‹ Histoire du Parlement de Normandie (volume 2)Chapitre 20 sur 30 · II · texte numérisé non relu

II

4,0 PARLEMENT DE MORUANDIE.

bas âge; que, sous son autorité, s'élaïent succéd<^s, k Rouen, quatre lieutenants de roi, Lanquetot , d'abord; après lui, Morvilliers; puis Briquemaut, et enGa Moutgomméry. Eo servant sous eux , il n'a?ait j>oint fait acte de séditieux, et on le calomniait CD le qualifiant chef de rebelles. Toujours lui et les siens avaient pensé avoir pris les armes pour le service de Dieu et du roi; cent fois, le prince de Condé les avait assurés de l'approbation de la reine-mère. Pour les Anglais, lui et les autres du conseil de la ville s'étaient constamment refusés à lesadmettre jusqu'après ta prise du fort de Sainte- Catherine , époque où cent vingt seulement de ces étrangers avaient été laissés entrer. Pour le renvoi des quatre ministres, ce n'était pas lui seul , mais le conseil de ville, tout d'une voix, qui s'y était refusé , sachant bien que c'était là une exigence des Guises, plutôt que du roi et de la reine-mère. La dévastation , le pillage des églises, étaient le fait de la populace, non le sien ni celui de ses collègues, qui, comme lui, ■ attendoient que le magistrat y eust mis la main, ayant appris au presche, qu'il fallait aster l'idolastrie intérieure, premier que de commencera l'extérieure. Revenant du presche , le dimanche â may , et trouvant la ville en furie, il »' estait eshahy pourquoy on saccageoU les mousiiers (églises).» Pour les finances, il ne s'en était point voulu inrler.

Le ministre Marlorat parut lé second ; on Taccusait d'avoir causé le trouble; il protesta avoir, dans ses exhortations, toujours condamné et détesté la révolte. On lui reprochait d'avoir été cause du sac de Rouen , qu'eussent prévenu ses trois collègues et lui , en quittant, la ville comme l'avait voulu le conseil du roi. A l'en croire , au contraire, quand il avait vu que la paix entre le roi et la ville ne tenait plus qu'à cela, il avait dû dire « qu'il estoit content plustost de s'en aller jusques au bout de la terre que d'estre cause de continuer la guerre, pourveu qu'il feust licencié de son troupeau. » Au reproche d'avoir prêché la guerre : n^Sije l' aypreschée ( disait-il) , ça esté ainsy que j' ay appris en la parole

de Dieu » Mais il ne put achever sa phrase;

tous les magistrats s'étaient récriés ; et le président Lallemant lui imposant silence : « Ce n'est pas en ce lieu ( dit-il au ministre) 4]ue vous en debvez conter. »

Vincent Gruchet de Soquence, conseiller de ville, accusé d'avoir présidé aux assemblées de l'Hôtel-de-Yille après le départ des lieutenants civil et criminel , assurait ne l'avoir entrepris que de l'aveu du Parlement et sur les instances de l'avocat du roi Laurent Bigot. Au reproche de s'être ingéré de rendre la justice après la retraite du Parlement, il objecta la clameur du peuple, qui, voyant tous les magistrats partis, criait iL qu'il n'y avoit point de justice » • et allait entrer en révolte ;

Le ministre Marlorat.

Crochet de Soquence.

en sorte qu on avait résolu, pour l'éviter, de rendre la justice à ITiôtel de ville. Accusé de s'être opposé à un accord entre la ville et les plénipotentiaires de (iharles IX , il rejetait tous les torts sur Montgooimérj' , « qui avoît refusé toute composition , menaçant de tailler en pioces ceux qui parleroient de se rendre. » cotton Noël Colton de Berthouvillc , aussi conseiller de

Ville, protestait que ce n était point au roi m a la reine-mère que les habitants de Rouen avaient fermé les portes de la ville , mais au seul duc de Guise. Car, là où était le duc , le roi n'avait point de puissance. « M. de Guise estoit au-dessus du roy , puisqu'il marchoit par dessus- ses édits et les fouloit aux piedz. » En le laissant entrer dans Rouen , à la suite du roi et de la reine-mère , ne devait-on pas craindre qu'il n'y fît des massacres ainsi qu'à Vassy , et plus encore , puisque Rouen lui avait tant résisté?

Toas quatre Toutes CCS apologîcs n'avaient pu ébranler le

•ont condamnés »^ . ^ -n ,. a ^ a . /

à mort. Parlement, reut-etre même ces quatre accuses avaient-ils achevé de se perdre parleur défense, Guise, le vrai roi de France alors, revenant sans cesse dans leurs discours, et y étant dénoncé hautement à la nation comme l'auteur de tous ses maux ; Catherine , aussi, y paraissant dans tout son jour , comme ayant tergiversé , et abusé bien des Français qui s'étaient pu croire avoués par elle.

Quelle défaveur surtout pesait sur ce minislreMarlorat p que rendirent encore odieux outre mesure , sa fermeté même et la naïve franchise de ses propos ; disant, par exemple, à ses juges, à des catholiques si exaltés, ^l qu'il avoil esté moine, voirement, mais que. Dieu merci, il ne r estait plus; quil avait esté prestre aussy y.mais renonçait , de bon cœur, à telle prestrise » ; et enfin , pour dernier trait, se faisant gloire, ce semble, d'avoir a une femme et cinq petits enfants. »

En entendant de telsdiscours, Fhorreur chez les juges le disputait à la colère. En somme , tous quatre étaient perdus. Le président Du Bosc d'Emandreville, les anciens conseillers de ville, Vincent Gruchet de Soquence , Noël Cotton de Berthouville , déclarés atteints et convaincus du crime de lèsemajesté en tous les chefs le ministre Marlorat^ tnoine, prestre, et marié (disait l'arrêt), « convaincu d'estre un des autheurs des. grandes assemblées qui avoient esté cause de la rébellion et guerre civile » , furent, tous quatre, condamnés à la peine de mort. Dès le lendemain matin , « traynéz fort rudement et ignominieusement sur des claies , aux queues de quatre charrettes » , les condamnés étaient menés de la conciergerie du palais au supplice. Ils ne furent exécutés ni de la' Détails sar leur même manière ni dans le même lieu ; les conseil- *oppi»c«- 1ers de ville Cotton de Berthouville et Gruçhet

de Soquence furent pendus & des potences dressées devant la porte de l'hôtel de ville , cet ancien théâtre de leurs délibérations séditieuses; c'était auprès de la Grùsse-Horloge. (Je supplice ignominieux de la corde ne pouvant être infligé à Du Bosc d'Emandreviile , « pour ce qu'il estoit gentilhomme » , il fut mené au Vieux-Marché , et y eut la tête tranchée sur un échafaud , qui , alors , était toujours là en permanence.

Pour le ministre Marlorat, qui, avant la réduction de Rouen, avait osé, un jour, prêcher les calvinistes rebelles dans la cathédrale de Rouen , dévastée et veuve de ses prêtres , ce fut devant le grand portail de cette même église qu'il lui fallut aller mourir. Comme Soquence et Berthouville ,* il périt par la corde. Pas un d'eux n'avait faibli en ce moment suprême. Au Vieux-Marché , Du Bosc D'Emandreville montra une merveilleuse constance , invoquant Dieu, en attendant la mort , et ne souffrit point qu'on lui bandât les yeux. Soquence* ,

' Par arrêt du 26 août lô79, Charles de Gruchet, sieur de Soquence, fils de Vincent « pourvu d'un office de conseiller au Parlement de Normandie , fut renvoyé ftu roi , sur la difficulté formée à sa réception , attendu qu'après la prise de Rouen, «i lâfi2, ^son père avait élé condamné et exécuté à mort ; sur quoi , il obtînt, d es le 13 septembre suivant , des lettres de Henri IH , par lesquelles le monarque, << ne voulant que la mémoire des troubles fust renouvelée » , enjoignait au Parlement de procéder à la réception diidît sieur Gruclict de Soquence. » La réception de ce magistrat

Cotton de Berthouville et Marlorat étaient morts avec la même fermeté , « tous soutenant jusques au bout que ce quHlz avoient faict avoit esté pour le service du roy *. » Après i'exécution , on s'en racontait avec dégoût une circonstance , qui fait peine encore aujourd'hui , à deux siècles et demi de là. Marlorat avait été traîneau parvis de Notre-^Dame, avec Soquence et Berthouville , condamnés à mourir après lui et ailleurs. Or, le connétable Montmorency, le croira-t-on, et Montberon, son fils, s'étaient rendus au parvis de Notre-Dame , avec Villebon d'Estouteville , pour repaître leurs yeux de ces horribles spectacles. Mais que dis-je ? Comme

eut lieu le 6 février lô80. Peut-être ces lettres ne lui au raient- elles servi de rien, s'il n*eût épousé, dans l'intervalle. Tune des filles de Guillaume Jubert, sieur d'Arquency, conseiller en la cour des Aides, lequel avait beaucoup de parents et alliés dans le Parlement*.

Le cinq mai 1fi98 , cent trente-six ans après le supplice de Vincent de Gmchetde Soquence, en pleine audience du bailliage, M. de Brévedent de Sahurs, conseiller au Parlement , reprochait à Gruchct de Soquence , conseiller au bailliage de Rouen , son voisin de campagne , le crime et le supplice de Vincent de Gruchet, Pun de ses aïeux , et lui disait : « Vos lettres de noblesse sont scellées de la main du bourreau » **.

' Chronique ms. du xyi® siècle *, Biblioth. royale. — Lettre de Perrenot de Chantonnay, ambassadeur d'Espagne en France , datée de Rouen , 1'' noveraj^re ]d62.

* Mss. Colbert Sérilly, Bibl. royale ; Reg. du Parlement de RoUen, ** Reg. secr. du Parlementai 5 mai 1608.

on ôtait Marlorat de la claie 9 et que ce malheureux, exerçant son ministère jusqu'au bout, exhortait Gruchet et Cotton à mourir avec courage , on entendit le connétable et son fils se répandre contre ce ministre en grossières et sanglantes invectives; on vit le grand-bailli Yillebon d'Estouteville lui donner, en blasphémant, un violent coup de baguette. Enfin , comme il venait d'expirer au haut de la potence , un soldat fut vu assénant un coup d'épce sur une des jambes du cadavre * . Malheureuse France, où partout, dans la multitude, chez les grands , dans tous les ordres enfin , ne régnaient plus que des passions violentes, haineuses, sanguinaires; où la détresse d'un condamné sur l'échafaud ne pouvait désarmer ses ennemis , et où , sous le glaive môme de la justice, il pouvait voir se lever sur lui le fer d'un assassin et d'un furieux! Au milieu de tels événements , on peut imaginer en quel état étaient les esprits. Partout régnait l'anarchie , et les conseils du roi même n'avaient pu s'en défendre. La modération et la violence y étaient en présence, s'y livrant des luttes vives et incessantes, victorieuses , vaincues tour-à-tour , selon les caprices ou la politique de Catherine de Médicis , femme indé- *cise et cauteleuse, dont on ne connaissait jamais bien la pensée. Quant aux quatre condamnés dont nous venons de raconter le supplice, il ne

' Th. de Bèze , tome II , page 660.

parait pas qu ou eût balancé uq instant sur leur sort ; ils avaient trop marqué dans la rébellion de la province , et avaient eu , dans cette longue tragédie, des rôles trop importants. Mais combien Pinsiear»

^-^ 1 r antres rebelles

d'autres s'étaient signalés au second rang et dans «on^ condamnés

et exécutés.

la foule? Allaient-ils tous subir un sort semblable? C/est sur quoi on disputait vivement dans le conseil , sans pouvoirse résoudrez L'Hôpital , comme à son ordinaire, ny prêchait que modération, indulgence et douceur , « persuadé ( dit De Thou ) que toutes les rigueurs et les cruautés que les Français exerçaient les uns contre les autres, bien loin d'être utiles et propres à soutenir l'autorité d'un roi mineur, ne servaient qu'à bouleverser l'État et à compromettre le nom et l'autorité du prince , que harcelaient sans cesse les deux partis *. » Catherine Profonds

, . , - . . ressentiments

était entrée dans ces sentiments, et avait même des catholiques essayé d'amener les gens de THôtel-de- Ville de DëcUratioii Houen à tenter une démarche auprès du roi pour ^abonnon

^ ^ mal reçoe,

lexciter à la clémence. Poussée peut-être par p»as

L'Hôpital , un jour que des conseillers de ville , députés , l'étaient venus saluer , « il seroit propre et bon (leur dit-elle) de requérir au roy ung pardon général de ceulx qui ont offensé, non comprins Unîtes foys ceulx qui ont esté aucteurs de la sédition, ou porté les armes contre le roy ^ afin que , à

mal exécutée.

' De Thou , Histoire nniKtrsalle , livrc.xxxill .

fadvenirj les habitante de Rouen puissent vivre plus doulcement ensqnhle ^ et que tes offensans et offensez ayent plus grande occasion de eulx réconcilier les unz avec les autres. » Sî, en cette occasion, Catherine était sincère, la réponse des députés dut peu hîî plaire. — « iV 'ayant faict aucune deffanlte ( dîrentîls), ne nom est ref/ùis aucun pardon... Néantmoings , à ceulx qui ont offensé ne voutdrions enipescher quil ne leur soit octroyé grâce et pardon; mais il fault, et est raisonnable y que pugnicion soit faicte des principaux aucteurs de la sédition*. » • Par cette réponse , postérieure à Texécution du président d'Emandrevîlle et des trois autres , on voit combien ces officiers de ville répugnaient aux mesures de douceur. Les Guises , le connétable , n'y étaient pas moins opposés. « Les seigneurs et le Parlement ( écrivait l'ambassadeur d'Espagne Perrenot de Chantonnay ) ,' entendent tant qu'ilz peuvent à chastoy... (au châtiment); toutesfois, il n'y a faulte d'intercesseurs, mesme pour pardonner la vie^. » Celait principalement de L'Hôpital qu'il entendait parler. Un instant, ce grand homme avait paru l'emporter : une déclaration d'abolition ou de pardon pour tous les habitants de

* Âeg. de VkôteUde'ViUe de Rouen ^ 4 novembre 1562.

. * Lettre du 1". novembre 156.1. — Mémoires île Condé, tome 11, page 102.

Rouen compromis dans les derniers troubles, avait été signée à Rouen par le roi , peu de jours après le supplice desplus^grands coupables. Dix seulement avaient été nominativement exceptés, « comme estant les principaulx chefz , auctheurs et promo- * teurs de toute la rébellion. » C'étaient les conseillers de ville Nicolas Le Sire, Guillaume de Croismare, Jean de Bauquemare, Michel Bouchart, les quarteniers. Michel de Bauquemare, Nicolas d'Aussy, Jean de Saint-Léger, Etienne Mignot, les capitaines Bréteville et La .Roche \ De Thou était dans les principes de L'Hôpital , et on le voit assez , par la faveur avec laquelle il parie de cette déclaration de Charles IX ^. Mais il s'en fallait bien que les emportés la regardassent de si bon œil. Il est curieux d'entendre ce qu'en dit l'ambassadeur d'Espagne, Perrenot de Chantonnay , alors à Rouen , à la suite de la cour, véritable espagnol , dont le faible, en matière de religion surtout, n'était pas d'incliner vers les mesures modérées. « Le ckancelia' ( écrivait-il ) ha faict un g édict de son style ordinaire j que hul se aye à reprocher ny injurier de quoy que ce soit ; de manière que les rebelles qui ont porté les armes et ont esté les chefs en ceste ville, sont, maintenant, avec la

' Déclaration de noTembre 1562, archives du Parlement. ' De- Thofi , Histoirç unU^erselle, livre xxsni.

teste levée , et menassent qu'avant peu leur jeu retournera; qui est bien signe qu'ilz sentent la faveur de quelques-ungs. Si, avant que la court et le camp départent d'icy, fon ne désarme les • huguenotz , et que i on ne mecte la force es mains des catholiques, il est bien certain que l'on ne tardera pas long-temps que Ion verra nouvelle révolte. Les seigneurs catholiques (ajoutaît-îl) , sont bien en volonté d'y pourveoir et de faire chastier les chîefz , ceux qui ont eu charge et assisté de deniers, et tenir main que ceulx qui ont suivy leurs factions , sortent ; s'ilz ne sont empeschéz par les traverses de ceulx qui favorisent , ou , pour le moins, dissimulent avec les prolestants \ »

C'est ce qui consolait l'ambassadeur espagnol ; il était fort satisfait aussi du mauvais accueil qu'avait trouvé au Parlement de Rouen Tédit brassé par L'Hôpital. « Maintenant ( disait-il ) , ils se débattent en ce Parlement s'Use doibt admettre icy ang pardon si scandaleux; et je tiens que^ à la fin ^ il ne sera pas admis. » Il ne se trompait guère, comme on le va voir tout à Theure. Repousser brusquement un édit d'amnistie, n'était pas , à la vérité, une chose que l'on pût aisément faire en ce moment, le roi de France , qui avait signé ledit , étant dans Rouen avec le chancelier qui l'avait dicté. La déclaration fut

- - ^ . ■ - ^ ■ !-■ Il - -T 1^-^— ^^^^.^1^^^^^

' Lettre du 3 novembre 1562, Mémoires de Coude ^ tome 11.

CHARLES IX. 4Gf

donc lue à l'audience et insérée textuellement aux registres. Mais , dans l'exécution, on en tint peu de compte. A la vérité , outre les dix rebelles contumaces, nominativement exclus de la grâce, bien d'autres s'étaient signalés autant et plus qu'eux pendant la sédition ; on l'avait bientôt reconnu dans le conseil du roi, et on résolut d'y pourvoir. Mais restait à les désigner, ces hommes auxquels, non plus qu'aux dix déjà exclus, ne devrait point profiter la grâce. Ici recommençaient les débats dans le conseil , et retentissaient de nouveau dans la ville des cris de vengeance et de mort. On dressait à grand'peine des listes d^ indignes ^ dont les noms, rayés un instant , reparaissaient bientôt , pour être eflacés encore. Les ducs de Guise et d'Aumale, le connétable et Villebon d'Estouleville, étaient chargés de ce travail qui n'avançait pas. A en croire De Bèze et De Thou , ordre avait été donné au Parlement de surseoir à toutes procédures contre les religionnaires , jusqu'à ce que les nouvelles lisles fussent arrêtées sans retour. Le Parlement, toutefois , sans les attendre , se remit à l'œuvre , soit qu'il ne pût résister au désir d'exercer son pouvoir, comme De Thou l'assure*, soit qu'un fait allégué par De Bèze fût véritable. A en croire cet indignité prêtée ecrivam, comme le président Lallemant quittait an président

Lalleraant.

' De Thou, livre x\xiii.

40Ï PABIXMENT DE NORMANDIE.

Catherine de Médicis, qui renait de lui défendre ■ de rieo faire contre cculx de la religion , tjue l'on n'eust terminé le travail des listes» , de retour an palais pour y rendre compte de sa missîoa, ce magistrat, « i l'instigation du connétable et des Guises ■ , aurait dit h, sa compagnie < tenir de la royne que ce pardon n'avoU esté accordé que par manière d'acquit j et qu'elle entendott que justice feust faicle au plus vite , sans en parler au roy ny à elle , des capitaines et chefz qui avoient tenu la ville'. ' Cent été là un indigne mensonge, une prévarication horrible, qu'il coûte peu à un écrivain prévenu et mécontent de prêter à des œagislrats dont îl déteste les rigueurs. Il nous répugne , pour nous , d'y croire sur sa parole.

Quoi qui! en soit , les procédures recommencèrent; les arrfts de mort retentirent de rechef dans !e palais; de nouveaux et nombreux- supplices ensanglantèrent nos places publiques. Au Vieux- Marché, au parvis de Notre-Dame, au Neuf-Marché , près le palais , dans d'autres endroits encore , avaient été dressés des échafauds et des potences'. Traînés sur des claies, les capitaines Mauger de Croze, Jean Le Balleur, prévôt de camp sous

' Th. de JSii«i HUt. «celés., lonic II , iwgc 6,"il).

' Clironiquc nis dn xvi' siècle; BJMiolliècjue rojralc. — De Btzr, JfisnHre des Églixfx rrfitrmèfs, lonic 11 , page 061 cl saivjintt.i.

€UARL£S IX. 463

Montgomméry ; leuseigne Blanchet Le Nud ; Claude Du Sac ; Jean Bigot, l'un des vingt-quatre anciens du prêche de Rouen ; Jean Quidel ( qui avait fait arrêter naguère ce Quittard, espion des Guises, dont on a vu précédemment le supplice), venaient là payer de leurs vies, les uns leur crime, les autres le malheur d'avoir été vaincus. Les capitaines étaient des hommes de valeur pour la plupart, et que la réforme ou des mécontentements avaient entraînés dans lc3 rangs des rebelles. Qn regretta beau- .coup, entre autres, le capitaine Jean de Croze; et Brantôme en fait un grand éloge. Se trouvant alors àRouea, et assistant à son supplice, « il le vit mourir fort constamment, et dit que ce fut grand dommage de sa mort\ » Il donne encore de grandes louanges à René de Provanes , sieur de Vallefrenières , capitaine des gens de pied , condamné à mort comme les autres par le Parlement , mais à regard duquel le dénouement de ce drame fut moins tragique, comme nous l'apprend De Bèze. Car, au moment où on l'allait mettre sur la claie pour le mener au Vieux-Marché , survint un capitaine des gardes , qui l'enleva par force de la conciergerie. L'avocat du roi Damours s'était hâté d'en aller porter plainte au conseil. Mais le connétable dut dire qu'on se gardât bien de toucher

Urantôiiio, Digression touchant les Mestres de camp catholiques.

4C4 PARLKMKNT DE NORMANDIE.

à ce capitaine, « le roy voulant qu'on laissast tous jouir du pardon , hormis ceux exceptez '. » C'est du moins ce qu'avance Théodore de Bèze. De Thon dit, lui, que M. de Brissac, à la dernière heure, avait obtenu du roi la grâce de ce capitaine^. Jl ajoute que Jean d'O alla signifier au Parlement , de la part de la reine*mère, la défense de frustrer les particuliers de la grâce à eux accordée par le roi, et de juger aucun des prisonniers, sans un ordre exprès de sa Majesté.

Au reste , il ne faudrait pas croire que tous les condamnés du Parlement fussent des graciés indignement frustrés deTefTet du pardon i*oy al. Al'égard du capitaine De Croze, par exemple, « tout le conseil du roi avoit opiné qu'il devoit mourir, parce qu'il avoît vendu et livré le Havre aux Anglois; sans cela^ il fmt esté sativért ; c'est Brantôme qui nous le dît, lui qui prisait si fort ce capitaine, et l'avait vu décapiter avec tant de regreti II ajoiUe même que, seul du conseil, le duc de Guise avait été contraire à cet arrêt de mort ^.

Charles IX n'avait pas voulu quitter Rouen sans y avoir rétabli solennellement le culte catholique, aboli depuis six mois. Quels bouleversements ces

* De Bèze, tome II, page 661 et suivantes. ^ DeTliou, Histoire universelle, livre xxxui.

3 Brantôme , Discours des Mes très de camp huguenot z de l'infanterie françoise.

six mois avaient produits parmi les choses et parmi les hommes ! Au culte proscrit par les rebelles, au chapitre fugitif, le cardinal de Bourbon, archevêque de Rouen, avait offert un sûr asile dans l'église collégiale de Gaillon * ; là, les chanoines de la métropole de Rouen avaient pu transporter leurs autels et célébrer en paix les saints mystères. Mais ils s y étaient rendus en petit nombre. Les autres, ou furent empêchés, ou se laissèrent emporter par le tourbillon. Ces rudes épreuves, ces redoutables purgations que nous avons vu des présidents et des conseillers subir naguère à Louviers, plusieurs chanoines durent, à leur tour, les subir à Rouen, lorsqu'il fut question de rétablir le culte ; et tous n'en sortirent pas à leur honneur. Mais des enquêtes, des interrogations minutieuses, ne leur laissaient aucun subterfuge; et il leur fallut avouer, ceux-ci qu'ils étaient allés aux prêches y ceux-là qu'ils avaient fréquenté les religionnaires rebelles , vêtus comme des laïques , et , comme eux , porté les armes. Les aveux du chanoine Nagerel furent surtout curieux. Resté à Rouen pour veiller à la conservation du trésor de Notre-Dame , « considérant ( disait-il ) la haine que portoient iceulx de la nouvelle religion aux

Ce qn*était deyenn le clergé

de Rouen depuis le 3 mai

Des chanoines

avaient tenu

une condoite

équivoque ,

et assisté anx prêches.

Conduite

dn chanoine

Ifagerel pendant

les derniers

troubles.

' Âeg. du Parlement f séant à Louviers, 20 août 1562. ' Reg. capit. Eccles. rotkom., 14 juin 1563.

If.

ecclésiastiques, et qu'il estoit dangereux de les rencontrer, et de soy trouver devant eulx, en l'habit accoustumé, jostay mes habits ordinaires, et me vestiz comme ung chascun se vestoît , de maoteauixetchappeaux, moy remémorant de la prophétie de saincle Brigide , où il est dict : « Et eril sacerdos sicut taïcus, » Quelques foys, par dissimulation, allant par la ville, ou me trouvant avec les anciens et conseillers de la ville, j'ay porté une cspée à mon costé , et ung pougnard derrière mon dos, contrefaisant mon estât, dont je suis fort desplaisant (repentant) '. » Il ne disait pas tout; on Tavait vu fréquenter intimement le président Du Bosc d'Emandreville, et les autres membres du conseil démagogue; on lui imputait môme de leur avoir livré une partie des richesses de Notre-Dame; et deux condamnés , suppliciés depuis peu, l'en avaient accusé jusque sur Téchafaud, Aussi , en plein chapitre, le traitait-on A* excommunié. Le chanoine Plusicurs autres avaicut été vus au prêche ^ entre

Lambert, grand . i • t i. . i ' -^ •

pénitencier, autrcs le chanomc Lambert, grand pénitencier

confesse avoir

assisté aux dc Notrc-Damc ; il s'en excusait de son mieux.

«Pendant le séjour de M. de Morvilliers à Rouen

prédications de Marlorat

dans le cloître ^ dîsaît-il ), deux gentilshommes huguenotz, logez

des c<amies>

chez moy, en revenant de la presche, m'extolloient ( me vantaient ) souvent leur ministre Marlorat.

' Reg. capit.y 10 novembre 1562.

J'entrois en contention avec eulx, disant qu'il estoit apostat , et qu'il n'estoit envoyé ; qu'il y avoit grand nombre de bons docteurs ayant plus de grâce de parler que luy, combien que de ce ilz le magnifiassent ; que je lui monstrerois à l'œuil qu'il entendoit mal les escriptures, et les détorquoit contre leur vray sens. — Vous blasmez celuy que vous n avez jamais ouy ( me répliquoient ces gentilshommes ); en bref, on contraindra tous les papaulxd 'aler à la presclie , ou ilz espouseront la gallère. Enfin , ung matin , sur les huict heures , la presche estant à moictié faicte , je prins mon manteau et chappeau, et, le plus secrètement que je pus, traversay la rue de la Chaisne , me mis derrière ung piller du cloëstre des Carmes, pour entendre deux mots de l'argument que traictoit pour lors leur prédicateur Marlorat.... Plus pour l'impugner et réfuter, que pour y adhérer , et moins y prendre plaisir * . » Bien d'autres chanoines avaient été vus au presche, depuis la cessation du culte : De.

Quintanadoine , De Villy, l'archidiacre Bignes ,

par exemple; même le chanoine Claude Chapuis, ciande chapuis,

grand chantre de Notre-Dame, n'en était pas de- chanoine

° ^ ^ de Rouen, poète.

meure là; à Louviers^ en plein Parlement, les gens du roi l'avaient qualifié « d'homme suspect, accusé de soy estre , peu de temps avant le pillage

' Âeg. capit.y 16 novembre I.'»62.

des églises , départy de sa première foy , suîvy les presches, escript libelles diffamatoires contre | le clergé catholique *. » Ce ne sont là que des faits . jH'is au hasard parmi beaucoup d'autres; on voit quels maux la réforme avait faits au seul clergé de Notre-Dame de Rouen , et à son chapitre métropolitain, qui devait l'exemple à tous les autres prêtres de la province.

Le I" novembre Pour Téglisc Cathédrale, son état de délabrede la TooMMint, mcut uc sc Saurait imaginer. Plus d'autels , plus de cathoUoae, chairc , plus de stalles, de bancs, d'orçues," nî interrompu j^ confcssionuaux , plus de vêtements pour les

depuis le 3 mai , ' * *^

recommence ; prètrcs : tel fut l'état OU la trouva Charles IX , le

on célèbre, *^

à Notre-Dame, 1*' novcmbrc , fête de la Toussaint , jour choisi

nnc grand'messe i i ■•

à laquelle par le monarquc pour rendre au culte catholique

Charles IX cctte métropole profanée, souillée, dévastée.

et louteMjour. ^ Messieurs du chapitre , en tel nombre qu'ilz se

déplorable purent trouver (bien petit), avec quelque peu

de la cathédrale ^ ^ ^ ... ^^,r

de Rouen, de relîgîeulx cordelîers et jacobins», étaient allés «érémonie. prendre le monarque à l'abbatiale de Saînt-Ouen , où il était logé. On partit de là processionnellement ; le roi , la reine-mère , le duc d'Orléans et plusieurs autres princes du sang royal ; les cardinaux de Guise et de Ferrare, des évêques, des abbés, le duc de Guise, le connétable, et autres princes, seigneurs et barofis; enfin, tous les

' Eeg. secr. du Parlement, 5 août 15C2.

membres du Parlement, en robe d ecarlate. Il fallut <jue , contre la coutume , le roi entrât par la porte latérale dite de Saint-Etienne , les clés du grand portail estant adirées * . L'énorme Georges d'Amboîse , de tout temps mise en volée pour les rois , ne fit entendre que de rares et tristes tintements, faute des cordes nécessaires pour ébranler une si grande masse ^. Au chœur, un maître atutei avait « esté faîct en haste d'une tumbe de pierre levée d'une sépulture^. » Du peu de chanoines, et chapelains qui se trouvaient là, « les ungs avoient surplis , les autres estaient vestus de manteaiilx.y» Ainsi Après la messe, fut célébrée, en 1562, dans la métropole de du Pariemeirt, Normandie, la fête de tous les saints, cette fête «« ^obes ronges,

' ' prêtent

si grande, si solennelle parmi les chrétiens, («lanarégiîse)

, , , serment entre

Comme la messe finissait , on vit le Parlement les mains

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