‹ Histoire du Parlement de Normandie (volume 2)Chapitre 22 sur 30 · ARI.EHËM' Ut: NURMANDIE · texte numérisé non relu

ARI.EHËM' Ut: NURMANDIE

Puur ces furieux, les exécutioDS des religiou— iiaîres étaient de véritables fêles; à leur gré, on tardait trop ù en faire justice; ils s'attroupaient chaque jour autour du baHliagc et du palais, poussant d'inhumaines vociférations, et pressant insolemment les magistrats d'en finir. La modération du premier président De Saint-Anthot exaspérait ces caimibaies; c'est ici un des chefs les plus distingués qu'ait eus le Parlement de Normandie , • homme politique, vertueux et roide, et des premiers de sa robe , naturel ennemi de la sédition, ayant, toutes fois, tonsjours faict profession de suivre l'église romaine ' » : c'est De Bèze qui le dit , et on en peut croire cet historien , toujours prêt , pour peu qu'il y ait d'apparence, à enrôler les hommes de mérite parmi ceux de sa communion. Nos registres, du reste, lui donneraient un démenti , s'il eu eût parlé autrement ; ils nous montrent Saint-Ânthot , dans de solennelles mercuriales où il présidait, se déclarant à visage découvert contre la réforme, provoquant de fréquentes épreuves propres à déceler les dissidents que le Parlement eût pu cacher dans son sein ; faisant apporter , du prieuré de Saint-Antoine au palais, te bras de Saint- Antoine, cette relique redoutable et révérée, pour faire jurer à tous les membres du Parlement qu'ils

■ Th. de Biïe, Histoire ecctés., tume tl,|)agc sn? et suivantes.

dénonceront ceux de leurs collègues qu'ils sauraient entachés d'hérésie '. Mais Saint-Anthot pensait que la justice avait été pleinement satisfaite, que c'était assez de rigueurs, et que l'humanité devait avoir son tour. Revenu, depuis peu, en Normandie , d'où il avait été absent pendant les grands troubles, on l'avait entendu déplorer amèrement les exécutions faites à la fin d'octobre et depuis , au mépris du pardon royal. « Ces condamnations sont si rudes (avait-il dit) que je n eusse voulu y assister, » Il en avait souvent exprimé sa douleur à la compagnie, l'exhortant à s'abstenir, désormais, de semblables rigueurs. Il avait parlé de rappeler les conseillers De Quièvremont , De Heudreville, May net, Cavelier, D'Espiuay, Bouchart et De Civile, exclus du Parlement, les uns pour leurs opinions religieuses , les autres par suite d'injustes soupçons.

Enfin , deux mois et demi s'étant écoulés sans que la déclaration royale de pardon, signée par Charles IX après la réduction de Rouen, eût eu presque aucun eflTet , quoique enregistrée, pour la forme, au Parlement, L'Hôpital venait d'en transmettre à cette cour une copie nouvelle ; et Saint- Anthot , tout pénétré des mêmes vues que le sage

' Reg. secr du Parlement. — Le Laboureur , additions aux Mé^ moires de Castelnau ; tome I , livre m , pages 839, 840.

chancelier y pressait le Parlement d'accueillir eoGn cet acte de clémence , trop long-temps repoussé , d'enregistrer , publier el exécuter la déclaration , «aûn (disait-il), que le pauvre peuple feust réuni en sa maison , et que toutes choses feussent radoucies. » Il n'en fallait pas tant, alors, pour devenir suspect. « Le premier président de Rouen est hérétique (écrivait l'ambassadeur d'Espagne), et il incline à la publication du pardon général brassé par le chancellier\ »

s<idiUonàRouen. Aux ycux du peuple aussi , Sain t-Anthot était le premier ^^ hérétique , puisqu'il favorisait un édit de pardon SafntAnthot ^^ccordé aux hugucuots, et retardait la condamnadontiavieest, tiou de quelqucs religion naires jetés, depuis peu,

un instant, . r^t , » 11

en péni. oaus Ics prisous. L étaient pourtant des hommes ^'andaTstJie!^^' asscz obscurs : Gaurelot , un des employés au greffe

du Parlement; Quidel et Le Ramer, personnages aussi peu éminents; mais, enfin , le peuple désirait ardemment leur mort, et s'indignait qu'on la lui fît tant attendre. Le 18 janvier, donc, comme le Parlement levait son audience du matin, tout-àcoup le palais retentit de vociférations et de clameurs. Toute la populace de la ville s'y était portée, et la grande cour ne pouvait la contenir. « Point de déclaration ^ point de pardon , point d 'enreregistrement (criait cette populace échauffée);*/

» Mémoires de Condé , tome H, page 127.

fautt que Gaurelot meure , et Le Ramer, et Quidel ■ ; et bien d autres , sans doute , dont les noms ne nous ont point été conservés ; surtout le nom du premier président Saint- Anthot sortait de toutes les bouches, et ils demandaient à grands cris ce magistrat pour parler à luy. Le conseiller Raoullin de Longpaon , catholique ardent, et bien connu de tous pour tel, harangua cette multitude échauffée. Est-il vrai que , par ses paroles , il cherchait , non à la calmer, mais à l'exciter plus encore? Est-il vrai que Saint-Anthot, ferme et intrépide parmi les clameurs, voulait qu'on fit monter à la grand' chambre les principaux de cette multitude émue , afin qu'ils s'expliquassent, et qu'il leur pût répondre, de l'avis et au nom de la compagnie; mais que tout le Parlement le pressait , à grands cris , de quitter le palais, comme pour le précipiter dans un abîme béant, où, ce semble, il devait périr? Nous ne saurions accueillir de si odieuses imputations contre une compagnie dont quelques membres, sans doute, étaient des catholiques exaltés , mais apparemment très incapables d'une odieuse trahison et d'un assassinat de guet-apens. N'est-îl pas croyable , au contraire , que ce magistrat « vertueux et roide » , sachant bien que ce n'est point par la lâcheté qu'on impose à la multitude , voulut , en se montrant calme et intrépide à ces furieux, les intimider, les ramener au respect?

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Quoi qu'il en soit, le premier président Saint— Anthot, « se recommandant à Dieu » , dît De Bo^c^, descendit les dégrés du palais. Mais on ne Vavstit pas plutôt vu paraître au haut du grand escalier* , que les vociférations avaient redoublé avec luretmr. 8e pressant autour de lui , dans la cour du patais , comme pour lui barrer le passage, ces mutins , armés pour la plupart, vociférant contre le pardon royal, lui demandaient , à grands cris, « justice des séditieux de la nouvelle religion estans es prisons du pallaiz » , laccablant de menaces et d'outrages. Et comme, toujours inébranlable au milieu des clameurs, ce vertueux magistrat « ne leur respondoit à leur gré , ilz luy dirent plusieurs paroUes rigoureuses , et tournèrent leurs armes contre luy ; desjà ilz luy présentoient les pistolletz surlestomac » , dit De Bèze ; on était alors devant le prieuré de Saint-Lô ; seul avec un valet, Saint-Anthot ne devait plus songer qu'à sauver sa vie; il entra donc en hâte dans la maison d'un conseiller (M. de Hastes de Suzay), dont les portes se refermèrent aussitôt sur lui, et où il trouva un sûr asile ' .

Nonveaux excès Le croira-t-on? (]eux qui avaient mené le branle

des bourgeois i . /.^ • .. j

catholiques oaus cc mouvcment populaire étaient « des cap-

et de la populace.

' De Bèze, tome II, page 667 et sùi\antcs. — Chronique nis. Bibliothèque royale.

avait demandé

la mort à grands cn&.

pitaines et des soldats de la ville de Rouen » ^ de

la garde bourgeoise pour tout dire. N'était-ce pas suppUce de trois

. .1/ i»« •! malbeoreax

une heureuse idée que d avoir mis les armes aux reiigionnaire», mains de ces furieux, en livrant à leur merci tous ^^^^^^ penpic les rel igi on n aires désarmés? Le premier président ayant pu , par miracle, se soustraire à leurs poursuites, au lieu de se disperser et de se repentir d'un si grand attentat, « les cappitaines firent sonner le tambour et assembler leurs compaignyes, les quelles ilz firent marcher par les rues, à enseignes desployées *. » Le Parlement se laissa-t-îl épouvanter par ces manifestations séditieuses ; ou bien n'a'vaitil attendu qu'un prétexte pour recommencer des rigueurs qui, odieuses à Saint- Anthot, ne plaisaient que trop à quelques-uns de ses collègues, moins bons chrétiens à coup sûr? Dès le lendemain , trois potences étaient dressées au Vieux-Marché ; et ce n'étaient pas trois des chefs du mouvement populaire de la veille qui allaient y être attachés ; non , les infortunés Gaurelot , Quidel , Le Ramer , condamnés par le Parlement tout à l'heure , étaient conduits au supplice , « par toutes les compaignies de la ville, en armes , suivies de toute la populace , aussi en armes, qui chantait à tue-tt^te, tantôt : Ave Maris stelia, tantôt la chanson : Tcnit vous allez doux Guillemette ; et ce fut toute l'assistance, toute la

' Chronique ms. du xv!*" siccle , Bibliothèque royale.

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consolation qu'eurent ces malheureux à leur dernière heure *. Encore les cannibales n'en devaient-ils pas demeurer là, cette victoire sur le Parlement, l'audace qu'ils avaient eue d'outrager son chef vénérable , leur ayant enflé le cœur , et rien désormais ne les pouvant plus contenter. Du Vieux-Marché , ils allèrent courir la ville par bandes, se répandant en menaces; et deux ou trois hommes qui leur étaient suspects s'étant trouvés sur leur passage , périrent sous leurs coups. Etrange méprise Faute d'avoir bien compris les auteurs qui radu^xvî'^sîècîe content ces scènes tumultueuses , un écrivain , venu à propos quelque temps après eux, a débité un roman

des insalfes x ^ r x

faites au premier étrange quc d'autrcs Ont reproduit après lui. C'est salnNAnthot ; Tautcur dcs Choscs mémorables advenues en France , uece^mTutrat d^p^is le vèffnede HenH II jusgues à l'an 1596. Ce fut condamné q^Q \q^ historieus du temps ont dit du commis

à mort, et pendu. ^ '■

Gaurelot , que les lenteurs affectées du premier président Saint- Anthot préservèrent quelques jours, mais qui , enfin , fut sacrifié à la fureur du peuple; cet auteur ne s'est-il pas avisé de l'entendre de Saint-Anthot lui-même, et d'avancer hardiment que ce premier président avait été condamné à mort et pendu ? Cette fable est trop curieuse pour être omise dans notre histoire. Après donc avoir raconté la scène tumultueuse du 18 janvier, et le

' De Bèze , Histoire ecclrs,, tome H, pap:e 07 f.

CHARLES IX. 4gl

danger imminent que Saint-Anlhot avait couru ce jour-là, «pour ce coup, il eschappa (dît notre auteur) , mais ses principaux ennemys, irritez, luy firent une nouvelle partie, trois jours aprèz , et, sans estre accusé d'aucun crime , le condamnèrent à mort. Il fut mené au supplice , suivy d'une petite armée de séditieux en armes, une fois chantant un couplet A* Ave Marié Stella ^ et, à l'autre fois, un refrain de leur impudique chanson: Tant vous allez doux Guillemette ; avec ceste superstitieuse et épicurienne musique , ce grand personnage, ornement d'une telle court, deuxième Parlement ^ en la seconde ville de France ^ fut pendu et ESTRANGLÉ *. » Une phrase de De Bèze, légèrement ambiguë à la vérité, aura trompé cet auteur, qui, en remontant à la source, se fût épargné une méprise si étrange. Nous ne combattrons point par de longs discours une fable qui aussi bien se réfute assez elle-mOme. Tous nos mémoires établissent que Saint- Anthot mourut dans son lit, à deux ans de là seulement; et nous le verrons bientôt figurer à la tête de sa compagnie , lorsque Charles IX viendra au Parlement de Rouen se déclarer majeur.

A l'hôtel de ville , tout en gémissant de c la sé-

* Additions aux Mémoires de Michel de Casteinau, tome I, pa|[^cs 839, 849, édition de Bnixenes, in-folio.

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