‹ Histoire du Parlement de Normandie (volume 5)Chapitre 20 sur 30 · II · texte numérisé non relu

II

.186 FART.KMF.M DE XORMAXDIE.

lois, l'cdil (le janvier, doiil la vlolalion prrlcndue avait éu' le prétexte de tous ces mouvements, fut lu (»t jiubru'' au Parlement, à huis ouverts, et crié , jDartout, dans la ville, à son de trompe, « pour, par là, essayer de l'emcttre le peu])lc eu son ofïice ( devoir ) '. » IMais combien on s était mépris ! Dans Émpiitei'irxoïKii. la nuit même qui snivit, les i-eli^ionnaii'es, qui n'avaient ])lus en tète que l'anéantissement de leurs adversaires, surent exciter ime émeute, dans laquelle des catholiques furent tués, et d'autres mis eu prison ". Après cela , quand le duc do Bouillon alla les sommer de mettre bas les armes, on Réponse dca peutbicu pcuscr couimc il fut reçu. Ils rédigèrent

lolipfiomiaii es , ., ,., . . ,

diRoiieiiauioi, ^^"^^ rcpou sc cn tormc , qu ils ne craignu-ent pas de sni-roiciK- faire imprimer et.d'envoyer à Charles IX. lis n'a-

qm leur av;iit i ''

clé doniio vaient pris les armes, disaient-ils, (rue pour le sertie mettre bas les armes. vicc du roi , pour maintenir ses édits et l'autorité

de la reine-mère; pour se mettre à l'abri des violences et des injustices de ceux qui tenaient le roi captif, qui enfreignaient les édits faits en faveur des religionnaires, et qui, les premiers, avaient pris les armes; ils savaient ce que tramaient contre eux les barons de Clères et d'Auzebosc , émissaires desGnises, ainsi que \illebon d'Estouteville leur ennemi ; ils parlaient du massacre de Yassy ; les

' Reg. 26 août 1 562 .

' De Tltou , His foire unhrrsellr , livre xxix''.

mauvais traitements récemment essuyés parleurs coreligionnaires, à Sens, à Amiens, à Abbeville, leur causaient de l'eûroi; ils reconnaissaient le duc de Bouillon pour gouverneur; mais, comme il n'avait pas eu main les moyens de les protéger, ils demandaient qu'il leur lût loisible d'établir des corps de garde et des senlinelles en certains endroits, de garder les portes et les places de la ville, au nom du duc et aux frais des habitants; prêts, toutefois ( disaient-ils ), à renoncer à ces conditions, aussitôt que les Guises et leurs partisans auraient quille la cour'. C'était à quoi avait abouti l'envoi Le duc

1 1 1 -p, ■,• , -,-, . de Bouillon,

du duc de liouillon a llouen , sans troupes qui tenu pom- iien, pussent le faire obéir; ses ordres n'étaient plus 'i"""^ ^ '^'^ ^• écoulés; on ne lui épargnait même pas les uiortifications ; et, un jour qu'il voulait entrer au Yieux- Palais, l'ordre fut donné par les factieux de ne l'y laisser pénétrer qu'avec six hommes seulement de la faible garde qui l'avait suivi à Rouen. Une semblable posilion n'étant plus tenable, le prince abandonna Rouen à sa mauvaise fortune; et, si peu que les religionnairesse fussent contraints pendant son séjour, on vit bien, après son départ, que de plus grandes calamités encore allaient fondre sur cette cité malheureuse.

De Thon , livre xîix. — Théodore de Bèzc , tome IF, page 613. Mémoires de Condé , tome III , page 302 et suivantes.

.•}88 r. M'. LE ME NT DE NORMANDIE,

Les Cette prise d'armes et tous les désordres que

rcligionnaircs, , . , .

mailles Dous avous VUS a sa suite, n avaient pas pu arriver, de Rouen, ^^^ Icconcoit, saus ciue les calhollcfues , les prêtres

insultent ' J . ^ i

les prêtres surtoul , et les égliscs, eussentchaque jour de nou-

rt les églises.

velles insultes à subir. A Kouen , depuis la nuit du 15 au Ifi avril , on n'entend plus parler que de prêtres et de religieux qui veulent s'enfuir pour se soustraire aux outrages aux,quels ils sont en butte ' . Chaque jour, en plein chajiilre, des chanoines s'écrient que l'afiluence des méchants est devenue si grande à Rouen , et leurs insolences arrivées à un tel excès, qu'il n'y a plus moyen d'y demeurer; Courage ils adjurcut le chapitre de leur permettre de

du clergé ,,.'.■> ht • m i i i

de Rouen, scntuir". Mais il a paru au plus grand nombre que

au milieu i? •, i ' i \ u

des outrages ' *^" "*^ pourrait cucorc déserter le poste sans et des menaces làclicté 1 oartout l'église conliuue de célébrer ses

que lui *■ *■

prodiguent les saiuts mystèrcs, au milieu des rumeurs, des scan-

religionnaires. i • i

dales et des violences qui vont croissant toujours, et (pii permettent à peine aux célébrants d'entendre les paroles sacrées qu'ils j^rononcent. Notre- Dame de Rouen, l'église mère et primatiale, donne l'exemple à toutes les autres. Dès le seize avril, les enfants perdus de la réforme, rôdant en armes autour du temple, se sont mis à jeter des pierres contre la basilique, à renverser les statues des

' Cliroiiiquc iiiniiuscritc , Bibliothèque royale , xvi'' siècle

' R(ii. (fijùt. Eccl. nithoni., ;\\\W I.MV'. .

CHARLLS IX.

saints évoques qui semblent en protéger les portes, à démolir tout ce qu'ils ont pu au dehors, en attendant qu'ils puissent faire aussi leur volonté au dedans '. La plupart des prêtres de la métropole ont tenu bon. Le vingt avril encore, quatre chanoines et quatre chapelains, tous en costume, précédés du messager, traversent lentement et paisiblement les rues les plus populeuses de Rouen, allant de tribunal en tribunal, au Parlement, au Bailliage , à la Cour des aides , insinuer ^ c'est-àdire faire ein-egistrer, à la manière accoustmnêe ^ l'antique privilège de Saint-llomain, qui, depuis tant de siècles, arrache , chaque année, à la mort, un grand coupable et ses complices. Dans toute la ville, ce courage de quelques prêtres, sans armes et ainsi exposés, a inspiré l'admiration ; on se réjouit, le soir, en apprenant que « partout ilz ont esté paisiblement et honorablement reçeus , et leur requeste accordée". » Mais ils ont trop espéré ; pour la première fois depuis la captivité de Richard Cœur-de-Lion , la sainte fierté de Saint- Romain ne sera point levée , et aucun prisonnier ne sera mis en liberté. Ces outrages envers les prêtres, ces renversements de statues, ont mis le

Reg. cripit., 16 avril 1502.

Chronique manuscrite du xvi' siècle ; Bibliothèque royale.

390 PAnLEMENT DE ^;JRMANI)IE.

peuple huguenot en haleine ; le moment est venu oii il va assouvir sa ra"e sur les magnificences dont sont remplies nos églises.

Toutes les cgiiscs L'annivcrsairc de la journée du dimanche 3 mai

(le Rouen sont ifn^ ^ • • • i i -i "v

envahies, pillées, ioOli scra , ajauiais, un jour de tieun en iNorman-

^LcTiiuT ^^^ ' ^^ pour les catholiques pieux à qui sont chers

tathoiiquc cesse nos saiuts uiystèrcs, et pour les hommes , quelle

cntiéreiuent

pendant que soit Icur croyance, qui aiment les arts et

six mois. / • i i i» i» a •

(3 mai I5C.2.) savcut cn apprccicr Ics chcls-d œuvrc. Aux jours qui avaient précédé, plusieurs des églises qui environnent Rouen avaient été pillées, et on avait pu croire que la fureur des iconoclastes en resterait là; mais, pendant ce répit, ils se préparaient à de plus hardis sacrilèges ; les églises de Rouen avaient été réservées pour le dimanche, pour le jour où tous les catholiques, libres de soins et de travaux, se rendant , de toutes parts, aux offices, pourraient être témoins des horribles profanations que, dès long-temps, on méditait en secret.

Donc, le dimanche 3 mai, entre dix et onze heures du matin , toutes les églises de Rouen , c'està-dire, avec les trente-six églises paroissiales, toutes les collégiales et conventuelles, sans nombre, furent, au même instant, envahies subitement par des hordes armées qui, s y précipitant avec fracas, s'en prirent sur l'heure aux autels, aux reliquaires, chasses des saints , chaires , stalles , orgues , statues, tableaux, en un mot à toutes les merveilles

de l'art cjui , ù cette époque si peu éloignée encore de la renaissance , s'oUraient alors à chaque pas dans nos églises. Des chaires, des stalles, des retables magnifiquement sculptés, des ciboires, des ostensoires, des calices dont l'argent et l'or étaient le moindre mérite; des jubés., chefsd'œuvre d'architecture, qui, placés au haut des nels , accroissaient la majesté du chœur et du sanctuaire, tout cela fut frappé, mutilé, brisé, mis en morceaux. En un mot (c'est Théodore de Bèze qui va parler, et on l'en peut croire) «ils firent tel mesnage qu'il n'y demeura image ni autel, fonts ne bénestiers, quinefust tout brisé, en telle diligence que jamais on n'eust pu estimer qu'en vingt-quatre semaines se peust desmolir ce qu'ils ruinèrent en vingt-quatre heures en plus de cinquante temples, tant de paroisses que d'abbayes et couvents \ » Or, tous ces furieux (De Bèze nous le dit encore) revenaient du prèclic hors la porte Cauchoise. Que s'y était-il donc passé qui eût pu les préparer à de telles horreurs ? Deux églises surtout avaient été signalées aux modernes iconoclastes : la magnifique abbatiale de Saint- Ouen où ils commirent des dévastations' qu'il ne nous appar-

' Th. de Dèze, tome II , page OIG.

'•' GdUia christiaiia , loiue XI , col. 137, 138.

1'Aiii.i:\ii:m de .\oi\MAM)ii;.

tient point de décrire; et Notre-Dame, l'église cathédrale , que ses chanoines consternés avaient cru sauver , en adressant , le jour même , une humble supplique aux anciens du Prêche de llouon. Les dévastateurs n'y allèrent que plus tôt. Lorsqu'ils y eutièreut, en grand tumulte, la haute messe n'était pas avancée ; l'évangile était dit , toutefois , et le chanoine-semainier Martin chantait la préface; ni leurs vociférations, ni le bruit des confessionnaux , de la chaire , des orgues qui volaient en éclats , des statues qui tombaient lourdement de leurs piédestaux et se brisaient sur les dalles avec fracas, ni les cris enfin des catholiques que l'on chassait du temple, ne purent intimider les chanoines , les chapelains , les officiers de la métropole , qui tous restaient immobiles dans leurs stalles; les belles grilles de cuivre doré qui ceiguaient le chœur , avaient été closes à l'avance ; et, lorsque ces furieux vinrent les ébranler pour entrer dans le chœur et le dévaster, il y eut des chanoines assez hardis pour aller soustenir l'effort contre les pillards, pendant que les sacristains enlevaient en hâte les magnifiques tables d'argent ciselé qui paraient l'autel ; après quoi , il fallut céder et fuir , laissant le saint sacrifice inachevé. Les huguenots étaient maîtres du temple. Six mois entiers devaient s'écouler avant que cette auguste basilique revît célébrer nos saints mystères ;leculte

CHAULER IX. ,{9.j

avait cessé au même temps dans toutes les autres églises .

Redirons-nous les abominations qui, ce iour-là, Profanations

et sacrilèges

souillèrent le lieu saint ; « le précieux corps de Dieu .lans les églises

. p . de Rouen.

foulé aux pieds; ces dragons ailes (qui hguraient alors aux processions des Rogations) , portés avec dérision dans l'église , tenant à la gueule des hosties consacrées, et les dévastateurs sacrilèges criant et hurlant que « le dragon avait mangé la messe^ » ; ces immenses bûchers allumés à tous les coins de la ville, où étaient jetés pêle-mêle les crucifix, les livres, les ornements d'église, les bancs, les coffres, les images enlevées dans toutes les maisons des catholiques où les pillards s'étaient introduits à main armée ; « tous les ecclésiastiques si esperdus de la fureur du peuple, que la plus part s'enfuirent, ce dict jour, hors la ville ^ » Mais quelle sûreté au dehors, et où trouver un asile? Sur toutes les routes qui conduisaient à Rouen, on ne voyait que soldats huguenots revêtus de chapes , de chasubles et autres ornements d'église , tenant des hosties , et criant : « Voylà le trespassenient de la messe ; voiey pour faire enrager et erever les papaulx dans le

' Reg. capit. Eccles. rothom., 3 et 4 mai 156'>.

~ Mémoires de Condé , tome I , page 85 , édit. 1743 , in-4"

'' Chronique ms. du xvie siècle ; Bibliothèque royale.

394 l'AP.LEMKM DE ]\<^UMA^D11■ .

rentre '. » C'est que pas une abbaye, pas un prieuré n'avaieut été épargnés; que là aussi toutes les églises avaient été envahies, dévastées.

Les registres du Parlement sont là pour dire si nous avons chargé le tableau ; en les ouvrant au hasard, on voit « les religieux de Saint-Georges de Bosquierville chassez par loice et violence de la dicte abbaye par ceulx de la nouvelle religion ; » ses moines « contraincts quitter et abandonner icelle, et eulx en aller espars sans argent parmy le pays» ; les religieux de Jumiéges « contrainctz eulx déluyr et absenter d'icelle abbaye. » Il faudrait nommer tous les monastères de la province, abbayes d'hommes, abbayes de femmes, et copier des registres entiers. Partout, presque, le culte catholique avait cessé. A Rouen, les églises dévastées de Saint-Godard, de Saint-Ouen , de Sainte-Croix- Saint-Ouen , de Sainl-l.aurent, furent transformées en greniers à blé, en magasins de fourrages. Au Havre, à Dieppe, à Bayeux, à Caen, partout presque en Normandie, les églises furent ainsi en proie. Nos registres nous parlent des « grands et énormes excèz , meurdres, pilleryes, volleryes , ravages et dévastations commys en la ville de Bayeux, spéciallement en l'église cathédrale, par ceulx de la nouvelle opinion, tant durant les

Relation ms. de l'cllicstiT ; Hibliotlicquc publique fie Rouen.

r.iiAr.Lts IX.

troubles de l'année 1562 que depuis; du ravage, combustion et pillerye de la plus part deschartres, lectres, tiltres, registres, papiers et enseignementz concernant les fondations et dotations, bien et revenu de l'église et chappitre '. » De Bras de Bourgueville nous raconte les dévastations de toutes les églises de Caen , de la célèbre abbaye de Saint- Etienne surtout, où reposait Gnûlaume-le-Conc/uerantj dont le tombeau fut violé et les cendres dispersées ; de l'abbave de Sainte-Trinité , où les restes de la reine Mathilde, son épouse, ne furent pas traités avec plus de respect. Nos registres complètent ces documents , et nous apprenons d'eux que, « par l'espace envyron d'ua an , l'on ne fist à Caen aulcun exercice de la religion catholique '. » Mais Rouen surtout doit nous occuper ; en voyant le duc de Bouillon y revenir peu de jours après la dévastation des églises, on se demande s'il se flattait d'y rétalïlir l'ordre qu'il n'y avait pu con-

•' , 1 j X oblige

server. Les huguenots, maîtres, maintenant, du de se retirer.

fort de Sainte-Catherine, qu'ils avaient pris peu de

jours après son départ, et enflés de tant de succès,

ne cherchaient même plus à dissimuler avec lui, et

ne tinrent aucun compte de ses ordresnon plus que

de ses prières. Il avait voulu qu'on lui rendît deux ^

galères royales qui étaient au port de Rouen. Mais

Le duc de Bouillon,

revenu,

de nouveau ,

à Rouen ,

est encore

Reg. , 28 ddcemliro 1 J72.

' Pirg. secr , 2.) février 1J73.

396 l'AI'.J.KMKM DK N( MiMA.NDIL.

Je capitaine s'y était refusé, et n'avait guère tardé de les livrer aux rcligionnaires, qui, à la vérité, s'il ne se fût soumis, allaient tirer sur lui, du Vieux- Palais et des îles voisines ' . La présence de Bouillon était devenue incommode, et il avait vu, dans les regards des meneurs, quelque chose de farouche et de menaçant; en un mot, il n'était plus compté pour rien. Il le sentait bien; car, comme des chanoines de Notre-Dame étaient allés lui recommander leur métropole envahie et les trésors inappréciables qu'ils y avaient cachés, il ne put que leur répondre avec tristesse : « qu'il n'estait luymcsme en asscûrance de sa personne en la ville de Rouen j et ?i'y avoit aucunes forces'^. » S'il avait pu se flatter, en revenant, de conserver la ville au roi, son illusion ne dura guère; et, encore une fois, il lui fallut quitter Rouen, pour n'y plus revenir de long-temps.

Altitude A ces gens, qu'un gouverneur de leur religion

du Pailiiiieiit • •!

au milieu gênait si fort, comment le Parlement aurait-u pu

de ces troubles. . . , . . . . , i .^ . . ,

On pille plau'e , lui qui si long-temps les avait poursuivis de lesnietaiiies ^^^ ari'êts ; qui , tout récemment encore, s'était

de ses luemhies ' i ^

les plus zélés rendu odieux par le refus d'enregistrer les déclara-

pour la religion

catholique. tions séditicuscs de Condé, et qui. enfin, renfermait dans son sein des membres que leur zèle pour

' Chronique ms. du xvr .siècle ; Hihlinthèquc royale. ■' Môme rhronique ms.

la religion catholique avait pu naguère emporter à quelques excès? Ces derniers seuls avaient, d'abord , paru menacés. Dès le 10 avril, les conseillei'S RaouHin de Longj)aoii et Raoul Bretel de Gré-^ monville, avertis que « ceulx de la nouvelle religion debvoient attenter à leurs personnes, avoient, à la haste, quitté Piouen, et pris des chemins fort destournéz, pour la crainte qu'ilz avoient d'estre poursuivis par les huguenotz. Le 16, apprenant le massacre desCélestins, ils n'avoient plus voulu rentrer dans la ville, pou?' les inimiliéz que les huguenotz leur portoie7it\ » Furieux surtout contre Raoullin de Longpaon, les religionnaires étaient allés dévaster et démolir, à Dai'nétal , sa maison seigneuriale, dont il portait le nom; nous en pourrions citer bien d'autres qui furent ainsi poursuivis, dont les métairies furent pillées, saccagées, dévastées; l'avocat du roi Damours , par exemple; les conseillers Lefèvre d'Escales, Auvray, Centsols, Dufour , qui perdirent , les uns 6,000 livres, les autres 12,000 livres, sommes bien fortes alors'; et puis, après cela, croyez-en Théodore de Bèze qui, parlant des membres du Parlement, dit résolument que « pas aucun d'entre eux n'avoit reçeu aucun

' Reg. secr. , VI août 1562.

' Reg. (les Rapp. ciw drs 27 fcvrifi- , 1 , .i , 19 mars lôG'J , et aliàs passim.

dommage en ses biens et en sa personne '. » Combien, au reste, les réfoimés avaient en horreur les triljuiiaiix qui avaient procédé contre eux, on l'avait bien vu , le dimanche 3 mai, jour où, après avoir tout brisé dans jNolre-Dame de Rouen , ils LePa.icinont étaient allés forcer les portes de la cour ccclcsias-

cst insiilti" , . , ■ • ' 1

tiansic pi.iais, tu/iiCj y avaicut rompu tons les bancs et sièges des

reiigionnaiies; avocats ct uotaircs, brûlé leurs registres et écri-

'deh^nltico tu''PS, et cxtcniiluc (dit notre chronique) l'image

ccsso. ^i^ Do^iict- » : nous ignorons ce que ce pouvait

— Los iiK'iiihrfs o ' o j. X

du Paiicniont (^[le, Lc Parlement devait , à son tour, recevoir

quittent la ville. vi r> i

(Mai I5G2.) leur visite ; on ne sait pas bien ce qu ils y firent; le l)ruit avait élé répaiulu à Paris que « les religionnaires de Rouen avoient bruslé le palais où l'on tenoit le Parlement » , et l'ambassadeur d'Espagne en France, Perrenot de Chantonnay, l'écrivit, le 7 mai, à la dochesse de Parme, gouvernante des Pays-Bas \ La nouvelle était fousse; le magnifique palais constrnit par Louis XII et D'Amboise, était toujours debout; mais il avait dû s'y passer des scènes étranges. « Les rebelles avoient poussé l'audace jusqu'à al/c?^ cmpcsclier en la court de Parlement r exercice de la justice; ilz avoient contrainct les membres de ceste cour à quitter et abandonnen-

' Th. de Dèzc , tome H , pnge 017.

' ('.liroiiiqiie do la Kihliotlièiiuc royale , xvi'' siècle , déjà citée.

* Mémoires de Condc , tome I , page 3î».

leurs biens et maisons, pour loger, en icelles, personnes rebelles, scandaleuses et séditieuses, portant armes contre le roy. » T^e fait est ainsi raconté dans des lettres patentes de Charles IX; et toutes nos recherches n'ont pu nous en apprendre davantage sur les désordres dont le palais de justice avait dû, alors, être le théâtre '.

Qu'avait, au reste, à faire le Parlement dans une ville en proie depuis long-temps au meurtre, à la dévastation, au pillage, et dont le gouverneur (si peu suspect aux religionnaires) avait, néanmoins, été deux fois réduit à s'enfuir? Le palais de justice, maintenant, n'étant plus un lieu sûr, les jugements avaient cessé , et c'était chez le premier président Saint- Anthot que se tenaient les assemblées. La dernière eut lieu le 10 mai ; ce fut comme un triste adieu que se donnaient mutuellement ces magistrats découragés. « Voyant l'an- Des députés

... , t 1 1 -Il 1 • • r ''" Parlement

cienne religion chassée de la ville, et la justice lor- vonttiouvei-

, ., . -, . . Charles IX

cee » , ils convinrent « que chacun pourroit se y„ cbàteaa retirer de Rouen, pou?' sa seùreté et commodité'. » ef,en présTnêe'de Mais il importait d'instruire le roi, dont on n'a- lom le conseil,

1 justifient leur

vait point reçu les ordres. Ces magistrats avaient •compagnie, qui

A » >- avait ete accusée

surtout à cœur de justifier pleinement, aux veux du t'e faiblesse

^ * et d'inertie dans

monarque, leur conduite indignement calomniée. lesderniers

. . , ., . événements.

Car « aucuns de Messieurs du prive conseil avoient

' Lotfrcs patentes, 22 juillet l.'i62. ' Rfg. , T'. amU l.")6?..

400 PAKLEMEIS'J DE NORMANDIE.

mis le roy en soupçon que le Parlement avoit usé de dissimuiacion ou négligence, au moyen de quoy les troubles de Rouen esloient advenus'.» Cette mission lut confiée à deux présidents et aux conseillers Marlel de Bolbcc et Guiffart de Sainl- Cauvin, qui se rendirent en ha te au château de Monceaux, près Meaux , où étaient le monarque et sa cour. L'audience qu'ils obtinrent de Charles 1\ avait pour témoins la reine-mère , le roi de Navarre, le cardinal de Bourbon , le prince de La Roche-sur- Yon, le chancelier L'ilospital, el enfin ces membres même du conseil-privé qui avaient accusé si légèrement le Parlement, que ses députés venaient aujourd'hui défendre. Le premier président Saint- Anthot exposa au long toute la conduite du Parlement, en remontant jusqu'à Henri II; rappela tous les importants avis que, pendant tant d'années, cette cour avait transmis sans relâche à ce monarque, à François II et au roi régnant; les travaux incessants de ses commissaires dans tous les bailliages de son ressort, et les nombreux arrêts de mort rendus après toutes ces procédures; le peu de fruit de tant d'efïorts, à cause de l'insuffisance des forces et de la j)énurie d'argent. Il rappela enfin tous les faits que nous avons précédemment racontés, et bien d'autres, sans doute, dont la trace

' Reg., 12 août l.")()2.

est aujourd'hui perdue. Quelles préventions auraient pu tenir contre une justification si complète et si concluante? Saint-Anthot avait à peine cessé de parler, que Catherine de Médicis, le roi de Navarre, et jusqu'aux membres même du conseil, qui naguère avaient accusé le Parlement de connivence, lui prodiguèrent tout d'une voix les éloges qu'il avait si bien mérités. « Le roy (s'écriaientils) a grande occasion de se contentei- du bon debvoir faict par sa court de Parlement de Normandye; on recongnoit bien que ^ par la malice du temps , ceste court n'a eu moyen de faire davantage e/ue ce cju'elle a faict. Sa majesté et son conseil n'en ont eu autre opinion j ayant tousjours eu ce Parlement en bonne réputation y pour le bon service qu'il en a reçeu. » Mais, ^^^"^ p^r'ienrn en s'accordant à trouver bon que le Parlement eût dispersés

pendant plus

quitté Rouen , les uns voulaient qu'il allât de suite de deux mois, s'établir ailleurs ; les autres demandaient que l'on attendît quelque temps pour voir quel train prendraient les choses. Ce dernier avis était celui des quatre députés; et, le chancelier L'Hospital l'appuyant fortement, il prévalut enfin dans le conseil. ^ Des lettres closes, dressées sur l'heure, permettaient à tous les membres du Parlement de Rouen « eux retirer où chacun d'eux verroit estre de sa » commodité jusqu'à nouvel ordre. Plus tard, le roy leur feroit connoistre sa volonté '. » Pendant deux .

Lettres closes données au château de Monceaux , le 19 mai 1562.

402 PARLEMENT DE NOr.MANDIi;.

mois entiers , ces magistrats devaient rester ainsi

dispersés et dans l'inaclion , appelant de tous leurs

vœux des ordres du roi qui, au gré de leurs désirs,

se faisaient bien attendre. Si une circonstance

fortuite en réunissait, de temps à autre, cpelques-

uiis, ils s'empressaient d'écrire au monarque pour

lui offrir leurs services. La souscription de ces

lettres était singulière et triste; les mémoires de

Condé nous l'ont conservée : « Les bien voslres

humbles et obéissants serviteurs et subjectz de rostre

court de Parlement de Rouen ^ qui a esté, et qui

n'est plus *. »

Ëtat delà ville Lcs autrcs juridiclious , la Cour des aides, le

Bailliage, avaient aussi quitté Rouen; les officiers

de ville, catholiques, cbassés de l'hôtel commun,

sans culte avaient cessé leurs fonctions; et cette cité, maincatholique. ...

tenant, était sans culte , sans roi, sans justice, sans

administration municipale, sans gouverneur. Enfin

« il y avoit là cessation de marchandise et de tout

autre artifice qui s'y exerce pendant la paix » ; c'est

De Bèze lui-même qui le confesse. Nous voudrions

qu'il fût de notre sujet de redire toutes les cala-

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