RÈGNE DE HENRI III
Importance Xje règne dc Charles IX, favorable aux Parle-
<k's Pïiilfiiieiits
des pioviiiccs. meiits dcs provinces, les avait proclamés les égaux du Parlement de Paris, si fier de son origine, de son antiquité, et des pairs qui venaient, depuis tant de siècles, siéi^er et délibérer avec lui dans sa
grand'chambre dorée. Ce corps , si dédaigneux naguère, avait eu, sous le dernier roi, de dures paroles à entendre et de pénibles choses à souflVir. (rétait d'abord L'Hôpital, toujours brusque envers cette compagnie , qui , aussi, ne l'aimait pas. « Si,
comme autrefois (disait-il un jour à ces magistrats), si, comme autrefois, le roy pou voit administrer la justice souveraine par ung seul Parlement, il le feroit; les divers Parlements ne sont que diverses classes du Parlement du roy'. » C'était Charles IX lui-même se déclarant majeur au Parlement de Rouen , et répondant aux plaintes du Parlement de Paris : « Ma cour des pairs est là où il me plaist fa co)ivof/uer. » Certes, ce dernier fait était une énergique et solennelle application des principes de L'Hôpital.
Tout cela allait réjouir et rendre à la confiance les Parlements des provinces; et ils comprenaient, à cette fois , que dans l'État ils étaient quelque chose. Un jour la monarchie se devait trouver bien d'avoir ainsi reconnu et proclamé leurs droits ; dèslors, au surplus, ils comprenaient leur rôle, laissant souvent voir que, pour être venus après, ils ne s'en estimaient pas moindres. « Encores que la court de Parlement de Paris soit comme matrix^ à l'instar de la quelle on a érigé les autres cours de Parlement, toutes fois, toutes ont puissance esgale » , disait un docte et éminent magistrat normand ". « Tous les Parlements ( disait-il en une autre ren-
' Harangue du chancelier L'Hôpital au Parlement rie Paris , 7 septembre 1500.
^ Claude Groulart , Voyages en Cour, chap. 6. .... -
150 PARLEMENT DK NoKJl A.NDIE.
contre), ne sont c[u u?w mesmr cotirl j, instituée et ordonnée pour la distribulion de la juslice, et départie en diverses contrées, poiu' la commodité dessuhjectz du roy, avec souveraineté et auctorlté pareille et du tout esgale ' . » En un mot, les Parlements de France n'étaient tous ensemble «qu'f/« seul Parlement , distribué aux provi7ices , pour rendre la justice plus commodément aux subjects du roy. » T^a Roclie- Flavyn le répète sans cesse dans ses Trèze livres des Parletnents de France '. (ïliarles Yll, en elïet , dans son ordonnance de 1/|54, relative aux Parlements de Paris et de Toulouse , n'avait-il pas entièrement assimilé ces deux cours, les déclarant souveraines toutes deux ; leconnaissant « à lems présidents et conseillers telle puissance et aucforité les mis comme les autres ; voulant qu'ils fussent unis et réputés tous wi ; ordonnant enfin que ces deux Parlements se-
voïeniréT^xxVéscoiwmeï^hdiniunmesme Parlement
sans souffrir avoir, entre eux ^ aucune différence^ .»
C'étaient choses que le Parlement de Normandie
n'avait garde d'oublier jamais. Lorsqu'il apprit, le
' Discours prononcé le 10 septembre lôSii, ;ui prétoire d'Arfjues, lors de la rédaction des Usages locaux de Normandie , par l'avocat général Ihomas de Verdun. Claude Groulart seu déclare l'auteur, dans ses Voyages en Cour, cliap. G.
'' La Roche-Flavyn , livre ii . chap. '? , i^ .'iô ; livre u, chap. 7, <j 7, et aiiàs passiin.
" Ordomi.inrc de (IhiuliN \II, li.';'i. ■■'-'
HKNUI m.
niùme jour, la mort de Charîes IX, el l'appel de Catherine de Médicis à la régence , aussitôt, par son ordre , sept députés pris dans son sein partirent sur riieare , pour aller en cour, assurer a leur compagnie le rôle qui lui appartenait dans cette importante conjonclure. Le Parlement de Paris, placé plus près, les avait devancés, comme on le peut croire, et venait de proclamer la régente; mais, pour cela, devaient-ils abdiquer levu"s droits? Admis près de Catherine, les sept déj)utés, parlant pail'organe du président De Bauquemare, dirent que leur compagnie les avait envoyés vers elle, « j)our, en l'absence du roy estant en Pollongne , la prier d'accepter la charge de la régence, et , si elle l' avait acceptée j la continuer. » Catherine leur répondit , la larme aux y eu la: : « Veu nian aage (à'it-cWe) , il me serait mieulx séant me retirer pour prier Dieu ,, et me descliarger d' affaires ; néanlmoins, voyant les affaires du royaulme ,à la prière des princes du sang et aultres^ je me suis accordée accepter la charge; el espère ^ à l'ayde de mes enfants , le duc d 'A lençon et le roy dcNavarrc j du cardinal de Bourbon et au lires, maintenir le royaulme en paix, en attendant le roy. J'accepte LA CHARGE POUR vosTRE REGARD, ct en advcrtiray le roy de Pollongne nwn fil: , quand il sera venu. Que vostre compaignye maintienne toutes choses en patience, ainsv qu'il appartient pour îe service du roy. » — Les députés la priant de ])erniettre qu'ils
t!ii Parlement
de Normandie
vont en cour ,
prier Catlierine
de Médicis
d'accepter
la régence.
i:,2 PARU'MEM DE IVORMANDIi: .
allassent saluer le duc d'Alcnçon cl le loi de Navarre : « Oy ( dil-clle vivement), et fiiictcs leur entendre comme à eulx appartient de maintenir le royaulme en pai.v. » Quelques paroles du duc d'Alençon aux députés nioiilrèrcnl bien qu'il n'ignorait pas qu't)n avait suspecté ses desseins. « Je suis bien aise (leur dit-il en les conji;édiant ) , de ce e/ue les choses ont este congncues aultres c/iie l'on avoit pensée » Il n'y eut jDas jusqu'à la reine Blanche', Isabelle d'Autricbe, que les députés n'allassent saluer, quoiqu'il leur en coûtât, car « ce n'estaient e/ue pleurs. » Mais Catlierine l'avait voulu; ils allèrent donc « au lieu où elle estoit; tout y estoit tendu de draps noirs; on n'y voyoit ne ciel ne terre; toutes foys, elle voulul bien qu'ilz parlassent à elle; ilz luy dirent la tristesse que l'on avoit de la mort du roy , et qu'elle se debvoit consoler en ses douleurs. » La jeune veuve désolée leur répondit « en italien ou espagnol » , les remerciant, comme ils crurent, de leur démarche^.
Procédures Dès-lors, dans l'administration de la régente , se
, *^"'I T, reproduisaient les variations, les incertitudes, les
les rebelles 1 ' '
de Nonnaïuiic. faussctés de la reiue-mère. Tout le monde sait l'his-
' Reg. secr. , 21 juin l.j/i.
^ Les reines de France , devenant veuves , s'Iial)i!laiont de hhiuc, et, par ce motif, étaient toujours ap|)cl<''cs Reines lilanches. — Cauiï- Closs. , et D. r.arpentier , 5'/7>/;/., \" 1 , llUincd.
- Rcg. secr., '',1 juin 1j74.
loire du débarquement de Montgomméry sur les cotesdelaBasse-Normandie, et la prise des quelcjues villes de ces parages par les rebelles, les victoires remportées contre eux par Matignon, les traités auxquels il sut les contraindre de souscrire ; l'arrestation du redoutable chef de l'entreprise, qui ne s'était rendu qu'à l'expresse condition d'avoir la vie sauve; il aurait fallu lui tenir parole; cet homme intrépide une fois jeté sur les côtes d'Angleterre, c'en eût été fait à jamais de la révolte dans ces contrées. Le conseil de Charles IX l'avait bien su comprendre. Dans les derniers temps du règne de ce prince , avaient été envoyées à Rouen et publiées en Normandie des lettres-patentes de pardon à tous les rebelles de la province qui mettraient bas les armes ' ; et le Parlement de Rouen avait pris ces lettres-patentes au sérieux, ainsi que les capitulations faites avec Matignon et autres lieutenants du roi. Mais ses députés, de retour de Paris, l'eurent bientôt détrompé. On avait dit, en plein conseil privé,aupremierprésidentDeBauquemare, qu'il fallait que le Parlement de Rouen procédât en hâte contre les rebelles de Saint-Lô , Domfront , Carentan, et autres villes de Normandie qui s'étaient soulevées. Et comme Bauquemare objectait, outre les lettres de pardon , si récentes encore ,
' Reg. secr. ^ 2i mai l.')74.
i:,.1 l'AKI.KMliM DE iNOlîMANDlK.
publiées à grand bruit clans la province, « laciainle de laire cbose qui feiist contraire au service du roy » , le chancelier Birago et la régente s'étaient écriés ensemble, toujours en plein conseil, « cpie l'on eust à procéder, sans avoir esgard ny à lettres patentes j ni aux promesses que les lieutenants du roy pourroient avoir i'aict aux rebelles, si elles n'avoient esté laides du très e,rj)rl's commandement du roy » ( difficile à prouver , on le pense. ) — '■(Allez ( avait dit Birago au premier président) , et procédez contre les vivant z et contre les mortz ' . »
Alors, donc, furent rendus des arrêts en grand nombre, enjoignant aux juges de (larentan, de 8aint-l.o et des autres villes voisines, d'informer contre les reljelles, et de procéder contre les prisonniers qu'on avait faits dans cette petite guerre. Mais tous ces arrêts devaient aboutir à peu d'ellet. E3i.écuiion La veuve de Henri 11 n'avait voulu, au fond , que Moiitgomméiy. veugcr sur Monlgomméry , moins encore tous ses actes de rébellion, que le coup maladroit et fatal qui, en 1559, de reine de France, l'avait fait/r/«<?régente. La tête de ce Normand si remuant une fois tombée en Grève , on vit Catherine laisser aller en liberté plusieurs chefs de nom ( Onittry entre autres) qui s'étaient signalés près de lui; les procédures, en JNormandie, languirent alors; dans les
' Hvg. srcr.. •".) juin I ,i7
Il EMU llî. j.,.,
reiiistres de la Tournelle, on voit un seul homme à Rouen (Jean naullel;rac ) condamné et mis à mort (i pour avoir servy d'espion aux rebelles des villes de Saint-Lo et Carentan» ' ; après quoi , à tout ce lîruit succède le plus profond silence à l'égard des autres rebelles; en un mot, ]Montgomméry n'étant plus, la veuve de Henri II était vengée, et c'en était assez. Le Parlement de Rouen n'était pas étranger à la condamnation de ce grand coupable. Mené au château de (]aen après son arrestation à Domfront , ce fut là cfue son procès fut , sinon jugé , du moins instruit; et à la tête des commissaires que Catherine y avait envovés procéder contre lui, on remarque le président \ ialard , ce catholique ardent dont nous avons eu déjà l'occasion de signaler le zèle emporté.
Il fallait bien, d'ailleurs, au commencement o» donne d'une régence , et en l'absence d'un monarque , .^"^ .
r" l l't'ligionnaires
éloigné pour quelques mois encore, rassurer les iies espérances
^ ^ ^ ^ que l'événement
religionnaires en paix par une conduite modérée, vient bientôt