II. ?tG
âê!! rARLEMENT DE NORMANDIK.
de Limoges ; Du Faur , abbé de La Chaise-Dieu ; De Lansac ; De Gonnor ; De Chaulne , chevalier de l'ordre du roi ; les maîtres des requêtes Le Comte de Draquevîlle , Renaud de Beaune , aujourd'hui abbé , et qui sera , un jour , archevêque de Bourges ; le président Du Faur; les conseillers au grand conseil 9 Louis du Faur, Jessé de Bauquemare, Saint-Jory, tous hommes émîrients dans l'État, mais qui ne sont que peuple par un tel jour. C'est sur les hauts sièges qu'il faut chercher les personnages qui sortent de pair, les cardinaux de Bourbon, de Guise, de Châtillon; le grand écuyer de France, Boisy; les maréchaux de Montmorency, de Brissac et de Bourdillon; le grand Montmorency le connétable; le duc de Longueville ; le prince de La Roche-sur- Yon ; le comte dauphin ; le duc de Montpensier ; le fameux prince de Condé , contraint de prendre part à un acte qui va l'abaisser ; un enfant de dix ans , Henri de Valois , aujourd'hui duc d'Orléans , et qui sera un jour Henri III; un autre enfant, Henri de Navarre, qui, un jour, sous le nom de Henri IV, honorera le trône et sera l'admiration du monde ; Catherifae de Médicis, la réiiie-mère, déjà si puissante, et dont la grandeur va s'accroître encore. Au dessus de tous, sous le dais semé de fleurs de lis, sur un trône resjJendifeant d'azur et d'or, est assis Charles IX , âgé de treîzfe ans et quelques jours, qui va se déclarier
majeur. Mais les yeux s'attachent de préférence sur un homme déjà avancé en âge et notablement chauve, « vestu d'une grand robbe de velours noir, assis en une chaire tapissée » , et qui*, placé plus bas que Charles IX et les pairs du royaume, n'en semble pas moins dominer cette scène imposante; c'est le chancelier de France, Michel de L'Hôpital, dont le grand acte royal qui va s'accomplir est l'ouvrage. « Avec sa grand'barbe blanche, son visage pasie , sa façon grave , il a du tout l'apparence de Caton le censeur » ; ou , comme se le disent entre eux tous ces seigneurs , tous ces courtisans qui se le montrent, « on diroit, à le veoyr, que c'est ung vray portraict de sainct Hiérôme. • Brantôme est là , plus frappé que les autres de cette ressemblance , dont il parlera quelque jour dans ses piquants DUcours * . Montaigne y est aussi sans doute, car il est du voyage; mais on ne le voit pas, non plus que Brantôme ; une tribune grillée a été pratiquée dans la grand'chambre pour les dames et damoiselles de la suite de la reine ; les deux illustres écrivains sont allés s'y placer avec elles , et , comme elles , ils voient tout sans être vus.
Pour cette foule immense qui, dès l'aurore, est venue assaillir le palais , les archers de la garde du roi l'empêchent d'approcher; les portes tle la
Brantôme, édition de Foucault, in-S**, tome II, p. 381
de Charles IX.
;»f/» PARLEMENT DE NORMANDIE.
grand^chambre ont été fermées après Tenti-ée du monarque et des princes; elles ne lui seront ou- Discoors vcrtcs quc plus tard. Cependant, H s'est fait un profond silence; le roi va parler: « Puiscjo'îl a pieu à Dieu ( dit-il ) , après tant de travaux et de maux que mon royaume a euz, me faire la grâce de l'avoir pacifié , et en chasser les Anglois , qnî détenoyent injustement le Hâvre-de-grâce , j'ay voulu venir en ceste ville , pour remercier iDon Dieu, qui n'a jamais délaissé ni moy ni mon royaume, et aussy pour vous faire entendre qu'ayant attaint l'aage de ma majorité, comme j'ay à présent, que je ne veux plus endurer que l'on use, en mon endroict, de la désobéissance que l'on m'a jnsques icy portée depuis que ces troubles sont encommencéz ; et que, ayant faict l'édict delà paix, jusques à ce que , par le concile général ou national , soit faicte une si bonne et saincte réformation , que je puisse veoir par là tous mes subjects réunis en la crainte de Dieu , ou qu'autrement par moy en soit ordonné ; que tous ceux qui le voudroyent rompre ou y contrevenir soyentchastiéz comme rebelles et désobéissans à mes commandemens. Et entens que par tout mon royaume il soit observé et gardé , pt qu'il n'y ait plus nul , de quelque qualité qu'il soit, qui ait armes, et que tous les posent, soyent villes ou de plat pays. Et aussi ne veux-je plus que nul de mes subjects
CHARLES IX. 46i
{ fussent oies frères) ayent nulle intelligence, ne cju'îlz envoyent sans mon congé en pays estranger, ni à nuls princes , soyent amis ou ennemis , sans mon sçeu ; ny qtie l'on puisse faire cueillette ny lever argent en mon royaume, sans mon exprès conimandement. Et afin que nul n'ait cause d'ignorance, j'entends en faire publier l'édict en ma présence , que je veux estre passi' par toutes mes autres courts de Parlement : afin que tous ceux et celles qui y contreviendront, soyent chasliéz comme rebelles et crirainelz de lèze-majesté. A quoy je veux que teniez tous, qui estes icy présents, la main, selon vos charges et offices que tenez, m'y faire obéir; et aussi vous qui tenez ma justice en ce lieu, la faciez telle à mes subjects, que ma conscience en soit deschargée devant Dieu, et qu'ifs puissent vivre tous soubs mon obéissance, en paix, repos, et seûrelé. Et, ce faisant, le recongnoistray , comme doibt un bon roy vers ses bons subjects et serviteurs. »
Ainsi , le roi de France va être solennellement déclaré majeur. Un édit de pacification, complément des édits précédents , signé la veille , à Rouen , à l'abbaye de Saint-Ouen , va, pour la première fois , être notifié à la France; puis, enfin, force sera aux catholiques de mettre bas des armes dont ils ont abusé trop long-temps. Car, à ces Français toujours pmus . toujours bouillants et passionnés , il faut bien
PARIJÎBIENT DE NORMANDIE.
Discours
da chancelier
L'Hôpital.
ôter tous les moyens de se nuire. Mais , de la l>ouclie de lenfant-roiy on n*a entendu qu'un programme. L'Hôpital se lève, on va l'entendre expliquer en détail son ouvrage ; L'Hôpital a vu le siège de Houeo , il y a dix mois ; il a vu la funeste journée du 26 octobre , et toutes ces horreurs que ses efforts surhumains n'ont pu ni prévenir , ni arrêter ; il s'en souvient, et il la compare, celte fatale journée, avec celle du 12 août , toute récente, où le roi est entré joyeusement dans Rouen, au milieu des princes et des pairs du royaume réconciliés. — € L'on a veu, puis un an ( dit-il ) , en deux jours , deux entrées du roy nostre souverain seigneur, en ceste ville de Rouen , fort différentes ; des quelles journées Tiuie pouvons appeler mfl/rfl$^r^j l'autre m^rf. Mairastre fut la première , pleine de douleurs et tristesses , et de tous les maux qui adviennent es villes prinses
de guerre L'autre journée, qui est comme
mère, est celle en la quelle le roy a faictson entrée en ceste ville, après la prinse du Hâvre-de^rèce , et retour de son heureux voyage, qui est plein de joye et consolation : vous venant visiter et se re&jouyr avec vous, comme ceux qui , sur tous autres, ont plus de cause de se resjouyr de ceste heureuse victoire ; d'autant que vostre ville , qui est la naétropolitaine et capitale du pays de Normandie , en recevra plus de fruict que toutes autres. Par ceste victoire , la coste de la mer de ce pays , qui estoit
CHARLES IX. â67
tant travaillée par les Angloys, est asseûrée : la rivière de Seyae , passant par les deax principales Tilles de son royaume, Paris et Rouen , apportant infinis biens et richesses. Vous devez donc espérer de ceste venue duroy toute richesse et abondance de biens. »'ll s'étendit sur le recouvrement du Havre, événement inespéré, «tantestoit forte la ville d'assiette et de murailles, pleine de munitions et de gens de guerre Teslite d'Angleterre , veu aussy la saison si advancée , en sorte qu'elle ne se pouvoit reprendre par forces humaines ! » Mais, aux armes des hommes, Dieu était venu
unir les siennes , « à sçavoir la peste et les n^a- ;
ladies • ; et , chose merveilleuse , le lendemain
de la prise, étaient arrivés, à toutes voiles, à
l'ennemi, d'importants renforts, qui ne purent que
s'enfuir avec lui. Il parla ensuite de Calais , irrévo->
cablement réuni à la France par les hostilités d'Elisabeth. Puis , venant au principal objet de cette
royale séance , parmi les lois fondamentales de la
France , il en signala deux qui dominaient les autres,
parce qu'en elles était le salut du royaume; celle,
d'abord, qui regarde l'hérédité au trône de France.
Au lieu que la thiare se donnait à l'élection , ainsi
que la couronne impériale , d'où , à Rome et dans
l'Allemagne , naissaient de grandes commotions à
la mort des papes et des empereurs , il montrait
dans les vieux Codes de France cette loi tutélaire
^0S PARLEMENT DE NORMAiNDiE.
qui veut qu'en France jamais le trône ne soit vacant , « ains y ayt continuation de roy à roy , et que sitost que le roy à Tœil clos , aussi tost nous ayons roy, rions ayons seigneur et maistre , sans attendre couronnement, onction ne sacre» ; d'où la porte était fermée à Tanarchie; «car, si vous n'avez un roy , les loix de soy mesmes ne sçauroyent commander.. Voilà, s'écriait-il , la prudence de nos majeurs (anciens). » L'autre loi,. aussi particulière à la France , était celle rendue en 1374, par Charles V , qui décerne au roi l'administration du royaume , aussitôt qu'il a commencé sa quatorzième année. Non que cette loi « fist préjudice à la loy de nature , les lois des hommes ne pouvant changer ne muer les lois de nature, ne faire sage, avant le temps, celuy qui ne le peut estre, pour n'avoir l'expérience des choses ; mais c'est qu'ainsi cessaient les Régences, toujours et partout si fécondes en troubles et en désastres, comme on le voit dans toutes les histoires. » Après avoir étabH qu'il suffisait , pour qu'un roi fût majeur , que sa quatorzième année fût commencée, il invitait les Français à se réjouir avec lui «de ce nouveau cooi^ mencement ou renouvellement de règne, plus joyeux et plus agréable que nul des autres. » Car le jour où, un roi de France venant de mourir, on proclamait aussitôt son successeur , était mêlé de tristesse. Le jour du sacre comportait plus de
religion et de cérémonie que de joie. Mais, au* jourdliui, ]e roi Charles IX étant reconnu majeur, « il n'y avoît rien de triste, ains tout estoit plein de joye. Nostre roy est donc majeur (s'écriait L'Hôpital ) , mais je ne craindray point à dire en la présence de sa Majesté (car il le nous a ainsy dict) , quil veult estre réputé majeur ^ en tout et partout y et à Vendroict de tous^ fors et excepté vers la royne sa mère y à la quelle il réserve la puissance de com^ mander. Dieu, par sa grâce ,^ luy doint (donne) de bien régner , sous le bon conseil de la royne' sa mère, et par celuy des princes et seigneurs. » Rappelant alors l'allocution qu'avait prononcée le monarque, en ouvrant la séance, il dit que Charles IX , par cette déclaration , comme naguère les préteurs par leurs édiLs , lorsqu'ils entraient en fonctions, avait voulu c bailler et prescripre, en peu de paroles, la loy et forme qu'il entendoit tenir durant son règne. » L'Hôpital en vint à parler de l'édit de pacification qui allait être lu et publié en ce jour. Cet édit , signé la veille , ordonnait à tous les Français de poser les armes , défendait de communiquer avec les étrangers sans la permission du roi. Par cette déclaration royale , on avait voulu mettre un terme aux maux que la France avait soufferts; ces maux, le chancelier les avait vus; et quel autre aurait mieux su les peindre ! « Lors, dît-il , ce pauvre peuple ne songeoit. sinon
)70 PARLEMENT DE NURHANDIE.
à se piller et tuer les uas les autres , à soustenî r sa part et faction , destruire la coatraire. — A eeste heure qu'il a senti les yerges de Dieu , il sera plus prompt à se réconcilier à luy et à son prochain , et mieux disposé qu'auparavant; à l'exemple de ceuK qui ont esté malades, et, après la purgation des mauvaises humeurs, deviennent plus soigneux de leur sauté et plus sains. Vostre ville a esté par cy devant, pleine ^e luxe, plabirs et voluptéz. comme advient à villes riches et marchandes. Peulestre que le malheur et pillage qu'avez souffert est advenu , pour vostie profit , et pour vous ester les erapeschemens qui vous retiroyent de la souvenance de Dieu, et vous empeschoyent le recognoistre. Il est à croire que c'est un chastiemeot paternel, et que ceste nécessité et pauvreté vous rendra capables de la cognoissance de Dieu; il nous a visitez ; retournons à luy ; il nous aid^a et donnera secours en nos adversitéz. La ville bien réglée et réformée est plus heureuse que celles qui ont abondance de tous bienset plaisirs. » — On voit que la situation déplorable de Rouen était bien 'connue de L'Hôpital ; et combien cet homme sage était
' loin des illusions de Brantôme !
* La fin du discours a plus de prix encore pour nous que ce qui précède, puisqu'elle régarde uniquement le Parlement dont nous écrivons l'histoire.
" Déjà, dès le début, le roi, par l'organe de sonohan-
celiei^avait «admonesté sesofficiers tant de sescoiii's souveraiDes que baillys , séneschaux et autres, d administrer sa justice 9 comme il appartenoit , en toute équité , sans affection et passion. » Mais était-ce eu dire assez pour une cour souveraine que plusieurs accusaient d'intolérance et d'un zèle trop exalté ? Théodore de Bèze assure que , derant le Parlement de Rouen , « en quelque cause que ce fust f en demandant ou en défendant , civilement on criminellement , quiconque estoit cognu pour estre de la religion , estoit condamné «ur-le-champ \ » Sans doute ^ ce sont de ces exagérations familières à De Bèze , et on nous permettra de ne l'en point croire sur cet article. Pour le zèle emporté de notre Parlement, il n'a que trop souvent paru dans ces derniers temps ; et L'Hôpital se souvenait des efforts qu'il lui avait fallu faire, après la prise de Rouen , pour modérer un peu des magistrats, avides alors de rigueurs et de supplices. Ces ardentes passions venaient-elles obséder encore et préoccuper le juge jusque dans celles de ses fonctions où il s'agissait , non plus de crimes à punir, mais de justice à rendre? Nous venons de voir Théodore de Bèze l'affirmer crûment ; ce que va dire L'Hôpital semblerait fortifier ce reproche si dur , et a droit à plus de créance. Dirigeant ses regards vers les sièges
• De Bèze, Hisfoire eccf^siastiqtie j tome If, p. 671.
i,Tï PARLEMENT DE NORMANDIE.
den bas y où étaient les présidents, conseillers, gens du roi du Parlement : « Je revien à vous ( ditil), qui tenez la justice du roy, dont (taoy indigne) suis le chef: il me desplaist beaucoup du désordre qui est en la justice. L'on dit bieu qu'il est besoin de réformer Téglise ; mais la justice a aussi grand besoin de réformation que l'église. Messieurs, je ne vous parleray des préceptes qui* enseignent la manière de bien juger; car vous en avez les livres pleins ; je vous admonesteray seulement comment vous vous devez composer et comporter en vos jugemens, sans blasnie , tenant la droicte voye , sans décliner à dextre ny à senestre. Vous jurez, à vos réceptions, garder les ordonnances/ et entrez en vos charges par serment, vous jurez et promettez les garder et faire garder : les gardez-vous bien ? La pluspart d'icelles est mal gardée, et en faictes comme de cire, et ainsy qu'il vousplaist. 11 y apis, car vous dites estre par-dessus les ordonnances , et n'estre obligez par icelles , si n'est en tant qu'il vousplaist. Messieurs, Messieurs, faictes que l'ordonnance soit par-dessus vous. Vous dictes estre souverains ; l'ordonnance est le commandement du ix)y , et vous n'estes pas par-dessus le roy. Il n'y a nuls, soient princes ou autres, qui ne soient tenus garderies ordonnances du roy. Doncques le serment que vous faictes d'icelles garder est vain. Lysias, ancien orateur, disait que tout
CHAftLES IX. j73
ainsi qu'en la lyre ou luth , les cordes respondent à la main , au semblable faut que la volonté des juges s'accorde avec l'intention du législateur. Le roy faîct une ordonnance : vous Tinterprélez , vous la corrompez, vous allez au contraire : ce n*est pas à vous. Les juges qui ne se veulent conformer au législateur , sont comme les vogueurs qui tirent au contraire du gouverneur, et partant font .péricliter le navire, ou comme le père de famille qui n'est obéy des siens en sa maison. Si vous trouvez , en pratiquant l'ordonnance , qu'elle soit dure , difficile, mal propre et incommode pour le pays où vous estes juges, vous la devez pourtant garder jusques à ce que le prince la corrige , n'ayans pouvoir de la muer, changer ou corrompre, mais seulement user de remonstrance.
« Au demeurant , Messieurs , prenez garde , quand vous viendrez au jugement , de n'y apporter point d'inimitié ny de faveur , ny de préjudice (préjugé). Je voy beaucoup de juges qui s'ingèrent et veulent estre du jugement des causes de ceux à qui ils sont amis ou ennemis. Je voy» chacun jour, des hommes passionnez, ennemis ou amis des personnes, des sectes et factions, et ils jugent pour ou contre, sans considérer l'équité de la cause. Vous estes juges du pré ou du champ ^ non de la vie, non des mœurs j non de la religion. Vous pensez bien faire d'adjuger la cause à celm que vous estimez
pluM homme de bieftj ou meilleur chrestien ^ comw. 9* il estait question; entre les parties j, le quel d'entr eux est meilleur poète ^ orateur y peintre y artisan, f> enfin de f art , doctrine j force, vaillance^ ou autn quelconque suffisance, non de la chose qui £^^ AMENÉE EN JUGEMENT. Si ne VOUS seotez assez forb et justes pour commander vos passions et aymer vos ennemis 9 selon que Dieu commande , abstenezvous deToffice déjuge. Ilyenadegrandesplainctes, et est le roy en voye de vous oster la cognoissance de beaucoup de causes , à son regret. 11 est aucuns juges qui craignent la réputation et opinion du peuple, disans : Si je juge autrement qu'au désir du peuple, que dira le peuple? Regardez la vérité, et ce qull appartient, et ce que Dieu veult et le roy, et ne craignez point le peuple. Faictes comme celuy de qui dit le poète :
«c Non ponebat enim minores anlè salulein. »
Venant ensuite aux dons et présents, c Messieurs (continua L'Hôpital) , vous sçavez que la justice, si faire se pou voit , devroit estre gratuite. C'est une vierge pure et chaste , non pas seulement de corps, mais de mains et de toutes autres parties. Anciennement , en France , les juges ne prenoyent rien des parties pour faire justice , si n'est ce qu'on appelloit espiceSy qui sont, depuis, converties, par une villaine métamorphose , en or et argent , et .
par connivence ou dissimalatioti, permises, modérément toutesfois. A présent 9 enbeaucoup de lieux, elles sont doublées et triplées, et tellement que le Jvge ne faict plus rien sans argent. Vous ne pouvez retenir le nom de sénateurs , de preudliommes et bons juges , avecques la convoitise de vil gain. Certes celuy qui tasche à s'enrichir par tels moyens , de riche en biens , deviendra pauvre dTionneur. La marchandise est chère, que Ion achepte avec perte de los (réputation) et gloire. J'aymerois mieux la pauvreté du président La Yaquerie , que la richesse du chancelier à qui son maistre fut contraint dire : C'est trop y RolUn.
« Les bonnes gens se plaignent aussi de la longueur et de la multiplication des procèz. Ce n'est pas la louange d'un juge que de vuider beaucoup de procèz. Le vray los du juge est de diminuer et estai adre , et garder qu'il n'y ait nul procèz , si faire se peut : tout ainsi que les loix sont meilleures, qui empeschent que les crimes n'adviennent , que celles qui les punissent. J'aymerois mieux le médecin qui empescheroit que la maladie ne vînt, que celuy qui la guériroit. Ainsi est-il des juges qui cherchent la louange de vuider beaucoup de procès, mais en manière que, de leurs juge-* mens sourdent plus grands nombres de débats , que devant ; tellement que , comme l'on dit : litem ex lite serunt. Vous donnez des arrests qui
;,70 VARI.KMKM DE NORMIIVOU::.
eugendreut des procès pliis grands q'u'ils n'estoyeut auparavant 9 tant s'en faut qu'ils y xneiteiit fin. Regardez au temps passé, qu'il egtoii autant de^em comme de présent, icy navoit qu'wi EscAiguier qui n'estait séant que trois sêpmaines ou un wnois^ etdtpeschoit, en si peu de temps, tous les procè^z * . A présent, vous estes, tout l'an, trois chambres ordinairei tousjours assis, et néantmoins les procès ne diminuent point; cest^^ire que chacun veut vivre de son mestier, et iceluy faire durer et valoir
« Vous vous plaignez des révélatîans des secreU de la court , faictes au roy ; que tels personnages sont meschants et parjures. Je ne pense point les révélateurs des opinions, gens de bien, s'ils les révèlent par ambition et pour gaigner la gi*âce des rois et seigneurs ; mais qui feroit les choses bonnes et de bonne sorte , ne craindroit point qu elles feussent veues et congnues', voire comme faictes en ung théâtre, et feroit peu de compte des révélateurs. L'œil de justice voit^ tout; le roy voit tout ; et le temps descouvre tout. Ne faictes rien que ce que voudrez estre sçeu... Les révélateurs des jugements de la court sont punissables ; mais
' L' Hôpital était mal informé ; il s*eu fallait bien que les l^^hiquiers temporaires pussent juger toutes lés affaires de leur compétence. ( Voir ce que nous aVons dit sur cela , dans notre Essai hlf torique sur l'Échiquier de Normfm4ie , p. 307. )
ceux qui, par bon zèle et affectfoo, révèleot les coDtraTentioDs qui se fout aux ordoonances du roy, ne sont telz, et ne sont à blasmer. Vous estes tenus, mesmes (surtout) vous présidents ^remonstrer les choses qui se font contr * les ordonnances, et en advertir le roy. Au temps passé, il y avoit des commissaires du roy, et mesmes les conseillers du grand conseil, qui alloyent et enlroyent es Parlemens, pour entendre comme tout y alloit , et le rapporter au dict seigneur.
« L'ordonnance vous enjoinct tenir les mercuriales, et icelles rapporter au roy, afiu que le dict seigneur soit informé de ce qui se faict en ses cours de Parlement, contre ses ordonnances, et les &ultes qui se commettent. C'est bien au roy à le savoir, puisqu'il faut qu'il en réponde devant Dieu. Et ne luy servira de dire que ce n'est pas luy qui a faict la faulte, mais ceulx qu'il auroît commis; car il a deu s'enquérir des faultes de ses juges et officiers. Ne trouvez point estrange ce que je vous en dy : car souvent sont apportez au roy de vos jugements qui semblent^ de prime face^ fort esloignéz de toute droicture et équité ^ ausquels, toutes fois, le roy ne veut toucher, ne respondre les requestes des parties^ que il ue vous ait mandé auparavant luy envoyer les raisons sur lesquelles le jugement est fondé. Vous ne deve? pas trouver cela estrange. Car les plus grands, soyent con-