‹ Histoire du Parlement de Normandie (volume 4)Chapitre 17 sur 21 · V)?. PARLI-.MI-.NT I)K NOP.MANDIK · texte numérisé non relu

V)?. PARLI-.MI-.NT I)K NOP.MANDIK

estéprèz du sicurdeilanisy. i'a\ oient qiianl et quant abandonné, voyans l'ennemv approcher. » Aussi, ce cpii de\ail advenir advint; et, non seulement l'expédition ne réussit pas , mais les troupes de Canisy , lro[) peu nombreuses, furent mises en déroute par les ligueurs. « Mes desseings ( écrivait au Parlement ce gentilhomme , désespéré de sa délailc») , mes desseings ont esté traversez par le malheur; sans le manquement du de])voir qui se pouvoit espérer de tant de gens, le mal qui est arrivé enstesté autant de bien , d'honneur et de gloire ' . » — « Vostre vertu se scaura bien revenser de ce traict (lui répondait aussitôt le Parlement indigné ) ; nons vous y avderons; malp:ré les considcratiojis de(/!(c/f/ucs-uno[S, nous procéderons par telles conirainctes, que chacun congnoistra à quov il est o])ligé au bien du pays; et en eussions desjà faict sentir les elTectz, ii'estoit que , pour plus grand pouvoir, nous attendons le retour de M. de Mathan Le Parlement ( député vcrs Ic roi. ) Lû ttéccssitc /ioits ftiict mellre

met la main i • ' / ■^ i c HT l'

. , la main a la verser ^ nous asseurants que r>. M. 1 aura

a la verge , o -' 1

pour pour agréable ^. » Des hommes de guerre accrou-

5ontiibiiomii)(s pis au lovcr , et des juges, la verge en niaiii^ les contraignant de s'aller battre, quel spectacle donné au monde! Et qu'étaient devenus ces magnifiques nn'pris prodigués naguère aux hommos de rol)(>

casaniers à s'ariiier.

' Urg. scrr.. Ck'ii, l.'i noùt l.'i^X). ' He!^. srrr., C.aen. 9 r.oùt l.")f»0.

llKMll ir. ^,,3

longue par les hommes de robe courte? En 1591 , encore, des lettres patentes avaient été rendues pour appeler sous les cornettes blanches tous les gentilshommes de vingt ans à soixante. « Ce sera (disait le roi) ung tiltre, à jamais, de la fidélité et sincère affection de ceulx qui auront servy à ceste guerre, ung tiltre qui recommandera et illustrera leur postérité , et luy servira d'ung bon exemple. Mais ce sera aussy une marque de blasme et infamie perpétuelle contre ceulx qui auront esté si abandonnez que de conspirer contre leur prince naturel et leur propre patrie ' » A quelques mois de là, bien peu de nobles ayant répondu à l'appel, nouvelle lettre de Montpensier au Parlement, contre ces gentilhommes r/iii restent par derrière. « Parce que je s^çay combien vous pouvez à les faire advancer ( écrivait-il ) , je vous prie y tenir la main, de tout vostre pouvoir'. » Plus tard encore, au siège de Rouen, et lorsque le concours de tant d'hommes était nécessaire, Biron écrit au Parlement, pour se plaindre de la désertion des gentilshommes et des soldats. Alors, nouveaux et pi us énergiques arrêts. Le Parlement montrait aux nobles \\xdégrafl(ition en perspective, et aux soldats lu potence^. L'honneur étant sourd maintenant , il avait bien fallu parler à

' Jxeg. secr. , Caen , 5 août 1,")90. ^ Rcg-, C.acn, 27 novembre )â!<l . ' Reg. secr., Caen , 2G mars 159 1.

Ù04 I'AIîi.i:mi;.n T i>j-; .\or..\j andik.

la peur. A doux mois delà, loutelois . les gens du roi, indignés, viennent dire encore que « plusieurs de la noblesse se tenoyent en leurs maisons; que la pluspart de ceulx qui s'estoient rendus au camp s'en retournoyenl et retiroyenl chacun jour, monstrant par là le peu d'affectiou qu'il/, portoient à la conservation de l'Eslat. » Aussi, alors, est crié, en tous lieux, à son de trompe, un nouvel arrêt, pour enjoindre « à tous gentilz hommes de la provijice dose retirer en l'armée du roy devant la ville de Rouen, montez et esquipéz , selon (ju'à leur estât et qualité appartient, sous peine d'esire privez de tous privilèges de noblesse, et de saisie de leurs biens » ; souspeine, pour les soldats, « d'estre traictéz par la justice comme déserteurs, pillards et perfides. ' »

Mesures 11 v avait <j[U('Iques gentilshommes pour qui ce

i;ent'iis!i'oiiini(,s n'était pas assez que de demeurer neutres, et dont qui doiinciu 1^,^ châteaux étaient un asile toujours ouvert aux

asile ■'

aux ligueurs rcbclles qui s'y repairaient, nombreux et en armes.

séditieux. r-i i i i i- r • •

« boubz tel support, les ligueurs laisoient, jour et nuict , courses sur les bons et fidèles serviteurs et sul))ectz du roy, les pillant, emprisonnant, rançonnant , et commectant infinis excedz et oultrages '. » Le Parlement savait c|u'en dire, lui dont tous les membres, presque, s'étaient vus arrêter sur les

' P.eg. sccr., Caon , .) IVv. I.:;9'^. ' lirg. sccr., Caen , '/î.'î déc. I.VJI.

III'NKI IV'. .•,();,

(•lienuns. liainés dans des maisons tories, emprisonnés, menacés, violentés, Ijlessés, misa rançon. Tout récemment encore , comme le conseiller de Matban revenait à Caen , avec des lettres-patentes, une bande de liguenrs, se ruant sur lui , l'avait arrêté , volé , dépouillé , mis à rançon , et emprisonné son valet'. Aussi rendait-on cbacjue jour des arrêts, pour délendre à tous de " donner asyle aux ligueurs armez, de lein- administrer feu, eaue, manger, boire, ne aultres moyens de vivre, ains de leur courir sus, en faisant sonner les tocquesainctz, et assembler les bonssubjects et serviteurs du roy, pour appréhender les conjurez et rebelles, et les rendre à justice, vifs ou mortz '. » Plus d'un gentilbomme et d'une châtelaine , ainsi hospitaliers pour les ligueurs , se virent saisis, dans leur manoir, par des archeis, et amenés à Caen, où, par les ordres du Parlement, ils étaient « mis en seureté , en des maisons bonnestes. ^ » Ainsi en advint-il à la dame de La Suhardière , dont le château ( La Suhardière ) était devenu un repaire d'aventuiiers qui « faisoyent des incursions, prenant et arrançonnant les l^ons serviteurs du roy '. )> Quelcjues-

' Reg. secr.,Ci\çn , 24 .'loùt lôUO.

' Reg. secr., Caen, ?3 (Iccembre lô'JI , et autres rej^i-stieiç.

^^ Reg. sccr., ("aeii , 9,0 mai lôDI . et d'autres.

' Reg. secr., Caen, 25 mai 1501.

LePariniipiii uijs dc CCS cliatoaiix OU rcpalres étant en tioi) l^ou

fait raser ' ^ i >p ,

lechàieandc otat QG dclciiso pour ({uc ies arcliers osassent s y

Nciiillv-I'f'.véqiip, , l ii i .1 i •. > 1 • '

nccptacie avcnturei', le Parlement demandait, a grands cris, lie ligueurs, qn'oii en lit le siège , et qu'on les rasât , ne se donnant ni paix ni trêve ([u'iis ne fussent démolis. On le vit bien pour le ch;Ueau de Neuilly-l'Evêque, « chasteau ( disait Groulart ) très dommageable au roy et à son pauvre peuple et subiectz du pays , et ne servant, en temps de paix et de guerre , qu'à loger des brigandz et volleurs qui ruynoient le j^aouvre peuple \ » Depuis les troubles, l^ongaunay-Dampierre . ligueur forcené , l'occupait avec des troupes, faisant chaque jour des excursions à main armée, pillant les habitants et les voyageurs qui cheminaient par le pays. Un arrêt du Parlement avait été publié, à son de trompe, devant ce château, et affiché à ses portes, qui « sommoit Longaunay d'en sortir, luy et les siens, dans les vingt-quatre heures, le déclarant, en cas de refus, criminel de lèze-majesté , luy et ses adhérents, et tous leurs biens confisquez et réunis au domaine '. ■> Mais ces rebelles s'étant obstinés , à quelque temps de là , gisaient épars et entassés sur le sol , les décombres de cette forteresse long-temps redoutée^. Sur les instances pressantes du Parle-

■ Rrg. .sccr., Cacii , .iO mai l.'iOO.

■ feg. (le Tournellc , Caeti , 18 mai I, >[)().

■'' Frg. (le Rapports chils , Cacn , 1"'' .srptemlirr l.i'JO.

Il EMU IV. ;,()7

ment, le duc de Montpensier était allé l'assiéger et le prendre, avec force artillerie, amenée de Cherbourg pai- l'ordre exprès du Parlement , cpii, de ses deniers, en avait payé le transport; puis, toujours de l'avis du Parlem<Mit , le duc l'avait démolie et rasée '. Grâce encore au Parlement, d'autres châteaux forts, celui de Courtonne-la-Meurdrac" , par exemple , où se tenaient Le Coudrav et Longchamps, des boute-feu, eurent un sort pareil; il est souvent question, dans les registres du Parlement, de toutes ces forteresses, repaires de voleurs et de brigands, qu'il fit assiéger, démolir et raser au niveau du soi. (^ette cour, ainsi appliquée Efforts

\ rr •^ f 1 i- • rt" • ilu Parlement

a atiaiDhr les ligueurs, ne pouvait soullrir que, pour empêcher

d-ii 1', i.A,i • ••' qu'on ne portât

es Villes royalistes, on portât des vivres aux cites des vivres aux

rebelles; et de nombreux arrêts furent rendus ^'"esiiguees. pour le défendre. Dès 1589, par son ordre , six capitaines de la marine du ponant avaient armé en mer pour empêcher ce trafic, et faire la chasse aux vaisseaux ligueurs. Paris, Rouen, Caudebec , le Havre, Harlleur, étant à laLiguo, défense avait été faite aux marins de Dieppe , de Hontleur, la Hogue, Cherbourg, ports soumis alors au roi , de faire le commerce avec ces lieux rebelles; défense, surtout, avait été intimée aux pilotes de

' Reg.srrr., Caen . des 18, 59 mai lôOO, rt jours aiitt-riours otstiiv. - Rrg. srcr., Caon , (6 juin i:>90.

508 PAlU.ilMENT D!' NOÎ'.M A>D1 K.

Ouillebeuf, de prêter leur concours à ce.s trafics '. Il n'eu fallut pas moins, plus d'une fois, sévir « contre plusieurs particuliers qui, par une avarice démesurée, faisoient charger, tant par mer que par terre, desij;rains . beurres, suifz, lards, et autres vivres qu'ilz faisoient porter aux villes liguées- » ; contre ceux, surtout, qui envoyaient à Rouen des blés et des vins, « vray moyen (disaient les gens du roi avec douleur ) de fort i fier ceste ville rebelle , de la maiulenir en son obstinée felonye et révolte , et eontinuer les ^^nierres en ceste province... au lieu de liiy eonpper les vivres et comnioditéZj pour la contraindre de se recongnoistre et remectre en r obéissance dcue à sa majesté^. » 11 faut tout dire, le roi manquant souvent d'argent, aurait voulu qu'on fermât les yeiix sur ce trafic qui lui cji procurait; et il avait même quelquefois envové des ordres exprès, pour cpi'on ne s'y opposât pas'. Mais le Parlement y résistait, en haine du répit que ces apports de vivres donnaient à la Ligue , et à cause de la cherté qui en résultait dans les villes royalistes, d'où étaient exportées ces denrées qu'on allait ainsi vendre aux ligueurs ; un arrêt fut

' Ffs;., Cacn , des 1^', 7 jiiiik't l,i89, et autres jours.

■ Fies;., r.acn, 29 novcnil)re 1590.

' Hcg. .y «T., Cacn , Ki jinllct ;;")9'2.

' llcg. sccv., Cacn , S ri 9 tcvricr l,)',M.

IIRXRI IV. -,09

leiulu, qui proscrivait cnergicjuement ces trafics, bons seulement à éterniser la guerre civile , en assurant la subsistance des rebelles '.

La saisie des biens des ligueurs étant un moyen Le Parlement bien autrement efficace de se procurer de l'argent, activement et tout ensemble d'aiVaiblir la Ligue, le Parlement ' l'es" 'évenus' n'avait rien plus à cœur que d'exécuter riiioureuse- ('f^siigueiirs,

i i ~ et vendre

mentlesédits qui l'avaient ordonnée'. Une Chambre '*""" h'^ns.

■"• Chambre

du domaine ^ créée sur sa demande , composée de du domaine

, . créée, dans

magistrats pris dans son sein , et que Groulart presi- la compagnie,

... , . , I 1 V • ^ ^^^ cfl'et.

dait toujours, était occupée sans relâche a prescru'e ces saisies, à faire vendre les biens capturés, à en employer les rev enus , mander les fermiers et les débiteurs, les contraindre à des déclarations sincères, en un mot à battre monnaie pour le roi, (jui tirait de là de grands secours, poursubvenir aux frais d'une guerre si longue et si coûteuse". Quel scrupule auraient pu se faire les magistrats, d'exécuter dans leur plénitude ces rigoureux édits , lorsque c'étaient les ligueurs eux-mêmes c|ui avaient pris l'ini-

' Reg. secr., C.icu, l*"' mars lô'Jl.

* Lettres patentes du 27 avril 1500. — lieg. sccr., Caen , du 4 août suivant; du 30 septcaiijre 1592, et passini.

^ Y WYdwt saisies ainsi, entre autres, les baroniiies de La Haie du Puis, de Pcriers, de Nonant, de Creuly, d'Argences; la terre de Sainî-Pierre-du-Vivier; les terres, flefs, sieuries et maisons de Pierrccourt, de Silly, d'Estourniel, de Marheuf, de Maison-Villiers. etc. — Peg spcr. et de Rfipportx civils, 1590, 15^>! , 1 592 . passim.

oio l'Mii.iorKM i)i: \ni\.MA\nri:.

lialive. s'cmparant indignement des châteaux et métairies (les royalistes, pillant, vendant leurs meubles, en |)er<e\anl les revenus, se faisant donner par Mayenne les domaines qu'ils n'avaient osé prendre à force ouverte ! Procéder donc à ces saisies, c'était exécuter les édits, faire bonne guerre à l'ennemi. user envers lui de justes représailles, et emprunter enfin, de la Ligue elle-même, les moyens de la coml)atlre , de la détruire, de réparer les dommages qu'elle avait causés aux sujets fidèles ; car, chaque jour, le Parlement , assailli par les plaintes lamentables des royalistes pillés, ruinés, leiH- accordait des indemnités à prendre sur les deniers provenant de la vente des biens des ligueurs ' .

Commissaires Ccs comuiissaires avaicul bien d'autres charges

du Parlement , .11 1 • 1 -,

envoyés dans cncorc ; et dc pius grands pouvou'S leur avaient

la province, '■ ' 1 ' il „ 1 • i 1 • lï* • ^

nceteiTet,etavec ^^^ donues. lls mandaient les piges, olliciers, des mstruciions o-ouvemeurs ctéchcvins des villes, les intcrro-

relalives a '

tant;, cet objet «reaicnt sur Icur couduitc , sur celle de leurs con-

«lii'à d'autres '-'

pins importants ffèrcs , Ics Contraignaient de dénoncer les officiers

encore.

ligueurs; maintenaient sur leurs sièges les juges fidèles; remplaçaient les autres par «d'anciens advocatz , gens de bien , cjui s'estoyent maintenuz et modestement comportez au service et obéissance du roy ; contraignoyent les gentilzhommes

^ Keg. secr. , Cacn , .'J août (590 et aliàs.

HEMII IV. ;^1,

restc2 cazanierz cji leurs maisons, à s'armer, s'équiper, et rejoindre ; » instruisaient contre les séditieux , les décrétaient de prise de corps, et mettaient les procès en état de recevoir jugement immédiat ; constataient quelles forteresses avaient pu être élevées depuis les troubles , aux frais des habitants, à la sueur de leur front, et pour les tenir en oppression ; faisaient démolir ces repaires de ligueurs, de brigands, de faux monnoveurs ; assistaient aux audiences de toutes les juridictions, «pour veoir si la justice v estoit rendue ain-;v qu'il appartenoit» , et v tenaient eux-mêmes l'audience, s'ils le jugeaient à propos '. (ïes missions n'étaient Dangers

, , . i -r» 1 auxquels étaient

pas sans danger, encore bien que le parlement exposes ces

-X. 'li» '>ii- •■• 1 coAinissaires.

eut mis la lorce armée a la disposition des commissaires. Plus d'une fois, on vit ces délégués du Parlement hésiter à partir, « pour raison des périlz et dangers des chemvns et incursions des lioueurs et rebelles ' » ; sans parler de nombre de gentilshommes coupables de cent crimes, décrétés de prise de corps, en rébellion déclarée contre des magistrats envoyés pour les punir; d'un Jean de Bricqueville , sieur de Montcanisv, par exemple, homme violent et redoutable, « avant commis d'exécrables excedz et ^ olieries » , et qui faisait menacer

' Reg. secr ,CRcn, il août lâ'jo.

^ /?/?§•. secr., Caen, 7 et 23 déreiiibre l.VJ').

■,i:; rÂi;i.i:\ii;Ni- ni- \(jr,MAM)ii;.

1(; conseiller Diiquesiie de Brothoiin<3 ( l'ini de ces commissaires) de l'('Jlcrnii)trr cl faire mourir'. » LcP.-iiicinpiit Dans Cacn munie, le Parlement, d(''pourvu des

(loniaïulc qu'une ,• , . t t' r • ^

force armée lorces necessan'cs pour protéger l exécution de ses soitnuse arrêts, avait diiïéré (ruelque temps de ju^er les

a sa disposition , 11 1 .1 n

pour assurer Criminels enfermés dans ses prisons. « Nostre auc-

Pexéculion . , , . . , .

(le ses arrêts, torité ( lui avait ecrit Henri IV ) se maintient par la justice de hupielie vous esles administrateurs. Faictes observer les édictz, à la conservation des gens de bien , et chastiement des ennemvs de l'Eslat et du bien public'. » — « Sire ( lui avaient r<''pondu aussitôt ces magistrats ), vostre court de Parlement désire extrêmement l'aire justice. Mais ce luy a esté et est chose impossible, depuis qu'elle a esté transférée et establye en ceste ville de Caen . y estant dénuée de son auctorité , et veu les périlz émynentz où elle s'est trouvée. S'il ne plaist à V. M. la faire assister de quelques forces nécessaires pour faire exécuter les jugements et arrestz , il s'en ensnyvra ung retardement grandemenl préjudiciable au service de Y. M. ' » Cette compagni(> aurail voulu qu'on élablil à r,aen « une garde de vingt-cin(|ou trente hommes de cheval, » poui- metti-eà exécution . par main forte, sesordon-

Jieg. secr., Cacn , 8 août 1 j90.

Beg. secr., Cncn , "^.C, u(\\cmhvv l.")8;).

Iteg. srcr., (",;ien, \'\ (lécciiihi'O l.>,S!)

auteurs des Isarricades

nances et arrêts, et lui tenir lieu de la Cinquantaine, instituée à Rouen pour ceteflet; des députés étaient allés en cour en former la demande '. Mais le conseil du roi, pour toute réponse, avait enjoint aux bailiis d'exécuter les arrêts, et aux gouverneurs d'y tenir la main'.

Le Parlement n'avait rien plus à cœur, en effet. Les

•^ ^ des 1)

que d'effrayer les rebelles par le châtiment rigou- de Rouen, reux des plus coupables. Surtout il ne voulait par le Paiiement point qu'on accordât de quartier à ceux qui, en duijciefice

11 A -i ^ d une amnistie

février 1589, avaient livré Pvouen à la Lisfue ; et, accordée

par Henri IV

à la fin de cette année, enregistrant, non sans ré- aux ligueurs

, . , qui rentreraient

pugnance, des letlres-patentes d amnistie pour les ^dans le devoir.

rebelles qui l'entreraient dans le devoir ( lettres

qui n'exceptaient de la grâce que les assassins de

Henri lîl ) , le Parlement chargea son registre

secret d'un retextum^ où était toute sa pensée

contre la révolte qui avait soustrait à l'autorité

royale la capitale de la province. « Les jrrincipaulx

aiil heurs et entremecteiirs des barrieades ^ félonie et

réheUion j tant es villes ejne ailleurs j en ce pays de

' Reg. secr. , Caen , du 9,3 dôceiiibrc ijSO.

' Même registre.

^ Les cours .souveraines qualifiaient de Eetciittan les clauses spcrètesde leurs arrêts, ayant pour but d'en atténuer l'effet. — Voyez le Dictionnaire de Droit et de Pratique, par Claude-Joseph de Perrière, au mot Rete>tum. — lîoucliel ( Bibliothèque du Droit franrois) montre, dans l'histoire romaine, l'origine de cet u,sage.

Ht. ?>.\

514 l'AP,LEME\T DR NORMANDIE.

Normandie j sont et seront expressément exceptez ( était-il dit dans ce retentum); Hz ne jouyront de la grâce du j-ojj, et ne seront exemptz des peines par eulx encourues à cause du dict crime de félonye et rébellion. De plus, la court n'entend toucher ny faire aucun préjudice aux intérestz des particuliers ayant souffert pertes et dommages à cause d'icelle félonye et rébellion. » Et comme le Parlement, tenant vivement à l'exécution de cette clause, et craignant desjussions du roi , voulait que le monarrjue ne la connût pas, tous ses membres, la main sur l'évangile, jurèrent, séance tenante, de ne la point révéler'.

Le Parlement n'en demeura point à ces menaces. On le voit plus tard enjoindre au bailli de Caux de procéder activement contre Le Gois , prisonnier à Dieppe, «chargé, j3ar commune renommée , d'avoir participé à faire révolter la ville de Rouen contre le roy". » Bientôt, le gouverneur du Pont-de-l'Arche , Le Blanc duRollet , reçoit l'ordre d'envoyer aux prisons de Caen les sergents Poullain et Calmont, qui, eux aussi , avaient joué un grand rôle dans la révolte^.

Nombre de ligueurs détenus à Caen danslacon-

' Reg. secr., Caen, 20 décembre 1589.

' lirg. Tottrnelle , Caen, l,")inai lôî)»). ^ ftrg. secr., Caen, 24 mai l.iîlu.

HliMU IV. 3i;,

ciergcrie, ne durent leur salut qu'au besoiji de Échange

, , ,. . . • ^ T» '^^ pi'isonniers

racheter des royalistes , prisonniers , soit a Kouen , n^jucurs contre soit dans d'autres villes, où commandait aussi la '•«'s P"son"'ers

royalistes.

Li2;ue. Le Parlement intervenait toujours dans ces le Parlement

, *" . rv 1 1 ^ préside.

échanges; ses registres en oiirent de nombreux exemples'. En 1592, cent-vingt royalistes, détenus à Honfleur, dans les prisons du commandeur De Grillon, sont ainsi rachetés par la délivrance d'autant de ligueurs détenus à Caen, dans les prisons du roi, et à la veille d'être mis en jugement ".

Hors ces cas , et aussitôt que force put rester à Rigueurs

1 1 • I -r. 1 • ^ r . • 1 ^^" Parlement

la loi, le Parlement se prit a taire prompte et roide de caen contre justice des rebelles, faisant fouetter de verges les '"^^ 'gueurs. distributeurs de chansons et libelles « contre l'honneur et la mémoire du roy Henry IIP, et du roy maintenant régnant^»; faisant pendre les deux frères Legoupil ( de Colombes), « pour volleries , larcins et rançonnementz ' ; » Pierre Boquet, de Routot, (avec cet écriteau: pï^oditeur des serviteurs du rePj' et de sa patrie), pour avoir servi d'espyon aux ligueurs et ennemys du roy, contre les serviteurs de Sa Majesté , et proditoirement livré un royaliste entre leurs mains ^ » ; Jean Rivet et Lullier

' lieg. secr. , Caen , 19 oct. 1590 , îô janvier l J91 , 13 février l3<)2.

' Reg., Caen, 13 février I,VJ2.

^ Reg. Tou nielle , Caen, 19 janvier 1590.

^ Reg. Tournelle , Caen , 1 1 août 1590.

^ Reg. Tournelle , Caen , 4 décembre 1 590. ■'-■

51C rARLKMF.XT DE NORMANDIE.

( de la paroisse d'Avcsnes ) , pour un crime semblable'; Jacques Gallehaul , pour avoir parcouru les rues de Caen , portant une grande croix de bois , et criant : vive i'Unyon! courage , catlw- /if/LicSj aîiiicz-vous contre le roy hcréticqne' » ; Nicolas Eulde, « pour excedz, exactions, concussions, volleries , rançonnenientz , commis envers les sei'viteursdu roy, etaultres crimes de lèze-majeslé^.» Il faisait décapiter un gentilhomme , Philippe Borel, sieur de Boutemont, « attainct et convaincu d'avoir eu praticque et intelligence avec les ennemys et rebelles du roy , de participation aux volleries et rançonnementz faictz par les dictz ennemys sur les serviteurs de S. M. , commis aggressions et enfondrements de maisons, meurtres, forces et assassinatz^. « C'était un ligueur très influent parmi ceux de son parti ; et ceux-ci remuèrent fort lors de son jugement; il avait été condamné, cependant; et, comme on le conduisait à l'échafaud, les épées furent tirées, on se battit, il y eut des gens blessés; force demeura toutefois à la justice. — IJ y eut tel jour où plusieurs grands coupables, à la fois, furent conduits

' Reg. ToiiriieUe, Caen, 2."> mai 1591.

' Reg. ToiirncUe, Caen, ô janvier loOI.

^ Reg. ToitriicUe , Caen, 24 avril 1501.

^ Reg. .scrr et Tournelle , Caen, '>.S mai 1591.

HEiMU IV. 517

an marché de Saint-Sauveur, lieu des exécutions capitales, où le pilori était en permanence. Ainsi, en juin 1591, furent pendus et étranglés, Varin , ancien chanoine de Bayeux; De Jonquay, huissier à la chambre des comptes, et Périgny, « trois voleurs , ligueurs , de ceulx qui faisoient des incursions, de Fougères et autres places occupées parla Ligue, pour voiler et rançonner les subjectz du rov. « Entre autres prouesses , assiégeant le manoir d'un gentilhomme royaliste, ilsavaientattaché un pétard à sa porte, pour la briser; et, y entrant à ce moyen, avaient fait ce gentilhomme prisonnier, l'avaient rançonné , et avaient pillé fout ce qui se trouvait dans ce manoir'. Une autre fois, et pour des crimes tout semblables , furent pendus quatre brigands arrêtés au bourg de Saint-Sylvin '. On était

» parvenu aussi à saisir, dans le Cotentin, le lieutenant de Le Tourp , Lahogue dit la Commune j Henri LeHot, curé de Montbourg,et un troisième, leur complice , « accusez de grandz et exécrables

I meurdres de sang froid, et assassinatz. » Il y en eut un d'entre eux qui fut amené devant le Parlement, « couché dans un lict d'ozier, pour ce qu'il esloit blessé d'une harquebusade à la cuisse. » La potence n'ayant point paru une peine assez dure pour de si grands coupables , tous trois « furent rompus

' neg.; Caeii , 8 juin l.i91. ^ Reg. Caen, 18 Janvier 1591.

5(8 TAHLEMENT DE iNOKMANDIE.

vifz à img gril dressé sur réchalaud ; puis leurs corps , mortz ou vifz y estenduz sur une roë , pour y finir le reste de leurs jours '. » — Ce fut aussi le sort d'un autre grand coupable, Yaudichon , dit La Rockc-ncz-creux j convaincu de fausse monnaie, et d'une infinité de vols, meurtres ^ assassinats, et enlèvements de laboureurs. C'était un soldat de la garnison d'Honfleur. où commandait Grillon pour la Ligue. Le président Le Jumcl ne voulut point être de ses juges, « pour éviter la vengeance que Grillon pourroit exercer sur sa maison sieuriale de Lisores , sise assez près d'Honfleur. » Montpensier et La Yérune n'avaient rien épargné d'abord pour détourner le Parlement de le juger; puis, après la condamnation, pour obtenir qu'on ne l'exécutât pas, nombre de royalistes , qui avaient des parents prisonniers à Ilonfleur, craignant ( disaient Montpensier et La Vérune ) que Grillon n'usât de représailles. Mais ( comme répondait le Parlement), « différer l'exécution, seroit donner plus de subject à Grillon d'user de cruaultéz envers ses prisonniers, voyant que, pour ses menaces , le Parlement supercéderoit à l'exécution de ses arrestz. Au contraire , le supplice des condampnéz luy inspirera terreur et craincte . et l'empescbera d'effectuer ses perni-

' Brg., Carii, 12 août IJICJ.

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