GESTE COURT, ET FEROYS MECTRE PRISONNYERS CEULX
QUI LES vouLDRoiENT GARDER — Car il n'y a homme ^ en France y voulant me détenir ce que le roy m* a donnée duquel je le peûsse endurer. »
138 PARLEMENT DE NOEMANDIE.
Opposant le calme à la violence y les deux dëpu^ tés le priaient de laisser ses lettres patentes au Parlement, où elles seraient enregistrées, suivant la réponse qu'aurait faite le roi aux remontrances de cette cour. Mais l'amiral , de plus en plus en colère , « Non 9 je ne me soulcye pa$ de la publication (dit-il ) , rendez^ioy mes lettres patentes ; je en useray ainsy que je l'entendray, suivant le vouloir du roy. » Ils lui avaient donc remis ses lettres patentes , croyant qu'il allait s'apaiser. Mais la dispute reprit, alors, de plus belle , sur les clauses qu'ils avaient critiquées, sur celles, par exemple, qui attribuaient aux gouverneurs la connaissance de certaines causes civiles entre parties privées. C'était, à la vérité, une étrange dérogation aux ordonnances de 1507, enregistrées naguère avec tant de solennité par le Parlement naissant ; et les deux députés «'en étaient nettement expliques avec l'amiral. « Nous avons tous juré { disaient-ils ) de garder ces ordonnances; aujourdliiiy quon veut les violer si ouvertement , pou-' vom^nous y donner les mains, sans avoir ^ du moins ^ pris les ordres du roy ? » M.d\s ^ d'aller au roi , que circonvenaient continuellement ses ennemis, c'est de quoi l'amiral ne voulait pas entendre parler. «Je m'estonne ( reprit-il), comme la court faict difficulté de mon pouvoir pour le faict de la police ; elle ne me sçauroit rien apprendre de ce qui concerne et regarde mon gouvernement. Il y a long-
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temps que je suis en cet estât, etsçay bien quelle conduite appartient aux gouverneurs es affaires d'e»tat et de gouvernement , et aussy quelle auitre ap* partien t aux cours es affaires de justice. Je congnois» de longue main, mon estât, dont je sçauray bien user suivant le vouloir du roy, sans que la court ayt à s'en entremettre. Le roy n'entend ny veult que la court ayt à limiter ny modiffîer mon pou«^ voir, se conGant bien à moy, que je n'en useray anl* trement que je doibs. Le roy est adverty des^dîffir cultéz que faict le Parlement; que l'advocat Bigot aille faire ses remonstrancesy il trouvera à qui parler. Mais vous vous estes tous adviséz bien tard ; dans mon ancienne commission de lieutenant au goa* vernement dé la province , en l'absence du dauphin et de l'amiral Chabot, n'avois-je pas autant et plus de pouvoir et de prérogatives que ne m'en donne la déclaration générale dont vous vous plaignez ; autant de pouvoir, en un mot, que le dauphin luimême, sauf les rémissions et les grâces; et, quoy qu'il vous en aitpucouster, ne vous a*t-il pas fallu, en 1531 , enregistrer les lettres patentes du dauphin , de l'amiral De Brton, de moy, enOn, nommé lieutenant du roy, en leur absence? Depuis i'ordôn^ aance de 1507 dont, vous parlez , vingt autres ordonnances toutes conti*aires ont esté rendues pour l'augmentation de l'auctorité des gouverneuff; celle de 1531, par exemple, et de plus récentes
encore , que l'on fera veoir à radvocat Bigot , larê-
qu'il ira en court. Le roy, non sans cause a$seuré-
ment 9 nous a attribué congnoissance et jurisdiction
Propos des choses concernant nos estats. Les Parlements
d*Ann«bant sont ttssez cmpeschéz à vftyder les procedz et faire
le PariMDcnt justicedes choses privées ; ilz vouldroient bien , sans
de Nonnandie. f^Q^f^ic ^ avoir congnoissancc de toutes les affaires du
royaulme ; mais le roy ne le permettra pas en plus avant du pouvoir qu'il leur a donné ; que le Parlement de Rouen fasse son dcbvoir^je l'y exhorte et l'y convye; qu il fasse faire aux juges inférieurs leur debvoirj qu'ils ne font pas, je le sçay bien; car il se faict mille excedz^ meschancetéz et volleries^ ckascUnjour, dont j'ai reçeu les plainctes^ etdesquelles
on n'a faict aulcune justice, Aultant de gens malheureiLX et meschantz que j' ai baillez aux juges ordinaireSy depuis deux ans, pour en faire la justice y les juges les ont laissé aller sans en faire aulcune pugnicion ni exemple. Aulcuns de ces maulvais juges ont esté, pour cela , mys par moy es mains de la court de Parlement ; elle n'en a faict justice ; or, je la veulx bien advertir que si elle ne faict mieux son debvoir à r advenir, j'auray bien le pouvoir de luy monstrer quelle ne faict pas bien; et quand elle ne me voul-
DRA OBÉYR, ELLEET BiGOT l'aDVOCAT DU ROY, de leS
faire obéyr et rendre Injustice, pour le bien public; car le roy l'entend ainsy; il m'a baillé la force à ceste fin. Quand je seray en quelque ville ou place de
Normandie pour t' estât public et par le commande^ ment du roy, je ne souffriray pas quaultre que moy ait congnoissance de la police j sauf les menues polices dont je ne memesleray pasj encores bien que^ moy estant làj elles m'appartinssent^ et non à d'aultres,» I/amiral, se répandant alors en propos contre le Parlement , avait dit «qu'il y avoit à la conciergerye jusqu'à mille prisonnyers dont on ne faisoit pas la justice.» — it On vous a faict tort ainsy qu'à la court ( répondit le conseiller De Couronne ) , ce sont fausses suppositions et menteries^ rostre honneur gardé; il n'y a pas vingt prisonnyers en la conciergerie 5 la court procédant chaque jour et sans cesse contre lescriminelz, toutes choses cessantes; mais, ne jugeant qu'en appel et en souveraineté, que peut-elle faire lorsqu'on ne luy envoyé paslescoulpahles? Pugnir les juges inférieurs, et elle n'y manque pas, lorsque leur malversation ou seulement leur négligence luy est clairement démonstrée. »
En prenant congé de l'amiral , les conseillers De liOngpaon et De Couronne le suppliaient « de ne se mescontenter ny courroucercontre le Parlement, dont il estoit estimé en tout honneur, doulceur et^bonté, autant que seigneur du royaulme... Le Parlement (lui disaient-ils) sera fort estonné quand il entendra que, sur ses remonstrances, vous vous estes mal contenté contre luy. » — * Je ne m'en
soiilcye pas ( reprit l'amiral ) , pour ce que je sçay très bien le voulloir du roy ^ et quel pouvoir il m'a donné ; la court ne doibt toucher à mon estât. Dictes à l'advocat du roy Bigot et au procureur général qu ' Hz ayent à faire leur debvoir ^ et que quand je leurvouldray faire faire quelque cliose concernant mon gou-vernement^ ilfauldra qu ilzm' obéissent ; j' ay le pouvoir du roy de leur commander^ et faire faire toutes choses qu'il me plaira quand il sera question de mon estât et gouvernement ; je le sçauray bien faire; n'en doubtez en aulcune sorte , ny aulcun de la compaignye*,T» Dire, ea&o, comme le fit D'Annebaut , aux deux députés, de raconter de point en point à leur compagnie ce qui venait de se passer entre eux et lui 5 c'était , sans doute , leur faire une recommandation superflue. La scène de Boos, redite au Parlement , ne lui plut guère. Suivant l'exemple que leur avait donné naguère François 1", les grands seigneurs , surtout les hommes de guerre , se donnaient souvent ainsi les airs de traiter cavalière* ment les hommes de robe , qui ne s'y pouvaient accoutumer. « Je ne sais (devait dire, un jour, La Bruyère) , d'où la robe et Tépée ont puisé de quoi se mépriser réciproquement... La noblesse expose Sa vie pour le salut de l'État, pour la gloire du souverain ; le magistrat décharge le prince d'une
' Beg. secr.f 9 ayril 1548 et jours suiTants.