REGNE
Henri III JL ARTOUT, en France , la révolte s'était propagée
révoque
les Parlements commc un dévorant incendie ; peu de villes , peu
et juridictions , ., >i'ci-rv t»i
établis de corps avaient pu S en détendre. Deux rarlements
^^rebeiiJs '^^ Seulement surent demeurer purs; celui de Bre-
ii les transfère ^agjjj^ < et cclui de Guycunc". Les autres s'étaient
dans d autres o .'
villes. laissés gaiïner à la Ligue , et allaient devenir de
(Février 1589.) ^ ® O '
' D. T.'iillandier, Histoire de Bretagne , liv. xix, p. SC'i , 370. — De Thou, Jiv. xr.iv et xcvii. — La Roclie-Flavyn , liv. i, ciiap. 20, ii°4.
■•' De Tiioii , livre xcvii.
dociles instruments dans les mains des rebelles. Henri 111, maudissant Paris et les capitales révoltées de ses provinces , avait , par un édit donné à Blois, déclaré ces villes « décheues , pour leur félonnye et trahison , de tous estats , offices , honneurs, pouvoirs, gouvernements, dons, concessions à elles octroyées naguère, soit par ses devanciers, soit par luy-mesme. « Leurs Parlements et autres sièges de justice avaient été révoques et privés de ces pouvoirs qu'ils n'employaient plus que contre l'autorité royale qui les leur avait confiés pour la défendre ' . Et comme , malgré l'édit de révocation, des agrégations de magistrats, les uns séditieux, les autres intimidés , n'en continuaient pas moins de s'assembler aux lieux anciens des séances de ces cours souveraines, se disant toujours Parlements , rendant de prétendus arrêts, manifestes scandaleux de révolte et de régicide , expression servile des fougueux conseils de l'Union, Henri 111 , ne voulant plus laisser aucun prétexte aux faibles, ni aucune excuse aux rebelles, prit une mesure dont le résultat devait être de séparer entièrement les bons des mauvais , et de neutraliser le mal que faisaient les uns , par le bien que les autres ne pouvaient manquer de faire. Des lettres patentes parurent, qui ordonnaient la translation des Parlements et
' Edit dp février l.)89, Blois.
sièges de justice existant aux villes révoltées' , et leur assignaient, désormais, pour lieu de leurs séances, d'autres cités qui s'étaient conservées fidèles. Il ne s'agit ici que des Parlements; ceux de Bordeaux et de Rennes devaient seuls être laissés dans leurs capitales , qui se maintenaient dans le devoir. Paris, Toulouse, Aix , Dijon, Grenoble, Pvouen, virent , au contraire , sortir de leurs murs tous les loyaux magistrats que la Ligue n'avait pu séduire , ou qu'elle n'avait trompés qu'un instant. Tours et Châlons recueillirent les présidents et conseillers fidèles de Paris ; Romans ceux du Parlement de Grenoble ; Pertuis , Sisteron , Manosque , virent , tour à tour, ceux du Parlement de Provence, que les ligueurs pourchassaient de retraite en retraite ". Ceux de Toulouse allèrent d'abord à Carcassonne, puis à Béziers , et enfin à Castel-Sarrazin '; les troubles, plus violents dans le Languedoc et dans la Provence , ayant contraint les magistrats d'errer ainsi de ville en ville. Le Parlement de Bourgogne siégeait, non plus à Dijon, mais à Sémur '. Caen
' Lettres patentes de février 1,)8J, Blois.
^ Essais- historiques sur h' Parlement (i'Jix, par Prospcr Cabasse, tome I, p. 283 et suivantes.
^ La Roche-Flavyn , livre l*"'", chap. 20, n" 4. •i Palma Cayet, Chronolog. nm'., livre 1". — Mém. de Tavunnes, rolieetion Potitot , l" série, tome XMX, p. 2f.:> et .113.
(levait être la nouvelle résidence de celui de noire province.
Cette ville , bien disposée au temps des barricades de Paris (nous le savons par De Thon , qui , alors, l'avait visitée ' ), s'était maintenue après les événements de Blois et la révolte de Rouen; les protestants , qui formaient alors le tiers de sa population " , ne pouvant être favorables à la Ligue , qui ne rêvait que leur anéantissement. D'ailleurs , son gouverneur, Pélet de la Yérune, fort aimé des catholiques , était dans les mêmes sentiments que le gouverneur de Dieppe, Aimar de Chaste, son parent, qui avait du crédit sur lui; c'était tout dire. Caen demeura dans le devoir. La fidélité de cette ville fut un événement importaut pour la province. Plus d'une fois on le reconnut dans la suite , « sans ceste ville capitale et principale de la Basse-Normandie, tout le pays auroit esté occupé par les ligueurs et rebelles^. » La résidence des magistrats fidèles était donc toute trouvée; et des lettres patentes p^'" ''es letties
i patentes
furent signées à Blois , par Henri 111 , pour les '•<" février isso,
, transfère à Caen
presser de s y rendre. «Nous ne pouvons (disait le Parlement
1 \ r ' -Il 1 .• 1 1 de jN'ormandie
le monarque ) , lan-e meilleure eslection que de la ville de (]aen , tant pour ce c[u'elle est située en
Henri III ,
' De 1 hou , Hist. itniv. , livre xci.
= Delà Piue, Essais historiques sur hi ville de Caen , t. I. p. 2'iS. ^ [\eg. secr. du Parle». enf , séant ;"( ("aeii , Il j^eptombre JJ90. iir. 27
418 PAni.KMENT DF NORMANDIE.
lieu loii commode, que pour la fuléilLé et aireclioa que les habitants ont lousjours monstrée avoir au Ijien (le nos allaires et sei-vice. l/infidélité de plusieurs villes, et leur privation honteuse de nosbienfaictz et honneurs, doiht servir de justice à la fidélité des aullres qui , au milieu de trahisons descouverles dans le rovaulme, sont demeurées fermes en la lovante ([ne justement elhvs doibvent à leur roy légitime et naturel... INosIre ville deCaen, par sa très grande fidélité , s'est rendue digne de nos bonnes grâces , et de telle recommandation à la j)Oslérité , qu'elle a justement mérité de triompher des despouilles de la ville de Ilouen. » T.a cour de Parlement de Normandie, autrefois établie à Rouen 2)ar Louis XII , était donc transférée à Caen , par édict perpétuel et irrèroeablej, « pour v seoir et v exercer, d'(jres en avant, la justice , avec pareille auctorité , ressort et souveraineté qu'avant. » Ordre était donné à tous les présidents , conseillers et autres officiers du Parlement, de se rendre dans cette ville '. Le 20 mars avait été l'époque fixée par les lettres patentes pour l'ouverture du Parlement transféré. Mais, outre que plusieurs des conseillers royalistes étaient alors à Rouen dans les prisons
' Lettres patentas de translation du rarleiiiont de Xorniandir , rie Rouen à Caen , Reg. secr. (hi Parlement royaliste , séant à Caen , 20 juin 1 J89.
m; MU IV
(Henri III le remarque lui-même dans son édit ) , d'autres étaient retenus dans celle ville par les ligueurs ; d'autres encore étaient en fuite. Comment réunir , en si peu de temps , ces magistrats dispersés, qui, d'ailleurs, ignoraient les lettres patentes de translation , et qui , pour se rendre à Caen , avaient à côtoyer plusieurs villes rebelles, et à traverser, avec péril , des chemins infestés de brigands, d* soldats indisciplinés et pillards, et enfin de bandes armées de ligueurs, épiant et arrêtant chaque jour les serviteurs du roi ?
Aussi , à trois mois encore du jour indiqué par l'édit , le 26 juin , dix membres seulement du Parlement de Normandie étaient réunis à Caen , en l'audltuire de tlicologie de l'Université , aux grandes esco/eSj local choisi en attendant mieux'. Claude Groulart était à leur tête , et avec lui le seul président Anzeray de Courvaudon, celui que nous voyions naguère à Ptouen présider en gémissant aux profanations du 12 mai '. L'original des lettres patentes de translation étant dans les mains du duc de Montpensier , gouverneur de la province
Le Parlement, réfugié et transféré à Caen , entre en fonctions.
(•26 juin I5M. ) Dix magistrats
seulement
y siègent clans
les premiers
temps.
■ Reg. sec/:, Caen, 20 juin lo89.
* Les conseillers étaient : Martin de Hally, sieur de la Chapelle- Bayvel ; Pierre Duqiiesne, sieur de Brothonne ; Marin Bcnoist ; Laurent Godefroy ; Laurent Restault, sieur de Formovillc; André de Bonissent, sieur de Bùchy ; Joachini de Mathan ; Pierre Cabart.
— Rfg. secr., C.aen , '?C juin i:.8!l.
420 rAr.I.KMKNT DE NORMANDIE.
(qui ne pul , comme il en avait eu le projet, venir à Cacn , installer le Pai-lement fidèle ) , on convint,
« attendu la grande nécessilé des affaires, et qu'il impoiioil laiil au service du roy et au public ouvrir la séance de lacourl de Parlemeu! « , (pie les lettres patentes seraient enregisti'ées sur la copie ' ; que, ce jour même , la cour commencerait sa séance en la ville de Caen, et continuerait à vaquer à l'expédition des affaires , causes et matières les plus uriïcntes , mais en conseil seulement , et sans aud'ience ouvcrle , jjisqu'à ce que, l'original des lettres de translation étant exhibé , on les ewt pu enregistrer publiquement , et avec les solennités requises. L'assistance divine, toujours invoquée par les Parlements à leurs entrées . n'avait jamais, sans doute , paru plus nécessaiie que dans de si graves et si difficiles conjonctures. Tout était donc prêt à l'église des Cordeliers , pour une messe solennelle du Saint-Esprit . à laquelle ces magistrats voulurent assister avant toute expédition ; ils allèrent l'eutea-
' Les lettres patentes , en original, furent arrachées, à Beaumont-le-Roger , par le procureur du roi Viart de Bois-Palais, et par le verdier Valjan ( ligueurs) , au syndic de la ville de Caen, charge par le duc de Montjjen.sicr de les porter aux magistrats réfugies. Bientôt des arrêts, rendus à Caen , enjoignirent aux habitants de Beaumont-le-Roger de livrer les coupables, morts ou vifs, sous peine de voir rrizer et abattre le bourg, les maisons et édifices d'iceluy. — Reg. de Tournclle , Caen , 30 juin , et 20 juillet
Réflexion (l'Éticnne
IIEMU IV. 401
dre , et revinrent aux écoles j où ils expédièrent diverses requêtes. Le Parlement était constitué, et allait se mettre à l'œuvre '. — Dix magistrats seulement , pour représenter un corps si nombreux , Pasquitr,
^ r r 1 sur le petit
c'était un triste spectacle sans doute. Encore tous les nombre
^ .de magistrats
offices n'y étaient-ils pas représentes , et ne voyait- fijèies de Paris, on là ni les gens du roi , ni les greffiers en chef '''^i!pfugî'ér civil et criminel. Des avocats furent appelés pour ^ Tours, tenir le parquet , pour requérir, pour conclure, tant au conseil qu'à l'audience'; les greffiers en chef furent suppléés par des commis. — Mais ( disait Etienne Pasquier , dans ce temps-là même , à la Chambre des comptes de Paris , transférée à Tours, et représentée là aussi par dix ou douze seulement de ses membres) , « c'est par le poids, et non par le nombre , qu'il fault estimer les compagnies ; la vraye église de Dieu est celle non en laquelle v a la plus grande assemblée et congrégation de peuple , ains des fidelles ; ainsy doibt-on Les avocats
, . . ,, V du roi
estuner les compagnies souveraines, non celles es Thomas quelles y a plus "rand nombre de ma2;istrats , mais Je Verdun