‹ Histoire du Parlement de Normandie (volume 5)Chapitre 18 sur 30 · RÈGNE · texte numérisé non relu

RÈGNE

l'avènement de Charles IX , les religionnaires Refiuètc de Normandie, si hardis déjà sous le règne précé- ,J,j„i dent, semblèrent ne plus vouloir du tout se con-

hautaines des ionnaircs au Parlement , pour qu'on

traindre. Ils demandèrent d'abord avec empire '«^^ i*'='St' '«■""■

publiquement

cette reconnaissance légale, ce libre exercice de leurs prêches. leur culte, que leur avaient si opiniâtrement refusés les Guises. Ces princes étaient alors exclus des conseils ; et , sous le nom d'un roi de onze ans , on voyait , à la tète des affaires, avec Antoine de Bourbon (prince inhabile et faible, appui , maintenant.

des religionnaires qu'il allait bientôt quitter), Catherine de Médicis, reine-mère régente , femme sans principes, irrésolue autant qu'ambitieuse, et assez pou en peine de la marche que pourrait suivre le vaisseau de l'Elat, pourvu qu'elle en eût en main le gouvernail.

Quelle conjoncture plus favorable auraient jamais pu désirer les religionnaires, et que ne leur fut-il pas permis d'espérer alors? Le nouveau règne ne comptait pas encore quinze jours, que déjà le Parlement de Rouen se voyait assailli par les requêtes des réformés , qui voulaient qu'on les laissât pratiquer publiquement leur religion à leur mode. Le ton de ces écrits était fier, et on voyait bien quelle confiance les dissidents avaient maintenant en leurs forces. Ils disaient former cette demande au nom de cinq cent mille hommes épais dans le royaume, et parmi lesquels, encore, ils ne comptaient ni les femmes, ni les enfants'. Les rccousscs récentes étant autant d'actes de rébellion que rien ne pouvait excuser, ils se déclaraient, avec de grandes protestations , étrangers à ces excès, qu'ils désavouaient (disaient-ils), ajoutant, toutefois, « qu'ils n'entcndoioit permettre ny souffrir que l'on appi'chendast aucuns fidèles désirans vivre selon la réformation de l'Evangile. » C'était aux présidents

' Besistt'fs secrets du Parlement , 18 déoemhiT 1.'.60.

eux-mêmes , au moment où , arrivant au palais , ils se rendaient à la grand'chambre , précédés d'huissiers qui, la verge en main, leur faisaient faire place, en frappant sur les bancs de la grande salle ^ que l'on osait remettre ces requêtes, en les mêlant toutefois avec d'autres relatives aux affaires ordinaires, et qu'il était d'usage de leur présenter en ce moment. Leur souscription annonçait qu'elles étaient adressées à la cour par les fidèles de l' église de Rouen j, désirans vivre selon la ré formation de iEcangile.

Au Parlement , on avait pensé , comme l'avocat du roi Laurent Bigot de Thibermesnil , que de tels actes « tendoient à une vraye rébellion et sédition » ; et , après avoir nommé des commissaires poiu' informer et découvrir les auteurs de ces libelles, on en avait envoyé des copies au roi, à la régente et au roi de Navarre. Mais qu'attendre , alors, de vigoureux pour la foi catholique, d'Antoine de Navarre, à qui on ne s'était point encore avisé d'offrir en perspective le royaume de Sardaigne, et que les religionnaires regardaient toujours avec raison comme leur appui? N'était-ce pas à lui aussi que, dans le même temps, « les ministres et église assemblés, au nom de Jésus- Christ, en la ville de Rouen», adressaient une épîlre j, moins fière à la vérité que celle envoyée récemment aux magistrats, et bien propre à exci-

356 PARLEMEM DE NORMANDIE.

ter la compassion du prince en faveur des sectaires? Ils s'y représentaient « hais et tourmentez du monde, traisnéz, comme brebis, àl'occision, souffrant, de toutes parts, injures et outrai^es en leurs corps, en leurs biens et en leurs vies, forcez d'abandonner leurs maisons, de traisner femmes et enfants par montagnes et vallées, de quitter le royaume jK)ur se retirer aux pays estranges. Au mespris des lois divines et humaines, qui crioient que l'IiOmme ne dcvoit estre jugé sans estre ouy, eux , au contraire , sans s'enquérir du faict , estoient condamnez ; chacun avoit aulhorité de les opprimer; on excitoit le peuple plein de cruauté à leur courir sus, et encore les accusoit-on de se vouloir

eslever contre les princes » Ils priaient le roi

de Navarre « d'alléger leurs maux , et de tenir la iiKiiji en une si juste querelle^ » Antoine de Bourbon paraissant accueillir ces plaintes avec faveur , les religionnaires enhardis continuaient d'assaillir le Parlement de leurs requêtes, toujours plus fières, toujours plus menaçantes. Rrfuicte hariiii-, A peu dc tcmps dc là, un paquet à l'adresse de ^'eVilimiiSriios^" nos seiiiiieurs du Parlement de Normandie , était, comme parbi-avade , remis chez le conseiller Raoullin de Longpaon , le plus ardent adversaire peutêtre qu'eussent les religionnaires dans la compa-

' Mémoires de Cortde, é^lition de I7'i3, 111-4", t. II, p. 327, 028.

au Pailenipiit <k' i\oiiiiar.c!i\'.

gnie. Ce paquet avait été scellé avec un cacliel évidemment gravé exprès, et portant cette devise : Veritas necat (la vérité tue). En l'ouvrant en plein Parlement, les chambres assemblées, on y trouva une deuxième rf^f/uéte (non signée) des fidèles roulans vivre selon la ré formation de l'Evangile. Ils demandaient hardiment, comme dans la première , qu'on les laissât vivre selon leur croyance, et parlaient toujours de leur grand nombre. L ne confession de foi imp'imée, en quarante articles, y avait été jointe, dans laquelle on n'admettait que deux sacrements, le baptême et la cène, selon la doctrine de Genève. Cette confession niait l'autorité du pape, et la puissance des saints, qu'elle défendait d'honorer ; elle repoussait le purgatoire , et certaines pratiques par lesquelles les catholiques croient mériter grâce et salut.

Au Parlement, on ne pouvait revenir de tant tou^

d'audace. L'avocat du roi Damours conipara ce (iJraH'"m'iTt libelle à un enfant exposé et désadvoué , et disait </«'// o''''s's tic jurer

' ' ' qu'ils

vouldroit fort en eonnoistre le père. Ce désir même ncconnaissont

,, 1 • I 1-1 1 , 1 . jjas les niiteurs

1 emportant un peu lom , le Parlement eut a suiJU" d,. ees ipqiuics un long et dnr réquisitoire où semblait percer à "" crw.s. chaque mot une défiance injurieuse, et la crainte que les coupables n'eussent des complices dans le sein de la compagnie. Bamours, promenant curieusement ses regards sui' l'assemblée, répéta plusieurs fois que v^ s'il sçavoit qu'il y eieust en la ^-

court , qui eussent aultrc upinion que le roy en la religion , il se liasteroit de les accuser. » Il fallut que tous les membres du Parlement déclarassent , l'un après l'autre, sous la foi du serment , s'ils connaissaient les auteurs de ces écrits, ou quelques personnes qui voulussent en avouer la doctrine. Il fallut même qu'ils désavouassent ces livres et requêtes, comme « contenant des choses contraires et répugnantes aux constitutions de l'église romaine. » Ils durent enfin déclarer «en leurs loyaultéz et consciences, et par le serment qu'ilz avoyent au roy, qu'ilz estoient bien sentons de la foy et religion clirestienne , suivant les constitutions de l' église Damoms, romainc. » Encore n'était-ce pas assez pour le zèle avocat du loi, (Je l'avocat du roi Damours. Il demandait que quatre

veut ([lie ^ ^

des bourgeois personuagcs notables de Rouen , nommés par la

notables, i t» i /

assermentés cour de Parlement et ayant prête serment devant le Paiement ^^^^ ' f>'l^S'^Gnt, de dcmcurc cu demeure, v^ prendre aillent dans ^^ cxi^cr Ic vicsmc scrmcnt » de tous les chefs de

toutes '^

les maisons maisou dc la ville, s'enquérant officiellement d'eux

de Rouen, • • # r» / /

interroger « S ils connoissoicnt dons liouen quelques-uns de ces

^!e Paiement ' ^"^ disont fidi'lcs Toulons suivre l'évangile n ; sur-

repousse tout , s'ils connaissaient les auteurs et distributeurs

ce' le mesure.

des derniers écrits, afin que, s'il se trouvait quelques personnes qui les avouassent ou en favorisassent les auteurs, on leur en fist rendre raison. Au point où en étaient venues nos dissensions religieuses, elles • esprils étant échaufles comme on l'a vu . qui ne seul

qu'une semblable mesure eût causé une horrible perturbation clans la cité? Aussi le Parlement n'y voulut-il jamais entendre ; et ces magistrats à qui il n'avait rien coûté de renouveler une profession de foi conforme à leurs sentiments, repoussant unanimement celte imprudente et dangereuse ouverture , se bornèrent-ils à prescrire une recherche scrupuleuse des écrivains huguenots , des imprimeurs, des libraires, des graveurs de cachets, et enfin des distributeurs de louscesécrits séditieux qui leur avaient été dénoncés. L'instruction terminée, on devait envoyer au roi un rapport fidèle et complet de ces recherches, puis attendre les ordres du monarque'. Le Parlement avait l'affaire à cœur. Ses commissaires étant parvenus à découvrir plusieurs marchands de libelles et de placards, des décrets de prise de corps furent lancés contre eux et contre des prédicants leurs complices.

Mais à quoi aboutissaient tous ces efforts du Par- lo

gouveiiii'iiiTt

lement? Dans les conseils, lèvent, maintenant, était incUne a la reiorme ; sans cesse étaient adressées a uos ma- ^^ oi doi.ne ffistratsdes lettres closes ou patentes, «pour contenir ^*'t"P3"gncv les

^ i ' L loligionnauTs.

le peuple en paix par prudence et modcration ^ sans rechercher les personnes en leurs maisons pour le faict de la religion » ; des ordres « de mectre hors des prisons les personnes dé ten ues pour ce regard " . »

' Reg. snr., in;ii 1 j62. = firg. 26 août 1 j62.

Les reJigionnaires de llonen n'ignoraient pas ce revirement de polilique. Aussi, à peine les libraires et imprimeurs furent-ils arrêtés, et les prédicants décrétés de prise de corps, qu'aussitôt « s'eslevèrent en public plusieurs milliers de personnes ensemble, dans Rouen, pour empescher, par requestes, remonstrances , et autres diverses parolles, l'eflect des dictz mandemens. » Le Parlement s'était hâté d'instruire le roi de ces mouvements, et la réponse du monarque ne se fit pas attendre. C'était un ordre à cette compagnie de surseoir l'exécuiion des décrets de prise de corps lancés contre les ministres*.

Ainsi supportés par un gouvernement qui, maintenant, semblait avoir peur d'eux, lesreligionnaires espéraient qu'en se faisant craindre plus encore, ils pourraient bicnlot obtenir enfin cette reconnaissance légale, objet de tous leurs vœux. Après ces ordi'es récents de tolérance et de liberté, qui auraient dii , ce semble , leur faire prendre patience et les engageràse tenir en paix, on s'étonne de ne plus voir à Ptouen et partout en Normandie que des assemblées tumultueuses « où , soubz prétexte de religion, se commectoient de grandes violences » ; de ne plus entendre parler que de prisons forcées, de magistrats insultés, d'églises pillées et dévastées^.

"■ Hr^. •♦fiaoùt I. .<;:'. ' fifg. 5() août Iùfi2.

Mais, à la tin , soit que les Guises fussent revenus, j::iiit de juillet pour un temps, au pouvoir, soit que l'on eut vu ^ '/^"""^♦^

i r ' 1 '1 religionnaires.

où conduisaient tous ces ménagements, la face des '"'*'

^ des catholiques

choses changea tout-à-coup, et l'édit de juillet de Rouen. 1561 vint défendre aux religionnaires, non-seule- leiigionnaires

.1 11' 11* tentent,

ment les assemblées publiques , avec ou sans armes, j,,,,^ succès mais même les réunions nrivces , les prêches et d'empêcher

' ^ rcniegistreiuent

l'administration des sacrements dans une autre dertait;mais

,. ,, 1^1»? 1- ili continuent

lorme que celle reçue et observée en 1 église ca- xcars prêches. tholique \ On peut imaginer la joie des catholiques, qu'avaient indignés tant de mesures de tolérance, A la première nouvelle que l'on eut, à Rouen, de cet édit, aussitôt « furent rendues grâces et louanges à Dieu, et chanté Te Deuin laudamus au cueur de l'église cathédrale Nostre- Dame de Rouen, en musique et aux orgues, toutes les cloches d'icclle esglise sonnans, ce qui fut faict pareillement par toutes les paroisses de Rouen quasy en ung instant^. » A la vérité, tous ces transports de joie faillirent être troublés par une sédition. Le vingt-deux août, avertis que le Parlement allait s'assembler pour enregistrer publiquement le nouvel édit, les religionnaires s'étaient émus et réunis en très 2;rand nombre^, faisant

• Étiit (lu •?(", juillet lôf.l , article 'i.

' Clironi<|uc nis. du xvi' .siècle. — Bibl. ro\.ilc.

^ r.ea. -m RoiU I,Mj:î.

Le duc

de Bouillon,

gouverneur,

envoyé

ru Normandie;

sa conduite

équivoque,

ses pouvoirs

secrets.

retentir le palais de vociférations et de menaces. Mais le président Lallemant, qui présidait ce jourlà, n'était pas un homme que l'on pût ainsi intimider; il imposa aux mécontents, et l'édit fut lu à l'audience, enregistré et publié en tous lieux à son détrompe. Restait l'exécution ; et les religionnaires s'étant enhardis à la faveur des ménagements dont le gouvernement avait usé jusque-là envers eux, avait-on pu s'attendre qu'ils obéiraient sans murmure? Nos registres répondent. En dépit du nouvel édit, « le peuple continua publiquement /es prescheSj en plus grande assemblée que auparavant*. Théodore de Bèze s'en vante lui-même, et nous apprend que, « trois Jours après, ceux de la religion recommencèrent leur exercice accoustumé^. »

Averti par des présidents et conseillers du Parlement, qui lui avaient été députés en toute hâte, le roi s'était empressé d'envoyer à Rouen le duc de Bouillon, gouverneur de la province, avec mission de faire exécuter l'édit. Mais avait-on pu attendre des mesures bien énergiques d'un prince fidèle à ses rois, je le veux, mais co-religionnaire avoué de ces hommes émus qu'on l'avait chargé de contenir? En lisant les ordres qu'il leur envoyait,

' Reg., 26 août lj62.

' Théod. (le Dèzc , tome 1 , p. 77J.

CHARLES IX. 3g3

Jes baillis et tous les officiers du ressort du Parlement se demandaient ce qu'était donc venu faire le duc en Normandie. C'était, par exemple, un mandement faisant défense aux habitants catholiques et huguenots , « de s'offenser ny injurier l'un l'autre , ny aller aux églises ou assemblées les uns des autres, sur peine de la hart. » Le duc avait donc entendu que, malgré l'édit, il y aurait toujours, en Normandie, deux églises ennemies, ostensiblement en présence? Un pareil mandement était adressé au bailli d'Évreux, avec ordre de le faire afficher aux carrefours dans tous les lieux de son bailliage, et de le publier de mois en mois. Le bailli avait d'abord obéi, sans trop y réfléchir, et le mandement avait été publié aux assises d'Orbec. Mais, à la fin, tous ces officiers étant venus à se parler des ordres qu'ils avaient reçus, ils demeurèrent aisément d'accord que, « par ces mandements, M. de Bouillon sembloit vouloir tacitement authoriser les presches. » Le Parlement, consulté par eux, ne savait que leur répondre, plusieurs de ses membres « asseûrant qu'ilz savoient de certain et avoient veu que M. de Bouillon avoit, a ]uirt , des mémoires et instructions très amples du roy, •pour faire tenir le peuple en paix, cl éviter à sédition. » C'était à dire que l'on voulait tolérer tout bas, dans la pratique, ce que l'on

venait de défendre tout haut par un édil. Que pouvait faire, cependant, le Parlement en présence de tous ces actes contradictoires, sinon décider, comme il le fit, « qu'il ne s'cntremectroit point de connoistro de chose qui touchoil ou conccrnoit l'auclhorité et gouvernement de M. de Bouillon ; que, seulement, on en parleroit au duc, lorsqu'il vrendroit à Rouen où il cstoit espéré '. » Antincecies En attendant, partout presque en Normandie,

rpiigionnaircs. ^^^^^ j^^ yeux des ma^istrats perplexes et décon-

Lenrs prêches J cil

publics, certes, les calvinistes pratiquaient leur reliij;ion eu

partout, malç;ré ^ "" .

réirit de juillet, public'. A Neufchâtel, par exemple, c'étaient chaque jour des assemblées nouvelles « pour oyr prédicants, contrôles prohibitions. » Les ollicicrs du roi, bien loin de l'empccher, y donnaient les mains ; le prédkant était un ancien carme de Ilouen,

Prêches publics cc qui ajoutait encore au scandale ^ A Rouen a'uxTîiie's même, sous les yeux du Parlement, les religion-

dehiViciiLTour. j^^ires osèrcut bien aller tenir publiquement leur prêche aux grandeshalles delà Yiellle-Tour '. Leur église complart alors, dans cette ville, « quatre ministres, vingt-sept anciens, et dix viille fidèles cm moins, entre lesquels y avoit plusieurs genlils-

' FiCg. secr. , 1"' octobre liOl .

-' CalUa christiaiui , tome XI, fo'- ^^ > "^•

3 Rcg. ,4 aniit lôGI.

' Rrg., 26 août X'Mtl.

Des Puis.

hommes et gens de grand estât'. » Les magistrats regardaient ces démonstrations les mains liées, et ne savaient que gémir, A Rouen, comme à Paris, « chacun le voyoit, chacun lamentoit en son âme , et nul n'en osoit parler^. » Le chapitre métropolitain n'espérait plus que dans le cardinal de Eourhon , son archevêque ; et des députés ne cessaient de porter ses doléances à Gaillon, où était le prélat '. 11 aurait fallu en demeurer là, et ne point sermons lancer, du haut de la chaire, d'horribles calom- du jacobin nies contre des hommes qui, après tout, étaient chrétiens. Mais à quels excès ne sont point entraînés ceux môme qui devraient être les plus retenus par état, lorsqu'ils laissent leur passion sans frein les emporter où il lui plaît? Pendant tout l'Avent, un religieux jacobin, nommé Des Puis, qui prêchait à Notre-Dame de Rouen , ne se pouvait lasser d'attaqîier violemment les religionnaires; et, s'échauflant ainsi lui-même, M en vint un jour jusqu'à dire « qu'en leur presehe , toutes les femmes s'a bandonnoient indifféremment à qui voulait abuserd' elles. » Adressé, dans tous les siècles, à toutes les religions dissidentes, même aux chrétiens de l'église naissante , eux si purs , si saints, et si peu hommes,

' De Bèze , Histoire ecclésiastique , tome I , page 777.

' Et. Pasquier, livre xv, lettre 19*.

^ Mg. capit. Eccles. rothom. , 29 novembre 156!,

.jgg r.\iu,i;Mj':NT df. Normandie.

il est permis de le dire, ce leproche avait-il pu être sérieusement accueilli par un prêtre? Ainsi débitée du haut de la chaire dans l'église primatiale de la province, que fallait-il pour que cette calomnie amenât dans Rouen d'horribles et sanglants démêlés? L'édit de juillet, que le clergé invoquait sans cesse , n'avait-il pas défendu «à tousprescheurs de n'user, en leurs sermons et ailleurs, de paroles scandaleuses ou tendantes à exciter le peuple à esmotion ; de ne dire rien qui ne fust à l'instruction et édification, et à le maintenir en tranquillité et repos' ?» A la suite de cet imprudent sermon de Notre-Dame, les ministres et les anciens s'étaient empressés d'aller porter plainte au président Daniel du Bois d'Ennemetz , en lui disant que si le religieux Des Puis ne s'abstenait de ces déclamations calomnieuses , « il en arriveroit grand scandale et inconvénient; que, pour eulx, ilz ne pouvoient contenir le peuple^. » Toutefois, ce religieux en fut quitte pour une sévère semonce du président, qui, encore, lit durement reprochée depuis à ce magistrat, le fit accuser d'hérésie et interdire de ses Quitard, émis- fouctious pour uu tcmps. Aurestc, jamais édit

saire des Guises, . in- t» i- • • i

vient n avait reçu plus d attemtes. Keligionnaires , catho-

en Normandie, ,. • . . . • » •. i •

prendre des liqucs , magistrats, et jusqu au gouvernement luinotes secrète»

sur les religion- — —

naires et sur

leurs biens. ' Edit de juillet 1561 , article 2,

^ Beg. secr. , 2C août 1602.

môme , tous, enfin, semblaient s'être donné le mot pour l'enfreindre. Ainsi, quoiqu'il eût défendu «à toutespersonnesdene faire aucuns enroollements , signatures , ou autres choses tendantes à injures ou provoquantes à factions, conspirations ou partialitéz » , un homme avait été remarqué, rôdant mystérieusement à Rouen et dans le pays de Caux, dressant des listes, prenant des notes, et chargé, comme il semblait, d'une mission secrète. Arrêté à Rouen comme espion, on le trouva « saisy de pappiers où estoient contenus les noms de plusieurs personnes de la nouvelle religion, avec la déclaration de leurs biens, et autres secretz tant de la dicte ville que entreprinses du dict pays de Normandie'. » Il se nommait Quitard, et était né à Bourges; c'était un émissaire des Guises et de Catherine de Médicis, avec laquelle il correspondait, mais qui, pressentie par les magistrats, ne manqua pas de désavouer aussitôt cet agent maladroit, qui s'était laissé prendre. A la vérité, le cas était niable, s'il en faut croire De Bèze; car, à l'entendre , il ne s'agissait de rien moins que de se défaire de tous les religionnaires du pays, et de se saisir de leurs biens. A l'entendre encore, le président Pétremol, le conseiller Raoullin de Longpaon , le procureur-général Péricard , les

' Chronique manuscrite; Bil)liothèque royale.

Qnifard,

desavoué

pnr Catlu'iine

de .Méilicis,

esl coiitl:imiic

à mort ,

et exéciué.

(29 sept. K.C.I.)

avocats du roi Laurent Bigot et Damours, le grand vicaire Séquart et des religieux de Rouen auraient été du complot. Il va môme jusqu'à dire que des décrets de prise de corps avaient été d'abord lancés contre ces hommes si éminents, contre des subalternes, leurs adhérents, et qu'il y en eut même quelques-uns d'emprisonnés ; mais « qu'ils furent bientost restablis et réintégrez » , en alléguant que Ouitard s'était prévalu auprès d'eux des ordres de la reine-mère et du conseil , et « qu'ilz avoient pensé leur faire service ' . » Quoi que De Bèze en ait pu dire, des accusations de cette nature , hasardées contre des hommes si éminents et si respectables, malgré ce que leur zèle pouvait avoir de trop emporté, n'obtiendront jîoint notre créance; et ce n'est pas la première fois que cet historien grave, mais porté à accueillir tout ce qui favorisait sa cause , en aura cru trop légèrement les mémoires d'hommes passionnés, toujours prêts à propager les mauvais bruits contre les catholiques. Nous n'en dirons point autant de ce qui regarde les Guises, et surtout Calherine de Médicis, qui, d'ailleurs, nous le verrons en son lieu, fit depuis mettre à mort les dénonciateurs de cet émissaire qu'elle avait si promptement désavoué. Quoi qu'il en soit , le duc de Bouillon avait élé envoyé en hâte à Rouen pour

' Dp r.<V.e , tome I , page 777.

lui faire faire son procès, ce qui, en passant, semblait montrer encore que ce Quitard n'était pas un aventurier obscur et sans conséquence. Mis en jugement au présidial, et condamné à mort , il paya de sa tête la faute de s'être fait l'instrument de desseins qui , s'ils n'étaient pas si noirs, au fond, qu'on l'a bien voulu dire, se prêtaient, par leur nature et le mystère qui les environnait , à toutes les suppositions d'hommes mécontents , défiants, et prêts à tout croire '.

Toujours en possession des grandes hal/eSj où pasqpie»les têtes s'échauffaient, aigris d'ailleurs par la con- Jbacet.r duite versatile et capricieuse de ceux qui gouver- (limages,

A 1 o condamne

naient l'Etat, les religionnaires de Rouen ne se à mon,

est recous

contentaient plus de leurs prêches publics; et ils paries

I , T . religionnaires.

voulurent recommencer ces audacieuses recousses (lo déc. isgi.; si fréquentes sous François II. Le 10 décembre, comme on conduisait au supplice Pasquier Guibout, condamné à mort pour abatemens d'ymages^ , sesco-religionnaires s'émurent, et l'arrachèrent' des mains de la justice « f/ui n'avoit forces pour y résister » , comme le Parlement le sut bien dire au roi , en lui dénonçant cette nouvelle entreprise. Les conjonctures étaient inquiétantes pour cette cour; et suspendre, comme elle le fit, de leurs

' Chronique manuscrite rln xvi' sièrlr; Bibliothèque royalf. ' nrg. , 20 août (."'(V^

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