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leurs Ijeutenans,' les procureurs du roi. Un peu plus loin , et au-dessous des barons et des prélats , allaient s'asseoîr les verdiers, d'autres officiers de justice tenus , comme eux , à comparence ; des nobles qui n'avaient pu trouver place parmi les barons et les chevaliers. Dans le parquet, au centre, le greffier civil , le greffier crin^inel, ou leurs clercs. « Que nulz clercs ne autres personnes quefzconques, de quelque autorité qu'ilz usent ( avait dit un jour l'Echiquier) , ne soient si hardiz de entrer ni seoir au parquet de l'Eschiquier, fors les clercz ordonnez pour faire le fait du greffe de l'Eschiquier, afin que, par l'empeschement des entrans audit parquet, lesdits clers ne soient empeschiez au fait du registre de l'Eschiquier; et ce, sur peine d'amende, à moins que les clercîs du greffe ne le leur aient ^permis * . » Dans le parquet encore, et tout à l'entour, étaient assis, au premier banc, les avocats du roi ; au second , les advocats notables; derrière, sur les autres bancs, le reste des avocats , « chacun en son endroict , sans murmure , débat ou empeschement , d'ordre en ordre , sans eux ingérer , ne débouter. » Et « nul ne debvoit présumer de soy seoir en iceulx bancs, se il n'estoit advocat juré en Eschiquier. » Nul, non
^ Reg. Echiq., 1390.
plus, ne se devait tenir assis ou debout entre ces bancs, qui pût empêcher les avocats « d'entendre les plaidoiries et lecture dès jugements. » Venaient, enfin, encore autour du parquet, mais au fond et derrière, tous les autres, des bancs où ne devaient s'asseoir que « les al tournez jurez en Eschiquier , et ayans charge de causes en icelui» • — ^ A c^s avocats, à ces attournéZy il avait été bien recommandé , par vingt arrêts, t de se garder de murmurer ensemble, par quoy délay ou empeschement pust venir en l'ordinaire des jugements dudit Eschiquier, par leur murmure \ »
Mais les rangs, ainsi clairement marqués entre Débats pooru les classes, ne l'ayant pu si bien être entre leurs membres divers, des débats pour la préséance» n'étaient pas rares sur les hauts bancs des prélats non plus que sur ceux des barons. Aujourd'hui , c'é* tait entre Robert de Dreux, baron d'Esneval , et le baron de Clères; le lendemain, entre l'abbé de
Saint<-Ouën et celui de Fécamp \ l'abbé de Cérisy et ceux de Sainte-Catherine de Rouen et de Saint- Etienne de Caen. En i/i5â, un différend de cette -nature entre le vicomte de Roncheville et le baron de Ferrières, allait s'échaulfant toujours, au point qu'outre des voies de fait entre ces sei-
préséance.
' Reg. Echiq.^ 1390.
70 HlSTOlRli:
gneurs et ceux de leur lignage, on craignit que cela « n empeschât lexpédition des causes ordinaires de rEschrquier, dont il y avoit grand' charge » . Le vicomte et le baron « bailloient devers la court leurs généalogies et les créations de leurs seigneuries » , demandant, à grands cris , un arrêt qui fixât les rangs. Décider, comme fît l'Echiquier, que ces deux seigneurs, quand ils comparaîtraient ensemble , t seroient assis au premier lieu , lung en un jour et l'autre en l'autre » , ce n'était rien finir; car restait à savoir lequel des deux devrait , la première fois , siéger à la place d'honneur. Or , quel autre juge que le sort pouvait en décider , sans blesser mortellement l'un des deux contendants? On interrogea donc le sort , qui prononça en faveur du baron de Ferrîères. Le vicomte, alors, baissa la tête, et t le baron fut assis au-dessus dudit De Roncheville , pour celui jour * » ; mais, en IkSll, le débat devait recommencer de plus belle ^; nous n'en dirons toutefois point davantage sur cet objet. Combien Quaud OU sc représente cette multitude de
gîf^draox^ln- commissaires du roi, de barons, de prélats, d'offidiencesde.rEchi- q\^y^ j^ toutraug, rassemblés au château; qu'on
' Reg. Echiq., 18 avril 1463.
" Reg. Echiq., 14 octobre 1484.
y ajoute , par la pensée , les plaideurs venus de tous les points de la province , et les curieux de Rouen et des environs , accourus là en foule pour assister aux plaidoiries, on conçoit difficilement que le château eût une grand* salle assez vaste pour y suffire. Les « sergents ordonnez à garder les huis ^ j» , ne pouvaient si bien faire , avec leurs verges d'argent , que la confusion ne naquît point d'une réunion si nombreuse. Que dis-je? D ne leur était même pas donné toujours d^ pouvoir faire faire place aux barons , aux prélats , personnages si essentiels dans cette solennelle assemblée. Une année, l'abbé de Saint-Sever c n'ayant pu entrer en la cohue et juridiction, pour la grant presse et multitude des gens qui y estoient i , l'était allé déclarer au greffe de l'Echiquier, in verbo prélatin et, à ce moyen, avait été c tenu pour comparent ^. » Le même jour, eoimne l'Echiquier allait prononcer défaut contre le prieur de Bohon dans le Cotentin, qui ne répondait point à l'appel, plusieurs voix s'élevèrent pour attester cque, ce jourd'hui, ce prieur s'estoit comparu à l'Eschiquier , mais avoit esté tellement oppressé de la multitude des gens qui estoient en
' Reg. Mchiq., 1464.
' Reg. Echiq,, 13 octobre 1497.
icelui, qu'il l'avoit convenu porter dehors, comme prèz esvanouy et ne pouvant parler*.»
Ces exoinesy ou excuses des prélats et barons Ce qae faisait abseuts, n'occupaîcnt TEchiquier qua sa seconde
rEchiqnier,dans .. ^ ' .^ ni»
ses premières au- audiencc. La première, celle d ouverture, avait diences. ^^^ cousacréc à la lecture de règlements, d'ordon-
nances,, faits anciennement par l'Echiquier pour la bonne administration de la justice ; à la semonce que faisait la cour aux prélats , gens d'église , barons et autres nobles , qui , « par raison , ooustume et usage de Normendie, estoient tenus estre et comparoir en l'Eschiquier , d'y comparoir le lendemain en personne j à six heures du matin, sur la peine qui au cas appartenoît^. » Ceux, donc, de Exoines pour ccis prélats, de ces barons, qui, le lendemain,
pèlerinages. w^ . . • . a, '. • * v
n étaient pomt venus comparaître, étaient, on la vu déjà, condamnés à des amendes, à moins que des fondés de pouvoirs ne présentassent pour eux de légitimes excuses. Une vieillesse très-avancée , une maladie bien prouvée, étaient les justifications le plus fréquemment alléguées, et dont l'Echiquier se contentait le mieux. Un pèlerinage lointain excusait aussi , dans ces siècles de croyances ferventes et de pieuses pratiques. A chaque
' Reg. Echiq., 13 octobre 1497.
* Reg. des Echiquiers ^ passini.
Echiquier presque , des hommes graves , envoyés par de puissants Sarons, venaient dire que ces seigneurs étaient partis pour Saint-Jacques en Galice , pour Notre-Dame de Roc-Amadour, Ce pieux molif excusait , et les seigneurs appelés à juger , et les plaideurs qui auraient tIû se présenter, pour attaquer ou pour défendre. En 1391 , messire Colart de Fréau ville « se fist excuser vers tous ceulx à qui il avoît à faire , par solempnel pèlerinage de monsieur sainct Jacques^ où il estoit allé et parti, puis trois sepmaines; et avoit duement pris congié à sa paroisse , ainsi qu'il estoit accoustumé ' > ; on le prouvait par témoins et par lettres. En l/i62 encore , nombre de témoins furent excusés « pour ce qu'ils estoient au voyage de monsieur sainct Jacques. »
La majesté d'une si solennelle audience ne séyérit^deiTpermettant pas que les plaideurs, non pliis que les dp'pîlideiwq^ avocats, s'injuriassent ou s'éloignassent du respect «'^a^a'^^n^ <*«
, , , . . respect dû à la
dû aux juges, il avait été enjoint aux avocats « de jasticé. s'entre oyr et entendre paisiblement et parfaictement, sans hocqueter et sans eulx interrompre en leurs paroles et plaidoiries *. » — « Aucunes foys
■ Reg, Echiq», 1391. '
> Ordonnances de TEchiquier , passim. — Hoqueter et Hocqueler, incidenter, quereller, disputer, cbicaner. — Dom Carpentier, Suppi. Cang. j aux mots : Hoqc'ELAtob et I. Hoqvbtits.
74 HISTOllIK
(disait une autre ordonnance) , quant deux parties plèdent Tune à l'autre , 1 une dit aucune injure à l'autre , en plëdant la cause , soubz umbre de dire que ce sert à sa cause ; et il le fait pour diffamer et blasmer sa partie. En jugement, aucun ne doit dire ou faire aucune injure à l'autre, s'il ne sert nécessairement à sa cause, La cour deifent donc que, désormais, en jugement, soit en Eschiquier , bailliage , vicomte ou ailleurs, aucun ne die injure à sa partie ne à autre ^'fV ne sert nécessairement à sa matière*. »
Hors le prétoire même, il était défendu aux parties de s'attaquer, de fait ou de parole; tant on avait craint que, dans une ville remplie d'un monde de plaideurs passionnés , des querelles n'amenassent des voies de fait et des mêlées, surtout entre gens de divers villages, souvent en hostilité les uns contre les autres. Mais, plus d'une fois, des hommes violents et emportés oublièrent ces défenses. En 1386 , quoique FEchiquier eut défendu , de par le roy , aux époux Bouet , sous peine de vingt livres tournois d'amende et de prison, à la volonté de justice, « qu'ils ne feissent ou deissent injure quelconque à messire Robert Bardouf, chevalier, leur partie», le lendemain, dî-
' Ordonnances de l'Echiquier, de 1386.
manche de la Trinité , Bouet disait publiquement , dans réglise cathédrale de Rouen , cjue ce chevalier estoit traistreet Nararroiz. Interpellé sur cela, dès le lendemain, à l'Echiquier, Bouet voulait nier ; mais le fait ayant été « prouvé présentement contre li par plusieurs tesmoings dignes de foy » , *
force lui fut d'en faire amende à justice *. — En singniière réparation £aiite -à
1395, l'avocat Guillaume Marguerie, rencontré à Rouen, par un
^^ T X r^•% -1 . •. 1 i* habitant de Caen
Caen , par Jean Le Chanu , comme il sortait du tau- ^ „„ avocat qa*u bourg Vauxcelles, et s'en aUait à l'Echiquier, à «^"^ j^^"*^ Rouen, plaider contre lui: « Jà mes n'enpeussestu retourner^ faute tratstre j advocat de mauves causes et de larrons » , lui cria Le Chanu, qui voulut, mais en vain , le poursuivre. Mais, à Rouen , il lui fallut, à l'audience de l'Echiquier , « faire amende à l'avocat Marguerie , par lui baillant le plei de son mantel j le genoul fleschy y en lui requérant merci. » Encore fut-il , ensuite , envoyé prisonnier « pour l'amende de la court » , qui , apparemment , s'était jugée insultée dans la personne d'un des avocats jurés devant elle *.
Qju était-ce donc quand les parties s'injuriaient à l'audience même '? m Je n*ay point vos faiz ne vos diz agréables ( disait, un jour , de félon courage, un plaideur à sa partie); sans cause et sans raison
> Reg. Echiq., 1386.
* Req. Echiq., 1395.
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m'avez faict mettre en prison; et ce vous sera réparé en temps et lieu. » Ces paroles ayant été dites en jugement^ l'Echiquier, « pour révérence de justice » , condamna à une amende honorable Charles de Péronne, qui les avait proférées *. — Un autre jour , « sur ce que Ton besongnoit à la court, les seigneurs estant en jugement», deux plaideurs s'étant injuriés et ayant fait bruit, « auprès de rhuys de l'entrée de l'auditoire, furent, pour le cas, envoies en prison^ ». — L'Echiquier fut moins sévère, un jour, envers Guillaume d'Auxeville et 'Quesnel ( deux chevaliers ) , cjui , « messeigneurs estans en siège», s'étaient, non seulement démentis l'un l'autre , mais injuriés et pris au collet. Ils furent quittes « pour en faire réparation à la court, et pour une défense expresse de toutes voyes de fait entre eulx, ne leurs amis,, sur quant que ils se povoient meffaire en corps et en biens, vers le roy nostre sire'». Une autre fois, comme on jugeait un procès entre messire Robert Servain , chevalier , sieur de Saint-Paër, et Colin Rouxel, écuyer, l'attourné ou procureur du sieur de Saint-Paër s'emporta contre Rouxel , le qualifiant de bachelier et de coq de pays , épi th et es assez
» Reg. Echiq,, 1448.
> Reg, Echiq,, 3 juin 1462.
^ Reg. Eehiq.f 1386.
DE l'Échiquier. 77
contradictoires, puisque, dans le langage du temps, la premicrre équivalait à imbécille ou bêjatine, et la seconde à tyran et nn'chant'. En vain tenta-l-il de s'excoser , en ofirant de prouver que Rouxel aTait voulu frapper Saint-Pai-r d'une flèche, et lui avait dit : • fauh c/ieratier , lu mourras. » L'Echiquier le condamna, sc'ance tenante, à une amende de vingt sous'.
Le receveur du baron de la Ferté. venait de perdre une cause contre les paroisses de Beaufour, de Saint-Nicolas du Bosc , et autres des environs du Neufbourg, qu'il avait vexées par mille exactions; et il s'était entendu condamner, non pas seulement aux dépens du procès et à des domm»* ges-intérêts, mais, de plus, « en amende d'office de justicei . Ainsi muicté et exaspéré : • Aa', ha! (s'écriait-il en sortant de l'audience), les villains m'ont fait grant paine; mh par le sanc Dieu, se je les ptumeroy mielx que onques coq ne fut plume'» ; saisi sur l'heure, par les sergents des huts, ce recevenr se vît condamner à une nouvelle amende. — Il n'avait fait que menacer ses parties. Qu'auraît-ce donc été s'il eût maudît ses juges ? Car , en dépit du proverbe, messieurs de l'Echiquier ne
■ C<irpeDtier, Suppf. Cangii, t" G4LLL*it, et v° BâCBELiE*. > Reg. Echiq. , 24 mai 1400. .
donnaient pas les vingt-quatre heures au piaideur l^ttu et mécontent, pour dire ce qu'il avait sur le cœur. L auraient-ils pu; et, avec leur dignité propre, n'avaient-ils pas à faire respecter la majesté royale qui se reflétait sur eux ? Un roi l'avait dit : « que cil qui tenront le Parlement ne souffrent pas eulx vitupérer par oultrageuses paroles de avoirrévërence en- cats ni dcs parties. . . . Car l'honneur du roi de qui ils vers rEchiquier, représentent la personne , ne le doit mie souffrir * . »
panie. r r '
Aussi , messire Jean Louvel , chevalier , fut-il condamné à l'amende honorable , pour s'être levé brusquement, tandis qu'on plaidait un procès autre que, celui qui l'avait amené là, et avoir dit arrogamment que son affaire était plus importante, plus pressée que celle qu'on plaidait en cet instant, a Et si n'ai'je pu avoir audience! » s'était-il écrié, en regardant de travers lé président'.
Un autre tîhevalier , messire Philippe de Fleurigny, n'en eût pas été quitte pour si peu, sans son extrême vieillesse, qui rendit les magistrats indulgents. Mécontçnt de n'avoir pu obtenir une prompte audience , qu'il sollicitait : t Je vous mercyey avait-il dit avec colère, au président La
■ Article 17 du Règlement doni^ en t344 par Philippe de Valois, pour le Parlement. Ordonnances du Louvre , t. II , p. 228,
* JReg. Echiq., 5 novembre 1484.
DE l'Échiquier. 79
Drîesche , je vous mercye et feray mercyer par mes parenê j en temps ^ et dévostre bonne justice, » TEchiquier voulait punir avec rigueur « ces paroles et arrogances, qui estoîent au deshonneur duroy, au grant scandalle et lézion de justice et de Fauctorité de la court » ; en vain Fleurigny, intimidé, protestait-il ^ qu'il nentendoit pas avoir dit icelles paroles si avants ne chose qui tournast ou deust tourner à desplaisir ou injure à icelui président ne autres, contre la révérence du roy, ne de la court ; que , lors , il estoit aucunement troublé de maladie et foiblesce ; par quoy il ne prenoit pas garde à ce qu'il disoit ; suppliant la grâce de la court. » Tout cela ne lui aurait servi de rien , sans son âge très avancé et d'éclatants services rendus à ses rois. L'Echiquier, « eu considération à l'antiquité de ce gentilhomme, aux services par lui fais au roy , à sa maladie et foiblesce , et qu'il recongnoissoit sa faulte , eue , sur ce , délibération , le receust à amende^ la quelle il fist en jugement * » . C'était encore l'amende honorable ; et l'Echiquier n'avait pu se résoudre à laisser impunie une irrévévérence commise en i'ostel de son président.
L'histoire de l'Echiquier et des temps où il exis- Quelques arta ne se révèle pas moins à nous dans ces faits in- PEchloai^r*, ^u times que par les arrêts qu'il rendait chaque jour, treizième siècle.
' Heg. Echiq., 1474.