‹ Histoire du Parlement de Normandie (volume 2)Chapitre 19 sur 30 · CE QUI SERA NECESSAIRE POUR LE SERVICE DU ROY · texte numérisé non relu

CE QUI SERA NECESSAIRE POUR LE SERVICE DU ROY

Pour qui connaissait le connétable et sa rigueur impitoyable envers les religionnaires, le sens de ces paroles n'était point douteux» et on pouvait, à coup sûr , dresser les échafauds. A la vérité , la rébellion de la ville de Rouen, son refus opiniâtre de se soumettre à son jeune roi venu en personne pour la réduire , était un crime énorme dont les instigateurs n'avaient pu espérer l'impunité. Montgomméry était le plus coupable de tous, lui qui, récemment, avait menacé de « tailler en pièces ceux qui parleroîent de se rendre^. » Mais, le 26 , au moment où l'armée royale se précipitait par la brèche , ce chef de révoltés s'était enfui de Rouen sur une galère voguant à toutes rames, lais- •sant dans l'abîme les malheureux qui l'eu avaient

* Reg. secr.i 27 octobre 1562.

' Hist, ecclés. de Th. de Bèze, tome II, page 658.

GHAni,SS IX.

bien voulu croire. Dans ce sauve-qui-peut, te pré* sident Jean du Bosc d'£mandreyille , les éehevms Grucbei de Soquence » Côttoo de Berthouvîlle , Pasquier Marlorat , et le« trois autres ministres , tous les principaux, en un mot, s'étaient réfugiés où ils avaient pu, au Château, au Vieux-Palais» dans les clochers des églises; mais on les eut bientôt trouvés dans ces cachettes. Le président Du Bosc d'Ëmandreville, surpris avec Marlorat, offrait deux mille écus d or de sa vie et de celle du ministre. Pour toute réponse , on les plongea tous deux dans les cachots du Yieux-^Palais , avec Soquence et BerthouviUe. Les trois autres ministres. Le Roux, Des Roches et Du Perron , moins odieux que Marlorat , et qui avaient joué un rôle fort secondaire, s'enfuirent de la ville , sans qu'on eut l'air d'y prendre garde« Il semble qu'on auraitpu du moins laisser les quatre prisonniers attendre en paix leur jugement , qui n'allait guère tarder ; mais Mariorat , surtout, était un objet d'exécration pour le connétable,, qui l'accusait de tous les crimes de Rouen , de tous les , ,

' dans lea cachoi»

malheurs de cette grande cité; et Montmorency du vienxPaiais. voulut à toute force l'aller nkaudire dans son cachot s c Vous estes le séduçleur de taut ce peuple* , lui disail-41 , entre autres choses;» — Si Je lesay séduks (répondait Marlorat) , Dieu m* a séduit le premier; car je ne leur ay presché que la pure parole de Dieu. — Vous estes un séditieux (reprit Montmorency),

Lo ciNiBétable

Montmorency

va invectiver

Marlorat

eicau$e\de la ruynede ceste viile. — Je me rapporte ( répondait Marlorat ) à tous ceux de Rouen ^ de l'une et de l'autre religion^ si je tne suis meslé des affaires politiques, sij'ay tenu aucuns propos séditieux^ ou sij'ay enseigné autre chose que la pure parole de Dieu. » L'entrevue continua sur ce ton : « Je jure (dît enfin le connétable) que je vous feray con-gnoistre dans peudejours que vostre Dieu ne vous sauvera pas de mes mains ! » Après quoi « il se retira en grande furie * . » Le redoutable guerrier ne devait que trop fidèlement tenir sa parole ; et, dès le 29 octobre, non seulement Marlorat, mais Du Bosc d'Emandreville , Noël Cotton de Berthouyille , Gruchet de Soquence , transférés , de nuit , aux prisons de la conciergerie du palais, montant l'un après Tautre les degrés de la Tournelle, venaient, tour à tour, répondre , sur la sellette, à des juges dont ils savaient bien que le parti était pris à l'avance. Le président Le président Du Bosc d'Emandreville, amené le

Da Bosc • » •, t\ t \ .1*

d'Emandreville premier, paraissait là en accuse devant des juges devant ses juges, p^rmi lesquels il avait siégé naguère, ayant été

d'abord commissaire aux requêtes du palais * . — « /^ recognois (dit-il en saluant le Parlement), je recognois la cour souveraine en justice , oùj'aypris mes premiers honneurs. » Puis , parmi ses anciens

' Th. de Bèze, Hist, ecclés. , tome il , pages 647 et suivantes. * Il avait été reçu au Parlement le 30 janvier 1544.

collègues, voyant des ennemis acharnés, il en aurait voulu récuser quelques-uns. « Je ne puis ( disait-il), accepter pour juges ceulx quejevois assis là pour méjuger; je les ay tous pris à partie dès-lors qii' Hz estoient séants à IjQuviers. » Mais, au premier mot de récusation, Tavocat du roi Laurent Bigot, se levant brusquement de son banc : « Tout cela ne tend (s'écria-t-il) <fu'à récuser la pluspart des juges y à ce fi te fin d'à longer sa vie; on connoit D'Esmandreville pour estre assez caut * ; mais sa finesse ne pourra jamais disjoindre telle assemblée.,. Sans l'escoûter y il en fault faire cotnme des aultres. » Entendant , parla , selon le style de Louviers, qu'il le fallait faire mourir. Accusé de la révolte de la ville, de Topiniâtreté des habitants, de leur prise d'armes contre le roi, dun traité avec l'Angleterre, du pillage des églises. Du Bosc d'Emandreville répondait que la violation de Tédit de janvier était cause de tout le trouble de la France; que le prince de Condé , de l'aveu de la reine-m,ère ^ avait pris les armes pour conserver les droits du monarque en

' Caut, ou cauitf fin , avisé , rusé, subtil ; de « cautus. » — a Iceiui Mote, qui est cault et subtil »; Lettres de réraiss. de 1426. — Heg. 173, charte ôl2,du Trésor des chartes. — Doni Carpenticr, \° Cait- TELLOSÈ. — Le premier président Saint-Anthot, haranguant Charles IX, à Rouen , en Parlement, le 17 aoftt 1563, représentait le renard comme plus caut et subtil que l'homme. ( Lit de justice pour la déclaration de majorité. )

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