez |
eiie^mio^Itre ' aunoocé ce qu'il attendait d'eux. « Je vous prie \
Mariorar, mis ^^^j^ ^^ veuir à RoueUs mcorUment la présente récent
enjogement. '
(leur avait-il dit), pour ayder a donner ordre a