II
370 PAKLEMKNT DE NOHMANDIi;.
fonctions, les sergents, cinquanteniers et arquebusiers qui n'avaient pas bien fait leur devoir, c'était encore atténuer les moyens déjà si faibles qu'avait la justice de résister aux factieux. Pour les chefs et les ministres des religionnaires à Rouen, ils s'étaient empressés de désavouer cette nouvelle recoussc ; mais, dans leurs requêtes, présentées l'année d'avant au Parlement, n'avaient-ils pas déclaré « qu'ils n'entendoient permettre ny souflVir que l'on appréhendast aucuns fidèles désirant vivre selon la réformation de l'Evangile » ; et cette dernière violence ne semblait-el'.e pas prouver qu'ils avaient voulu tenir fidèlement leur parole?
Les magistrats n'aspiraient plus qu'à voir cesser ces prêches publics des grandes halles j qui, dans un quartier si populeux, mettaient chaque jour tout en émoi. Mais, désarmés comme ilsétaient, le moyen de les empêcher de haute lutte? comment toutefois aller proposer aux calvinistes de renoncer à tout exercice de leur religion? On en était réduit à négocier à l'amiable avec eux. Le lieutenant du bailli de Rouen s'en était chargé; et il les pressait, non pas d'obéir à l'édit de juillet et de s'abstenir de leurs prêches, mais seulement d'aller tenir leurs assemblées aux faubourgs et de quitter les halles. Ceux-ci, voyant tout faiblir en France, n'avaient garde de se rendre si vite. Dans des mémoires, ils exposaient leurs raisons; le tout était envové au
roi, qui se trouvait ainsi être le juge d'un procès par écrit entre ses officiers et les religionnaires, hardis infracteurs de ses édits. Encore ces derniers gagnèrent-ils presque leur cause; car, s'ils ne se purent maintenir aux grandes halles, ce qui, aussi, eût été par trop fort, du moins leur fut-il permis d'aller faire leur prêche aux fauhourgs. C'était avoir obtenu, enfin, cette reconnaissance après laquelle ils soupiraient depuis si long-temps.
On entend bien que nous voulons parler ici de E^'t de janvier redit de janvier 1561 , si célèbre dans l'histoire de (ancien style), nos dissensions reli";ieuses; édit rendu en l'ab- fa^o^'^'e
r^ ' aux
sence des Guises, qui murmurèrent fort quand ils religionnaires. le connurent , et devaient ne rien épargner pour le faire annuler; édit, à la vérité, rendu provi' soirement (disait-on en termes exj)rès); mais c'était là de ces concessions que l'on peut regretter et reprendre pour un temps, que, tôt ou tard, néanmoins, on est toujours contraint de rendre. Cet édit « levoit donc provisoirement les défenses des assemblées des protestants, qui, désormais, se feroient, de jour, hors des villes, pour ' faire leurs 23resches, prières et autres exercices de leur religion; et il défendoit à tous de les empêcher , inquiéter ny molester lorsqu'ils iroient , viendroient et s'assembleroient hors des villes pour le faict de leur religion.» Odieux au Parlement de Paris , qui toutefois s'était vu contraint d'y pas-
370 rAKLr.MK.NT DE \or.M ANDIE.
.ser ' ; mal accueilli aussi par le Parremciit tic Toulouse , qui y mit des modifications^, cet édit ne plaisait pas davantage au Parlement de Rouen ; et, néanmoins, il dut finir aussi j)ar s'y résoudre. Ces prêches aux halles avaient long-temps ému toute la ville; et, en voyant les huguenots émigrer aux faubourgs, en vertu du nouvel édit, on croyait avoir déjà gagné queUjue chose. Pour les religionnaires, ils sentaient quel pas ils avaient fait; aussi se soumirent-ils de bonne grâce, et « leur exercice fut dressé au faubourg de Rouen , en toute obéissance^. » Ils avaient appris que Catherine laissait prêcher De Bèze et d'autres ministres dans les cours du château de Saint-Germain-en-Laye; ne devaient-ils donc pas se flatter de voir bientôt leurs prêches, non plus aux halles, non plus aux faubourgs, mais dans des églises qu'on leur aurait ouvprtuic cédées, ou que même on aurait bâties pour eux?
<*t range faite, , • ■ ,. ^ fl ii
par roidrc i^cs religionuau'es se nourrissaient de ces llatteuses
(le Mc-dicis pcusecs; ct mcmc , sii en laut croire Deheze, des
aux agents du gouvernement leur faisaient parfois d'é-
de Rouen. Iraugcs ouvcrturcs. On sait que , tout en autorisant
les prêches, l'édit de janvier avait ordonné aux
religionnaires d'y admeltre les officiers des lieux,
' Histoire uniierselle , do. De Thou , livre xxi.\.
' Histoire générale de Languedoc, par D. Vaissettc , livre xxxviii,
' Ih. (le liè/.e , loiiir II , pai^r 610.
r.IlAni.KS IX. 373
chargés de veiller à ce qu'il ne s'y fît rien contre l'autorité royale. Un sieur Da Buisson d'Iquelon ayant ainsi eu ordre d'assister à celui de Rouen , montra un jour aux ministres des lettres de créance de Catherine de Médicis , qui l'autorisaient auprès d'eux pour une mission de confiance. Après quoi , il leur dit ce dont il s'agissait. «Le roy et la rovnemère estoient fort aises de la paix qui estoit en Normandie par le moyen des églises ; la royne estoit donc bien résolue à les maintenir en leurs libertés; mais d'autant qu'elle prévoyoit quele roy, en les soustenant , acquéreroit des ennemys, elle vouloit savoir d'eux comljien d'hommes, tant de pied que de cheval, ils pourroient fournir, et pour combien de temps? » Au reste, sa démarche était toute secrète, et il se fallait bien garder d'en rien dire aux anciens, sinon en temps opportun. C'était là de ces manœuvres de Catherine, toujours prête, ainsi que l'a si bien dit Pasquier, à « se diversifier , comme le polype , selon les objets qui se présentoient '. » Quoi qu'il en soit, les ministres avaient répondu qu'ils pouvaient fournir six mille hommes de pied et six cents de cheval'. Mais ce n'est pas de quoi il s'agit; et on devine assez combien ces concessions inopinées et
Et. Pasquier, livre x\ , lettre lîL De lîrAT , tome 11 , page filO.
374 r\RLl':Mi:.\T DE NORMANDIE.
ces feintes ouvertures purent enhardir les religion- Prèohps dans naires et leur enfler le cœur. En attendant, ils
les faubourgs. , • i -r»
Beaucoup prêchaient dans les lanbourgs de Rouen et dans les s\ trouvaient campagncs , SUIVIS et écoutes plus qu on ne le saurait dire; tant, à toutes les époques, les nouveautés ont d'attrait pour les hommes ! De ces officiers durroi , chargés d'assister aux prêches comme surveillants, il y en eut ])ien qui s'y laissèrent prendre, et qui finirent par assister, comme fidtlcs^ à ces prêches où on les avait envoyés comme censeurs, et dénonciateurs, au besoin , des infractions qui s'y pourraient commettre. Les catholiques, les prêtres eux-mêmes, malgré les défenses les plus énergiques, ne pouvaient résisler à l'avide curiosité qui les entraînait vers ces assemblées. Les registres capitulaires du temps ne parlent que de chapelains, de chanoines, de (lig/iiles même qui se sont montrés assidus aux prêches, et que l'on a vus fréquenter familièrement des religionnaires , manger avec eux, que dis-je ! soupçonnés d'avoir transgressé avec eux les saintes règles de l'abslinence '. Le grand' chantre de Notre-Dame, Claude Chappuys, un poète, un prêtre inquiet, confesse, en plein chapitre, qu'une curiosité irrésistible l'a conduit maintes fois aux prêches, où il n'a l'icn oUendu fjui ?ic fiist
f>cg. cfii>i(ul. Jùrlrs. rofhoiii., I, '2 juillet et lojan^ic^ IJGl,
<;UARLES IX. 37à
bon ' ; il promet loutefois de n'y point aller davantage. De son château de Caillon , où il se tient toujours, au lieu de venir à Rouen soutenir par son exemple ses diocésains ébranlés et ses prêtres qui chancellent . le cardinal de Bourbon envoie sans cesse des défenses qui ne sont point écoutées, et ordonne des procédures et des informations qui n'ont aucun résultat". La réforme, non plus tolérée maintenant , mais reconnue, autorisée, que disje? préférée presque (du moins pour l'heure) par Catherine de Médicis , s'il en faut croire De Bèze, ne se pouvait toutefois contenter encore. Ses enfants perdus, ses cstoin^iis, comme parle De Bèze, se donnaient quelquefois le passe-temps de troubler les églises et d'insulter les prêtres. La Cathédrale de llouen , celte maîtresse église du diocèse, était souvent en butte à leurs insolences. A la fin du mois de janvier , peu de jours après cet édit qui les aurait dû satisfaire, ils avaient osé venir à Notre- Dame, pendant l'office, y faire du tumulte, et y troubler le service, au point que des armes furent achetées, par délibération du chapitre , pour la défense de la métropole menacée^.
De bien plus grands malheurs allaient fondre sur
' Reg. capit. Eccles. rnlhoiii., 10 mars 1361. - Rcg. capit. Ercl. rothoni., 10 et IT mars 1561. -■^ Urg. capit. Eccles. rotlioni., 26 janvier l.>61.
PARLEMKM DK NORMANDIE.
Fermentation
parmi les rflieionnaircs
le massacre de Vassy.
— Leurs insolences clans l'église catliécliale de Rouen
elle , sur les autres églises, sur la ville, sur la province tout entière. Tout le monde sait l'histoire de Normandie, j^^ niassacrc (Ic Vassv ; et, quoi qu'en aient voulu
après • ^ *■
dire quelques écrivains, ce n'était point là une rencontre fortuite, mais une levée de boucliers des Guises, qui, ne pouvant pins supporter l'édit de janvier, fait contre leurs vœux et en leur absence, avaient été bien aises de montrer à la France le peu de cas qu'ils en faisaient, et de manifester, avec éclat, leur haine pour une secte à laquelle ils avaient juré une guerre à mort. Au premier bruit qui en était venu à Rouen , les religionnaires s'étaient émus; plusieurs jours de suite, on les avait vus se rendre armés au faubourg Martainville , où se faisait le prêche. Ils marchaient ainsi par les rues , et leur arrogance inquiétait les catholiques. Le dimanche 18 mars, pendant les vêpres, après s'être long-temps raillés des fidèles qui entraient successivement dans Notre-Dame , ils y entrèrent à leur tour, au moment où le cordelier Ilugonis était en chaire, insultèrent ce religieux qui leur déplaisait, et causèrent , dans la sainte basilique, un désordre impossible à décrire'.
Le Parlement voulait mettre un terme à ces scandales. Le premier président De Saint-Anthot , plutôt par négociation que d'autorité , avait fini
lîcg. cfiffit. Kccles. rof/iciii., i'J et 20 ninrs 1 jOI .
CHAULES IX. 377
par obtenir que les religlonnaires cessassent ces marches tumultueuses et à main armée , qui tenaient la ville en alarmes. A la fin de mars, ils célébrèrent la cène chez l'échevin Noël Cotlon de lîerthouville, dans le faubourg Martainville. Celte cérémonie dura trois jours entiers, tant était grande, maintenant, la multitude des calvinistes à Rouen ; et elle se passa sans aucun trouble; mais c'était un calme trompeur, que l'orage devait suivre de près.
Après la mêlée de Yassy, Condé s'étant saisi de Manifeste la ville d'Orléans, se hâta de lancer un manifesie prince tieComié, où l'esprit de révolte se montrait à découvert. 11 au paiement posait en fait que le roi, la reine-mère et leurcon- deiionen,
'■ ^ qui n'en tient
seil, n'étaient pas libres; il sonnait le tocsin contre aucun compte. ceux qui, disait-il, les tenaient captifs, et gouvernaient sous leur nom , car « il ne roulait pas j ajoutait-il , se laisser mettre le pied sur la gorge ; il s'armoit donc pour faire respecter les édits favorables aux religlonnaires, notamment celui de janvier'. » En attendant, les catholiques d'Orléans étaient opprimés sous ses yeux, leurs églises pillées, leurs prêtres insultés ; et même leurs cérémonies avaient cessé. Condé osa adresser sa déclaration au Parlement de Rouen, en l'invitant à la faii'c lire, publier et enregistrer, « afin de lever
' Mcniniirs de Coude', tome III, p. oOI.
;t7,S l'AULllMLM' liK NOIlMANDIi:.
toutes les excuses qu'un peuple mal adverty pourroit prétendre quand il parlerolt à son dcsadvantage. Je iw double point ( écrivait-il ) qu'une si bonne et grande eompaignie que la rostre , assemblée de tant de ge/is de bien , douez de la perfection du Jugement et sçavoir dont il faut poiser les choses de ce monde, n'ait desjà assez clairement congneu j chacun en particulier, les raisons qui m'ont meu d'entreprendre, pour le service de leurs MAJESTEZj ce qui est maintenant notoire à tout le nwnde. Je me suis donc advisé de vous l'aire enlendre, au vray, le Tond de mes inleulions, afin que si , par cy après , aucuns les vouloient reprendre, vous soyez toujours presl , non seulement d'équitablement en juu;er, mais aussi de véritablement en respondre. » 11 est difficile de croire que Condé eût beaucoup compté siu' l'appui des magistrats de llouen. On pense bien qu'en tout cas, le Parlement n'eut garde d'apjirouver la révolte de ce ]>!ince, et d'insérer dans ses registres, parmi les lois du royaume, un maniieste qui n'allait qu'à les violer toutes, et à plonger la France dans une horrible confusion. Mais Condé avait à Rouen des i'<-^ émissaires et des affidés actifs, qui eurent bientôt
ici 1^ ion na ires ^ i \ i- •
i!e r.oiirn , soulcvc Ics rcligionnan'cs . im moment contenus
iwi condtN P^^' ^*^ premier président Saint-Anthot. On les vit
Diiiiiicni alors rei)rendre les armes, pour ne les plus quitter
les Mîmes; ^ j i i
leurs insolences, dcsilùl; Icur ait il u tlc devciKiit menaranle ; tout
et de
Le Gras du Bois
son lipulenaut.
CHAKLliS IX. 37<,
présageait de prochains et incalculables malheurs. L'autorité royale ne pouvant rester désarmée en présence d'un prince qui avait osé ainsi lui déclarer la guerre, de toutes parts avaient été envoyés des ordres pour lever des troupes destinées à renforcer l'armée. Le capitaine Maze et son lieutenant Le Gras, sieur du Bois, porteurs d'une commission Assassinat
du capit^iijp
spéciale du roi, pour lever des troupes à Rouen , royaliste Maze étaient venus la faire enregistrer au bailliage, et elle fut publiée par les rues, au son du tambour. Etait-ce un crime, de leur part, que d'avoir obéi au roi, d'avoir rempli la mission qu il leur avait confiée; et que veut dire De Bèze , quand il reproche au Parlement de « n'avoir voulu en faire aucune justice ' ? » Les factieux, au reste, s'en étaient chargés; car, le soirmeme, comme MazeetLe Gras du Bois, après avoir exécuté les ordres du roi, sortaient à cheval de Rouen, par la porte de Saint- Hilaire , pour retourner à Préaux, où était leur demeure, seuls qu'ils étaient et sans escorte, ils furent assaillis , à l'improviste , entre les deux portes, par des hommes armés, en grand nombre, qui s'y étaient mis aux aguets^ et par d'autres qui les avaient attendus sur les fossés. Le jeune Le Gras du Bois, atteint de plusieurs coups de pistolet tirés à bout portant, tomba mort sur la place.
' De lic/c , tome II, page 612.
.iso 1'AI!i.j;mi;m- di; N!)iiMAM)ii:.
Pour le capilaiiie Maze, tout blessé qu'il élail au bras (Iroil , il j)ul donner un coup d'épée sur la main d'un des assaillants, qui voulait prendre sou cheval par la bride; j)uis, piquant des deux, s'euluit vers Darnétal, et dut sou salut à la vitesse de son clie\al '. j\ 'était-ce point de ces assassins par j^uet-apens , que le Parlement eut dû faire justice , au lieu de s'en prendre aux deux capitaines , comme le voulait De Bèze? Mais qu'entreprendre contre des hommes qui ne marchaient plus qu'armés, par bandes, faisant monstre dans les rues de llouen , eux qui ne voulaient point que le roi levât Les des soldats? Vint la nuit du quinze au seize avril,
marquée ]>our l'exécution de leurs complots; nuit fatale , pendant laquelle , soutenus par des sédiviiie de RoiiGii, ij^yx du dcliors , fiui étaient vejius se joindre à
ilans la nuit
iiu i5au eux, ils surent se rendre maîtres de la ville , en
IG avril 1502. • • i i a i t »
saisir les châteaux, et en occuper les postes. L assaut avait commencé par le couvent desCélestins , dont les portes furent Ijientot enfoncées; alors, s'y précipitant avec furie , ils maltraitèrent les religieux qui leur avaient voulu résister, blessèrent le prieur, pillèrent la maison et l'église. Tous les religieux s'étaient enfuis ; les rebelles se firent, de ce monastère abandonné, un poste avantageux, à cause de sa proximité avec la porte Saint-ITilaire ".
' (',hroiii<|iie manuscrite ; \vi- siirlc ; BiMiothiqiie royaîe. ' Mcinc clirouifiiic.
rcligionnaircs
arnips ,
sp rendent
iiiaitres de la
CHARLKS IX. 3,S(
Honteux d'abord de ce premier lait d'armes, ils voulurent, mais en vain, cinf[ jours après, faire mine de le désavouer; et ils ne rougirent pas d'envoyer au supplice un malheureux soldat qui avait pu se signaler dans la mêlée par quelques violences, sans être, au fond, plus coupable cjue les autres'. Des Célestins, ils s'étaient rendus, toujours pendant la nuit, à l'hôtel de ville, dont ils ne feignirent de briser une porte que par égard pour quelcjues échevins ou conseillers de ville des leurs, Cotton de Berthouville et Gruchet de Soquence , entre autres, qui les avaient fait secrètement introduire. Là était un amas d'armes de Les révoltés
. . . , assiègent, dans
toutes sortes , dont us se saisn^ent, et qui leur ser- lechatean, virent à s'emparer, dès le lendemain, des autres jpst'outeviiip postes de la ville; du chateaa d'abord, où se tenait grand-baiiii,
^ et le chassent
Villebon d'Estouteville, lieutenant du roi, enfermé deiaviiie. là, le croira-t-on, avec sept ou huit domestiques pour toute garnison. Nul autre n'était plus odieux aux religionnaires ; car, outre son zèle ardent I contre eux, qui lui avait valu la qualification de
I boute-feu j il venait de se signaler récemment dans plusieurs rencontres, en traitant publiquement de rebelles tous ceux qui allaient à Orléans rejoindre j le prince de Condé ; en faisant publier à Rouen , de son autorité privée, une déclaiation du roi qui les
' Chronique inamiscritr du xvr ^ic-cle '21 avril LVl*?.;
382 TARLEMEM DE NORMANDIE.
dénonçait criminels de lèse-majesté ' ; il avait demandé, enfin, en pleine assemblée de l'Hôtel-de- Yillo. une garde de trois cents soldats catholiques^. Les religionnaires s'en prirent à lui tout d'abord ; assiégé, à l'improviste, sans armes, sans défense, sans vivres ( car ils lui avaient enlevé jusqu'aux mets préparés pour son repas ), Yillebon, contraint de se rendre à leur merci, sortit de Rouen, fuyant devant les factieux, « qui le meirent hors de la ville, par la porte du pont, assez rudement^. » Ils demeurèrent maîtres, à ce moyen, du château de Pionen , très fort alors. Le Yieux-Palais n'avait pu leur résister long-temps; ils y mirent Deschamps, au lieu du sieur Delà Londe ; puis ils fortifièrent la tour du Colombier, et d'autres endroits de la ville, par où l'on eût pu les surprendre. Tous les religieux de Rouen avaient reçu l'ordre de déguerpir; et les maisons conventuelles qu'il leur avait fallu c[uitter étaient devenues autant de postes importants pour les rebelles.
Mollesse Ainsi, une si grande ville, dont les habitants
01 ap.i lie (liaient catholiques, pour les quatre-vingts cen-
«C.5 catholiques 11 1 O
<ie Rouen, tièuics, vcuait dc tomber, en moins de rien, aux
dans cette
conjoncture, maius dcs rcligionnaircs , qui, par mille excès, l'a-
' De Thou, Histoire iiniirrsellr , li\rc xxix.
^ Mémoires de Coudé , tome III , pnire 302 et suivantes , édition in-'i" , 1743.
^ r.Iironiqiio m.niuiscritc du xvi'" sicclc , Bibl. royale, déjà citée.
CHARLES IX. 3g3
vaient , ù l'avance, avertie de leiirssinistres desseins. Nous avons peine à comprendre l'incurie du gouvernement, qui laissait ainsi à la merci d'un coup de main la seconde ville du royaume. On a vu Yillebon , lieutenant du roi , enfermé au château avec sept ou huit valets, pour toute garnison. Du moins les catholiques, si supérieurs en nombre, si bien avertis par mille symptômes certains , auraient-ils dû, par leur attitude ferme et menaçante, intimider leurs ennemis, et déconcerter de si dangereux complots. Mais , dans cette conjoncture, comme dans mille autres que l'on voit dans les histoires, une faible minorité, animée par la haine et par la soif de détruire, devait mettre sous le joug une majorité immense, sans courage et sans énergie pour conserver. Un auteur normand a sainement jugé et bien peint cette circonstance importante de notre histoire. « Les religionnaires( dil-il ) se rendirent maîtres de coste grande ville , de ses chasteaux , de ses forts, non seulement sans résistance aucune du party contraire, mais presque sans murmure et sans bruit. La fctardisc ' des catholiques causa la perte de Rouen. Le nombre des catholiques estoit beaucoup plus grand que celuy
' Fetardise , fétardie , négligence , nonchalance , paresse. — Fétart, paresseux. — D. Carpentier, .Çf//7/j/. Cang., au mot Fktabdik, et au mot latin Fetica.
.{Si rAitLi:Mi;\T di; normam)!!:.
de leurs adversaires; mais, comme le sentiment des choses accoustumées est mousse et languissant , les nouveauléz picquent; ceux-là n'avoient pas la mesme ardeur à défendre leurs autels, que les autres à les abattre ' . »
i!iii)iiiss;mcc L'angoisse du Parlement, à la vue de ces dé-
<lu Parlement , . , , . . • i i ^
et du sordres, ne se pourrait dccru'e. A un mois de la,
fc'oiivtriicui ; Toulouse, assaillic aussi par les huguenots, qui, .le Bouillon d'intelllgencc avec les capitouls, s'étaient saisis de
^■(•IIt retenir los
rfiigionnaires, l'hôlel dc villc , dc l'artillerie, des poudres, des
mais nVn e^t „ •.• 1 "i a, t ^ p i' ]
point écoute, munitious, dcvait être sauvée par Ja lermete de son Parlement. A un énergique et pressant appel fait par cette cour souveraine, aux seigneurs, gentilshommes, capitaines, avaient aussitôt répondu des hommes de guerre, en grand nombre, qui, l'intrépide Montluc en tête, eurent, en peu de temps, raison des rebelles; en sorte que celte grande cité, un instant émue, rentra promptemenl dans le devoir ^. On ne sait si notre Parlement avait tenté un effort semblable; mais à quoi auraitil abouti? Point de troupes auxquelles l'on pût donner des ordres; point de gouverneur avec qui se concerter; point d'élan dans les catholiques
' Inventaire de l'Histoire de Normandie , pnr Eiistaclic d'Anne- \illc, pages 168, 169.
' Histoire générale du Languedoc , livic xxxviii , §§ "i et 7.i. — Les trèze Libres des Parlements de France , par la Roclip- J'iavvn, livre xiii , chapitre 51 , jr 1 ,
CliAItl.KS IX, jjj-,
intimidés. Avertir le roi était tout ce que le Parlement de Tlouen avait pu faire; et un conseiller (Le Prieur de Baudribosc), paiti en hâte, était allé en cour raconter les déplorables événements des 15 et 16 avril. Aussitôt, le duc de Bouillon avait été envoyé à Rouen, mais, le croira-t-on, sans troupes, sans forces, et presque sans escorte ! Les religionnaires triomphants, en apprenant son approche , allèrent en grand nombre à sa rencontre, autant par bravade, ce semble, que par honneur. Ce prince, long-temps agréable aux religionnaires, parce que, partageant leurs sentiments, il les avait favorisés dans bien des occasions , quand ils virent qu'il demeurait fidèle à ses rois , cessa tout-à-coup de leur plaire. « Il se gouvernoit par la prudence humaine», dit Théodore de Bèze * ; en un mot, il n'était plus bon à rien. A peine arrivé à Rouen , le duc s'était rendu en hâte au palais , où l'attendaient les chambres du Parlement rassemblées. L'exécution del'édit de janvier étant, à en croire les L'édit de janvier religionnaires , l'unique chose qu'ils désirassent et , ^* ' ^°^l .
cl ' 1 J. la seconde fois,
qu'ils eussent prétendu obtenir en prenant les armes, publié au
^ palais.
le duc de Bouillon et le Parlement, de concert, avaient, par ordre du roi, adopté une mesure bien propre, ce semble, à tout pacifier. Lue seconde
Ih. de Bèze , tome 11 , page (U3.