‹ Histoire du Parlement de Normandie (volume 5)Chapitre 16 sur 30 · II · texte numérisé non relu

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chez eux, et avaient pris ses révélations et ses prophéties pour argent comptant, furent condamnés li être pendus auprès de son bûcher. On plaignit ces deux malheureux, qui n'étaient que des dupes. Au bas de la potence, les deux pauvres abusés avaient toujours loi en ce misérable, et croyaient, comme il le leur avait dit, qu'il ne pouvait mourir, n'ayant pu établir encore ce monde nouveau que Dieu lui avait délégué la mission de créer. Quand ils l'eurent vu mordre cruellement par les flammes, souflVir mille tortures, brûler, mourir, et enfin tomber en cendres , ils eurent horreur et honte de leur inepte crédulité ; mais trop tard : leur tour était venu de mourir. Les magistrats avaient pensé que ce grand acte de rigueur pouvait seul venger efficacement des scènes si scandaleusement tumultueuses, qui avaient failli soulever la ville dePvouen tout entière '. Pipiiications C'était ces mouvements que le Parlement , dans

Maiioraf. ^"^ dcclaratiou du dix-sept mai , se Iclicitait d avoir comprimés, et qu'il s'était llalté de ne plus voir se renouveler désormais. Mais, hélas! il lui était réservé d'en voir bien d'autres encore. Après que les ministres et les anciens de l'église réformée de Rouen eurent long-temps contenu ceux de leur troupeau qui demandaient à grands cris des prêches

' De Thon, liv. xxv, in Une. — Chroniques mss.

publics, force leur avait ('té, à la fin, d'y condescendre. Un nouveau prédicant venait de leur arriver de Berne, qui commença à prêcher, tantôt secrètement, tantôt en public, toujours avec un grand succès. C'était Pasquier Marlorat , naguère moine de la règle de Saint-Augustin , puis prêtre, ayant, en cette qualité, prêché à Bourges, à Poitiers , à Angers , et était même en2;a£>é pour venir prêcher à Rouen un carême, lorsqu'il quitta toutà-couj3 le sacerdoce. « Aimant mieux estre marié que forniquer, il avoit pris femme au pays de Berne » , et devint l'un des ministres les plus notables de la nouvelle église \ C'était un savant homme, et l'on recherche encore, aujourd'hui, des livres qu'il avait composés. La plupart du temps, c'était le soir et même la nuit qu'il prêchait en public. Le Marché-Neuf, les parvis de Saint-Yivien, de Saint-Ouen , de Saint-Patrice, celui de la Cathédrale surtout , étaient le théâtre de ces scènes de nuit. A la chute du jour, des hommes enveloppés dans de grands manteaux et dont les visages étaient cachés sous des chapeaux à larges bords, se formaient silencieusement en groupes au pied des hautes tours de Notre-Dame; bientôt on les vovait se réunir en cercle autour du savant et élof[aent minislre qui les allait prêcher; puis, leurs

Tli (\o Dèzc , Ilisloirc des Églises réformées.

308 PARLEMENT DE NOllMANDIK.

voix s'élevant toules ensemble, chantaient les psaumes de Marot , dont la musique grave, triste et traînante, semblait en harmonie avec la situation précaire de ces ardents et aventureux sectaires, aujoind'hui tolérés, demain persécutés, mais toujours haïs du peuple , qu 3 leurs cliants français irritaient au delà de ce qu'on saurait dire. Dans les classes plus élevées, il s'en fa' lait l)ien qu'on fût aussi complètement d'accord à l'égard des réformés. Combien de fois, à la faveur des ombres, des catholiques indécis, curieux, rêveurs, vinrent se mêler à ces groupes de gens qui priaient et qui chantaient de tristes cantiques; combien se laissèrent toucher par les discours des ministres, et rev nrent prendre part, comme co-religionnaires, à ces exercices nocturnes où la curiosité seule les avait conduits d'abord ! L'attrait de la nouveauté , le charme de la parole, le mystère, l'intérêt qu'inspirent des gens persécutés jDOur leur croyance, l'horreur des nombreux et atroces supplices dont la ville avait été si long-temps, si souvent témoin ; un extérieur de sainteté et de gravité , qui contrastait si fort .'^ ' avec l'impiété , avec les infâmes désordres calomnieusement imputés à la secte nouvelle , c'étaient là autant de séductions pour des hommes irrésolus, ardents et sincères; et il vint, par là, bon nombre de prosélytes à la réforme.

A Caen. « il n'y avoit eu homme qui n'eust

FRA.XÇOIS II. 309

quelqiiesfoys assisté aux presches * » ; et De Bras nous dit qu'on ne saurait croire combien de ces auditeurs furent séduits. Les magistrats qui y avaient assisté d'abord par ordre du roi , en observateurs prévenus et malveillants, se laissant aller eux-mêmes aux discours qu'ils avaient reçu mission de surveiller, ne donnaient aucuns avis au roi, contraires aux ministres dont les paroles les avaient intéressés, ou même les avaient su gagner. Le dirons-nous? A Rouen , des prêtres, des chapelains, des chanoines même de la métropole, furent dénoncés au chapitre comme ayant assisté souvent aux prêches, dans le cimetière de Notre-Dame, comme ayant été entendus chantant , avec 1 es autres, les psaumes de Marot notés par Godinel. Pour quelques-uns, les preuves étaient sans réplique; et force leur fut d'en demeurer d'accord". Il y avait de ces ecclésiastiques qui laissaient croître leur barbe pour ne pas être reconnus parmi des gens qui tous, alois, portaient des barbes longues. Ainsi la réforme , se glissant jusqvie dans nos vieilles basiliques, avait su se faire de secrets prosélytes sur les formes des chapelains, dans les stalles des chanoines, jusque dans les hautes chaires des dignités; et ne sut-elle pasgagner ailleurs des abbés ^

' Reg. sccr. , 25 février 15"3.

' Jîeg. capit. Eccles. roth., 1 el 6 juillet 1569; et bien d'autres.

des cvo(|ues, cl jusqu'à des cardinaux de la saiule église romaine?

Les deux religions étant, maintenant, en présence, il n'était pas possible qu'elles n'en vinssent aux mains un jour; et dès-lors commencèrent de tléplorables escarmouches entre les papistes et les huguenots. 11 y en avait de ces derniers à qui il jie suffisait pas de chanter des jîsaumes français et d'entendre de pieux discours. Le prêche fini, ils marchaient bruyamment la ville , poussant des cris eflrayants, « jectant des pierres, cassant les ?r;7vV7Y'«, commectant aultres forces, insolences, crimes et délictz'. »

Emcmc.s,connits Altroupés quclqucfois au parvis de Notre-Dame nipiuiiieis avant crue les offices fussent terminés dans cette

:i Rouen, ^

entre les églisc , il Icur était arrivé d'insulter les catholiques

catholiques

et les à la sortie du temple. Ainsi, en 1560, la veille de

leligionnaiies, , />^ i r> • o i i i i i

le jour la lete du oamt-bacremcnt, de semblables provocust Sacrement. çjjjJQj^g avaient cu licu ' : et elles devaient être sui-

vies, dès le lendemain , de scènes plus fâcheuses encore. Le jour du Saint-Sacrement, de temps immémorial , à Rouen comme dans les autres villes », . de France, toutes les maisons, sans exception^

avaient toujours été tendues et parées dans chacune des rues où devaient passer les processions.

Jîcg. RappoiLs civifs , 29 avril fiiOO. lieg. capit., 12 juin IjGO, et aliàs.

]I ne paraît pas que, malgré les dissidences religieuses , les calvinistes eussent encore essayé de se soustraire à ce qui avait paru, jusqu'alors, pour tous, un étroit et indispensable devoir. L'année 1560 les vit tenter, pour la première fois, de secouer ce joug, qu'ils ne pouvaient plus supporter. Le jeudi treize juin, premier jour de la fête, au moment où toutes les processions allaient sortir , nombre de maisons qui se trouvaient sur leur passage étant nues encore et sans tentures, on vit les catholiques s'émouvoir, se regarder, s'indigner, s'exciter les uns les autres ; et bientôt commencèrent de déplorables scènes. Toutes ces maisons nues furent, en un instant, assaillies par des furieux, dont les uns jetaient des pierres ; les autres, armés d'arquebuses, de pistolets et d'arbalètes, tiraient sur les religionnaires, qui, armés en hâte, et du haut des fenêtres, ripostaient vivement, et défendaient avec acharnement leurs vies et leurs foyers. Beaucoup d'hommes furent blessés et tués de part et d'autre. La partie, toutefois, n'étant pas égale , les demeures des huguenots furent bientôt forcées, pillées, dévastées par une multitude exaspérée qui , on le pense bien, n'en épargna pas les habitants. Des hommes, des femmes, des enfants furent tués dans la mêlée. Des troupes, envoyées aussitôt par le Parlement, avaient fait main basse indistinctement sur les catholiques et sur les

religionnaires , sur les aLlaqiiés et sur les agresseurs ; et, le soir, la conciergerie du palais regorgeait de prisonniers des deux partis.

Quoi qu'on pût dire contre les religionnaires pour n'avoir |X)int tendu la devanture de leurs maisons, et avoir ainsi donné ouverture à tous ces désordres, le j)\us grand tort sans doute était du coté des catholiques exaltés qui avaient voulu l'aire justice eux-mêmes, par le meurtre et le pillage, d'une infraction que les magistrats seuls devaient punir, si les édits l'exigeaient; et on sent assez quel devait être l'embarras du Parlement en sachant entassés ainsi pêle-mêle dans ses prisons, des religiounaires qu'il ne pouvait condamner et des catholiques qu'il n'osait absoudre. Pour les religionnaires demeurés libres dans la ville , ils n'avaient pu s'y méprendre; et, dès le lendemain, trois ou quatre mille des leurs, attroupés dans la cour du palais, pressaient, à grands cris, le Pailement de faire justice de tels excès «faictz (disaient-ils) à leurs jiarentz et amys ' » , c'était à dire de punir les catholiques qui avaient pillé leurs maisons, frappé, tué et j^iHé leurs co-i'eligionnaires.

Le Parlement put-il s'y tromper, ou feignit-il seulement de prendre le t^hange? Outre que ses

' Beg. Rapports civils , 17 juin lôOO. — Histoire ecclésiast. de 1 li. de Bi-ze , Mit. de CiSO , toiiio I , p. 309.

registres parlent de l'émeute causée par les religionnaires ' , des députés qu'il avait envoyés aussitôt au roi pour lui demander ses ordres, avaient fait au monarque un rapport dans ce sens. « Le Parlement ( disaient-ils au roi ) , avoit arresté quelquesuns de ces religionnaires, et procédoit contre eux. » Pour la démarche faite par trois ou quatre cents religionnaires en masse dans la cour du palais , elle n'était pas moins dénaturée , dans ce rapport, que la sédition même. A entendre le Parlement , «plus de deux mille personnes ( il ne disait pas à quelle religion elles appartenaient), estoient venues publiquement lui présenter requeste et faire remons- Irances. » Mais à quelle fin? « Afin (disait-il) d'empescher la punition de ces prisonniers. » De quelque manière , du reste , que ces magistrats eussent présenté les choses au roi , il leur avait bien fallu « luy faire entendre au long Testât de la ville de Rouen, comme les choses s'y estoient passées , et la situation de la province. » L'agression de la part des catholiques avait, à la fin, paru dans tout son jour. Le moyen, dès-lors, de procéder sérieusement contre les calvinistes incarcérés , dont tout le crime était d'avoir défendu leurs foyers et leur vie ! Et puis, une circonstance survenue depuis était venue amender encore la position des religionnaires. Le

' Res. 26 août I5C2.

jeudi 20 mai , jour do l'octave de la Fête-Dieu, sur le passage de la dernière procession du Corpus Doinini , cette procession, à laquelle assistait le cardinal de Bourbon , n'avait pas rencontré dans sa marche une maison qui ne lût tendue et parée. Cette fois, à la vérité, ordre avait été puLlié, à sonde trompe, « que chacun eusl à tendre devant sa maison , sous peine de la vie. » De Yillebon luimême, à cheval, « en grande compagnie» , avait escorté laprocession, pour voirsi on s'était soumis; et les religionnaires avaient, bien notoirement, obéi à regret et comme contraints; car, avant de tendre, ils étaient allés déclarer aux juges « que c'estoitpour obéir au commandement du roy, sans consentir aucunement à ce qui se faisoit là contre l'honneur de Dieu et la pureté de son service. » Quoi qu'il en soit, toutes les maisons ayant été tendues, cette fois, la première faute des huguenots semblait , maintenant, un peu elfacée. Allaiton procéder, d'une autre part, contre les catholiques qu'avait emportés leur zèle? Une amnistie étaitle seulmoyen qui, dans les idées de ce temps, pût concilier toutes les nécessilés de la conjoncture ; elle se fit , toutefois , attendre un peu , afin , sans doute, que les exaltés des deux communions apprissent, sous les verroux , à se modérer désormais davantage. Le 9 juillet, oïdlii. funMit publiées au Parlemcnl , et exécutées le jour même, desîetlies

palenlcs de pardon général j que les députés avaient rapportées de Paris. Les prisons s'ouvrirent pour tous ceux qui avaient amené les scènes violentes du 13 juin ; pour les catholiques qui avaient forcé et pillé les maisons; pour les religionnaires, «en promettant de vivre selon les loys'. »

Réprimé sur un point, l'esprit de désordre allait Rencoune

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