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se lever et s avancer vers le roi Charles lA; là, tous les membres, l'un après l'autre, renouvelèrent, entre les mains du, monarque , un serment déjà tant de fois prêté. Temps malheureux où les hommes , où les corps les plus éprouvés semblaient ne pouvoir obtenir de créance qu'en prodiguant sans cesse des serments trop souvent oubliés !
La vue de nos églises ainsi dévastées avait-elle ^^ rigueurs
du Parlement
encore ravivé les haines contre les auteurs de tant continuent..
■ Reg, capit, , novembre 1562. — Et chronique ms. du xvi' siècle^ déjà citée.
* Chronique nis. déjà citée. •* Même chronique.
de désastres? Le jour mOme, et dans les jours qui suivirent y eurent lieu de nombreuses arrestations de religionnaîres; les procédures criminelles reprirent leur cours; le sang rougit encore les échafauds. Le bailliage de Rouen avait sa part dans cette tâche incessante; et le lieutenant De Brévedent (s'il en faut croire De Bèze ) , las de faire tant de proc es , « quand on luiamenoit quelques-uns de la religion , arrestés tout à l'heure : pourquoy (disoit-il ) retnplissez-vous les prisons ? Ne savez^-vous pas bien ce qu'il en fault faire? La rivière est-elle pleine? * » Les religionnaires, maintenant $ n'étaient plus les maîtres; on le leur fit durement sentir. « Des conseillers du Parlement, exécutant les arrestz de Louviers, alloient dans les maisons , contraindre les chefz d'hostel de jurer et signerlesarticlesdeSorbonne^.» On en était venu enfin à ces mesures inquisîtoriales, que naguère l'avocat du roi Damours avait en vain requises.
Désarmement Pour vcuîr plus aisémcut à boût dcs vaincus , qui ,. .*'** . faisaient peur encore, on sonffeait à leur ôter leurs
religionnaîres F ^ o
de Rouen. armcs. L'ambassadeur espas^nol Perrenot de Chan-
7 novembre I&62. ...
tonnay ne désirait rien avec plus d'ardeur; nous l'avons vu tout à l'heure. C'était, toutefois, demander une mesure incomplète. Dans l'état d'exaspéra-
• Histoire eccles.y de De Bèze, tome II, page 66'i. "^ Idem , ibid.
tion OÙ étaient les esprits , il aurait fallu,* sans distinction entre relîgionnaires et catholiques, désarmer promptement les uns et les autres. Nous oserions bien assurer que c'était l'avis de L'Hôpital ; et , s'il ne fut pas suivi pour l'heure, cet homme sage sut bien le faire adopter plus tard, comme nous le verrons en son temps. Mais c'était une époque d'alternatives et de représailles incessantes ; et le tour était venu, pour les religionnaires, de souffrir toutes les vexations dont les vainqueurs se pourraient aviser. Au lieu de désarmer les catholiques, on leur enjoignit, au contraire, «de se pouiTCoir d'armes , et de fournir des corps de garde , pour la seûreté de la ville. » Dans toute cette bourgeoisie armée et passionnée , « furent choisis trois cents hommes des meilleurs soldatz et catlwliqueSy levez pour empescher les séditions et tenir la main forte à la justice \» On put, alors, s'occuper du désai*mement des religionnaires. Ordre avait été donné, le sept novembre, non seulement à tous ceux qui avaient porté les armes contre le roi, mais à ceux même dont tout le crime était « d'avoir esté à la presche » , d'apporter leurs armes au château dans les vingt-quatre heures. Défense avait été faite « à ceulx de la nouvelle religion de porter armes , de quelque qualité que ce feust ; et avoit
• Reg. de l'hâtei-de-viUe, 7 novembre 1562 , et jours suivants.
estépermys aux catholiques de porter tous armes. • On n'en devait pas demeurer là. Bientôt, le conseil envoya les capitaines, avec leurs hommes, ■ aox maisons des suspectz, pour en faire ouTerture, emporter les armes qu'ils y trouveroient , a6n d'en pouvoir aider à ceulx quin'avoient moyen de porter la despense qu'il convenoit de faire pour l'achapt des dictes armes '.»
inbamuiiw Quoi qu'eusscut pu souflrir les catholiques , et
A i'*^n°d'dM * à cause même qu'ils avaient tant souffert , exposer "diî»""*"™ °"^ ^^ désarmés à leurs coups ceux qu'ils regardaient comme les auteurs de tous leurs maux ; les envoyer, eux armés, dans les demeures de leurs ennemis vaincus, avec la mission d'arracher à ces malheureux des armes , leur dernier moyen de défense, ce n'était pas, assurément, une conduite politique, et quidritprofiterlong-tempsà ceuxmême qu'on avait voulu favoriser et venger. Le cœur enfla à ces derniers , quand ils se virent ainsi autorisés, et ils ne rêvèrent plus que violences et représailles. Tout religïonnaire, ou suspect de l'être, leur était en exécration. Sans distinguer entre les hommes paisihles et ceux qui s'étaient le plus signalés dans les troubles , ils auraient voulu que dès calvinistes , abusés sans doute , mais chrétiens après tout, demeurassent sans culte, sans cérémo-
' Reg. lie I'h6tel-ile-ville île Rouen, novembre ISflî.
nies, même secrètes, malgré ledit de janvier qui leur en permettait de publiques. On épiait donc leurs prêches mystérieux, pour les troubler; le peuple, les soldats allaient auprès des maisons écartées où se tenaient ces assemblées paisibles , « chanter des psaulmes françois à voix desployéeN; moins gais, une autre fois, ils en faisaient déguerpir un grand nombre qui avaient fait leurs exercices dans de petites maisons sises sur le quai, le long des remparts, et qui, à la vérité , appartenaient à la ville ; ils jetaient tous les meubles de ces malheureux c hors des maisons, sur le pavé du roy^. » Leur fureur s'accroissait toujours , et semblait ne se pouvoir jamais assouvir. De Paris, l'ambassadeur espagnol , Perrenot de Chantonnay, épiait toutes ces violences, et y applaudissait avec transport. « A Rouen ( disait-il), le peuple commence à congnoistre l'extrémité en quoy il s'est veu, à cause des huguenots; et, pour n'y plus retourner, ils se sont délibérez de jeter en l'eau et assommer tous ceux qui suivent la nouvelle secte, quand ilz en peuvent rencontrer quelques-ungs*. »
' Reg. de i'hôtel'de-ville île Rouen.
^ Chronique ras. du xvic siècle; Bibliothèque royale.
^ LcUre du 28 janvier 1562. — Mémoires de Condé, tome 11 , page 127, édit. in-4°, 1743.