I.e duc de Mayenne
maigre
sa résistance ,
est salué ,
par acclamation,
gonverneiir de Normandie.
' Beg. du Parhwrjit , Brippnrfs ch'f/s , \ mars lô89.
312 »'AI!I,i;.\li:.M Î)E NOilMAMML.
qui ilz pourroiciit choisir, ils n'avoieiit pu jeter les yeux que sur mouseigncur le duc de Mayenne , |)our la liiandeur de sa maison, expérience singulière au laict des armes, zèle en la reliji;ion, justice et vertu recongneue en luy , au gouvernement de la province qu'il avoit eue en sa charge. » Pouvaiton lui donner moins, « pour la peine qu il avoit etie de venir veoir ceste ville, et y establir le REPOS. » Nos lecteurs n'ont pas oublié la journée du vingt-huit février , ni de quel profond repos on avait joui, ce jour-là, au palais, le duc de Mayenne y étant.
Après le curé Martin Hébert , c'était au duc à parler ; et il faisait beau le voir s'excuser d'accepter ceste dignité t objectant l'accord faict entre les principaulx de l'Unyon à Paris , de ne prendre aulcunc charge ou gouvej-nement que de l'advis des Estats. » Il promettait, du reste , aux habitants « de les assister de sa personne et conseil , comme s'il estoil pourveu du gouvernement, et d'user du niesme soin ; les priant de se reposer sur luy, et se maintenir eji l'alTection (pi'ilz avoient lesmoignée à l'honnenr de Dieu , religion catholique , apostolique^ et romaine , et restablissement de cest Estât. ■') Mais Mavenne avait beau faire. Tous jurèrent « de le tenir pour gouverneur, nonobstant son refus, n'en voulant aulcun aultre. « Le Lorrain complaii sur quchpie choso de mieux (ju un gou-
IIK.NKI III. ;U.J
vernemeiit de province , et non sans sujet ; car ceci Le duc
. , --, , , • I V A de Mayenne
se passait a liouen, le a mars ; et , cejour-la même, institué, à Paris, peut-être à la môme heure, le conseil général . ''''"**^',""îi. .
r ' O gênerai de ILtat
de l'Union, à Paris, conférait au duc de Mayenne ^^ couronne
■^ de France.
« le nom , tiltre, qualité et pouvoir de lieutenant (4 mars i589. ) général de l'Eslat royal et couronne de France ; ordonnant qu'en toutes lettres patentes , actes et expéditions concernant tant le faict de la justice, que de la guerre et des finances , et de tous autres, le nom de ce prince seroit mis et apposé avec le dict titre et qualité, selon la forme susdicte; que, sur les sceaux du conseil , des Parlements et des chancelleries , le nom et l'image de Henri III seroient effacez et remplacez par cette inscription : «Lf sceldu royaume de France. » Tous les Parlements étaient « requis d'accomplir et exécuter ce qui seroit ordonné par le prince, en sa qualité de lieutenant général, pour la manutention de la religion catholique, la seûreté de l'Estat , le soulagement du peuple , la conservation de la couronne à celuy à qui, de droictj elle se troureroit appartenir j pour s'opposer surtout qu'elle ne tombast es mains des hérétiques ; » c'était à dire de Henri de Bourbon , roi de Navarre. Un long préambule précédait cet acte ; et la préface était digne, en tout, de l'ouvrage. C'était une satire sanglante contre la personne de l'infortuné Henri III , et une déclaration de rébellion , en forme , contre son autorité royale.
Le Parlement de Rouen
(lifltTC
long-temps d'einegistrer les pouvoirs
du duc
de Mayenne,
roninie
lieut(^Kint
g('néral
du royaume.
Les ligueurs ,
en armes , vont assiéger le palais, et contraignent le Parlement à enregistrer ces pouvoirs.
( 12 mai 1589. )
Cet acte, accueilli en tous lieux jDar la Ligue , avec transport, enregistré à Paris, en Parlement, dès le 19 mars, c'est-à-dire à quinze jours seulement de sa date ' , avait rencontré , dans la majorité des membres du Parlement de Normandie , un sentiment de répulsion si énergique et si persistant, qu'à deux mois et demi de là, non seulement il n'y était pas encore enregistré , mais qu'il ne paraissait pas même qu'il le pût être jamais. Le conseil de l'Union de Normandie en l'rémissait ; et, s'en prenant à ceux de ses membres qui appartenaient en même temps au Parlement , les accusait de faiblesse et presque de connivence. Ceux-ci , à leur tour ( Monchy surtout et Péricard ) , harcelaient leur compagnie. Mais les menaces , cette fois , n'y pouvant rien , un moyen plus elFicace fut ima- I giné par les factieux , et employé à l'heure môme. Le 12 mai , au matin , comme tous les membres du Parlement de Normandie étaient réunis dans la grand'chambre du plaidoyer, y rendant la justice, un grand bruit de tambours et de trompettes se fit entendre, grossissant, se rapprochant toujours, et devint bientôt si importun que force fut d'interrompre l'audience. Des bandes nombreuses de cuirassiers , d'arquebusiers , de mousquetaires , traînant les canons de l'Hôtel-de-Ville , venaient
De Thon, Histoire uni\erseUe , livre xcsiv
(l'entrer dans le palais, enseignes flottantes, mèches allumées, suivis d'une populace exaltée, qui formait comme l'arrière-garde de cette armée , et dont les vociférations faisaient peur. La grande cour du palais fut bientôt remplie de tous ces hommes de guerre rinigcz en bataille \ Des corps de garde avaient été établis à chacune des quatre portes de cette cour. Mais qu'était-ce ? On en établit jusqu'à cinq dans la grande salle des Procureurs , donnant accès à la chambre dorée du plaidoyer , où les présidents et conseillers étaient en séance ^. En un mot , « la court de Parlement de Normandie estoit assiégée , les chambres assemblées; » ce sont les termes exprès de ses registres^. Quant aux causes de cette héroïque expédition militaire contre des hommes d'étude désarmés, les assiégeants les disaient au peuple, témoin et complice de ces scènes tumultueuses : « L« eonrt (criaient-ils), ne voulant passer à la vériffication du pouvoir de monseigneur le duc de Mayenne , nous venons les y astreindre par force. » Ainsi parlaient ces factieux , ne dissimulant plus , maintenant , leurs desseins. Long-temps encore , le croira-t-on ? au milieu de ce déploiement de
' Reg. secr. du Parlement , séant à Caen , 17 et 51 juillet 1589.
- Mêmes registres.
^ Reg. secr., 17 et 21 iiiillot l.)89.
3(6 l'AKLKMEM DE i\ORMAM)lF..
forces et d'appareils militaires, il y eut des magistrats qui balancèrent , et ne pouvaient se résoudre, «voyant, avec un merveilleux crève-cœur, le service du roy rejette et ung anltre embrassé '. » La fureur du peuple était au comble; il connaissait bien les récalcitrants, grâces au séditieux curé de Saint-\ ivien , Bnret , qui , se démenant dans la cour du palais , répandait à profusion des bulletins indiquant les noms des Iraistres, de ccuix f/ni cstuient suspectz d'estre serviteurs du roy. Ces noms retentissaient dans la cour et dans les avenues du palais , avec des imprécations et des menaces. « Il ne tient qu'à ces régalistes ( criait la foule ) e/ue le pouvoir de monseigneur de Mayenne n'ait jà esté vériffé par la court. » Deux ou trois magistrats ayant réussi à s'enfuir du palais , comme par miracle, on le sut bientôt; et les soldats, brandissant leurs sabres et leurs mousquets , juraient qu'ils les sauraient bien rejoindre". A la vérité , prononcer la déchéance d'un roi , « oster et abolir son nom , briser ses sceaux » , était une chose devant laquelle un Parlement pouvait hésiter et demeurer quelque temps indécis. Même , qui aurait voulu croire les plus intrépides de ce corps, on se serait opiniâtre , le palais allait peut-être devenir le théâtre de scènes
' lieg. serr. du Parlement , st'ant à C.acn . 10 juillet 1589. ' Reg. scrr. du l'arlenieiit . si'miiI à Cani , 17 juillet I.)80.
HENRI III. 3 If
sanglantes , et Rouen n'aurait plus eu rien à envier à Toulouse. Il sembla , au plus grand nombre , qu'une violence si flagrante et si bien constatée , ne laisserait aucune portée à l'adhésion qu'on exigeait d'elle. Le pouvoir de Mayenne fut donc transcrit sur les registres , « en attendant l'assemblée et résolution des Estatz du royaulme\ « Mais on ne voulut jamais consentir que les arrêts du Pailement fussent rendus « au nom du lieutenant général de l'Estat l'oyal et couronne de France. » Et une force majeure ne permettant plus toutefois qu'ils fussent maintenant rendus au nom du roi de France, il fut décidé qu'ils commenceraient par ces mots ; « Les gens tenant la court de Parlement de Normandie » , et que les actes de chancellerie seraient délivrés « au nom des gens tenants la ckancellerye ~ . »
Quant au bris des sceaux royaux, ce n'était pas Lessccauxdaroi chose qu'il fût au pouvoir du Parlement d'empê- sombmes.
11 X On y pfface
cher maintenant ; mais du moins n'y voulut-il point reffigie et le nom
•' ^ ^ de Henri III.
prendre part. Il se trouva là deux maîtres des requêtes factieux (De Bauquemare de Bourdeni et Le Comte de Draqueville) pour l'ordonner, des subalternes pour l'exécuter, des cuirassiers et des . mousquetaires pour empêcher qu'on n'y résistât.
Reg. de Rapports civils , \'î mai lô89. Reg. de Rapports civils , 19. mai I.i89.
;jl8 PARLI'MKM DK iNrHlMANDIE.
Le conseil de l'Union voulait protester contie des modifications qui lui avaient déplu, et demandait que le nom du duc de Mayenne parût du moins dans les lettres de grâce, de rémission et autres semblables; mais sa réclamalion lut sans succès ; et les magislrals, pour loulc réponse, lui disant froidement ^uju' il y avoil arresl » ', il lui fallait bien en passer par là; alors, il osa demander acte de l'enregistrement du 12 mai; acte assez peu concluant, sans doute, et qu'aussi on ne lui refusa pas. Après La tî'agcdic, du reste, n'était pas finie ; c'est la
plusieurs quaiiiication quont donnée les registres du Parlesortanètés ni<?nt aux actes de cette journée mémorable" ; et
ettrainés j^j j^^ y^^ç^^ j^q répoud quc trop bien à la cbose.
aux prisons. i i l
Outré d'un enregistrement si tardif, si incomplet, et fait de si mauvaise grâce , le conseil provincial de l'Union, séant à Saint-Ouen, averti, pendant l'audience, par Péricard et Moncbv, avait envoyé en toute bâte des ordres secrets, qui arrivèrent assez tôt au palais. L'audience finie, l'assemblée séparée, et les magistrats reloiniiant à leurs demeures, la soldatesque et la populace, averties, firent main basse sur plusieurs conseillers qu'avait signalés le conseiP,
' Reg. sccr. du Parlement , .séant à Rouen , 1 j mai t J89.
' 7{eg. secr. du Parlement , séant à Caen , 21 juillet 1589.
^ C'étaient les conseillers La Vache du Saussay , Scdille de Monceaux, Delà Roque, De Croixmare, Moynet de Taucourt, DeGruchet , De Civile. Dans la suite , il y en eut encore d'autres incarcéié.s par les ligueurs.
soit qu'ils n'eussent point voulu voter l'enregistrement, ou qu'ils n'y eussent adhéré qu'à la dernière extrémité , ou eussent , enfin , suggéré au Parlement ces modifications qui déplaisaient si fort. La ville de Rouen put voir alors un spectacle affligeant autant qu'étrange. Sept conseillers , revêtus de leur toge , et le commis-greffier de la grand'cliambre avec eux, environnés de gardes, traînés aux prisons; et qui conduisait la marche? Monchy , Péricard , conseillers eux-mêmes, jjrêtres, chanoines de la métropole. Cette horreur devait leur être reprochée bien long-temps; et pouvait-elle l'être jamais assez? Plus d'une fois, dans la suite , les deux prêtres magistrats devaient s'entendre dire, en plein Parlement , par leurs collègues : « Vous avez esté nos prévosls, qui nous avez mené prisonniers^ » — a S' il y a eu^en cela, de /a Justice (ajoutaient-ils) , Dieu le cognoistj et en fera la raison. » — « Si justice ne m' est faicte de cet emprisonnement ^ pendant que je seray en ce monde ( disait un jour un autre en opinant dans un procès) , Dieu me la sçaura bien faire '. » Par l'ordre du Parlement , les conseillers Paixde-Cœur, Puchot et Busquet de Caumont, sortant du palais en hâte, s'étaient élancés à la suite de leurs collègues qu'on entraînait; leur faisant
' Reg. secr. du Parlentent , séant à Hoiien , 19 juin 1J93. ' Reg. secr. du Parlement , séant à r.oiicn , 13 octobre 1 j92.
3r?o i'Ari,i;mi:m dk normandik.
pour ainsi dire, une escorte d'honneur, résolus à ne les point quitter s'il élait possil)le; et longtemps, en ellel, «ilz refusèrent de les abandonner, pour quelque occasion que ce feust » , jusqu'à ce qu'enfin, la force s'en mêlant (car elle se mêlait maintenant de toutes choses) , on leur dit que « tout cela avoit esté faictpar l'ordre du conseil général de Illusion rUnyon , pour la scûreté des magistrats mis en ar-
drs grandes { i t • > • • • • • t
promesses vest. » La J^iguc u avait pas toujours lait assiéger > ii.'/la"y'MÎe^ les Parlements, et jeter leurs membres dans les .-.nx P;uiemenis. cachots. Euavril 1585, lorsqu'elle en était encore à les flatter ponr les gagner à ses desseins, « Aous prenons surtout les armes ( avait-elle dit dans un de ses Manifestes ) pour que les Parlements soient remis en la plénitude de leur connoissanee , et en l'entière souveraineté de leurs jugements, ehaeun en son ressort. ' » Aujourd'hui , elle n'en était plus là , et l'on avait fait bien du chemin en quatre ans. Le Parlement Le couscil de l'Uniou était le maître, maintenant,
denianile, ^ , p m ^ ci- >m /• n •
avec instance, maître ombragcux, lacile aoUenser, et qu il ne lallait lamiseeni.berté j^^^ espércr de iléchir. Il ne feignait pas de dire,
de ses nienujres II P r '
incarcérés, haut etsouvcnt , qiic tout s'était fait par ses ordres;
et n'est point
écouté. et il n'écoutait guère des députés du Parlement qui venaient sans cesse à Saint-Ouen, lui demander, en termes assez humbles, la délivrance de leurs
' Reg. secr. du Parlement . séant à Rouen , l.'t mai 1 j89. '' Mémoires île la Ligne , tome i , p.'ii^f .')() , édit. in-4°.
IlEiNni III 351
collègues incarcérés. Combien, toutefois, leurs prières étaient pressantes ! « Pour raison de l' absence des sept prisonnyers (disaient-ils), nous ne sommes plus en nombre pour faire arrcst, ny entrer en délibération d'a/faires d'importance et de conséquence. Cela va retarder le bien de la justice. » Ils priaient qu'on mît les prisonniers en liberté, « ou, à tout le moins, e/u'on leur fist ressentir de quelque gratification jMM. qui estoient restez libres s'oITrant de les prendre en leur garde. » Mais on éconduisait toujours ces députés, tantôt sous un prétexte, tantôt sous un autre. On avait à délibérer sur les affaires de la guerre , sur des lettres reçues , sur des affaires de grande conséquence ' ; toutes choses pressaient en un mot, hormis la légitime satisfaction demandée par un Parlement de France, et la mise en liberté de sept magistrats incarcérés au mépris de toutes les lois du royaume! Le maître des requêtes, Bauquemare de Bourdéni (du conseil de l'Union), étant venu un jour au palais, le président Anzeray de Courvaudon le pressa vivement de demander au conseil la liberté des prisonniers. « Dictes-leur (ajoutait ce président) de traicter Messieurs du Parlement en telle façon qu'ilz puissent en liberté rendre et administrer la Justice selon leurs consciences, et
Bef;. Sfcr. du Parleiueut , séant à Rouon , 10 mai 1,')80. ni. 2i
3T.). l'Al'.I.EMF.XT ni' NOIiMAXniF..
HOU il /' appel it et rollontc <l\tiutnis p(irlictilicrs\ » Losavocals du roi Thomas de Ycrdiin ot Vauquelin de Mébcudiii , ne venaient ])liis anx audiences; et on ex])liqiiait leur absence « par quelque espouvanle et craincfe qui les avoit causez de ne venir au Palais. » Le commis-greffier Godefroy, arrêté avec les sept conseillers suspects, fut bientôt amené du Yieux-Palais à la Conciergerie , et eut la permission de travailler, de jour, dans luie salle du Palais, à dresser des arrêts dont lui seul avait les notes, et (ju'attendaient impatiemment les parties; puis il redescendait le soir dans les prisons'. Long-temps, le Parlement ne ])ut ol>tenir autre chose du conseil de l'Union , qui en voulait gros aux magistrats incarcérés, et qui, bien loin de faire mettre personne en liberté, faisait arrêter chaque jour des bourgeois, des chanoines^, des hommes de toutes les classes, sous les prétextes les plus frivoles, j^es prisons regorgeaient. « Il n'y avoit chambre en la conciergerie, où il n'y eust Durs cinq ou six prisonnyers ^. » Les sept magisti-ats
traitements a , ? i ,i C» • • i ' , > C <
quVssuioDt arreles le Iz mai , avaient ete entermes , ceux-ci les luagisiiats ^^ clialeau (Ic Bouvi'euil , ceux-là au Vieux-Palais,
incarcérés.
' Rcg .sccr. , la mai 1J8Î).
« Reg. sccr., 12 et 13 mai );")89.
-* Reg. capit. Ecctc.t. rothniu., 10 mai et 1?. août I.S.Sil.
■i Rrg. .sccr. du Parlement séant à lîoueu , I j mai 1689.
IIJ'KRI III. ,-{-);(
OÙ furent bientôt conduits d'autres membres du Parlement qu'on tenait aussi pour suspects. Ils y restèrent, les uns plus, les autres moins de temps, à maies aises sous /es voulles ^ , sans que personne les pût voir , même leurs parents les plus proches ; et lors qu'enfin on voulut bien les en laisser sortir, cène fut qu'à la charge de fournir de lourdes cautions, ceux-ci mille écus, ceux-là deux mille et plus encore, outre d'énormes contributions levées sans cesse pour le bien de l' Union. En un mot , « c'esloit une commutation de prison^, et non ung eslargissement". » L'un d'eux (le conseiller De Brinon ) « estant tombé malade, en danger de mort » , obtint, à grand peine, sur l'attestation de deux médecins, ligueurs forcenés, d'être transféré du château en sa maison , où il fut gardé long-temps nuit et jour , par des soldats nourris à ses dépens, et qu'il était contraint de payer tous un quart d'écu par jour ; encore avait-il fallu , pour cela, une décision solennelle du conseil de l'Union ^ . Ces magistrats obtenaient-ils, dans la suite, la permission de sortir de leur demeure , c'était sous la surveillance spéciale de c[uelque acharné ligueur; la ville leur était
•' Reg. secr. du Parlement , séant à Caen , 2 avril 1590. ^ Reg. secr. du Parlement , séant à Caen , 21 juillet l.')89, 1 j octobre 1593.
' Reg. secr. du Parlement , séant à Caen, 14 juillet 1580.
324 l'AlirKMEM DE NORMANDIE.
donnée ponr prison , avec défense expresse d'approcher des porles et des murailles. Il v avait péril de mort pour ceux qui tenteraient de s'évader; a et ilz estoieut lousjours curieusement observez en toutes leurs actions et déportemens. » Long-temps il leur fallut subir ainsi « les cruanlléz, violences, oppressions et tyrannyes dont les rebelles usoient à rencontre des gens de bien et bons serviteurs du roy ' . »
11 y avait dans le Parlement bien d'autres magistrats que la Ligue n'avait point fait incarcérer, quoiqu'elle les tint, à bon droit, pour suspects. Demeurés libres en apparence, mais épiés dans tous leurs mouvements, pour eux aussi la ville était une prison dont il ne leur était pas permis de franchir le seuil. Quelque temps il leur fallut feindre, venir au palais s'associer à des mesures qu'ils détestaient; puis, quand ils avaient réussi à endormir leurs geôliers, ils finissaient par trouver , tantôt l'un, tantôt l'antre , les moyens de s'enfuir. Le président Si Ics trois présidents à mortier étaient demeurés
à )iioitier \ t> ^/'li 'i l i'
LeJimici '^ llouen après broulart , ce n est pas que lein* dedeLisoics, voùmeut à la cause royale fût douteux. Mais il leur
hostile -J
:i la Ligue, avait semblé (rue le Parlement parviendrait à maî-
par les ligueurs, triscr Icsfactieux , et à conserver la ville à Henri IlL
L'illusion ne dura guère, et on la leur fit durement
' Ixeg. sfcr. (lu ParleDunt , sôaiit à C.aen , "> avril làOO.
expior. Nous les avons vus, le 28 lévrier, Mayenne étant là , jurer fidélité à la Ligue qu'ils détestaient; et Le Jumel de Lisores, le Tableau de l'Evangile dans les mains , présider en frémissant à cette scène de sacrilège et de paijure. Il s'en expliqua , du reste , à l'heure même , en termes si énergiques , que , ne l'osant point incarcérer (ces excès n'avaient point cours encore alors, et le conseil de l'Union n'existait pas) , les Ligueurs bannirent vite de la ville un homme si hostile, si influent, et qui les incommodait si fort, en sorte qu'il n'assista pointa l'enregistrement forcé du pouvoir de Mayenne \
Toutefois, ils ne craignaient rien tant que de Le présidem voir le Parlement demeurer sans présidents, près- ' Bretei sentant bien que cela ôterait tout crédit à un corps <ie(^'é"ionviiie
••■ ^ parvient
dont il leur importait tant de se servir jîour le succès à s'enfuir. de leurs desseins. Aussi, le président Bretel de Grémon ville avait-il long-temps, mais en vain, épié, l'occasion de s'enfuir; elle s'oflrit, enfin, la veille de Pâques, au soir, comme il se promenait près des remparts ; et , à la faveur de la nuit , il put gagner, à pied, son château de Grémonville en Caux".
' Eeg. secr. du Parlement , séant à Caen , 4 août 1589.
* Dans un j orte-feuille da cabinet des manuscrits , à la liihliothoque royale, se trouve une vieille gravure , que l'on ne peut regarder sans sourire. Le dessinateur a voulu représenter les membres du Parlement de Normandie, partant pour Caen. On les voit, réunis en grand nombre , revêtus de leurs robes , et des carrosses
326 l'A 11 LE M 11. NT DE NOKMAMHE.
Le président Anzcrav clc CourvcUidou , moins heureux, vit,
à mortier i a c% • i t\ •
Aiizor;iy Ic 12 iiiai . le Palais de Justice assiéji;é par les so\s'enfuit dats, présida avec douleur a I enregLstrement iorce
re^-ct,idesarobc. j^ pouvoir dc Mayenne, signa l'arrêt, vit traîner SCS collègues aux prisons; mais, presque aussitôt, trouvant des ressources dans son profond désespoir d'avoir vu ces odieuses scènes, et eu un rôle dans cette Iragcdlc j trompa, euHn. une vigilance qui toutefois n'avait jamais «'té plus active. Sorti de la ville, en longue robe, sous prétexte de se promener dans les jardins voisins de la porte Cauchoise , il marcha toute la nuit, se cacha quelque temps .-, chez des amis , puis alla s'embarquer à Harfleur. En ' fuite depuis un jour ou deux sans qu'on s'en doutât
' '' dans la ville, excusé au palais comme retenu chez lui par une maladie, enfin, la vérité fut connue, et il fallut que la Ligue se contentât d'un Parlement sans présidents. Plusieurs conseillers avaient précédé les chefs de la compagnie; et bien d'autres sortirent aussitôt que l'occasion le permit. ^
dans lesquels ils se disposent à monter. L'inscription est ainsi conçue : « Fa'drris advcrsùs Henricuin IF à principibiis initi odio , senatus , urbe relictd , spon/è Cadomum recedit , 1589 ». — D'abord, c'est sous Henri III qu'eut lieu J'émigration des magistrats royalistes ; et puis , la Ligue n'était pas d'humeur à les laisser partir si à l'aise , et monter en voiture , au conspcct de tous, comme gens (jui vont faire des visites ; ajouterons-nous «ju'alors il n'y avait guère de carrosses ?
' Heg. secr. du Parirniriit . séant à Cacn , :>0 fév. et 13 avril IJOO.
Un devoir impérieux leur en imposait Ja loi, les Henriiiiiévoque
, , , . les Parlements
Parlements des villes rebelles n étant plus rien établis aux villes maintenant, et Henri III, par un édit donné à Blois, ^1,^^ uan!fère dès le mois de février, les ayant révoqués, eux et ^'='"* ^les villes
'' ^ demeurées
toutes les juridictions étal)lies dans les villes qui fuièics.
, , . 1 i> • t 1 y t { Février 15S9.)
avaient secoue le joug de 1 autorité royale, et s e-
taient déclarées pour la Ligue.- Au Parlement de Le Parlement
, . de Normandie
jNormandie, comme à celui de Pans, comme aux ^g, t.ansféré
■ / iT» tiT»i 1„ de RoucnàCaen.
autres ( ceux de Kennes et de Jiordeaux seuls exceptés) , avaient été ôtés ses pouvoirs. Les officiers et justiciers , exerçant charges à Rouen et dans les autres villes rebelles de la province, avaient été, « pour leur félonie et rébellion j, déclarés déchus de leurs estais, offices, honneurs, pouvoirs, etc. » C'était frapper d'interdiction tous les magistrats ligueurs que cette compagnie renfermait dans son sein. Après quoi, et en février encore , la Normandie ne pouvant demeurer sans cour souveraine de justice , Henri III , par des lettres patentes , transférant le Parlement de Normandie à Caen, ville demeurée fidèle, avait enjoint à tous les magistrats de Rouen de s'y rendre, dans un délai qu'il fixait, pour y exercer leurs charges comme ils avaient fait, jusque là, dans la capitale de la province. Les magistrats de Pvouen , ayant eu avis des édits , malgré tout ce qu'avait fait le conseil de l'Union pour les empêcher de les connaître, quel n'était pas l'empressement des royalistes à sortir d'une ville où avait d'ail-
328 PARLEMENT DE NORMAMJlK.
leurs tant àsouflVir tout ce qui s'obslinaità aimer le devoir et l'honneur! Par malheur, il n'était pas aisé de s'enfuir , nul habitant, (et les magistrats plus que tous les autres) , ne pouvant s'absenter sans un congé exprès du conseil piovincial de l'Lnion. Le Parlement Lcs émiprrations continuant toutefois, quoique
tic IVorrnaii(iie •* ^
sons le joug chaque jour plus difficiles, à la fin, il ne resta plus
de la Ligue. \ s t» i • i > i t •
guère a nouen que les magistrats vendus a la Ligue, et d'autres séduits par elle , avec quelques-uns de ces hommes trop faibles ou trop timides pour oser résister au parti qui domine , surtout s'il se montre violent et se fait craindre. Les auteurs du temps traitent à'anti-Parleiucnls ces agrégations sans caractère légal et sans pouvoirs '. A Rouen, cette compagnie informe, décimée , sans chef, sans présidents, sans avocats du roi (tous deux s'étaient enfuis) , sans greffiers en chef ( il ne restait que des commis), continua de se qualifier elle-même de ParlementdeNormandie, malu^ré les édits et lettres patentes qui l'avaient révoquée. Nous donc, aussi, puisqu'elle le veut, qualifions-la Parlement, mais Parlement de la Ligue. Ce Parlement, en effet, était bien à la Ligue, lui qui, contre la nature de son institution , au lieu de relever maintenant de l'autorité royale , source unique de toute justice et
' La liOche-FJavyn, Trèze Livres des Parltiucnfs de France, liv. i, (liap. 20 , 11° 4.
de tout pouvoir judiciaire , recevait la loi du chef de la Ligue et des conciliabules que ce prince rebelle avait crocs pour mieux étayer sa puissance ! usurpée. Ces magistrats, naguère si regardants, et I si fiers avec le grand conseil ^ le conseil prive ^ les chanceliers de France, que dis-je? si dignes, et à bon droit , avec le roi lui-même , il leur fallait relever humblement aujourd'hui , et d'un prince de second ordre, et du conseil général de l'Union, séant à Paris, et du conseil provincial de l'Union, séant à Rouen, deux bandes de factieux appliqués sans relâche à leur prodiguer les mépris et les affronts ! Ils devaient porter long-temps et durement la peine d'avoir rejeté l'autorité royale , leur source à la fois et leur égide , pour faire un pacte honteux avec la rébellion, qui fit d'eux ses instruments passifs et ses esclaves.
A Rouen, le conseil de l'Union fut tvrannique Tyrannie
■' du Conseil
au-delà de ce qu'on pourrait dire. Nous avons vu, de t union
lie»' 1 1 Tt 1 f. r de Rouen.
le 12 mai , sept membres du Parlement arrêtes par Les magistrats ses ordres et ietés dans les cachots. Il y en eut bien iiguei"s
•> .' en souillent
d'autres encore. Des conseillers, favorables à la les premiers. Ligue au fond , mais mal voulus des énergumènes, des Monchy , des Péricard, se voyaient en butte à mille outrages, et exclus du palais, avec défense absolue d'y venir siéger désormais. Les conseillers Puchot , Voisin , Sédille , De Boisivon , d'autres encore , furent suspendus ainsi par le conseil de l'U-
330 PARLEMElNT DE NORMANDIE.
nion; quelques-uns contraints môme de quitter Rouen , « n'estant lors agréables à aucuns qui avoycnt plus de puissance qu'eux dans la ville. ' » Le Parlement, ainsi humilié dans la personne de tant de ses membres, n'avait dit mot en les voyant , exclure, et n'osa les rappeler que long-temps après , ' à une époque où , leur présence étant devenue indispensable pour que l'on lût en nombre , les meneurs du conseil provincial de l'Union n'avaient j plus rien à dire. '
Le Parlement Cc simulacrc dc Parlement aurait bien voulu voir
delà Ligne ^ i) i i • i i i / ,• •
fait (les renaître 1 ordre , lui dont la delection avait tant con-
montrances, .m ' ^ i i 'i • ni i •. i • ,•
et n'est pas ii'''^i^<^' » le detiuirc. Il demandait « que la justice feust restablie en sapristine splendeur, etobéye;» que les prisonniers sans nombre faits depuis les barricades j fussent mis en liberté s'ils étaient innocents , punis s'ils étaient coupables; « que l'on rappelast les habitants qui s'estoient absentez par espouvante; qu'ilfeust defl'endu de présenter requestes au nom du peuple, sans estre bien advoué' » ; que l'autorité du Parlement fût maintenue , les privilèges de ses membres respectés; qu'il fut interdit aux gouverneurs, capitaines , chefs de guerre, de s'entremettre du fait de la justice \ Cette cour dé-
remontrances
t n'est };
écouté
' Beg. secr. du Parlement , séant h Rouen , 19 juillet lô93. " Reg.de rhàtrl-de-ville , du 29 mai 1589.
' Remontrances du 8 juillet lô9l , dans le Reg. secr. du Parlement, séant à Rouen (1593).
IIEMII III. 331
chue faisait bien d'autres demandes encore ; mais les meneurs la laissaient dire , et n'en faisaient qu'à leur "ré. Une occasion s'étant bientôt offerte de Le Parlement
ligueur juge
rendre tout rapprochement impossible entre ces et condamne
les âiitcnrs
magistrats et le roi de France contre qui ils s'étaient jç tiiverses révoltés, l'empressement des ligueurs fut grand ^^'tentées*^^ à la saisir. Henri III, cherchant à reconquérir son p""'" rétablir
■*• dans Rouen
royaume et par la force des armes et par les intel- l'autorité royale, ligences qu'il pouvait se ménager dans les villes révoltées, un complot avait été tramé entre le duc Conspiration
. . dite du maUre
de Montpensier, gouverneur légitime de la pro- ,ies Troisvince , et plusieurs habitants de Rouen , pour intro- , ^^■^^^^'J^ ) duire dans la ville ce prince et ses troupes.
D'Ambray de Montigny, De Canoùville, d'autres notables encore, étaient à la tête de l'entreprise; mais il leur avait fallu , par malheur , y admettre des subalternes; un procureur de la chambre des comptes, nommé Charles Petit; Ricard , soldat du \ieux-Palais; Sourdon, fils d'un tailleur d'habits; l'huissier Antoine Pasquier, collecteur des tailles, lieutenant d'une compagnie de bourgeois ; c'est ce maître de l'hôtellerie des Trois-Saucicrs ' , que nous avons vu, au commencement des troubles, marcher si échauffé à la tête des rebelles, se saisir de l'hôtel de ville, et se faire rendre par Carouge le
' L'auhcrgc des Trois-Sauciers était située sur rEau-dc-Piobec. {Registre du cliapitre de Notre-Dame de Rouen, 21 septembre 1644.)
:j;{2 PARLliMLNT DE XORMANDIE.
Yieiix-Palais el le chàleaii. Peut-être avait-il à se plaindre de la i.i^ne , (jui ne l'avait point assez récompensé de ses services. Quoi qu'il en soit , il travaillait aujourd'hui à anéantir son propre ouvrage , et la cause royale n'avait pas d'agent plus dévoué. Par malheur, le secret avait été mal gardé; des lettres lurent interceptées'. Des conjiués, enfin, (Jacques de Crétot entre autres" ) , éventèrent la mine; l'allaire, en un mot, était manquée. Aussitôt, de nomhreuses arrestations eurent lieu; quelques hommes compromis se tirèrent de peine en disant ce qu'ils savaient; et on connut alors tout le mystère.
Le jeudi, 8 juin (jour de l'octave du Saint-Sacrement), au haut de la tour de \aG?yissC'Horloge, devait être arborée une énorme toufl'e de laine de plusieurs couleurs, et qu'on pourrait apercevoir de loin. A ce signal, le duc de Montpensier, posté à une assez faible distance , devait entrer à la tête de sept à huit cents cuirassiers ; la cloche de la ville sonnerie tocsin à coups répétés ; nombre d'hommes armés mis en garde sur la plate-forme, avec leurs arquebuses, baissées et tendues, défendre les approches de la tour du Belfroi ; Montpensier , cependant, s'emparer du château, du Yieux-Palais, de
' Beg. secr. du Pdiieinent , séant à Rouen, G juin lo89. - Reg. secr.du Paiiement séant à Rouen , 23 août 1J89.
l'bôtcl de ville, et bientôt, sans doute, de la ville tout entière '.
On a vu comment l'entreprise avait manqué. Canouville et D'Ambrav, cliefs du complot , étant parvenus à s'enfuir, la Ligue tenait du moins quelquesuns des coupables. Le procès fut instruit en hâte, de concert avec le conseil général de l'L nion j par deux conseillers, ligueurs déterminés, qui, déplus, appartenaient eux-mêmes à ce conseil. Ce fut ensuite au Parlement à jouer son rôle ; et la Ligue ne se possédait pas d'aise de voir une des premières cours souveraines du royaume, engagée naguère par serment à Henri m, prête aujourd'hui à entrer en jugementde mort avec des malheureux dont tout le crime était d'avoir voulu rendre à ce monarque une de ses villes que la révolte lui avait enlevée. La Ligue, qui naguère tenait dix ou douze conseillers sous ses verroux, ne se souciant que la compagnie demeurât ou non en nombre suffisant pour rendre la justice , on vovait aujourd'hui qu'à son gré il n'v aurait jamais, ce jour-là, assez de juges présents au palais; car il ne fallait pas que le Parlement ligueur ne fût compromis qu'à demi. Plusieurs conseillers avaient fait mille efforls pour qu'on excusât leur absence ,
Le conseil
de rUnion
contraint
tons les
membres
(in Parlement,
demeurés
à Rouen,
à venir an palais,
prendre part
an jugement
des fauteurs
de la conspiration
royaliste du maitr-e des Tro is-Sauciers.
' La Thraïson descoiiverte , des Poli ticq lies de la ville de Rouen , contonant img Discours véritable de ce qui s'est faict et passé en la flictc ville le mcrcredy 7 et jeudy S de ce présent uioys de jiii» (lo8'J). ln-12 , Paris.
334 PARLEMENT DK NORMANDIE
mais sans pouvoir se lairo ('cout(M'. Sctnoîis par des huissiers, inliniicl('spar(r('neri;i(pics menaces, traînés , presque , au palais où allait s'accomplir l'œuvre d'iniquité, l'œuvre de sang, on les vit enfin venir s'asseoii' à leurs places, sur leurs bancs de douleur, non moins pilles et défaits que les accusés qui étaient là tremblants devant eux sur la sellette '.
La Ligue , on s'en souvient , s'était vantée naguère de prendre les armes pour « que les Parlements fussent remis en la plénitude de leur connoissance et en l'entière souveraineté de leurs jugements "" » ; c'est ainsi (ju'elle tenait aujourd'hui sa Pendant promessc. Lc fait ayant été une fois bien défini
le jugonicnt , . , , . , \> ri' • ' i •
la populace, cvitHC (le traliison , et 1 allaire étant trop clan-e pour attroupée cfuc , daus uu Parlement liu;ueur , il pût s'ouvrir
dans la cour 1 •' o ' X
du palais, dcuxavis, la populace allroupée dans les salles et
vocil'èi'e ,
et menace daiis Ics avenucs du palais, n'était pas d'humeur à trop lents soulfrir qu'ou pardonnât à ces traîtres j ainsi qu'elle asongie. j^^, aj^pclait; et comme il fallait du temps au rapporteur pour expos^u" au long à la compagnie une aflairc surchargée de tant de détails, cette multitude perdait patience; et il n'y avait vociférations , injures et menaces rjue des hommes apostés ne poussassent sous les fenêtres de la grand'chambre, impatients cju'ils étaient de voir traîner les accusés
' Rcg. secr. , 7 acsùt 158i».
' Mémoires de la Ligne, tome I , \y,\iiv. 'M\.
! au supplice. « // .s^ fuult (disaient-ils) {uhrsscr aux I juges, et non aux accusez , puisf/u'ilz n'en font jusj tice'.» L'arrêt de mort si désiré fut enfin prononcé Magistrats
nicilticl6S
contre ces martyrs d'Estat, comme les appela ae saisissement, ; Henri 1\ "; mais non sans de grandes angoisses dans .''""^
j ' PO avoir pris paît
' l'ame de deux ou trois magistrats fidèles , empêchés " ce jugement, jusque-là de s'enfuir, et que la violence seule avait pu faire s'asseoir, ce jour-là, parmi les juges. Le conseiller Piperey de Marolles (entre autres) avait «conçeu telle fascherie en son esprit » d'avoir participé à ce jugement de mort, que, saisi de colique et de fièvre, à la sortie dupalais, «il fut plus de quinze jours en danger de mourir^. >> Il ne s'en remit plus tard qu'en contribuant activement à faire absoudre Sourdon , autre accusé du même complot, et dont, toutefois, le procès avait été diiléré quelque temps. L'affaire de ce prisonnier n'était pas moins claire que celle du procureur Petit et du maître des T rois-Sauciers ', et, contre lui aussi, le procureur général De la Porte de Montagny, ardent ligueur, n'avait pas manqué de conclure à la mort. Mais , grâce à Piperey et à quelques autres conseillers royalistes, la preuve fut déclarée « moins que -
deuement faicte» , et ce malheureux fut arraché à l'échafaud , qu'il avait vu de bien près.
' Bcg. secr. du Parlement loyttUste , sûaiit à Cacii , s août ijSi).
^ Eslicnne Pas(|uier , livre xx , Jettre troisième.
^ Reg. secr. du Parlement , séant à Cacii , 4 août I J8'J.
336 l'ARLKMENT DE NORMANDIE.
Henri III Ouoi qu'il (Ml soil , c'cii ('lait fait à jamais entre le
soimnc, en vain, -p, , i i t- tt -tit t m i
la ville de Rouen 1 aiiemcDt clclaLigue et Henri 111. Lorsqu a peu de
«le lui ouvrir , i i ^ i n • i.
SCS portes Icmps de 11, le malheureux monarque vint sommer Rouen de lui ouvrir ses portes, force fut à cette compagnie d'applaudir au refus qu'en fit le conseil de l'I nion '. 11 y avait encore là quelques ma- H gistrats qui se souvenaient de rann(^'e 150*2, où Charles IX , lui aussi , sommait la ville de Rouen ( alors au pouvoir des huguenots) de le reconnaître , de lui ouvrir ses portes, et où tout le Parlement, réuni à Louviers, S(''vissait avec tant de rigueur contre les Français rebelles à l'autorltti royale! Les temps (''talent bien chang(''S ; la rébellion avait pass('; d'un camp à l'autre. G'(jtaient les ardents catholiques, aujourd'hui, qui agitaient r(itendard de la rc'volte. Qu'allait-il arriver, toutefois, si Henri III parvenait, comme naguiî^'re Charles IX son frè're, à se faire reconnaître , à entrer dans Rouen par la i brèche? Que deviendraient alors les magistrats qui avaient prononc(i la d(ich(!'ance de leur roi , brisé j ses sceaux, fait mourir ses serviteurs fidèles, reconnu, enfin, et proclamé un autre maître?
La nouvelle Nul doutc quc Ics luagisliats ligueurs ne fussent
de la mort . , , ., . , ,, .
de Henri III G» proïc a CCS peiisecs , et lort en peine de 1 avenir, ^'Tn-n'sp^rtr"' lorsquc l'avocat Jean de la Faye , un de ces nou-
qu'eiie exeite ycaiix Capitaines no)niii(\^ par le peuple , eV forcené
parmi A i i i les ligueurs. .
' Beg. sccr. du Parleniciit , séant ;i Caon , 30 juillet 1589.
HENRI m. 337
ligueur, vint en hâte au palais, apprendre à tous une nouvelle que nul assurément n'aurait jamais pu prévoir. Il était tout transporté et hors de lui, « Baisez-moy , mes ainys , (criait-il) baisez-moyj et me donnez bonne rescompense pour les bonnes nouvelles; le tyran est mort ! » — «Et , en signe de resjouissance , il fist apporter du vin dans la rue , à la multitude, accourue en hâte à sa voix , et qui se mit à boire avec lui '. » La nouvelle était véritable. Déjà , par l'ordre du chapitre , l'énorme cloche de Georges d'Amboise tonnant en signe de joie , des processions se formaient et allaient sortir, «pour donner louange à Dieu de la mort de Henri de Valloys". »
Les processions, avec elles les prédications , sur- Démonstrations tout les actes fréquents de rigueur contre les hu- processions' guenots , et môme contre les catholiques suspects, '^^ p^mtents,
^ 11' sermons,
c'étaient les grands movens de la Ligue pour ga- prodigués gner les masses et leur laire croule que la gloire pour éblouir
dl !• • 'i. 'i. 1 M • TV 1 l«s catliolioHPs
e la religion était son mobile unicrue. Dans les „, , , '
~ 1 et les gagner
derniers temps, ce n'avaient été, chaque année, à 'a Ligue. à Rouen comme à Paris, que processions de pénitents blancs j de frères de sainct Hiérosme ^ parcourant les rues, la nuit, les pieds nuds, et murmurant je ne sais quels chants lugubres; partant de Notre-
' Reg secr. du Parlement de Normandie ^ 8 mai 1598. - flpj. cajnfnl. Eccles. rothom. , j août 1 j89.
lit. 22
Dame, le soir , pour y rovenlr à minuit , après avoir visité sept églises ' . Démonstrations hypocrites, alfectées uniquement pour tromperies simples; réunions séditieuses, cpii n'allaient qu'à avancer les affaires de la Ligue ! Les registres capitulaires de l'époque ne parlent pas d'autre chose. Ils mentionnent aussi les sermons que venaient faire à Rouen, Gninceslre , Lucain, llose, évêque de Senlis, Feii-ardent j,?,\h\en nommé, tous ces énergumènes, en un mot, qu'à Paris, la Ligue même s'était, à la fin, lassée d'entendre". Ces harangues furibondes exaltaient la foule imbécile , mais moins toutefois encore que les sermons en italien , qu'ils n'entendaient pas , où néanmoins ils couraient en foule; écoutant avidement ces sons inintelligibles pour eux, et applaudissant de confiance^. On célébrait des anniversaires, «en action de grâce de la réduction de la ville de Rouen, qui , en octobre 1562 , avoit esté prise par le roy Charles IX , durant que Montgomméry la lenoif*. » Aveugles, qui ne voulaient apercevoir dans cet événement que la confusion de la réforme, et se refusaient à y voir
' Reg. capitiil. Eccl. ivthom., 14 avril, 10 décembre 1588; ?.'» mars 1689.
=" Beg. cnpititl. Eccles. rothoin. , CiSO , 1,".90 , 1 J9I , 1.)9T , passiin. ■'' Rcg. capital. Eccles. rnthom. , 10 avril 1;")89. ''' ISeg. capital. Eccle.1. rothnw. , 2i octobre 1)9.1.
nEMii III.
la victoire de la royauté sur la révolte , et le châtiment rigoureux auquel doivent s'attendre des rebelles?
Venaient, enfin, les rigueurs contre lesreligionnaires 3 bien humbles, maintenant, on le conçoit, sous la tyrannique domination de leurs ennemis acharnés. Mais ces rigueurs plaisaient tant à la populace , et lui donnaient une si haute idée du catholicisme de ses nouveaux maîtres ! Le pays de Caux , surtout, fut en butte à des inquisitions poursuivies sans relâche. On avait, d'ailleurs, des vengeances à exercer. Vers Cany , vers Montivilliers , nombre de gentilhommes avaient fait difficulté de prêter serment à la Ligue. Dans la vicomte de Monlivilliers, qui en comptait tant, cinq seulement avaient pu s'y résoudre. L'exemple du plus grand nombre avait été contagieux. Sur les cent soixante paroisses de cette vicomte , il n'y en avait quesixoùquelqueshabitants,enpelitnombre, eussent bien voulu signer ce formulaire. Beaucoup de magistrats avaient mieux aimé abandonner leurs sièges que de trahir à ce point leur devoir et de fausser leurs serments '. Bref, le pays de Caux était suspect à la Ligue, qui, aussi, se mit à poursuivre les religionnaires , non plus, à la vérité, pour en
Nouvelles
rigueurs
contre les
religionnaires.
' Reg. du Parlement,^ v^il^ nvàYf. ,\id\Y\\, 18 mai, 14et22jiiin, 3 octobre 1589.
faiie , comme nagiiorp, des autodafés; ce n'était j^lus le ttMiips de c(\s ])rùlemeiils; les huguenots en étaient (juiltes. la plupart , pour des al)jui'ations publiques , des amendes honorables , à genoux , la torche au ])oing, à la grand'messe, dans les é2;lises de Montivilliers, deCaudebec, et dans cent autres; puis, ensuite, on les fouettait nus de verges sur les places et dans les marcliés; et, sous huitaine, il fallait aller à la messe, ou sortir du royaume '. On ne saurait croire combien de religionnaires, du pays de Caux surtout, furent ainsi traités à cette époque. Mais, à l'égard de quelques-uns, on usa de plus de riguein\ Les opiniâtres, condamnés sans pitié au dernier supplice , virent , non plus s'allumer des bûchers, mais se dresser des potences; un nommé Vaulard (entre autres), de Montivilliers, « pour crime d'hérésie , et estre pcrlinax dans son opinion, et n'avoir voulu faire profession de la religion catholique , apostolique et romaine » ; le Parlement l'envoya au supplice; il y envoya aussi Jacques Le Comte, sieur delà Morie, «pour crime d'hérésye, ctn'estre sorty de France, suivant les édictz faictzpour VUnyon de cei'ovaulmc en l'église catholique, apostolique et romaine'. »
' Reg. du Par/cnic^t de la Ligue , l'i , 20 juin 158'.) , eî; nutrcs , passim.
' Reg. 2C juin i:.89.
IIEKRI III. 341
Ainsi, les durs et funestes édits de 1585 et de juillet 1588 portaient enfin leurs tristes fruits!
Encore n'était-ce pas assez de se dire catholique Vexations
envers les
et de garder des dehors. La pratique , une pratique catholiques ponctuelle, était nécessaire, à peine du hannis- piatiqnaient sèment et du fouet. La vie intérieure fut épiée po'»» '" «eHsion,
^ et
de près, et curieusement scrutée par des délateurs contrevenaient salaries ou bénévoles ; et on ne saurait croire coin- prescriptions bien il y eut alors de gens mis au carcan , fouettés ^ *^^ '*^' et bannis, « jx)ur avoir esté surpris, dans le caresme, ou à jours d'abstinence , faisant cuire ou mangeant des aliments gras '. » Les dénonciateurs pullulaient et étaient écoutés; les haines s'assouvissaient à ce moyen, et jusqu'aux jalousies de métier. .. Onvoit, un jour , des ciricrs et des apothicaires présenter au Parlement des articles secrets contre un autre apothicaire — « pour suspicion d'adhérer à ceulx de la nouvelle oppinion, et de tenir le party contraire à la saincte Union". » La Mailleraie , un homme de guerre, n'avait pas honte de se mêler à ces vils espionnages; jusqu'à envoyer un exprès dénoncer au Parlement le sieur Gosselin de Vandrimare , chez qui on a trouvé « de la viande cuysant dans le pot, et une escuelle pleine de graisse do rost toute
' Reg. du Parlement ligueur , 13 septembre 1580, 23 avril 1J9I et l)ien d'autres. ,,• ■. ,
* Reg. secr. , 13 mars lôOl. r
l'AHLEMKNT 1)K NollMANUlE.
Des niagislrats
da Parleiupiit,
devenus
suspects ,
sont insultés.
fresclie '. » A la vérilé, l.a Mailleraie étaiulu conseil de i Union.
Malheur aux membres du Parlement eux-mêmes, si quelque ennemi caché avait fait naître des soupçons sur l'ardeur de leur foi , ou sur leur exactitude dans les pratiques religieuses ! Le conseiller ligueur, Jacques de Boisivon , dénoncé au conseil général de l'Union, « pour n'avoir point faict ses Pasques (quoiqu'en eflet il les eût faites ) , dut, ce conseil le voulant ainsi, s'abstenir, pendant deux mois entiers, de venir au palais; et il fallut un arrêt du Parlement pour l'y raj)peler". Le conseiller Sédille de Monceaux, ligueur comme Boisivon, mais point assez emporté , eut à essuyer mille outrages de ce Jean de la Fave, que naguère nous voyions si aise de la mort tragique de Henri IIL En pleine rue , à propos d'une chose des plus futiles , ( quelques noyers du cimetière de Saint- Maur que l'un voulait conserver et l'autre abattre ) : « Par la mort-Dieu et sang-Dieu (s'écrie le furieux), y^ vous congnois bien ; vous estes ung de ces réfugiez ; vous avez esté mys prisonnyer cy-devant; je vous y feray bien mettre de rechef. En quoy disant, il le prenoit par le hault de sa robe , le poulsant fort rudement et l'accablant d'injures. » — Pour toute
' Heg. .lecr. du Parlement ligueur. Il avril l.)91. - Rcg. secr. du Parlement ligueur, 18 juin lôSi».