‹ Histoire du Parlement de Normandie (volume 4)Chapitre 20 sur 21 · AMÉ ET FÉAL · texte numérisé non relu

AMÉ ET FÉAL

.■,7s rARI.F.MK.M DF NORMANDIE.

liuiieurs , qui . après l'avoir séduit , et s'en être servis comme d'un instrument docile , enfin irrités que, sur un point , il leur voulût résister, se jetèrentsur lui, le traînèrent aux prisons, et l'étranglèrent clandestinement dans un cachot. Groulart avait condamné , mais en le plaignant , un magistrat si grave et si docte tout ensemble, mais si mou dans le devoir, et si faible '.

rttte opinion \ ]a iiouvcllc dc la fin tragic|ue et obscure de

de Groulart, , • , i / i *" i • ,.

consignée, cc président, 11 se prit a déplorer lelristesort d un

de sa main, -, .,. ,/!•. -iN i •> ^

en latin homuie SI emiueut ( dit-il j par ses lumières et par

sur les gardes ^^^ éruditiou; dii«;ne du poste élevé où son roi

d'un ouvrage de ' •■■

Barnabe Brisson, J'avail luis; sùr. s'il l'eût voulu , d'uue vie hono-

Persarîan ral)le . rcspectéc et tonte de félicité ! Que lui man-.

cetrcmpinire q"a-t-il douc? « 11 crut (dit Groulart ) qu'il n'y

existe encore, ^^Mt noiut OU uioude dc olus çrands maux que

avecla précieuse i '■'-.'■

annotation l'exil et la mort ^ cette erreur devait causer sa perte.

de Groulart o i • ii /-• • i i

Se laissant aller aux txuises , engager dans leurs complots, puis devenu le complice d'un peuple en délire, à la fin. il subit, dans l'ombre d'une prison, une mort ignominieuse et cruelle. Dure, mais inévitable rémunération d'une conduite sans dignité et sans couraji^e. Forfait exécrable, toulefois ( s'écriait Groulart), et opprobre éternel des infâmes dont il est l'ouvrage!» C'était à Caen , en 1591 , quelques jours après l'assassinat de Brisson ( crime des seize ), que Groulart consacrait

' n*' (lioii , Hisloirr unhtrsrllr, livre <.||.

Hl'NKI lY. ^y,,

à leur viclime colle sorte d'oraison l'iinèbre, mélange de censure et d'éloge. Le dernier ouvrage du docte président de Paris, publié cette année môme ( le traité De regio Persarum principata) , se trouvant alors sur le bureau de Groulart , ces pensées, qu'une fin si tragique venait de faire naître dans son esprit , sa main se laissa aller à les tracer sur les gardes du livre. Ce volume, et la note que Groulart y écrivit de sa main , sont sous nos yeux au moment où nous rédigeons cette partie de notre histoire ; relique précieuse où nous voyons, où tous verront avec nous, l'intime et profonde pensée de ce Français fidèle, de ce magistrat intrépide, et le secret d'un immense dévouement au devoir, tjui ne se démentit jamais '.

' Nous possédons ce livre , que l'aniiotaf ion de Groulart ( écrite de la main de ce grand magistrat ) , rend bien précieux pour nous. Les caractères du mot : Gnihirti, écrit sur le titre du livre, et ceux de rannotation , comparés aux manusci'its de Groulart, exis tants à la Bibliothèque publique de la ville de Rouen , ainsi qu'à beaucoup de notes et signatures consignés dans les registres du Parlement, conserAcs à Rouen, dans les archives du palais, ne permettent pas un doute sur l'autographie de cette amiotation , qu'il sera agréable à nos lecteurs de counaîti-e. La voici : « Librum istuni excmplar majestatis regiœ paulô antè obitum scripserat Barnabas Brissoîvils, vir doctrinâ et eruditione insignis, qui honores adeptus amplissimos, fœliciter vitam transegisset ,■ si non putasset niortem aut exiliuin ultima in malis esse. In coujuratione Guysianâ, secutus rebellium partes, et furentis populi fautor, tandem Lutetiae dKpiToç KUi ot.KiiTciyvo)fo<7 in carccre strangulatur. Forniidinis nimi.T certa merces , s<d criidelis , et œternum perOdorum opprobrium ! 1591. G. G. >> (Initiales des noms Glaudics GRVi>.4.RTrs.)

iSO

l'ARLF.MKXT DF. XOR.M ANDF K.

i.ePiiiieniciii A uiie Compagnie, si parlait modèle de loules

royaliste , , t i .• ii- /••••

se maintient Ics vertus , la venerotion publique ne taisait pas <iifi"f, faute, on le peut ciolre. \Ln tel corps aurait-il pu ,

ei fait respecter, ' I il

en tontes d'aillcuis , avoir, à un tel degré, le sentiment de

rencontres, sorj

indépendance, SOU dcvoir. saus avoir, en même temps, celui de

ses droits et ses ■%• • i -x -t^ • i • ' -» .

prérogatives. Sa diguittî .^ Ll trausigcr sur ses droits, n eiil-ce pas été trahir, en un sens, l'autorité royale, pour laquelle ces magistrats avaient tant fait et tant souffert? Il n'y avait qu'à suivre l'exemple qu'ils avaient donné. Dans ces temps de confusion et d'incessantes alertes , où étaient chaque jour improvisées des mesures de toutes sortes, combien de fois leur avaient été adressées des demandes qui regardaient l'autorité militaire! Aujourd'hui, le capitaine Du Touchet de Béneauville demandait un arrêt qui contraignit les ha]>itants des sergenleries deYaraville d'assister à la garde de la côte, en bon équipage, pour empêcher une descente des ligueurs'. Un autre jour, le capitaine de la ville de Mortain (André de Sourdeval), voulait une troupe de cent arquebusiers à cheval, et de vingt-cinq cuirassiers. Pour cela , il s'adressait au . Parlement'. Il n'y avait pas jusqu'aux gens du roi, eux-mêmes, qui rcqucraient le Parlement d'ordonner rpie le chaleau deSaint-Sauveur-le-\icomte

' He^. dr /ir/ppori'x cid/.K, CaPii , 13 mai 1,'>9I ' /(>/?. , r.aeii , .'i aoùr K)S^^

HENRI IV. ;,Si

fût muni de cent hommes de guerre *. Le Parlement, exact à ne point entreprendre sur l'autorité des gouverneurs, n'avait jamais manqué de leur renvoyer toutes ces demandes. 11 n'en était que plus ferme à empêcher que ces cliefs militaires n'empiétassent sur ses droits et sur ses prérogatives.

On le vit bien dans son affaire avec le duc de Montpensier, pour la maison du président Anzeray deCourvaudon , où Crèvecœur, frère de Montmorency du Hallot, et d'autres hommes de guerre, s'étaient logés pendant l'absence du président, et qu'à son retour ils refusaient de lui rendre. Les vives instances du Parlement, et tout ce qu'avaient pu remontrer, sur ses privilèges, plusieurs députations envoyées successivement vers le duc de Montpensier, n'y avaient rien pu faire. Ils n'avaient rien omis toutefois, jusqu'à dire que « les roys, en propre personne, estant à Rouen, les maisons des présidents, conseillers, gens du roy, et greffiers en chef du Parlement avoient tousjours esté exempléez du logement des seigneurs et de tous autres, quelz qu'ilz feussent; qu'à plus forte raison debvoit-on respecter leurs demeures, n'estant le roy à Caen, et ses magistratz y estant réfugiez après avoir esté chassez de leurs maisons , hé-

Des hommes

de y 11 erre

s'étant logés

clans la maison

du président

Anzeray

de Courvaudon ,

et le duc

de Montpensier

ne les en faisant

point sortir,

le Parlement,

après plusieurs

messages

sans succès,

cesse de rendre

la justice ,

et ne revient

siéger qu'après

qu'on a fait droit

sur ses

réclamations.

' Reg. secr., Caen , 24 juillet, 3 août 1589 ; 13 mai 1391 , etc.

.^H2 rAi;i.i:.MJii\ I dk A(in.\]AM)ii;.

rilages et biens par les rebelles. Aultremeiil c'estoit aiïir contre raison et contre leurs libériez, au grand mespris du président de Courvaudon et de toute la court. « Le duc . néanmoins , s'opiniatrant, une dernière députation alla lui signifier « que, s'il n'y estoit pourveu, la court ne pouvoit plus continuer sa séance et l'exercice de la justice, suivant la volonté du roy, et qu'elle alloit cesser ses fonctions jusqu'à ce que le président de (^ourvaudon eust esté réintégré dans son logis » , menace qui n'était pas faite en l'air; car, dès le lendemain, les portes du palais demeurèrent closes; pourquoi? Nous le voyons par le registre. «La court (dit-il ) n'a entré au palais, ne faict aucune délibération ou autre expédition de justice, à raison que, suyvant la délibération du jour d'hyer, M. le président Anzeray n'avoit esté réintégré en son logis usurpé par le sieur de Crèvecœur '. » Ce seigneur, alors, ayant pris son parti, on vit aussitôt le Parlement revenir au palais. iiésistann Lnc autrc fois , le gouverneur La Vérune s'in-

dii Parlcniciit , , ^ . . , , • r .

aux entreprises gcraut de lau'e lucarcerer des gens c[ui étaient venus se réfugier à Caen , le Parlement lui remontrait que «si c'estoient des personnes suspectes, comme espyons ou conspirateurs, la connoissance en appartenoit à la justice; qu'il eust donc à les y envoyer; et que telles entreprinses , faicles sur la justice j,poui'oyent grandeincnt iiuyre auser^'icc (lu roVj ci le retarder'.»

de La Vérune.

' Reg. Accr., Caeii, i, o, 6 iiov. 1689. " jReg.secr., Cacn, 30 sept. (r>'J|.

HENni IV. ;,83

Avec le gouverneur lui-même ( le duc de Mont- LePaiiement

1 \ I 1-» I L 't 1 ' fait respecter son

pensier, prince du sang j, le Parlement savait de- indépendance fendre ses libertés et les droits de la justice. Lne parie duc

■' de Montpensier,

requête ayant été, mal à propos ( mais à dessein gouverneur

\ 1 / 1 1 n^ ' r . de la province.

peut-être ) adressée au duc , dans une anaire tort grave et qui, évidemment, ne regardait que la justice, ce prince l'avait bien fait parvenir au Parlement, mais en disant « qu'il renvoyoit l'affaire à la court, afin de faire informer, et luy donner ensuite advis, ou au royn ; comme s'il eût eu qualité pour rien prescrire à un Parlement, en semblable matière! Aussi, le Parlement, en ordonuant (examen fait des pièces), qu'il serait informé du fait, ne manqua pas d'exprimer que c'était à la requeste du procureur général qu'il ordonnait cette information , « sans avoir esgard à ceste requeste j sans avoir esgard surtout au dict renvoy faict par le duc de Montpensier j ce que ce ppjnck ne pouvoit faire '. » Un autre jour, un sieur de Rivière étant aux prisons du palais, accusé de plusieurs crimes capitaux, Montpensier voulait qu'on le mît en liberté, « en ayant besoin ( disait-il ) dans son armée. » Mais le Parlement sut bien lui répondre : « C'est chose que , pai' justice , nous ne pouvons faire , veu l'estatduprocedz. Et, ausurplus, nousi'ous supplions^ Monseigneur, que il vous plaise vous garder des im-

' Reg. secr., Caen, l.s juin l.S'.tn. *

ÔHi

PAin.EMKM- l)K A(iRMAiM)lE.

Résistance au chancelier

Hurault de Chévernj'.

portunitcz qui vous sont faictespour einpesclicr le cours el expédilion de la justice^ de laquelle vous estes protecteur^ comme prince du sang de France ^ et si proche parent du roy^ et par laquelle les roys et princes régnent, et leurs Estatz, par le moyen d'icelle , maintenus '. »

Le roi , ou plutôt le chancelier Hurault de Chéverny, voulant qu'on envoyât en cour les motifs d'un arrêt lendu à Caen , les magistrats se hâtèrent d'écrire et au chancelier et au roi lui-même, que « la court n'avoit accoustumé d'envoyer les motif z de ses ai'restz , si le roy, luy-mesme , de sa pleine puissance et auctoritè absolue , ne luy enintimoit C ordre' ..ti

Une autre fois, c'était un arrêt que rendait le conseil privé , pour empêcher l'effet d'une condamnation d'amende, prononcée parle Parlement dans une affaire. Mais aussitôt , les chambres assemblées, repoussant énergiquement une si monstrueuse entreprise , arrêtèrent que « quand il plairoit au roy, la court luy feroit entendre ses très humbles remonstrances ; que, cependant, il seroit supplié trouver bon que , suivant les anciens règlements et ordonnances de ses prédécesseurs roys, l'auctorité qu'il leur avoit pieu attribuer à leurs cours de Parlement, fust conservée, et leurs arrestz réaument el de faict exécutez , sans eslre

Reg.sfxr., Caeii , ir. juin l,S90. - Rfg. sccr., C.icu , 28 août là93.

HE.XKI IN

ÔSJ

empeschéz ou retardez, au préjudice de son service et du bien public '. »

Mais, en nulle occasion peut-être, on ne vit le Parlement se montrer si énergique et si haut, que dans un démêlé qu'il eut avec la Chambre des comptes, et où le chancelier Chéverny, odieusement partial, avait sacrifié le Parlement à une cour inférieure et jalouse. A Caen , comme à Tours , au milieu de si graves conjonctures, on avait vu ces deux cours souveraines aux prises, et se faisant une guerre acharnée. Nous ne redirons point ici ces diiférends, que Pasquier déplorait à Toui's, et que Henri IV sut bien reprocher aux deux cours souveraines de Normandie, qui s'y étaient laissées engager. Mais enfin, en admettant qu'elles eussent tort toutes les deux, que dire de Chéverny, à qui il avait plu de sacrifier entièrement l'une à l'autre , c'està savoir le Parlementa la Chambre des comptes, tranchant souverainement le différend, sur les mémoires que celle-ci seule lui avait fournis, et auxquels le Parlement , qui les ignorait , n'avait pu répondre? L'indignation fut grande parmi les magistrats du Parlement , lorsqu'ils reçurent un arrêt du conseil, flétrissant pour eux, et hâtivement rendu sur une simple requête. « Il semble ( se disaient ces magistrats indignés), il semble que ce

Démêlé entre le Parlement séant à Caen, et la Chambre des comptes

de Rouen, qui s'y était

également réfugiée.

Reg. secr., Caen, 19 juin 1593.

r,8(j PAIILKMEM' Di; .M»KM AiNDIE.

chancelier recherche les moyens de faire préjudice et rabattre l'honneur, auctorilr et pouvoir souverain, attribuez au Parlementpar les roys de France. Il n'est à croire que le roy de présent régnant en aye ouy parler, ne qu'il eust voulu permettre que ung tel arrest eust esté donné pour suggiller, rabattre et rabaisser l'auctorité de la court souveraine, sachant bien que, par ce Parlement , son Estât a esté et est conservé en son entier, en ce pays de Normandie. » On convint donc, tout d'une voix , que des remontrances seraient faites « à la propre personne du roy, qui seroit très humblement supplié, de, luy-mesme, juger la cause , sans que le sieur chancelier y feust appelé, pour les motifz qui seroient déclarez à S. M. , surtout pour l'éminent péril de ruine en son Estât , si avo'ient lieu de telz iniques jugements, donnez au pervertisscment de justice, et anéantissement de ses cours souveraines, dont l'on vouloit fiiire révocquer les sainctz arrestz et jugementz, par un conseil de guerre et de finances. » S. M. était «très humblement suppliée de conserver et maintenir l'auctorité que les roys ses prédécesseurs avoient, pour si grandes, justes et nécessaires raisons , attribuée à sa court de Parlement, laquelle, par tous moyens, travailloit , en ce pays de Normandie , à maintenir ses subjectz en l'obéissance et service de S. M. , et à y réduire les dévoyez. » Le roi, enfin, était pri(''i( d'indiquer

[n:.\Ki IV.

répocjuc où le Parlement poiiiroit , en liberté , luy l'aire des remonstraiices contre la manifeste surprise faicte an chancelier Chéverny, qui ne s'en pouvoit excuser, puisque , ainsy que les autres , pays quinze ou seize ans j il travailloit à la ruyne de cet Estât, laschant à rabaisser l'auctorité de la justice souveraine'. » Au i-este ( disait Groulart au Parlement indigné), «pour les efforts de cenlx qui, sanssubject, se rendent et monstrent ennemys de ceste court, et conséquemment du public, il ne faiilt pas perdre cœur", »

Attaqué dans ses droits et dans son autorité , le Parlement ne savait s'arrêter que devant la force brutale; et encore, alors, le voyait-on souvent protester, Ln gentilhomme , Borel de Boutemont, ligueur forcené, cjui s'était signalé par mille excès, trempé dans cent complots et avait « commis agressions, enfondrementsdemaisons, meurdres, etforce assassinatz» , venait d'être condamné, en Parlement, à avoir la tête tranchée le jour même"*. Tous les ligueurs en frémissaient ; attroupés dans les rues et sur la place du pilori , ils ne cachaient ni leur rage ni leurs mauvais desseins, disant que « c'estoit grand' pitié de ainsy condamner et faire exécuter à mort les

Diflicullés

que rencontrait

le Parlement

dans racconi-

plissement de ses devoirs.

Sédition à Caen ,

lors

de l'exécnfion

de Borel de Boutemont,

condamné

a avoir la têlç

tranchée-

' neg. secr., Caen, 12 , 23, 54 , 28 , 31 janvier 1500; 11 février, •'9 mars 1591.

' Reg. secr., Caen, 2i aoiit 1590.

' Ileg. (le Tomncllc, Caen , '0 mai 1591.

.-,8f{ PAISJ.KML.M Di: NOP.MAXDIt.

hans et rrays catholiques comme estoit le sieur de Boutemont. « Puis, des murmures s'élevant, et tout faisant craindre une recousse, les sergents purent, à grand'peine, faire faire silence, les capitaines repousser les ligueurs qui faisaient mine de s émouvoir; et Borel de Boutemont fut enfin exécuté sans encombre. Mais, ensuite, les ligueurs, armés en hâte, parcourant les rues et faisant tout retentir de leurs menaces, des mêlées eurent lieu entre eux et la force armée , mêlées très vives, où furent grièvement blessés des capitaines de la garde bourgeoise. A la fin, toutefois, les plus mutins, Le Maître de Camilly entre autres, et ses fils et neveux, instigateurs de cette sédition, avaient été arrêtés; mais, au lieu d'être écroués aux prisons du palais, ils furent conduits à celles du château de Caen , par l'ordre de La Vérune, qui s'était saisi de l'affaire. En vain le Parlement objectait-il qu'à lui seul appartenait de connaître d'une sédition qui s'était élevée à propos de l'exécution de ses arrêts; en vain se plaignait-il énergiquement « de ceste entreprinse indeue contre l'auctorité du roy et de sa justice souveraine» ; La Vérune s'obstinant à retenir l'affaire, le Parlement déclara que, « ayant le sieur de La Vérune la force en main ,

A LA QUELLE LA COURT NE POUVOIT RESISTER , c'cstoit

une nécessité de le laisser faire comme il l'entcndoit. » Mais La Vérune. qui , ])our lejugement du procès.

HEiNRI 1\. .,Hç,

avait formé une commission , et cru que plusieurs membres du Parlement en feraient partie', se vit bien déçu dans son espoir ; car un arrêt fut rendu au Parlement, qui défendait expressément à tous ses memhr es cl' assiste)^ La Vérune en lelleentreprinse. Encore ce gouverneur dut-il se résoudre à entendre Groulart lui représenter les inconvénients qui pouvaient résulter d'une conduile si illégale , et lui dire « que ceulx qui luy avoyent donné le conseil d'agir ainsy, le vouloyent plonger en périlz et dangers inexpiables '. »

Dans tout ceci , La Vérune , toujours un peu dou- ce que faisaiem

. '-il 11" «-'es brouillons

teux, n avait voulu que sauver quelques ligueurs, deiaLi^ue bien assuré qu'au Parlement , on ne leur ferait après que les

cliefs militaires

point de grâce. C'était à quoi tendaient les efl'orts les avaient

, , , arrachés

lentes sans cesse par tous ces hommes de guerre, ^^^^ j^^^gg pour tirer leurs protégés des prisons du palais. Qu'arrivait-il toutefois, la plupart du temps, quand ils avaient pu réussir à les soustraire aux juges? Ces obstinés recommençaient à courir les champs, et il n'y avait horreurs qu'ils ne commissent. Le chanoine Yarin , dit Coupigny, complice de tr^iis scélérats exécutés naguère , et dont nous avons parlé plus haut , avait été , lui aussi , arrêté à la fin ; mais comme on le conduisait au palais, où son procès allait lui être fait le jour même , La Vérune ,

' Heg. xecr., ('acn , 20, ?.l mai l;)9l , et jours suivants.

.•>90 l'AllI.KMV.M l)F, NoP.MANDIE.

Du Ilallolol DcSorteval os«'ienl, dans Ciaen , oleii plein jour, l'ai-raclicr dos mains des sergents, sous prétexte « qu'il vouloit rendre ung service signalé an roy'.') (îeci se passait le 8 juillet 1591; or. Massacre ([u'arriva-t-il à moins de trois mois de là? Un ''?.''.", horrible massacre au Mont-Saint-Michel; et ce

Sainl-Miclicl,

aosppieniijte \ ariu-Coupiguy , ainsi arraché naguère aux sergents, dut jouer un des prmcipaux rôles dans cette nouvelle tragédie; car, au registre secret du 8 juillet, en marge du récit de cette rcamssc abusive de \arin-Coupigny, qui alors avait tant indigné la grand'chambre, Groulart lui-même traça, de sa main , ces mois, cri de détresse de la justice forcée, réduite à l'impuissance: « Si on eiisl laissé l'aire la Justice ^ le cruel massacre avenu au Mont- Sai}ict-Mieliel j, le dirnier de septembre 1591 ^ ne fcust arriré ' . »

Remontrances Parvenant jusqu'à Henri IV, à travers mille danqne des iiépuiés „çy.^ ^ ^[ç^ déoulés du j-arlemeiit lui dénonçaient

ilu Parlement r> - i '

allèrent faire CCS entreprises , et le conjuraient de venir en aide à

à Henri IV, . , ,. ,,.,,. ..^ . 'i'

au camp sa justice. « Su'e ( lui disaient-iis j niamtencz la justice (en vostre Parlement de Normandie) en son ancienne anclhoiité, splendeur et dignité à elle attribuées par vos prédécesseurs roys, et ses officiers en leurs droictz, honneurs, prééminences; défendez à toutes personnes de s'entremettre ou

fie A^crtion.

' Reg. secr., Cacii, 8 juillet I..OI. ^ Brg. secr., C.nei), S juillet l,);tl.

HENRI IV. -,çj(

immiscer en ce qui dépend du faict de la justice, sinon aux officiers de vostre Parlement, à ce préposez par vostre majesté. Que défenses soient faictes à toutes personnes de tirer, par force , hors des prisons, ceulx qui y auront esté constituez eu vertu des mandements et ordonnances de vostre justice '. »

Si digne avec les chanceliers de France , avec les Démêlés

1 I • I • A I T» 1 i avec la ChanibiT

princes du sang, avec le roi lui-même, le rarlement ^j^^ ^^^^^ ^^^ n'aurait pas été d'humeurà transiger sur ses droits, à de Rouen,

'■ ^ réfugiée à Caen.

céder, par exemple, à des corps inférieurs, ce premier rang (juilui appartenait à tantde titres. Onlevil bien dans son démêlé avec la Chambre des comptes, lorsque le prince de Bombes , devenu , depuis peu . duc de Montpcnsier et gouverneur de Normandie, par la mort de son père ^ , vint , au mois de mai 159o, faire à Caen sa solennelle entrée. Dans le cérémonial , tous les corps devaient aller recevoir le prince à l'entrée de la ville. Tous , même, devaient l'attendre et le haranguer au-delà des portes, hormis le Parlement qui, demeurant seul dans la ville, et en deçà de la porte, était ainsi le dernier à le recevoir, à le complimenter, faisant ( comme on parlait alors) /a c/oslurc de toutes /es harangues j

' Rcg. secr., Caen , '',''. déccDibre l.':f)0.

^ Le Duc (fils), fr.t iiominc gouverneur de Normandie, p»r leUres-patcntes dis 17 juin t6i)'2, enreg. h Caen , le 8 aoiit snivaHtt-

y,n TARLEMRNT DE NOUMAM)IE

se mettant, après cela, en marche avec le prince, et lui servant de cortège , les présidents s'avançant, le premier à sa droite, et 1(^ deuxième à sa gauche. La Chamhi-e des comptes n'alla-t-elle pas s'imaginer de hraver publiquement cet usage observé de tout temps; en sorte que ces députés, montez sur des mules, arrivés à la parle Mi/cl , par (^ù allait entrer le prince, se postèrent contre cette porte, et demeiuèrent en dedans de la ville, quoi qu'on leur pût dire ; au point qu'un débat s'engagea entre eux et les bourgeois armés qui , forts de la consigne que le Parlement leur avait donnée, voulaient contraindre les maîtres des comptes à passer la pof^te Milel. Les choses durent être poussées loin, et (brt au-delà, sans doute, de la consigne qu'avait reçue la garde bourgeoise ; car, comme les députés du Parlement attendaient, à quel([ue distance, dans le jardin de l'Hotel-Dieu , que le moment fût venu de se mettre en marche, survint brusquement l'avocat du roi près la chambie des comptes, chargé des plaintes de sa conq)agnie. «Tout-à-l'heure (dit-il), les ofiiciers de la chambre, passant j>ar la porte Milet, pour aller prendre leur rang et place, ont esté ntlafjtii'z et poursuyvis d' ar- (/tiebusades tirées à leurs ehevaiiLr; et leur ont esté faictes de grandes indignitéz par les capitaines et bourgeoys estans en garde à la porte, tellement qu'ilz on! esté obligez de se retirer en toute eon-

HE.NPJ IV

fusion et désordre , en danger d'estre blessez de leurs chevaulx. Or, ces bourgeois disent n'avoir rien faict que par auctorité et commandement de la court de Parlement. »

l^e président Lejumel de Lisores , chef de la députation du Parlement, se hâta de protester que « la court seroit très marrye d'y avoir seulement pensé; » et l'avocat du roi se retira content, ce semblait, de la réponse. Cependant, les officiers des comptes s'opiniatraient à rester en dedans de la ville , et la députalion du Parlement en fut avertie par des affidés ; c'était un coup monté ; et il fallait que le Parlementen eût eu vent, de bonne heure ; car , la veille , en nommant les députés qui devaient aller au-devant du prince, il avait décidé « qti'ilz pourraient donner arrestz et jugenientz , le cas offrant, comme en corps de courte» Dans cette assemblée , il n'avait été question presque d'autre chose que du droit qu'avait le Parlement, de demevrer seul dans la ville, et de clorre toutes les harangues; ainsi, on voyait bien sur quoi, le cas offrant , la députation pourrait rendre des arrêts. Comme il s'oflrait enfin , ce cas prévu , on voulut négocier d'abord; et un commis-greffier du Parlement alla déclarer aux députés des comptes « que la court les admonestait de garder les réglementz

Heg. secr., Caen , KJ mai 1393.

irr. .%

-,.,/, CAltl.F.MI.M' DK N'oKMANDH:.

accoustumoz. Hz ne pouvoyent ignorer que la court (le l'arlfiiKMit , seule, debvoit demeurer à la porte (lo la ville, en dedans, et tous autres officiers et comj)aiiïnies sortir hors de la ville , nul ne pouvant haranguer après le Parlement. » Les maîtres des comptes le voulurent prendre sur le haut ton , finissant, foiitcfois . par dire « ([u'ilz ne restoyent là ([ue pour se mettre à l'ombre. » Leurs réponses, en tout cas, ne contentant point le Parlement, le commis-greffier leur fut renvoyé, avec un arrêt «l'injonction, assez dur pour eux et pour ceux de la cour des Aides , qui étaient mal avec eux comme avec le Parlement lui-même. Mais jamais messager n'avait été plus mal reçu. En vain, à deux ou trois reprises, tenta-t-il de lire l'arrêt dont on l'avait chargé ; sa voix était couverte par les cris des députés de la cour des Aides et de la chambre des Comptes. « î\()iis sommes souverains ( disaient-ils tous ensemble ) , et ne rccejwons nos règlements du Parlement ; nous seavons bien te rang et ordre que nous debvons tenir, et le debvoir de nos charges. » A l'Hôtel-Dieu , la députation du Parlement , indignée , délibérait, projetait de fulminants arrêts ; et on ne savait trop ce qui allait pouvoir advenir de tout cela , lorsque survint heureusement le maître des requêtes Le Camus de Jambeville, qui, haranguant les députés des Comptes , s'en fit écouter, et sut les décider à passer la porte Milet. Encore

HliNRl IV,

ne put-il empocher qu'après les harangues , lorsque le prince entra dans la ville , sous le dais, entre les deux présidents du Parlement , il n'y eût « désordre et confusion , pour l'afïluence de noblesse qui les pressoit , et sin^tout , pour aulcuns de la chambre des Comptes j qui voaloyent marcher avec MM. du Parlement \y> A Tours , aussi, une chambre des Ce que pensaient

, P . , , . . de ces querelles ,

ComptesetunParlementreiugiesetaientauxprises, Hemi iv

1 •!• 1 t i 1 ' •! 1. ' P' Etienne

pour le pas, au milieu de tant de périls, et en pre- pasquier sence d'événements où il y allait de l'équilibre du monde. ^^ Maintenant que je voy toute nostrc France en armes, et l'espagnol nostre ennemy avoir esté mené par la main dedans la. ville de Paris, à nostre ruyne, il me semble que Je songe (disait Pasquier )j quand Je voy que nous autres pauvres réfugiez , combattons , non pour estre réintégrez dans nos biens, ains pour nos presséances. En tout autre temps, la dispute de la presséance estait plus séatite qu'en cestuy'. >' Il y avait long-temps que Henri IV en avait dit, au Parlement de Normandie, sa pensée. « Nous ne pouvons trouver bonnes telles divisions ( leur avait-il écrit), surtout entre vous, qui, par vos actions et déportementz , debvez donner exemple d'une bonne concorde à tous nos autres sub-

' Reg. sfcr., Cacn , 14 mai lôtCS.

- Est. Pasquier, lixic xiv, lettre 14""^.

5tj6 PAliLliMKM' DE NOKMAiNDIE.

jecfz'. » — Ou'oa pense, an resle, à loul ce que le Parlement laisail , alors jiieme, de grand, de généreux, j'ai presque dit d'héroïque , et l'on voudra bien pardonner , sans doute , à des magistrats d'avoir été des hommes. Est-ce bien à eux, d'ailleurs. qu'il laudrnit s'en j)ren(he de ces démêlés , ou à la confusion , à l'obscurité des règlements de l'époque sur les rangs des comp;ignies, et sur les préséances entre les dignitaires et ofliciers du royaume? Que si ces questions ne se débattent plus aujourd'hui , rendons en grâce, non point à notre sagesse supérieure , car les hommes sont hommes aujourd'hui autant qu'alors (^ pour le moins), mais à nos lois précises , qui, ayant tout prévu et tout réglé , ne laissent ni occasion , ni prétexte aux disjjutes.

En 1593, au reste, l'horizon commençait à s'éclaircir, et on parlait de trêves, en attendant la paix. « Les ailaires de ce royaulme semblant disposées à quelque pacification, le Parlement avoit ordonné des prières à Dieu pour la promotion d'un tel bien^ ; » et des processions solennelles avaient parcouru la ville. A Paris , le Parlement ligueur, se ravisant un peu tanl , avait fulminé une protestation énergique contre tous traités qui pourraient avoir pour objet de transférer la couronne à des princesses ou princes étrangers, contre la loy fon-

' Reij;. sccr., C.acn , !» mars l.i'.tl. ' [{et;, srcr., Cacii , 8 mai LMt.'S.

Hl'MlI IV. :,;)7

damentalc du royamnc , et déclaré nul et de nul efl'et tout transfert semblable, comme fait en violation de l'indépendance de la couronne ' . Bientôt , Abjuration

^ . ^ «le Henri IV.

Groulartelle conseiller Bretel de Lan quetot avaient Te Deum été mandés à Mantes pour voir une chose long- auquenout temps et vivement attendue par ces maç-istrats dé- le Paiiement

•■ 1 o parait , pour

voués, Henri I\ embrassant la foi de saint Louis la première fois,

en rohcs roii"'GS.

sonaieul, etdehomsXll , lePèi^e duPeuplr. Quand enfin il eut abjuré à Saint-Denis, et qu'on eut reçu à Caen des lettres de Groulart , remplies des plus touchants détails " , alors, au palais et dans la ville . l'espérance, la joie vinrent dilater et faire tressaillir tous les cœurs. Ln Te Deum solennel ayant été ordonné en hâte, le Parlement eut jjeine à gagner l'église de Saint-Pierre , tant la multitude se pressait sur son passage , innombrable , joveuse et confuse ! C'est qu'aussi, ce jour-là, pour la première fois "depuis la translation, le Parlement réfugié apparaissait en public dans toute sa pompe et dans tout l'éclat de ses insignes, les présidents, conseillers, gens du roi , greffiers en chef en robes écarlates et chaperons fourrés; les présidents avec leurs manteaux de pourpre et d'hermine , et « leurs chap-

' Mémoires de la Ligue , tome V, page 377.

' Lettre de Hoiui IV, à Dretol de Lanquetot , 18 mai lâ!)3. — forages en Cour, de Claude (iroiilart , eliapitre i, et Keg. secr., Caen , juillet et août lô'Jo.

l'AULJlME.NT DE .N<>l'.\lAM)Ii;.

peaux de veloiix , aux gallons d'or » ; le gretlier en chef civil avec son épitoge ; c'étaient des présents du roi; il avait voulu rendre tout leur éclat à ces magistrats qui faisaient tant pour lui rendre sa Lors couronne'. Spectacle nouveau pour la ville de

(le ce Te Deum , ^ . . , . ^ ■ ,

à la On Caen , qui, aussi, ne s en pouvait lasser, et que

durscaume j,^ nouvelIc de la conversion du roi rendait folle et

Exaiuiiat,

la imiitiiude commc ivrc de joie; au point qu'à Saint-Pierre ,

réunie dans

l'église après le pseaume E.vaudiat j « sur ce que les mu-

ile Saiiit-Piene . . . i , i . v 1 ■

etsiii la place, sicicns ct cliautrcs vouloycnt commencer a chanter fait lout retentir ^^^ musiquc Ic vîvat Rcx , Ic pciiplc , 116 sc pouvant f'iveieRoi. contcïùr ( c'cst le registre (\u l^arlement que je transcris) . le peuple ne se pou e ai} i contenir de faire paroistre son affection et allégresse , fit retentir tout le temple , et hors iceluy d'exclamations j criant tous à l'envy : vive le Roy ! Et incontinent , furent ouys infniis coups d'artillerie j, tirez du chasteau. » Cependant , un bûcher avait été préparé à la porte méridionale de l'église de Saint-Pierre. C'était au gouverneur La Yérune et au président Lejumel de Lisores ( en l'absence de Groulart ) qu'appartenait l'honneur d'allumer ce feu de Joie. Quand ils parurent, tenant «des torches au manche accoustré de lisières de veloux , furent tirées parles bourgeoys , rangez sur la place , plusieurs canonades, » Le Parlement revint au palais au milieu

' /ieif. .sccr., (".aon . des .in. ,{| juillet , :! uclolirc l.>',).'..

UEM'.l IV. .MW

des acclamations du peuple ; « el se j^assa le reste du jour à l'aire feux de joye parmy la ville , presque devant la maison de chacun bourgeoys '. » Dironsnous que , seuls absents tlans une solennité si touchante , quoiqu'ils eussent été notoirement avertis, les maîtr(?s des comptes avaient alTcïcté de se faire chanter, dès le matin, et à la sourdine , un Te Dcwn au couvent des Jacobins , où ils tenaient leur juridiction , et cela pour ne point se rencontrer avec le Parlement , cette cour supérieure, qu'ils haïssaient au point de donner à toute la ville un si criant scandale ! Arrivèrent bientôt Trêves emie les articles de trêve conclus avec Mayenne. Des de Mayenne.

... • , , , • I- l II Clause notaliln

traites avec un sujet, surtout avec un sujet rebelle , deranét c'est ce que le Parlement ne pouvait souftVir. On pai 'equei

■■•■'• le Parlement

n'aurait pu toutefois en refuser l'enregistrement , et séant à caen,

, , en ordonne

jouer, par la, a mettre tout en péril dans des con- lenregistremem.

jonctures si difficiles encore. Un arrêt fut donc

rendu au palais , les portes ouvertes, qui ordonnait

l'enregistrement des trêves ; mais , dans le secret

du conseil , il avait été dit « cpie ces articles estoient

publiez et registréz , attendu /'i?yin-e du temps ^ et

sans approbation d'aueun parljj ou reeongnoissance

d'autre puissanee et auctorité que de ta Majesté du ^

roy très elirestien Henry (/uatriesine, » protestation

qui, au reste , devait demeurer in mente curiec , et

licg. sccr., Caen , 31 juillet I J!)o.

(,0() l'AULK.MKNT DE \()U.MAM)IL;.

([ue tous les membres promiimt et jurèrent de ne point révéler ' ; tant on craignait de retarder un arrangement que tous désiraient avec ardeur ! Etaicicpioiabic (i'est qu'à la France, à la Normandie surtout, il

de laNoi'iiiaiulic. /. i, . , / . v

lallait désormais, non plus des trêves seulement, mais la paix , la \ya\\ en hâte , et en quelque sorte à tout prix ; cai- le déplorable état où était alors notre malheureuse province, est impossible à imaginer et surtout à décrire. En Basse-Normandie , malgré mille arrêts du Parlement , malgré ses commissaires toujours en course avec des archers, malgré ce (|ue l'on racontait des procès criminels, sans nombre, jugés à (Lien en touic rigueur, et de l'exécution des grands coupables, ce n'étaient toujours que désolation , ruine et misère, «ruptures de maisons , bruslements, pilleries, volleries , eulondrements de portes , coflres , tenestres , bahurs , buflelz , ravissementz , emportz de meubles , or et argent mounoyé , emprisonnementz, arrançounements , ruynes, dégastz , démolitions, luiptures , aguetz de chemyns , forces , viollences, prises, saisies des deniers du loy . incursions , impositions de deniers sur le peuple , combustions de maisons, ^ violements de femmes et de filles, conduite de

canons, ports d'ai'mes, meurdres, saccagements. » Le Parlement est notre garant; nous copions ici

' Bci;. srrr., Cum^II .-loiit I.MKi. ' ■•

HENRI IV. avl

ses registres, dont il n'est pas une page peut-être oVi ne se reproduisent ces scènes désastreuses. Chaque jour ils nous montrent « les soldatz de la Ligue s'abandonnant à toutes les violences , pillimt et ravageant les lieux sainctz , constituant prisoîuiyeî'S i)uli.jféremment les prebtres et paouvres villageoys 3 les contraignantz^ par supplices et touu-

MENÏZ EXQUIS ET NON OYS ENTRE LES CIIRESTIENS, de

leur payer des ramons excessifves , prenant et eninienantz leurs chevaulx ^ bestiaux ^ liarnoys , mettant le feu aux maisons des champs , et le pays enfin, réduict à telle extrémité e/ue la pluspart des terres demeurent en friche , les villageoys sans habitons ^ tout ainsy que s' Hz eussent este au mylieu des terres des Turcz et des Barbares; monstraiit iesdictz ligueurs qu'ilz n'esloyent conduictz et menez que par l'ange destructeur envoyé de Dieu pour punir nos faultes et offenses. » Ce ne sont point là de vaines déclamations ; à chaque page , encore une fois , les l'roids registres du Parlement nous ollVent ces énergiques et lameutal)!es récits'. Ils nous montrent « tant la mer que la terre couverte de pyrates et voleurs exterminant les serviteurs du roy ". » Lafoi, la religion catholique était toujouis le prétexte de ces forcenés; on ji'entendait parler

■ Reg. Rapport.': civils, Cacn, "fi fV-M-icr LMio. " Rrg , r.acn , I.) mai l.V.'O.

cm l'AIlLIiMliNT DK i\Oi\MAMJlE.

que des « rebellions , esniotions popiillaires , sou de locqucsain , assemblées illicites laicLes par le sieur Du Tourp , La Grimonnière , La Boulaye , Beaulieu, abusant du sainct nom de Dieu; et prenant pour prétexte la religion calholique, apostolique et romaine V » Le Yal-de-Saire était comme une caverne où repairaient ces meurtriers sous le commandement de Du Tourp ; et pas un sergent n'y eût osé paraître". Le château d'Exmes , les abbayes de Trouart , du Yal-Riclier, et cent autres châteaux, abbayes et prieurés, étaient aussi des repaires '.

Création Eu 1593, Ic roi avait fini par créer un prêtât

cl'un prévôt

général général nw Normandie ,pour, à la tête d'une troupe d'archers, réprimer un peu ces horribles désordres ; l'office fut donné à un sieur de Suresne. Et comme le procureur des Etats de Normandie était venu au Parlement s'opposer à cette création d'offices , se fondant sur l'énorme dépense qui allait en résulter pour une province déjà si apauvrie , l'avocat Echart, chargé de poursuivre la réception de ce prévôt général , son client , montra « Us chcînyns remplizaujourcV liuy d' ung nombre lior-

' Rrg. srcr., (,;i('ii, ,i juillet l.)f>!).

/iV'i;^., Cani , 'îo jativier 1592.

• [{Ci;. lUipports rixilx . Caeii , ^^(^^ fcMicr, :;(i jiiillcl I.>no ; 1'' .jnin 1J9I ; 30 janvier I.^Q.'J.

en Normandie.

HKMii rv

1-iblc de volleurs ; et (disait-il au Parlement) le proeureur des Eslatz gèmil bien pour cinq ou ùx mille escuz destinez à cet office ; mais il ne plaint pas ceîit mille personnes qui souffrent et gémissent soubz la tyrannje et cruaulté des voleurs ' . » Ne croiraiton pas entendre des récits des douzième , treizième et quatorzième siècles? et un historien de nos jours a-t-il eu tort en montrant «le moyen-âge, grâce à nos troubles religieux, se prolongeant, en France, jusqu'à la paix de Vervins? " »

Dans la Haute-Normandie aussi , ce n'était que villages l^rûlés , scènes de meurtre , d'incendie , de viol et de pillage. Ces tableaux ciu'oflVaient tout il l'heure les registres du Parlement royaliste , nous les retrouvons non moins atlroux dans les mémoriaux du Parlement de la Ligue. Faudra-t-il le prouver en nous répétant ; montrer Pavilly. son église et ses halles brûlées par les Anglais ' ; le NeuboiH'g brûlé par les ligueurs ' ; le pays de Caux , théâtre « d'infinies volleries et exécrables crimes '?» Faudra-t-il parler des « continuelles courses, meurdres, ravagements, pilleries, commis chaque jour

' Reg., Caen, 7 avril 1;VJ3.

- Simonde de Sisniondi , Hist. des Français , tome \\1 , p. iHl».

^ Discours du siège de Hoiieii , \>nv ('.. Valdory, folio lo.

• lieg. sccr., Rouen, ,'> août l,)!V>.

' fteg.. lîfnici). IC) in;ii l.'i<.i(i. . ,.

I' \I!Li:\ii;m' dj: nokmamjil.

vers (^aiiy, parles etirieiiivs rebelles lenaniz le parl> contraire à la saiucte Uiiyoïi ' » ; montrer les paroisses de Pierrcval , Bierville, Longuerne , Saint- Aubin , Vieux-Manoir , Ecalles-sur-Buchy , Rofjuemont. Ru(|uel)eut , Colmare, Rue-Saint-Pierre, Saint-Jean-sur-Caillv , (et combien d'autres avec elles ! ) ravagées par les gens de guerre , et en instance, vu leiu- indigence, pour être déchargées de la taille ' ; « tous ces paouvres paroissiens jouinellemeut pillez , battuz , mollestéz par des soldatz qui rompent les coffres , emportent argent , linge , lange , bagues ^ ; » à Nonant , cinq ou six cents hommes pillant tout, «battant et oultrageant les habitans, tellement que plusieurs to?nbenl malladeSj et que les femmes enceintes produisent leurs enfants, pour la crainte et trèmeur qu'elles ont de ces rri- GANDz '. » De telles scènes se passaient aux environs de Rouen, dans sa banlieue , à ses portes, (Ml vue de ses murailles ; « la ferme de la Ma"daleine des champs, au Bosc-Guillaume (appartenant à l'Hôtel-Dieu ) , dévastée ' » , le château du Mont- Fortin démoli^ ; « les manans et habitans du Bosc- Guillaume-lèz-Rouen, contrainctz , pour raison des

-' lirg. Rapports chil.s, Piouon, '.) novembre l.")89. ' liii^., Rouen, 2 mai 1501. ' Reg., Rouen, ICi mai I.jS;».

^ Reg., Rouen, 10 février I.M)!. ■■ Rrg., Rouen , :>.(> juin I6Î);>.

* A aldoi'} , Discours du sirge de Romii.

HEi\RI IV. 0(1,)

en fond rem en ts de leurs maisons, exaclions, ravages , pilleries , volleries , rançonnementz à eulx commis, de quitter et abandonner leurs maisons et mesnages , et se réfugier à Rouen , sans qu'il leur feust possible de labourer et ensemencer leurs terres'; » des scènes semblables à Maromme, à Quevillon , à Quincampoix, à Darnétal , dans tous les villages voisins de la ville, que dis-je ? jusque dans Rouen môme , dont les rues sont parcourues chaque nuit « par des gens en troppes , armez d'espées , dagues et pistolles , commectans une infinité d'oultrages et viollences , exactions , rançoTinements , emprisonnements" , » et cela «tant de jour que de nuict ^. » Si donc , durant les troubles de la Ligue, « la phispart des liabitans de Rouen se retirèrent et absentèrent de la ville ' » , cette fuite d'un lieu où l'on souftrail tant , n'a rien , certes, qui doive beaucoup nous surprendre. Sans doute, les soldats et capitaines royalistes peuvent revendiquer une lionne part dans ces prouesses contre les ennemis du roi. Mais les satellites de la Ligue, qu'on le sache bien , s'évertuent , de leur côté , à piller, à molester , à ruiner et royalistes et ligueurs. Ils apparaissent en tous lieux « vestus de casaques noyres , marquées de croix blanches et semées

' Ileg., 0 mars ly90; 22 juin 1592.

- lîeg., Rouen, il septembre li,89.

3 Beg., Rouen , 22 ortobre l:")9l.

' fleg. ,Vi"'-/'., rvOiH'ii , 2!'. (It'cenibre Kll'

COB PARI.F.MENT Dl' \f >Iî M ANDIK,

do larmes' ; » ce sont bien en.v, sans doiile ; et cent arrêts du Parlement ligueur , rendus coup sur coup, pour leur recommander quelque ménagement, du moins avec les ligueurs, ne peuvent les empêcher de tout dévaster sans distinction de parti. Que font cependant les badauds de la Ligue , ainsi ruinés et mal menés par les leurs ? La même chose, sans doute, que les habitants du village de Médiane , en Castille , qui , sur la foi de leur curé, avaient chaudement épousé une révolte qui courait alors le pays, et portaient aux nues Dom Juan de Padilla , l'un des principaux chefs des mutins. « Tous les dimanches donc, ce curé de Médiane ne failloit , à sonprosne, le recommander d'un Patn- noster et Ave Maria ^ et pour la saincte sédition, dont il estoit grand faulteur. » Mais à la fin, Dom Juan de Padilla et ses hommes étaient venus visiter le village , piller les habitants . et le curé , comme les autres, manger ses poules, son lard, boire son vin , et, qui plus est , lui enlever sa chambrière. Alors , il fallut voir ce curé , dès le dimanche d'après, « admonester le j^euple de ne suivre plus le parti de Padilla , mais celuy du roy, donnant au diable tous ces partisans et séditieux , les conjurant tous de crier : vive le î^oy ! et meure Padi/le! » Brantôme , qui nous raconte cette scène,

' lifg., lioiicii , 3 iK)\('mI)ie l.';8i).

ne manque pas d'ajouter «qu'on a veu force pareilz traietz se foire aussy en nos guerres de la Ligue , selon les despitz et mescontentementz des personnes , qui , se voyant pillées , reniaient saincte Ligue et belle Unyon comme le diable \ »

Ce fut , à la vérité, un des côtés par où la Ligue Lesiigucms,

, fif, .1 ,. 1 • A TiT , . souffrant aussi

S atlaiblit et manqua bientôt. i\e parlons toujours des troubles, que de notre province, et seulement, si l'on veut, "'.'^ !" .

-l I; ' ' ^ se degnutenf.

du chapitre de Rouen, qui naguère nous avait paru aussi chaud pour la Ligue, que le curé de Médiane pour les partisans et pour D. Juan de Padilla. Des sommes énormes à payer sans cesse, le jour môme où elles sont requises; des soldats à loger; des gardes à monter en personne; des corvées à aller faire aux remparts, avec le peuple; cependant, peu ou rien à recevoir de trente ou quarante maisons louées , non plus que de toutes les fermes du chapitre, partout, pillées, dévastées aujourd'hui parles ligueurs, demain par l'armée royale; ce n'étaient là encore que les moindres contrariétés . qu'eussent eu à subir ces chanoines si zélés d'abord. 11 leur avait fallu bientôt se laisser imposer, voir installer, par ministère d'huissier, des chanoines de la façon de Mayenne, nommés pour remplacer de bons et fidèles collègues fugitifs, et quelcjuefois

' lîrantônic , Discours sur M. dr Chit\rcs.

,-,08 l'Ar.LFMKNT DK Nor.MANDIi:.

prisonniers'; à la place d'un Marin Le Pignv, par exemple, médecin célèljre au loin, homme des plus savants de son temps, l'honneur du chapitre de la Métropole. Leur temporel était saisi ; leurs prébendes données en jîroie à des soldats, leurs maisons de campagne et de ville pillées, abattues; celles , par exemple , qu'ils avaient à Cauchoise, en grand nombre, rasées, pour que l'ennemi ne s'y pûtloger ; àRépainville , àl^ondinières, partout enfin, leurs domaines dévastés, leurs revenus saisis : tels avaient été, pour eux. les fruits de la Ligue, (chaque jour, dans leur salle capitulaire , ce ne sont f[ue plaintes et gémissements sur ce « qu'il n'y a moyen de continuer le service divin , ne recepvoir aucune chose pour payer les chapelains qui célèbrent les fondations de l'église iNostre-Dame de Rouen".» Les chantres refusent de faire le service , vu la médiocrité du salaire qui maintenant leur est oflert; le luminaire diminué; le culte ré'duil à rien ; le juiiii de cluipilrc diminué de moitié , veu la malice du temps. JNous ne faisons qu'esquisser à la grosse. JNe se croirait-on pas encore à l'année 1562, au moment où Notre-Dame

' Beg. cfipif. Eccl. rothoni., '}.& août, 1'', i septembre, 14, 17 octobre 1589 ; 13 mars (.)î)() ; 8 février, (> mars, 9.2 avril, Ifi juin ; 1''', I?- juillet, 9 octobre, 9.,'! novembre 1591 ; (> janvier, IG avril lôO?.

lîrg. cfipil. F.rcl. rothaiii.

HEXET IV. f,,)-,

fie Rouen et toutes les autres églises de la ville étaient en proie aux satellites de Montgommery ? Elle était bien avancée, la religion catholique, j)our laquelle on était censé avoir tout fait ! « Voylà (s'écriait Brantôme ), voylà lesproffictz que rapportent les séditions civiles, desquelles, à la fin. les plus séditieux se fasclient '. » C'est où l'on en était dans notre malheureuse province, en 1593 surtout, quand se furent enfin rassis les esprits exaltés quelque temps par les périls d'un siège de six mois, et par la joie immodérée qui . d'abord, était née du succès. On savait , d'ailleurs, à quoi s'en tenir maintenant sur le désintéressement des meneurs du parti , et sur les motifs qui les avaient fait se montrer si empressés et si ardents. Villars. une fois amiral de France, tout avait été en proie aux meneurs qui s'étaient signalés sous lui; Bigards de La Londe avait eu son lot; Du Mesnil Bauquemare le sien ; Jean de la Faye, Adrien Le Doux, Vaidory, et cent autres commeeux. avaientsu aussi se faire grassement payer de leurs services; Péricard se désespérait toujours de n'être point reconnu président à mortier ; mais, en revanche , les revenus des royalistes en fuite lui étaient prodigués. Mayenne et Villars étaient devenus généreux des biens des absents , au point que le Parlement

' Brantôme , Discours de M. de Chièvre.i.

li<;nour, si mou cl si servile qu'il fût, avait fini par loul arrêter, nous l'avons vu, en empêchant les trésoriers de l'iance d'enregistrer tous ces dons al)uslt"s et sans nombre , cjui ruinaient le pays. L'intérêt, l'orgueil , avaient eu bientôt désuni ces révoltés; leurs querelles n'avaient plus de fin; et elles faisaient tant de bruit, partout en France, qu'il eu est parlé dans toutes les histoires du temps, si dépourvues qu'elles soient de détails, jx)ur l'ordinaire. J^es chanoines Monchy et Péricard , ([ui naguère, de compagnie, avaient traîné aux prisons leurs collègues du Parlement et du chapitre, brouillés bientôt jx)ur le grand archidiaconé de llouen qu'ils se disputaient, et queMonchy obtint, se donnaient en spectacle à la ville, à la province, par leurs violentes querelles, qui réjouissaient les royalistes, et que le Parlement, séant à Caen, mention/iait joyeusement dans ses registres'. « C'est ( aurait dit Bossuet) qu'il n'y a point de pire état que l'anarchie , c'est-à-dire l'état où il n'y a point de gouvernement ni d'autorité. Où tout le monde peut faire ce qu'il veut, nul ne fait ce qu'il veut; où il n'y a point de maître, tout le monde est maître; où tout le monde est maître, tout le monde est esclave". » C'est ( aurait-il tlit en-

' lieg. secr., Cai;n , T août lôS!); 11 mai l.V.)l. — Reg. sccr. du Parlem en t ligueur , H) j u i n I .V.),i .

^ Politique tirée des propres paroles de l'Ecriture Sainte , pai- Hossiict, IJM'O C', article.!'', .V inoposilion.

corc) f[iie « chacun est maître, à certains instants, parmi ceux qui se sont soustraits à l'autorité légitime, et que le plus modéré est toujours le plus captif. » On a vu quel rôle avait joué le Parlement ligueur parmi tous ces rebelles, unis un instant pour la révolte , divisés bientôt par l'avidité, l'ambition et l'orgueil !

Yillars , le plus avisé , en même temps que le plus brave et le plus ambitieux de tous, avait vu de bonne heure qu'il faudrait bien finir par compter avec Henri IV, qui ne se lassait point de négocier, de combattre, de vaincre, et dont les chances de succès croissaient toujours. Dès le mois d'août 1593, aussitôt après la conversion du monarque, « il avoit faict paroistre se vouloir faire serviteur du roy, et y disposer tous ceulx qu'il avoit en sa 23uissance ; on avait donc commencé , dès-lors, à praticquer avec luy " » ; nos registres nous révèlent ce fait dont n'ont point parlé les histoires. Que dire, toutefois, quand, six mois après qu'ont commencé ces pourparlers de réduclion, on voit le Parlement ligueur de Rouen, qui les ignore, condamner à mort et faire exécuter le nommé Pierre Despréz, «pour trahison

avec Villars.

Long temps

après qu'ont

coininencé

ces pourparlers

et négociations ,

le Parlement

ligueur

de Rouen

condamne

il mort et fait

exécuter un royaliste.

' Histoire des Varidlinns , par IJossuct, livre v, n" 16.

" Disrours de Saldaigno (r[ncar\ille , au Parlomenl séant ta Cacii , Reg. secr., :Vi mars l.v.ii.

£;,.( l'AUl.KMK.NT IHL NoUM ANDIF..

cl entreprise sur la ville (\r Rouen ' » , e'esl-à-dire pour avoir voulu rendre eetle ville à Henri l\. C'est que Villars, Iravaillaiit , depuis long-lenips, en secret, à la lui rendre^ faisait , dès ce moment môme, ses demandes à Sully, stipulait ses conditions, se débattait sin- le j)ri\, et ([u'enfui il n'avait pu souffrir qu'on allât ainsi sur son marché. Or. un mois précisément, jour pour jour, après le supplice du malheureux Despréz , était signé, à Rouen, l'accord entre Villars et Sully. Les OEconomics royales nous oiit amplement révélé les détails de ces longs pourj)arlers ; et il ne peut èlrc question de copier ici les Mémoires de Sully. On sait à quel prix A illarsse vendit alors au roi de France, lui qui nairnère s'était vendu si cher à la Ligue' ; combien lui servit, dans ce dernier marché, la présence de La Chapelle-Marteau et de Simon-Antoine, envoyés à Rouen, l'un par la Ligue, l'autre par le roi d'Espagne, chargés de tout faire pour retenir dans leur parti le gouverneur dont les engagements leur étaient inconnus, et qu'ils ne croyaient qu'ébranlé. Mais qu'auraient pu maintenant ces deux étrangers , le Parlement ligueur de Paris ayant rompu en visière à Mayenne, invoqué hautement la loi salique. et proclann' enfin Henri de Bour-

' He^., Toiirnellc, RoiM'ii , 10 et 11 fi'vricr lô94- •* De Thon , Hisloire itithcrsellr , liv. xci.

IIKNÎ'.I IV. f,i3

,..,.,. , , . . iiiipéiieuseinciil

laire diligence; ou plus lard un roi vaniqueur et iadij;iiitc maître viendrait lui enlever par la force cette , '^ '"""«'

l tle fiance, qu'on

srande cité qu'on voulait bien encore lui acheter otcàBiion.pom aujourd'hui. Viliars , fait amiral de France, par Mayenne, exigeait impérieusement qu'on lui laissât ce grand olTice ; sans quoi tout était rompu ; en sorte qu'il en fallait dépouiller lîiron, qui en avait été récemment pourvu par le roi , sur la démission du duc d'Epernon . et était même venu prêter serment au Parlement de Caen , il y avait trois mois à peine '. Malgré le bâton de maréchal qu'on lui montrait, Biron ne se pouvant résoudre, il fallut que la sœur du roi s'en mêlât ^; la promesse de Cem vin^t miik-

écus

120,000 écus le décida à la fin, quoique encore à trindemniië

-.., l'i l'i • sont promis

contre-cœur. Mais il voulait de solides garanties; à Biron.

1 T» 1 tir" i- ' • Eni^agements

on pensa alors au Parlement de Laen , toujours si écrits

prêt à tout faire et à tout sacrifier. Saldaigne d'In- *|i'e c",'"'"'""*'

i <^ le Parlement

carville . contrôleur général des finances , envoyé séant âCaen,

pour assurer

à Caen, alla droit au palais, et dit au Parlement le paiement les pourparlers et conditions de Yillarset deBiron. « Le roy ( disait-il ) n'avant pu avoir raison de Rouen par la voye des armes, et l'ayant deux fois assiégé sans succès , impatient de dotiner quelque

' r>jnn,icr i:><»). ' Reg. secr.A.'Acn , 14 dccenibre lâ'J.l.

" Chroiiol. «or., de r.ilma Cayct , collccl., niéniîMrrs Prtito! , !'*■ ?rric. toinr xt.n. y>:is(P^ ?.'il , %]■?.

eii l'.VP.LKMr.M DE NoR.MAMMi:.

fin à CCS tniscrcs , veut loiitcr mainleiiaul les voyes tlo doiilcoiii-. Iiailer enfin avec ceulx qu'il n'a pa souniellre encore. » Mais il y faut le concouis des compagnies souveraines de la province. Les déclaralions du roi n'y doivent point rencontrer d'obslaf'les qui puissent causer quelque retard. «Avec ce qui est du bien de nostre service est joinct voslre intérestparliculier» ( leurécrivait Henri IV); et, ajoutait D'Iiicarville. « j'ay laissé les cboses à Rouen en tel eslat disposées, que j'espère que, avant quinze jours , vous serez libres de retourner en vos maisons'. » Au premier mot de la paix, le Parlement, la chambre des comptes, la cour des aides, abjurant leurs dissidences, leurs querelles si récentes encoie , demeurèrent d'accord outes ensemble d'un nouveau sacrifice, d'un dernier effort qui allait couronner tous les autres. « Il failli se hasler ( disait Groulart) , les choses es- ^ant tellement disposées, c/ii' avant quinze Jours, ^ous MM. seront libres de retourner en leurs maisons. » Mais parler, ce n'eût été rien faire, qui n'eût promptement payé d'exemple. Après qu'on est convenu de quelques impôts, peu onéreux pour les justicialjles, et qui produiront les sommes nécessaires, les quatre présidents du Parlement s'empressent de souscrire ensemble et solidairc-

' lirg. serr., C.iu'n , 24 mars 1594. S.. *

ment l'ongagemenl de «garantir le paiement des 1^0,000 éciis promis à Biion. ('et exemple a électrisé la compagnie , dont tous les membres « promectent, chacun en son particulier, ensemble , et Clin seul pour le tout ^ indemniser, garantir et descharger les quatre présidents de toutes et telles obligations dont ilz se sont liez envers Biron ' . » Pour hâter le premier paiement , tous ces magistrats demandent qu'on diffère d'acquitter tout ce qui leur est dû de lenrs gages, et ce qui est du à tous autres officiers de justice et de finances. Ils olirent trente mille écus en prêt, à prendre sur les plus (lisez (\e \dLCOïn^^'^n\c. Deux jours après, dans une nouvelle assemblée des chambres, « tout est ajiprouvé, placité , ratifié par tous messieurs , lesquelz, de rechef, promectent de demeurer obligez solidairement envers les présidents, pour le corps de Parlement, et de les garantir, indemniser et décharger, en sorte qu'ilz n'en a} eut aucune perte ny dommaige ; tous (dit le registre ) l'ont ainsy solemnellemenl promis et protesté ' . » Une lettre est, sur l'heure, adressée à Henri IV, « pour rfmcrcier le monarque de sa bonne volonté et affeetion, de l'honneur qu'il a faict aux nwmbres de son Parlement de Normandie j de les faire participants des

' Rcg. sccr., Cacn , 20 mars 1594.

' /U-g. sccr., Cacn, 28 mars iJ'J'i.

(i(6 i'Ar.i,i;.\u;M Dii i\»)K.\iA.M>it;.

moyens (i ouvert uns fuictz pour parcrnir à Ui réduction (le lu ville de liouen. » Dans celle letlre, le Parlement supplie Henri IV « de décharger son paouvie peuj)lc des oppressions el misc*res auxquelles il esl. de présent, réduict , « et montre au monarque son propre inh'rèt dans ce devoir accompli. « Y M. ( lui discut-ils ) en sera mieulx obéie , ses commandemenls mieulx exécutez, les deniers mieulx payez, si vous faictes respirer vostre peuple du pesant fardeau qu'il endure '. »

Miiaisseioiiiuit Uu si uoblc dévoùmcnt devait promplement i( i>aikMmiit porter ses fruits; le traité de réduction, ainsi gaiiguom ranti, a été divulgué et publié avec toute lasolen-

dc Rouen ...

si; soumet aussi, nité rcquisc. Chaque jour, maintenant , arrivent de Rouen les nouvelles les plus heureuses. Le 29 mars, Aillars y a été vu sur la place de Saint- Ouen,récharpe blanche au cou, criant: Vive le Roy; le même jour, un Te Deuui a été chanté à Notre- Dame de Rouen. Le Parlement ligueur, lui aussi, s'est résolu à la fin, et a ordonné que, « dorénavant, tout sera faict et exercé soubz le nom el scel de Henri quatrième roy de France et de Navarre ",« Les convejilions entre Viliars et Sully ont élé sou-

' Brç;. sccr., Carii, '28 mars I.")",)'!.

- OKconoinics royales. Z?'"^^. dit rlKipilrr ilt Rnufii .'?.') m^rf, l.SOi, - /^r^. (ii( ParIrnirnI li^iinir , fin .il mars I.V.l'i.

HKMU IV. 017

scrites par le chapitre '. Le premier avril, après que le messager Hébert , arrivant de Rouen , a raconté au Parlement royaliste assemblé, toutes ces heureuses nouvelles , ces magistrats, pleins de joie, Les membies

, . ,. , , ..p ,. .11 lUi Parlement

lui lont donner une gratuicalion notable, «pour léingiés àcaen, avoir rapporté les premières nouvelles de la réduc- sont rappeitvs

111 a Rouen, par des

tion de Rouen ■. » Yient enfin la dernière uouvelle, itttres -patentes. la plus réjouissante, la plus désirée de toutes; l'ordi'e à ces magistrats, exilés dej)Liis plus de cinq ans, de retournera Rouen , de rentrer dans leurs maisons, vides depuis si long-temps; d'aller siéger dans ce palais royal si honteusement profané pendant leur absence, et qu'ils n'ont point vu depuis cinq années.

Dans les lettres-patentes de rappel à Rouen, en Une clause des

Page 1