II EMU IV
cieulx desseings. » Le Parlement lenaiiL bon, Néz-
Cieux fui traîné au supplice'. On regrette de ne un carme
11 • 1-11 1 ligueur,
point voir quelle peine put subir le plus grand ajam
assassine
coupable, peut-être, que le Parlement eût jamais je!an"'froid vu à ses pieds, sur la sellette , même en ces temps si cinquante
A ^ ou soixante
féconds en atrocités. C'était un carme, nommé royalistes.
Ameline , qui avait « tué de sa main, et de sang
froid , jusques à cinquante ou soixante serviteurs
du roy, estans en la tour de Villedieu ( lorsqu'elle
fut prise par la Ligue ), et qui s'estoient renduz à
discrétion»; convaincu, en outre, de complicité
avec son frère , autre grand scélérat, qui naguère
avait expié ses crimes sur l'échafaud, « il avoit
commis ung exécrable meurdre sur ung capitaine,
serviteur du roy- » Quelle justice le Parlement
fit-il d'un si grand coupable , on ne le voit point
par ses registres" ; on eut dû n'appliquer qu'à de
tels hommes le barbare supplice de la roue.
Ces registres nous montrent , au contraire , supplice l'horrible et lâche assassinat de Montmorency du ^^er'cVmpUc""' Hallot, à Yernon, vengé, non à la vérité dans la ^^ l'assassinat
^ ' de Du Hallot
personne du marquis d'Alègre ; ( prompt à s'enfuir, Montmorency,
.,/... . 1 • 1 commis
il ne lut jamais puni ; même , son complice , le page par des agents Claude Péhu de la Mothe, admis, en 1593, par le Parlement ligueur et le chapitre, à lever la fierté j, sauva ainsi, avec lui, du moins pour un
du marquis d'Alègre.
' Beg. secr., Caen, 20 mars l.j04. ' lîeg. secr., Caen , avril 1594.
l'Ar.LK.MKNT DE Nf H, M AN DU
Conspirations
clans il i verses villes de JNorinandie.
Pi'océdures du Parlement
contre les coupables.
Les ligueurs
s'emparent
de la ville
et du château
de Neulchàtel-
en-Bray ,
par la trahison
de Palieseuil ,
gouverneur.
temps, tout ce qu'il restait encore des acteurs de la tragédie de Yeruon. ) Mais, avant tout cela , le Parlement de Caen avait fait expirer snr la roue quelques capitaines et soldats, sortes d'avenluriei'Sj convaincus d'avoir assisté D'Alègre dans la perpétration de ce lâche et exécrable assassinat d'un vieillard infirme, désarmé et sans défiance'.
Si énormes f[ue lussent ces crimes , les conspirations ourdies pour livrer à la Ligue des villes royales, les crimes de lèse-majeslé , les libelles factieux et régicides, choses, hélas! peu rares à cette époque, venaient, quelquefois, arracher le Parlement aux autres affaires, réclamer tout son temps, appeler toutes ses rigueurs; nous ne devons donc point les oublier dans cette histoire. Une sorte de fatalité semblait soustraire les plus grands coupables h l'action du Parlement, et aux peines terribles qu'il tenait en réserve pour eux. Ain.si, le sieur de Palieseuil ayant , soit par lâcheté, .soit par connivence ( et cette dernière conjecture est la plus vraisemblable), laissé prendre parla Ligue le château et la ville de Neufchâtel-en-Brai , où il commandait pour le roi , qui l'avait comblé de biens, le Parlement voulait lui faire son procès; et il V allait de la tète de ce déloyal gouverneur;
' Ii(g. .ucr. ci lie Tonr/iel/r , (',;icii , 17, 'i'i , 'M) scptcnihrc IM):? J,'î f(''\rier , 8 mai I .V.CS.
mais, dit Groulart , «les huguenotz se sçavent, à point nommé, parer les uns, les autres. » M. de Bouillon, religionnaire, vint au secours de Palleseuil f[ui l'était aussi, et, sans grande peine , le mit hors d'affaire ' .
Il y avait eu un complot pour livrer à la Ligue la ville et le château de Cherbourg; on voit le Parlement envoyer l'ordre aux juges des lieux, «de procéder diligemment et vertueusement à l'instruction, perfection et jugement du procès contre les coupables'.» Mais les registres se taisent sur la suite de cette affaire. On ne voit pas davantage ce que devint le sieur Droullin de Chantelou, «qui avoit trahy et vendu la tour d'Exmes aux rebelles et ennemys du roy '^ » ; ni Aieuxpont d'Hacqueville qui, en juillet 1592 , avait vendu aussi à la Ligue Pont-Audemer , où il commandait pour Henri IV, et dont la trahison inopinée avait été cause du massacre d'une partie des îîabilants de la ville, de la ruine du reste, et fit tant de bruit alors. Nos re2;istres nous montrent le Parlement nommant les conseillers De Brinon et Cabart, pour « informer de ceste perfidie et trahison ' « , mais se taisent sur les suites de cette irrande affaire. . , ■:
Complot ,
à Clieibourg ,
pour livrer
cette ville
anx lisîueurs.
Tour d'Exuies
livrée
aux ligueurs.
Pont-Audemer,
livré par
A'ieuxpont
d'Haciiueville,
qui y
commandait
pour le roi. (Nuit
du vendredi
3 juillet 1502.)
' Groulart, Voyages en Cour, chap. 3.
' Reg. Tournelle, Caen , 27 avril lj'.)3. ^ lieg. Caeii , l.j nuvombre 1J92.
^ Reg. Tournelle , Caen , 7 juillet \M'l.
522 l'AHLKMEM DK NORMANDIE.
Conspiration Oll Cil Sall pIllS loilji SUT UOe COnSpiratioil oui-
sur la ville ]. • rrv/A 1 % 1 X- 1 Ml 1
deLisienx, "'^^ <?i^ 1590, poiii* rendre a la Ligue la ville de tccouvoite. ]Jsieux, etdoiit les agents subalternes furent pris, lies coupables, comme déjà ils étaient à l'œuvre , et qu'un pétard , attaché à une des portes , allait la faire sauter et ouvrir un passage aux soldats ligueurs. Lambert de Saint-Philbert avait ourdi la trame , de moitié avec Longchamps , naguère commandant à Lisieux pour la Ligue; mais ces gentilshommes se surent bien tirer de presse. Des gens du peuple , Gilles Cochon , un soldat nommé Jean-Jean , un boulanger nommé Pierre Anfrie , livrés aux juges de Lisieux, furent seuls condamnés à mort. Sur leur appel au Parlement, le lieutenant criminel , quoi qu'eût pu dire le gouverneur Saint-Denis-Mailloc, pour l'en détourner, avait envoyé à Caen âes copies de la procédure. Seulement les trois condamnés étaient restés dans les prisons de Lisieux, les chemins étant trop peu sûrs pour qu'on allât courir les chances d'une inévitable rccousse. Tant s'en iallait, au reste, que le Parlement y trouvât à redire, que, même les gens du roi, se rangeant à l'avis du gouverneur Saint-Denis-Mailloc, n'hésitèrent pas à représenter « que le juge eust mieulx faict de ne point déférer à l'appel. » Saisi toutefois du procès , le Parlement, ne pouvant plus refuser d'en connaître, confirma pleinement une sentence dont l'exécution ne tarda guère. Ces trois con-
HENKl IV.
damnés ne devaient pas èlie les seuls à payer cet attentat de leur tête; les procédures continuant toujours , actives , incessantes , inexorables , d'autres coupables furent arrêtés, et subirent le même sort que leurs complices '.
Il nous reste à pai'ler d'un fameux prélat , l'un des boute-feu de la Ligue, qui, après avoir longtemps agité la province , y prêchant hautement la révolte et le régicide , avait fini par être pris et livré aux juges. C'est ce célèbre Claude de Sainctes , évoque d'Evreux, que l'on a vu naguère jeter dans les bras de la Ligue le vieux cardinal de Bourbon , qu'il gouvernait , et qui ne voyait que par ses yeux; homme fort savant, comme le prouvent plusieurs ouvrages qu'il a laissés, mais entêté de la Ligue jusqu'à la fureur, et dont l'engouement, devenu une sorte de frénésie, fit l'un des plus dangereux brouillons du royaume , un agent infatigable de révolte et un docteur de régicide. Chassé d'Evreux lorsque Henri lY en était devenu maître , et réfugié à Louviers , que la Ligue tenait alors , il comptait toujours dans sa ville épiscopale, parmi les bourgeois , les prêtres et les chanoines , nombre de zélateurs ardents, prêts sans cesse à tout faire au premier signal, et par lesquels, plus que jamais, quoique absent.
Claude
de Sainctes,
évèque
d'Evreux ,
ligueur,
auteur d'écrits
séditieux ,
arrêté à Louviers, mené à Caen.
' Reg. secr. et de Totirnelh , Caen , "J, 10, 57 novcmh., doc. lô9o ; .j.iavier , féArier, mars I.SOI.
bVi
l'ARLl'MEINT DK NORMANDIE.
Le dominicain
Bernardi,
nommé
par le Parlement
royaliste,
pour prêcher
le carême dans
la calhédrale
d'Evrenx ,
est exconinunii;-
par Claiule
de Sainctes,
contraint
par l'official,
coràn populo,
de descendre
de la chaire;
cl ne prèclie
la station «Iiie parce que le l'arlement séant à Caen , s'en mêle , et envoie à Evrenx dts commissaires.
il doiinail des lois à la ville , surtout à sou église. ! à donc , plus ([u ailleurs , on eut eu besoin de prédicateurs modérés; et, en 1591,1e dominicain Bernardi , homme prudent et doux , avait été chargé par le Parlement royaliste d'y aller prêcher le carême dans la calhédrale , et de ne rien épargner pour apaiser les esprits. Excédé de prédications séditieuses, le Parlement en était venu ainsi à désigner , pour ('aen et les autres villes fidèles de Normandie , les prêtres et religieux , en petit nombre , c[ue signalaient la modération de leurs sentiments et la convenance de levir lan^aoe ; en 1590, par exemple, pour prêcher le carême à Caen , maître Ragot , jacobin à I.aval ; et , en 1591 , notre maître Bérenger ' , qui, sous ses yeux, purent prêcher sans contredit , et y eurent un grand succès. Mais il n'en devait pas aller ainsi à Evreux. Le mercredi des Cendres, premirr jour de la station, comme le dominicain Bernardi 2;ravissait les dé"rés de la chaire de la Cathédrale, le a;rand-chantre était venu l'arrêter soudain , au conspect de tous, lui montrant un écrit signé de Claude de Sainctes, (jui , sous peine d'excommunication , défendait expressément , et à Bernardi , de prêcher, et à tous les habitants du diocèse d'assister à ses sermons. Bernardi avant voulu insister , il s'en suivit une
Keg. secr., Cani , r,t janvier 15yo,ot 18 janvier 1601.
lIEMil TV. 525
scène des plus scandaleuses dans la basilicjno. où tous les habitants s'étaient rendus en foule , et comme une sédition dans la ville, dont les deux partis s'étaient violemment émus et faillirent en venir aux mains. L'arrivée presque immédiate des conseillers Duval et Mahaut , envoyés de Caen à Evreux, en toute hâte, avait pu seule v rétablir l'ordre. Grâce aux mesures énergiques autant que sages . prescrites par ces deux commissaires , force était demeurée au Parlement et au roi. Bernard!, remis en possession de la chaire de INotre-Dame , avait prêché la station aux chanoines . au clergé , aux bourgeois, régents, étudiants des écoles, à tous les habitants, enfin, fort exacts à le venir entendre, le Parlement séant à Caen, le leur ayant expressément enjoint, par un solennel arrêt, publié à son de trompe , dans Evreux , ainsi que dans toute la province '.
Mais [' (uiti-Parlcmcut de Rouen, refuge toujours Dés
assuré des ligueurs, ne devait pas faillir, en cette '^f*''^'^^""^' 's^^'
î^ 1 ' le Parlement
rencontre , à Claude de Sainctes. Ce Parlement ligueur
séant à Rouen ,
ligueur haïssait avec fureur le Parlement royaliste , avait,
, . . , . . I , dans un arrêt
qui ne le reconnaissait pas; et lui aussi aurait voulu publié
feindre de ne point reconnaître le Parlement fidèle. " cTalifi^"^' Dès septembre 1589 , le voyant établi à Caen , il àçptirjnres
les magistrats
avait exhalé contre lui sa rage en un arrêt dont réfugiés à caen,
déclaré leurs
arrêts nuis ,
et défendu à fous ' Reg. (in Par/entent séant à Cr.on , Ti , ''8 mars et 8 mai 1591 . (robéiràce/>7///.r
l'arlcine}!!.
parla De Thou ' , qu'ont enregistré les Mémoires de la Ligue'- ^ et qui ne doit pas être onl)lié clans cette histoire. Tous les membres du Parlement de Normandie ( disait cet arrêt ) avaient juré de vivre et mourir en la religion catholique , apostolique et romaine ; d'employer toutes leurs forces et moyens, sans épargner leur vie, pour extirper de ce royaume tous schismes et hérésies ; de ne recevoir pour roi un prince hérétique, suivant l'édit de juillet 1588, déclaré (aux États de Blois , en octobre , ) loi fond/intculalc cl irrévocable du royaume. Toutefois, « plusieurs de ces officiers, mal affectionnez à la conservation de l'honneur de Dieu , de la religion catholique , apostolique et romaine , au bien et estât de ce royaulme, contre le serment par eulx preste , s'estoient retirez es villes de Caen , Dieppe, Pont-de-l'Arche , Pont- Audemer et autres villes ennemies de la saincte Unyon , y exerçoient commissions et charges, soubz le 7iom faulx de la court de Parlement. . . et, en hayne de la saincte Unyon , avoient donné quelques prétendus arreslz et Jugcmenfs contre les officiers et ecclésiastiques de la province, catholiques unys , et faict quelques prétendues ordonnances pour intimider les gentilzhommes , et les empescher de
' De Thou, Histoire universelle , liv. xcvii. " Mémoires de la Ligue, tome IV, page 9.<.
porter les armes, et se joindre avec les princes catholiques , pour la défense de la religion catholique. » 1.' anti-Parlement de Rouen déclarait donc « casser et adnuller tous ces prétendus arrestz et jugements donnez soubz le faulx nom de la court de Parlejnent , faisoit défense à tous de les exécuter, sous peine d'estre déclarez perturbateurs du repos public , et perfides à leur patrie » ; déclarait criminels de lèze-majesté divine et humaine^ et enneniys de DieUj de l' Estât et couronne de France , les magistrats réfugiés à Caen , et leurs adhérents ; prononçait enfin la confiscation de leurs biens , et celle de leurs offices, désormais vacants et impétrables\
Bientôt , un autre arrêt de cette factieuse compagnie avait fait défense , sous peine de la vie^ à tous huissiers et sergents « de faire aucuns exploictz à comparoir en aultre lieu quV.'? la court à Rouen ^ d'exploicter ny exécuter aulcunes ordonnances ou prétendus jugements des liérétiquesréfugiéz en la ville de Caen , s' efforçant usurper le nom et tiltre de Parlement , et à toutes personnes d'y obéir ^. » En 1590 , Curieux anét
I /-Il 1 1 o • • Il • -1 qu'avait rendu
donc , voyant Llaude de oainctes en peme, allait-il je Parlement
II t'A -v r. •. ligueur en faveur
abandonner cet eveque , qui , a ses yeux, était un deciaud apôtre , et négliger une occasion si favorable de '^^ sainctes,
et contre
, . le dominicain
Bernardi.
' Reg. du Parlement séant à Rouen, ^S septembre lô89.
^ Rfg. du Parlement séant à Rouen , "^.7 norembre 1589.
;-,28 rAP.LEMENT DK \0?.MA.\DIE.
lancer un nouvel analhème contre les magistrats fidèles? A la requête du fougueux prélat , il rendit un arrêt qui prodiguait aux magistrats de Cacn les éi^ilhiites d hctrlif/iœs, fauUeurs d'/icresye , scismaiiques, usurpanl faiilsement le nom de court de Parlentfiit. A Rouen , cela était passé eu formuie ; et il ne s'y rendait plus guère d'arrêts où les magistrats fidèles ne fussent accablés de malédictions et d'anathèmes. Celui-ci finissait par une cassation du prétendu arresl de Cae/i ; il défendait à Bernardi et à tous auti'es d'annoncer la parole de Dieu au peuple du diocèse d'Evreux, sans la permission de Claude de Sainctes ' . Par malheur, cet arrêt n'ayant été prononcé que le six mai , il venait un peu tard pour régler la station du (Carême. Frère Bernardi n'en avait pas moins continué de prêcher, et prêtres et bourgeois de le venir entendre , les uns bénévoles , les autres contraints. Mais lu , en grand appareil, à l'audience de la grand'chambi e, crié dans llouen, à son de trompe, et faisant grand bruit enfin, sinon beaucoup d'elfet , cet arrêt du Parlement ligueur avait été une consolation pour Claude de Sainctes, qui le fit imprimer et répandre à profusion dans son diocèse '. Si tout n'y était point en combustion, on voit bien qu'il n'en fallait pas
' Reg. secr. du Parlement ligueur, G mai lj91. •, ...
' Rpg. <lu Pfirlrineii/ ligueur , Cnii'A iM\. . '.- '
ise
accuser son évêque. Mais qu'était-ce au prix de Pr
plusieurs écrits publiés par ce furieux pour applau- ^,^^. HenH Yvdir à l'assassinat commis sur Henri III, et exciter Claude
de Sainctes
les ligueurs à en faire autant au roi régnant ? Lors est anété
-, 1 1 TT • T\T dans cette ville
donc qu arriva a Caen une lettre de Henri IV, an- où ii s'était nonçant qu'il venait de prendre Louviers , et que pontaine^s-Martci Claude de Sainctes , ainsi que Fontaines-Martel , ^^' '■'"^*' '^^''^
* prisonnier.
avaient été arrêtés par ses soldats dans la mêlée ' , la joie fut grande au Parlement , impatient qu'on y était surtout de faire justice de Claude de Sainctes, un si dangereux boute-feu. Chez lui, d'ailleurs, lors de son arrestation , avaient été trouvées de révoltantes apologies du régicide de Saint-Cloud , et des exhortations aux ligueurs d'en commettre d'autres'. Pour Fontaines-Martel, l'un des principaux chefs ligueurs de la Haute-Normandie , on a déjà vu ce qu'il savait faire. Quelle plus favorable occasion de venger avec éclat la majesté royale outragée , et de jeter au loin l'épouvante parmi les révoltés! « Sire ( avait écrit aussitôt le Parlement à Henri IV) , puisque vous avez en vos mains les plus factieux personnages, et qui ont le plus troublé le repos de vos subjectz et oublié la foy et fidélité souvent par eulx réitérée , oultre plusieurs
' Beg. secr., Cacu , 9 juin 1591.
' De Thou , liv. CI. — Journal de TEstoilc , 6 juin 1 J9I. — GalUa rhristicina , tome xi , col. on.
lit. 3i
maulx par ciilxlaiclz, eiivoycz-les à vostro justice souveraine , afin (|u'ilz rendent compte de leurs
aclions , suivant Jes loix de vostre royaulnie
dont tous vos subjectz recevront aultant de contentement que ce sera de terreur à voz ennemys et rebelles , et à nous espérance certaine de veoir , de bref, la fin de noz misères'. »
i:rforis Cette affaire avait langui quelcpie temps. D'abord,
du l'arlcinciit ,^ . -.^ . .
lisuenr pour lontaïues-JMartel , neveu du consenler ligueur tirer de peine ^l^y^^^\ jç Bolbcc , sut sc tirer de presse , grâce aux
Claude ' 1 ' o
de Sainetes; démarclics cmprcssées de SOU oucle. Quant à Claude
fp prélat est -t r^ •
conduit à caen, dc Saiuctos, touibé aux mains de soldats avides, et condamné. '' ''^^''''^ taiili, Ic croira-t-ou , S eu tirer avec de 1 or. I.e Parlement ligueur , le vovaiit prisonnier , lui avait permis , par un liàtif arrêt , « d'engager le revenu de son évescbé jusqu'à la somme de mille escus, poin' le payement de au rançon en lae/itel/e il avait esté eottisc par les ennemys qui le tenoyent prisonnxer'. « Ce scandale , toutefois, ne devait pas être consommé ; (Claude de Sainctes avait fini par être amené à Caen, et parut sur la sellette , devant le Parlement royaliste assemblé. Il y allait, pour ce factieux prélat , de la peine capitale , qu'avaient subie , il faut le reconnaître, de moins grands et de moins dangereux coupables; et ni son caractère
' Reg. sec/:, Cacn , 10 juin lj'.)l.
- Urg. secr. du Parlcnimt ligueur, 2J sopleiitbrc liOl.
épîscopal , ni les privilèges de son ordre ne l'en pouvaient sauver, toutes ces immunités cessant pour le crime de lèse-majesté ; sans compter que son attitude en jugement et sa défense même avaient été un nouveau crime non moindre que tous les autres , cet incorrigible fanatique ayant osé défendre à outrance devant ses iu2;es les malheurcuses et extravagantes doctrines dont il était entêté ' , Mais Henri lY, obsédé partons les évêques, qu'il lui importait si fort de ménager , ou décida le Parlement à se contenter d'une simple condam- ''""^ '*^ château
•■■ de Ci'évecœur,
nation à une réclusion perpétuelle, ou lui-même commua en prison la peine capitale que ces magistrats avaient prononcée peut-être. Car les registres nous faisant défaut ici , nous en sommes réduits, sur la conclusion de cette affaire, aux assertions de quelques écrivains graves et dignes de foi , sans doute , mais dont nous n'avons point vu les preuves. ' — Quelle cpi'ait été, au reste , la décision du Parlement, Claude de Sainctes ne devait ])a3 long-temps y survivre. Il avait été mené au château de Crévecœur, dans le diocèse de Lisieux, où on le tenait étroitement reclus. Là , pris de chagrin , ou empoisonné , soit par une parente , soit par des reUgionnaires , comme quelques-uns l'ont
Claude
de Sainctes,
confiné
y meurt peu de tcnij)s après son jugement.
' De Thou , Histoire universelle , livre ci.
- Gallia chris/iaria , tome xi, col. 012. — Bayle , Dict. hist. et crit. , article : Sainctes ( Claude de ).
voulu dire, il mourut à la fin de 1591. On voit, le d mars suivant, le Parlement ligueur de Rouen alTecter rin(j cents éeus aux Irais des funérailles de ce prélat , dev(Mui à ses yeux un niarlvr '. Plus lard , dans la cathédrale d'Evrcux , sont inscrites sur sa tombe des lonanges pompeuses, qu'il semblait du moins avoir méritées par sa science , par ses talents', et même par la sincérité de sa foi, (pii, ardenle et vraie, mais mal éclairé(N après lui avoir fait commettre tant de fautes, finit par le précipiter dans l'abîme.
Le Paricmoni LaLiguc, cu vo^'aut mcilre (ilaade de Saiiicles
seaiitaCacu, eu iuu;ement , n'avai t oas manrrué de crier au sactbiiiipi-, crilége. Que fut-ce donc cpiand le Parlement alla
parrexécutt'iir ^ "^ i ii i • t^ •/•
des hautes- S cu prendre et aux bulles des souverains Pontnes Mik^Ui ini'iK- ^^ ^^^^ légats du saint Siège? Mais « les Parlements (ùégoire XIV , ç\q France avoient , comme en protection , les
portant excommunication droictz de l'église gallicane, ses privilèges, ses li-
rontre Henri IV , , ., , . r|••r\/^
tt ses adhércnis. bcrtcz « ; et Ics magistrats relugies a (.aen surent
montrer qu'ils n'avaient point oublié ce devoir.
- . Dès 1590, « suivant les conciles nationaux tenuz
sur les libériez de l'église gallicane ; suivant les
^ Ilrg. , Rouen , i mars lôO^.
' Il avait (omposr , entre antres , un oinraj^e en dix livres sur lEiicharistie; les auteurs du (UiUia (hri.stiiiiKi louent eette production. Gallia chrisliana, t. vi , eo!. 01'. - iîaxie cm iiidiciue d'autres, dans sou Dict. hist. et ait., article : SAi>CTr.s ( Claude de).
■5 I,ps irî'ze TAvres des Parlements de France, par La Roclie- V'iavxn, livre \iii , cliap. i.> , u" Ic.
ordonnances et arrestz delà court, et les anciennes et sainctes délil^érations de Ja Sorbonne » , ce Parlement avait défendu à tous de reconnaître pour légat le cardinal Caietan , venu en France sans l'agrément du roi, porteur de bulles que les compagnies souveraines n'avaient point vues ; et cette cour avait fait publier son arrêt en pleine audience , les portes ouvertes'. Mais, en 1591 , Grégoire XIV, plus emporté , ayant osé excommunier Henri IV, excommunier , avec lui, tous les sujets fidèles, el mettre la France en interdit , on crut devoir , à Caen , parler plus haut et plus fort. Le Parlement, outre une déclaration royale (du4 juillet) contre ces entreprises , avait reçu une lettre close. « Nous vous avons entièrement remys (lui écrivait Henri IV), ce qui est de la deffence de nos droictz et de ce roj^aulme contre telles entreprinses, comme à ceulx qui en estes les juges naturelz , et cjue nous sçavons aussy qui y apporteront toute la fidélité , affection et intégrité qui se y peut apporter. Usez de diligence , afin que le mal ne puisse apparoistre en lieu où ne comparoisse le remède^. »
Mais, si enclins que fussent les magistrats de Caen à faire prompte justice de cette monstrueuse excommunication , ainsi que du nonce Marsilius Landrianus , qui avait osé venir la colporter dans le
* Reg.^ Caen, 30 janvier 1000. = Reg. ^ecr. , Caen, 23 juillet I J9(.
à34 PARLEMENT DE NORMANDIE.
royaume, ils avaionl voulu d'abord éludier de
nouveau cl à fond la nialièie, et rclrempcr ainsi
leurs esprits el leur courage. Après quoi on les vit
paraître à l'audience , résolus, énergiques et forts.
R('(|iiisitoirc L'avocat du roi Thomas de Yerdnn, catholique
uravocaiduroi suicere et chaleureux, et par la même uulecis na-
loriias mière , nous l'avons vu , dans les temps cyui suide V eruun. D ' 11
virent la mort de Henri 111 , à la fin s'était fixé dans le devoir ; et nul autre n'aurait pu se prononcer plus franchement et même avec plus d'énergie qu'il ne le fit dans cette afl'aire, en présence des chambres assem])lées. Rappelant aux magistrats qui l'écoutaienl « les exemjîles de leurs prédécesseurs , lesquelz , en pareilz (;t moindres cas, s'estoient évertuez, et généreusement faict teste aux entreprinses que les papes avaient quelquefois voulu faire, sur les prééminences, droictz et auctorilé du royaume, «l'église gallicane ( continua-t-il ) est exempte de toutes prétendues excommunications et interdictz. Les papes mesmes les plus ardents et audacieux ont esté contrainctz le confesser par plusieurs bulles authentiques. En cas de comminalion ou déclarations de telles censures, on s'y est tousjours unanimement opposé , tant par soustraction d'obéissance que de pécuneet finances. Ces souvenirs eussent deii retenir Grégoire XIV d'entreprendre, en ce royaulme , chose si téméraire el monslrueuse (juc renvoy et publication de crr-
iains libelles dijfamatoires j scandaleux , en forme (le bulle j par son préleiidn nonce maistre Marsilius Landrianus. Ignore-t-il que Sixte-Quint, sou prédécesseur, qui s'estoit , au commencement de son pontificat , laissé piper par les perturbateurs de ce royaulme j, enfui désabusé , et voulant pourvoir aux désordres des ligueurs , a esté , au scandale de la chrestienté , par l'abrègement du cours de sa vie (meschammentpraticqué parla factionespaignolle), empesché d'y apporter remède général , qui feust tourné à la honte et confusion des ligueurs et rebelles?» Puis , concluant, l'avocat du roi demandait à être reçu n appelant comme d' abus du prétendu rescript ou bulle en forme d'excommunication et interdict ; que Marsilius Landrianus , prétendu nonce , fût, comme ennemy public et boutefeu, couru et poursuiry , pris vif ou mort, et, s'il ne pouvoit l'estre, adjourné à baon , dans la ville du Pont-del'Arche, comme la plus voisine de Rouen, où il avoit fait publier sa bulle; que toutes relations avec Rome fussent interdictes, etc. » Si vives qu'eussent pu paraître ces conclusions, encore le Parlement les devait-il dépasser dans son arrêt , qui , rendu sur l'heure , fut immédiatement prononcé à l'audience , les portes ouvertes, lu à la barre de la grande salle , publié à son de trompe dans toutes les villes soumises au roi , affiché partout dans les carrefours , et jusque sur les portes des églises. Le Parlement ,
par cet arrêt, doclarail la bulle du l" mars « nulle , abusifvc , scandaleuse et injurieuse , tendant à sédition et trouble de tout l'Eslat cbreslien , contraire à la parolle de Dieu , sainctz décretz et libertéz de l'église gallicane , remplie d'erreur , d'imposture et d'impiété... » 11 ordonnait qu'elle serait «lacérée et bruslée devant la porte du palais, par l'exécuteur de la hauUe justice ; faisoit défense à tous de la porter, lire , publier ou communicpier , sur peine de conlîscalion de corps et de biens; à tous ecclésiastiques de la publier, sur peine d'estre poursuiviz comme criminelz de lèze-majesté '. » Ce n'étaient point là de vaines menaces. Le jour même, et sur l'iieure , l'arrêt fut exécuté, « quant à la combustion de la bulle » , comme parlent nos registres ; c'est-à-dire que , sur la place de Saint- Sauveur, au conspect d'une foule immense , après • que l'arrêt eut été lu et pidjlié à son de trompe,
la bulle « où estoient paincles et figurées les armaries du prétendu pape, » fut lacérée par l'exécuteur des bautes œuvres, puis jetée dans les flammes. A Rouen, Quelle rage amère ressentait la Ligue en voyant
le cliapilrc . ... IT i*' ii i
reçoit la iniiic tiMilcr aiusi dcs aclcs ahusiis, mendies par elle, et nvocir;iiisport. flont cllc s'é'tait prouiis des miracles, on le put comprendre par l'incroyable mouvement que se donnèrent à Rouen le Parlement ligueur et le cbapitre ,
' lieg.fCiwn, i;; août l.jyi.
lIEiNRI IV. 5:i7
quand ils connurent l'arrêt rendu à Caen , et l'igno- lc Paiiement
. . 1 rt > ' ^^ r • 11111 ligueur
minieux auto-da-ie qu on venait d y laire de la bulle séamàRouen, qui , à Rouen , par leurs soins , avait été si bien , '"'^'^'"*'
1 ' '1 ' des outrages
venue; car cette bulle, si mal traitée à Caen, •''uxqueis,dans
Caen , la bulle
Rouen l'avait accueillie naguère avec transport, aétéenbmte, Le chapitre avait tait donner un généreux pour- en repicsaiiies,
/ . 1 ' 1 1 1 • n. T.„ lacérer et brûler
boire au messager charge de la lui remettre. Im- ja déclaration primée en dilii'cnce, la bulle avait été publiée avec royale
■^ *- ^ (lu 3 juillet 1591,
solennité dans Notre-Dame, le dimanche , après et l'anét
, ,, I TT I Ti I • I rendu à Caen,
un sermon a i encontre de Henry de nourbon jjadys jg ,3 août roY de Navarre , et de ses adhérents ^ sermon pro- ,,., ^"T"V-n, ^
•^ ■' -^ i (Î3 octobre laOI )
nonce par le pénitencier Dadré , et tel que ce fougueux ligueur les savait l'aire \ Aussi, en octobre , après que sont connus, dans Rouen, l'arrêt et l'auto-da-fé de Caen , ce ne sont plus, à Notre- Dame , que processions, sermons, assemblées de nombre d'hommes doctes, « occupez à dresser des censures contre /es licréticques, et contre les arrestz inif/ues rendus à Caen'.-»
On ne se démenait pas moins au Palais. Un mois durant , les plus ardents du Parlement ligueur n'ont plus que cette aflaire en tête, et semblent hors de sens, tant la passion les possède et les emporte! L'armée royale est sous les murs, menaçante et formidable ; (car ceci se passait à la fin de 1591 , et
■ Beg. capituL Eccles. rofhom., 4 juillet 1591. ' Mémos registres, 12 octobre 1691.
pendant que Hciui lY assiégeait Rouen;) n'importe, il faut tout quitter j)our défendre la bulle, pour « confnter les arrestz inicques, rempli z de blaspliesnieSj rendus à Caen contre Sa Sainctelc. » Lcprocuioui- — Seul , le procureur général De la Porte voudrait
général ,
De la Porte qu OU ne Se pressâtpoiut tant. « h'e/iiiewy est aux
de Moutasny , ,» •///t,.i\ •>
s'efcorce en vain porlcs de lit villc {dil-i\) , ct j Cl}' tousjours tenu pour '*'' '" Pup.^h"' "' ' ''^'o'^^ V^ ^^ moins qu'on peult oppiniastrcr ( pousser de la bulle. à bout ) l'etuiemy en armes et si proche •, moins on le doibt faire. Mieulx vaidt user de retardement , parce que , bien souvent, en faisant le contraire , cela est cause de ladcslruction des places; et, comme il est dict communément, l'on 7i' arrache pas les espyues quant elles sont en leur grande verdeur , ains ion attend qu'elles soyent dessczchèes. » Mais c'e>st ])erdre le temps ; la Ligue s'indigne à l'idée seule d'un retard. Les chanoines conseillers-clercs Monchy etPéricard ont si bien fait , qu'un arrêt des plus violents va être rendu, où «sera dict tout ce que l'on verra eslre propre pour montrer le scisme , hérésie , apostazie et impiété contenus au prétendu arrest de Caen. » Tous les membres du Parlement indistinctement devront y pi'cndrepart et le signer; « au cas où aucuns d'iceulx seroient reOusants de ce faire , dès à présent l'entrée du Palays leur est interdicte , et ilz sont déclarez privez de leurs privilèges, honneurs, gaiges , profictz, les ([uelz seront emplovéz aux lorlilicalions de la ville. »
Menace à l'adresse de quelques magistrats modérés qui, comme De la Porte, voulaient qu'on attendît, à l'adresse surtout des conseillers Le Chandelier et Rassent de Bapaume, anciens de la compagnie, dont l'un faisait le malade , et l'autre, oncle de l'avocat du roi Thomas , demandait qu'on le dispensât de prendre part à un arrêt qui ne pouvait manquer de foudroyer son neveu , auteur de l'énergique réquisitoire sur lequel avait été rendu, à Caen , cet arrêt qu'il s'agissait de flétrir aujourd'hui. Mais on avaitàcœur, avanttout, que pas un magistratligueur ne fît défaut; et on aima mieux conveuir de ne dire mot de l'avocat du roi Thomas, nommément, quoiqu'il en put coûter. A ce moyen, et grâce aussi à cent menaces d'interdiction, de pertes d'offices, aux semonces que les huissiers allèrent faire chez les conseillers retardataires , et dans leurs chambres à coucher, jusc^u'à les faire lever, si malades que I fussent réellement c[uelr[ues-uns d'entre eux' , les magistrats ligueurs se trouvèrent, à la fin, en assez grand uombre , au palais , le lo octobre , jour fixé pour cet acte solennel , où la rage fanatique et régicide de l'Union allait se manifester tout entière. Ce jour-là donc , après cjue tout eut été bien convenu dans le secret du conseil, les portes de la grand'chambre dorée, toutes grandes ouvertes,
' /ffi,'. .sccr., Uoucn, 12 octohir '.olH, et aliàs.
540 PAKLEMEiNT DE NORMANDIE.
livrèrentpassagcà une mullitude de ligueurs zélés^ qui , d'avance, avaient reçu le mot du guet. Les magistrats étaient montés aux hauts sièges; le doyen Rassent de Bapaume, traîné pour ainsi dire au palais , s'était vu contraint de revêtir sa robe rou2;e et de présider, (juoi «[n'il eût pu dire. Pour l'évèque de Lisieux , Anne d'Escars de Givry, il n'avait point fallu l'y contraindre ; et on peut bien penser qu'un si zélé ligueur s'était rendu au palais de bonne grâce. Moncliy, Péricard , siégeaient là triomphants. Le (.Chandelier, oncle de l'avocat du roi Thomas, Montagu , Le Brun du Bois-Guillaume, Regnault Du Pont (un séide des Guises et de la faction espagnole) ; Martel de Bolbec, l'oncle du fameux l'onlaines-Martel ; Du Perron de Bénéville , Paix-de-Cœur , Toustain de Frontebosc ( tous trois capilaines des bourgeois), Garin , Heudey de Pommainville , Voisin, Robillard, Le Fêvre, Sédille de Monceaux, Le Masson , Le Chandelier jeune , Fizet, De Cahagnes, De la Tigeovère, vingt-trois ligueurs en tout, qui venaient de signer, dans le secret du conseil, l'arrêt que l'on allait lire; parmi lesquels, toutefois, s'en trouvaient quelquesuns moins acharnés que les autres , trois, surtout , Rassent de Bapaume, Fizet, et De Cahagnes, qui n'avaient signé que pour obéir à la cour, « ex urduiat'umc (Jtiriicy> ; ils l'écrivirent , de leur main , sous leur nom . an bas de l'arrél. Cahagnes, surtout ,
détestait ces violences ; et il devait bientôt aller rejoindre à Caen des collègues dont il partageait au fond les sentiments. Pour le procureur géno'ral De la Porte . qui , par sa fonction , ne signait point les arrêls, il en fut quitte pour conclure purement et simplement dans le sens de celui que la compagnie venait de rendre contre son avis , « suppliant ceste court de le vouloir dispenser de faire plus longue harangue sur ce subject. » Le moment était venu de faire grand silence pour mieux entendre cet arrêt , dont lecture fut donnée par le commis-oreffier de la o,rand'chambre. Dans un violent préambule, philippique sanglante contre les Français iklèles (qui y étaient qualifiés de scisînalif/iics, héréticqnes , apostat z et atliéisles) , l'anti- Parlement leur imputait de vouloir , de concert avec l'Angleterre, distraire la Fi-ance de roi)éissance au saint siège, et y établir l'hérésie; il leur re]>rochait « le cruel massacre des ecclésiastiques et vrays catholiques, du sang des quelz ilz avoient les mains pleines, la pollution des lieux sainctz et choses sacrées, leurs abominables déportements à l'endroict du précieux coi-ps de J.-C. , la coupable assistance par eux donnée à un chef liéréti(jue. » Puis, suivait le dispositif de l'arrêt, conclusion digne, en tous points, d'un tel exorde. A leur tour aujourd'hui, et la déclaration de Mantes et l'arrêt de Caen étaient ciualWiés de libelles diffama-
dans cette conjoncture.
Arrêt que rendit foiiTs ; « lo dici prciciulu aiTest estoit déclarc mil .
le Parlement l i fr i ■. l / '
ligueur ^'^' "^^' <-^>»^'Ct et vaJeui', donne jinr personnes 11 ayant aulcun pouvoir , faulscnicnl usurpant le nom ettiltredc Parlement 3 scandaleux, impérieux, plein d'impiété, schisme, hérésie, et apostasie, contraire à l'honneur de Dieu, puissance et auctorilé du Pape, tendant à la sul)version de la foy et religion catholicqne , apostolicque et romaine, vray fondement et appuy de la monarchie. » En consécj[uence, le prétendu arrêt rendu à Caen par les magistrats royalistes, et \a prétendue déclaration allaient être « lacerez j, l' audience séante j el\cuvs ù^n'^menlz brusléz par l'exécuteur des jugements criminelz, devant l'église Nostre-Dame de Rouen. » L'anti-Parlement déclarait « ceulx rpai avoient signé, scellé, expédié la déclaration du II juillet; ceulx qui, à (-aen, avoient donné le prétendu arrest; eeul.v qui avaient bailic conclusions , criminelz de lèze-majesté divine et humaine , jîarjures et inlVacteurs des sermenlz qu'ilz avoient solemnellement faictz, réitérez et signez. » Oui eût pu s'attendre à voir les conseillers ligueurs de Pvouen s'attaquer aux magistrats royalistes de Caen, et les accuser de parjure? Mais écoutez comment les magistrats réfugiés avaient encouru ce reproche : pour avoir «violé l'édict du mois de juillet 1588 (l'édit d'Union) reçeupourloy fondamentale du royaulme» ; édit fort sage , assurément . et surtout enregistré
l)ion librement , comme on l'a pu voir dans le temps ! ].e Parlement ligueur, vouant au mépris et à l'oubli la déclaration royale et l'arrêt rendu à Caen , ordonnait d'honorer Grégoire XIV, d'obéir à sa bulle du 1" mars 1590, comme à toutes les autres, iuidinnuestoit touschrestiens de craindre et redoubter les censures ecclésiastiques, comme le couslcau laissé par J.-C. à ses apostres et leurs successeurs ^ pour retrencher du corps de son églhe les membres pourriz j, saxs exceptiox d'allcun , soit roy ou AULTRE. » ]^e cardinal nonce Marsilius Landrianus était mis « soubz la protection et sauve-garde de l'Estat royal et de la court. » Le clergé était « admonesté de faire processions et prières publicques , !e peuple prié d'y assister, pour impétrer de la divine Majesté la délivrance de son peuple catliolicque , opprimé par la tyrannye des héréticques , et d'aulcuns eux disant catbolicques, leurs associez et faulteurs; qu'il luy pleust dessiller les veulx de ceulx qui , se disant faire profession de la religion catholicque, avoient , néanmoins, embrassé la défense des héréticques , et employoient leurs armes pour les maintenir, persécutant Dieu et son églize. » Alors , « en présence de tout le dict peuple » , furent lacérés et rompus l'arrêt donné à Caen, le ïo août, et la déclaration du 3 juillet précédent. Puis, la multitude, courant en foule au parvis de Notre-Dame, où un bu-
544 PAÏÏLEMEM' DE NORMANDIE.
cher avait clé drosse , vitbienlol arriver l'exécuteur (les liautcs-œuvrres , ([ni livra aux flammes tous ces fragments d'arrêts et d'édits qu'on lui avait remis au palais'. Aprt'S quoi, recommencèrent les processions générales , les sermons , les pèlerinages du Parlement à Sainte-Brigitte ^; spectacle j)lus populaire dans les idées du temps, il le faut avouer, que celui qu'avait donné à Caen le Parlement royaliste, bien à regret on le peut croire; car de grands ménagements étaient nécessaires dans une ville qui , outre tant de ligueurs, comptait dans son sein nombre de catholiques sincères et scrupuleux auxquels i'auto-da-fé du lo août n'avait pu plaire. Sans compter (jue les ligueurs n'étaient pas avares de mensonges, comme mille laits le pourraient montrer au besoin; au point que, lors des fêtes célébrées àCaen, en réjouissance de la victoire d'Ivry, les enfants, pour s'ébattre, ayant allumé un grand feu dans la rue Froidc-RuCj où ils jetèrent une poche de vieux cuir remplie de paille , qui brûla aussit(jt, répandant au loin une odeur infecte , il se trouva dans la ville des hommes assez impudents pour dire que les huguenots venaient de brûler un crucifix , et, dans le bailliage , des magistrats assez crédules pour commencer une infor-
' Rpf;. du Parlement ligueur , 13 et 14 octohn^ lôiU. ■■ Reg. aipittd. Ecries, rnthoni . , IC. iu'r()i)rc l.>!)1.
nj;.\ui IV. 54j
malion judiciaiie ; le lieutenant criminel Malherbe, entre autres, à qui Groulart fit honte d'avoir donné dans un piésre si «rossier'.
Le Parlement aurait voulu contenter du moins Nouvelle
cléputation
les hommes de bonne loi. On a vu ses démarches envoyée
1 TT • TT^ 1 1' 1 1 ^ Henri IV,
auprès de Henri IV , pour le presser d embrasser la ,,aiic Parlement relinion catholique; il les renouvelait chaque fois royaliste,
Cl' X pour lexhorter
cpie l'occasion lui en était donnée. A la fin de à embrasser
^ . /^, 1 -,,.'''' religion
l'année J 590 , les conseillers Cabart et Le Cordier eaihoiique. du Troncq, envoyés en cour, j^our faire diverses remontrances, avaient mission surtout « de s'enquérir de ce que les autres Parlements avoient pu faire dire au roy sur l'article de la religion; et, selon ce qu'ilz trouveroient sa Majesté disposée, et qu'ilz apercevroient qu'il seroit à propos de luy en parler, en ce cas ilz avoient charge de le supplier d'eflectuer la promesse faicte par luy dans la déclaration publiée lors de son avènement à la couronne. » Ils devaient toutefois « traicter ceste matière le plus sobrement et discrètement qu'ilz adviseroient'. »
De tels efforts , connus du public , étaient xcmoi^'nages