HE MU IV
(l'honneur; par tant de résolution, imposer aux factieux, enhardir les timides, et décider les irrésolus. C'était ainsi que Groulart avait compris son devoir ; et ainsi l'entendirent phisieurs autres magistrats avec lui. Mais il y en eut aussi, et c'était le plus grand nombre, dont ni les prières ni les exemples de leurs intrépides collègues ne purent jamais vaincre la frayeur; on parlait d'ailleurs de maladies épidémiques; en un mot, Caen n'était plus un poste tenable. Le 28 août , réunis au palais, dans le plus grand secret, présidents, conseillers, gens du roi, exprimant leurs irrésolutions et leurs craintes, « Plusieurs de Messieurs, à raison de tel émynent péril , déclarent qu'ilz entendent se retirer en lieu de seûreté pour leurs personnes , aultres que la ville de Caen, où ilz ne voyent que une présumption véhémente ou de révolte ou de pernicieuse et sanguinaire sédition » ; on délibère, et la ])eur l'emporte. « La pluspart de la compaignye se résolvent , pour éviter au danger de leurs personnes et mespris de la justice , de quitter la ville. » Tous ont senti, néanmoins, combien cette vive frayeur en des magistrats pourrait entraîner d'inconvénients à sa suite, si dans Caen on venait à connaître cette résolution, qui en est un si éclatant témoignage. La délibération demeurera donc au secret du registre. Les vacances, qui s'ouvrent d'ordinaire à cette époque, et quelque peu de
l'AULKMK.M DE iNORMAXDIE.
Des
letlrps patentrs
autorisent
le Parlement
séant à Cacn
à rendre
(les arrêts,
au nombre
<l<> vp/;/ juges ,
an lieu de dix.
Scènes
tumultueuses
à Caen ; mêlées
entre la garnison
du chAteau et les bourgeois;
plusieurs des combattants
périssent.
Ce mouvement
populaire
est apaisé
par le premier
président
Groulart.
(lioctobrc 1580.)
contagion qu'on a ressenti dans la ville, seront \c motir avoué dn départ des magistrats intimidés ou indécis qui .s'enfuient '. Le lendemain , neuf"]\\gçs, seulement sont réunis au palais, au lieu de vingttrois qu'on y avait comptés la veille. Neuf juges 1 Voilà encore une lois tout le Parlement de Normandie; et pendant quelque temps il sera réduit à ces neuf magistrats intrépides. Mais, lilienne Pasquier nous le disait tout à l'heure , ayons égard au poids plutôt qu'au nombre. Cette compagnie ainsi décimée, ayant à sa tète un chef si résolu , saura bien, elle seule, tout contenir et tout sauver. L'embarras était de juger à si peu; on en fut quitte pour obtenir des lettres patentes qui , au lieu de f//;z; magistrats , lequis naguère, dans le Parlement de Normandie, pour rendre des arrêts " , n'en exigèrent plus que acjit seulement, « donnant telle force à leurs décisions ainsy rendues, que si elles eussent esté données au nombre compétent '. »
La Yérune, s'opiniatrant dans sa folle idée, et en venant à l'exécution , avait enfin tenté, le 12 octobre, de mettre garnison dans l'iiotel de ville et au poni de Sainl-Pierre. Mais il put reconnaître
' Reg. secr. , Caen , 28 août 1589.
' Edit de François I", 2!) avril i:)22.
"* Lettres patentes du 23 octobre 1.")80. — Reg. secr. Caen novembre l.'>8r).
IlK.M'.l IV
lout d'abord quels sages avis le Parlement lui avait donnés. Au premier bruit de cette tentative . tous les bourgeois, prenant les armes, résistèrent aux Iroupes de l'imprudent gouverneur. Lue violente mêlée s'engagea, où des deux côtés périrent nombre de combattants, le capitaine La Motte- (^orbinière, entre autres, qui commandait les soldais de La \érune '. Ce pouvait n'être là que le prélude d'autres combats plus sanglants encore, et dont il n'était pas facile de deviner l'issue. A Caen , dans tous les esprits, régnait « grand eflroy et craincte de sédition et combat entre les bourgeois et serviteurs du roy, et les suspectz de la Ligue". » A qui i<- premioilut due, en ce moment decisu, la persistance de (wonhnt Caen dans le devoir, lorsque les ligueurs rerar- "^''"^^e
l r> r> le gouverneur
daient déjà peut-être où ils pourraient arborer les ^^^ yémnc
lies snggeslion.s
étendards de Mayenne, et introduire les alFidés de de la Ligue,
-iT.,, -A ni II- • V !>• ' • 1 cl l'attache
Villars'J loute la glou'e en revient a I uitrepide à la cause Groulart, médiateiu" révéré de tous, qui, quatre ,!,'^ ''f"" '^\
' ' J ' 1 (Octobre 1589.)
OU cinq jours durant, tanlôt à Ibôtel de ville, tantôt au cbâteau , disait aux bourgeois, à La Yérune, aux catboliques, aux religionnaires, tout ce qui pouvait détruire leurs défiances , calmer leurs ressentiments, et amener tous les habitants à désirer la paix. Deux ou trois jours, « Messieurs
' Beg. secr. , Caen , 13 octobi c lo89- ' J!fg. secr., Caen , 13 octobre l.")89.
/,:,() rAr.i.r.MEXT nr. normandif..
(In Piulemoiil no vinrent point au palais, estajit cmpeschéz à pariner ce tnnuilte » , sous la direc lion de (îroulart '. J^es énergitpies et persévérants ellorls de ce diiiiie président enrent un succès plus grand qu'il n'avait pu l'espérer peut-être ; car, outre qu'il sut maintenir tranquille et soumise une ville à la veille tout à l'heure d'èlre mise à feu et à sanji, il sut aussi (c'était le point important et difficile ) , il sut fixer à jamais dans le devoir le jiouverneur ébranlé. Au château, dans de longs et vifs entretiens, il réussit , non sans peine , à désabuser La Yérune . qu'avaient séduit les ligueurs; il allait bientôt l'amener à rendre au roi les services les plus décisifs et les plus importants. Plus tard, maltraité par Henri IV , à Caen , dans ce château même où il avait fait de La Yérune un rovaliste. et de (^aen ime ville à jamais fidèle et sûre, dans ce château dont les pierres auraient pu redire ces miracles de dévoûment , on aime à entendre la réponse de Croulait aux injustes reproches d'un monarque trop souvent oublieux des services qui lui avaient sauvé sa couronne : « J'ay une grande consolation en nioy-tnesrne , Sire ; car, je niUn puisranter, vous me parlez là en tin g lieu où il fut bien besoin ^ en 1589j (jue je vous feisse ung signale service; car si ^ alors, j'eusse tant soit peu branle au manche, vous
■ Reg. sicr. , Crvw , i;i, li, 10 octobre IJS'J.
iii:\r.i i\. ',,,1
ne seriez maintenant en peine de me parler ^ d'autant ffiie vous ne (eussiez entré ilans la Normandie. J'en rappelle rostre souvenir ; j'ay ceste confiance de m'en pouvoir vanter ^ et ung regret que ce soit le mesmc lieu où mon maistre tne monstre estrefasclié ' . »
La religion du roi élant maintenant le 2;rand mot ^^^ Parlement
"^ ^ séant à Caeii ,
des ligueurs , et le motif apparent de leur persis- exhorte Hem iiv
1 I ' I I r» I 1 TVT !• à faire profession
tance dans la révolte, le Parlement de iNormandie de la religion aurait voulu que Henri IV se hâtât de leur ôter ce <«t''">'vie.
T. Pt-u de sucées
spécieux prétexte, si puissant sur tant d'esprits. Je cet e
di-niarche.
Dans l'arrêt même qui enjoignait à tous de reconnaître Henri IV, on a remarqué la clause qui pressait ce monarque d'embrasser la foi de ses pères. En 1589, à la fin d'août, c'est-à-dire peu de jours après la tragédie de Saint-Cloud , Henri, étant au camp de Daruétal , y vit arriver deux conseillers venus de Caen, à travers de grands dangers, lui exprimer le vœu de leur compagnie , et son impatient désir de le voir abjurer la réforme. « Sire ( lui dirent ces députés), nous vous en supplions, faictes queUjue accord , et irunissez rostre peuple divisé. Pour ce, veuillez faire profession, et embrasser, de cœur et volonté, la religion catholique , apostolique et romaine, à l'imitation de vos prédécesseurs roys, et du très dévot sainct Ijjys, qui tousjours ont ' ' >• :■-
heureusement gouverné et administré le royaulme en
Gronlnrt . T'o-ias.rs en Cour, rli.'ip. I.
/,.-,') l'AKLKMEXT DV. XOnMANniE.
reste religion. Pdv-ln ^ rostre royaiilmc sera incontinent pefisihie ; rostre pet/p/e se monstrera alfectionné à vous oheyr , et rostre royaithne sera (n atissy grande splendeur :, et aiissy ^orissant f/ii'il a lousjours esté. » Henri IV, répondant très amplement aux deux députés, sur d'autres points des remontrances qu'ils venaient de lui faire, s'était coulent*' d(* leur dire, sur celui-ci (le plus important de tous), « qu il avoit baillé sa déclaration pour le regard de la conservation de la religion catholique , et qu'il y donneroit bien ordre. » C'était précisément ne rien dire; et, après ce que nous avons vu qu'il écrivait alors à Du Plessis-Mornay , encore doit-on trouver bon qu'il ne prodiguât point aux catholiques d'hypocrites promesses qu'il n'aurait point voulu tenir. Celte réponse, toutefois, reportée au Parlement de Caen , ne le contenta guère , Groulart surtout ([ui avait attendu davantage. « Je suis marry ( dit-il) r/ne le royage ne s'est mieiil.v porte. Toutes foys , il fault remercier Dieu, et faire du micul.r e/ue l'on pourra '. > firoiiiar» L'on uc pouvait faire mieux, en edet , que ce
La véruno fJuG fit bientôt Groulart lui-même. Car Henri I\ AH'enn'iVun <'tant au INIaus, saus argent, sans munitions, sans signalé srrvirp. poudrcs pour assiégcr même la moindre bicoque. d('pourvu, en un mot, de toutes choses, et assez
I!f^. serr., Cacn , 7 «pptcinbrc !.SS!>.
IlhNRI IV
ij.'?
en peine , comme il semble , vit arriver un jour dans son camp des munitions en abondance , de la poudre pour lojig-temps , et d'autres secours sur lesquels , assurément, il n'avait pu compter. Se remettant alors aussitôt en campagne, Henri, en peu de jours, reprit Mayenne, Argentan , Alençon , réduisit Falaise, fit Brissac prisonnier, se vit maître, en un mot, de toute la Basse-Normandie, et en tira des fonds considérables pour l'entretien de ses troupes '. Ainsi avait-il usé de ces secours reçus à l'improviste. Or, ces secours, hâtons-nous de le dire, lui venaient de Pélet de la Vérune , que Groulart avait, non sans peine, décidé à cette démarche opportune, et à cet imj)ortant service , qu'en devaient suivre d'autres plus signalés encore. Bientôt, ce bon président se rendit au château de Falaise ; car Henri I\ avait voulu voir et connaître un magistrat si fidèle et si dévoué; et il le reçut à bras ouverts : « Je sçay (lui dit-il) que le j'en roy vous ahnoitj et que vous l'avez fidellemeiit servy. En la perte de vostre maislre j, vous en avez un autre qui vous promet de l' affection davantage ^ et qui vous le monsti era pareffect. Mais aussy aymez-moy , et plus encore que le de/funct j et contiiuiez âme bien servir ^ affm qu'es-
tiroulart
va visiter, nu
camp de Falaise,
Henri IV,
qui Tavait
voulu voir;
accueil que lui fail le monarque.
' T'nyagps en Cour, de Cl. Groulart, chap. 2. — De Thon, Hist. Unix. , livie xcviii-
I' M'.I.KMIM 1)1. \(»I!M \\l>li;.
On fait
lies oiiveiiiircs
à (ti-oulait ,
rclaliveineiit
:i l'office
de chancelier
lie France ;
il refuse,
ne voulant
point conniver
aux abus
qu'il lui faudrait
tolérer dans
cette charge.
IdiU rt'uii à hoiil de iiirs c/uicinys ( codi/iw J'cspcre (/ne Dieu m'en fera la izrtieej ayant si juste eaiise à poursuivre) , vous vous ressentiez du bien quejej'eray à ceulx qui m'auront aymc\ » Le monarque, parlant à Groulail de ce ([u'avait fait à Cacn le Parle- j ment , à l'époque de son avènement à la cou- ! rojine . et lors de la sédition du mois d'octobre, i se félicitant aussi de l'heureuse conversion de La 1 Vérune , ne tarissait point en éloges pour des magistrats qui l'avaient si bien servi, et sans lesquels (disait-il) il n eût pu s'acheminer vers ces quartiers. 11 louait son i'arlenjent de Normandie d'avoir si bien su empêcher les desseins des ennemis.
La Vérune. en récompense de ce service, fut fait lieutenant de roi dans le Bailliage de Caen". A quoi donc Groulart Jie pouvait-il pas prétendre aujourd'hui, lui si ambitieux, au dire de Davila, et dont (à l'en croire) D'Emery de \illers n'avait pu s'assurer naguère que par la perspective des plus grands honneurs? Or, écoutez comme cet italien l'avait bien su juger! Au camp de Falaise, on oflVe à Groulart la dignité de chancelier de France. C'est le fameux D'O , surintendant des finances, qui a été chargé des pourparlers de cette alîaire. Mais (et il ne le dissimule pas à Groulart), il y
Voyages en Cour, do Cl. Groulart, rhap. '.?. Reg. secr. el de lUijip. civ., C.aciJ , 30 mars lâ'JO.
HhXRI IV. 4j;,
aura, clans cette grande charge , de nombreux abus à tolérer, d'autres non moins grands à commettre. Youdra-t-il s'y prêter; consentira-t-il du moins à fermer les yeux? Le surintendant a eu mission de le pressentir à cet égard. « Non , si Je devenais cliancelier (répond aussitôt Groulart) , je me comporterais tout autrement. » C'en est assez, les sceaux de France retourneront à Huraut de Chéverny, homme moins raide , qui n'aura point tous ces scrupules, et qui sera phjs commode en une cour où déjà tant d'intrigants se démènent. « Ils avaient bien veu que je n'estais point leur homme (disait Groulart dans la suite); aussy ne m'en ont-ils plus parlé. »
Caen étant maintenant paisible , et Henri IV, par j ^^ ,„e„,ijres ses succès, s'acquéranl chaque jour des partisans, ^lu raiiemeiu
1 J. J 1 - qui avaient
peu à peu revenaient à Caen, et les majiistrats qui quitté Caen
. . , , , *" , en août 1589,
s'étaient enfuis à la fin d'août 1589, et d'autres reviennent
,, , . . ^ . peu à peu;
que 1 on ny avait point vus encore. Les purgations d'autres recommencèrent, plus rigoureuses qu'aux pre- '^ypndentaussi.
^ i o 1 r Épreuves
miers temps. 11 fallait, maintenant, dire en détail difficiles qu'il
, ... 1 • I '^"'' f'''!'*''^ subir
ce qu on avait iait , non pas seulement depuis la pour être admis terreur panique du mois d'août 1589, mais lors des leilrsXnctions. barricades de Rouen, mais avant, mais depuis surtout cette funeste journée, que les INormands fidèles ne se rappelaient jamais qu'avec horreur. Quels maux avaient soufferts tous ces magistrats , quels périls ils avaient courus! 11 faut renoncer à en donner une exacte idée; et ceux, par
45fi rAKl.K.MKM' I)K .\<)1'.\1 A.NDIi:.
exemple, à c[ui on rcpiocliait c^a^oi^ (|iiillé llouen bien lartl, all(''i;uèreiît « la coiiliiiualion , on pluslost l'accroissement el augmentation des fureurs premières et forces précédentes, les plus grandes rij^ueurs et violejices, avec si exacte et si curieuse garde sur ceulxqui estoicnt demeuréz-là douljteux et suspectz au parlv qui comniandoit, que la sortie qui , auparavant, avoit esté fort difficile, esloit devenue, à la fin, presque impossible '. » Et, durant ce séjour forcé, que n'avaient-ils pas eu h soufiVirde la lyrannlc et barbarie des ligueurs! Insultes, violences, menaces de confiscation de corps et de ])iens, pour quelques-uns; la prison pour d'autres; pour tous, de fortes amendes ; le despotisme du conseil de l'Union, qui, seul, pouvant permettre aux magistrats de sortir de la ville , s'y refusait toujours; \\n odieux et infatigable espionnage, qui leur enviait jusqu'à l'exercice, si nécessaire aux hommes d'intelligence et d'étude ! Parvenaient-ils enfin à tromper la vigilance de leurs oeoliers et à s'enfuir de cette capitale rebelle? Dans les cam- ' pagnes et sur les chemins, les attendaient encore d'autres périls; leur letraile était bientùl connue; les maisons où ils s'étaient Haltes de trouver un sûr asile , étaient assiégées par des hommes armés d'arquebuses; si les villes fidèles où ils s'étaient ré-
Ilrg. scrr. , Cacii . lo juillet I,>,S'.i.
hi;m\i IV. '^-^■^
lïigié.s tombaient au pouvoir des ligueurs, ils se voyaient en butte aux insultes, aux outrages, saisis par les soldats, menacés d'être conduits à Rouen, les pieds et poings liés '. Renonçons à dire ici quels membres du Parlement furent ou traînés aux prisons, ou poursuivis pour y être jetés, ou enfin mis à rançon; il nous faudrait presque les nommer tous. Pour ceux qui s'étaient enfuis de Caen , au mois d'août, ils avaient trouvé en chemin ces dangers, ces maux qu'ils s'étaient flattés d'éviter, et de pires encore. Attaques sur les grands chemins, arrestations, prison, rançon, injures, menaces, violences, mauvais traitements, dont plusieurs avaient failli mourir; tempêtes sur mer, sièges ù soutenir dans les châteaux, dans les abbayes où ils s'étaient réfugiés; voilà, en peu de mots, l'histoire de tous ces magistrats, et ce qu'ils avaient gagné à déserter , un instant, le poste d'honneur'! Les aventures du conseiller De Pipray de la Yil- Aventures
1 1 • 1 '^'■^ conseiller
lais, entre autres, semblent tenu- du roman, et ne jean de Pipray, sont, hélas! que l'histoire. Comme il allait à Ber- deia'mais. nay et passait près du parc de Plasues , étaient venus à sa rencontre vingt-cinq ou trente hommes à cheval , revêtus de cuirasses, ayant à leur tête deux
' fieg. secr. , Caen , 30 mai lo90.
' fieg. secr. , (?aoii , I.)9(), jxissim , notamment du V) i('\r\cv et joins snivaiits.
458 PAULKMJîM de NORMAMJIK.
gentilshommes)igueurs,FontenayetNonant, l'eflroi du pays. En l'apercevant, nn des cuirassiers lui avait tiré un coup de poiclrinal, qui abattit son chapeau, etl'allait tuerinrailiiblement, s'il n'eût promptement baissé la tète. Qui rive? lui criaient tous ces soldats en se pressant autour de lui , qui vive? — « Vive le roy ! » répondit résolument l'intrépide magistrat. A ce mot, toute la bande indignée s'était ruée sur lui ; la fureur de cette soldatesque était au comble. « C'est vous que nous demandons (criaient Psonant et Fontenay, outrés de colère) ; il fauU venir au conseil de l'Union à Rouen; ces conseillers au prétendu Parlement de Caen font plus de mal que les i^ens de guerre , puisqu'ils dégradent de noblesse les gentilzliommes qui ne veulent suivre les héréticques; aussy méritent-ilz qu' on les punisse et cliastie bien. » — \in parlant ainsi . ils le fouillaient curieusement, l'accusant de colporter des instructions du président Groulart , pour faire des menées au pays. A la fin , ils l'avaient traîné au château de Serquigny , où il fut incarcéré, dépouillé de ses habits , de son argent, enfermé dans une chambre, gardé à vue; au point que, s'il voulait prendre l'air par une fenêtre : « Monsieur ( criaient ses gardes ) a de/fendu que vous ne regardiez point par la. « — « Si Je tenoys ce gros homme icy ( disait un autre) , /V luy mec- Irois une corde au col; mais, premier qu il m'escliappast j j'en auroys trois mille escus. » — « Ilfault
HENUI IV. 4jy
( disait un troisième ) /uy donner ung coup de pisioUc par la teste, s'il ne veiilt venir à raison j ou le mener à Rouen. » Ces misérables, enfin, « le traictèrent si cruellement, que, depuys ce temps (disaitil dans la suite), je ne portay aulcune santé. » L'argent seul pouvant le tirer de cet enfer, il avait souscrit, devant les tabellions de Bernay, une obligation de douze cents écus, sous la caution d'un sieur de Menneval; et, àcette condition, sa prison lui avait été ouverte. Mais , n'ayant pu payer sur l'beure qu'une partie de la somme promise, « les ligueurs le faisoyent, cbaque jour, guecter jusques aux portes de Bernay , avec menace de le tuer. » Puis, bientôt, celte ville ayant été prise par l'armée de la Ligue, que commandait Tavanes, le conseiller De Pipray lut de reclief arrêté prisonnier par les soldats de Fontaines-Martel, un autre cbef de ligueurs. A Rouen , ses biens étaient pillés, ses domestiques incarcérés, ses petits enfants menacés; « dont, de fascherie, il tomba, de nouveau, malade, quelque temps; enfin, à l'ayde de ses amys et an péril de sa vie, il s'estoit eschappé '. »
Au milieu de telles conjonctures, personne n'a- Ondécouvieque vait-il balancé, et aucun courage n'avait-il failli ? membres En février 1590, les membres du Parlement se ^i« Parlement
ont tergiversé
l'etrouvant à Caen, en assez grand nombre, courut dans leur
conduite.
' nés;, secr. , Caen , 19 avril , 20 et 22 mai 1590.
iOO PARLl'.Mli.NT l)i: .\OK.\lAM)Ili.
loiis tout-à-coup le I)ruil tiue plusieurs tic ces uiaj^is-
los incinbres de i i i o
cette coiiip-ignic, tiats avaient, depuis les troubles, présenté des
sans exception, ^ i i nii -i i
subissent requeles au duc de Mayenne et au conseu de
de nouvelles et i'tt • ''il /'^ i • ] t ^
, J Lnion, pour (ni il leur lut permis de retournera
plus rigoureuses '11 I
épreuves. Roucn , liubiler leurs maisons et exercer leurs offices*. De là, grand scandale par la ville, au palais surtout , et dans le Parlement, dont les membres purs se désespéraient de voir planer sur le corps une accusation si flétrissante à leurs veux. Alors, donc", recommencèrent, plus rigoureuses que jamais, ces épreuves , ces pur gâtions ^ dans lesquelles chacun devait tout dire, et subir ensuite les investigations les plus sévères et les plus minutieuses. Nul n'en put être dispensé , pas même ceux-là qui, les premiers, s'étaient rendus, en 1589, au poste d'honneur. Le premier président Groulart, avant tous les autres, descendant de son siège, alla se placer là où chaque nouveau venu devait paraître avant d'être admis à s'asseoir parmi les juges, et fut comme contraint de se louer lui-même , puisqu'il lui fallut raconter sa conduite avant et depuis la révolte. ABassompierre, qui, en septembre 1589, le pressait, par ses lettres, d'adhérer à la Ligue, ou du moins de demeurer neutre, se rendant garant qu'à ce prix « il ne luy seroit fait aucun desplaisir en sa personne ne biens» ,
' Bcg. .vf-r/-. , Cacn . 17 f<'M icr l.)9i>.
Groulart avait répondu « que la voye estant ouverte à toutes les meschancetéz , par les impunitéz qui avoient cours, il y avoit peu d'asseûrance pour les personnes qui suyvoient une voye douice et tranquille '. » En un mot, il était demeuré ferme sur la brèche, laissant à la merci des lis^ueurs, outrés contre lui, sa maison de Rouen , qu'ils dévastèrent, et son château de Saint-Aubin-le-Cauf (près Arques ), qui, condamné à être rasé, n'échappa que par une sorte de miracle. Epreuve critique et périlleuse, dont d'autres, comme lui, sortirent purs et resplendissants de fidélité, de dévouement et de courage , mais où plusieurs aussi devaient succomber sans ressource. Car, en des conjonctures si difficiles, des élus même avaient pu balancer. Quelques-uns donc, et il leur fallut bien le dire, avaient été pris de peur, avaient hésité, avaient paru, un instant, adhérer à la Ligue, ou du moins transiger avec elle. Après la catastrophe de Saint-Cloud , et les déclarations de Henri IV et des princes, l'avocat général Thomas de Verdun avait été entendu, disant a c/ii'U attendait que les six moys dans lesquelz le roy avait pran^ys d'assembler ung cancille paur s'instruire et se faire eatlwUque^ [eussent passez , et que si, ensuite j, il ne se déclarait eatliolique j luy Thomas ne luy serait plus serviteur " . »
' Itfg. secr. , Cacn . 9.0 février l,)9i». ■ Jlri^. srcr. . Cani . 17 mars 1.S90.
462 l'AIïLEMENT DE AOIIMANDIE.
S'enfiiyant de (lacn au mois d'août 1589, il s'était rotiié àNévillc, enCaux, chez un sieur de Bréauté. goulilhoniine peu afleclionné au service du roi. Le conseiller lîusquet de Cauraont s'était laissé nommer capitaine, à Rouen , par le duc deMavenne, et disait, pour son excuse, qu'il n'eut [)u résister sans péril de sa vie '. Mais on le tenait pour indécis; logé chez un bourgeois de Caen , suspect, et le quittant pour aller demeurerchezun aulrequi ne l'était pas moins : « vous sortez (lui avait-on dit en plein Parlement), Vous sortez de la maison d'un ligueur , et allez loger e/tez un g aultre; les ligueurs s' entre-rechere/ient tousjours ' . » Ces magistrats irrésolus étaient tancés par Groulart. qui ne les ménageait pas. Thomas de Verdun , par exemple , « fut admonesté de faire mieulx son debvoir que par le passé , à faire les réquisitions , et prendre conclusions pertinentes contre les ligueurs et rebelles, et pour l'extirpation de la Ligue; de se monstrer enfin plus aifectionné et diligent que par le passé ; sans quoy, la court seroit contraincte y adviser et procéder par censure convenable \)) Au greffier en chef civil De Boislévêque, sieur de Saint-Léger, que les meneurs
' Rcg. secr. , Caen , 'i août l,j8ft. ' Reg. .secr. , Cmn, 29 avril i:>OI.
' Rfig. .tecr., Gacn, 7 juillet l.iSO.
inùXRi IV.
^lO,-!
(le Rouen avaient voulu aussi élire capitaine, et qui avait fait , auprès des magistrats ligueurs , je ne sais quelle démarche équivoque , pour tirer de cette ville sa femme et ses enfants, Groulart objecta que « ç'avoit esté , de sa part (comme l'on <lisoit ) , s'ellorcer de prendre la pie au son du tabourin '. » Au conseiller Turgot, venu à Caen, un peu tard il est vrai, on avait reproché «beaucoup de foiblesse pour se maintenir au service du roy » ; il avait été « admonesté de s'y monstrer, à l'advenir, plus vertueux et fervent".» Après avoir été Le Parlement
,, -iii • '.-i repousse
ainsi increpeSj, ces magistrats du moins étaient re- plusieurs de ses eus. Mais, pour ceux que l'on pouvait convaincre '"«''"'^■«'sn"'om,
* ■■■ -i *■ par des actes,
d'avoir présenté des requêtes à Mayenne, ou au semblé reeon-
., , ,,T- • i> • naitre la Ligue.
conseil de 1 Lnion, d avoir reconnu en un mot une autorité usurpée , il n'y avait point de quartier '. Le conseiller Pipray, qui, après son incarcération au château de Serquigny, voulant sauver sa femme et ses enfants en péril, et ses biens qu'on allait vendre , s'était laissé entraîner à signer une requête au conseil de l'I nion , ne put jamais trouver grâce devant le Parlement , malgré toutes ses infortunes, dont naguère nous faisions le récit. On avait été trois fois au scrutin pour son regard ; et quelques
■ Beg. secr., Caen, 14 juillet lô9o.
' Reg. secr., Caen, 14 février lô94.
' Reg. serr. , Caen , '?. mai l.)9().
/,,-,', i'\Ri.i:\ii.NT ni: xoRMANnii:.
Ijullelins allaienl à l'admettic; mais l'avis du plus grand nombre fut de « le renvoyer devers le roy, se pom^veoir» ; il y avait eu des voix pour l'exclusion sans retour \ Il ne fut enfin reçu que plus tard, sur les ordres formels de Henri 1\, et en vertu des lettres patentes les plus expresses '. La même chose arriva à d'autres encore; et, le croira-t-on , au conseiller De Hally de la (^hapelle- Bayvel, lui venu naguère à Caen , l'un des premiers, et que ses services actifs et fort utiles depuis la translation , semblaient devoir protéger contre tant de rigueur. Maislorsqu'avait éclaté la révolution de 1589, tourmenté dans son château de la Chapelle- Bayvel ( non loin de Cormeilles), par Pierrecourt et d'antres meneurs qui le signalaient aux brouillons du pays, et devenu le point de mire des méchants, il s'était laissé aller, pour le besoin d'une affaire, à donner piocuration à un parent, de prêter, en son nom, serment à l'Union. Cette faiblesse, révélée à Caen en juin 1590, après qu'il l'avait si bien réparée, et lorsqu'il y avait un an ({ue, dans cette ville, il rendait au roi, chaque joui', les plus signalés services, le fit exclure aussitôt par sa compagnie; ses instantes prières n'y avaient rien pu faire. Pendant plus de deux années entières, il de-
' r>ec;. srrr. , Caen, 0 avril et 3' mai I.SîiO. ' Brg. srcr., Caen , 17 et '.M Jtiillcl 1.S90.
Hl^MlI IV,
meura ainsi interdit, et ne rentra, dans Ja suite , qu'à grand' peine, et avec des lettres-patentes de Henri IV, et des lettres de jussioii, qui ne permettaient point de le repousser plus long-lemps '. Aux avocats, aux procureurs, avaient été donnés dixhuit mois de répit ; après quoi , par un arrêt, furent rayez de la matricule et registres de la court ^ ceux qui étaient restés à Pvouen , « y exerçant leurs charges soubz les juges de la Ligue, leitans leur séance au palais^. » Ils avaient , assurément, le droit d'être sévères, ces magistrats qui, parmi de si grands dangers, au prix de tant de sacrifices, '"p"'^''«
*- *- ^ du Par
s'étaient maintenus purs et inaccessibles à la se- sacrifices
1 • • • >y 1 -rv T» l>^ auxquels
duction, auisi qu a la peur. Dans Rouen, d ou il leur avait été si mal aisé de s'enfuir, tous presque avaient des pères , des mères , des compagnes , des enfants en bas âge , qui ne les pouvaient suivre, et qu'il leur avait fallu laisser au pouvoir d'ennemis acharnés, dont leur évasion clandestine n'avait pu qu'exciter la colère. Le conseiller Lecornier de Sainte-Hélène avait ainsi abandonné une mère malade et deux enfants presque au berceau; encore s'excusait-il d'avoir un peu tardé". Le conseiller de Boislévêque s'excusait aussi , lui ,
Dangei-3
qu'avaient
courus les
membres fidèles
lement ;
ils s'étaient résignés.
' Beg. secr. , Caen , 7 et 8 juin 1690, et 27 février 1593. - Reg. secr. , Caen, 17 décembre 1590.
'• fieg. secr. , Caen, 2! .juillet 1589.
nr. 3o
466 rAP.LEMF.M T)V. N01;MA.\F)IF.
arrivé à (>aon un mois seulemenl après les plus empressés; il se reprochait d'être venu si tard : a Mais ( disait-il ) je nie surs laisse uug peu vaincre à la pieté paternelle j (/iiand journellrnient et à chacune heure j une pauvre mère désolée se présentait avec six petits enfants aagéz le plus aisné de huict ans , qu'elle me remonstroit aller estre plongez j, avec elle, en une mer de cruaultéz et rigueurs , s' Hz perdaient la présence de leur père. Pourtant, enfin^J'ayaban- ' donné femme et enfants, n'ayant pu les faire sortir avec(jues moy, et me siiys enfuy , au très grand hazard de ma vie '. « ' Et à quels périls ils laissaient en butte des êtres
si chers. Etienne Pasquier nous l'a bien su dire , lui dont la femme, incarcérée à Paris, après la fuite de son mari, vint enfin le rejoindre à Tours, l'embrassa, puis mourut aussitôt de saisissement sous iniortuMPs ses vcux'. Lc mallicur d'un de nos magistrats émi-
rlu conseiller . i Ml T> il/"" •. r i
Bus upt grants, le conseiller Ijusquet de Laumont, tut deCan.nuiit. p|^^ç, grand cncorc. Après les bari"icades de février 1589, nommé, malgré lui, par les ligueurs , capitaine d'une compagnie de la garde bourgeoise, il s'était bientôt enfui de Rouen, y laissant sept petits enfants , dont l'aîné n'avait pas neuf ans, et sa femme dans un état de «irossesse avancée ; c'était
• Reg. sccr., Caen , 19 juillet 1689.
' Est Païciuior, livre xiv . lettre G""".
pour apitoyer des tigres. Mais sa fuite avait exaspéré les lî Joueurs, outrés d'avoir en vain compté sur lui. Non coutents de saisir tous ses biens, « ilz ' avoient réduict la damoyselle sa femme, grosse d'enfant, en telle trémeur et crainetc, qu'elle en estoit décédée, ainsy délaissée par luy son mary » ; les sept petits enfants étaient restés sans mère, et séparés pour bien long-temps de leur père'. Et maintenant, confessons qu'en fait de devoir et de ftdélité, ces magistrats étaient peut-être en dioit d'y regarder de près.
Au point , d'ailleurs, où en étaient arrivées les combien choses, une mexoraljle ngueur semblait devenue seniimeufs était
t • T T> • 1 T • •! r II •■ 1 • • nécoss^ire dans
necessan^e. Le lloi , ou la Ligue, il lallait choisir, le pariemeiu. Ou'eùt pu d'énergique et de suivi, pour la cause Dani^ers que
*- A '-' ^ i courait Caen, 0!,
royale, un Parlement dont les membres auraient avec cette viiic,
.,,, ,, ^ , ;i. la Normandie
eu des intelligences au dehors, dont les résolutions lom ei.nère. importantes auraient transpiré, dont les mesures, n'étant pas unanimes, auraient rencontré, dans l'exécution, des difficultés inopinéeset insolubles; { dont quelques membres, complices secrets des ligueurs, auraient pu rougir devant ces rebelles, ces conspirateurs, que chaque jour on amenait à leur barre" ; devant les évêques, les chapitres, les
' Beg. secr. , Caeii , a a\ ril 1 o89.
' ' ISon potost aiictsiritateni haïjerc scnteiiîia , ubi qui damnan- (lus est clainnat. « — Sénèque , cité i)ar Grotins, De Jure helli Pi paris , lili. Il , <'ap. 50 . <^ 3 • "" ''•
/,«« PARI.l'MEM' DF. NOR.MAXOIF..
gouverneurs, les juges qui, tour-à-tour, venaient, de tous les points de la province, rendre compte de leur conduite, prêter serment de fidélité, subir les censures qu'avaient pu unMiter leurs hésitations dans le devoir' ; comme les officiers du présidial de Coulances, par exemple, qui lurent * incrcpéz, pour liaison de leur négligence d'avoir vertueusement , et en bons et fidèles ofpciers ^ serviteurs et subjectzdti roVj résisté aux rebellions et entreprises de De Vicqueset ses adhérents ^ complices ligueurs, et souffert les prédications sédicieuses faictes par les ecclésiastiques rebelles ' . «
Mais bien sûr, désormais, de lin'-même, le Parlement de Normandie^ pouvait déclarer à la Ligue une guerre à mort. Conserver Caen au roi , devait être sa première pensée; Caen, « ville capitale et principale de ceste Basse-Normandie, et sans laquelle ( disait Groulart ) tout le pays pourroit estre occupé par les ligueurs et rebelles^.» On a vu sesluttes avec LaVérune; tout en péril quelque temps, et bientôt tout sauvé par un eflbrt inouï de Groulart, au moment où (iaen semblait perdu sans remède. Cette ville, depuis la révolte de Rouen , avait été le point de mire de tous les
' Reg. srcr. , Caon , juillet , noùt l.)8n , passim. ' neg. .srcr. , Caen, 29 juillet 1589. ^ lieg. sccr. , Caen , 1 1 sept. 1,J90.
lij^ueurs de la province, qui sentaient bien qu'il ne leur fallait plus qu'elle , en Normandie , pour devenir les maîtres du reste.
Mais il y avait eu naguère dans notre province un Activité
. 111 • \ I I '^^ Parlement
Eclnquier « estably du souveram a garder sa terre » ; ^ déjouer un Échiquier à qui appartenait de « regarder de 3^' càen e't'sTutoutes parts ainsy comme les yeulx au prince'. » Le 'es autres viiks
I "^ » ' demeurées
Parlement succédait à cet Echiquier , et il le fit fidèles. bien voir en des extrémités si pressantes. Villars, Tavannes, De Yicques-Lislemanière, Pierrecourt, Du Tourp, Lon<'champs, La Cressonnière , La Grimonnière , Beaulieii , La Borderic , La Hériniére, ne formèrent jamais une entieprise sur Caen, que le Parlement, averti aussitôt , ne fît tout pour mettre cette ville en défense. Montpensier , La Vérune , trop oublieux de l'immense importance *
de ce poste, toujours prêts à ôter à cette ville les faibles troupes qui se trouvaient dans ses murs , et aies envoyer aux armées, voyaient souvent le Parlement les avertir de la faute énorme qu'ils allaient commettre, et leur donner avis d'une marche de l'ennemi, qu'ils avaient ignorée, et que prouvaient d'irréfutables indices. Un jour, c'était l'ar-
' Le Grand Coustuinierdu pays et duché de yorinendie, chap.-3 : « De Justice. «
- Le Grand Cous fumier du pays et duché de Normendie . rh. 50 : " De Eschiquier. »
470 l'ARLEMKM l)K .NORMANDIE.
mée du duc d'Aumale , qui était devant Touques ou à Saint-Sauveui-siH-Dive ' « A Sainct-Sauveur. iiz avoienl tué quelques liabitans, cl l'aict des prison nyers; iJ y avoit danger qu'ilz ne s'emparassent du fort estant en l'esglizc du dicllieu, pour le tenir contre le roy, à la ruvne du pays".» Une autre fois, le vicomte de Tavannes voulait assic'iier Orbec, et on lui soupçonnait des desseins sur (^aen"^; « les ligueurs s'estoient cslevéz en nombre vers Argentan" » ; ou l)ien , De Yicques, dit V Uc- Miinil'rCj tenait le régiment de Draqueville assiégé dans l'église de ^ illedieu ^' ; ou bien encore, l'ennemi était à Pontorson . et pouvait s'avancer'^. « Il y avoit péril et danger imminent de surprise par les ligueurs sur la ville de Bayeux. » Le Parlement l'écrivait, en baie, au gouverneur Du Fresnay". De Tjernai , que les ligueurs venaient de prendre un jour, on savait qu'ils voulaient marcher sur Caen, et j)arlaient déjà iVcn brider les faubourgs**. Un matin, an-ivait à Caen la fausse nouvelle de «la prodilion (trahison) de la ville de Dieppe, par aucuns ti'abistres» , et on peut penser q-uel émoi excitaient ces mensoniies^; enfin, c'était Villars ,
■ Reg. secr., Caen , 2G nov. IJSi). '' Ite^^. secr.^ {'aen, 1 1 sopt. I.VJu.
* Reg. secr. , Caen, Ifi mai I j90. ' Reg. .yecr., Caen, 21 août 1590.
^ Reg secr., Caen , IS mai I.VJO. ^ Reg. secr., Caen , 3 oct. 1591.
^ Reg. secr,, Caen, 10 avril 1390. 9 Reg. secr., Caen , 10 mai l.'iOO. ' Reg. secr., Caen, 9 juillet l.")90.
HEARI IV. 47)
prêt à envoyer, du Havre , par mer, des troupes qui allaient descendre à trois lieues de la ville \ Il faut renoncer à dire toutes les alarmes qui , cinq ans durant, se succédèrent ainsi, dans Caen , chaque jour; alarmes trop fondées, hélas ! car tout l'eflbrt des ligueurs semblait tendu contre cette ville, dont la possession eût été , pour eux, d'un si haut prix. Leurs troupes s'avancèrent un jour jusqu'à Allemagne , village tout voisin , où elles firent un horrible massacre , dont il devait être parlé long-temps'". Qui, toutefois, aurait laissé faire les gouverneurs et les chefs militaires, Caen serait resté sans troupes, proie facile à qui la voudrait saisir. Heureusement, les députés du Parlement se succédaient chaque jour auprès d'eux , leur parlant « du péril émynent, pour ceste ville, d'estre surprise par les hgueurs et rebelles y; du danger de laisseï- dépourvue de forces suffisantes la ville de Caen, « aujourd'huy principal support de toute la Normandie, et dont la perte causeroit ung dommage irréparable au service du roy » ; pour leur dire « qu'il falloit que la province demeurast asseûrée contre les eunemys» ;Caen surtout ; « aultremeut (ajoutaient les députés), tout le pavs de par deçà est en péril d'estre perdu ^ « ; et il fallait
' Reg. , Caen , 11 sept. 1590.
= Eeg. Tournelle, Caen , 13 avril et 2.j mai I.S9?.
' Reg. secr. , Caen , 9 février 1691.
ly-y. VAWUMLM dj: aorma.mhk.
complcr sur « une iiiyne irréparable en cesie province de Normandie'. » Le Parlement donc faisait boucher les portes superflues de la ville, par où pouvaient arriver des surprises, réparer activement les autres; et souvent l'on vit ses membres armés iniiiynes et cu garde sur les murailles". La Ligue, si avide
«les !iH;aenrs , ' i /■> > •
dans Gain. "^ posseclcr Lacu , u avait pas man(|ue de s y ménager des intelligences qui , à la fin . l'en pouvaient rendre maîtresse. On a vu les ligueurs, après la mort de Henri }]I, s'y montrer hardiment , sans plus daigner se contraindre. Cette ville , naguère unanime, à ce cju'il semblait, dans ses sentiments de fidélité , était divisée, maintenant, en deux partis acharnés l'un contre l'autre, et qui , parfois, en venaient aux mains. Ces divisions, ces dissidences avaient, le croirait-on , pénétré jusques dans les écoles! Dans les divers collèges de l'université, on voyait maintenant les écoliers se quereller et se battre, «les ungs se disant royaulx, les autres de la Ligue. » Gi'oulart s'en prenait aux régents, leur reprochant de n'avoir point enseigné à cette jeunesse la crainte de Dieu et l'obéissance au loi , et leur adressait les dures semonces cju'ils avaient méritées^. H leiu- fallut venir ensuite aux pieds de la
' lieg. .secr. , Caen , ?,'> mars lô'JI.
" lies;, sccr. , Caen, Il septembre l.")90.
' Jieg. sar. , Caen, 17 fc\rier lô'JO.
cour, jurer « d'inslruiie leurs disciples en la religion catholique , aj^ostolique et romaine , de les nourrir en la craincte de Dieu, en l'obéissance du i roy et de ses officiers, leur enseignants que lapuis- I sance du magistrat est de Dieu , et que qui résiste à ' son ordonnance s'oppose à la puissance de Dieu ' . » Le Parlement , sans cesse en garde contre les ligueurs du dehors, ne l'était pas moins contre ceux du dedans, occupés uniquement à favoriser les autres et à leur préparer les voies. Il n'est question, dans ses registres, que de leurs intrigues, menées et trahisons. Caen, d'ailleurs, une si grande viJIe, était un asile commode pour les brouillons qui s'étaient fait chasser de villes moindres, où leurs complots séditieux n'avaient pu être longtemps un mystère. Ils y accouraient de tous côtés, '• « y estoient aussitost accueilliz librement par gens de leur humeur"»; et tous ensemble y travaillaient pour la Ligue , activement et sans relâche. Caen fourmillait aussi d'espions soudoyés par Mayenne, Yillars, De Yicques, le duc de Mercœur, le roi d'Espagne; et plus d'une fois il v en eut de surpris, comme ils distribuaient des armes aux habitants mal intentionnés^. On sent quels
' Formulaire transcrit en tête du Reg. secr. de Caen , 1589 et 1590.
■' Reg. secr. , Caen, 25 et 28 avril 1590.
' Reg. secr., Caen , 20 juillet ; ''t et 30 août I.VJO ; 23 juillet l JOa ; 3- avril , 15 juin 1593.
',74 rARLEMl'M HK NOFIMA.XDIE.
dangers courait le Parlement, au milieu de toutes ces intrigues, de toutes ces passions déchaînées. Si, à Tours, il y avait bien eu un complot ourdi par les ligueurs, pour se rendre maîtres de la ville « par la mort de tous ceux du conseil du roy, de la court de Parlement, de la chambre des comptes, et de tous les royaulx qui s'y estoient réfugiez ' » , dans Caen, ville moins bien gardée et presque sans défense, le Parlement, odieux à la Ligue qu'il combattait, qu'il réprimait sans cesse, était-il plus en sûreté , et ses membres plus à l'abri du poignard des factieux? Des moines , Lcs plus daugercux , au reste , de tous ces conspi-
de la LiRiie, ratours ct dc tous ces espions . parce qu'ils en viennent, sans ^>[aj(^>nt Ics olus avisés , Ics oUis acllfs , et pouvaient
cesse , à Caen , '^ ^ ^
cabaier avec les tout , d'aîlleurs , sur l'csprît dc la multitude, c'é-
ennerais du roi. . . • i /i
taientles moines et les prêtres, soit de Caen même, soit des autres villes, qui y venaient sans cesse, chargés de missions secrètes , et s'y succédaient sans relâche" ; c'étaient des carmes, descordeliers, des jacobins, des capucins, des jésuites, des religieux enfin de tout habit et de tout ordre, toujours prêts à exhiber leurs lettres d'obédience au Parlement, qui les interrogeait, et à alléguer quelque intérêt urgent de leur ordre , pour expliquer leur
' Palma C.iycl , Chroiiolog. nnv., preni. sérif , t. XXXIX , p. 56:». ^ Bf'g. spcr. , Caen , \i niai l.")!>n. :
IIENKI IV. 47,,
venue. Mais Ja rébellioa notoire et déclarée des monastères qui les avaient députés, et la conduite , au moins suspecte , de ceux de Caeu, où ils étaient venus descendre , leurs intrigues , qu'ils ne pouvaient long-temps cacher , leur opiniâtre refus de prier pour le roi , malgré vingt arrêts solennels rendus par le Parlement, pour les y contraindre ; mais enfin , et avant tout . les prédications incendiaiies et régicides dont, chaque jour, à Caen , retentissaient les chaires de toutes les églises, c'étaient là des signes certains , bien propres à éclairer sur le caractère de toutes ces allées et venues mystérieuses et de ces mouvements qui n'avaient point de fin. Long-temps le Parlement ne lut occupé qu'à mander tous ces religieux rebelles et nomades, à écouter leurs grossiers mensonges , à réprimer leurs intolérables insolences, à les confondre, à les châtier , à les bannir, sans que l'exemple des coupables punis semblât jamais profiter aux autres. Ici les faits s'oflfrent en si grand nombre, que, dans cette confusion, le narrateur, embarrassé, ne sait ce qu'il doit mentionner et ce qu'il doit taire. Au couvent des Cordeliers , le croira-t-on . dans le lieu même où le Parlement tenait ses séances et rendait chaque jour de redoutables arrêts , des moines factieux osaient bien ourdir une conspiration pour livier Caen à la Ligue. Le frère De Bosco , échappé à la corde pour un
47G l'ARLi;.MliM l)i: NOI'.M AM)I i;.
pieuiier complot semblable , découvert en Bretagne, et dont les autres auteurs avaient été pendus, était venu à Caen , et, à la face du Parlement, osait en renouer un nouveau , non moins hardi c]ue le premier. Le père-vicaire des cordcliers , mandé au palais , jurait que Bosco « n'esloit venu dans leur maison à autre fin , que pour y Taire profession. » Poiu' décider ces pères à congédier un visiteur si suspect , il fallut que le Parlement, par l'organe de Groulart, les menaçât « d'y mectre la main à bon escient , et à leur préjudice et scandale'. )) Scènes, Les ligucurs , bien connus, de la ville , étaient
au conveiU i i • < i i i i
des Capucins, sculs admis a entendre la messe dans le couvent
'litre les moines i • 2 T' i i i ' * i
, , des capucins . J outes les remontrances n avaient
et deux I
conseillers jamais pu décidcr ces religieux à prier pour le roi.
qu'y avait ^
envoyés Maudés , Un jour, à la grand'chambre, où Groulart
le Parlement. , , f i -i ' . i t '
les malmena lort, « ilz s estoyent retyrez miinnuraiit s , comme n'ayant ces remonstrances agréables, et persistants au refus de prier Dieu pour le roy ^. » De fait , ils n'en firent pas plus de mention qu'auparavant; et peut-être leur eùt-on encore pardonné ce séditieux et obstiné silence ; mais , de plus, leur maison était devenue comme une hôtellerie , où
' lieg. secr. , Caen , 12 mai 1590.
- lieg. secr. , Caen , ''.T février l.'i9(). -* fieg .'lecr. , (,acn. Il mai l.i'in.
iiKNRi ^^. '1-7
aiTivaicnt sans cesse des capucins du dehors, chargés de lettres et d'affaires; et comme il eii résultait, dansCaen, « grand bruit, esclandre et scandale , » deux conseillers avaient été envoyés à ce couvent , pour mettre ces religieux turbulents à la raison. Avertis sous main , ces pères se préparèrent en diligence pour la promenade ; mais ils n'avaient pu tant se hâter que les deux envoyés du Parlement ne les trouvassent à la porte du couvent, au moment où ils en sortaient vilement, deux à deux , comme gens bien pressés de prendre l'air. Rentrant alors, non sans s'en être défendus quelque temps . et après que les deux conseillers leur eurent répété plusieurs fois « qu'ilz venoient au nom de !a court , et avoient à leur dire des choses importantes au service de Dieu, au roy et au public ; » il leur fallut subir alors lui interrogatoire où parurent à découvert leur opiniâtreté et leur audace. Interpellés sur leur refus de prier pour le roi , « nous prions en particulier pour sa conversion ( lépondaient-ils ) , et pour que Dieu le veuille réduire au lïvron de l'esurlize ; mais ne prions pour luy en public, parce que l'esglize l'a deffendu.» — « En tout c^/s (disaient les plus hardis), 770US ne sommes justiciables e/iie de nostre juge d'esgUze; et il n appartient à la court de nous toucher. Quant aux religieux venus là du dehors , par nostre règle, nous pouvons , il nous appartient, et nous
47R rAni.l.MMM DE NOinrANDlf-.
entendons recevoir tous religieux de nosire ordre et profession , de quclzconques lieux qu' Hz viennent. » Pendant ce colloque , élaient siu'venus les deux moines transfuges; l'un d'eux, « le père Pacifique, fut jugé le plus sçavaut et adroict , le plus fui et advisé ; de plus, il parloil fort doulcenienl. )• Toutefois, les commissaires du Parlement, enjoignant à ces deux religieux de soriir, et menaçant les autres des rigueurs de la justice, au cas où ils continueraient de cabaler pour la Ligue , ce fut une explosion générale de tous ces moines, tant i\u dehors (^nc du dedans. « // n'appartient à la eoiirl (disaient le ])ère Pacifique et son compagnon ) , de meetre la main aux gens d'esglize; si la coûtât nous chasse , il conviendra que nous ayons patience. » Il fallut que des huissiers du Parlement vinssent les contraindre de déguei'pir . et intimer aux capucins la défense expresse de recevoir aucuns religieux du dehors, sans autorisation de la cour. '
On n'aurait pu, au reste, trouve!" dans ('aen un seul monastère où ne se passât fréc[uemment quelque scène de ce genre. Un jour, on chassa deux auguslins, «Avenus, l'un de Rouen, l'autre de Bayeux, pour espier (disait Groulart") quelque sinistrechose". » Une autrefois , ce sont deux carmes,
' Ht\z. .<ifrr.,C.nvn , 53 juin 1.00 - /irg. urr .Cncn . 7 aonf 1.S9n.
III'NRI IV. 479
dont l'un a été envoyé de Rouen par Yillars; l'autre de Landrecies par le roi d'Espagne. Le Parlement les fait expulser avec ignominie, et le prieur est sévèrement réprimandé pour les avoir reçus, « sçachant très bien que c'estoyent des espyons'. » Les registres fourmillent de faits semblables ; et l'on n'attend pas, sans doute, que nous les redisions tons dans cette histoire.
Ces iutrigues , au reste, ourdies à l'ombre des Sermon*
, A y^ • V 1» rr I sécliiieux,
cloîtres , n auraient eu guère a etiet sur les masses; prêches,
.>/,•. • I • T • chacrae iour ,
et qu etait-ce au prix des sermons incendiaires aa„>,ies causes prêches chaque iour dans toute la province , à oeCnen,,
L ^ ' A et ailleurs..
(^aen surtout, et par les religieux et par les curés de la ville , qui , tous presque , étaient des ligueurs emportés? « Pasles prophètes de tombeaux, qui, soubz prétexte de prédications , trompelloient les séditions et les meurtres, révoltant les subjects de l'obéissance que Dieu commande de rendre aux royset monarques de la terre. " » Depuis la catastrophe de Blois , pai-tout les chaires sacrées s'étaient transformées en tribunes, où ne retentissaient plus que de séditieuses harangues, propres à mettre tout en feu dans le royaume. Ce que l'on y disait
' Beg. secr. , C.aen , 24 décembre I ô9fi
■ Paroles de l'avocat-général Le Guercbois , en 1630, à laudieiicr de la grand'chambre du Parlement de Rouen , dans l'affaire Tantjucrel ; 'Mercure frnnrois . nu Hist. de uostre temps . t. X\'l, p. .')7'i
ci ,')".,.
à Paris, nous le savons par le curieux jouinal de J'Estoile ; mais les excès de la capitale furent peutêtre surpassés dans la province ; et ce que l'on osait dire dans Caen seulement, ville royale, sous les yeux du Parlement , à quelques pas du palais, et souvent même en sa présence, étonne encore, après ce que nous savons des Guincestre , des Rose, des Feu-Ardent, des Lucain et des Aubry. Ici , de nouveau et plus que jamais , les faits s'ofirent à nous, innombrables, scandaleux; et l'annaliste ji'a que l'embarras du choix. Empêché chaque jour et sans cesse à prévenir , à réprimer ces audacieux attentats, le Parlement voyait, avec douleur, s'éterniser sa tâche; et contre aucun des poisons de la Ligue , on ne le vit déployer plus d'efforts. A la vérité , il n'y en avait point de plus pernicieux, ni qui réclamât de si énergiques et de si prompts remèdes. Combien de fois, au palais, on entendit l'avocat du roi Thomas de Verdun, lui dont l'orthodoxie était si notoire , la foi si vive , pour ne pas dire si ardente , puisqu'elle l'avait fait hésiter un instant à reconnaître Henri IV, s'élever, néanmoins, avec indignation et véhémence contre « ces ambitieux qui, sçachant que la religion a une très grande puissance sur les hommes , faisoient traffic des dons et bénédictions du Sainct-Esprit , achepiant , à deniers comptants , les langues vénales d'ecclésiastiques enivif'Z d'ambition comme eulx . qui
remplissoyent la maison de Dieu d'abominations exécrables, faisoient retentir la chayre (où se debvoit presclier la parolle de Uieu) , de bruslements , meurtres , massacres et saccagements , décevant et attirant le menu peuple , les foibles et fanatiques espritz , appellant les Espagnolz au partage du royaulme ' , etc. » Quand le maréchal de Biron Mesures prises
, . , .•. 1 en vain par le
rencontrait en chemin de ces tribuns en capuchon, Parlement il ne les éparonait pas. Lors de la prise de Gour- *^^"' ■' ^''*^".'
roi l pour prévenir
nay-en-Bray, le jacobin Broussin , haransueur se- les prédications
"^ ^ séditieuses.
ditienx , qui avait mis en feu tout ce pays , et refusait de reconnaître Henri IV, fut , de l'avis du marc'chal et de son conseil , envoyé vitement à la potence'. Mais ce n'étaient point là des formes de procéder à l'usage de la justice. A peine établi à Caen , le Parlement , pour mettre un terme à ces prédications incendiaires, avait fait publier partout de menaçants arrêts , enjoignant aux évèques , ' abbés et prieurs « de ne permectre aulcun monter en chaire pour presclier séditieusement , ny user de parolles qui pussent inciter le peuple à sédition^. » Même, il était loisible aux gens de guerre « de prendre et saisir au corps les curez et autres gens d'esglize qui esmouvoient le peuple à sédition^. »
' fieg. Rapports civils , Caen , 13 août 1591.
- Discours du Siège de la ville de Rouen , par G. A'aldory.
^ Reg. secr. , Caen, 10 juillet 1589.
^ Reg. secr. , Caen , .3 juillcf l.'SO.
■-•niiii^-^'-
482 rAKF.KMKM DE NORMANDIE.
Rien, toulefois, n'y avait pu faire, et chaque jour au forum ( car combien d'églises n'étaient plus alors autre chose?) se succédaient de factieux tribuns prêchant k l'envi le régicide et la révolte. Ouelques faits seulement entre mille ; car, encore une fois , le moyen de tout dire ? Après la tragédie de Blois , ce ne fut plus en chaire qu'exécrations et anathêmes contre Hérodes ; ( ils appelaient ainsi Henri III. ) A Caen , le jacobin Houlley recommandait sans cesse , dans ses sermons , non point le roi , comme le Parlement l'avait prescrit par vingt arrêts , mais les princes callwliqueSj, révoltés contre lui, et qui lui faisaient la guerre ; et ce moine séditieux n'en pouvant rester là, se répandait en in- Le gardien jurcs cxécrablcs coutrc le monarque. Après l'at-
des Cordt'liers i o • . /^i i r . i • • i
deBernaydit, tcutat de Samt-Cloud , ce lut bien pis encore; le en chaire, ç^yi^^xQ de Jacciucs Clément ne suffisant pas, on
qu il faut tuer 1 i
le roi demandait à grands cris un second régicide. A Ber-
de Kavarre.
nay , le gardien des cordeliers osa dire en chaire: « qu'il fallait tuerie roy de Navarre ; que l'on avait jà bien commencé j, qu'il fallait achever ; que tous ceulx qui assisloient le roy de Navarre debvoient estre traictéz comme avoitesté le feu roy » ; il avait tenu mille autres discours , par lesquels « il incitoit le peuple à sédition » ; et, comme les conseillers De Pipray, les sieurs Du Haulzay et De Bosc-le- Comte, témoins auriculaires, s'étaient, en sortant de l'éclise , indignés de tant d'audace, le cordelier
s'en vengea, dès le lendemain , en les prcschant publiquement 3 c'est-à-dire en les signalant au mauvais vouloir du peuple ' . A Caen , le jacobin Houlley Houiiey
1 , ' • 1 ( jacobin ) ,
ne se contraignait pas davantage; et un écrit de prêchant à caen lui , répandu dans la ville , suppléait à ce qu'il f;>*;''«P"'"sie
' -1 i ^ -i de rassassinat
n'avait osé proférer tout haut. On y trouvait «plu- tieHenriiii sieurs poinctz de l'escripture saincte, par luy faulsement détorquéz et appliquez en leur sens réprouvé , pour tenter de monstrer par iceulz que le feu roy Henry 111'"% dernier décédé, avoit esté à bon droict assassiné et occiz par ung jacobin. Le premier article contenoit ces motz : Aux Juges, livre III, chap. /t'"% il est faict mention d'ung (.y;«/teau et d'ung sainct clou prins au tabernacle. » — « Le dernier article contenoit ces motz : premier livre des Rois, chap. 22'"", Doi'c tue les prebtres ; et les gens du roy ne les voulurent toucher , car ilz estoyent vrays juifz ; mais Doëc estoit Iduméen, et en tua trente-cinq".» Ce moine séditieux ne Les prêtres prêchant que meurtre et révolte, le Parlement lui deCaeirvont avait interdit la chaire, et même avait fini par le piocessionneiie-
'■ ment, de l'église
faire écrouer aux prisons de la cour d'église. De de saint-pierre
. . . . , au château ,
quoi indignes, tous les prêtres ligueurs, partant se plaindre processionnellementde Saint-Pierre, où ils s'étaient "^''^"""P'
i ' des prétendues
tumultueusement assemblés , allèrent au château peisécutions
du Parlement.
trouver le gouverneur Pélet de la Vérune , trop
' Beg. STr., Caen, ').'). mai (.S90. ' Ues^. .serr., Taon, 16 fév. 1590.
484 l'ARLKMKM DE NORMAM)li;.
enclin . par malli(nir, à les en croire, « s'exclamants aigrement contre l'incarcération de Houllev , disants qu'il avoit esté emprisonné à tort et sans cause ; et semhloit cpie ces gens d eglize, en grand nombre, vouloient mouvoir une sédition et esmoiion populaire . conlic la paix publique et obéissance du rov. » — Ce n'était pas l'instant de faiblir; et deux conseillers, députés vers La Yérune , lui représentèrent, au nom de la cour , « l'extresme péril et danger qui se pouvoit ensuivre , à cause de l'accèz qu'il donnoit aux gens d'église , c[u'il sçavoit esfre mal alVc^ctionnéz au service et obéissance du roy, et qui adhéroient notoirement à la Lisue et faulse llnyon des rebelles contre le service et obéissance deues au roy. Hz le prièrent de tenir la main-forte à ce que les gens d'esglize et les sectateurs de la Ligue ne feîssent plus de conventicules illicites tendants à rébellion et résistance au roy et aux arrestz de la court. ' »
Mais avait-on cru corriger ces fanatiques ? A quatre jours de là seulement, réunis tous encore une fois au cbàtcau , toujours indignés, toujours vociférant contre les juges , ils voulaient contraindre La Véiime de venir avec eux scmoudrc le Parlement de laisser prêcher le jacobin Houl-
Rec;. secr., Catni , '.'Ji et ?.7 février l.SOO.
HKNRI IV. 48i
ley, si cligne, à vrai dire, de leurs vives sympathies*.
Le cordelier Blouyn ne donna guère moins de insoUnces
^ , , tin cordelier
peine aux juges. Ce moine turbulent , chasse de Biou>n. Caen dès 1589, par le duc de Montpensier , était allé au Havre , où il avait prêché en furieux , et fait bannir des royalistes, en les dénonçant du haut de la chaire. De retour à Caen , il recommença à vociférer de plus belle dans les chaires de toutes les églises , à intriguer sans cesse et sans mystère ; enfin , il s'était signalé dans les assemblées tumultueuses de l'église de Saint-Pierre. Ses réponses au Parlement, qui lui demandait s'il s'était trouvé à ces assemblées, étaient propres, il le faut confesser, à faire perdre toute patience. « 1 1 ne sçavoyt ( disait- il ) , il ne pensoyt puint y avoir esté ; il luy semblait qu'il n'y avoit pas esté » ; il répondait aussi cathégoriquement aux autres questions. Claude semonce
y-1 , , . 1 / \ 1 •. • que lui adresse
Groulart lui reprocha sévèrement une conduite si u- premier
opposée aux devoirs de son état. « Estant appelé l^^oû^'^j.'/
(lui disait-il) pour presclier la pnrollc de Dieu,
vous debvriez , au lieu de divaguer par les rues, .!-.>i:j;:.r
rester à ectudier ce que vous avez à presclier. A ce
moyen, vous ne diriez point des clwses qui ne sentent
rien moins que l'évangile et para lie de Dieu. Telles
' Eustache Hoiilley devint plus tard curé de Saiut-JIartin de Ilarfleur ; il IV'tait cii lOO'i. — Rcç^. des Rapp. civ. , du ô août IfiOi.
4S6 PAULliMEiNT DE .Nt)l!.MANDlE.
et }(i fréqucHlcs divagations se font à des intentions qu'on seayt bien. Les moynes doibrent ne se niester que de leurs fonelions , et monstrer tout exemple de piété au peuple ; mais j, tous iey , vous faictes le contraire j, divagant panny les rues ^ et de monastères en monastères j faisant des conventicules illicites, contre l' obéissance du roy et dejfences faictes par la court , preschant séditieusement et excitant le peuple à rébellion et csmotion. Il est escript qu'il ne fault point mectre la lumyère slb modio, mais super can-
DELABRIM , UT QUI INGREDIUNTUR LUMEN VIDEANT.
Les religieux doibrent monstrer bon exemple ou peuple, et ne presclier séditieusement comme s' Hz criaient au sang et au meurtre ( chose damnable )j là oit Hz de boxaient presclier en toute doulceur et liumilité , comme Hz en ont les exemples en l'escrip- Bioiiynprie turc soincte. » SuT cc , frère Blouyn (admirez son
le Parlement • i I N i i •. ' i • i ^ ,
de lui prescrire lûîpudence ! j demandait qu on lui voulut « presla tonne criore , préfiser et limiter les formes » dans les-
dans laquelle ^ '- ^
il devra quelles il dcvait prc'cher désormais. Apparemment,
prêcher. i-iai- ir»i !'•
-Réponse H attendait de Messieurs du rarlement une théorie 'cr^ouiart' improviséc , complète , néanmoins , autant que possible , sur l'éloquence de la chaire. « La court ( lui répondit sévèrement Groulart) ?ie vous vetilt point limiter et préfger les formes que vous avez à tenir en vos prédications ; elles vous ont esté trop bien et trop sainctement prescriptes par les bons sainct Francoys et sainct Doininique , si bo)is et si
sainctz persomiaiges :> qu' il ne vous reste qu'à imiter. En ce faisant j, ne trouverez qu'il vous soit licite de prescher ainsy séditieuscmcnt ; car si vous pensez tromper Dieu par vos sermons séditieux j vous vous trompez vous-mesme. Prescliez comme ung bon et fidelle prédicateur de la parolle de Dieu , sans tenir propos qui puissejit exciter le peuple à esmotion ou à mal parler ou penser du roy ; ou craignez les rigueurs de la justice ' . »
Qui n'aurait cru que Blouyn allait profiter d'une leçon si paternelle et si sage! Hélas! le 2 mai suivant, « il couroit de rechef, dans Caen , ung horrible scandale et esclandre, à cause des séditieux sermons preschéz dans le cours du caresme , dans l'église de Froide-Rue , par ce factieux cordelier , contre le roy, contre le repos public , dans le but évident de séduire le peuple , et de le provoquer à rébellion ; il n'avoit tenu compte de prier ny faire prier pour le roy ; au contraire , il avoit instigué le peuple à désobéissance, crime de lèze-majesté divine et humaine. » Mandé au Parlement , Blouyn, croisant les deux mains sur sa poitrine , et fermant les yeux , protestait de ses insurmontables scrupules, et donnait force raisons de môme valeur. Des informations commencèrent contre lui , et on découvrait des choses à faire peur. Les pro-
' Reg. secr. , Caen , 7 mars 1 ô90.
/,88 PARLEMENT DE N<>r.MAM)lE.
cédilles compromettant , avec ce religieux , les cordeliers de (^aen et leur ordre tout entier, les bons pères auraient bien voulu tefiir les pièces du procès. A cette fin, l'un d'eux vint à Caen tout exprès, avec une commission du provincial , très indigné, disait-on. coutreBlouvn, et (pii lecbargeait de faiic le procès à ce religieux. Or, les pièces étant nécessaires pour cela , il priait le Parlement « de luy mettre dans les mains ce que ceste court avoit faict et faict faire contre Blonyn. » Mais les magistrats, qui avaient aperçu le piège , décidèrent « qu'il ne seroit rien délivré au cordelrer, prétendu commissdire j, de la procédure faicte contre Blouvn ; » et que les informations , sur le crime , allaient continuer , sauf au provincial à « faire ce qu'il jugei'oit à propos, pour le regard de la régularité '. «
Le curé de Saint-Jean ( le carme Jollain ) ne pouvait souffrir qu'on fut tant en peine de l'assassinat de Saint-(Jloud ; et, prècbant un jour dans
Prédications SOU églisc , « Oit fdict ( disait-il ) grand cas de la ^*ducnrT* ''^^ort du roy Henri III ; cl, totiles foys ^ la justice
de Saint-Jean. ^^^ |<7îV/ aiicunc mcntion de la mort d'un g preùtre de cestc ville, qui a esté tué par les Imgtjenotz; ce f/Lii est chose de beaucoup plus grande importance que la mort du roy; or j, je sçay hieti , moy, ceulx qui ont tue le dict prebtre'. » De tout cela, pas un
' Rrs;. sccr. , Cieii , 2i \u:\\ l..t)(>. ' /fr^'. .S7?r/' , Caon , 'T, mai l.".!i(».
de Saint-Pierre.
lUiMU IV. 489
mot de véritable. Mais c'est ([u'après les deux rois , ces moines ne haïssaient rien tant que les religionnaires , les invectivant sans cesse , du haut de la chaire, et excitant contre eux la populace déjà si malveillante. « Leshuguenotz pullulent dans Caen ( disaient-ils ) ; ilz bravent les catholiques intimidez » ; et le sous-prieur desjacobins s'écria en chaire: « qu'il aymcroit myeiilx cstre en Sodome et Gomorl'he j que dans Caen, parée que tous y estoient hérétiques ' ,• » confondant j^ar là , à dessein , les royalistes avec les sectateurs de la réforme.
Le curé de Saint-Pierre n'était pas animé de sen- Discours timents plus doux. Ln dimanche, en chaire, il Xcuré pressa vivement ses auditeurs « de n'adhérer à ceulx qui estoient desvoyéz de l'église catholicque », et ajouta « qu'il se faisoit des presches par les huguenotz dans la ville de Caen ; que , luy-mesme , estant la nuict dans son eslnde , il avoit entendu des personnes qui chantoient des psalmes ; qu'un homme , vovant un catholique recevoir la conimunion,s'estoit escrié ; '■^Voyez, il va prendre J elianLeB lanc. » — v-En toutes jurisdictions (disait-il un jour à son prône) on mect en oubly les obitz qui se font pour les trespasséz dans l séglizes ; ion a plaidé publiequement jà l' audience duParletnent, qu'il fa lloitoster les obitz; et Messieurs de la eourt ont laissé plaider les advocatz, sans
' Reg, sccr. , Caen, 1""" scptoni!>re Ij'JO.
Sévère réprimande
adressée parGroulart
an curé de Saint-Jean.
leur faire (le remonstrance \ » Mandé au Parlement, nostre maistre Brctteville (c'était le nom de ce curé ) fut incrépè par Groulart , comme il l'avait mérité. « La court ( lui disait ce magistrat ) ne prétend pas vous empesclier de blasmer les vices; mais vous ne debvez pas prescher à la votée des choses faulseSj ny exciter le peuple à sédition. » — « Je prescheray tousjours librement ce qui est de ma charge, quelque paour que l'on me puisse faire » , ( répondit ce martyr intrépide. ) Mais était-il aussi de sa charge de permettre que, dans des assemblées secrètes qui avaient lieu , chaque nuit , presque , dans son église, on jouât sur l'autel , et que l'on y plaçât un morion ( casque ) " ?
Le carme Jollain , curé de Saint-Jean , recommençant ses déclamations furibondes, et ne gardant plus de mesure , avait été mandé, de rechef, à la grand'chambre. « Vous avez (lui dit Groulart) presché séditicusement contre r honneur et auctorité de sa Majesté, pour exciter le peuple à se retirer de so7i obéissance et le faire prorumpre à cruaulté; vous avez reffusé de prier Dieu pour sa Majesté et prospérité de ses affaires et Estât , ne pouvant faire l'ignorant des arrestz sur ce donnez par le Parlement , auxquelz vous avez sciemment désobéy ; et non seulement aux dictz arrests , mais aussy au texte exprèz
' Rrg. secr. , Cacn, 30 mars 1 590. * Reg. secr., Caen , f' déc. 1.ï90.
de l'escrlpture saîncte, que vous et vos semblables avez faulsement interprétée et détorquée au sens réprouvé, qui contient le commandement de Dieu d'obéyr aux roys qu'il a donnez à son peuple , encore qii'ilz ne soyent point telz qu'ilz doibvent. Et certes , cela ne s'applique point au roy Henry quatriesme, de présent régnant , roy de France et de Navarre, qui est ung roy le plus doulx , gracieux , et consommé en toutes vertus, le quel a promis maintenir l'église catholique, apostolique et romaine, avec les ecclésiastiques, en leurs privilèges et dignitéz. comme chacun veoit qu'il faict. Et , toutes foys , vous , religieux , en qui debvroit abonder toute humilité et humanité pour monstrertous bons exemples de vertu au peuple de Dieu , et les admonester de se contenir en l'obéissance du rov , suivant l'exprèz commandement de Dieu, toutes fois, vous estes attainct et convaincu de les exciter, au contraire , à rébellion ; par là , vous estes criminel de lèze Majesté. Et , combien que vous debviéz sçavoir que c'est l'office d'ung chrestien deprverpour ses einiemys , toutes foys , vous avez presché tout le contraire. Vos livres, et, en particulier, vostre Missel , contiennent les oraisons qu'il vous est ordonné par l'esglize de faire pour le rov. Dans ces oraisons on lit ces mots : Pro Rege nostro Henrico quarto. La mesme chose semble résulter de l'oraison contenue au canon de la messe. Comment
492 rAni,i:.UE.M dk xoI'iM vm)ii:.
avez-vous este tant imprudent et oublieux de voslre debvoii", d'avoir desdaigné de prier Dieu pour Sa Majesté, et de le nommer expressément?» Le carme répondit qu'il avait agi selon l'usage. Ce n'était pas la coutume , ([uand on priait pour le pape , les cardinaux, archevêques, évêques, et autres personnages ecclésiastiques, de les nommer; il devait en être de même pour le roi , encore que la lettre iA^ fût en leurs livres; ils avaient reçu de l'église l'ordre d'en user ainsi; il ne leur était pas loisible d'y rien ajouter ou d'en rien retrancher, non plus qu'au texte de l'Evangile, « les constitutions de l'église estant de pareille dignité que l'escripture saincte. » — ('ommc on lui objectait que les constitutions de l'église lui enjoignaient de prier pour la personne du roi, il répondit « qu'il n'avoit pas cru pouvoir, m^ec sau/re conscience j, en user autrement, attendu que le roy s'estoit retiré de l'esglise catholique, apostolique et romaine. » Le premier président lui dit que l'on savait bien que , quand il priait pour le roi . sans le nommer, « c'estoit pour le roy de la Ligue, qui prétendoit usurper la couronne de France ; et que les princes pour les quels luy et ses semblables prioyenl estoientdes rebelles adhérentz àceste usurpation. » Mais il s'opiniatra ; s'obstinant à répondre que l'église catholique lui enjoignait à lui et à tous autres ecclésiastiques d'en user ainsi, « quelle que marcjuc de A qu'il v eusl en leurs
ii[;Ar.i n
Jivres. » Et sommé de dire pour quel roi il avait prié Dieu, il répondit que « c' estait pour le roy légitime „ ne recongnoissiDU le roy de ISnrarre pour roy légitime de France j et n'ayant pu j dès-lors , en sa conscience , prier ny faire prier Dieu pour luy. » Il n'y avait aucun amendement à espérer d'un moine anssi fanatique , d'un ligueur aussi endurci. Aussi le Parlement le bannit-il à perpétuité de la province '.
On avait fini par imaginer un moyen d'imposer Moyen imngi né
„ ^ , . r • IIP" P<>t" le P.iiieiiient
un peu a tous ces emportes, sinon de es lan-e ,
1 X ' pour contenir
tout-à-fait taire. Le Parlement se partagea toutes ^'-'^ piéciicateurs. les églises de la ville, plaçant chacune d'elles sous la surveillance spéciale de deux de ses membres, tenus d'y aller sans y manquer jamais. Tous les dimanches et jours de fête, deux présidents et conseillers , ou gens du roi , nommés par la compagnie , se trouvaient dans chacune des églises paroissiales ou conventuelles, écoutant soigneusement les prédicateurs; et ils devaient rapporter, le lendemain, au Parlement, ce que la veille ils avaient pu entendre de séditieux , et de propre à émouvoir le peuple. insolences
Pour tout cela, néanmoins, les violentes sorties débitées,
en chaire ,
ne cessèrent pas tout-à-fait. Un jour , en présence païuncorJeiier,
dans l'église
du Parlement, de tous les corps de la ville, venus de Saint-Pierre ,
11 t ^ c • I. n- • t '1 ^" présence
processionnellement a .Samt-Pierre, assister a des du premier
président
~ "~~ ~ ~~ ■ (Jroulart , après
I r. ,^ ,^^ ■ .-^ rabiiiiatinii
• Affi-, secr., (.apii , 'iC> iii.'ii l.iflu. , ,'
^ ' lie 11(1111 1\ .
prières en faveur de Henri IV, et pour lui obtenir de Dieu la victoire , maître Bretteville , curé de Saint-Pierre , avait pr(^clié si scditieusement , que , de retour au palais, le Parlement indigné, renonça, par crainte d'un nouveau scandale , à une cérémonie semblable qu'il avait précédemment ordonnée pour le lendemain'. En 159/t encore, le croira-t-on , lorsf[ue, le roi ayant abjuré , il semblait que ce dijt en être lait pour toujours de ces pbilippiques incendiaires qui , du moins, naguère n'avaient pas été sans prétexte, il n'y eut personne qui ne remarquât « que les prédicateurs préposez pour prescher durant le Karesme sembloient vouloir tendre pluslost à sédition que à inciter le peuple à remercier Dieu de la saincte conversion du roy. » Ln dimancbe , à Saint-Pierre , en la présence du premier président Groulart , qu'il voyait fort bien assis en face de la chaire , le gardien des Cordeliers osa dire encoMif les choses les plus hardies, ayant même le soin de les annoncer par des préfaces propres à exciter son auditoire à un redoublement d'attention. « // >' a ( s'écriait ce religieux ) , il y a icy des oreilles délicates, qui pourraient ce?isurer ce que je veuix dire; mais quand il y en auroit qui eussent les oreilles aussy grandes et ouvertes que Midas^Je diray, comme jà je l'ay dict , que quand Dieu veult
Rf". sfcr., Caon, 13 février l-.OO. ■ •' ' • ' ' )■■- v-'^-S
affliger son peuple ^ il luy envoyé des roys hypocrites;