‹ Histoire du Parlement de Normandie (volume 3)Chapitre 21 sur 34 · IM ^ HISTOIRE · texte numérisé non relu

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requeste, donc, des g^ns d'église, telz tormentz et manières de faire avoient esté deflenduz et ostéz » \ Le dnei jadi- Mais, plus d une fois^ dans la suite, nous trou-

mandie. vons le duel judiciaire ordonne par J Echiquier';

.Jr^^'V""**: €tn 1337, notamment, entre le sire de Beuzeville,

citire ordonné ^^ - » 7 7

par l'Echiquier, chevalier , qui a tué le sieur du Fay , et Robert du

Fay , fils de ce dernier j qui veut venger la mort de son père. Le bailli de Lillebonne avait décidé que , dans l'espèce , tl ne devait point «y avoir bataille; mais quatre chevaliers, arbitres acceptés par les parties ( Guillaume de MeuUenc , Robert de Neufbourg , ArzK>ul d'Oilly et Jehan du Fresnoy) , après un mûr examen de laffaire, étant , au contraire , d avis de la bataille , TEchiquier « assigne jour pour la dicte bataille faire au mardi après la quinzaine de la Sainct-Michel prouchaine, à venir ûu chastei de Rouen. » Aussitôt, ils font « ârrester les deux chevaliers et mectre main à eulx , jouxte ce qui de coustume doibt estre faict. » Ceux-ci , au reste , « chacun de soy, levant leurs mains, disent qu'ilz se tiennent tous arrestéz; donnent pièges ( cautions ) de eulî companestre et estf e &a jour assigné, corps «pour corps. » Ces pièges ou

« Glose iur le cJiap. 11 du Coustumier du pays et duché de Normendie.

DE LECHIQUIEB. f&5

garante sont , pour le sire de Beuzeyille , messeigoeurs Pierre de Bailleul , Nicole Maies-Mains , Jehan de Rouveray, Robert de Houdetot; pour Robert du Fay, messeigneurs Jehan du Fay, Olivier de Bondeville, Simon d'Auzouyille, chevaliers^ . et trois écvyers : Brisegaut de Feugueray , Thomas de Thiboutot, et Pierre du Fay; il en a £aJlu trois à la place d'un quatrième cheiralier , que Robert du Fay n'a pu trouver*. — .Une autrefois. Combat denuii-

dë par an gentille sieur de Bufltesnil, écuyer, vient à l'Echiquier homme; rEchi-

« se plaindre de Guillaume du Bosc et de ses com- rordoimerr plices qui l'ont battu et navré à sang et playes, force et cry de haro, en la paix de Dieu et de justice, en enffraingnant la défense à eux faicte narguère aux assises de Montivilliers. Se le dict Guillaume du Bosc le nyoit (dit-il), ou mectoit en doubtç, je le luy veulx faire recongnoistre jen une heure de jour , par bataille de mon corps contre son corps, et de ce j'offre mon gage. » Mais Guillaume du Bosc ne se voulait point battre. « En la matière (disait-il), n'y a mort, meâiaing ^, mutilacion ou trêves enfrainctes ; ne le cas n'est poijcit criminel pour quoi gaige de bataille s'en doye ensajr , et ne chèt gaige en la matière. » •*- Après

* Beg. Echiq. , 1337.

' Meshaing, méhain, blessare considérable. — D. Carpentier,

Suppl. Oing, y* MAHAMENTini.

leurs dires 9 « fu demandé aux sages conseillers estans en l'Eschéquier; après , en fu demandé aux chevaliers, par le jugement des quieux, oyes les oppinionsdes disassistens, jugié fin (en effet) que ce nestoit point le cas dugaige de bataille K

A mesure qu'approchent davantage les temps de civilisation, l'Echiquier rend plus fréquemment de semblables arrêts; les demandes de combat deviennent aussi plus rares; à la fin, on n'en entend plus du tout parler. Que se passait-il donc dans ces curieux combats si long-temps eh usage entre Formesdaduei ^^^ pères ? Nous le voyous par tout ce que nous judiciaire entre en racoutcnt Ics rédactcurs et les dossateurs du

rDtariers,en ^ . °

Normandie. Grand Coustvmier. Contentons-nous, toutefois, de ce qu'ils nous ont appris des combats entre rotiH'iers; car que pourrions-nous dire ici des combats entre nobles , que l'on n'ait déjà lu partout dansjes histoires ? L'espèce du Coutumier normand est celle d'un fils qui , voulant venger la mort de son père homicide, vient dénoncer à la justice celui qu'il croit coupable du meurtre , et demande qu'il lui soit perijais de se battre avec lui. « Je me plainctz (disait-il) de-Loys qui a meurdry (tué) mon père félonneusement en la paix de Dieu et du duc , que je suis prest de prouver et le luy faire

congnoistre (confesser)., en une heure de jour. » L'accusé, présent, niant le fait de point en point, jetait son gage; l'accusateur le sien; la justice lés recueillait aussitôt; accusateur, accusé donnaient caution de combattre. Tous deux, cependant, étaient immédiatement conduits aux prisons, où ils demeuraient quelque temps. Là, étrangers souvent au maniement des armes, les deux roturiers trouvaient « ung maistre qui les enseignoit es armes, et les autres choses qui mestier * leur estoient ^. » Ce maître, on le conçoit, leur avait été donné par la justice , mais à leurs frais. Au jour fixé par la bataille , les deux prisonniers devaient , avant midi, revenir à l'audience de l'Echiquier, en équipages d'hommes roturiers prêts au combat , le bâton cornu et r^u à la main^ pour toutes armes, les cheveux rognés au-dessus des oreilles. Au jour du défi , acte avait été dressé de leurs dires ; on leur en donnait lecture aujourd'hui; tous deux s'en tenant à ces premiers termes , étaient, à l'instant même menés au champ du combat, c Qui esteS'VouSj et que demandez-vous? » leur disait 'le gardien du champ , lorsqu'ils se présentaient à la

» Mestier, nécessaire, qui peut servir, dii mot <• ministerium. » D. Carpentier, y** Miinisterum.

» Grand Coushimief de Normendie : « ZV Trpfi'es f raine tes, » titre 76.

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barrière. — « Nom nenons en ce^ champ j pour faire nostr'e debvoir » , répondaîent-ils tous deux après s'être nommés. — « Voulez-vous entrer icy dedens pour cest effect ? » leur demandait^on encore. — « Oy/» , répondaîent-îls. Les barrières, alors , s'ouvrant devant eux, chacun d'eux s'acheminait vers une tente dressée exprès , d'où il ne pouvait voir son adversaire. Cependant, quatre chevaliers gardaient le champ, et devaient être les témoins dii combat.. 'Nombre de gens d'armes venus là pour garder la bataille contenaient la multitude en dehors des lices, et l'empêchaient .de les franchir. Des sergents criaient à cette foule émue et bruyante : fiAu nom du Roy^ que aulcun de ceulx qui illec sont ne soit si hardy^ sur peine de la liart^ dé faire aux champions ayde ne nuysanle ^ par faict ne par dict. » Bientôt , sortant de leurs tentes et conduits au milieu du champ , les deux combattants s'y agenouillaient l'un devant l'autre , sans armes; l'accusateur à droite , l'accusé à gauche ; se tenant Fun l'autre par la main. Interrogés successivement sur leurs noms de baptême , ils les faisaient connaître. A la question : « s'ilz croyoient eu père , eu filz et eu benoist sainct Esprit , et se ilz tenoient la foy que saincte église garde » , s'ils eussent répondu négativement , on ne les aurait point laissés combattre; reconduits sur l'heure aux prisons , on leur eût fait leur procès comme hérétiques; mais ils ne man-

quaient pas de répondre ayl; J accusé, donc , prenant alors la parole , disait à son accusateur : < Ois (écoute) 9 homme que je tien far la main senestre , qui Richart te faiz appelkr en baptesme^ que ton père ne meurdry (ne tuai) enfékmnye; ainsi m'aist {^xx!i^Ae) Dieu et ses sainctz, » — i Ois (répondait l'accusateur), homme que je tien par la main dextre^ qui Loys te faictz appeller en baptesme, que des parolles que tu as jurées, tu te es pariuré; ainsi m'aist Dieu et ses sainciZi » La sorcellerie étant un moyen déloyal par lequel le combat serait devenu un . guet-apens : «Pur moy, ne par aulire, nay faict

apporter sorceries (sortilèges) en ce^ champ, qui me puissent ou doibvent ayder, ne à mon adversaire nuyre » , disait successivement- chacun des deux champions, la main sur les évangiles. Alors, leurs armes leur étaient rendues , et ils allaient se mettre en prière dans leurs tentes, entire lesquelles se tenaient , en ce moment, les quatre chevaliers gardes du champ. Pendant quoi , les sergents, s'adressant de rechef à la multitude toujours croissante , toujours jdus tumultueuse : < Que aulcun ne se meuve (criaientrils), nethecte la main es lices, ne crache ^ ne tousse, ne face aucuns signes quelsconques, pour doubte que ce n'ayde ou nuyse à l'un des champions. » Leur prière finie , sortaient de leurs tentes les deux combattants, auxquels jon criait : *Faictes rostre delwoir. » Ace signal, ils en

venaient aux mains , les quatre chevaliers gardant toujours les entrées du champ. Si , au moment où les étoiles paraissaient au ciel, l'accusé tenait bon encore sans s'être laissé vaincre, son innocence était 9 dés-lors, avérée pour tous; le combat cessait , et il n'y avait plus rien à lui dire. N'avait-il pu, an contraire, tenir devant son accusateur, ou était-il mort durant le combat? c'était la preuve de^ son crime ; on le traînait en hâte , mort ou vif, au gibet ^ , et ses biens meubles étaient pour le roi '*.

Mais c'était entre nobles surtout qu'étaient fré-r

quents les gagQS de bataille. Ces chevaliers et ces

écuyers, toujours prêts à se ruer armés les uns

sur les autres, il fallait que l'Echiquier fût occupé

Trêves et paix saiis ccssc à les Contenir. A son audience, et sou-

hommef^Turées ^^^* aussi à l'hôtel de SOU président ( assisté toute-

derant les mai- fQjg jçg autresmflï/ré'i ), paraissaient CCS indiscipli-

tres de TEchi- ^ ' ^ , ^ ^

quier. uables guerricrs pour y recevoir des injonctions et

y contracter des engagements de paix et de bon accord. En 1386, il n'était bruit, devers Lisieux, que de meûaces, de rencontres sanglantes entre les seigneurs de Reux, et .les Du Mesnil, par suite du meurtre commis par les De Reux , sur un Du

' Le grand Coustumier de Normendie; « De suyte de meurdre » , chap. Lxviii.

^ Echiquier tenu, à la Saint-Luc, à Rouen, en 1245. — Arrêt» publiés par M. Marnier, pag. 199.

DK L ECHIQUIER. ie|

Mesnil. La famille de Reux ayant obtenu de la reine des lettres de rémission (de joyeux avènement ) , FEchicpiier , malgré tout ce qu'ont pu dire les plaignants pour faire ordonner le combat judiciaire^ décide que c au cas présent, il ny aura aucun gage receu. » Mais ce n'est point assez. A un jour fixé, tous ces gentilshommes, irréconciliables e^nemis, comparaissent c devant messeigneurs de TEschiquier , en^l'ostel de monseigneur le président. » Là, défense leur est intimée à tous c que il ne facent faict de guerre ne de assemblée l'un contre l'autre. » — « Et (dit le registre) ainsi l'ont promis et juré , sur paine de confiscation de corps et de biens , en la main de monseigneur le président. » Du reste, les lettres de rémission ayant laissé entier le droit des parties plaignantes à une réparation civile, les De Reux (l'Echiquier le règle ainsi ) devront payer aux Du Mesnil 600 livres tournois, dont 200 livres « à mectre en prières pour l'âme du mort, à l'ordonnance de monseigneur l'évesque de Lisieux * . »

C'était une trefve^ comme parlait notre ancien Cousiumier^ ou, mieux encore, une paix conclue entre ces familles , qui , ainsi liées devant les juges, devant le roi , devant Dieu, ne pouvaient plus , sans

< Beg. Echiq., 8 juin 1386.

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