ET SI NOUS EN AVONS UNG TEL , IL NOUS LE FAULT IM- PUTER
Partout, en Normandie, non pas seulement Prédications
•Il !• • 1 séditieuses
dans les villes ligueuses, mais dans celles même à Evieux,
. ; , • . 1 / /-~i . ^ ;i Baveux ,
qui étaient demeurées, comme Laen, soumises a -, coutances. l'autorité royale , ou que Henri lY venait de réduire, avaient letenti de semblables déclamations. A Evreux, dans la cathédrale, un discours fut prononcé, si séditieux et si emporté, que toute cette ville en fut émue'. A Bayeux, dans la cathédrale aussi , le gardien des Cordeliers, parlant du siège mis devant Avranches par l'armée royale, osait dire que « les héî'éticques aïoient assiégé la ville d' Avranches et les bons et fidèles catholic/ues enfermez dans la dicte ville , parmy les qiielz esloitung bon et sainct évesque (François Péricard , ligueur entêté) ; maySj ajoutait-il. Monsieur sainct Michel les gardera de la funurdes héréticques^ » ; prophétie qui, soit dit en passant , reçut le plus complet démenti. A Argentan , en 1592 , on avait entendu le curé de Saint-Germain , emporté par un enthou- ;
siasme tout français, « s'écrier qa il ne falloit plus parler de Henry de Bourbon j, et que le roy d'Espagne estoit couronné i^oy de France'. » ■, - i,;,;,,».!. ■
' Beg. secr., Caen,25 février 1594. ^ Heg. secr., Caen, 22 déc. 1590. = Reg. secr.,(,wn, 31 juillet 1 ".91 . ' Reg. srcr., Caen, ^O.juille» 159?..
496 l'ARLK.MKXT DE NORMANDIE.
Quant aux religieux ou aux prêtres, en petit nombre, dont les prédications étaient modérées et décentes, ils devaient s'attendre à mille outrages. In Augustin de Bayeux, rpii tenait les écoles, ayant excité le peuj)le à piier Dieu pour la prospérité du roi, avait vAc frappe , ouïra gé el emprisonné par les religieux ses conlrères'. A Coutances, un religieux jacobin , Irère Enguerrand , avait , pendant le carême de 1590, « presché et annoncé la parolle de Dieu selon la pureté de l'escripturesaincte, prié et faict prier Dieu pour le roy el prospérité de sa Majesté , et luy donner victoire contre les ligueurs ses ennemys , perturbateurs du repos public de son royaulme. » 11 sembla à ses confrères que c'était prier contre eux, tant, au fond, ils se rendaient juslice! Aussi accablèrent-ils le frère Enguerrand de mauvais traitements et d'injiues, au point que le Parlement fut obligé de le mettre « en sa saulvegarde el celleduroy « , et d'envoyer un commissaire sur les lieux , pour réduire à la raison ces moines turbulents".
Le PaTiement Commc OU le pcusc bicu , CCS attentats ne de-
< u'oTjn'gcàt meuraient pas impunis. En 1591 , le Parlement , proniptcuunt jjistruit ou'à Evrcux un cordelier avait proféré , en
et sans ((ppel ^ ^
CCS prédicateurs chaire, cV exécrables injures contre le roy , ordonna
séditieux.
Reg. serr., Caeu , '.Î7 juin 1601. ' ••• ■ •' ■ ' t'^-"'' ..•■'^•^ .-j/tH' /?,".?. .ver/-. , Cani. 9,0 jniMet I. son. ■. ,.' ,. ' . o. ".-.A
aux magistrats du pays de procéder promptement et sans appel au jugement de ce moine , comme criminel de lèse-majesté divine et humaine, et leur manda que « la court trouvoil fort eslrange qu'ilz n'eussent plustost faict exécuter à mort ce cordelier. En tclz crimes et si e.recrab/es (écrivaient les £;ens du roi à Grimoville Larchanl, "ouverncur d'Evreux ) , l'on doihl aussitost commencer par i exéctition de mort , que à la capture^ »
C'est qu'à la lin le Parlement s'était lassé, voyant Anêts fiéquems
n, . p . . ^ • i et énergiques
es conséquences lunestes enti-auiaient ces du paiicment
prédications séditieuses. Car les 2;ens du peuple P""'"
i o 1 i crntraindre les
et les bourgeois n'avaient pas été les seuls que ce gentilshommes
^,,.-, ,, .,,. normands
langage eut séduits. La noblesse, aussi, s était à s'armer
I • r • 11 1 1 I • •> Cl aller rejoindre
laissée « enivrer du breuvage de la Joigne ", » parméerovaie Nombre de gentilshommes normands servaient dans les armées de Mayenne , de Yillars et de Tavannes , dans les bandes de Pierrecourt , de Fon- I aines-Martel et de Grillon; ou, à la tète des villageois révoltés, ils faisaient la guerre en partisans, (i'étaient des nobles qui commandaient ces i"ameux gantiers , si long-temps le fléau de la province , et qu'à la fin du règne de Henri lîl, nous avons vu soulevés et punis. De Vicques , Pierrecourt , Ro({uenval , Fontenay-Nonant , Beaulieu . Tubœuf et vinut autres . tenaient en crainte les contrées où
' Bff;. serr., O.wn , .Il jnilicl l:')9l. ' Eeg. sccr., Caen , 2,5 (\vc. 1591. ni. Zi
/,',;8 PARLlv.MKM DE NORMANDIK.
ils faisaient leur ciomeiire. Boaiicoup qui avaient hésité tant qu'avait vécu Henri 111 , après la mort de ce roi catholique, se croyant allVancliis de tout devoii' et déliés de tous serments , ou passaient à Mayenne , ou demeuraient neutres, et inclinaient toutefois pour la Ligue plus que pour Henri de Bourljon , poussés qu'ils étaient saus cesse de ce côté par les discours des gentilshommes ligueurs leurs voisins, et parles violentes prédications des moines et des curés. On ne saurait croire combien il y avait, en Normandie, de ces gentilshommes neutres et indécis, qu'on appelait r^/.srt«/fr.Sj parce qu'ils restaient dans leurs châteaux, malgré tout ce que pouvait faire Henri 1\ pour les exciter à le venir joindre sur les champs de bataille. Ces nobles Normands, braves naguère comme des lions, et ne connaissant que le heaume et la lance, demeuraient, maintenant, honteusement inactifs, endormis au coin du foyer; et rien ne semblait les en pouvoir tirer jamais. 11 n'y avait instances que Henri IV ne leur eût faites , pour les exciter « de l'aller trouver en toute dilligence , imitant (disaitil) la vertu, valeur et courage de leurs prédécesseurs, qui , rai grand hazard de leurs vies, leur avoient laissé ce grade et tiltre honorable de noblesse'. «Sourds, la plupart, à cet énergique appel,
' /iV^r. ■'"'T , Cmn. 10 .juillet 1:")89.
Il EMU (\. ',;»<»
ils temporisaient, « pour, aprèz, suivre les plus forts'. » Quelques-uns, en assez grand nombre , qui , s'étant d'abord acheminés vers l'armée royale , avaient pris part aux premiers combats , désertaient bientôt ses bannières, ayant, ce semble, horreur du devoir comme d'un crime. Ces relus de service, ces nombreuses délections désespéraient Henri IV, le duc de Montpensier, gouverneur de la province, et Matignon ainsi que Thorigny, ses lieutenants. Ils ne cessaient de s'en plaindre au Parlement, et les registres de cette cour sont remplis de leurs doléances. C'est cjue la voix de l'honneur n'ayant maintenant aucun empire sur ces nobles abusés ou dégénérés, et ne restant plus que la force qui put les faire se résoudre, Henri lY avait eu recours au Parlement, qui, aussitôt, lui vint franchement en aide; et qu'en un mot il leur fallait, auj urd'hui , se lever, s'armer, s'équiper et aller en guerre, par arrêt de la court. Alors donc , chaque jour , dans toutes les villes, à Caen, à Coulances, à Pont- Audemer , à Dieppe , à Arques , au Pont-de-l'Arclie, furent lus à son de trompe des arrêts qui enjoignaient aux nobles, et à tous autres pouvant porter les armes, de s'équiper en diligence , et de rejoindre les armées royales , ou d'y retourner s'ils les avaient quittées, « sotis peine , pour les gentllzlwmmcs j,
' Reg. secr. , Cacn , îo juillet ir>89
50;) i'AKLi:>!i;\ r i)i: N(ip.mam)Ii:.
n'i'Sir.K L'ÉGHADKZ, DK NOBLESSE; pOllf IcS SoUlalZ ,
d'estre pendus et estranoléz '. »
In anèt du 9 lévrier 1500, cnire autres, enjoignant aux gentilshommes du bailliage de Cacn de monter à cheval avec armes et équipage, dans (rois jours, pour tout délai, et de se rendre au l)ourg de Li\arot, dénonçait « aux délayants et reffusant/: , ([u'ilz seroient dé-claréz ignobles ci roluricrs , et rpie leurs meul)les seroient saisiz et vendus pour subvenir aux frais de la guerre. » Après un tel arrêt, le croira-t-on? Henri lY et Montpensier continuèrent de se plaindre « dupeu dedebvoir cpie laisoit la noblesse de venir les rejoindre. » Montpensier, arrivant au camp près de bisieux, «y avoit trouvé si peu de gentilzhommcs, qu'il luy liit impossible d'ex<'cuter ce qu'il avoit eutrepris pour le service du roy. Grâce à leur mauvais vouloir, l'ennemy s'estoit fortifié; et ce qui tout à l'heure encore eust esté aisé, par leurfaulte, devenoit désormais impossible. » Toutefois, il voulait poursuivre ce qu'il avait entrepris; et « piiist/ucj (le hoiDic ro/oiitc , la noblesse ne se vouloit assembler ([ rendre auprès de luy, » il demandait au Parlement de nouveaux arrêts, d'énergiques menaces , d'exemplaires et effectives rigueurs '.
Henri lY , aussi , écrivait au Parlement de « dé-
' Reg. scrr.^ facn , ?.T nov lôDI. " Reg. spcr., Capn , (G juin 1590.
' HENRI rv. j()(
clarer roturiers tous les nobles portant les armes qui manqueroient de le venir trouver » ; il enjoignait à cette compagnie de « procéder contre eulx , par saisye de leurs biens et toutes autres voyes rigoureuses'. » Une autre fois, le monarque, voulant que le prince de Bombes marchai contre Mercœur et De Yicques, à la tête des forces combinées de la Basse-Normandie, de l'Anjou et du Maine, « Tenez la main (écrivait-il à Groulart) pour faire assembler la noblesse ^ et use: des contrainctes lïéeessaires contre ceulx e/ui voitldroient manquer à leur debvoir en telle occasion ". » On lui envoyait quelquefois les arrêts que le Parlement avait rendus pour stimuler le courage de cette noblesse endormie. « J'ay veu (écrivait-il un jour à la compagnie) , j'ay veul'arrest que vous avez donné pour faire monter à cheval les gentilzhommes de Normandie... à quoy j'estime que satisferont ceulx qui ont l'honneur devant les yeulx ^ » Souvent, inccxpfkUtion toutefois, ces espérances furent amèrement déçues. . '," ™"^"i"'s
' r .tic Canisy, dans
•L De tous les gentilshommes du Cotentin , crui avaient ''Avianchin,
» ■*• manque,
reçu l'ordre d'aller trouver le marquis de Canisv, par la faute des
, . . , * gentilshommes
pour un miportant coup de mam vers Avranches , du pays. « lesungs restèrent chez eulx ; les aultres, aprèz avoir
' Reg. sccr., Caeii , 9 février lôOO.
- Reg. sec/:, Caen , du 29 août 1590. — La lelîrc est du :>.:i aoiU.
^ Reg. secr., Cacii . 21 février l.')90.