‹ Histoire du Parlement de Normandie (volume 5)Chapitre 24 sur 30 · II. 3i · texte numérisé non relu

II. 3i

Les officiers dition aclvenue contre le premier président » , on

del'l)ôtp|-d('-villp ■ /- i i i »

de Rouen pcnsait , lui lond , comme le peuple, et on ne s en aurmcsi'i'res cacliait «^iière ; des députés étaient envoyés an de rigueur, j.qJ pour le oricr de ne pas croire « que cela feust

ainsi que icl);iilli ^ ^

de Rouen, procédé dcs nolablcs bourgeois de ceste ville» ,

Villehon . . , ,

d'Estouteviiie. encorc bien que les capitames de la garde bourgeoise se fussent montrés à la télé du mouvement, comme nous l'avons vu tout à l'heure. On louait la justice « d'avoir sy bien faict son debvoir, en condamnant trois personnes à mort , les quelz avoient esté exécutés. « Surtout , ces députés avaient charge de «supplier le roy, qu'il n'octroyast tant de grâces et pardons à ceulx qui avoient esté cause du tumulte et révolte de la ville de Rouen'. » Dans un conseil de ville, composé maintenant des plus ardents catholiques de Rouen et d'hommes avides de vengeance , il aurait fallu un chef modéré qui tempérât l'ardeur de tous ces bourgeois emportés. Mais c'était Yillebon d'Eslouteville qui, en qualité de bailli de Rouen, présidait à leurs assemblées ; et comment aurait-il pu les retenir, lui catholique plus ardent que les autres , lui séditieux ( dit Rrantôme ) , tant ses opinions étaient exaltées ; guerrier impétueux naguère, au point qu'on l'avait surnommé le capitaine BouttcfeUj mais « ayant si bien appris etaccoustumé àestre boutte-

' Rrf^. de /'hdtrl-dc-1'i/lr tie Rouen, l.iel 2l jainier lj6'2.

CHARLES JX. î,g;5

feu, qu'il ne s'en pouvoit désaccoustunier; aussi mettoit-il en teste des catholiques de faire toujours quelques insolences '. » Nous l'avons vu, au supplice de Marlorat , frapper d'une baguette ce malheureux qui allait mourir. On pourrait citer mille autres faits qui montreraient que ce n'était point là un chef qui convînt à cette grande ville émue, où couvaient tant de ressentiments, où s'agitaient tant d'hommes avides de vengeance.

Vers Noël, trois semaines environ avant ces der- Lg maréchal nières scènes, un "rand personnage, bien autrement '^^ vieiiieviiie

^ 1 Cl -^ est envoyé

puissant que Yillebon , et d'une humeur toute » Rouen pom

i-n-' . , , r TKi 1. 1 pacifier

dillerente, avait ete envoyé en Normandie avec des cette viiie. T^ouwo'iYsàe lieutenant général de la province. C'était ecemnei le maréchal de Yieilleville , avec qui nous avons déjà fait connaissance sous François II , et qui a un si grand nom dans l'histoire. On s'est demandé souvent quelles étaient les opinions religieuses de ce maréchal. Ceux qui l'accusaient de protestantisme rappelaient « le trop grand pied et accroissement » que , dans son gouvernement de la ville de Metz, il avait donné à la religion nouvelle , et faisaient re- . marquer « qu'il avoit marié sa seconde fille au sieur Du Lys , de Lorraine , qui estoit fort de la religion. » Mais, si l'on se rappelle comment , en

■ Hrantome, Discours Lxxxil , article''.: •> ,W. dr hi Brosse et y. le inareschal de Fieille^illc. >

4g4 l'AKI.KMI'NT I)K N(»l'. M A M)lr;.

1560, il avait traité les huguenols do Dieppe et leur temple, peut-être hésitera-t-on à le supposer si favorable à la relijiiou nouvelle ; et je croirais volontiers, avec ses apologistes, « qu'il estoit plus politique que religieux, qu'il ne vouloit rien troubler, mais pacifier tout s'il eustpu'.» Aussi paraissait-il avoir été envoyé en Normandie pour apaiser les esprits. A la vérité, charge lui avait été donnée de surveiller les mouvements de Coligny, qui rôdait autour de la province. Aussi le sut-il bien tenir en échec ; et son expédition sur Tancarville, dont il prit le château , très fort alors, fit du bruit dans le temps. Mais on l'avait envoyé à Rouen, «surtout pour y faire entretenir la paix, et faire vivre un chascun en repos, là où ilz ne faisoient que petites séditions et tumultes, autant par le mouvement du peuple que par les instigations et poussements de M. de Yillebon leur baillif'. n Son discours Au Parlement , dès son arrivée , il avait prêché

iiii Parlement. i». t^i i • i/ii- i

1 union. Parlant des projets de (^oligny sur la province : « J'espère, Messieurs, si bien faire, avec l'ayde de Dieu (avait-il dit), et vostre assistance unanime , qu'il s'en retournera avec sa courte honte ; et n'av pas advancé ce mot ttnanimc en vain ,

' Itrantome, Discours de 31. le mareschal de P'ieilleville. — Et Discours S^i" de M. de la Brotse et de M. le marfscluil de Vieilleville.

' Bratitonio , Discours de M. le nu/rcschnl de l'ieilleviUr.

(,IIAHLES IX. .„

KiV>

ny sans propos; car, si vous n'avez tous bonne intelligence ensemble, sans aucune partialité ou division, il sera très malaisé, mesme impossible, que les affaires réussissent au désir et contentement de sa Majesté, ni à vostre soulagement. Par ainsy, je vous prie, tous généralement, de toute affection, d'y bien regarder^ et rejeter toutes partialitéz et passions, sans vous ressentir nullement de ce qui est intervenu parmy vous au dernier siège de la ville , suivant cet ancien proverbe : Qui a la paix dedans j il )ie peut faillir de l'avoir dehors ' . »

C'étaient là des vues bien différentes de celles de Yillebon d'Estouteville; et on ne pouvait, d'ailleurs, être moins d'accord que ces deux hommes unis toutefois par les liens du sang. A la vérité , Yieilleville était un matamore devant qui il fallait que tout s'humiliât et rentrât dans la poussière. On a vu, sous François II, ce qu'il fit dire à Villebon, qui lui offrait un asile dans le château de Rouen , où il se tenait resserré par peur ; il se vante , dans ses, Mémoires j de la fausse alarme qu'il lui avait fait donner alors, et qui livra le grand-bailli aux risées de la ville.

Cette fois, ne l'apercevant point à Darnétal , parmi

• Mémoires du mrireschul de T'ieilleville , collection Petilot, 1" série, tome xxviit, page 97.

PARLEMLM DE Nor.MA.NblJ:.

Aigreurs entre le maréchal et Villeboii

d'Estouteville, grand-bailli de Rouen.

quelques députés do la ville qui l'y étaient venus saluer comme il arrivait à Jiouen , il n'y avait eu propos liuniilianls qu'il n'eût tenus contre lui . « disant tout haut qu'il descouvroit bien, par ce trait, que sa venue n'estoit pas agréable à M. de Yillebon; qu'il s'esbabissoit , veu son aage , qu'il ignorast le pouvoir d'un niarescbal de France, qui pouvoit destituer un lieutenant de roy , et lui en substituer un autre à sa volonté. Et sinotis 71' estions parents ( ajouta-t-il ) , Je hiy ferais praticquer teste ancienne ordonnance. ^^ Belle entrée, sans doute, d'un maréchal de France envoyé pour tout pacifier ! Ces insolences et cent autres, rapportées à Yillebon , ravivaient les anciens griefs. Un D'Estouteville , un vieillard avait peine à supporter de tels et si publics aflVonts dans la ville de son gouvernement. Leurs opinions, si différentes , venaient encore tout aigrir; et on put craindre des scènes fâcheuses , mais sans prévoir assurément jusqu'où serait porté le mal. Disons quel événement déplorable fut le premier acte de la sanglante tragédie dont Rouen allait encore être le théâtre; et, sans repousser entièrement le récit que Vieilleville luimême , ou jilutot Carloix, son secrétaire , nous en a laissé dans ses Mémoires., rectifions leurs erreurs et lems inexactitudes, peut-être volontaires, nous aidant, pour cela, des autres auteurs qui en ont parlé, et d'une chronicpu* inédite, souvent con-

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siiltée par nous sur les événements de ce temps, et que nous n'avons jamais trouvée en défaut.

On a vu la sédition de janvier contre le premier Mustei

président ibamt-Antliot, et a combien peu il avait avocat du roi,

tenu que ce grand magistrat y perdît la vie ; l'exécu- ^" Rouèn^*'

tion de trois malheureux reli^ionnaires s'en était *"'' assassine

^ ;'il;i porte du Bac.

suivie; après quoi, la multitude échauflée , parcourant les rues, tuait les hommes suspects qu'elle rencontrait, et menaçait ceux qui s'étaient jusque là soustraits à sa fureur. L'avocat du roi au bailliao:e de Rouen, Jean Mustel de Boscroger, était un de ces suspects dont ils avaient juré la mort. Il ne paraît pas qu'il fût religionnaire. De Bèze déclare expressément « qu'il n'avoit jamais fait profession de la religion » ; mais alors on était huguenot à bon marché. Modéré sans doute, au milieu d'autres magistrats emportés, auprès du lieutenant de Brévedent , par exemple , qui, las de juger des huguenots, disait de jeter les autres en masse à la rivière , Mustel de Boscro2;er n'avait <>;uère tardé à être noté comme suspect, « et estoit réputé pour liérétlque^^ , dit l'ambassadeur d'Espagne déjà cité ; on allait jusqu'à lui imputer d'avoir adhéré aux complots des calvinistes * rebelles qui , au mois d'avril , s'étaient rendus maîtres de la ville; maisnousn'avonsrien vu qui pût justifier ces soupçons. Quoi qu'il en soit, revenu à Rouen *

depuis peu, comme le premier président Saint- Anthol , après qu'il eut ni les indignes traitements

48S PAP.LJ'MlvM DE NOKMA.NDli;.

essuyés par ce iiiagislral , el les fureurs du peuple tant contre les religionnaires que contre les catholiques modérés, il n'avait plus songé qu'à s'enfuir. En grand secret, donc, il était monté sur une barque, qui devait le passer de l'autre côté de la Seine; et déjà il se pouvait croire hors des mains de ses ennemis, lorsque de grands cris vinrent le désabuser cruellement; d'autres barques, pleines de gens armés, s'étaient élancées du port à sa poursuite ; il ne fallait plus songer à descendre sur la rive opposée , où on l'eût eu bientôt ratteint. Le batelier, à force de rames, avait gagné une galère en station sur la Seine, où il avait déposé son malheureux passager, le croyant sans doute en sûreté. En effet , les gens de la galère l'accueillirent , prirent son sort en pitié, refusèrent de le livrer aux gens des autres barques, qui le leur demandaient à grands cris; et, attaqués par ces furieux, trois heures durant ils leur résistèrent vigoureusement , refusant à tout prix de leur livrer Roscroger. Pourquoi des hommes, d'abord si braves, finirentils par se montrer si faibles? Les soldats et bourgeois armés des barques assaillantes se disaient envoyés par le bailli Yillebon pour arrêter Boscroger et l'aller livrer à la justice ; il se pouvait, en effet , que parmi eux fussent des gardes du bailli ; et nos dïiïérenis Mémo UTs, bien comparés, semblent ne permettre guère d'en douter; mais, après

ClIAULliS I\. 489

un combat de trois lieuros avec eux, était-il temps de les eu croire; et devaif-ou s'en fier du sort d'un malheureux fugitif à tant d'hommes échaulTés par le combat , irrités de la longue et inattendue résistance qu'ils avaient rencontrée? Ils avaient fini , quoi qu'il en soit , par se faire écouter des gens de la galère , en protestant qu'il ne s'agissait que de livrer aux mains de la justice un coupable qu'elle poursuivait, et en jurant mille fois qu'il ne lui serait fait aucun mal. Boscroger n'eut donc plus qu'à se résoudre ; au moment où on le livrait aux gens des barques, les voyant outrés, et sentant bien que c'en était fait de lui , il proféra quelques paroles qui eussent dû apaiser leur fureur. « Messieurs ( dit-il ) , je ne suis chargé de crime prive ny public; il n'y a accusation ny information contre moy. En tous ces tumultes passez , je n'ay faict chose pour la quelle je craigne la face de justice , par quelques loys ou juges qu'elle soit exercée. Mais plus tost auray-je offensé Dieu ^ à estre froid au service de son notiij, et pour avoir trop suivy les opinions de ceux qui n'aiment Dieu ny eux-mesmes. O Dieu! ton vouloir est inévitable... Je prie ta miséricorde que l'outrage que ces gens- là pourroient faire à mon corps ne trouble mon amé; allons ^ mes amis^ ! »

De Bèzc , Histoire ecclés. , tome II , page 671 eî suivantes.

490 PAIUJ'.MKM DE NOlîMANDlE.

J.e maiéiiK.i Cq dcvait ôlro son lostamcnl de mort. Livré

tifi Vioillcvillc

ot ses Koiis par les gens de la <;alère. il avait été déposé dans

iin|)iit(iit 1 • -1 '. •< ^ • ' IJ t

i)ui)ii,|,uiuriit ^^^^' barque; mais il y clail a peine, qu un soldat i'ass,.ssin;it |j,j gg^^ina uu COUD d'épéc sur la tête , sans le tuer

de Mnstel r r '

de Boscroger eucore loutelois ; la barciue put s'arrêter devant la

à VillelHJii ^ ^ ^

d'Esiouttviiie, portf clu liaCj et Boscroger , blessé , en sortir baigné en ouiie, d'avoir ^l^ns SOU saug ; puis , sous la porte du Bac, assailli volé sa viciuiic. jg jçj^ij, côtés à coups de piques, d'épées, d'arquebuses , enfin il tomba et rendit l'ame. Il se trouva là des misérables qui le dépouillèrent; son cadavre nu et sanglant resta gisant dans la fange , et y demeura, le croira-t-on? deux jours presque entiers, « sans qu'il y eust homme qui l'osast remuer de là' , hormis les enfants, qui le vouloient traîner par les rues. » Et voilà ce qu'on avait gagné à armer tout un peuple fanatique , ivre de haine et de vengeance !

A la fin , pourtant , ils ouvraient les yeux à l'hôtel de ville. Le conseil avait envoyé, de maison en maison , défendre à tous bourgeois de s'armer sans l'ordre exprès des capitaines, et leur enjoindre de se saisir des armes de leurs serviteurs , dont on les déclarait responsables. « 11 est très requis et nécessaire (s'écriaient les conseillers et échevins) de donner ordre à ces tumultes, et que telz mouvements et séditions ne soyent, d'ores en avant, faictes

' Mcmnires fie Condr , foiiic II, \y,\'^r 127.

CHARLES JX. ,«,,

Rouen, pour éviter que le roy , ayant enlendu telles séditions, use de telles rigueurs contre la ville que chacun en vienne au repentir , et c[u'il envoyé grande garnison, c|ue la ville sera contraincte soustenir à ses coustz et despens, qui feront plusieurs oultrages aux bourgeois de la ville '. »

Bientôt, en effet, la ville de Rouen allait porter la peine de toutes les horreurs dont, depuis trois mois, elle était le théâtre; et de nouveaux malheurs l'attendaient , plus grands encore que ceux c[u'elle avait pu craindre. A la nouvelle de l'assassinat de Mustel de Boscroger, on peut penser combien Yieilleville s'était indigné, lui envoyé dans ce pays pour tout tenir en patience. Comme si ce meurtre, environné de si hideuses circonstances, n'eut pas déjà été une action assez noire, on était allé lui en faire un récit bien différent du nôtre, et qu'il eut le malheur de croire (car nous ne pouvons penser qu'il l'eut inventé lui-même, si vive que fût sa haine pour Villebon d'Estouteville, et quelque intérêt qu'il eût, dans ses Mémoires, à rejeter tous les torts sur le bailli et ses adhérents. ) Commençons par dire que c'est de Mustel de Boscroger qu'il a entendu parler dans ses Mémoires j, sous le nom de Boisgiraud ( qu'il emploie par erreur) ; et que Boscroger était avocat du roi,

' /feç. lie rhotrl-df-TÎllc (If Rouen, H janvier lâG2.

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