‹ Histoire du Parlement de Normandie (volume 4)Chapitre 19 sur 21 · f» •il I ciy piété · texte numérisé non relu

f» •il I ciy piété

bien propres a justifier ces magistrats, que la ^ounés à Caen, Liiïue n'avait pas craint d'accuser d'hérésie. Tout pai- 'es memi^res

~ i du Parleaient

I se suivait, du reste, dans leur conduite, et mon- réfugiés.

' Meg. secr., Caeu, 4 avril 1 J90.

■ lieg. sccr., 11 octobre IJ90 , et jours suivants.

nr. 35

54C r.\r.I.KMi:XT DK NoliMANniF..

Iioil leur allaclKMiioiil sincèi'e ot i^rofoiul à colU* religion (ju'oii leur ruait si injusIemonL icpioclir do Iraliir. « Nous ne voulons estre liérélirjnes ni de la Ligne, mais nous nous maintiendrons en la religion catholique romaine, soiibz l'obéissance de nostre roy ' ; » telle avait été naguère la profession de foi des fidèles habitants de Langres; lelle fut aussi la devise du Parlement de Normandie réfugié. Dès son arrivée à Caen , choqué de voir les marchands et les artisans « ouvrir leurs boutieques aux jours de festes solempnelles , exposer en vente des marchandises, et travailler aux œuvres m('clianiqu(\s » , il avait rendu des arrêts pour proscrire ces infractions au culte , enjoignant à tous « de l)ien et révéremment garder les festes solempnelles instituées et commandées par l'église. » Plusieurs fois, il avait réitéré ces injonctions et ces défenses^. Lui-même, se soumettant avec scrupule aux rites de l'église de Bayeux, observant les fêtes particulières à ce diocèse, qu'à Piouen il n'avait jamais chômées, vaquait ces jours-lù, et faisait fermer les portes du palais. Dès le mois de juillet 1589, on voit ces magistrats convenir entre eux que , (' à raison de la fesle des reliques des corps sainctz de l'esiïlize cathédrale de Nostre-Dame

' Clironolog. /io^\, collcct. Pttitot, 1"' sôrie , t. XXXIX , p. .ili ' lieg., Caoa, "''i juillet (:)S<), l'.> li-vricr, •>.;! juin (/>i)0, etc.

IIKNIM IV.

de Baycux, solempnizéc par lout ce diocèse de Bayeux, la court n'entrera au Palays'. » D'autres fois, c'est « à raison de la teste Sainct-Pierre-««j:- Linis j festée en la ville de Caen ; combien qu'elle n'cust accoustumé d'estre ainsy solempnizée par la court à Rouen" » ; de « la feste de la chayre de Saincl- Pierre, solempnizée à Caen ^. » D'autres jours encore , on ne tient point d'audience, « à cause de l'anniversaire de la Dédicace de l'église de Sainct- Sauveur , paroisse du Parlement réfugié '' ; de la Dédicace du monastère des Cordeliers , où la séance du Parlement est establie ^ » Etait-on averti que l'armée royale se disposait à livrer une

l bataille , aussitôt des prières publiques étaient ordonnées , des processions solennelles traversaient la ville, se rendant d'une église à une autre; le Parlement y était toujours en corps. Les exemples en sont sans nombre ; et c'est cette cour qui , en toutes rencontres, donne le signal. « Yeu la véhémente présumption de la bataille que le roy est

P sur le poinct de donner , à ses ennemys ligueurs , marranes " , espaignolz et françoys reniez , estant

■ Beg. secr., Caen, !*■' juillet 1589. ' Eeg., Caen , 18 juillet ihS9. "^ Reg. secr , Caen, 1"' août 1589. ^ lieg. secr., Caen, 18 juillet 3 fieg. secr., Caen, 22 février 1590. 1589.

'' Marranes. En Espagne , on appelait 3Iarranes les Maures réfugias clans ce pays. — Cang., Gloss., et D. Carpentier, Siippl., v" Ma- RAM.

les doux arnu'cs piocliaiiies \\\\\c de l'autre, a oslr advisé d'exciter le ])<>n peuple, vrays sulijeelz et serviteuis du rov. de se incliuer tous à prier Dieu pour la prospérité et santé de sa Majesté, de sou Ivstat el all'aires, à ce qu'il plaise à Dieu luy donner la victoire contre ses ennemys'. » Dansl'atlente de l'événement, on voyait clia([ne jour le Parlement aller, en corps, entendre une messe solennelle aux Cordeliers; et comme, en de si «graves conjonctures, «plusieurs liabitans de Caen et des fauboure;s, ne laissoient , par débauche et volupté, de s'adonnei" aux excedz et plaisirs par cy devanS tolérez en la pleine prospérité du royaulme, telz jeux ne tendant cju'à irriter Dieu » , défense était faite à tous « de porter ne recepvoir masques, joueurs de déz , et autres jeux prohibez , sous peine de centescus d'amende'. » Recevait-on la nouvelle d'une victoire? aussitôt toutes les cloches de la ville étaient mises en branle; des Te Dciini solennels étaient chantés à Saint-Pierre.

Conduite ^'^^ réformés , alors fort nombreux à C^aen , nous

duPaiieinont l'ayous VU, dcvcnus entreprenants sous un roi de

séant a Caen , '■

àrtgarddcs leur relii>ion , embarrassaient le Parlement f[ui , obsédé, sans cesse, des murmures des ligueurs, des plaintes du gouverneur l.a ^érune, surtout des accusations que les religieux el les prêtres dé-

icligioiinaircs.

Jle^ , C.aoîi , 30 .-.oiit l.)0(). - llri; , Caen , '2'i janvier lôi>->.

bilaieiit en chaire contre les liéréliques, toujours si haïs du peuple , ne savait que répondre , ni quelle rè<;le de conduite adopter. Les rigoureux édits de 1585 et 1588 semblaient, à la vérité, avoir été implicitement abrogés par les accords intervenus en avril 1589, entre Henri III et le roi de Navarre, rapprochés et réconciliés, et parles lettres d'armistice, données à Tours par Henri III'. Mais quelle était la valeur de cette abrogation; et , dans les conjonctures , le Parlement pouvait-il , prudemment, la proclamer, l'ériger en règle ([u'on dût suivre ! Les religionnaires , cependant, ne se contraignant plus , exerçant leur culte presque publiquement , chantaient jour et nuit les Psaumes de Marot , et sur un ton assez haut pour incommoder fort les moines et les prêtres, dont l'oreille était tendre , à l'excès , sur ces articles , et qui allaient à la file se lamenter au château, chez La Yérune , et quelquefois se plaindre au palais. 11 n'y avait, d'ailleurs, pas d'horreurs ni de profanations dont on n'accusât ces dissidents , que les bons catholiques, les ligueurs surtout, ne pouvaient souflVir. Comment donc aoir avec cette minorité

détestée? Le l^arlement n'ignorait pas que c'était là que l'attendait la Ligue ; et, si peu qu'il déférât

' Recueil général des anciennes Lois françaises , t XI V, p. 645 et suivantes.

du PaïU'iiiPiU séant à (]aen ,

;^-yo I' ai'.li;.mi:nt dk nokmandii:.

aux àlils (le l'U/iion , (ju'à l)oii droit il accusait do nos troiil)le.s civils , il avait cru devoir ordouiier « (|u'oii iufornicroit des conlraventions faictes par les proleslaiils aux (''dicla sur la malil're ' » , sans indiquer en termes plus jirécisces édifs(pi'on n'osail nommer. En même temps , il avait écrit au roi . pour savoir de lui « son l)on plaisir sur l'exercice

Arrêts ^'^' '^ rcliniou reformée '. « Mais la réponse ne venant

pas, il fallait bien, parlais, prescrire cpielques

))onr mesures ponr éviter des séditions , le pire des maux

contraindre

lesrHigionnaircs qui pusscut arrivcr daus la conjonctnre. Ainsi, les

de icmirc devant . .,^ i f • o ' ' • ' i

leurs maisons, dcuxlctesdu hauit-.^acrcnieut ctaut epiees cliaque ''"^* . année par les calboli(rues exaltés, crui ne cbcr-

(103 processions i i ^

,!e la iHte-Dien. cliaicnt quc dcs prétcxtcs de tout brouiller , le Parlement avait cru devoir rendre des arrêts, pour enjoindre aux religionnaires de tendre devant leurs maisons, sur le passage des processions, cette clelérence publique pour le culte privilégié pouvant seule , à son gré , prévenir des émeutes. Ces jours-là donc , sous peine d'une amende de dix livres, encourue parle seul fait de la contravenlion , tous les travaux devaient cesser, toutes les boutiques demeurer closes; « tous babitans indistinctement dévoient tendre devant leurs maisons, pour la révérence de la procession où seroit porté le Sacrement de

' Rcg. sccr., Cacn, T.i a\iil I');)!). ' llci;. srcr., Caoïi, ^i:i avril I .M

HEJNRI IV. r.ji

l'aiilcl'. » l^e Parleaiciil l'avait ainsi oidonné eu 1590; et comme, ramiéc suivanle , le jour di; la iêle, «il y avoit quelque apparence d'esmotion , pour raison de ceulx qui ne vouidroient tendre » , im nouvel ari-et fut publié, de tous points semblable au premier '; et force était d'y obéir. Un conseiller au présidial de Caen , Beaulard sieur de Lébisey, religionnairc enlèlé , qui n'avait pas voulu tendre, fut mandé au palais, et sévèrement interpellé sur les motifs de ce refus. 11 eut beau objecter sa religion et ses scrupules de conscience : « Vous f/in estes Juge et officier ( lui dit Groulart ) , vous n'avez pas monstre bon exemple aux autres /utbitans , ayant contemné l'arrest de la court ^ et sciemment contrevenu à icelluy , dont vous estes inexcusable; et la court pourroit , pour vostre désobéissance , vous condamner à grosse amende. » Il en fut quitte pour vingt écus et la semonce qu'il lui avait fallu subir ^. Bien d'autres que lui n'ayant pas voulu LecieigéiieCaen

, , , . . 1^1- 1 /' «liesse des listes

tendre, les cures et vicaues des églises de (^aen, ii^s

indignés , en avaient dressé des listes fort complètes, i"''''S'onnaiies

o ' X ' qui n ont

qu'ils remirent aux juges; et, qui les eût écoutés, pas tendu;

. leParlenjent

allaient commencer , sur 1 heure , des vexations déivnd

1 1 •■ ,• 1 I 'Il ' !*ux officiers

sans nombre, des agitations dans la vnJe , une se- , , „

' O ' i!u bailliage

dition peut-être , tout ce qu'enfin le Parlement '''J" •■'^*'" ^5''"'

' Reg^Cwn , 20 juin 1590. ^ Rcg. secr., Caen, 15 juin 1591.

' Rcg. secr , ildcn , 12 juin lj91.

:,52 l'AP.l.KMKNT I)K NOilMANDIK .

avait Noiilii provenir on onjoii;nant de Unulro. Hcureiisomonl , cette cour veillait; au premiermot (jiroii lui (lit (le CCS listes ainsi indiscrètement dressées par les curés et les vicaires , le lieutenant général , mandé an palais , reçut l'ordre de n'en tenir aucun compte , « estant les dictz prebtres partie adverse de ceulx qui n'avoient tendu , et partant incapables d'en certifier choses dont ilz peûssent estre croyables'. »

Ces infractions ne pouvant, toutefois, être tolérées sans dani^er pour l'avenir, le Parlement ordonna que /es p/iis appamifs parmi ceux qui n'avaient point voulu tendre , sei-aient mandés au bailliage, et , sur leur arcii , condamnés aux amendes portées par ses arrêts, T.e lieutenant général . chargé de cette mission , avait été exhorté de « se y comporter comme bon et prudent juge , avec discrétion, et de manière à ce (ju'il ne peust s'ensuivre aucune esmotion , esclandre et scandale". » riainfcs des Cct oflicier suivit des inspirations si modérées; et, par-'ii j tout demeura en paix dans la vu le. 1 oute-

au roi contre 1 ' r

le Parlement fyjg ^ j^iç; religiounaircs , le croîra-t-on , criaient à

.séant à Caen. *~

ro{)pression,etfatiguaientHenri IV de leurs réclamations contre des mesures si prudentes et un Parlement si sage. A la vérité , ils mettaient en avant de nouveaux griefs, dont nous n'avons d'autre garant que

' Beg. srrr. Cncn. I.> juin 1,)!M. ' Ixrg. srcr., C<i(';i, 1.) juin l.)!M.

IIEMII IV. yy^

leurs plaintes. « On les contraignoit (disaient-ils) à faire le pain béni ; des officiers les recherchoient en leurs maisons pour le faict de leurs consciences; et le lieutenant criminel avoit informé contre eux à raison de leur cro\ ance. »

Henri IV, prévenu par Du Plessis-Mornay, écrivit à ces magistrats des lettres qui semblaient les accuser d'intolérance; il leur reprochait de mettre la division entre les catholicpieset les religionnaires '. La justification du Parlement ne fut pas ditïicile. R^^ponse

ilii Pailpnient

« Ce que nous avons ordonné f répondaient-ils) ;, ces phiimcs. estpour la police, pour éviter confusion , murmure et csmotion populaire, pour contenir vos subjectz en vostre obéissance , ainsy que Y. M. elle-mcsme en faict user à sa suite , et à la suite de sa court, suivant les édictz et réglementz, lesquelz le Parlement de ■*

Normandie fera observer , en attendant que V. M. ait faict faire l'assemblée annoncée dans ses déclarations '. » Le Parlement, donc, sans vexer les religionnaires, empêchait les prêches, et en fit fermer un à Allemagne, que lui avaient dénoncé les religieux de l'abbaye de Saint-Etienne^.

Les protestants, toutefois, avaient crié si fort Déclaration

^ de Maiilps,c|iu

(ceux de Caen et les autres ) , qu'en juillet 1591, révoque les ctiits

TT • Ttr ' V T»T 1 • Il X • de lôHôet I5SS,

Henri IV , étant a Mantes, se laissa aller a signer ^t ,.e,net

en vigueur

• redit de 1577,

l'avoraMe aux ' licg. sccr., CaL'n, 20 octobre ii.dO. ' /^c^'., Cacii , 2'j mai IJ'JI. ,eli<'ionnaires.

^ MènuMT.nstre. • ' (Juillet 1591.)

dcclMralioii.

:,,V', PARLKMENT DE NOUMANDU:.

une déclaration bioii hardie , as.siirémenl , pour le temps, et vu l'état d'exaspération où étaient alors les partis. (]etle déclaration révocpiait, comme rxlor- (jucs à Henri III, les édils d'intolérance de 1585 et de juillet 15c"-8 ; elle faisait revivre la législation qu'avaient abolie ces deux édits, c'est-à-dire l'édit de pacification de 1577, la paix de Bergerac avec les modifications qu'y avait apportées le traité conclu Embarras >j Fleix , Ic 26 uovcmbrc 1580. Assurément, c'élail

(lu l'arleiueiit

séantàCaoïi, oser bcaucoup, la Ligue étant si puissante encore.

en présence , -ai»

(le celle hllc cria lort , comme on le peut cron-e. Au rarlement de (]aen , lorsque ces actes arrivèrent, les magistrats se regardaient, ne sachant à quoi se ivsoudre. Contre l'ordinaire , il ne put être question de déli1)érer sur la déclaration que six semaines après qu'on l'eut reçue. Les gens du roi n'étaieni jamais là quand on s'en voulait occuper , et ils s'élaient refusés tout d'abord à donner des conclusions'. Ces conclusions , quand ils se furent enfin décidés à les donner, montrèrent que la réilexion ne les avait pas rendus plus favorables au nouvel édit. « Atloidn la dcclaratioit faictc par S. M. à son adrcmincnt à la couronne ( le h août 1589), et l'iuiportiDuc des dictes /étires de rérocalion , Hz reqiicroioU très laiinbles remonslrances eslre /'aides au roVj, contre sa dèc/arat ion de juillet 1591.'^' Le Par-

' Rri:;. sccr., Cacii, 27 août l.V)l. ' Ar;' .sav., raon,;iu août 15)91.

IIKXRI IV. 535

lemeiit était toujours perplexe , et il s'écoula un nouveau mois encore sans qu'il eût pu se résoudre. Pendant ces délais, les magistrats n'avaient cessé de lire les édits qu'on voidait faire revivre et ceux qu'il était question d'abolir, cherchant avec scrupule ce qu'ils pouvaient accorder et ce qu'ils devaient refuser. Enfin, le 28 septembre, les portes Anêt

/> , I A. • , ■> tliî Pr.rlemcnt

ouvertes, lut lu un arrêt qui parut ne guère con- séantàcaen tenter ni les reliiïionnaires , ni les ligueurs, venus contre les etiits tous , ce jour-là , en foule au palais, impatients et de juillet i5h,s. qu'ils étaient de connaître les résolutions de la cour. Par cet arrêt , le Parlement déclarait adhérer à la révocation du fameux cdit d'Union de juillet 1588, et le « casser, révocquer etannuller, comme faict contre les anciennes loix et ordre de succéder à la couronne de France. » — Il déclarait rèvocfucr aussi l'édit de 1585, et les règlements qui en avaient été la suite ; mais avec une restriction , c'est-à-dire « seulement en ce qui touchoit le bannissement , l'emprisonnement des religionnaires , la confiscation de leurs biens. » Pour le surplus, il se réservait de faire au roi des remontrances'.

Ces remontrances étaient annoncées pour la forme; et sans doute on ne les fit jamais. Le Parlement royaliste avait trop intérêt lui-même à cette révocation des vd'ils d'Union ^ édils qu'en toutes

' Rcg. secr., Cacii, 20, ■•7, 28 .sei)tciî!i)i-c lo9l.

556 rAHLE-MKM 1)K NonMA.NDIE,

rencoiilros lui opposaient les magislrals ligiioiiis ,

el que Wmti-Parlement invocpiait sans cesse clans

Amt notable gg;, airêts. Un de ces arrêts, surtout, rendu à

du Parlement

ligiKiii llouen , le 23 seplenibre 1589, après la reconnaisséant à Rouen, p • % /-. 1 . TT • nr

sance laite a Laen, du roi Henri IV, avait eu du retentissement alors. De Thon en parle dans sa grande Histoire' ; il fut imprimé dans les Mémoires de la Ligue ". Le Parlement ligueur y rappelait aux magistrats réfugiés à Caen , « le serment par eulx preste de vivre et mourir en la religion catholique, apostolique et romaine , d'employer leurs forces el moyens, sans espargner leur vie, pour exstirper de ce royaulme tous scismes et hérésies , de ne rece- , voir pour roy , fa\ oriser ou prester obéissance à prince quelconcpie quifeust héréticque oufaulteur d'hérésie, suivant l'édict du mois de juillet 1588, déclaré plus tard, à Biois, loy fondamentale et irrévocable du royaulme. » 11 leur reprochait leur conduite , si contraire à ces solennels engagements, et les accusait de parjure \ Le Parlement de Caen , quoi qu'il en soit, n'avait point voulu se prêter à faire revivre , ni l'édit de 1577 , ni les articles de Bergerac ; on le verra un jour vivement aux prises avec Henri lY , à raison de ce refus '.

' De Thon , llist. »//A'., li\ re xr.vii.

^ Mémoires de la Ligue, tome IV, page l);i.

^ lirg., Rouen, 'i;! septembre lo8;).

■* Voydgcs eu Cour fie ('lande Ciroulart, cliapitre vif.

Nous n'avons pas fini, et déjà l'on comprend plusieurs

, . , . , , . 1 ^ I 1^ conseillers

quels services la magislralnre sut rendre a la r rance ^,„ p;,,.ie„,e„t dans ces temps difficiles. «Nostre monarchie f disait, ''"^ Normandie

l ^ assistent

dans la suite, avec orgueil , le président La Roche- àiiesi)ataiiics,

à des sièges ,

Flavvn, qui avait eu sa part de tant d'elïbrts et de prennent pan

,,.,•> 1 . ,1. . à desexpéditions

tant de périls j, nostre monarchie peut dire avoir militaires. esté conservée , singulièrementpendant les troubles et "[uerres civiles esmeues en ce rovaulme. .. nonseulement par les armes victorieuses de nostre brave et valeureuse noblesse, mais aussy par l'auctliorité 3 prudence , et prévoyance des Parlcnientz , fermes colonnes et arcs-bout ans de cest Estait» Les gens de robe pouvaient donc, alors, comme l'a dit un publiciste , rendre à l'Etat des services aussi considérables que les gens d'épée". Qu'auraientils tant fait dans les armées, si braves et si i-ésolus qu'ils eussent pu s'y montrer? (i'eûl été quelques soldais de plus parmi tant d'autres ; et quel rôle pour des sénateurs , dont les sages conseils pouvaient sauver le pavs ! Il y en avait eu, toutefois, parmi les magistrats, qui, sachant manier les armes, avaient paru . au commencement, sur les champs de bataille. Des conseillers du Parlement de Toulouse , « vaincus d'impatience, ou meus de je ne sais quelle légèreté et inconstance» , avaient

Les tiTzc Livres des Parlements de France, liv. 1'', cliap. 2. riinVndorff, Droit de la Nature et des Geiis,\\\. viii , ch. 4,$ 30.

558 l'ARLEMK.NT DE NoIlMANDli:.

ainsi échanjïé la loue conlrc la cuirasse , asseï i/idisvrctcmciil ( dil La iloche-Flavvn . lenrcollèi;ue) ; il v en avait eu de blessés aux assauts des villes , et plusieurs même périrent au siège de Yilleniur'. Le Parlement de Normandie , lui aussi , devait fournir à l'armée ses recrues. En 1590 , on voit le maréchal de Biron éciire , du camp d'Evreux, au Parlement de Caen, pour excuser le conseiller Le Cordier du Troncq, « veu le service que ce magistrat faisoit au roy auprès de luy marcschal^. » Les conseillers Joachim de Mathan et Restault de Fomoville servaient dans l'armée royale , lorsque Ilein-i lY vint assiéger et prendre Falaise^. Joachim de Mathan , lui conseUler-cIrrCj « s'estoit librement exposé anxpérilz et dangers des guerres , notamment en la bataille d'Yvry et autres batailles , sièges et rencontres , où il n'avoit espargné ses Ijiens nv sa propre vie , pendant quatre années qu'il avoit esté dans les armées du roy Henry lY. » C'est à vingt-cinq ans de là, et dans des lettres patentes, que Louis XllI lui rend ce témoignage ^. Diel de Miromesnil « s'estoit employé de tout son pouvoir au service de Sa Ma-

' Les trèze IM'res des Paileniciits de France , livre x, cliap. 07.

' Reg. sccr., Caei) , 10 janvier 1590.

' Reg. serr., Caen, 10 janvier I.)90 et autres.

' Lettres |)at. de [.ouïs Xlll , du ?.\) avril 1017. - Ileg. Rapp. cir. du 11 mai ICI 7.

IIENUI IV. 5,,,

jostc , lorsque l'occasion s'estoit ofl'erte , es rencoiilrcs de Sainct-Yictor, siège de Dieppe, journée d'Arqués , où ii s'estoit trouvé , en éqiiippage d'homme d'armes , près Sa Majesté et du commandear de (ibasle '. » Un antre conseiller royaliste , voulant sortir de Rouen, avait suivi les ligueurs, « monté et armé comme s'il eust esté du nombre de leur armée , avoit , avec eulx, assiégé les cbasteaux de Harcourt et du Neufbourg, «puis, n'étant plus surveillé, les avait quittés, pour se rentlre à (^aen , où l'appelait son devoir". Le conseiller Yincent de Civile, en 15(S9 et 1590, « avoit iaict la guerre, comme les autres de la noblesse, et avoit eu cest honneur d'estre remarqué par le roy Henri IV, » ({ui avait loué sa bravoure. « Mais ( lui avait dit ce monarque avisé ) rcloiirnc^-vous en à Cacn j en mon Parlement , et vous m'y pourrez faire autant de service qu'en mon armêe'\ «C'est ce qu'il disait à tous les magistrats qu'il rencontrait dans ses camps. Mais ces longues toges cachaient alors nombre d'hommes résolus et braves, qu'il n'était pas toujours aisé de retenir. En novembre 1591 , lors du siège de Rouen , il y en eut du Parlement de Normandie , qui , partant de Caen sans mot

• Reg. secr., Caen , 5 juillet 1590.

- Rrg secr., C.acn, Vi juillet 1389.

^ Reg. sccr., Caen , ;"> juillet I,V,i(v.

660 PAl'.r.EMKNT DE NORMANDIE.

dire, se rendirent droit au camp d(; Darnolal; et à Cacn il lallut parler bien lermc , pour en empêcher d'autres de les y aller rejoindre. On avait vu l'heure où le Parlement allait ne plus être en nombre pour l'cxpédilion des allaires multipliées qu'il avait sur les bras. Or, l'honneur du Parlement, et son devoir ])len compris, n'étaient-ils pas de vaquer, avant (ont, à ces allaires importantes et sans nombre , et n'y aurait-il pas eu honte à les laisser en souffrance? Groulart le répéta bien des lois: « I,c roYj d'ailleurs (ajoutait-il), adcclarc qu'il ne trouvait pas bon (juc les p;cns de longue robbc suivissent son armée; il veult qu'ilz se retirent en eeste ville, pour faire leurs e/targes en l'administration de sa justiee. Autrement , il ne gratifiera les veufres et /Héritiers de eeul.r qui pourraient deeeder en la suite de son armée , s'il- y d( nu tirent davantage. « 11 fut donc décidé que « nul ne pourroit désenq^arer sans coniié '. n Claude Groulart , toutefois, finit, lui aussi , par se trou-

a'ùcnnm ^'^i' uu jour au Camp de Darnétal , assez étonné ,ie n:un(i:.i- Ini-mêmc , sans doute , d'être là. Mais Henri lY l'y ayant mandé, force avait bien été d'obéir. Tout le tumulte du camp n'avait pu lui faire oublier ses douces allures de magistrat et de savant. Heiwi IV voulait toujours le mener aux tranchées; Groulart

lèz-Rouen.

' Beg. sccr.. ('..icii , S ii()\(nil!ic l:')!M.

III'MU TV. i(il

s'en défendait de son mieux : « N'eslant (disail-il) de l(t pj'ofcssûm (les armes ^ Je ne pourrais dire si elles sont bien ou mal faictes ; et j s'il arrivait e/ue je feusse blesse j. Je ne servirais e/ue de risée et inocfuerie à ceulx élu camp. » Henri IV l'en pressant toujours, Groulart , poussé à bout : a Sirej (dit-il au roi, en le regardant fixement ) , ))€ dèsirez-vous pas estre tenu et reeongneu roy de France , et ieslre aussy?» — « Bonne question ! répondit Henri lY, et ail en voulez-vaus venir ? » — « Eli bien ! (reprit Groulart , ) apprenez donc à un g chacun à faire son mestier. » Henri IV se prit à rire, et ne parla plus à Groulart ni de tranchées, ni de manœuvres'.

A la vérité , le roi l'avait mandé pour autre chose , ciimde (honian

, • /^ u ^^ \ 1 • > 1 refuse cl'.achctei-

toujours prêt, des-lors, comme depuis, a le cou- roffice sulter dans les cas difficiles. Sérieux, vigilant et de chancelier

" de France.

bien au courant des afl'aires , Groulart lui donna plusieurs fois d'utiles avis. En passant par Louviers, il avait été indigné d'entendre le cardinal de Bourbon (neveu du feu roi de la Ligue ) tenir, sous couleur de la religion, les propos les plus hardis contre le roi , et les plus propres à perpétuer les divisions dans le royaume. Groulart ne s'en cacha point avec le monarque, et le mil en garde contre les intrigues d'un prélat si remuant. Cette fois, encore, brillèrent aux yeux de Groulart les sceaux

' T'nyaors ni Cour, par Groulart, cliaiiitre m

ni. 31)

.-,,-,0 rAI'.I.KMKNT I)i; NoUMANDir

(lo iMaïu'o , que ('h('vorny, en driaveur, voulail lui a])aiul<»n»er, nioyoïiiiant /|0,()00 livros qui tlevaienl rire remboursées dans l'année. Henri lY renonça ])ien(ot à celle idée. Mais, dans ces pourparlers, encore une fois, Groulart avait su se montrer ce qu'il était , en déclarant au sur intendant (M. d'O), négociateur de l'aflaire, (i-qu' il ne voulait point parvenir à une telle e/iarge par de l'argent '. » One dire maintenant du reproche d'ambition adressé à Groulart par D'Avila? D'Hémery de Yillers, beant'rère de Hiistorien, étant venu, en 1588, négocier à Rouen pour Henri 111, proscrit et fugitif, il fallait , à toutes forces, qu'il y eût fait des miracles, qu'il ent, par exemple, triomphé des irrésolutions, ou même des mauvais desseins de Groulart, de Groularl, plus sur que lui, plus fidèle, plus dévoué, plus prêta tout, comme le montra bien sa vie tout entière; Groulart, enfin, qui, sur son siège à Caen , menacé de toutes parts, faisait aux ligueurs une guerre à mort, montrant « combien est grand l'effort de la justice quand il tombe en un brave sujet " » ; tandis que D'Hémery de Yillers . cet ancien favori des rois, se tenait coi dans son château de Yillers.

' f'nyages en Conr, du prciiiicr prrsidcnt Claïute ("iroiil.nr . t'Iinpitrt' ;!.

^ E>;t. P.'iS(|uicr, liechcivltes de la F nuire , livre vi , ch.ipilic ;ij.

en Basse-Normandie, où l'on ne voyait venir que des lis:neurs ' .

Groulart revint bientôt à Caen, retrouver ses Etat de gène

-,, .,, , /y . on se trouvaient

collègues, travailler, combattre avec eux; soutlrn- ,, ^aen avec eux les privations et la ";ène. La ville de Caen '• ■* "i<?'"'jrf»

l ^ (lu Parlement.

ne s'était point montrée généreuse pour les nobles hôtes venus de loin lui demander un asile, et qui , en la fixant dans le devoir , lui avaient assuré la liberté et la paix. «Ses habitans , par une extrf'mc avarice, bailloient leurs maisons et chambres, à un prix extraordinaire et excessif, aux personnes réfugiées dans leur ville , voire au quadruple plus quilz ne louaient avant la translation du Parlement '. » Les membres de cette cour n'avaient pasété plusépargnés par cesbourgeois avides ; les registres du temps nous montrent les magistrats « en louage de maisons bien chères ' » ; et « leurs gaiges pouvant à peine y sulTire ' » ; toutes les denrées , en outre , étaient hors de prix. Plusieurs fois, le lieutenant général du bailliage parle de « donner bon ordre à faire rabaisser l'excès extrême des louages de maisons. >> Le Parlement lui dit « d'y faire ce qu'il verra estre raisonnable et équitable , mais

' Eeg. secr., Caen , b juin 1 J'JO.

" Reg., Caen , 12 octobre fô89 ; !.> et 16 janvier 1390.

^ Reg. secr., Caen , 12 décembie l.îSS).

' Reg., Caen , 9, juillet 1;-.9I.

;,f/, l'Ai; m: M F, NT DK NoP.MANDIF.

(loiicenuMil cl le [)lus à j)i«)p(),s (ju'il se pourra'. » Ses (Irpiilc's, lorsipi'ils sont aclniis auprès du roi. ue lui cacluMil point « les incommoditcz (jue la conipagnio a souHcrlos depuis qu'elle est cslablie à Caeu , qu'elle souflVe encore de présent, et est en voye de souIlVir , s'il ne plaist à S. M. d'}^ pourveoir'. » Mais qu'était-ce surtout quand les juges n'étaient point pavés? ce qui ariiva plus d'une fois dans ces temps de désordre. « Nous n'avons moyens ( disaient-ils un jour aux trésoriers généraux) de nous entretenir à Caen dans l'exercice de nos offices, l'auite de payement , nous serions contrainclz de cesser et rompre la séance de la court , au grand préjudice du rovet du public ^, estant privez d'ailleurs de la pluspart tie nos biens et facultéz . qui sont tenuz et occupez par les ligueurs"^, p^,^ Il fallait, en effet, que leur gêne fût grande, pour

(lo coiisciikis qu'aux jours les plus solennels on les vît paraître loiigps pour en robes noires , leurs robes rouges ayant étt'- volées

les cérémonies

piii)ii(ines. à Rouen avec tous leurs meubles, et les moyens leur manquant à la plupart pour en acbeter de neuves; que dis-je? pour vivre, quelquefois. Le conseiller Busquet de Caumont , entre autres, en était réduit « à ne pouvoir subvenyr à son entretènement et de ses gens\ » Ainsi, dans les pre-

' Beg. secr., Cacn, 19 sept. lyJO. ^ ficg. sccr., Caen, 2jiiill. I.>'.M. ' I\lèmc rcgi>tre. ^ lirg. srcr., C.iwn, l'i mai l.)î)a.

^ lieg. scrr., (";t('i) . I'.) jai'.vicr I ;>;)(' .

iii:nfu IV.

iiiieis lemps, surtout à la messe de la Saint-Martin (appelée naguère la înessc rouge ^ on voit assez pourquoi), à celle de ÏAsce?islo)i (célébrée solennellement à Caen comme à Rouen , dans la chapelle du palais) ' , aux grandes audiences des clôtures de bailliages , aux cérémonies publiques les plus solennelles, conseillers, gens du roi , greffiers en chef, « n'estoient plus vestus et accoustréz que de leurs robes noires et chapperons longs à bourlet, n'ayans robbes ne chapperons rouges, à raison des troubles et guerres eruelles suscitées par les ligueurs et rebelles contre l'obéissance du roy. » (l'est la remarque des registres". ^ Soit mémoire

' Le Parlement royaliste, ne reconnaissant point les magistrats ligueursdenieurés à Rouen, avait (les 10 et 2,) mai lôilO), par unarrèt puliliéen tons lieux, «défendu aux doyen, chappitre et clianovnes «le Rouen , rebelles au roy, de faire esleetion ou nomination d'aucun prisonnyer iiii prétendu Parlement île Rouen , ftus.sy rebelle. <> Kn vertu de ce même arrêt, le 31 mai, jour de l'Ascension, le Parlement royaliste, en corps, entendit, dans sa chapelle , une messe solennelle, après laquelle eut lieu (au palais), un dîner, dont M. de Moges , dernier conseiller reçu , avait fait les frais. Rien n'y manqua , en un mot, hormis les robes rouges, ces magistrats n'en ayant pas ; et hormis aussi le prisonnier, la cérémonie de la levée de la Fierté ne pouvant se faire ailleurs qu'à Rouen, avec le chapitre de la métropole. Les choses se passèrent ainsi à Caen , en 1590, 1591 , 1592 et 1593. — A Rouen, le Parlement ligueur, malgré les inhibitions \tnu*is de Ç.iicn , délivrait, chaque année, un prisonnier, pendant les cin(i années que dura l'absence des magistrats fidèles , émigrés. ( X'oir notre Hist. du Privilège de St-Romain, t. T' et 2""^. )

'' Res. sccr., e.iww. 17 ii(Mciiil>rc lofo. .

.;Cf, PARLEMENT DE NORMANDIE.

(dit le registre de 1591) </?/"// n'y avoit , en ce JOUR d'arrestz , aucun arresl à prononcer en robes rouges; et, en Ions cas, cela ne se pouvoit faire, parce que MM. les conseillers, gens du roy et grelTiers en chef n'ont point de robes rouges, à cause des tumultes et guerres civiles suscitées par les ligueurs'. Or, il n'y avait, au Parlement, que sept jours d'arrêts ; et c'était (dit La Roche- Flavyn ) , un des plus célèbres et jx)mpeux actes de la court '. » Il n'y eut d'abord que les quatre présidents qui eussent pu s'en procurer; mais l'important leur manquait encore ; je veux parler des amples manteaux d'écarlate , fourrés d'hermine ; et jamais les registres n'oublient d'en noter l'absence. (jCS magistrats souffraient (n'en doutez pas) de se voir ainsi vêtus. L'écarlate et l'hermine , c'étaient choses inhérentes à l'idée de Parlement, et que, jusqu'alors, on n'en avait jamais vu séparées; on les reconnaissait à ce signe , eux et les rois de France, qui, leur ayant délégué la plus haute prérogative de leur couronne, le pouvoir de rendre la justice, leur avaient donné ensemble leurs vêtements royaux, l'écarlate, l'hermine, l'hermine surtout, l'hermine tout entière aux présidents, à ceux-là doni la bouche prononçait les arrêts ;

' Hcg. sec/:, Cacn , 14 février 1.V,)I.

' I,;i Roclio-FJavyn , Trrzc Unes des Ptir/riiirii/s tir France, liM'e XMi, cliapitic 10, § l.

UKM'.I IV. r^f^-j

« afin qu'estant habillez eomme le l'oy , ou creust ( dit uu auteur) que les arrestz qu'ilz donnoyent estoient arrestz du roy, et eussent pareille authorité que ceux qui estoient prononcez par le roy'. « Au point qu'aux obsèques de nos rois , à Saint- Denis, le cadavre du monarque étant là gisani dans sa bière , et tous les olllciers du royaume couverts d'habits de deuil, seul, sous ces sombres voûtes, et au milieu de ces noires tentures, le Parlement resplendissait avec ses robes d'écarlate. (lar, si nos rois sont mortels, « la majesté de la couronne, qui résideen justice, ne meurt jamays'. » Mais, dans cette tourmente à laquelle la France étaiten proie , et l'autorité royale et la justice étaient éclipsées. — « En ce temps (disait le conseiller La Roche-Flavyn, navré de douleur), en ce temps, honneurs, dignités et administrations publiques ne sont autre chose que pompes funèbres^. » Or, LeParkimni combien le Parlement , privé de ces nobles insignes , ^': N"^'"""'^"'

^1 o ' séant a (^acn ,

se sentait humilié, on le vit un jour par sa sup- supi)iieHeniiiv

de lui donner

plique à Henri IV, cri de détresse qui, après plus les moyens de trois ans de privation et de silence , lui échappe j^s ,.o|jes

dVcarlate.

' Les frèze Livres des Parlements de France , liv. x, ch. 24 et 26.

'^ Est. Pasquier, Plaidoyer pour la ville d'Jngoulesnie , prononce :iii Parlement de Paris, le i féxrier lô7(j, livre vi de ses Lettres, lettre I".

' l,;i IU)(lH'-ria\\n , Trczr IA\ris des Parhincnls di France, Inre \ , chapitre i.xv, n" ) .

508 l'AULE.MIi.NT i)E N(»i; \1 A.NDIE.

eiilin, parce qu'il s'esl vainement ellorcé de le retenir encore. S'adrcssant au roi lui-même : « L'espérance de retourner et continuer à vous servir en vostre ville de Rouen, nous a, jusqu'à présent , retenus (disent-ils), et faict diflerer de vous remonstrer en toute vérité les extresmcs incommodiléz où nous sommes réduictz par la privation de iioslre liberté et de grande partie de nos biens. » Ils demandent donc au roi de venir à leur secours, « de leur domicr le moyen de porter les robes et manteaulx convenables aux estalz f/n'ilz doibvenl avec dignité exercer. Dans la nécessité de voz affaires ( ajoutent-ils ) , nous vous faisons à regret ceste demande. Plaise à V. M. l'attribuer à la détresse où nous sommes réduictz, et à l'affection de tousjours continuer dignement et fidèlement en vostre service de vous faire pareil debvoir '. » En 1593, sur le faux bruit de la prochaine venue de Henri IV et de la princesse sa sœur, il avait été décidé que (' tous Messieurs seroient tenus d'assister à l'entrée, et, à ceste fin, se potirveoir chacun dérobes rouges et de mulctz. ' « In contre-ordre survint , et rendit inutile cet arrèl , (|ui avait mis les magistrats bien on peine.

i'.nt.,s(|»\,vMi(-ni X ]a véi-ité, les perles qu'ils avaient souffertes

CSSliVCCS

les iiiagisiiais étaient grandes; et il faut renoncer à en donner

lidi'lcs ,

fjiii s'étaienl .

expatriés

pour venir . j^rg. serr.y Cnon, 14 oct. 1,")92. ' Rtg. secr., Caen, U juin 1,)1)3. siéger fi ('aen.

lIliXRI IV. 509

une exacte idée. Pas un président, pas un conseiller, pas un officier du Parlement, quel qu'il lût, dont la maison , àRouen, n'eût été pillée, démolie quelquefois et brûlée, les meubles vendus à l'encan; pas un dont les gens soudoyés par la Ligue n'eussent ravagé les teri-es , pillé les châteaux, dévasté les métairies. Les récits de ces scènes d'incendie , de vol et de pillage sont sous nos yeux ; et , ne pouvant les reproduire tous , nous ne savons lesc[uels choisir, ni lesquels omettre. « ElTractions , pilleries, usurpations, ravages , larcins de biens et revenus, ruynes , dégradements de terres et héritages, enfondrements de chasteaux, occupation d'iceulx par des soldatz ; bruslements de maisons et édiffices, combustions d'escriptures et tiitres , couppe et dégast des arbres » , tel a été , en somme, le sort de chacun '. Le greffier en chef civil , lui seul, Robert de Boislévêque, sieur de Saint-Léger, l'un des amis d'Estienne Pasquier , comme on le voit par plusieurs lettres qui nous ont été conservées",

' Ilcg. secr. du Parlement, séant ;'( Cacn , 1 08!), l.",9(), lôï)l , lôy?, passiiii.

^ Esticune Pas(|uit'r, livre vi, lettre 13'". — l,a fiilc rie Robert «îe Roisiévcqiie avait épousé Guillaume deMarillac, seigneur de icrrières, intendant et contrôleur général des iinances. Aux œuvres de Pasquier, figurent plusieurs lettres adressées à Guillaunie de ftlarillac, sieur de Ferrières, et à sa veuve , née de Roislt-vèque Saint-Léger, par Estienne Pasquier, ami de la famille. ( Livres n, 111, V et VI de ses Lettres.)

appienail mi jour <[U(> les ligueurs avaieiiL pillé el ravagé sa maison de SainL-Léger, dans la campagne du NeuLourg ; puis, bientôt, recevait la nouvelle qu'il venait d'en arriver autant à sa maison sieuriale de la Haulle ( près Hauville en Roumois ) ; que les ligueurs avaient « bruslé les maisons, granges, colombier, et autres bastiments, les registres, papiers, et enseignements concernant la dicte seigneurie '. » Par le sort d'un seul, qu'on juge de celui de tous. Le conseiller Moynet en avait eu autant à souflVir à Taucourt en Caux, dont il était seigneur". Mais la seigneurie de Miromesnil , près Dieppe, possédée par le conseiller Diel , ce magistrat si fidèle et si dévoué , semblait avoir souflert plus que ludle autre. Là, avaient séjourné, pendant une semaine, la cavalerie et les buit ou neul mille bommes de pied du marquis de Pont, fils du duc de Lorraine; puis, leur avait succédé bientôt l'armée royale. « Désastre , bruslement de maisons, ruynes des fermes, des moulins, abbattage des magnifiques avenues qui environnoient le cbàteau' » ; c'est ainsi que partout ces troupes ont

' lieg., Caen, du 14 juillet, du l7 no\ . , du 10 décembre lôllO.

- Rcg. de Tournelle, Caen , 12, 9.2 décendire lôiio, <) j.unicr 15i)l.

' Ces belles avenues ont été iTi)lantées depuis, et sont dii^ues du château très remarquable (lu'elles entourent. Ce sont les proportions de Versailles, maisa\ec la véii;étalion normande. ( llislohr de. Dieppe, par M. L. Vilet, tome I, p. ;^7G et suivantes. )

signalé leur funeste passage '. Auchaleau de ïillv, domaine du conseiller Le Roux , des gens de guerre de la Ligue ont tenu garnison pendant plus d'un an ; ruinant, dégradant la maison , abattant les bois, pillant les meubles^. Près de Rouen, on avait pillé, puis brûlé le château deSoquence, appartenant au conseiller De Gruchel^. Les quatre présidents n'avaient pas été oubliés, on le peut croire, dans ces bacchanales de ruine et de pillage. A ('ourvaudon , domaine du président Anzerav , des « volleryes, ravages, excedz et oultra2:es ont esté commis, à diverses reprises, par plusieurs capitaines et gens de guerre^. » Au président Eretel de Grémonville, dans sa seule maison de Rouen, avaient été volées pour plus de 8000 écus de meubles^. Au président Le Jumel de Lisores avaient été pris , « ses meubles les plus précieux , grandnombre d'cscriptz et observations rares, Ubvres de divers aiitlieurs et professions j itistriimens ?nat/ieî7iati(fiies et autres choses exquises qu'il avoit en sa maison de Rouen **. » Qu'on imagine par là ce qu'avait pu perdre le

' Beg. secr., Caen , 5 juillet IJ'JO.

- Beg. Tournelle , Caeii , ô novembre 1592; 22 juin lôD4.

^ Beg. Tournelle, Caen, 10 octobre 1392.

' fieg. Tournelle, Caen , 10 juin 1502.

' Reg. secr., Caen ,7 et l'J décembre 1J90.

'" Beg. Tournelle, Caen, (3 juin et 9 juillet Ij90.

572 PARLEMENT DK NOK.M VM)1K.

Pillage VI Koiuii) [)reniier ptcskUMit , le docte Groiilarl. lui en corde la maison de , i t t • i / 1 i

Claude i;rouiait, l't'sponclance avec les Juste Lipse , les Lasaubon , piemiei j^^ ScaliKei'; lui toujours empressé de se procurer,

président. O ' .1 1 1

aussitôt qu'ils ont vu le jour, tons les livres des savants de son temps; lui savant aussi, écrivain aussi, et qui, le 3 février 1589 , dans sa retraite précipitée , a sans doute laissé dans son estude des ouvrages inachevés. Car , disait-il lui-même dans la suite , « le jour de la prise des armes à Rouen, m'estant promptemcnt retiré, sans avoir donné ordre à mes alFaires, ny pu retirer mes meubles, lettres et escriplures que j'avoys , linit de moy que d'aultres particuliers , tout demeura en la puissance deceulx qui détenoient la ville , les quelz en ont disposé comme bon leur a semblé ; ont faict loger en ma maison plusieurs gens de guerre , et quelquesfo^'s icelle laissé à Tabondon , aprcz avoir faici prendre :, emporter el distribuer mea meubles, libères et escriptures , ainsy qu'ilz ont voul/u... Enfin, l'on y a faict ung grand désordre; et spécialement wie bonne partie de înes escriplures ont esté prises etesgarées... dont je ressens ung très grand préjudice'. »

coiuiuent Eucorc n'en avait-ce pas été assez pour la Ligue.

"I ■'^"^'' Mavenne assiégeant Dieppe , il avait été arrêté . en

de la destruction J O 11 '

le château couscil , quc Ic ma^uififruc château de Saint-Aubin-

de Saint- ^ .. \

Aubin-ie caui Ic-Cauf, asscz voisiii dc là, appartenant à Groulart,

appartenant à Claude Groulart. ■

' lic^. lidiniuils Civils , rvoiicu , ''.J mai lj'.)4.

serait rasé, on liaino de la fuléllté de ce loyal président. Heureusement, Bassompierre, favorable à Groulart, avait sauvé le château, en y envoyant ses gardes; puis il avait écrit à Groulart, lui co!iseillant « pour l'amytié qu'il luy portoit, de se ?rtircr hors du service du roy j ei, s'il ne vouloyt entier au partv de l'I nyon, de se tenir en repos chez luy, se rendant garant que, à ce moyen, il ne luy seroit faict aulcun desplaisir en sa personne ny biens. » La réponse de Groulart ne s'était pas fait long-temps attendre. « 11 avoit recongneu par expérience (disait-il) , c[ue , la voye estant ouverte à toutes meschancetéz , par les impunitéz dont on usoit, il y avoit peu d'espérance pour les personnes qui suivoyent une voye douice et tran- '

quille '. » En un mot, il restait au poste d'honueur, quelques dangers Cju'il y dût courir; et, lorsqu'à cent vingt ans de là, D'Aguesseau peint ces « temps de trouble et de division, oii la fennelê du fidè/e magistrat est comme un rocher immobile au milieu d'une mer irritée' » , il semble que c'est du président Groulart qu'il a voulu parler.

Ge qu'avait fait là Bassompierre, un ennemi jndignocoiuiniie enlin, puisqu il combattait sous les enseignes de ii.„enisAiv-ai(i la Lii^ue. des magisirats fidèles, le voudra-t-oii «i»'-* >";'8;isiiats

'^ "^ rovalisics.

' Reg. sccr.,Q.iw\\, ?,0 fc\ fier l."if)0.

' D"Aiïiiossoaii, I".""' mcvcm i;ilo, la Fcrnictc'. S;iint-'\l,irtiii , I7II.

574 l'ARLK.MENT DE NORMANDIE.

croire, l'avaient en vain demandé à leurs collèiïues liniienis demeurés à Rouen. Uesttidc du conseiller Jarcjucs de Civile, par exemple, « avoit esté arse et bruslée » , malgré tout ce qu'il avait pu écrire au cbanoine La Tigeovère, conseiller-clerc ligueur, aulrelois son ami ' . Un autre conseiller ligueur , Du Perron de Bénéville, l'un des capitaines f7?/.s parle peuple, avait lui-môme fait vendre, à Rouen, les meubles du conseiller Du Quesne de Brotlionne, sans tenir compte de plusieurs lettres que lui avait écrites ce dernier, une entre autres, ovi il lui citait un vers d'Euripide propre à montrer combien étaient muables les choses humaines ; o^quàm fluxœ erant res kumanœ'. »

Dos dépositaiios INIais qu'était-cc encore auprès des perfides qui

iiifiilrles , . . ... \ ^ -f • 1 l'A

s'approprient S appropriaient ou livraient a ia Ligue les dépôts ouiiMcnt £^jj^^ ^^^ leurs mains par leurs ennemis en fuite et

n la Ligue les 1

objets de prix proscHts ! C'était bien là sans doute le dépôt misé-

que leur ^ '

ont confiés roble dont parlent les lois romaines^. Plus d'une

les magistrats .

royalistes lois , Cependant, on entend les magistrats exiles parler de sommes considérables, de bagues, de chaînes d'or, de diamants, ru1)is, déposez liccz (/nelf/iies-iDifis y leurs parlieiiliers eimys ^ et que ces

en s'enfnyant de Rouen

' lîrg. srcr., (,:wi\ , .> juillet l.)SW. ' Urg. .srcr., Caen, 2(t fé\rier 1,)V)0.

' " Pepositiiin misernbile ,. . . . tiiiuiiltùs vcl inreudii , vcl iiaiitraiiil «aiisà. » Leiï. t-', §§ 1 et ') , Dli^est. « Dcpasifi vel contrù. "

ni'NRI IV

perfides ont livrés à Villars ou au conseil de l'Lnion '. » 11 y avait eu un peuple dont la loi punissait de mort ces déloyaux dépositaires; et encore celte loi n'avait-elle pas prévu qu'un ami intime ])ùl jamais se montrer si infâme". « Mais quoy (s'écriait alors Montaigne) , nous vivons en un monde où la loyauté des propres enfants est incogneue*. »

Voilà, en un mot, des magistrats réduits à une Saciificos

,A 1'. i.ii"' ' i L ' du Parlement

extrême détresse; ettoutetois, manitenant, ecou- deCiien tez. Quand, après cela, à ces hommes ruinés par les ligueurs, rançonnés à Caen par leurs hôtes, et ne vivant qu'à grande peine, il semble qu'ils n'en ont point assez fait encore pour le devoir; quand on les voit, du fond de leur détresse, venir en aide à leur roi proscrit et pauvre comme eux , trouver de l'argent pour lui quand ils n'en ont point pour acheter des robes rouges; s'endetter pour lui, lorsque tous leurs revenus sont saisis et leurs domaines grevés ou donnés même aux ligueurs, en admirant de si incroyables dévouements, on comprend cjuelle vie il y avait dans cette ancienne monarchie , et quelles profondes racines l'autorité royale avait poussées en France. Nous avons parlé déjà des 300 éeus donnés par le Parlement, pour

' Bri;., Caen, 11 janvier 1j9(i.

■' Nicolas (le Damas, Ercrip. Priresc, paj^c .MS.

^ Essais (If M()nt(iii:,nr , livi'c !ii . cliapilre 'J.

576 PARLEMENT DE N'OUMAiNDIE.

le siège tlu clialeau de Neuilly-rÉvùque. Plus lard , sont levés « 500 esc us sur chacun des membres en parliculier, selon les moyens de chacun», pour la solde des lrou])es envoyées dans le (]otenlin , combattre le chel" de ligueurs De Yicques , et les siens '. Lue autre lois, c'est Rouen qu'il s'agit de reprendre. Qui aurait écouté le Parlement. cette ville eût été assiégée en mai 1591 , et prise presque aussitôt, vu le discrédit de Tavanes qui y commandait alors; les murailles étant, d'ailleurs, en ruine ; une brèche ayant même été déjà pratiquée , et ne s'y trouvant enfui ni vivres ni munitions'. Pendant que les députés du Parlement, envoyés vers Henri 1\, l'exhortaient à assiéger cette ville en hâte, on ne s'occupait, dans la compagnie, que de lui venir en aide dans les frais énormes qu'allait entraîner ce siège. Au premier mot qu'en avait dit Groulart, « tous Messieurs avoient volontairement déclaré, et chacun d'eulx, qu'ilz s'elforceroient de tout ce qu'ilz pourroienl pour subvenyr en ung si bon œuvre à S. M, » Tous , ensuite, l'un après l'autre, avaient dit . en secret, au greffier en chet'Boislévèque quelle somme ils voulaient donner; puis, récapitulation faite, le total ne leur paraissant point assez fort , tous augmen-

' Brg. sccr., Cacn, juillet IjHi».

» foyai^rs ni Cour, i\v ('.lande (iioiilail , tliaiiitrc 3.

HEMii TV,

lèrent leurs premières oflVes, en sorte qu'on put envoyer au roi jusqu'à douze mille écus, sans compter Groulart qui, seul , s'était engagé en des rentes énormes pour venir en aide à la couronne'. Plus tard, nous les retrouverons encore s'imposant, par acclamation , de nouveaux et plus grands sacrifices. Ce Parlement avait ainsi compris sa mission ; ni la prison , ni l'exil , ni le pillage de leurs domaines, ni les privations ne leur étaient rien ; et, si dures que fussent les extrémités où nous venons de les voir , leurs consciences étant satisfaites et leur devoir rempli, la vie leur semblait heureuse et douce ; et pour eux il ne pouvait y avoir d'infortune que dans le devoir oublié et trahi. Certes, appliquée à de tels magistrats, la qualification de féaux ' conseillers n'était pas une formule vaine et vide de sens. Chez Groulart surtout, ces sentiments avaient un puissant empire ; ils faisaient comme le fond de son être ; et c'est de lui-môme que nous avons appris son secret. Tout le monde sait la faiblesse qu'avait montrée Barnabe Brisson , président à mortier au Parlement de Paris, le triste rôle qu'il joua dans ce Parlement en butte à la tyrannie des

Combien était profond

chez

ces magistrats

le sentiment

(lu devoir.

Ce que pensait

Groulart

du docte

président

Barnabe Brisson,

qui s'était

laissé leurrer

par la Ligue,

dont il fut à la fin

victime.

' Reg. secr., Caen , 24 , 2Ô mai 1591.

' Féal , de Fidelis , « qui fidem » et obsequiuni praestat domino. Cong. Glossar., v° FiDELls , Fidelitas. — Glossaire du droit français, par Ragueaii et Eusèbe de Laurière , au mot ; féal , kostre

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