MM. M
Laurent Bigot y premier advocat du roy.
Ysambart Busquet, advocat en la court , substitut du procureur-général du roy.
Greffiers ,
Jehan Surreau , ciiril.
Robert De BoiS'Lévesque, criminel.
Deux huissiers-audienciers.
— ( Beg, secr. des grands jours de Bayeux. ) —
lîères criminel] es, de quelque grandeur et qualité qu'elles feûssent ; pour pugnir et faire pugnir les délinquans de telle peine que ce feust exemple à tous autres ; rhesmetnent pour extirper ceste tnalheureuse secte luthériane ; congnoistre de tous ab-^ buz, faultes, malversations ou négligences dont les officiers du roy es dietz pays se trouveroient chaînez au fidct de leurs éstatz et offices; les chastier, pugnir et corriger, selon l'exigence des cas; corriger toutes corruptèles, usaiges, stilles et procédures abusives , mauvaises praticques et formulaires des. praticiens et autres choses que , es sièges et auditoires des dictz bailliages, ilz trouveroient estre déraisonnables ou contre le bien et expédition de justice , et le tout reflbrmer et mettre en bon ordre et forme de justice et praticques. v Ils devaient « pourveoir aux églises, monastères^ hospitaux, pour le faict^du service divin , entretènement des saincts décretz ; discipline régulière , sur les mines, décadences et désolation des églises et des maisons y appartenant*. »
Pour ces délégués des grands jours ^ pour d'autres membres du Parlement interdit, restés à Rouen avec la mission expresse d'expédier les nombreux procès soumis à la Tournelle , c'étaient là comme
' Lettres patentes de commission pour U tenne des grands jours t 13 juillet et 12 septembre 1540.
des épreuves qu'il leur Irilait subir ayant de recon- ▼rer, avec les bonnes grâces du roi, leur autorité première 9 et ce grand nom de Parlement ijo'on leur arait ôté pour un temps. On le voit par une lettre que Poyet écrivit d'Ëvreux au premier président De Marcillac. « Je suis asseûré (lui disait-il) que vous ferez^ vostre debvoir en la charge qui vous a esté commise ; et s'il y en avoît qui ne le feissent, vous feriez aussy grand mal de n'en donner advertissement comme si vous^mesme l'aviez faict... Car . le rej veuU et entend que vasire campaignye soit si bien, dressée qu'Un y ait occasion d'en faire piaincte fofjor r advenir ^ . » C'était montrer dans un temps peu éloigné le rétablissement du Parlement coHome la récompense dn zèle des magistrats demeurés à Rouen ou envoyés à Baveux chargés desi ordres du roi.
LeS' magistrats demeurés à Rovien pour juger
les procès criminels, expédièrent un- nombre iar-
cipoyable d'affaires ; et jamais miseiom ne fut mie%tx.
remplie que celle des commissaires des grands
jews^ Ces derniers s'étaient hâtés de (]^itterRouen
Ce que firent, au premier ordre dui Foi. Le 2â septembre , après
les commissaire» avoiT assisté, enTobesrouges, aune nwcsse solennelle
grands^jours. ^ Saint-Espril! , chantée dans la ealhédraèe de
* Lettre du 18 septembre 1540.
FRANÇi»IS I. 27
Bayeux, recanduHs processionnellement aux portes de révise par tout le clergé de la cathédrale , en costume , comme ils avaient été reçus au portail à leur entrée, les commissaires se rendirent k iis siégeaient à rérêché , qui leur arait été assigné pour lieu de leurs séances. On avait hésité un instant à y juger des criminels, dans la crainte que le palais des éyèques ne fut regardé comme lieu de franchise et d'immunité * ; scrupule étrange et que n'avaient pas eu, à Rouen, les maîtres de l'Echiquier temporaire , lorsqu'en 1&23 , le château de Rouen étant comme en ruine, non seulement ils tinrent teurs séances au palais des archevêques, mais ne voulurent même pas souffrir que des chanoines de Rouen , venant y faire insinuer à leur audience le privilège de la Fierté ^ fissent porter devant eux la verge'kauie^. Aussi, aux grands jours ^ eut-on hîei*tot reconnu qu'il ne pouvait y avoir d'immunité pour (es prisonniers , «r qui estoient aux mains des sergentz ou en jugement en la court. » Après, donc, que, dans une audience solennelle,, l'avocat du roi Laurent Bigot, l'avocat Isamhart Busquet de CaumonI, son substitut pour les grands jours, à leur suite tous les avocats plaidants et postulants , et , «eifin , tous les procureurs , eurent renouvelé leurs
' Beg, secr. des grands jours de 1540.
» Reg. de VEchiqmeret du Chapitre de Rouen , ann. 1423.
serments, et entendu lire les ordonnances qui leur retraçaient les deroirs de leurs offices , la cour des grande jour$, alors constituée , se mit à l'œuvre ; et quelque idée qu elle eût pu concevoir des dé* sordres de ce malheureux pays , il lui Êdlut bientôt reconnaître que le mal dépassait de beaucoup les ré* cits qu'on lui en avait faits. Alors , lui apparurent les deux principales sources du mal, telles qu'Etienne Pasquier les indique... : c l'insolence désordonnée
CODDÎTCIICS des - • • 1
juges inférienn. dcs gentilshommes, et la connivence des juges des
lieux * . » Ainsi , encore que les grands jours eussent été annoncés et publiés dans le Cotentin et dans le Bessin, trois ou quatre mois à l'avance, toutefois, les officiers de justice de Garentan, de Saint-Lô, de Mortain, et, en un mot, des bailliages de Caen et de Coutances , mandés devant la cour des grands jours y ne purent jamais justifier qu'ils eussent procédé sérieusement contre les grands coupables, fléaux du pays, ni seulement dressé des procèsverbaux exacts et sincères des crimes sans nombre qui avaient épouvanté ces contrées. Dans Bayeux , dans Caen, partout, à la lumière du jour, lesBretteville , les Perrière , les Blavette , et cent autres maraudeurs de bonne maison, « vivant sur le povre peuple , dix fois décrétez de prise de corps
* Estienne Pasquier , livre vu , lettre 6.
parle Parlement et par les sièges inférieurs, étaient rencontrés marchant sur le pavé du ray, la tète haute; le regard assuréy.bravant, insultant les officiers de justice ! Que dis-je? « Ces officiers euxmesmes soutenoient et recelloient en leurs maisons les malfaicteurs , les souffi'oient converser avec eulx et fréqueùter en publicq, sans en faire ou pourchasser Tappréhension * . » Chez Jacques d'Aubenrille, grand bailli de Caen, k la table de ses lieutenants et des autres juges du siège , mangeaient , chaque jour, publiquement, « ces meschantz jhIlardz et violeurs » ; ces bandits se logeaient tout près du château, et à la porte de la maison du bailli ^. Quelques-uns d'eux avaient-ils été écroués par les archers? le bailli d'Auberville le^ faisait mettre en liberté , et défendait aux sergents de les arrêter désormais. Mandés aux grands jours ^ sévèrement interpellés sur ces scandaleuses connivences, baillis, lieutenants, procureurs du roi, greffiers, enquêteurs, ne savaient que s'accuser les uns les autres; et tout ce qui put résulter de leurs dires contradictoires , c'est que tous ils avaient de fréquentes et intimes relations avec les coupables'. Au lieu, toutefois, des amendes de 500 liv. que requérait
' Reg. secr. des grands jours de Bayeux , 27 octobre 1 540.
* Même Reg. , 30 octobre 1540.
^ Reg. secr. des grands jours , du 3 noTembre 1540.
contre eux le substitut Buscpiet de Canmont, la cour des grande jours se bornait à leur adresser de dures réprimandes ^ et leur intimait des injonctions précises et détaillées auxquelles il fallut bien obéir. Hâtons-nous d'atténuer un peu leurs torts , en en imputant la plus grande part à la terreur qu'avaient su inspirer tous ces bandits de bonne maison. Que pouvaient , en effet , de faibles juges contre tous ces gentilshommes armés jusqu'aux dents? que pouvaient-ils contre les aventuriers que ces gentilshommes traînaient partout à leur suite? N'avait-on pas vu des baillis insultés, frappés, tués quelquefois, lorsqu'ils s'acheminaient à la poursuite des malfaiteurs , et jusque dans le prétoire même , dans la chaire où ils rendaient la justice au nom du roi? A Pont-Lévêque , et dans bien d'autres lieux, il s'était joué de ces tragédies. A Y Hôtelier ie^ près de Lisieux, comme Baignart de Juéz, à la tête d'une bande à* aventuriers j avait chargé, la dague au poing, deux ou trois cents paysans armés, le lieutenant du vicomte ayant fait arrêter les chevaux de Baignart et donné l'ordre d'arrêter Baignart luimême, n'avaît-on pas vu ce furieux « entrer, ung pougnart à la main , dedans le prétoire auquel le dict lieutenant estoît en siège , tenant sa jurisàictionj prendre ce magistrat par le collet, violentement le tyrer hors de sa chayre; le mener par force au logis oii ses chevaulx estoient arrestéz ,
et, là, le forcer, oultre son gré, de les luy faire délivrer * ? » Une autre fois, Tavocat du roi au bailliage de Caen, Denis Regnaud , fut tué à coups de dague, en plein jour, dans la rue, parle capitaine De Bretteville , qui , dans la suite , eut sa grâce , et en avait été quitte pour s'aller cacher quelque temps en Angleterre ^.|
Il fallait , au reste , que la cour des grands jours eût elle-même reconnu tout d'abord le danger de sévir immédiatement contre les auteurs de tous ces excès, puisque, peu de jours après son arrivée à Bayeux, on voit une correspondance s'engager entre elle et l'archevêque Georges d'Amboise, deuxième du nom , lieutenant du dauphin au gouvernement de la province , pour obtenir main forte j ne pouvant, sans ce secours, ni juger librement tous ces redoutables malfaiteurs , ni surtout faire exécuter ses arrêts. Demande trop juste 9 sans doute, pour qu'on n'y fît pas droit aussitôt. « Ayant reçeu vostre lettre (leur répondait le prélat, de son château du Bardeau de Vigny j où il était alors) , j'ay incontinent eseript et envoyé devers le prévost Cerny, à ce que, toutes choses cessantes ^ luy et sa
Les commissaires
des
grands jours
de Bayeux
demandent
main forte à
Georges d'Â.mboise, 2' dn nom, archeréqne de Rouen, lieatenant da roi an gouvernement de la province.
■ Histoire da Privilège de Saint-Romain , tome 1^% pages 228 et suivantes.
' Recherches et Antiquités de la ville de Caen, par De Bras de BourgneviJIe, 2* partie, p. 138.
compaignye ayent à se retirer^ en toute diligence^ là où vous estes de présent ^ pour faire et exécuter ce qui luy sera ordonné pour le bien de justice; et s'il est besoingde plus amples lettres soit de baon et arrière" baon ou autres nécessaires pour reffect du contenu en rostre dicte lettre ^ en ni en advertissant^ je vous lesenvoyeray^ etnyaurafaulte\i^ Bientôt, vinrent des lettres patentes enjoignant aux prévôts des maréchaux de faire toutes les arrestations qu'aurait ordonnées la court des grands jours , et ce en tous lieux du royaulmCy « etiam in loco sacro * ^ et sans « pareatis9 *.
Ainsi , soutenue désormais par une force respectable , la cour des grands jours pouvait procéder, maintenant, en toute assurance , avec promptitude et vigueur, contre des scélérats trop long-temps impunis. De sévères procédures commencèrent contre ceux qu'on avait pu saisir, et leur supplice ne tarda guère. Mais beaucoup s'étaient enfuis. A ce seul mot de grands jours , ils avaient , en hâte , gagné le pays, et l'exécution en effigie était, jpour l'heure, l'unique vengeance que l'on pût tirer de la plupart. A la vérité , ces exécutions par figure avaient , alors , quelque chose de bien autrement frappant que de nos jours. Un mannequin de gran-
' Reg. secr. des grands jours , 13 octobre 154o.
* Reg. secr. des grands jours de Bayeux , 3 novembre 1540.
deur d'homme, représentant, Irait pour traît, le coupable, et revêtu d'habits pareils aux siens, paraissait sur Téchafaud, y était pendu, décapité, rompu, attaché sur la roue, y subissait , enfin , aux yeux de la multitude , le supplice que le coupable avait mérité de subir en personne. Beaucoup de ces fléaux de la Normandie , dont nous avons dit les noms , eurent à essuyer cette ignominie ; le jeune baron d'Aunay, entre autres, que nous devons mentionner à part. Au mois de mai précédent, lui et ses trois frères, tous âgés de vingt à vingt-cinq ans au plus , étant prisonniers à la conciergerie du palais à Rouen , prêts à monter à la Toumelle , pour des crimes énormes et sans nombre , avaient obtenu la Fierté^ grâce aux lettres pressantes écrites au chapitre par le duc d'Etouteville , par la comtesse de Créances , le roi de Navarre , le dauphin de France Henri , et le duc d'Orléans son frère. Le Parlement ne s était décidé qu'avec peine à relâcher ces grands coupables, si jeunes qu'ils frissent, tant on les savait pervers, gangrenés et sans ombre au^ cune d'amendement. Mais l'élection du chapitre et de si hautes protections ne permettant point d'hésiter, « ayez soing de bien vivre (leur avait dit sévèrement le premier président De Marcillac , avant de les laisser emmener par le chapelain de la confrérie de Saint-Romain) , et ne faictes ouàràiges à personne j spécialement à ceulx qui vous ont appré--