‹ Histoire du Parlement de Normandie (volume 4)Chapitre 14 sur 21 · J i 'o c^ et Vauqupliu · texte numérisé non relu

J i 'o c^ et Vauqupliu

bien celles qui apportent plus d'obéissance et fidé- de Méheudin

se présentcreiit

lité à leur roy. L'église ( ajoutail-il ) , réduite à la le 7 juillet famille de Noé , et conservée dans l'arche , n'estoit pas moins église que quand , depuis, elle fut espandue par tout l'univers^. »

' Reg. secr. du Parlement, séant à Ca"ii , 20 juin 1J89.

" Rcg. secr., Caon, 'iTiiiiii I ."iS'J. ^ Est. Pasquier, liv. \iii, li'f trc 12^

492 l'ARLEMLiM' DE NORMANDIE.

Le ParifiiuMii , A Caen , comme à rours , cette assemblée d'hom-

i'i (,';icn, r 1 ^ 1 \ r 11

tint toujours »ics lidelcs ct dcvotu's (levait croître ; et l'auditoire

dam aos salles ^^^ tliéolojiie lie ]K)iivant long-temps sufTire , on le

du couvent quitta biciilot Doui' aller occuper une «ïrande partie

des Cordeliers. . loi

des bâtiments du couvent des Cordeliers , que ces religieux se décidèrent à louer au Parlement, qui y tint toujours depuis ses séances'.

Un arrêt Pou à [)eu OU dcvait finir par savoir , dans la

du Paiienient . i t» i / • l' r i \ /^

séant à Caen, proviucc , quc Ic Parlement était translere a Caen, ,- ''". '.'^ et qu'il V avait repris ses fonctions. Un notable

a PontAudenier, 1 J x

enjoint à tons arrêt, premier acte important des magistrats royales officiers l ./

de justice listcs réuuis , envoyé en bâte à Pont-Audemer ayant, ' (villc fidèle alors " , et que Yieupont d'Hacqueville

jusqu'à ce jour, ^^ Jj^j.^j .^ j^^.^l ,^ J^ J J ^^^, N -Yj^ j^ ^ ^^l^jj^

exerce a Rouen i i <.- y ' ^ 1

et dans les autres jj sou dc Irompc, etalficlié partoutsur les murailles.

villes ... , .

(le Normandie, Il enjoignait aux présidents, conseillers et autres

d'aller à Caen , i -r» i • • m iy»

icndrc compte mcmbies flu Farlemont , ainsi qu a tous oiii- '*"/'" ciers de justice et de finances avant précédemment

conduite , J .1

et reprendre excrcé Icurs fonclious à Pvouen ou ailleurs , de se

leurs fonctions,

s'ils ne s'en sont rcudrc à Cacu , sans délai, non point pour y ren-

point rendus . , i. . ., p ,, . ,

indignes. ^''^r mimediatemcn t en exercice; il iallait qu on

Ci"^ juillet 1589.) .

' Reg. secr. et de Rapports civils , Caen , 22 , 23 février I J90. — Le Parlement payait, pour cela, tous les ans, aux Cordeliers, Ja somme de 260 éciis, deux tiers. — « Le Parlement, ( pendant son séjour à Caen ), contribua à la réparation de l'église des Cordeliers, brûlée par les religionnaires cii lr)C2, et qui portait encore des marques de désolation.» — Portefeuille fiO de Lancclot, à la Bibliotlièque royale (imprimés.)

^ Le présidial de Rouen fut transféré, non à Caen (qui avait le sien), mais à Pont-Audemer. — AV^. secr., Caen.

UKM'.I IV. 423

sût, avaiil toul , s'ils s'en étaient conserves clignes. On les y appelait donc « pour rendre raison à la conrt... de l'exercice de lenrs eslatz et charges , » de toutes leurs actions, en un mot, depuis le k février, jour où avait été déployé , à Rouen , l'étendard de la révolte. A faute d'obéir , interdits de leurs charges, ils seraient, en outre , poursuivis comme rebelles et criminels de lèse-majesté '. Car le Parlement, séant à Caen , ne reconnaissait, en Normandie , d'autre Parlement que lui-même. Il n'y avait p/m de ParleiaeiU à Rouen ^ Groulart le répétait tous les jours " , mais une agrégation illégale et séditieuse , un anti-Parlement , dont il allait incomber aux magistrats fidèles de combattre l'influence, et de contrecarrer les mesures^; et à tous les curés, fut enjoint de « défendre à leurs paroissiens d'obéir aux ordres du prétendu Parle- iiiterrogatoires

, „ , •; / /' r- • qu'avaient

ment séant a liouen ^ ou du conseil de i LniO)i, à subir, choses séditieuses et dampnables, qui tendovent à «"'^ciircomiuite

J- A • duiaiil

la ruyne et subversion de i'Estat. "* » les troubles,

les nieni))res

Le cri fait à Pont-Audemer, en vertu de l'arrêt du Parlement

,...,. . . , , qui s'étaient

du 1 juillet, avait retenti partout dans la pro- rendus tard vince. Empressés de se rendre où les appelaient *' ^^^""

' Reg. secr. du Parlement , séant à Cacn, 1'*'' juillet 1589.

' Reg. secr., 17 jiiiilct 168U, et alibi.

^ Les trtze Livres des Parlements de France, par La Ruche Fiavin , livre l*"'', cliap. 20 , § 4 ; et livre x . chnp. 81 , $ 1.

-i Reg., Cacn, 1() juillet I.iS'J.

/i24 l'AIlLEMENT DK NORMANDIE.

désormais le dtMoir et l'honneur, les présidents, conseillers, et aiilres officiers relai'dalnires , qui ne ^ouIaicnt point servir la Teigne , arrivaient à (^aen , l'un après l'autre, se i-endaient an palais, et demandaient à des collègues , venus avant eux, leur pari de labenr el de p«'ril. Mais force leur était de présenter requèle à la compagnie, pour qu'avant même de les entendre , on s'informât de ce qu'ils avaient pu fair<,''. Au jour fixé par la cour, introduits dans la chambre du conseil, interpellés, interrogés curieusement, sous la foi du serment, il leur fallait se confesser, pour ainsi dire , $,c piiri^rr ( c'est le mot ([n'emploient les registres ) , sur leur conduite dans ces temps difficiles; dire « s'ilz avoient signé à la Ligue auparavant le II février 1589, premier jour des barricades de Rouen ; s'ilz avoienl adhéré à la Ligne , escript ou faict escripre , et présenté requeste au duc de Mayenne, chef des rebelles, au conseil de la faulse Lnion, diMprc tendu Parlement de rumen; s'ilz avoient cherché à estre admis à y exercer leurs charges. » — Foi'ce leur ('tait de parler net et avec siticérité ; sans quoi (et ils en étaient avertis ), « en cas que, par cy aprèz , feust trouvé le contraire de ce qu'ilz alloient dire, ilz seroient punis comme parjures, et privez à tousjours de leurs estatz et olFices. '»

' Reg. secr., Caen, lojiiilltt Iô89.

^ Reg. secr. du Parlement , séant h Caon , juin , juillet f j89.

Alors, commençait le récit des troubles de Rouen, des scènes tumultueuses du palais , des serments forcés, prêtés naguère devant Mayenne, de l'enregistrement des pouvoirs du prince rebelle par des juges intimidés qu'assiégeaient des soldats en armes et une populace décbaînée ; des violences exercées sur les magistrats pour leur arracber une adbésion sans valeur à des actes odieux que, libres aujourd'bui , on les entendait détester, abjurer avec borreur. Au milieu de telles commotions, fallait-il s'étonner que quelques volontés eussent pu être un instant indécises ; on le voyait aux confessions de plusieurs, et à je ne sais quel embanas dans leur langage. Dans celles, au reste , des plus résolus et des plus purs , respirait une douleur profonde , causée par les tristes conjonctures où se trouvait le pays ; un désespoir amer d'avoir été contraints à des actes qu'on avait le droit de désavouer, sans doute, mais dont le souvenir importun contristait l'ame. Les paroles du conseiller De Boislévêque nous ont paru mériter surtout d'être conservées dans cette bistoire. « Pour représenter à la face Paroles

J remarquables

de la court ce que, en obéissant à ses justes tiu conseiller

De Boislévêque,

arrestz , je puis dire de mes comportementz, en venant

di 1^1 I 1 11 -Il iT» à Caen exercer

epuis la cbeute lourde de la ville de Rouen, sa charge.

je supplierois vol un tiers très bumblement toute

la compaignye de se souvenir de la naissance de

ce malheur, dont tous peuvent tesmoigner; et,

426 l'AnLK.MEM DE NORMANDIE.

par après , à Messieurs , qui ont le plus longuement séjourné , se représenter en eulx-mesmes cpielle a esté la suitte des aigreurs en ce désastre , dont eulx-mesmes n'ont pas esté exemptz , et aussy quel estoit, en ce commun naulIVage , la volunté et l'espoir de plusieurs, qui eussent bien désyré , et qui tendoyent au salut commun de ceste nei", par ung heureux retour à son port, ou qui regardoient (ne pouvant mieulx) à trouver quelque aix ou table favorable pour se retirer et saulver du péril; se représentant aussy, s'il leur plaist , le peu de moyen qu'il y avoit de faire ceste retraicte , et quelle estoit, pour l'empescher, la diligence de ceulx qui tenoient le gouvernail avec toute puissance en main. Et quant à ce qui s'est passé , depuys que Messieurs qui sont présents sçeurent plus prudemment et heureusemenl avancer leur partement, et se tyrer de ce mauvays passage (dont , pour le présent , je me vovs icy le dernier escliappé ) , je ne puys appeller autre tesmoignage à mon ayde que de la vérité mesme, qui fera tousjours congnoistre quelle a esté la continuation , ou plustost accroissement et augmentation des fureurs premières , forces précédentes , et plus grandes rigueurs et violences , avec si exacte et curieuse garde sur ceulx qui estoyent demeurez là doubleux et suspectz au party commandant , que la sortve , qui , aupai'avaut . ;i\oit esté fort dilïicile . fut rendue

IIENUI IV.

presque impossible. C'a esté la cause du trop long séjour que j'ai faict par delà , où , contre ma volunté , j'ay veu , avec ung merveilleux crèvecueur el desplaisir, le service de mon roy rejecté , et ung aultre embrassé ' , etc. »

Tous les membres devaient ainsi rendre raison de leurs actions, de leur vie, de leurs sentiaients les plus intimes. Après quoi , leur dire ne suffisant pas, ils sortaient, pour que cbacun de leurs collègues pût révéler, en toute liberté, ce qu'il avait appris sur leur compte, pour que les gens du roi pussent conclure, et le Parlement décider; jjuis, introduits de nouveau , ou on les invitait à s'asseoir parmi les magistrats fidèles, ou on leur ordonnait de sortir d'une compagnie dont leur conduite , criminelle et lâche, les avait rendus indignes d'être membres désormais. Encore , en cas d'admission, leur fallait-il prêter, sur les saints évangiles , un serment solennel , anathème énergique et foudroyant, contre la Ligue et ses horreurs; nouveau pacte avec l'autorité royale et le devoir. Le magistrat admis devait jurer « de vivre et mourir en la religion catholique, apostolique et romaine, et en la fidélité et obéissance du rov. sans jamais y contrevenir, de faict ne de parolle; de ne participer, conférer, favorizer ne adhérer, directement ou

Tons

les membres

du Parlement

devaient

révéler ce ([n'ils

avaient appris

snr la conduite

dn magistrat

qui demandait

à être admis

à reprendre

ses fonctions.

' Reg. secr. du Parlement , st'-ant à Cacii , 19 juillet 1 j89.

Serment que devaient

prêter

les membres

du Parlement

qui, après

s'être expliqués

sur leur conduite

pendant

les troubles ,

étaient admis

à reprendre

leurs fonctions.

PARLEMENT DE NORMAJNDIE.

indirectement avec les ligueurs ne leurs conseils, ne signer aucune ligue ou association avec eulx, se submectant révéler à la court tout ce qu'il congnoissoit ou pourroit congnoistre de la dicte ligue, faction et rébellion ; s'employer vertueusement à l'exercice de son estât et office de conseiller, mesme ponr la pugnition des dictz ligueurs et rebelles; surtout de ne permectre (^à S()?i pouvoir) que aucuns de ceste qualité entrassent et fussent reçus dans le Parlement ; enfin , de se employer, eu tout et partout, au service du roy,jusques au dernier souspir de sa vie et dernière goutte de son sann ' . »

Ce mode de délibération était bien vicieux , comme il fallut le reconnaître plus tard ; car ce que chacun avait dit en toute liberté dans le secret du

des secrets

de la chaminc conscil , siu' la coudiiilc du magistrat survenant , finissait trop souvent par être redit au dehors , et revenir à l'intéressé ; « d'où procédoient grandz scandales et des inimitiéz dans la compaignye". » Il y avait un édit de Charles YII , bien rigoureux envers les magistrats indiscrets. Frappé des « maux et esclandres qui naissoient des révélations des secrets de la court; voyant que, par elle, estoit empeschée la liberté de délibérer ou juger» , le monarque avait prononcé contre les coupables la peine

Inconvénients de ce mode

de purgation ; révélation

du conseil.

' Bcji. sccr., Cacii, 20 juillet 1 JS9. ^ Ihg. sccr., Cacii, 17 IV-M-ior K.'JO.

HENRI IV. 42î>

de la déchéance, sans espoir de pouvoir jamais exercer aucun office royal'. Anciennement, cent mercuriales du Parlement de Normandie avaient aussi llétri ces dangereuses indiscrétions. Nos lecteurs n'ont pas oublié sans doute ces serments sur le bras de saint Antoine :, si fréquents à R.ouen, naguère. " Mais ni édits, ni mercuriales ^ ni serments n'y avaient pu remédier, non plus que tout ce qu'avait dit Groulart , dès la première réunion qui eutlieuà Caen, pourfaire sentir «que, en ce temps de troubles , il estoit extrêmement nécessaire et plus que jamais j, d'observer les anciennes règles touchant les révélations des secrets ^. » Les indiscrétions on convient

. • . 1 1 . 1. de procéder,

continuant tlonc, « quelques serments que Ion aésoraiais,par eust faictz ( et on les renouvelait presque chaque '^ \^'*' ^'"^

*■ 1 j. i sciutin secret.

jour), enfin, pour y remécHer, et couper le pied au mal qui en pouvoit arriver , » il fut arrêté [après une longue et mûre délibération) que dorénavant, après que les magistrats survenants auraient exposé leur conduite pendant les troubles, «l'on ne seroit plus tenu opiner de vive voix; mais que chaque D'abord

les deux tiers

votant, muni d'un Inilletin d'admission, et d'un des voix

bll,' 1» ]• ••ti Y' 1 1 avaient suffi;

ulletm d exclusion, irait les déposer dans deux pins tard

il fallut

\es çuatre

cinquièmes.

' Ordonnance de 1453, article 122.

' Histoire du Parlement de JSormandie , tome I, p. 509, ;">11 et suivantes

^ Reg. secr., Caen, 2f> juin l.)S().

430 rAr.LKMENT DE iXOUMANDIE.

urnes diflerenLcs; qu'en un mot le scrutin secret déciderait de l'admission ou du rejet '. Il avait d'a- Lord sudl, pour être admis, de réunir deux licrs des suUi-ages' ; dans la suite, les quatre cinquicmes des voix furent jugés nécessaires ; à la demande du Parlement , des lettres patentes l'avaient ainsi décidé ' ; des précautions plus rigoureuses ayant paru nécessaires contre les magistrats dont le séjour trop prolongé avec les rebelles autorisait de fâcheux soupçons.

Premières Daus Ics premiers jours d'août, le Parlement

mesures t r • i ■ '

que prend rciugie uc Comptait encore que vingt membres au

ie Parlement i t-, i \ ' iv .^ ^ • i

eonstitiK^ plus. Pcu (Ic ppoccs S oUraut a | ugcr dans ces comà Caen. mcncements , soir et matin, le Parlement avait pu se vouer tout entier aux affaires générales; et déjà avaient été prescrites nombre de mesures d'ordre , propres à réprimer la rébellion , et à amener, ce semble, le triomphe prochain de la cause royale. Chaque jour, étaient publiés des arrêts ordoniumt l'arrestation des ligueurs lesplusséditieux, et la saisie de leurs biens; d'autres qui enjoignaient aux gentilshommes de montera cheval et rejoindre l'armée royale , sous peine de dégradation de no-

' Reg. secr., Cacii , 1j féviier lô'JO.

' Beg. secr., Cacn, 22 mai 1390.

■^ Lettres patentes du t"' avril I j92, enrcg. à Caen , le 23 dudit

blesse; l'activité était grande au palais; et, les jours de fête même, la compagnie, réunie chez Groulart , s'occupait des affaires qui n'auraient pu comporter de retards ' ; lorsque soudain retentit on reçoit comme un coup de foudre la lamentable nouvelle la nouvelle de la mort de Henri 111 , événement fatal , qui re- /'';''^"1°"

' -'•de Henri III ;

culait à un avenir éloigné et incertain le terme de effet que produit

■^ celte nouvelle.

nos discordes civiles. De tout temj^s , en France, à la mort d'un roi , avec des regrets à sa mémoire, s'étaient fait entendre des hommages, des vœux pour son successeur, toujours désigné, toujours connu par avance. Dans tout le royaume , comme dans l'église abbatiale de Saint-Denis, à ce cri lugubre: Le roi est mort ^ avait toujours succédé, sans aucun intervalle, le cri joyeux : Vire le roi! « Jamais le royaimie n'est vacant (avait dit L'Hôpital à Charles IX séant à Rouen, au palais, pour s'y déclarer majeur) ; ains y a continuation deroy à roy; et sitost que le roi a l'œil cloSj aussito.t nous avons roy^ nous avons seigneur et maistre '. » 11 en devait encore être ainsi plus tard ; et, à cent ans de là, Bossuet, admirant l'hérédité de notre monarchie, «Point de brigues ( devait-il dire), point de cabales pour se faire un roi ; la nature en a fait un; le mort sai-

' Reg. secr. , Caen , juiîltt 1J89, passini.

^ Discours de L'hôpital , au lit de justice tenu au palais, à Rouen, le 17 août 1J03, par Ciiaries !X , po;ir sa déclaration do majorité.

sit le vil"; cl le roi ne meurt jamais '. » Mais, en 1589, H(Miri 111 mort, il sembla qu'avec le monarque, la monarchie elle-même venait de descendre dans la tombe; et, après ce cri : Le roi est Fonniitioii luorl , aucuu autrc cri ne se fit entendre, A Caen ,

d'un conseil i ■» i , i ' . ' ' i i i i '

à Caen, ^^ l'ariemcnt déconcerte , navre de douleur, depour voilier j^^.^ amèrement la fin Ira-ique de Henri III,

a la sûreté -T O 1 '

de la ville. g^ tait sur Ic reslc, et se borne à prescrire des mesures pour maintenir la tranquillité dans la ville, pour y empêcher tout mouvement populaire. Clhez Groulart, le 5 août, au soir, se sont assemblés à la hâte, consternés et perplexes, des membres du Parlement, de la Cour des aides, de la Chambre des comptes , du Présidial , le gouverneur Pélet dela\érune, et, avec eux, l'élite de la noblesse du pays. Là, après avoir lu les lettres du duc de Montpensier , qui annoncent el racontent la lamentable catastrophe de Saint-Cloud, on charge plusieurs nolables personnag<^s, Marguerie de Sorteval, Le Marchant du Rozel , Du Repas, D'Escageul, De la Ramée, De Gaurus, de faire, jour et nuit, avec des troupes, des rondes et patrouilles, dans la ville, « pour la maintenir en paix et tranquillité, et éviter tonte esmotion ". » Le lendemain ( malgré la

' Politique tircf des parole.'; de rErritiin sainte . ils ro II, art. I '"', lu""' proposition.

' lieg. secr., Caen, ;> août l;>8',).

IlEMîI IV

solennité du dimanche ), dans une assemblée réunie au palais, dès sept heures du matin, et plus nombreuse crue celle de la veille, Groularl fait sentir « combien il est nécessaire d'establir ung bon conseil, pour le bien et conservation de l'Estat et paix publique, tant en la ville de Caen cjue ailleurs, au pays de Normandie, en attendant (/ne l'on ait pu recevoir autres nouvelles des affaires d'Estat^» Cette proposition étant goûtée de tous , on arrête , «par manière de provision, attendu l'urgente nécessité des affaires publiques , pour la conservation de l'Estat, paix et tranquillité, tant à Caen que par toute la province » , qu'à l'heure môme sera établi à Caen un conseil, composé de deux délégués de chaque corps , « pour adviscr et délibérer des affaires et du repos public , et contenir toutes choses en bon ordre, discipline et police, soubz l'auctorité du Parlement et du gouverneur j en sorte qu'il ne puisse s'eslever aucune sédition , ny rien arriver contre le repos public. » Les conseillers Hally de la Chapelle-Bayvel et Cabart , avec eux, l'avocat général Thomas de Verdun pour le Parlement; le conseiller Diel des Hameaux, et l'avocat du roi Lemarchant d'Outrelaize pour la Cour des aides ; le président LangloisdeMotteville, et le conseiller-maître Saint-Yon, pour la chambre des comptes; les tré-

' Reg. secr. , Caen, 6 août 1."i89.

iir 28

'i.i'i I' \|'.i.i;mi;m dk NoiniANnii:.

soiicrs généraux Michel de Répichon et Novince (rAu])i;i;ny ; le lieutenanl général Jacques Malherbe ; Jean Delacoml, vicomie de (^aen; Marguerie de Sorleval ; Leniarchant du Rozel; Le Pelletier De la Fosse; Tassin Blonet, forment ce conseil y où siégeront, de droil , et devront se trouver toujours, les présidents du Parlement et Pélet de la Yérune , bailli et gouverneur de la ville. Le conseil s'assemblera chaque jour, à toutes heures que besoin sera, selon l'urgence des affaires qui se pourront oflVir. Tout cela, « en altendant plus amples cl particulières nouvelles du duc de Montpensier » , à qui le Parlement vient d'écrire '. Tous Le (K'testal)le attentat de Saint-C'lond , dont les

les membres . , . ,

6ecc cunseii parlicuiariles sont, nianitenant, mieux connues, p*^"^" ' I a pénétré tonte cette assemblée d'une indignation

sur 1 fcvanijile, J: C

de venger qu'elle n'cst plus maîtrcssc de contenir. Tous en-

la mort '- ^

de Henri ui. scmblc , sc Icvaut Spontanément , font là, sur les saints érangilcs ^ un serment solennel. « Tous et chacun d'eulx jurent et promettent, en leurs âmes et consciences, s'employer de toutes leurs forces et moyens, et sans fraulde, connivence ou dissimulacion . à venger la mort de sa majesté le roy Henri 111, ainsy cruellement advenue, à maintenir la paix . patience et tranquillité dans Caen et dans la province; d'empescher qu'il ne soit rien entrepris

■ Reg. secr., Caen . û août lôS;).

iij;.\Ri i\. /,-(•,

au contraire , ains y pourveoir si bien et à temps, que les liabitans et peuple ne se puissent ingérer d'attenter au contraire, mais vivent en bonne et sincère unyon, sans aucunement adhérer, de faict , de dict, ny de parolie, aux factions des ligueurs et rebelles \ » Mais, qu'on le remaïque, dans ces re- Dans

. ces premières

grets jîour ilenri 111 , pas un mot de la succession Jéiibérations ,

, , , 1 1 1 • I •' n'est fait

a la couronne; on s observe, on garde le suence, aucune mention on interroge l'avenir, on se rappelle le passé, non ''*' 'au ".^^^n"'"" sans regret peut-être. A Rouen , il y a un an à peine, le Parlement a juré à Henri III , dans l'église de Notr€-Dame , « de ne recevoir, après luy , à estre roy, de ne prester obéissance à prince quel- \

conque qui soit liérélique on fcmteur d'hérésie'. » Quelles que soient les conjonctures où a été pris cet engagement, et si peu volontaire qu'il ait pu être au fond, un serment si solennel est présent encore à tous les esprits ; ce fâcheux souvenir importune , et l'on ne sait, maintenant, à quoi se résoudre. En ce moment , arrivent des lettres adressées au Le Parlement Parlement par Henri de Navarre, celui-là même qu'a anathématisé naguère l'édit d'union. Avec quel empressement on en brise le cachet ! Ce prince aurait-il abjuré ses erreurs ? Hélas non ! Il se dit « appelé de Dieu à la succession de la cou-

' Reg. ^ec r. , Caeu , 6 août 1J8'.). •: , ,,".

- Edit de juillet ( J88, ait. 3, et p. 273 et siiiv. du présent volume

séant à Caen

reçoit ties lettres

de Henri IV.

rAllLl'MEXT DE NORMANDIE.

loiiiie (le France ; jure de venger la mort de Henri III, ordonne anx magislrals du Parlement de continuer leurs fondions; d'exciter, par leurs arrêts, tous les François à l'obéissance qui luy est deue , en un mot à tout ce qui est de leur debvoir. » Mais, de la loi , rien autre chose, dans ces dépèches, sinon qu'il enverra bientôt ses lettres de déclaration , <' pour faire apparoir à ung chacun comme /'/ Dc rrult innover aucune chose en la religion callioli(jue , aposloliffue et romaine y ny aux privilèges et franchises de la no])lesse'. » Qu'est-ce que tout cela dans un grand royaume bouleversé de fond Le Parlement eu coiuljle , SOUS prétexte dc religion? A Caen, en

diffère -i i n i v i i>

(le répondre conscil , le l'arlcment , après une longue discussion , dans laquelleontopiné, non pas seulement les présidentsetconseillers , mais avec eux les deux avocats du roi Thomas de Verdun et Vauquelin de Méhcudin , convient « (ju'il sera difléré , pour quelques jours, d'escripreàsa majesté, delapartdelacourt". » Nouvelles Le dix-liuit aoftl enfin , treizejours après la nouvelle

de Henri IV, dc Saiut-CIoud, arrivent au palais des actes qui

au l'arkmenr. l'assurcut davantage Ic Parlement , sur l'articlc de la

foi, sans, toutefois, il s'en faut, le contenter encoi-e;

d'abord , une déclaration de Henri lY, qui « promcct

el jure, en foy et parolle de roy, de maintenir et

■ Beg. secr., f acii , 1 1 août 1589.

' Beg. secr. ,(.aii\\, 11 août 158D.

IIEMU [V. 437

conserver, en France, la religion catholiqne, apostolique et romaine, en son entier, sans innover ne changer aucune chose. Il est tout prest , et ne désire rien davantage que d'estrc instruict par ung bon, légitime et libre concile général ou national, pour ensuivre et observer ce qui y sera conclud et arresté , promectant le faire assembler, clans les six mois, ouplustost, s'il est possible; qu'en attendant, il ne se fera d'exercice de la religion réformée que dans les villes et lieux où il se faisoit suivant la convention intervenue au mois d'avril précédent , entre son prédécesseur et lui, jusqu'à ce qu'il en ait été autrement décidé par les Etats généraux , c[ui seront aussi convoqués dans les six mois. D'ici là, il donnera, à des catholiques, les gouvernements des villes aujourd'hui rebelles, qu'il viendrait à conquérir ; ne nommera, pendant ces six mois, que des catholiques aux emplois vacants dans les lieux dont n'a point parlé la convention d'avril; il conservera les princes, les pairs et la noblesse dans leurs droits et privilèges ; il promet enfin de ven2;er la mort de Henri III'.

Cet engagement une fois pris et signé à Saint- Cloiid, les princes du sang, ducs, pairs, officiers de la couronne , avaient « reconnu , pour leur roy

' Déclaiatioii de Henri IV, (la 't aui'it f;)89. — Reg. Jec/'. , Caen ,

18 août i:.SO.

l'Vr.LKMKiNT DE NOH.MANDi::.

cl prince naturel , scIoîi /es lois fond tmicnf aies du royaiihnfj Heini ([ualrirnie , roy de France et de Navarre , luy proniellant tout service et obéissance,

SLR LES SERMENTS ET PROMESSES QU'iL VENOIT DE LEUR

FAIRE, Cl aux condilions qUe , dans deux moys ^ une assemblée plus e(nnplèle de princes ^ ducSj pairs , officiers de la couronne et sei faneurs , serait convoquée ^ pour, tous ensemble j prendre plus ample délibération et résolution sur les a/faires du royaulmc j, en attendant les décisions des Jistats généraux et du concile '. »

Le moment paraissait enfin venu, pour le Parpar ler ucf lenicnt rctugic a (.aen , de se résoudre. J outelois, ePaiienic.it ja délibération dura deux grands jours; enfin, le

icant à {^acii

19 août , les portes de la salle d'audience étant ouvertes, et tous les officiers du Parlement assis aux hauts sièges, lecture fut donuée, non pas seulement de la déclaration de Henri de Navarre, comme ce prince l'avait maudé au Parlement, par une lettre close du 12 août, mais aussi de celle des princes et seigneurs, traité conditionnel enlreeux et le nouveau souverain. Puis, fut lu un arrêt du Parlement ( conditionnel aussi ), qui « recomwissoit Henry qualiième, roy de France et de Navarre, SELON ET l'Ar. LES MOYENS PLUS A PLEIN CON-

Anét (l par leqi le

scai reconnaît Henri IV comme roi de France.

' Déclaration des princes et seigneurs, du 'i août 15.S9. — lleg. sec/: , Caeii, 18 août 1:^8».

lIEXni IV. 439

TENUS ES DICTES DÉCLARATioA'S » ; et ciicore avec cette clause , qu'après quelques débats il avait bien fallu admettre dans l'arrêt, savoir : «que la court de Parlement do Normandie supplioit très humblement sa majesté qu'il luy pleust faire profession de la religion catholique , apostolique et romaine , comme les roys ses prédécesseurs avoient faict. » Puis, les arrêts, édits, lettres .patentes , déclarations des princes et seigneurs, imprimés, affichés, furent aussitôt répandus à profusion dans la province '.

Il s'en fallait, de beaucoup, que ces actes de Révolution

H. ,,T . r > \ . c III* '•'''"* les esprits

enri IV eussent agrée a tous, oans parler des li- àpavéncment

gueurs, bien résolus d'avance à ne se contenter de deHenniv.

rien, le doute et la crainte avaient pu trouver place

chez lescalholiquesles mieux intentionnés. Un roi

huguenot assis sur le trône de saint Louis, c'était là un

immense scandale, une monstruosité, on le peut

dire, que nous savons mal apprécier aujourd'hui. Déjà

Henri , peu libre alors il est vrai , avait passé assez

brusquement de la réforme au catholicisme , et du

catholicisme à la réforme. Qu'en serait-il de ses

derniers engagements? Permis à Groulart, lui si

candide et si sincère , de croire à ces promesses.

« Le roy ( d isait-il alors à tous ) a tousjours esté prince

de parolle j et si Iwmme si bien qu'on duibt espérer

' flfig. secr. , C.K'n, 19 aoiit K>89.

/,',(» l'AIlLl.MKM DE NolîMAXDli:.

f/ne Dieu aura parllculicmncnt soing de A/v'.» Mais qu'aiirail dit riroiilarl lui-même, s'il eut pu connaître des lettres écrites, à trois mois de là encore , par Henri lY à Du Plessis-Mornay, ce pape des proleslanls , comme on l'appelait? « A' 'ajoutez j'oy aux faux bruits que Cou pourrait faire courre de moy ( lui mandait-il ); asseûrez ^ pourmoXjtnio; chacun de ma constance en la religion. « — « Je nay point inlermis l'exercice de la religion partout où j'ay este ( lui écrivait-il un autre jour), tellement que telle semaine sept presckes se sont faicts à Dieppe , par le sieur Damours ; est-ce la donneu argument ou indice DE CHANGEMENT?" » Et nous aussi nous demanderons si c'était donner là argument ou indice de changement ; et si les catholiques avaient tant sujet de prendre confiance? Que l'on cesse enfin déjuger les événements d'un siècle par les préjugés d'un autre; et comprenons une fois les légitimes et énergiques scrupules des catholiques debonnefoi. Avec ceux-là, du moins, il était permis d'espérer tout du temps. Mais ceux pour qui la religion n'était qu'un prétexte , ceux qui faisaient la guerre, mus seulement par d'ambitieux desseins, quand les verrait-on se soumettre?

' T'oyages en Cour, de Claude Oroulart, rliap. 4. ^ Lettres du G novembre 1589, et postérieures. — Sisiuotidi , Histoire des Français , tome XXI , page 38.

des habitants de Caen.

JIENRI IV. 441

Tout semblait avoir changé à Caen , depuis la changement mort de Henri III. Je laisse quelques petits faits, dispositions qui prouvaient peu de chose. Que des enfants eussent affecté de crier dans les rues de Caen « que le roy avoit esié tué par ung jacobin» ; que les jacobins de cette ville, les entendant redoubler ces cris à leur rencontre, les eussent maltraités, pour les forcer de se taire ' ; qu'on eût imprimé et publié dans cette ville ung discours sur la morl du roy, « qui sembloit avoir esté composé par ung tergiversateur, et sentant la ligue " » ; que , le 15 août , jour de l'Assomption , un jeune homme , criant par les rues une complainte louchante , intitulée : Larmes cl lamentations de la mort du roy^ les enquêteurs la lui eussent arrachée brutalement des mains, et l'eussent voulu battre, sous prétexte d'attentat à la solennité du jour, tandis que . sous leurs yeux, vingt marchands criaient impunément : Petits pastcz à l'cndre^ comme le leur dit naïvement Groulart ^ , il n'y avait pas de ville où ne pussent se passer des faits semblables, sans qu'on en dût rien induire encore sur les dispositions de ses habitans envers le nouveau monarque. Mais des svmptômes moins équivoques frappaient maintenant tousceux

' Reg secr. , Caen, 14 aoiit 1589.

- Reg. secr. , Caen , 2 1 août 1 5S9.

■^ Bcg. scvr. , Caen, 17 noi'it l,)8'>.

P\RLEMEXT DK XORMANDIK.

Pélet de la Vérunc gouverneur

de Caen ,

est à la veille

d'adhérer

à la Ligue.

(Août 1589.)

qui savaient prontlro garde. « Dans (]aen, à cesle heure, on voyoit apertcment grand nombre d'hommes mal afteclionnéz au service du roy, et qui ouvertement tenoient le parly de la Ligue et faulse unvon'. » Il fallut bien ouvrir les yeux; et en plein Parlement on n'hésita pas à en demeurer d'accord.

Le gouverneur Pélet de la Vérune, catholique scrupuleux, ardent, hostile aux religionnaires, excité contre eux par son entourage , inclinait maintenant chaque jour davantage vers la Ligue , lui naguère si fidèle à Henri IlL Mais un roi de France huguenot, c'était pour lui un intolérable scandale; ^^ et puis, cesréformés, qu'il avait toujours hais , il lui semblait les voir prêts sans cesse , sous un roi de leur crovance , à se lever en armes , à s'emparer de Caen , comme avaient fait leurs pères, il n'y avait pas trente ans encore. Groulart tranche le mot, lui qui pratiquait chaque jour La Vérune et l'étudiait inquiétement. «Par les artifices de quelques ligueurs, ce gouverneur (dit-il) estoit fort refroidy, et au hazard de prendre parly contraire'. » La Vérune, parent de Villars , cet ardent fauteur de la Ligue à Rouen et au Havre, écoutait, pour l'heure , plus volontiers ses conseils que ceux du fidèle Aimar de

lieg. secr. , Cacii , 26 uo\embre l.)89.

l'oyiigt's en Cour, par (Claude Giouhiit , tliap. 2.

Chaste, aussi son parent, qui l'avait gouverné naguère, et qui, de Dieppe, lui écrivait sans cesse, pour le fixer dans le devoir. Dans sa crainte exagérée des religionnaires, La Vérune se mit bientôt Symptômes

. • 1 i>i A 1 1 .Il 1 desédition,

en tele de se saisn- de 1 hôtel de ville et du pont dansiaviiie de Saint-Pierre , poste (jui, de temps immémorial, •, loccasîmi n'avait jamais été gardé que par les bourgeois , et ''" ^lessein

'' e X 1 t. jj,^g montre

auquel ils tenaient autant qu'à aucune des autres La vémne,

• •1 r /• I . 11 • ' T 1^ ' de placer un

libertés et iranchises de la cite. La Verune^ corps-de-gaide toutefois, ne parlait plus que d'y envoyer des ^ *"■ ieyjo«f

1 1 J J ^ de Saint- Pierre.

troupes et de s'en rendre le maître. En cela , quel était son dessein? Ne voulait-il que se mettre en défense contre les religionnaires? Avait-il songé à se saisir de la ville , pour la livrer à la Ligue? Toujours, les bourgeois de Caen , avertis de ses desseins, « s'en scandalisoient-ilz fort, et estoit à craindre qu'il n'en advînt trouble et sédition '. «

Ces nouveaux symptômes de désordre inquié- inquiétudes

, .j^ - , , du Parlement ;

tant vivement le Parlement , des pourparlers eurent pourparlers

!• . ., • .1 n'ii- entre ses députés

heu entre cette compagnie et le 2;ouverneur Pelet ., ,,,

L <i ^ etLa verune.

de la Vérune. Plusieurs députations allèrent tour à tour au château , «l'exhorter de tenir toutes choses en paix et patience , et donner ordre que le Parlement feust en seûreté et liberté , pour administrer la justice. » — « Le peuple murmure tout liault ( lui objectaient les députés) ; on dict de toutes ports que le

Bêg. secr. , Cacn , 28 aoiit lôSi).

V,', l'AULKMEM DE NOllMANDIli.

pont de Sainct-Picrrc ne potirra eslrc occupe sans effusion (le sang. La court nous envoyé vous en advcrtir ; elle est venue à Caen j souhz espérance d'y estre en seûretc ; elle vous supplie de faire en sorte e/u'elle y puisse demeurer en asseûrance. » La Ycrune avait écouté les députés avec une impatience mal déguisée, et ses réponses ne purent qu'accroître leurs alarmes. C'était bien du bruit (disait-il) pour une douzaine de soldats qu'il voulait envoyer en garde à un des postes de la ville. « Au reste , il n'estoit point en humeur de s'accommoder à la volonté du peuple; c' estait en luy déférant qu'on avait perdu la ville de Rouen. Puisqu'on murmuroit tant, il vouloit, luy, s'emparer du pont de Saint- Pierre. 11 rendroit plustost sa charge èz mains de celuy qui la luy avoit baillée, que de souffrir que sa puissance feust bridée. Ceulx de Caen se laissent (ajoutait-il) conduire par les huguenots; aussy crains-je e/ue l'on n'y voyc le feu et le sang, avant f/u'il soit six Jours. » Les députés se plaignant, par occasion , des prédications séditieuses du curé de Saint-Pierre : « Cela regarde le Parlement , » répondait sèchement La Yérune. — « Mais (répliquaient les députés) , la force j, qui dépend de vous, y est requise, avec l'aucthorité du Parlement. » — Sur cela, La Yérune s'emportant de plus belle : ^<Quand fing catholique (s'écriait-il) pèche en quelque chose , la justice le traicfc, à l'instant, scrcrcnn^nt ; iiuiis

l'on ne pindsi en rien les liugtienotz '. » Imaginez les Etnmfs propos

• 1T»1 1. ili l'i-'l* qu'il!' ipilaine

transes du Parlement , en entendant ces députes lui iVuem aradé redire ces étran";es réponses. Une dernière députa- ^eLaVéune,

*^ •• *• ose teiir

tion, cfui avait été envoyée vers La Yérune , revint •'•"x députu

du Paiieaicnu

au palais l'aire un récit plus alarmant encore que les en présence premiers. Surce queleprésident Anzeray de Cour- gouverneur. vaudon demandait à La Yérune « s'il avoit la volonté de maintenir le Parlement en la liberté et seùreté qu'il appartenoit » , ce gouverneur avait répondu avec humeur, « qu'à luy seul appartenoit de prendre garde à la conservation de Caen ; qu'il s'esbahissoit pourquoy Messieurs du Parlement trouvoyent maulvays qu'il mist des soldats sur le pont et dans la maison de ville ; qu'il falloit regarder à s'asseùrer; que, pour luy, s'il n'avait le pont de Saint-Pierre en sa puissance, il ue pourroit s'asseùrer de la tranquillité et paix de la ville , en la quelle il y avoit beaucoup de huguenots. » — Les deux députés, voyant là le capitaine La Fosse, ligueur déclaré, l'un des meneurs de La Vérune, et lui demandant si, à son avis, il y avait de la sûreté dans Caen, «// n'y en a gueres (avait répondu ce capitaine), et j'eusse bien désiré que MM. du Parlement j, pour leur bienj, en eussent esté hors. » Et comme les magistrats , le sachant entêté ligueur, l'exhortaient à se déclarer pour Henri lY : « Le roy estant héré-

■ npg. srcr. du Parlement scjiiit à Cacii , du :>8 août l.">89.

446 PARLE.Mi:-M 1)K NOHMA.NDli:.

ticque (avait n'poiidu Je capitaine) , yV ne lu\ puis (stre serviteur. » — « Sa Majesle ii'esl obsliuee ( répliquaient les députés), et ne tlemancle qu'à estre inslraicle; elle a déclaré que ^dan s syx moys, elle fera

faire assemblée pour se résouldre Par quoy , sa

■ Majesté n'est hérélicque^ et ne peull estre c.rcommaniée ' . »

C'était perdre le temps; le capitaine La Fosse était hostile à Henri IV, et ne cachait point ses sentiments. Qu'on juge , cependant, des dispositions d'un gouverneur qui voyait et entendait tout cela sans mot dire? Partout, ces appréhensions de quelque attaque de la part des huguenots, avaient été un signal de sédition , et le mot du guet de la ri^'volte. Qu'allait-il en être de la ville de (laen , dont la défection devait entraîner inévitablement celle des autres villes de la province demeurées jusquelà fidèles? « Chacun, dans Caen, estoit tuinbé en grand'trémeur et craincle". »

Perplexité La perplexité surtout était grande dans le Par-

du Parlement. , !•> • V ' \- 1^ Il i i.-

La plupart Icment , lui a qui 1 edit royal de translation avait

(les membres pj-Quiis daus la villc toute seûrcté et liberté '. Les coude cette '■

compagnie, joRCtures dcveuaut si criticfues, il aurait fallut serrer

ne se croyant

point en sûreté, les raugs , demeurer fermes en ce poste de péril et

quittent la ville.

Neuf magistrats .

seulement

demeurent i /{eg.secr.,C:mi,7 iu'm \:.00. ' /?f^..yccr., Caen, 30et;31 mai l.iCO.

il leur po'ite.

^ Lettres patentevS (te translation , ft-vrier l."!89. — Âeg. secr.f

Caen , ';>(> juin l.'iS'J.

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