I . mités qui passèrent sans cesse sur cette viiîc depuis
# * la nuit du 15 avril jusqu'au sac du 26 octobre, le
plus grand, et non toutefois le dernier de tous ses
malheurs. Nul exemple , peut-être , n'aurait pu
' }frmoirrs de Cnndr , [o'.v.c I , yn^r 8,).
de Rouen sans gouverneur sans Parlement, sans niacistrats .
mieux montrer ce que gagnent des sujets à la révolte ; nul surtout n'aurait été plus capable de mettre les citoyens paisibles en garde contre des minorités factieuses et remuantes , qui , pour peu qu'on leur montre de faiblesse, se rendent bientôt maîtresses, et enfin tyrannisent cruellement la majorité pusillanime qui les a laissées faire. Débarrassés du gouverneur, du Parlement, des conseillers de ville, du chapitre, de tout ce qui les gênait en un mot, les religionnaires, tout-à-fait maîtres désormais, donnèrent à la ville un gouvernement aux formes républicaines, un conseil sa péi'icur composé de douze bourgeois notables; sous ce conscU étaient cent autres bourgeois, dont chacun des quatre quartiers de Rouen avait fourni vingt-cinq. Ces magistrats, qui s'étaient institués eux-mêmes, se qualifiaient de « conseil estably par le peuple en l'Iwstel commun de la ville de Rouen*. » Ce conseil réunissait à lui seul tous les pouvoirs qu'avaient exercés naguère le Parlement, l'Hôtel-de-Yille, et le gouverneur. Il réglait la police de la ville ; il dirigeait les opérations militaires, et faisait des levées d'hommes; il rendait même des jugements. Quels que dehors d'égalité qu'affectassent ces conseils , trois ou quatre meneurs y disposaient de
' De Thon , Histoire universelle , livre xxix ; De Rèze , tome II , page fil8 ; Chronique ins. du xvi'" siècle , Bibl. royale , déjà citée.
40', i'Ar,i.i:.Mi;.\T de xoii.mam)ij;.
Du Bosc toutes choses; il en sera toujours ainsi. Du lîosc
trËmandieviiii-, J'EmandrevIlle , par exemple, d'une des plus
de Soquciur, uobles familles de la province , deuxième président
(le Bcrihuuviiie, dc la Cour dcs aidcs , élève des plus fameux juris-
ct le inimsiie çyj^j^y|[(.^ d'Italie, lui-même un des hommes les
sont pjyg doctes de son temps et auteur d'ouvrages que
tout puissants
dans la ville, l'ou vautait alors ' ; mais une secrète ambition, ou une ardeur démesurée pour sa croyance l'avait poussé dans les rangs et à la tôle des rebelles; Gruchet de Socpience , conseiller de ville, si inlluent naguère dans les délibérations, si habile dans les missions dont le chargeait la cité , qui, par exemple, en 1555, avait fait diminuer de 60,000 livres une taxe de 891,000 livres, qui, pesant sur la ville depuis douze ans , semblait ne devoir cesser jamais"; INoël Cotton de Bertho'uville, échevin, chez qui, au mois dc mars précédent, les calvinistes avaient célébré la cène ; les quatre ministres du prêche de Rouen, Pasquier Marlorat, surtout, avaient une grande influence dans ces assemblées
' Pondant so!i*ôjoiir en Italie (en l.")P,2) , il avait fait imprimer tni 1 ivre latin intitulé:J()hannis/?o.vf/za7neiishiin=j!:i ù^iyjJHoya.^ia.<j.
11 est auteur d'un Traité de la vertu et des propriétés du nombre septénaire , et de la raison pour laquelle Justinien avait divisé ses Pandectes <n sept parties . ... — 11 laissa plusieurs autres ouvrages manuscrits. — r.ayle , Dictionnaire historique et critique, au nom : Du Bosc D'EsMA.\unEV!i.LE. — Le Laboureur, additions aux Mémoires de Castelnau , topie I, p. 838, SOî), rdit. in-fuiio.
'■' lieg. de ritôtcl-de-villc , |j.'>.>, passini.
OÙ, comme on peut bien le penser, les religioniiaires avaient, seuls , été admis.
Tous ces hommes si éclairés, si sages tant qu'ils i,es vases sacrés avaient été des sujets fidèles, semblèrent, aussitôt , '"châsses,
J ' k's reliquaires
après leur révolte, avoir été frappés d'aveu"lement ^^^'^ églises,
1 ' 1 1 O brises,
et de vertige. On a honte de les voir se glisser «» '«-s morceaux
° ^ portés
dans Notre-Dame, pour y achever l'œuvre barbare à la monnaie. de destruction du 3 mai ; montrer à deux ou trois chanoines consternés et tremblants l'endroit secret où avaient été comme ensevelies les saintes châsses et les richesses de la basilique, rompre les scellés, faire briser en morceaux tant de saints reliquaires chefs-d'œuvre de l'art, elles faire emporter à la monnaie dans des paniers. La châsse de Saint- Romain suffit à elle seule pour en remplir plusieurs ' , elle qui, en 15/l6, avait sauvé la vie à un parent de D'Emandreville, et qui , en 1690 , toute mutilée des coups que D'Emandreville lui avait portés, devait sauver encore un de ses descendants ou arrièreneveux". C'est qu'aussi, en cette guerre déclarée contre le roi, il fallait beaucoup d'argent pour fournir aux frais. Il en fut de môme dans toutes les églises ; et on ne sait que déplorer davantage.
• Chronique ins. du xvi'' siècle, Bibl. royale.
' Rc^. cfipit. Ecoles, rothom., 29 mai l.")f)2, et jours suivants.
Histoire du Privilège de Sctint-Romain , tome II, pages 3(3,
4or, PARLEMENT DE NORMANDIE.
OU de profanations si horribles, ou de tels actes de vandalisme de la part d'hommes que l'ignorance n'excusait pas.
Darnétal devait ressentir aussi les influences de cette administration républicaine ; c'était , alors , un bouj"g dépendant de Rouen; et on l'avait vu souvent en guerre autrefois, avec cette ville, par suite de dillérends existant entre ses ouvriers et ceux de Rouen, qui, les uns et les autres, fabriquaient des draps, ce qui excitait, entre eux, une jalousie mortelle'. Dansées derniers temps, ceux de Darnétal étaient demeurés fidèles au roi et à la religion catholique, en haine peut-être de Rouen qui en avait secoué le joug; et même ils s'étaient armés, moins, sans doute ^ pour attaquer que pour se défendre. Ils en devaient porter bientôt la peine; le dimanche de la Pentecôte, après un combat meurtrier entre eux et des troupes venues de Rouen pour les saccager, ils virent leurs ennemis, supérieurs en forces, se ruer dans leur bourg , dévaster leurs églises comme celles de Rouen , que dis-je! les réduire en cendres, ainsi que celles de Répainville et des Chartreux, et brûler avec elles plusieurs des maisons du bourg, puis charger de fers et emmener prisonniers tous leurs prêtres, qui
1)1! Thon , livre xxix.
CHARLES IX. /i07
furent jetés dans les cachots du Vieux- Palais '. Ceux de Dieppe faisaient aussi des sorties contre les habitants du bourg d'Arqués, qu'ils réduisirent à s'enfermer dans le château ; des mêlées sanglantes avaient lieu entre eux chaque jour. Un conseiller au Parlement, Le Prieur de Baudribosc, celui qui, le 16 avril, avait été député vers le roi, y périt, atteint d'un coup de feu par un habitant de Dieppe , son ami , qui ne l'avait pas reconnu ; ainsi en va-t-il dans les discordes civiles ".
Que l'on juge, par là, de l'étal du pays tout en- Etat déplorable lier; une foule de catholiques de Rouen en fuite et cherchant un asile ; cette grande ville dénuée de vivres , les troupes royales étant maîtresses de Caudebec et du Pont-de-l'Arche , et empêchant ainsi les arrivages du haut et du bas de la Seine; les soldats, pour en trouver, allant par eau, par terre, piller les bourgs et les villages voisins, et, 23ar occasion, j^iHer aussi et dévaster les églises. Dans Pvouen , «les catholiques tant absentz que ceulx qui demeuroient, entièrement pillez; leurs maisons remplies de soldats de la religion , qui y furent sustentez et nourriz tant et si long-temps que les catholiques eurent de quoy y subvenir ^ » ;
' De Bèzc, tome II, page 018. —Chronique ms. de la Bil'l. royale.
' Chronique ms. déjà citée.
'■'< Res. de l'hôtel -de- ville de Rouen , 10 mai l,")7l.
4o8 PAHLE.MEM 1)K NORMANDIE.
et, par-dessus tout cela, ces malheureux emprisonnés chaque jour sous les plus vains prétextes pour en tirer rançon ' , les femmes, les enfants, les domestiques des catholiques absents, chassés de la ville '. Au dehors, «grands troubles parles champs; ceulx de la religion nouvelle courant sur ceulx de la religion ancienne , ceulx de la religion ancienne sur les aultres, bruslants et pillants les maisons les ungs des aultres; tellement que ceulx qui s'en estoient défuitz et absentez de la ville estoient en plus grand danger que ceulx qui estoient encloz en icelle ^. Aux champs près de Rouen, les métairies des habitants jiillées, saccagées, quelquesunes du tout ruynées, la plus part des habitants, spécialement les catholiques, errantz et vacables par les champs ' ; tellement que j^artout c'estoit confusion. »
Moiviiiiers Nous pourrious , loug-temps encore, accumuler
commande, . . -, ^ . iiii ii i
quelque ipiiips, i^îi cles laits scmblables, tant les documents et les preuves surabondent ! A Rouen surtout, on ne sait jusqu'où l'anarchie et la confusion auraient pu aller , si le sage Launoy de Morvilliers n'y eût
' Chroni(iuc ms. du xvi'= ,-icTlc, déjà citt'c. — Castclnau , liv. m, chapitre 12.
- Chroni'jue manuscrite déjà citée.
^ Idem. ■ ' . '
^ Reg. de ihâtel-de-ville dr Houcii , 10 mai \:û\.
dans Rouen.
ClIAilLKS IX. 403
été envoyé par Condé, pour rétablir l'ordre et mettre en défense contre des attaques imminentes une ville qui repoussait tous les messages de Charles IX et de la reine-mère. Il n'est point de notre sujet de redire ce que fit cet homme , guerrier intrépide autant que politique habile, pour réduire les gens de guerre . dans Rouen , à une sévère discipline ; pour fortifier la ville qui s'attendait, de jour en jour, à être assiégée ; pour faire prendre patience aux catholiques , en rendant leur situation plus tolérable , et les empêcher d'entretenir de dangereuses intelligences avec leurs nombreux amis du dehors. On ne saurait croire à quel point, pendant les six mois environ que dura son séjour, il était parvenu à rétablir l'ordre et à tenir tout en respect. Mais les Anglais , appelés au secours des religionnaires , venant d'entrer au Havre, et allant arriver à Rouen, ce n'était point là une chose que pût endurer Morvilliers , zélé calviniste sans doute , mais , avant tout , ami de son pays ; et quand il eut vu que l'étranger s'allait mêler de nos affaires, il quitta Rouen, au grand dommage de cette ville'. Car, sous Montgomméry , qui vint l'y remplacer, la licence, le désordre eurent bientôt
' De Thon , Histoire universelle , livres xxix et xxx. — De Rèze, tome H , page 62fi. — Chronique manuscrite du xvi*" siècle; Bibl. royale. — Mémoires du Prince de Condé, tonu- \' , page 'îbi .
Le Parlement
lie IVorniaridie
e.>t translÏTi}
à Lonvicrs.
repris le dessus; et partout recommencèrent les courses dévastatrices , les scènes de meurtre , de sacrilège et de pillage.
Que la cessation de la justice en Normandie eût favorisé tous les crimes, en flattant leurs auteurs de l'espoir d'une élernelle impunité, il fallut bien finir par le reconnaître; c'était même ouvrir les yeux un peu tard; il y avait plus de deux mois que les membres du Parlement, dispersés, attendaient impatiemment des ordres qui leur avaient été promis pour les derniers jours de mai. Juillet, toutefois, touchait à sa fin, sans que le roi leur eût Le (lucd'Anmaîe ricu fait dire. « Les choses allant ainsy en longueur , le désordre croissoit tousjours en Normandye, par la cessation de la justice'. » Le duc d'Aumale^ en fut frappé. Nommé , récemment , lieutenant gênerai pour le roy en Normandie , et investi des plus grands pouvoirs , chargé surtout de « restablir toutes choses en leur premier estât», qu'y avait-il de plus urgent à rétablir que la justice? Le procureur général Péricard , les avocats du roi Damours et Laurent Bigot de Thibermesnil, quoique sans fonctions pour l'heure, n'avaient pas cessé de rendre à la cause royale les plus signalés services. Le duc d'Aumale, qu'ils ne quittaient guère ,
noinmi licutenaiit-
gônéial
pour le roi
en Noriiiaiidie.
' Lettres patentes 22 juiret 1502.
* rlande de Lorraine, duc d'Aiiiiiale.
CIIAÎU.KS IX. 411
leur proposa, enfin, de « restablir la justice souveraine en Normandie , pour le désordre que l'on y voyoit (disait-il) à cause de la cessation de la justice. » On peut imaginer avec quel empressement sa proposition fut accueillie. Ceci se passait à Louviers, ville demeurée fidèle, et où se trouvaient réunis plusieurs membres du Parlement dispersé. Deux conseillers , Duval de Boscquencey et LeGeorgelierduBois, députés vers le roi, avec les lettres du duc d'Aumale les plus pressantes, ne tardèrent guère à revenir avec les lettres patentes si ardemment désirées. Dans ces lettres, en date du 22 juillet, le roi ordonnait que sonParlement deNormandie «tiendroit et exerceroit la justice, tantpour le civil que pour le criminel, en la ville de Louviers, ou autre ville qui seroit avisée par les membres du dict Parlement et par le duc d'Aumale, comme plus commode pour la seureté de la personne des membres du dict Parlement et pour l'accèz de ses subjectz.» Le monarque validait « les jugements, ordonnances et arrests donnez par ces magistrats àLouviers ou autres lieux, » et les déclarait «dételle force, efTect et valeur comme s'ilz estoient donnez en son Pallaiz et lieu accoustumé pour tenir son Parlement en sa ville de Rouen. »
A l'arrivée de ces lettres , deux huissiers avaient été dépêchés a. tous les membres du Parlement dispersés, avec ordre de les convoquer à Louviers ,
412 l'Al'.LKMKM l)K NORMANDIlî.
pour le 8 août, ('ar, laissé libre de choisir le lieu (le sa résidence, le Parlement, après avoir hésité un instant entre Evrcux , Vernon et Louviers , avait fini par préférer cette dernière ville, plus voisine de Rouen que les deux autres. Mais, dès le 4, douze conseillers s'étant trouvés réunis à ]^ouviers, avec le président Lallemant, deux avocats du roi et un notaire secrétaire, on s'occupa, dès-lors, Dans de régler le service à l'avance. Les assemblées
quelle maison . ,. , . , . /-,.
siégeait avaient lieu « en la maison de maistre himon
deNolinamUe Béhottc , bailly dc Louvicrs » , maison qui devint
reiugie j^ palais dcs séauces du Parlement de Normandie
a Louvieis. i
réfugié. Le cinq, après une messe solennelle, célébrée en sa présence , au chœur de l'église de Notre-Dame de Louviers, la compagnie alla tenir sa première audience. Après avoir enregistré l'acte . royal qui l'avait transférée à Louviers , elle se hâta d'enregistrer aussi les lettres patentes du cinq mai, par lesquelles le roi avait nommé le duc d'Aumale sou lieutenant général, représentant sa personne en Normandie. Jamais, peut-être, autorité plus grande n'avait été confiée à un sujet. « Plein pouvoir, puissance et auctorité luiestoit donnée de contenir tous et chacuns les manants et habitants de la province, en amitié, union, concorde et en l'obéissance deue au roy ; de punir les chefs et auteurs des séditions, pillages, meurtres, etc. . de faire grâce à ceiiLr qu'il en croirait digne ; de ra-
CHARLES IX. /,(-j
mener les rebelles à l'obéissance , remectre aux mains du roy les villes dont ilz s'estoyent saisiz; de restablir toutes choses en leur premier estât; en cas de persistance dans la révolte , procéder contre les rebelles par la voye de la force; d'assembler, pour cela, la noblesse et les gens de guerre, courir sus aux rebelles j les tailler en pièces ^ changer les capitaines des villes et chasteaux, etc '. »
Tout cela s'entendait dans l'ordre de la ";uerre ; et Le Parlement,
établi
rien, d'ailleurs, n'était ôté au Parlement de la souve- «î Louviers ,
. , , ., . . . . , ,, li'admet à siéger
raine autorité dont n avait toujours joui dans 1 ordre dans ses rangs de la justice. Si même on l'avait rendu à ses fonc- de lermem^jres tions malgré l'état précaire de la puissance royale q"' justifient
o 1. 1 j claiieiuent
dans la province , c'est qu'on avait attendu de lui un de leur
orthodoxie,
plus énergique déploiement que jamais des larges et se purgent