‹ Histoire du Parlement de Normandie (volume 2)Chapitre 8 sur 30 · partie du soin de juger les peuples Voilà « de · texte numérisé non relu

partie du soin de juger les peuples Voilà « de

part et d autre , des fonctions bien sublimes , et d'une merveilleuse utilité... Les hommes ne sont guère capables de plus grandes choses * . » Il s'étonnait donc de ce mépris réciproque,...- et nous nous en étonnons avec lui. Les deux députés n'eurent pas plutôt achevé leur récit devant le» chambres assemblées, qu'on s'écria, de toutes parts, qu'il fallait, en hâte, adresser au roi les remon-* trances déjà convenues contre la déclaration du 10 novembre. Bigot n'eut pas de relâche qu'il ne fût parti de Rouen pour aller les lui porter. On ne lui avait accordé que le temps indispensable pour recueillir des lettres de recommandation très pressantes, adressées à ceux qui se trouvaient avoir, alors, le plus d'influence dans le royaume. C'étaient le connétable Anne de Montmorency, qui avait eu souvent affaire au Parlement , au sujet des grands domaines qu'il possédait à Préaux, tout près de Rouen; Diane de Poitiers, devenue comme la patronne d'une ville où elle était souvent venue avec le comte de Maulévrier son mari , et près de laquelle elle possédait aussi des domaines; D'Albon de Saint'André , maréchal de France , à la place de D'Annebaut , qu'on avait dépouillé pour lui de cette

* La Bruyère , Caractères ou Mœurs de ce siècle, chapitre : Des firands*

dignité, plus éminente encore, alors, qu'aujourd'hui. C'étaient, enfin, le duc et le cardinal de Guise, dont l'étoile brillait, déjà, d'un vif éclat. Tous ces personnages , ennemis de l'amiral , qu'ils avaient supplanté, ne manquèrent pas d'accueillir avec faveur le député d'un Parlement en conflit avec le favori disgracié. Anne de Montmorency lui-mêm« reçut l'avocat du roi à bras ouverts; non que ce brusque et quinteux guerrier goûtât , au fond, beaucoup les Parlements, et se piquât toujours de bien traiter leurs envoyés. On voit, dans l'histoire, quelles scènes il leur faisait parfois. Brantôme s'est complu à nous le montrer tête à tête avec ces cours souveraines ; les rudoyant dans les termes les plus grossiers; traitant, par exemple , les présidents de sots^ d'asnes et de veaulx... « Et asseurez-vous , dit-il, qu'il leur faisoit boire de belles hontes , leur disant qu'ilz vouloient faire les suffisants, etn'estoient que des fatz; asseurez-vous qu'ilz trembloient devant luy, et demeuroient quelquefoys si estonnéz qu'ilz ne sçavoient que dire, et les renvoyoit ainsy qualifiez comme j'ay dict \ » Brantôme, toujours pr^t à élever aux nues le puissant opprimant !e faible , et la force matérielle imposant silence au bon droit et au bon sens, raconte avec délices ces scènes de rabrouement ^

' Braïuôme, discours L&ii : Anne de Montmorency, connestable.

HKNBI II. 143

comii;e il les appelle. C'était Tesprit du temps; et on ne le verra que trop souvent encore se reproduire dans la suite de cette histoire. Laurent Bigot, quoi qu'il en soit , avait été reçu à bras ouverts par le rude connétable. Mais, aussi, oùD'Aunebaut,un homme mal en cour , allait-il s aviser de contester avec qui que ce fût au monde, pour peu qu'il tînt à avoir le dessus ? Il y allait pourtant des droits et prérogatives des gouverneurs de province; et Montmorency, gouverneur du Languedoc , aurait pu sans doute y regarder à deux fois avant de toucher à un point qui lui importait tant à lui-même. Mais D'Annebaut avait intérêt à Taffaire ; c'était tout dire; le brusque Montmorency, faisant force caresses à Laurent Bigot , lui dit de s'asseoir , et l'écouta tant qu'il voulut parler. Laurent Bigot , rempli de l'affaire , fit merveilles comme toujours, et fut si clair, qu'il ne restait plus que de prononcer, ce que Montmorency voulait aussi qu'on fît sur l'heure. De grands personnages étaient là tout près dans une galerie ; M. d'Humières ; le premier président de Toulouse ( Jean de Manssencal ) ; le sieur de la Chesnaie ; le secrétaire d'État Laubespine ; le président Bertraaidi, çgLii devait , plus tard , devenir garde des sceaux et cardinal ; le conseiller d'État Guillard du Mortier ; l'évêque de Soissons ; presque tout le Conseil , en un mot. L'affaire leur étant exposée par Laurent B igot et par Montmorency ,

Page 1