I , |. •,- '• ' • authentique
pouvoirs que lui attribuaient les edits. L instant était ment de toute
venu d'atteindre le plus "rand nombre que l'on connivence
i ~ Jt avec les
pourrait de Ces dévastateurs, de ces assassins, de reiigionnaires
rebelles.
ces incendiaires, de ces sacrilèges à main armée, qui depuis si long-temps désolaient la province ; d'en faire une éclatante et rigoureuse justice, et , par le supplice des uns, d'épouvanter les autres; de les arrêter, enfin, dans cette carrière d'infamies et de crimes. Mais, dans ces conjonctures, quelle autorité eussent eu les arrêts d'une cour souveraine dont la croyance aurait pu être suspectée, et qui
Rcii. .) notit XbW..
414 PARLEMKNT DE N!>Î\MAND1E.
aurait caché dans son sein des membres favorables aux opinionsnouvelles,regardéescomme l'occasion, comme la cause de tous ces crimes qu'elle allait punir? Au milieu des violentes commotions qui ébranlaient la France, dans des temps difficiles où jusqu'aux élus mêmes se laissaient tenter, des magistrats n'avaient-ils pas pu failjlir un instant, et compromettre leur ministère? Que feraient-ils alors sur leurs sièges; quels votes attendre d'eux; et que penseraient les justiciables en voyant une compagnie hérétique traduire l'hérésie à sa barre ' ? Avant d'exercer son ministère redoutable, il fallait donc que , par un acte solennel , la première cour souveraine de Normandie montrât à la province , au pays tout entier, ses membres, tous ses membres innocents et purs des désordres qu'elle allait jiunir, et étrangers aux croyances nouvelles qui paraissaient en avoir été la source. Il existait un édit du 23 juillet 15/i3 qui, excluant des offices dejudicature les hommes d'une foi douteuse, avait prescrit aux Parlements les enquêtes les plus minutieuses sur la foi des pourvus, leur défendant sévèrement d'admettre ceux dont ces informations, faites en toute rigueur, n'auraient pas clairement établi
' « Non potest auctoritatcni liabcre sentcntin , iil)i qui damnandus « est damnât. » Sénèquc , cité par H. Grotlus : « Do jnro belli et pacis >) , lib. Il , cap. 20 , § .3 , n" 2 , note ù.
l'Irréprochable orthodoxie. Laurent Bigot argumenta de cet édit toujours en vigueur, et qui devait l'être bien long-temps encore. Le législateur avait-il pu vouloir (disait-il ) que l'on maintînt dans l'exercice de leurs cliarges ceux qui, depuis leur admission, s'étaient départis de la foi catholique? Le Parlement devait savoir qu'en penser, lui qui, naguère , avait banni de ses rangs des magistrats devenus, depuis leur réception , favorables aux opinions nouvelles? Une solennelle profession de foi, de la part de chacun de ses membres, devenant donc de la plus grande urgence, Bigot demandait qu'elle fût faite très prochainement, en présence de deux conseillers clercs, porteurs des j^ouvoirs de l'archevêque de Rouen. Bigot demandait plus encore. Il voulait qu'avec la même solennité, et avant toute profession de foi , chacun des officiers du Parlement déclarât, la main sur l'Evangile, où, quand, et en présence de qui il avait fait ses pâques ; s'il avait assisté aux prêches, fait la cène, assisté à des mariages ou baptêmes faits au prêche, aux assemblées des religionnaires ; porté les armes avec eux; donné conseil , prêté secours aux rebelles ; pris part , avec eux, au pillage des églises. On peut imaginer l'horrible confusion de ces temps-là, quand on voit si fréquemment des gens du roi exjîrimer de telles défiances à un Parlement, lui demander de semblables et si fréquentes épreuves, et ce Par-
4lfi PARLEMENT DE NORMANDIE.
Profession lemcnt s'y soumettre sans murmures. Le 13 août,
(le foi ,
<tes iiienibres jour marqué pour CCS déclarations et actes de foi,
du Parlement / • i . • , -ii i
réfusié un président, vmgt-un conseillers, deux avocats ( 1*3 août 1*502 ) ^^ ^^^ ' ^^^ grefliers en chef civil et criminel , étaient là. En présence des deux grands-vicaires Mellon et Preudhomme, délégués par l'archevêque deRouen, tous se purglrcnt d'abord, c'est-à-dire déclarèrent où ils avaient fait leurs pàcjues, montrèrent qu'ils étaient demeurés étrangers aux exercices religieux des sectaires , à leurs actes, à leur rébellion , à leurs excès. Ensuite de quoi, ils purent et durent, l'un après l'autre , jurer , la main sur le livre des Évangiles , les articles de la faculté de théologie de Paris, insérés dans la déclaration de 15/1.3, transcrits de rechef, tout à l'heure, au registre secret, et dont, préalablement, le greffier en chef avait donné lecture à haute voix. Nous avons encore la profession de foi qu'ils firent, alors, et signèrent tous au registre ; il convient de la faire connaître à nos lecteurs.
« Nous , souscriptz , présidents et conseillers , advocatz et procureurs généraux du roy, et greffiers de la court de Parlement de Rouen ,
« Croyons et confessons , en vérité et sincérité de cœur, les articles insérez et approuvez par les lettres patentes du feu roy François I" ( que Dieu absolve ) ci-dessous escriptz ; en la foy desquelz articles nous voulons vivre et mourir; et promettons à Dieu, à
sa glorieuse mère , à ses anges, et à tous les sainctz et sainctes , en la présence de ceste notable compaignye, garder et observer, faire garder et observer, de tout nostre pouvoir, aux subjectz du roy nostre souverain seigneur, sans faire ny souffrir aucune chose au contraire, directement ou indirectement, en quelque manière que ce soit. En tesmoing de quoy , nous avons tous signé , de nostre propre main , ceste présente profession et déclaration , à Lonviers, ce dict jour, 13" aoust 1562'. n
On s'étonne peut-être de ne voir prendre part à ces actes que vingt-six membres seulement d'un Parlement qui, dès-lors, en comptait soixantedix et plus. Mais, parmi les absents, les uns n'avaient pas pu, les autres, peut-être, n'avaient pas voulu venir siéger à Louviers, arrêtés, ou par la crainte de ne paraître point assez purs , ou par une modération qui répugnait aux rigueurs que l'on attendait d'une compagnie bien résolue, d'avance , à ne faire point de quartier aux coupables qu'on traînerait à sa barre. N'hésitons pointa mettre parmi ces derniers le premier président Saint-Anthot, qui, après l'audience de Monceaux, s'était retiré en Bourgogne , pays de sa naissance , où étaient ses terres, et qui n'en revint que long-temps après. Pour la question d'orthodoxie et l'inquisition mi-
' Reg. SSCI-., 13 août iôCi.
nutieuse des gens du roi sm- la conduilo qu'avaient tenue tous les magistrats, dans ces derniers temps, elles avaient pu en arrêter quelques-uns, et les mettre mal à l'aise. Ils savaient quelle rigueur mettait le Parlement dans ces choses-là ; des Le prési<i(iit exemples récents l'avaient assez fait voir. Un pré-
Daniel du • i . y .- t i\ • i i T) • i'T7
Bois-d'Enncmeis sulcnt a morticr, Jacqucs-lJan lel du Jiois-d l^nne-
veut, envain, j^^^j^g suspcct aux "Cus du roi , vcuu à Louvicrs
adiiuiire avcc SCS collègucs , avait été mis, poiu' ainsi parler,
à contimipr n -i i • -pu i
SCS fonctions snr la sellette; il lui avait tallu entendre patiem-
le Pari'cnicni "K^^it Icurs cbcfs d'accusal ioii et y répondre. Ils
rciugié l'accusaient d'avoir assisté aux fiançailles et mariaiic
;'i Louvicrs. ' ^ '
de sa petite-fille avec un religionnaire , faits au prêche; aux fiançailles de son fils, célébrées par un chanoine de Ilouen , apostat ; d'avoir mangé de la viande en ces deux rencontres, quoique ce fût à jours d'abstinence; d'avoir porté faveur aux ministres prédicanls, conversé, bu, mangé avec eux; de s'êlre, dans son office de président, montré favorable auxreligionnaires, à ceux même qui étaient mis en jugement pour crime d'hérésie, en distribuant leurs procès à des juges qui partageaient les opinions nouvelles; d'avoir, sur la dénonciation des ministres prédicants, mandé nn jour chez lui, et inlimidé par une dure semonce , des prédicateurs catholiques, dont tout le crime élail d'avoir prêché siucêremeni la parole de Dieu.
Le président protestait « avoir lousjours voulu ses réponses vivre et mourir en la foy de Dieu et de l'édise , telle *='"s'"''"=anteô,
c aux reproches
que ses parents avoient prom} s pour iuy, quand il i"' '»• étaient avoit esté baptisé, il y avoit plus de soixante ans;» et, c[uant aux faits divers qui lui étaient imputés , ses réponses semblaient péremptoires. Ainsi, le mariage de sa petite-fdle avec un religionnaire n'était pas son ouvrage ; le père et la mère l'ayant, comme ils en avaient le droit, mariée à qui ils avaient voulu, sans le consulter et même sans l'appeler au contrat. La cérémonie avait eu lieu selon le rite protestant, il était vrai, mais en maison privée , et non au prêche et en public , comme on le voulait dire. Aïeul de l'épousée , il avait assisté au banquet . mais n'avait pas su qu'il dût s'y trouver des ministres. Quant au mariage de son fils avec la fdle du maître des requêtes Le Conte de Draqueville, il avait été célébré selon le rite de l'égiise romaine. Au repas, qui avait eu lieu un vendredi, « y avoit voirement chair et poisson ; mais la chair avoit esté préparée pour M. Le Conte de Draqueville , qui estoit malade pour lors ; et , quant à Iuy, il défioit de prouver qu'il en eust mangé. » L'accusation d'avoir mandé chez lui et intimidé ou menacé des prédicateurs catholiques, avait trait au jacobin Des Puys, prédicateur du carême à iSotre-Dame, qui, pendant toute la station, s'attaquant sans cesse, avec violence, aux religionnaires, s'était laissé em-
j)(»rtor jusqu'à dire « qu'en leurs presches, on abusoit indifleremment des femmes. » Etait-ce \i\prcclicr sincèrement la parole de Dieu ? En l'absence des autres jîrésidents , c'était à lui que le ministre Marloiat et les anciens du prêche étaient venus délîoncer ce propos, et bien d'autres non moins emportés , tenus le même jour dans la chaire de Notre- Dame, disant qu'une sédition était inévitable, si ce religieux continuait ses invectives. Lui , chef de la justice , que pouvait-il faire? Mander le frère DesPuys, l'inviter à se contenir, à éviter de lancer ainsi, du haut de la chaire évangélique, d'odieuses et mensongères accusations, qui allaient à troubler la ville , à en armer les citoyens les uns contre les autres; il n'avait rien fait autre chose. L'oiïicial et le pénitencier de Notre-Dame, présents lorsqu'il avait parlé au frère Des Puys, pouvaient dire s'il avait menacé ou intimidé en rien ce religi<mx. Jamais il n'avait mangé sciemment avec des prédicants et des ministres. Quant à avoir distribué à des conseillers suspects les procès pour hérésie, la seule inspection des registres prouverait qu'il avait gardé, dans les distributions de procès. Tordre accoutumé au Parlement , sans aucune acception de personnes.
Qu'avait donc fait ce magistrat pour que le Parlement n'accueillît pas une justification qui sem- ])laitsi viclorieuse, si péremptoire; pour que cette
cour enjoij^nît au président Daniel de s abstenir de Mairie
. . une justification
ses fonctions^ aux gens du roi, de conUuuer d \n- si complète,
, n »^ • • 1 1' 1- ^'^ président
slruu-e ; et enliu , pour qu a trois mois de la , voyant est contraint
, - ... Il • 1 ^ de s'abstenir
des lettres patentes du roi, qui permettaient a ce de ses fonctions; président l'entrée du palais , le Parlement déclarât ""^^^ï!^ ces letlres subreptices , Daniel déchu de lenr béné- letties-patemes
I ^ du roi ,
fice , et enjoignît encore aux gens du roi de con- qui l'autorisaient
■' ~ ^ a les reprendre.
tinuer contre lui les informations commencées ' ?
Mais on avait été frappé surtout de la rigueur du Le conseiller
,, «ii-o 1 Bouchart
Parlement, a 1 égard du conseiller JJouchart, ma- ne peut se faire gistrat né , il est vrai , d'une famille de Dieppe , qui ..^ ^c^minuer sympathisait fort avec la réforme ; mais, contre lui- *''« fonctions
'' ^ dans
même, on en était réduit à des allégations. On lui le Parlement
-, , , , , . séantà Louviers.
imputait d avoir porte les armes en la compagnie des huguenots, de les avoir aidés de ses deniers; d'avoir mangé chair en carême , et dans d'autres jours prohibés , îîoji pour sa santé j mais par volupté; d'avoir assisté au prêche , à Dieppe et ailleurs ; d'avoir, à Rouen et à Dieppe , fréquenté des rebelles; d'avoir, au Parlement, en opinant et dans d'autres circonstances, tenu des propos qui décelaient en lui une vive sympathie pour les huguenots, «jusqu'à s'attaquer à aucuns du Parlement , môme des principaux, et tenant les pi-emiers lieux. » Ces bruits s'étaient accrédités ; et , lorsque le conseiller Bouchart s'était présenté h Louviers pour exercer sa charge,
Jieg. secF., b août et 27 octobre 1562.
422 PAU LE ME NT DE Nol'.M ANDlli .
le procureur général Péricard en entretint le Parlement , « s'y croy.ant contrainct pour le debvo'w de sou est Ht. » Pour lui . il n'avait pu se procurer de preuves; il en prenait Dieu à témoin; et, de plus, s'en étant expliqué avec le conseiller Bouchart, les réponses de ce magistrat lui avaient paru péremptoires. 11 l'avait même vu, à Saint-Laurent de Rouen, « faire tousjours acte de paroissien , autant que nul autre qu'il eust congneu. » C'était, dit-il, aux membres du Parlement à se recorder entre eux avec sincérité «pour le bien du roy, le repos et tranquillité de la province, honneur et auctorité de la court» ; à déclarer, sous la foi du serment, ce qu'ils pouvaient savoir sur leur collègue, et à l'admettre dans leurs rangs, si, comme il l'osait espérer, ils étaient aussi sans preuves contre lui. Bouchart, désespéré des accusations dont il était l'objet, protestait de son catholicisme; il adjurait plusieurs de ses collègues , et la ville de Rouen tout entière, de lui rendre témoignage à cet égard. On l'avait toujours vu à Saint-Lô, à Saint-Laurent, vivant catholiquement, hantant le service, assistant aux messes paroissiales; s'il avait mangé de la viande, c'était par nécessité , en vertu de dispenses du pape, des grands vicaires, et sur les attestations des médecins; jamais il n'avait porté les armes contre le roi, donné confort , aide ni assistance aux religionnaires . <4 il aurait mieux aimé mourir.
CHARLES IX. /j<j3
Bouchait et le procureur général s'élaiU retirés pour laisser le Parlement délibérer, les membres de cette cour, interpellés sous la foi du serment , avaient tous juré n'avoir aucune connaissance des faits imputés à leur collègue , par les bruits vagues dont on venait de leur parler. Qui n'eût pensé qu'après une telle déclaration le conseiller Bouchart allait être reçu à bras ouverts? Il en avait, toutefois, été autrement. Bouchart et le procureur général ayant été réintroduits, le président Lallemant leur avait notifié un arrêt qui enjoignait au procureur général d'informer, dans le mois, sur les faits allégués contre Bouchart; et à ce dernier, de s'abstenir, pendant cette information, de venir au palais. En vain, alors, Bouchart, navré de douleur, s'était épuisé en instances et en supplications, «priant qu'on eust esgard à la calamité en laquelle il estoit constitué, n'ayant aucun lieu de retraicte et seùr accès. « En vain le procureur général prit, de nouveau, Dieu à témoin que, malgré les plus grands efforts, il n'avait pu se procurer, contre ce magistrat, la preuve la plus légère. En vain demanda-t-il qu'on le dispensât d'une preuve impossible , et qu'on admît Bouchart à faire profession de sa foi ; le Parlement devait maintenir opiniâtrement son arrêt; il ne voulait pas, dans son sein, d'hommes qui pussent être l'objet du soupçon le plus léger '.
' Reg. secr., M août 1562.
Tous io6 orficiers Avons-nousbesoin de dire que tous ceux qui, en
tic justice
en Normandie, Nomiaudie, appartenaient, de près ou de loin , à la
"".Lon ''^" ' ju-^tice, avaient été astreints aux mêmes épreuves,
justifier (le hui soumis à d'aussi rii>;oureuses inquisitions, obli";és
ortlioiloxie. o i o
enfin à des serments solennels? Le Parlement commença par les vingt-cinq avocats et les vingt-cinq procureurs qui , de llouen , s'étaient rendus à sa suite ' . Puis vint le tour de ceux des officiers du ressort qui , non sans péril, avaient pu gagner Louviers. De tous les points de la province, arrivaient chaque jour des magistrats et officiers de justice venus pour justifier de leur foi devantla cour. L'ambassadeur d'Espagne, Perrenot de Chantonnay, se trouvant à Louviers dans ce temps-là, «y vit venir faire profession de foy plus que à mille gens de loy et qualité des villes circonvoisines^. » Quand il ajoute que c'étaient « tous rebelles et huguenots receus en grâce par le Parlement » , c'est qu'il ignorait les arrêts de cette cour, et ne savait que le gros de ce qui se passait sous ses yeux. Car il ne faudrait pas croire que les huguoiots , et surtout les rebelles, en fussent quittes avec le Parlement de Normandie , séant à Louviers, pour venir à sa barre réciter un symbole et prêter des serments.
Un aiTcl (pie cette compagnie rendit le 26aoi!it ,
' Reg. secr. , 1"" septembre l.")G2.
* Mémoires de Condé , t. IV, pages 59 et 00 , ôdit. de 1743 , in-4°.
et qui eut alors , en France, un incroyable retentis- Programme
.p , . du Parlement
sèment, maniiesta authentiquement sa pensée. réfugié Placé par tant d'épreuves dans une position inat- /irréTnotahle taquable , soit qu'il s'agît de la croyance , soit '•" -"^ ^°^^ ^^^^ qu'on regardât la fidélité à son roi , le Parlement lança comme un manifeste solennel contre la réforme armée, séditieuse et rebelle, et lui déclara une guerre à mort. L'arrêt du 26 août fut une sorte d'édit du jrêtcur^ où parurent à découvert les desseins de cette cour souveraine, indignée de tant d'audace et lasse de tant d'attentats. Nous ne parlerons point d'un long et curieux préambule j où étaient racontés presque tous les faits importants arrivés, quant à la religion, à Rouen et dans le reste de la Normandie , depuis les derniers temps de Henri II jusqu'au mois de mai 1562. On a vu tous ces faits, en leur lieu, dans cette . histoire; et, en les rappelant, le Parlement voulait montrer à la France qu'il n'avait rien épargné pour prévenir ces désordres et en punir les auteurs. Son dessein , aujourd'hui , et il le déclarait dans l'arrêt, était « de restablir, en Normandie, le service de Dieu et de l'église ; de rendre le clergé à ses fonctions; de réprimer, de punir les désordres commis, d'en prévenir à jamais le retour; de restablir le peuple dans la paix et l'union, sous l'obéissance du roy; de remettre enfin les choses en Testât deû et primitif » Il ordonnait donc que les
églises et édifices pillés , dévastés ou détruits pendant les troubles, seraient réparés ou réédifiésaux frais des religionnaires, et ceux-ci contraints de rendre à ces établissements tout ce qu'ils y avaient pris, ou la valeur. Il déclarait les auteurs de ces dévastations ennemis de Dieu et de son église, violateurs des droits divins et bumains, sacrilèges et immédiatement punissables comme tels, quels que fussent leurs privilèges, dont ils étaient déchus ; leurs biens confisqués au roi , sauf indemnité préalable aux parties préjudiciées; les prêtres ou moines apostats , mêlés parmi eux , aussi punissaliles sur l'heure, sans dégradation préalable. La peine de mort était jjrononcée contre les prêtres, diacres , sous-diacres, moines, profès, ayant épousé des religieuses; ces dernières devaient subir une réchision de cinq années. A l'avenir, lorsque des dévastateurs d'églises, des abatteurs d'images, des destructeurs de maisons, pour cause de religion, seraient pris en flagranl délit ^ tous pourraient leur courir sus pour les arrêter, sonner le tocsin pour appeler de l'assistance, et même les mettre à mortj e)t cas de résistance, sans , pour cela, pouvoir être inquiétés en justice. Mais , hors le cas de flagrant délit, la cour, voulant obvier aux vengeances, violences particulières et voies de fait, défendait expressément d'attenter à leurs personnes ou à leurs biens ^ sans un ordre du lieutenant du roi
ou des magistrats. Quant aux villes ou places rebelles, l'arrêt déclarait criminels de lèse-majesté, au premier chct", ceux qui s'en étaient saisis, et enjoignait aux habitants de ces places de les rendre immédiatement au duc d'Aumale ; à tous ceux qui n'y étaient venus habiter que depuis les troubles, d'en sortir sans délai ; défendait à tous juges d'y tenir juridiclion, à peine de nullité de leurs sentences; à toutes personnes d'y porter ou envoyer de l'argent. La pkis grande pai'tie des bons Français étant sortis des conseils de ville dans les places tenues par les rebelles, le Parlement déclarait ces conseils des monopuleSj compaignics et congrégations illicites j factions et conspirations contre le roi , et cassait et annulait leurs délibérations. Ordre était donné aux officiers des lieux , aux baillis , vicomtes , de dresser et faire afficher des tableaux contenant les noms de tous les rebelles de leurs districts, de faire publier ces listes à son de trompe, sans^ toutesfois, qu'il fust permis au peuple de courir sus à ces rebelles déclarés , sauf le cas de flagrant DÉLiCT. Leurs vassaux étaient aftVanchis de tout service , et leurs fermiers de toute redevance, sous peine d'être traités comme complices. Trois semaines leur étaient données pour rentrer dans l'obéissance du roi. S'étaient-ils liés envers les ennemis du roi par des actes et des serments? l'arrêt les en déclarait déliés ^ « telles promesses estant nulles .
s'ils résistaient.
illicites, contre les bonnes mœurs, et n'y ayant, en ce cas , obligation envers Dieu et les hommes. » LciPaiieinent Dans Ic violent désir qu'avait le Parlement d'at-
j)erinet ;\ tons .11 1 1 ' • «i ' • 1 i>
d'arrêter tcmdrc Ic mal claus sa racHie, il n avait garde d ouïes ministres \y\[çY les prêches, qu'il regardait comme le foyer
et.predicants, / -* 1 o J
eide /es tuer jg ^Q^g jgg troubles; il Ics défendait donc avec ri-
et mettre
en pièces, gucur ; Diais SOU zèlc n'en était pas demeuré là. Enjoindre aux ministres et prédicants de se retirer dans les trois jours qui suivraient la publication de l'arrêt; défendre (en cas de désobéissance ) à toutes personnes de leur donner asile , c'était , se proposant un but permis , prescrire des moyens légitimes. Suivait, par malheur, une clause qui, interprétée par des populations haineuses et exaspérées, pouvait amener de violentes scènes et de sanglantes collisions. C'était celle qui, au cas où les ministres continueraient leurs prêches et assemblées, autorisait toutes personnes à les arrester pour les mener à la justice ou aux prisons les plus voisines, et j, en cas de résistance ^ à les tuer et mettre en pièces, sans, pour cela, pouvoir être repris de justice. Des hommes ne se laissant jamais volontiers charger de fers, surtout lorsqu'un supplice ignominieux leur paraît l'unique issue de la prison où on les veut mener, et qu'enfin, ceux qui les arrêtent sont sans caractère légal, c'était proprement abandonner à la fureur d'un peuple sanguinaire tous les ministres qui pourraient tomber entre
ses mains, et dont le moindre geste serait aus- Cet arrêt
• A 1 . / • , Il -11»/ ^** censuré
sitôt traduit en résistance , exècres comme us 1 e- par Théodore taient alors par la popnlace. Si Théodore de Bèze , . ^*^ ^^'^l'
vil 'et par De Thou.
qui s'emporte contre l'arrêt du 26 août 1562, et le dit « plein de la plus grande animosité qu'il est possible ' » , n'a eu en vue que cette dernière clause , qui pourrait s'étonner de cette indignation d'un ministre qu'on livrait ainsi à la merci des assassins? De Thou , qui suit volontiers cet auteur, a bien pu , aussi, par le même motif, trouver cet arrêt tro\^ rigoureux^. Mais, sauf cette dernière clause, que rien ne saurait justifier, les conjonctures extrêmes du temps n'avaient-elles pas fait une dure nécessité des mesures les plus énergiques? Le Parlement devait-il donc rester toujours impassible et désarmé à l'aspect de notre province devenue un lamentable théâtre d'incendie, de meurtre, de dévastation, de sacrilège et de pillage; et l'arrêt le meilleur que pût rendre une cour souveraine, après de si condamnables excès, n'était-fl pas celui qui se trouverait le plus propre à intimider les rebelles, à faire tomber les armes des mains des assassins , et la torche des mains des boute-feux?
On peut, toutefois, imaginer quelle fut la co- (^n s'mdigne,
r ^ ' D 1 fy Rouen ,
1ère des rebelles de Rouen , lorsqu'ils connurent de rarrét rendu
. • , i ,. , ■' Louviers
ce terrible et menaçant arrêt. A peine établi à ie2oaoùti56^
' Th. de Bèzc , Histoire ecclés., tome II , page 630. ^ Dp Thou , Histoire universelle , livre xxx.
430 PAP.LKMKM DK NOll.MANDIi: .
Louvicrs, le Parlement leur avait lait signiner. par un tambotir:, les lettres patentes de sa translation, et celles qui, nommant le duc d'Aumalc lieutenant du roi dans la provinc(;, attribuaient à ce prince les grands pouvoirs dont nous avons parlé. Sans s'expliquer pour i'henre, les deux Conseils qui gouvernaient Pvouen avaient annoncé une réponse ultérieure, que l'on attendait encore '. Mais, aussitôt que l'arrêt du 26 août leur fut connu, ils résolurent, tout d'une voix, de s'y opposer, d'en appeler au roi majeur, et aux états gcncrau.r dûment assemblés. Lu relief d'appel ^ dans les formes que prescrivait la procédure du temps, dressé sur l'heure et scellé, fut porté à l.ouviers et remis au Parlement par un trompette ^ qui failiit payer cher le message dont il s'était chargé. Il va sans dire qu'ils avaient protesté aussi contre les lettres patentes concernant le duc d'Aumale; c'étaitprendre les devants sur le Parlement, dont l'arrêt ne leur avait pas été transmis officiellement, mais qui, à la vue de leur acte d'appel, envoya aussitôt un huissier le leur signifier dans les formes léeales^. Anctsrigourcux Cc n'étaient là, au reste, que discours et forma-
tlu Parlement -i-. r , n • > i>
réfugié Jites; ct, uuc tois posc commc nous lavons vu,
hLouvuts. |g Parlement s'était mis à l'œuvre. « A raison des
troubles estans par le pays , se présentoient peu
' Ucf;. srcr., 17 août l.i62. ^ De Bè/,«> , tome II . jiaiîc r,.!l
CHARLES IX. 43f
de causes civiles, et ne s'offroient que causes criminelles , en la pluspart de cryme de lèze-majesté ' . » De ces bandes meurtrières , dévastatrices et incendiaires, qui, en tous lieux presque, infestaient la province, il y en eut en assez grand nombre qui tombèrent aux mains des officiers inférieurs, partout aux aguets, et à qui le Parlement avait donné les instructions les plus précises. Menés aussitôt à Louviers, ceux qui, en route, n'avaient pas eu la bonne fortune d'être rccoiis par leurs amis et enlevés aux archers, quand ils se voyaient aux prisons du Pailement , savaient bien que c'en était fait d'eux sans remède, et que, coupables entre tant de milliers d'autres, il leur faudrait payer pour tous. (]asteinau, qui avait vu à l'œuvre les magistrats réfugiés de Louviers, nous les montre incessamment occupés «à condamner les huguenotz, à confisquer leurs biens, à les faire mourir comme rebelles quand ils les pouvoient attraper » ; et ajoute que « ceux du dict Parlement et ceux qui tenoient la ville de Rouen, faisoient du pis qu'ilz pouvoient, avec grande animosité les uns contre les autres » ; il parle des « cruautés de cette cour contre ceux de la noblesse» , quoique, en vérité, le Parlement ne sévît guère que contre des hommes obscurs , mis en avant par des gentilshommes , qui toujours
Reg. '28 août I5(V>. .
savaient s'cnl'uir à temps. Dans cette foule de religionnalres détenus à Louviers, il y en avait plusieiM'S que protégeait le duc de Bouillon , et que, toutefois, ce prince n'avait pu déterminer le Parlement à lui délivrer, ce qui le fdclwH , dit encore Castelnau dans ses Mcmuires '.
Nombre de séditieux qui, à Lisieux , à Cormeilles, à Pont-Audemer, levant l'étendard de la révolte, avaient saccagé les églises , maltraité les prêtres, profané les saints mystères , commis d'horribles sacrilèges, arrêtés à la fin, furent menés par charretées à Louviers, où ils ne devaient point long-temps languir. On trouve chaque jour, en août, en septembre , en octobre , des arrêts qui les envoient à l'échafaud , à la roue, à la potence; ce sont des hommes du peuple, pour la plupart, des artisans; un Jean Heultes, marin; un Jacques I^egras , ceinturicr ; un Laurent Logier, cliarpvntier; sans parler des autres. Ces malheureux avaient été mis en mouvement par de plus grands qu'eux, par un Guillaume de Haultemer, sieur de Fervaques; par un Louis d'Orbec , sieur de Bienfaite, bailli d'Evreux ; par les sieurs de Serquigny, d'Aigneaux, de la Cressonnière, qui, forçant, avec eux, les portes des églises, leur avaient donné le signal du pillage et du sacrilège. Qu'advint-il , ce-
' Mémoires de Cftstelnnu , livre ni , L'iiapitrc (2.
pendant, à ces meneurs qui avaient tout mis en branle? Je vois bien le Parlement de Louviers lancer contre eux des décrets de prise de corps; mais le principal eût été de les exécuter, ces menaçants décrets; or, les grands coupables qu'ils concernaient avaient su gagner le large , laissant se débattre seuls, avec le bourreau, les simples qui les avaient bien voulu croire '.
Par ce que nous verrons plus tard du chancelier La coui ap-
T 'T1 ^ • I 1 VI A A 1 plaudit d'abord
L Hôpital , on peut douter qui! goutat beaucoup ;, ces rigueurs; ces rigueurs. Mais tout le reste de la cour y applau- \'"'^' '^'•f''*'*
o J l L (le Castelnau
dissait, et encourageait les l'uges à continuer. Le vient à Louviers,
, prier
connétable Montmorency, surtout, ne s'en ca- lePariement
■I .. X T-, . r . V I p 1 de se modérer.
chait guère. Passant par Louviers, a la lin de septembre, comme le président Lallemant et six des anciens conseillers l'étaient allés saluer , il leur dit que « leur compaignie avoit esté fort louée par le roy , la royne et MM. du privé conseil, tant sur le ,.
récit de MM. d'Aumale que autres, de la bonne diligence et justice par eulx faicte~ . » Ces présidents, ces conseillers, déjà si âpres, se voyant ainsi encouragés, n'en avaient que mieux le cœur à l'ouvrage.
■ Arrêts du Parlement séant à Louviers , des 27 août , 7, 28 septembre , 10 octobre 15G2. — Articles que baillent à justice les chanoines de Lisieux contre ceulx qui pillèrent leur Cathédrale en 1562. Manuscrit des archives de la ville de Caen. ( Communiqué par M. Formevillc , conseiller à la cour royale He Cacn.
- Reg. secr. , 28 septembre 1 562. )
/,;i4 PARLEMENT DE NORMxVXDIE.
Ils .s'cvorluèiciil donc plus encore qu'ils n'avaient fait jusque-là. Combien d'ancls de mort furent rendus alors, et combien fréquents et sanglants étaient les supplices, on en j>eut juger par ce que vit l'ambassadeur d'ivspagne. Perreuot de Chantonuay, pendant [rois jours seulement qu'il vint passer à Louviers, au commencement du mois Executions d'octobrc. « Je fus (dil-il) eu une villette appelée
dont fut témoin -^ . , . ,. i t» < • '
ranibassadciir JLouvicrs , a SIX licues dc liouen, ou se sont retu-ez d Espagne, les présidents et conseillers de Normandie, où je
étant a Louviers. ■•■ ^ J
veiz , à troh fois ^ pendre soixante luiguenotz^ et ung ministre qui avoit esté maistre d'escole , en latin, de la pluspart des conseilliers. l^^ng capitaine pirale, appelé le capitaine T.escheile, enfant de Houen ; je le veis mectre sur une roue où l'on luy rompa tous ses membres ; il avoit faict plusieurs maulx sur la mer d'Espaigne '. » De Bèze parle du supplice d'un avocat de Pout-Audemer , nommé Quittebeuf, « le quel (dil-il) mourut constamment" » ; chaque jour', ponr tout dire, c'étaient de nouveaux arrêts de mort , et le bourreau n'avait plus de relâche,
A la fin, pourtant, soit que ces magistrats en eussent trop fait, soit que L'Hôpital, dont le ca-
' r.oUrc flii i) octobre 1^62. — Méiitoircs de Coude , ttiiiic l\' jigcs J9 l't GO, (klit. dc 1743, in-4".
' Dc Bèzc, Histoire eccL, tome II , [)age 03 1.
raclère modère répugnait fort à ces boucheries , se fût fait écouter dans les conseils, on en vint à penser, à la cour, que ce grand zèle avait besoin d'être un peu tempéré. Un personnage éminent, Michel de Castelnau, fut envoyé à Louviers , exprès pour ce dessein. « J'allay (dit-il) vers le Parlement de Louviers , leur dire qu'il z ne fussent pas si violents à faire mourir les huguenotz qui tomboient en leurs mains '. »
Le temps approchait où, à son tour, la ville de LaviiiedeRouen
. 1 1 • A • • \ 1 • • ^*^ prise <l"assaut
Kouen allait être punie tout entière, sans distmc- pai rannée tion presque entre les innocents et les couj^ables, < og o^ct ' i^562 ) entre les oppresseurs et les victimes. Nous ne parlerons, ni de l'attaque tentée , à la fin de juin , par le duc d'Aumale, et qui ne réussit pas; ni même du siège que l'armée royale et Charles TX en personne vinrent mettre plus tard devant cette cité malheureuse ; car c'est ici l'histoire du Parlement , et non celle des sièges divers que put avoir à soutenir la ville où cette cour souveraine tenait ses séances. Il doit suffire de savoir que, ni les assauts les plus violents et les plus répétés, ni les négociations les plus paternelles , ne pouvant soumettre cette ville opiniâtre, ou plutôt Montgomméry , qui y était maintenant le maître , les trois ou quatre meneurs du Conseil des douze , et, il le faut bien dire, Mar-
Ménioircs de Casteltum , livre m, chapitre 12.
loral, ainsi que hoisaulrcs ministres dont le départ eût tout sauvé, enfin, le 26 octobre au matin, un dernier assaut fut donné , pins violent à lui seul que tous les autres, et auquel les combattants épuisés ne purent plus résister. Vne brèche immense avait élé laite aux murailles. Le duc de Guise retint les assiégeants impatients de la franchir; et, du haut des remparts, que ne leur dit-il pas pour calmer la violence qui les transportait, et les détourner du meurtre et du pillage ! Gastelnau nous l'apprend, lui qui l'avait entendu. Ititerpellant les capitaines, les soldats qui lui avaient obéi dans tant de combats et qu'il connaissait tous, le duc leur disait de se souvenir qu'ils étaient Français ; que c'était là une des principales villes duroyaume ; qu'il serait indigne d'eux de saccager et de ruiner la ville de leur souverain, contre sa volonté et en sa présence, de ruiner les étrangers qui y avaient leurs biens, et étaient innocents de la rébellion; il les conjurait de ne se point dé])ander, de ne piller ni prendre aucune chose sur les habitants, de ne point exercer de cruauté contre les vaincus; il leur promettait, à ce prix, et une paie franche, et la protection du roi '.
Sac (le Rouen. La chalcur de sa harangue avait paru d'abord entraîner les esprits; et les assiégeants lui avaient
Castdnau , livre m, chapitre 13.
promis, par leurs cris unanimes, de se contenir selon ses désirs. Ils entrèrent alors dans Rouen ; mais tout était oublié déjà , et on eût cru voir un torrent débordé, envahissant, dévastant et ruinant tout sur son passage. 11 faut renoncer à peindre un si grand désastre. Les chroniques et mémoires du temps nous en donnent des détails qui fonthorreur. Castelnau, tout le premier, qui, un instant, avait compté sur l'eHet de la vive allocution du duc, nous montre « les gens de guerre se débandant aussitôt , courant au pillage , rompant et saccageant les maisons, prenant un chacun à rançon ; les courtisans plus aspres que les autres à la curée ; chacun se logeant à discrétion , malgré l'ordre donné par Guise aux capitaines d'entrer es maisons, de tuer et chasser les soldats, et les jeter parles fenestres pour les empescher de piller et saccager. Mais cela ne fut possible ; qui en put avoir en prit ' . »
Un journal manuscrit du temps, dont l'auteur était là aussi, nous montre « les soldats du dehors entrant de force par la brèche ; les habitans fuyans çà et là, au mieulx qu'ilz peuvent; Rouen abandonné en proye aux soldatz qui enfondrent les maisons, y pillent tout ce qu'ilz trouvent; toutes sortes de gens mesléz avec eux pillant sans discrétion ou acceptation de personnes, cliose horrible à
Castelnau , ibid.
veoir (s'écrie le chroniqueur qui rtait là. ) -.1 l'entrée des dictz soldatZj fut exercée la crudélité et fureur de la guerre sur toutes personnes, indlfféraniment , soy trouvant sur le pire par les rues , hommes et femmes, iiloienots et catiioliqi-es; tellement que, durant deux jours, on trouvoit les corps des morts pa:rmy les fanges, en grande abondance; et, quelque criée qui fust faicte de par le roy, si n'y put-on donner ordre'. »
— « Ainsy (reprend (iastelnau) ceste grande ville, pleine de toutes sortes de richesses, fut pillée l'espace de huit jours, sans avoir esgard à l'une ni à l'autre religion, nonobstant que l'on eut, dès le , lendemain de la prise, fait crier, sur peine de la
vie , que chaque compagnie eût à se retirer au camp et sortir de la ville... Les François se feùssent fait tuer piustost que de partir tant qu'il y eut de quoy prendre. » Chose déplorable! «Il y eut un tel désordre (dit un autre récit) que les voisins même se pillèrent les uns les autres, et estoit à qui en Suites pouvoit avoir; partie des riches sont devenus
désasirenses •. . , . .
tif ce sac, pour pfmvrcs ; iDCaucoup qui n avoient rien se sont
la ville de Rouen, ajjieublés au pillage. » Quelle plaie profonde avait
reçue notre ville, et combien cette plaie saigna
long-temps! Quand Bi-anlôme, qui avait vu ces
scènes de désastre , et qui revint à Rouen, au mois
' Clir()îii<iiiL' ii)s. (lu xvi'' siècle; Bil)l. ro\alc.
(l'août suivant, avec la cour, vient nous assurer « que l'on n'y trouvoit plus rien à dire pour le sac; que la royne-mère s'en estonna, tant ceste ville s'estoit bien remise, estant autant ample et opulente que devant, tellement ( ajoute-t-il ) qu'il ne nous y manqua rien' » ; c'est là parler en passant superficiel , en gentilhomme insoucieux et viveur , qui, marchant à la suite de son roi, un jour de joyeuse entrée, voit partout des arcs de triomphe , des guirlandes defeuilIage,trouvebon vin etbonne table chez quelques hommes riches, et en conclut que tout va là pour le mieux. Mais ceux qui administraient les affaires de la ville, savaient bien ce qu'il en fallait croire. En. 1571, neuf années s'étaient écoulées depuis ce sac horrible ; et, toutefois, les conseillers de ville représentaient encore à Charles IX « combien le trafficqde la ville avoit esté diminué par ce désastre. » Ils lui disaient « qu'une infinité de personnes qui, auparavant, estoient riches et opulentes, qui, alors, entretenoyent et nourrissoyent soubz eulx facteurs et serviteurs, marchandz et artisans, avoient esté veues depuys viandier par ce royaulme. Sire (ajoutaient-ils), c'est une vérité, ung faict patent et oculaire, qu'il n'y a point, de présent, le tiers autant de personnes à
lîrautônie , Discours de l'admiidl ChastiUvii.
Rouen qui face ou puisse faire le Iro/ficf/ ^ ainsy (juil s y faisoit précédenl le sac ' . »
En 1590 oncoio, un chroniqueur de Rouen,
parlant des suites du sac d'octobre 1562, et de
Venlrée du roi Chares IX en août 1503, représentait
«les habilans de Rouen lors, tellement incommodez,
que les plus riches d'entre eulx à peine ar oient habits
et accoustrements suffisants pot tr leur usage'. »
Le Pahiis Si Ic palais de justice échappa à la fureur et à la
ust opaigiié, rapacité de ces pillards, on en fut redevable au
luPurm m Parlement, qui, long-temps à l'avance , prévoyant
on pi.uc, les excès d'une milice sans frein, avait avisé aux
aux portes
(le cet éciiiice mojcus dc leur soustraire le sanctuaire des lois ,
<\L maisons ^^ dépôt de titrcs si importants pour la province
des magistrats , ^q^ji entière. Dès les premiers jours d'octobre ,
des panonceaux *■ •'
anx armes aussitot après la prise du fort de Sainte-Clatherine
du roi ,
qui imposf nt par l'aruiée royale, gage de la réduction prochaine de Rouen , averti que , j^armi les soldats , il ne se parlait plus que de pillage, et qu'ils menaçaient entre eux de ne rien épargner, le Parlement avait envoyé, de Louviers au camp, une députalion de cinq membres, chargés de voir la reine-mère, le roi de
' Reg. de l'hôtel-de-ville de Rouen , IC mai 1 j71.
^ Discours de la joyeuse et triomphante entrée de très haut, très puissant et très magnanime prince Henry IV de ce nom , etc., faicte en sa ville de Rouen , etc., le mercredy saizièmejour d'octobre 1.)9(5. — A Rouen, 1600, iii-i° de 88 pages.
lUX soldais
Navarre, le connétable, les ducs de Guise et d'Aumale. Au premier mot que les députés avaient dit du palais et de ses archives , le duc d'Aumale, reconnaissant que « cela estoit de conséquence » , avait fait publier partout dans le camp , au nom du roi, l'exjjresse défense aux capitaines et aux soldats « de ne rien attenter sur le palais où estoient les registres et papiers publics. » On avait ensuite imaginé un moyen plus sûr encore de sauver le palais, en même temps les maisons de tous les membres du Parlement , et de les soustraire au pillage ; car, les capitaines de gens de pied, à qui parlèrent les députés, avaient déclaré « ne vouloir prendre charge de faire garder les maisons de messieurs du Parlement par des soldats. » Or, fallait-il que tous ces magistrats et officiers exilés, errants, séparés de leurs familles depuis presque six mois, et dont les métairies ( nous l'avons vu) , avaient été pillées pour la plupart, trouvassent encore, à leur retour, leurs demeures de la ville dévastées et démolies? Le jour du sac, donc, au palais de justice, et dans chacune des demeures des officiers du Parlement , veillaient des hommes sûrs , porteurs de hrei'cts de sauve-garde du roy , dressés sur parchemin , signés par un secrétaire d'État, et nominatifs , qui mettaient la maison , le maître et sa famille sous la protection du roi , avec défense expresse d'y attenter. On n'en était pas resté là;
/,4a PARLEMENT DE NORMANDIE.
des panonceaux ' aux armes de France avaient été placés aux portes du palais et devant les maisons de tous les officiers du Parlement, au moment où l'armée royale débandée se précipitait dans Rouen par la brèche ; et, si emportés que fussent les soldats , ils avaient bien su comprendre quel danger il pouvait y avoir à violer le palais royal ( comme on parlait alors) , et des demeures que le souverain lui-même couvrait de sa royale égide. ^ Situation Lc siégc avait bien lardé au gré des membres
dos iiieiiibivs du Parlement, impatients de se revoir dans la
tin l'arlciiiPîit •!! 1 1 ' • 1 T • 1 "Il J
K rii< les ^'"^ "^ '^^^' résidence ordinaire. La ville de ;i i.oiivjiis. Louviers, préférée à cause de sa proximité, ne semblait pas assez sCire , "en l'absence surtout du duc d'Aumale , qui n'y pouvait jamais demeurer long-temps, étant l'un des principaux chefs de l'armée catholique. Le Parlement trouvant là des religionnaires en grand nombre, et découvrant bientôt leurs intelligences avec les rebelles de Rouen , avait prescrit des précautions pour mettre Louviers à l'abri d'une surprise. Ainsi , un guet de jour et de nuit y avait été établi. Des arrêts avaient été rendus pour défendre de porter des vivres à Rouen et aux
' Panonceaux, ou mieux: Peiinoncedux , du latin « Pennoiies », dérivant lui-même de « panmis », diap. I,cs pe/i/ioiisct pennonccnux étaient des drapeaux, des bannières. — Doui Carpcntier , Gloss., \° Penisones.
' Reg. secr.. 7 et 12 îM'lo!>re 1,>02
autres villes rebelles; pour fermer les portes de la ville aux femmes des séditieux de Rouen qui les y seraient allées visiter, et voudraient ensuite rentrer dans Louviers; pour expulser immédiatement les étrangers « notoirement diffamez d'estre de la nouvelle religion » ; pour contraindre à une profession de foi immédiate devant l'évèque d'Evreux, ceux qui n'étaient que suspects à cet égard '. Les habitants de Louviers n'étaient pas sCirs ; le capitaine De Béthencourt de Folleville, c[uiy commandait pour le roi, ne pouvait s'en faire obéir, les uns refusant de venir à la garde et v envoyant leurs valets; les autres répondant aux ordres des capitainespar des outrages ; en sorte qu'il parlait de s'en aller au camp , et avait déclaré aux gens du roi « qu'il ne prendroit charge de garder Louviers tant qu'il n'auroit sousluy que les habitants sur qui il ne pouvoit compter. " » Ceci se passait à la fin de septembre. Quelle perspective pour les magistrats réfugiés à Louviers, qui , par leur arrêt du 26 août, par les condamnations sans nombre qu'ils avaient prononcées et fait exécuter , chaque jour , sous leurs yeux, avaient excité contre eux de violentes haines et d'implacables ressentiments ! « Ceulx de Rouen ( cela se disait en plein Parlement ) pouvoient se cacher dans les boys et autres lieux , pour se ven-
Bes^., 22 août l.;C2. - Reg. srcr. , 1' octoJu'e Iâ62.
/,44 l'AKLEMENÏ 1)K NOUMANDIE.
ger de la mort de ceulx (jui avoient esté condamnez par la court et exécutez. » Après tant de malheurs essuyés à Rouen, fallait-il que de si pressants dani^ers menaçassent sans cesse ces magistrats dans l'exil? li La Justice ne pouvant cstre asseurêc sans garde ^ durant le temps présent » , des députés avaient été envoyés au camp devant Rouen, pour demander une garnison. A en croire le roi de Navarre , « le roy Charles estant si près d'eulx comme il estoit de tous costéz avec ses forces , l'ombre seule de scs ailes sufjisoità garder messieurs du Parlement , et Hz ne dévoient rien craindre. » On réussit mieux auprès du connétable, qui, non content d'avoir mis à la raison les chefs de la ville de Louviers, ne tarda guère à y envoyer une garnison, dont la présence assurait la liberté des juges et l'exécution de leurs arrêts'. Quoi qu'il en soit (on en peut croire l'ambassadeur d'Espagne, Perrenot de Chantonnay , qui avait eu occasion de les voir à Louviers) , «chascuu de ces magistratz avoit bonne envye de se veoir en sa maison. '» Souvent des processions générales avaient lieu dans Louviers, par leur ordre, « pour exciter le peuple à prier Dieu pour la prospérité du roy et de son armée ^. » Les
' lieg. secr., 1 pt S octolire 15G2.
' Mémoires de Coudé , tome 11, pa{;e 101 , cclit. de 1743.
* Jleg. secr., 2 oi't()l)i'e 1J02.
à Rouen.
nouvelles du camp étaient, chaque jour, attendues avec une vive impatience ; à chaque courrier qui arrivait, on crovait apiJrendre la réduction de Rouen. Le 27 octobre , enfin , dès le premier matin , des chevaucheiirs ayant apporté cette nouvelle tant désirée, le Parlement, après avoir assisté à un Te Deum ' d'actions de grâces dans l'église de Notre- Dame , ne songea plus qu'au départ; car il avait reçu de la reine-mère et du connétable les lettres les plus pressantes; et le roi voulait que tous les magistrats réfugiés rentrassent daus Rouen à sa suite'. Partis de Louviers le 28 au point du jour, Retour
Il . 1 1, t > M -t '''1 Parlement
«pour aller trouver le roy la part ou il seroit» , do Normamiic sans doute , en entrant dans Rouen , ils suivaient le monarque. Du moins , parmi d'anciennes estampes, faites à la gloire du Parlement de Normandie, et destinées à reproduire les faits les plus mémorables de son histoire , nous en avons remarqué une où l'on voit des magistrats suivant, à cheval, un roi qui entre par la brèche dans une ville réduite ; et l'inscription explique ainsi cette estampe: «ii?il562, après la prise de la ville ^ l'exptilsiondes liérétiques et des Anglais, le Parlement j, ramené par Charles IX ^ rentre dans Rouen par la brèche. ^)
' Reg. secr. , 27 octobre 1JG2. - Rcg secr. , 27 octobre lôG'Z.
■* « Seiiatiis, url)e ca|>t;i , pulsis ha'reticis atque Anglis , per ipsas inœnium ruinas, à Carolo IX reductus 1 jG2.» — Mss. bibl. royale, ( Porte-feuilles. }
Le Pnriomoni Ccci sc passail Ic 28 oclo])rc. Dcs Ic lendemain ,
contlii'ie,
à Rouen, tous nos magîstrals, réintégrés clans ce palais royal
les liRuctirs i> < • • . -i i •. p ii r •
de Loiiviers. û OU , SIX Hiois avant, il lour avai t iallu tuir , rccom- Diiiiosc mcncaienL à llouen les rigueurs de Louviers. La
d tnianilrevillc, ' *-^
Giiuiid lellre que le connélable Montmorency leur avait
de Soqiieiiee , , .
cotioii écrite du camp pour luUer leur venue , avait assez
de lîerlhouviilc, , >m . i • t t
cticminisiie annoucc cc qu iJ attendait deux. « Je vous prie Maiiorat, mis ^,^j^^ ^^ 7:cnir il Roueii . inconlinent la prescrite reccue
on jiijenient. '
(leur avail-il dit), pour ayder a donner ordre a
CE QUI SERA nécessaire POUR LE SERVICE DU RoY '. »
Pour qui connaissait le connétable et sa rigueur impitoyable envers les religionnaires, le sens^de ces paroles n'était point douteux, et on pouvait, à coup sûr, dresser les échafauds. A la vérité, la rébellion de la ville de Rouen, son refus opiniâtre de se soumettre à son jeune roi venu en personne pour la réduire, était un crime énorme dont les instigateurs n'avaient pu espérer l'impunité. Montgomméry était le plus coupable de tous, lui qui, récemment, avait menacé de « tailler en 2:)ièces ceux qui parleroient de se rendre^. » Mais, le 26, au moment où l'armée royale se précipitait par la brèche , ce chef de révoltés s'était enfui de Rouen sur une galère voguant à toutes rames, laissant dans l'abîme les malheureux qui l'en avaient
' Reg. secr. , 27 octobre I.i02.
- Hist. rrclrs. (le Tli. de R«''/<' , tome II, paijc 0.")8.
CHAULES IX. 447
Lien voulu croire. Dans ce sauve-qui-peut, le président Jean du Bosc d'Emandreville, les échevins Gruchel de Soqoence, Cotton de Berthouville , Pasquier Marlorat, et les trois autres ministres , tous les principaux, en un mot, s'étaient réfugiés où ils avaient pu, au Château, au Vieux-Palais, dans les clochers des églises ; mais on les eut bientôt trouvés dans ces cachettes. Le président Du Bosc d'Emandreville, surpris avec Marlorat, offrait deux mille écus d'or de sa vie et de celle du ministre. Pour toute réponse, on les plongea tous deux dans les cachots du Yieux-Palais , avec Soquence et Berthouville. Les trois autres ministres, Le Roux, Des Roches et Du Perron , moins odieux que Marlorat , et qui avaient joué un rôle fort secondaire, s'enfuirent de la ville , sans qu'on eût l'air d'y prendre garde. Il semble qu'on auraitpu du moins laisser les quatre prisonniers allendre en paix leur jugement, qui n'allait guère tarder; mais Marlorat, surtout, était Le connétable
1 • , i> / ,• I ? 1 1 • i> Moninioiencv
un objet d exécration pour le connétable, qui 1 ac- y^ invectiver cusait de tous les crimes de Rouen , de tous les . ^^^''''^'•''*
(Ions les cncliois
malheurs de cette grande cité; et Montmorency d" vicux-P;iiaii. voulut à toute force l'aller maudire dans son cachot: « Vous estes le séducteur de tout ce peuple^ , lui disait-il, entre autres choses. — Si je les ay séduits (répondait Marlorat) , Dieu m' a séduit le premier; car je ne leur ay presché f/ue lu pure parole de Dieu. — Votts estes un séditieux (reprit Montmorency),
418 PAP.LEMEiNT DE NORMANDIE.
i't causc'dc la î^iiy/tr de ccstc ville. — Je me rapporte ( répondait Marloiat ) à tous ceux de Rouen ^ de l'une et de l'autre religion, si je me suis meslé des alfaircs politiques j si J'oy tenu aucuns propos séditieux, ou sij'ay enseigné autre chose que la pure parole de Dieu. » L'entrevue continua sui' ce ton : « Je jure (dit enfin le connétable) que je vous feray congnoistre dans peu de jours que rostre Dieu ne vous sauvera pas de mes mains! » Après quoi « il se retira en grande furie'. » Le redoutable guerrier ne devait que trop fidèlement tenir sa parole ; et, dès le 29 octobre, non seulement Marlorat, mais Du Bosc d'Emandreville , Noël Cotton de Berthouville , Gruchet de Soquence , transférés, de nuit, aux prisons de la conciergerie du palais, montant l'un après l'aulio les degrés de la Tournelle, venaient, tour à tour, répondre , sur la sellette, à des juges dont ils savaient bien que le parti était pris h l'avance. Lcpusicient Lc président Du Bosc d'Emandreville, amené le
Du Bosc . . . , ^ , , , .
ci'Einandreviiic premier, paraissait la en accuse devant des juges devant SCS juges. pj^j-Q^j Icsqucls il avait siégé naguère, ayant été à'îxhoYà commissaire aux requêtes du palais-. — «Je recognois (dit-il en saluant le Parlement), je recognois la cour souveraine en justice , oiij'ay pris mes premiers honneurs. » Puis, parmi ses anciens
' Tii. de Bèzc, Hist^ ecclés. , tome II , p.T}j;cs 647 et suivantes. * 11 avait été reçu au l'aiicnient le .')0 janvier 1 j44.
ciiAr.i,i:s IX.
collùgiies, voyant des ennemis achai-nés, il en aurait voulu récuser quelques-uns. « Je ne puis ( disait-il ), accepter pour juges eeuLv que j'evois assis là pour méjuger; je les ay tous pris ù partie dès-lors f/u'ilz estaient séants à Louviers. » Mais, aupremier mot de récusation, l'avocat du roi Laurent Biuol, se levant brusquement de sou banc : « Tout cela ne tend (s'écria-t-il) qu'à récuser la pluspart des juges , à ccxte fin d'alonger sa vie; on co)moit D' Esmandreville pour estre assez caut ' ; mais sa finesse ne pourra jamais disjoindre telle assemblée... Sans l'escouter^ il en fault faire comme des aultres. » Entendant , parla , selon le stvle de Louviers, qu'il le fallait faire mourir. Accusé de la révolte de la ville, de l'opiniâtreté des habitants, de leur prise d'armes contre le roi, d'un traité avec l'Angleterre, du pillage des églises. Du Bosc d'Emandreville répondait que la violation de l'édit de janvier était cause de tout le trouble de la France; que le prince de Condé , de l'aveu de la reinc-mvre j avait pris les armes pour conserver les droits du monarque en
' Caut, ou caiilt, fin , avisé , rusé, subtil ; de « cautiis. » — « Icelui Motc, qui est cault et subtil »; Lettres de réniiss. de 142G. — Ileg. 173, charte 512 , du Trésor des chartes. — Doni Carpentier, \° C.At - TELLOSÈ. — Le inemier président Saint-Anthot, haranguant Charles IX, à Rouen , en Parlement, le 17 août 1503, représentait le renard comme plus caut et subtil c|ue l'homme. '' Lit de jiistire pour la (Irelaration de majorité.)
bas âge ; que , sous son aulorllé , s'c'iaient succédés, à Rouen, quatre lieutenants de joi , Lanquetot , d'abord ; après lui , IMorvilliers ; puis Briquemaut, et enfin Monlgoniméry. En servant sous eux, il n'avait point fait acte de séditieux, et on le calomniait en le (pialifiant chef de rebelles. Toujours lui et les siens avaient pcMisc avoir pris les armes pour le service de Dieu et du roi ; cent fois, le prince de Condé les avait assurés de l'approbation de la reine-mère. Pour les Anglais, lui et les autres du conseil de la ville s'étaient constamment refusés à les admeltie jusqu'après la prise du fort de Sainte- Catherine , épo([ue où cent vingt seulement de ces étrangers avaient été laissés entrer. Pour le renvoi des (juatre minisires, ce n'était pas lui seul, mais le conseil de ville , tout d'une voix , qui s'y était refusé, sachant bien que c'était là une exigence des Guises, plutôt que du roi et de la reine-mère. La dévastation, le pillage des églises, étaient le fait de la populace, non le sien ni celui de ses collègues, qui , connue lui, « altendoient que le magistrat y eust mis la main, avant appris au presche, yw'// fallait aster l'Ida la strie intérieure j premier (jiie de commencer à l'extérieure. Revenant du presche , le dimanche 3 may , et trouvant la ville en furie, // s'estait esbaliy paurr/uay an saccageait les maustiers (églises).» Pour les finances, il ne s'en était point voulu mêler.
Le ministre Marlorat parut le second ; on l'ac- Le ministre
,, . ,1 1 I •! • Marlorat.
cusait d avoir cause Je trouble; il protesta avoir, dans ses exboiiations, toujours condamné et déteste la révolte. On lui reprochait d'avoir été cause du sac de Rouen , (|u'eussent prévenu ses trois collègues et lui, en quittant la ville comme l'avait voulu le conseil du roi. A l'en croire, au contraire, quand il avait vu que la paix entre le roi et la ville ne tenait plus qu'à cela, il avait dû dire « qu'il estoit content plustost de s'en aller jusques au bout de la terre que d'estre cause de continuer la guerre, pourveu qu'il feiist licencié de son troupeau. » Au reproche d'avoir prêché la guerre : <-iSijel' ayprcschcc ( disait-il) , ça esté ainsy que j' ay appris en la parole
de Dieu » Mais il ne put achever sa phrase;
tous les magistrats s'étaient récriés ; et le président Lallemant lui imposant silence : « Ce n'est pas en ce lieu (dit-il au ministre) que vous en debvez conter. »
Yincent Gruchet de Soquence, conseiller de cruchct ville, accusé d'avoir présidé aux assemblées de l'Hôtel-de-Ville après le départ des lieutenants civil et criminel, assurait ne l'avoir entrepris que de l'aveu du Parlement et sur les instances de l'avocat du roi Laurent Bigot. Au reproche de s'être ingéré de rendre la justice après la retraite du Parlement, il objecta la clameur du peuple, qui, voyant tous les magistrats partis, criait i^ qu'il n'y avait point de justice » . et allait entrer en révolte ;
de Soqiionce.