II. àS
;-,!', TAP.l.KMl'lAr DE NOP.M AXDIK.
aiilhentiquo.s et en tonne comme elles étaient, s'il lût allé les présenter an palais, le Parlement les anrait enregistrées tout d'une voix , avec une joie infinie; et, disposé comme il l'élaif par les procéd('s de Yieilleville, enl promis el d(»Mné au nouvel envoyé du roi son assistance el celle de la ville tout entière, dette présentation de pouvoirs n'eut pas lieu poiu- l'heure, soit par l'efiet d'une secrète ruse de Yieilleville, comme ce dernier s'en est vanté lui-môme dans ses Mémoires ; soit cpieBrissac craignît toujours des conflits, dont la ville, déjà si
Le Parlement malheureusc , aurait eu encore à souUVir. Le Paren corps . . ,■•111
va saluer Brissac, Icmeut avait cru clevou" , toutclois, aller saluer
c*ii \mbhc, Brissac, qui , ainsi cjue Yieilleville , était logé à Saint-
dfts deux mare- Q^^ç^y ] g président Lallcmaut le remercia de n'a-
chaux, les plus l
glandes marques yoir poiut amcué SCS troupcs, (lout la venue eût
d'honneur. '■ *-
achevé la ruine d'une ville si terriblement désolée depuis quinze mois. Soit c[ue ce discours eût agréé à Yieilleville, cjui était là, soit que ces deux guerriers sentissent , enfin , le besoin d'honorer, aux yeux des peuples, une cour souveraine si haut placée, la ville vit, ce jour-là, un spectacle bien fait pour ^ lui plaire ; tous les membres de son Parlement, en
robes, partant de Sain t-Ouen, accompagnés par deux maréchaux de France , qui les avaient voulu reconduire , et qui , suivis d'une foule de gentilshommes, les menèrent ainsi jusqu'au palais; «ce qui, dit ^ ieilh^vilh* . rt'jouissoit beaucou]) le peuple estant
CHARLES TX. 5(5
par les mes où toute cette grande troupe passa. » Hommage rendu à la justice , par la conscience de ces guerriers trop enclins, pour l'ordinaire, à la méconnaître , à l'outrager même dans ses représentants!
Les choses demeurèrent ainsi pendant un mois; viikhon
11 / 1 1 • 1' 1 -1 indignement
les deux marecJiaux hien d accord, comme il sem- chassé de la viiie l)la;ï, et passant le temps « en joutes, tournois et ^'^'i^'b^j^J^^ ''' courses de bagues. » Vieilleville sentait bien que tôt ou tard il lui faudrait céder la place au nouveau lieutenant-général. Mais quitter Rouen et y laisser Yillebon, c'était une idée qu'il ne pouvait supporter ; à ses yeux , c'eût été laisser l'ermemi en possession du champ de bataille. Villebon à Rouen , le gênait au delà de ce qu'on saurait dire. Au château , qu'il habitait comme bailli et gouverneur, ce n'étaient que visites et empressements de gentilshommes , de magistrats , de bourgeois notables . de ceux, surtout , en grand nombre , dont les opinions étaient conformes aux siennes, et qui allaient le consoler dans ses souffrances. Le conseiller Longpaon pouvait bien en être , ainsi que d'autres membres du Parlement. Vieilleville le dit , et on . ne voit pas de motifs pour que tout ce monde se louât beaucoup delà mansuétude et de la modération de Vieilleville. Aussi étaient-ce là conspirations et complots aux yeux du maréchal , qui s'efforce de peindre très en noir ces visites se pro-
1il6 PARLEMENT DE N(>RM\XDIE.
longeant \c soir, et les visiteurs se retirant sans lanternes, ee qu'il trouvait olrange de la part d'hommes très riches pour la plupait et d'une condilion élevée. Yieilleville, à l'en croire, éiait, joiiret iiuil, en appréhension de quehpie révolte (comme s'il n'eût j)as été maître al)soln dans inie vilh» qu'il venait d'anéantir); et il ne parlait que d'envoyer Tin exprès dire au roi qu'il ne pouvait demeurer à Rouen si \illebon y restait. Le maréchal de Brissac élail las de n'entendre plus que ces discours; et il pouvait l)ien craindre qu'en ciTet il ne se remuât, à la fui, quelque chose dans Rouen , par suite des justes ressentiments de Villehon et de tous ses amis.
Tous les efl'orts faits pour apaiser les deux en- Casieiiiaii ucmis avaicut échoué. Le fameux Michel de Cas-
cnvoyc ;i Rouen i ii • • u i i
pour réconcilier tcluau, 1 uutcur ocs iM cmoirf S j, vuit, par I ordre du ''';"'";'"" roi , voir , à Rouen , Yieilleville et Yillebon ; il leur
et Vllleljon ; ' ' ' '
il échoue. exprima le dé]>laisir que ressentait le monarque de cet accident survenu à l'un et à l'autre; les conjurant de tout oublier. Mais il n'avait pu se faire écouter; « chacun d'eux ( dit-il) voulant rejeter le tort sur son comjiagnon. » Il ajoute même que Yillebon « ne parloit que de mettre la vie et employer tous ses amis , pour avoir sa revanche ' . » Brissac savait tout cela; il voyait l^ien , aussi , que
' Mrmoiirs dr Michel df Cdstcliuni , IImc iv. cli.ipitro 7.
<:HAl'.tliS T-X. .,n
tant que \illebou serait à Rouen , il ne fallait point espérer d'en voir partir Yieillevilie, et de se faire reconnaître lui-même comme lieutenant-général à sa place. 11 se résolut donc de tout finir; mais il faut déplorer l'indigne moyen qu'il ne rougit pas d'employer. Ln matin, donc, une troupe de gens armés alla comme assaillir le château, pour contraindre Villebon d'en s<3rtir sur l'heure. Le maréchal de Brissac n'avait pas honte de commander cette exj)édition, prétextant des ordres du roi, qu'il n'avait point reçus. Il fit sortir un D'Estouteville , gouverneur de Rouen , grand bailli , un vieux et renommé capitaine , chevalier des ordres , de la demeure que lui assignaient son poste et les ordres de son roi; il exposa ainsi un vieillard mutilé tout à l'heure , « tout malade qu'il estoit , avec madame de Yillebou , les dames , damoiselles , et toutes sortes de domestiques, qu'il mist dehors , en grande coUtc , disant (mensongèrement) qu'il avoit ordre du roy de le faire. 11 fit jeter tous leurs meubles en la rue devant le château, en quoy il y eut tant de cris, de mescontèntement et de larmes, que ç-estoit chose très pitoyable à voir » , dit Vieilleville, qu'on en peutbieii croire. Mais, dans Rouen , . qu'il gouvernait depuis si long-temps , il fallait qu'il • eût su gagner bien des cœurs , ce Villebon que les rehgionnaires nous ont peint de couleurs si noires ; car le bruit de cette : nouvelle infortune
;,18 PAllLEMKiNT 1)K N()!'.MAM)Ili .
n'eut pas ]>lulôt couru par la ville, qu'on vil les bourgeois eu ioule accourir au château pour porter secours à leur bailli, non par les armes; car (pi'eusseul-ils pu contre ces soldats c[ue commandait Jbissac? mais, en lui donnant, tous ensemble, les larmes aux yeux, tout ce dont il pouvait avoir besoin pour lui et les siens, dans une expulsion si imprévue et si précipitée. « En moins de deux heures, ils luy procurèrent une litière pour luy , des chariots pour les femmes , des chevaux pour les gentilshommes de sa suite, et des charois poiules bagages. » (]omment eùt-on donc expulsé du château de Rouen les Anglais parvenus à s'en rendre maîtres quelques instants, par surprise? Brissac était là, lui, maréchal de France, chassant devant lui avec ignominie , Yillebon , ses parents , ses valets, «quelque doléance que pussen' faire ces povres désolez. » Quoi qu'eût pu faire Yillebon , el a quelques exagérations que son zèle outré l'ei'U emporté naguère , le sort, à son égard, se montrait bien dur; et on voit avec peine des écrivains du temjjs ne trouver que de l'ironie pour des malheurs qui punissaient si cruellement ce vieillard. Ainsi, Théodore de Bèze, en parlant de la main coupée par l'épée de Yieilleville , dit que « Yillebon , pouimieux apprester à rire de son malheur, la fisl enterrer avec autant el [)lus de cérémonies que luy-
CHAULES IX. 5J9
mesme ne le lut puis après'. » C'était la même main qui naguère avait frappé Marlorat aux pieds de l'échafaud; De Bèze a soin de le remarquer quelque part, et on veut bien, à cause de cela, excuser un peu sa colère. Mais on pardonne moins volontiers à De Thou , lorsqu'il vient nous dire que « toute la réparation que Villebon ( qui était vain, remarque-t-il ) put tirer de cette injure, fut que son bras coupé serait porté avec pompe dans les rues , et honorablement enterré". »
Nous venons , nous, de montrer, comment, en léalité, cette injure avait été réparée par Brissac; et si l'on s'indigne de ces fureurs brutales de la part d'hommes de guerre sans règle et sans frein , que dire de la complaisance avec laquelle en parle un magistrat, un historien, c'est-à-dire un homme d'étude et d'intelligence, qui semblait devoir priser davantage la dignité humaine? Pour la cérémonie du bras , inhumé jx)mpeusement , dit-on . après avoir été porté en triomphe , Yieilleville n'en parle pas, lui si prolixe sur cette affaire et surtout ce qui l'a pu suivre ; nous l'avons même vu se vanter d'avoir gardé cette main pour s'en faire un moyen de défense auprès du roi, et la refuser aux neveux qui la voulaient emporter.
' Théodore de lièzc , Histoire ecclcs., toinc II , page 670. ■ De Thou, Histoire universelle, livre xxxviii.
.-,20 PAULEMEiNT DE iNOU.M AADIE .
Quant à sa justificalion auprès du roi, Meillevillo n'en paraissait <i;ucre on peine. Pour toute excuse à Charles IX . (|u'il était allé trouver à Orléans. six semaines environ après les scènes de Saint-Onen , il voulut bien dire qu'il en était très f'aschc, mais que cela avait été inévitable; encore lui sembla-t-il aussitôt que c'était par trop s'humilier : « En tout é cèncmcnt j Sire (ajouta-t-il, comme en se reprenant), je n'ay aukun besoin de voslre grâce ny d' aucune rémission ; car, meure M. de Villebon (fiuind il voudra , les quaranU jours depuis que je le ùlessay sont passez et au-delà. « Le maréchal avait, d'ailleurs, déclaré, en arrivant, qu'Une voulait plus commander à Rouen ; comme s'il n'eût pas été , depuis long-temps, remplacé par Brissac, et qu'en retenant, quelque temps, le commandement, au mépris de la nomination d'un autre lieutenant général , nommé en son lieu , il n'eût pas commis un acte de rébellion, un crime de lèse-majesté! N'importe, Charles IX n'avait que treize ans ; l'au- • . . .. ; torité royale était bien débile ; les armées ennemies • • . campaient dans le royaume et à quarante lieues
. •. •- . seulement de Paris; en entendant les insolences . - ■ ' • de Vieilleville , on feignit d'être ravi d'aise , et . . (disent les mémoires de Carloix) « ainsi s'en alla
' ■ M. le mareschal, laissant sou roy et bon maistre très content de ses services et braves dépOrtements. »
Mort dfVilJrl)Oli •. \ . ^ \ ■ . , . ■
<rEstontc\iiic. Villebon devait bientôt revenir à Roiien, o\i il mou-
lui au mois d'août 1565, peu corrigé, disons-le, par tant d'infortunes , puisque son exaltation religieuse, qui naguère lui avait coûté la main, fut, à la fin, cause de sa mort. Car, au mois d'août 1565, comme un gentilhomme (Pierre de Vimont , vicomte de Montivilliers) mis en jugement et condamné au bailliage (par l'ordre du grand bailli Villebon) 3 à avoir la tête tranchée, pour port d'armes illicites, eut aussitôt interjeté appel de la sentence, et été amené , sur l'heure , à la conciergerie du palais, Yillcbon était accouru en hâte au Parlement , disant que Vimont avait été jugé présidialement, partant sans appel, et redemandant, à grands cris, le prisonnier, pour lui faire, le jour même, trancher la tête. Mais on lui avait dit, pour toute réponse, que le Parlement était saisi. Le lendemain 15 (jour de l'Assomption) était fête ; et, le 16, le Parlement, qu'avait sollicité, dans l'intervalle , le maréchal de Montmorency , protecteur de Vimont, en tint quitte ce condamné pour 3.00 liv. d'amende. Mais, alors, Villebon^ outré de voir. sa sentence »\ns\ mise annéant , et Vimont absous , en tomba malade , et mourut, à peu d'heures de cet.arrêt qui lui avait fait tant de peine V
■ Reg. de TourneUe , 16 août t565;- et additions de Le Laboureur'aux Mémohes. de Michel de CV^stehutu , t(fme II; pages 208, ?.69. %-■ Les dates Soiil m'a1.iiidit|U('r:? dans «et oiivrajïe; . ' .'
reconunenci'iit.
à2t> l'A!W.K\lEM l)i: NOIIMAXUIE.
1,0 maitchai H Semble queBrissac n'eût si ignominieusenienl
dcBiissac, chassé YilIel)Oii de llouen que par ce qu'il savait
naiu gcncrai qu'eiisuite Yieilleville n'y resterait guère. Car,
Les rigueurs lorsqu'il se fut enfin fait reconnaître en qualité de
contre les , . r r i • i i
reiigionnaires lieutenant gênerai, et que ses pouvou^s eurent ete lus au Parlement et publiés en tous lieux, il parut assez que ses opinions ne difléraient guère de celles du vieux bailli qu'il avait si durement expulsé. Il était à peine en fonctions, que les rigueurs et les procédures recommencèrent «contre les séditieux et autres de la nouvelle religion, » C'est qu'aussi on les voyait recommencer leurs prêches, que les catholiques s'en indignaient, et qu'enfin de nouvelles séditions semblaient a craindre. « Pour éviter donc au danger où ilz pourroient mettre la ville » , on prit une résolution qui semblait bien hardie. Ils eurent à choisir entre abjurer et sortir de Rouen. Notre chronique inédite, déjà tant de fois citée , y est expresse. « Il fut ordonné (dit-elle) que, pour éviter le danger où ilz pourroient mettre la ville, ilz sortiroient de Rouen , tant hommes que femmes et enfants, s'ilz ne vouloient vivre, d'ores en avant, comme bons catholiques , en faisant profession de la foy catholique. » Ce n'était pas là une vaine menace, et la mesure « fut exécutée sur aucuns obstinez » , c'est-à-dire que des religionnaires se virent expulsés de la ville, et ils étaient en plus grand nombre que ne semble l'indiquer
la chronique; on no lardera guère à le voir! Qu'é- I ait donc devenu l'cdit de janvier , qui autorisait les prêches dans les faubourgs? Et si la scène désastreuse de Vassy avait passé , à tort, aux yeux des religionnaires , pour une abrogation violente et à main armée de cet édit de tolérance , les catholiques, en paraissant regarder l'édit comme non avenu, et en agissant ouvertement comme s'il n'eût jamais existé , ne justifiaient-ils pas, pour ainsi dire, tous les excès des huguenots? Longpaon et les autres magistrats de son parti étaient revenus à Rouen après le départ de Yieilleville , et les religionnaires s'étaient aussitôt ressentis de leur présence. Ces violences, au reste, n'allaient guère durer. En cour, on voyait les choses de plus haut ; lavoix de L'Hôpital était écoutée, pour l'heure, dans les conseils; c'était dire assez que les mesures de modération et de douceur allaient prévaloir, pour quelque temps du moins. Il semblait à ce grand homme que, dans un royaume à demi ruiné par tant de troubles, il fallait cesser des rigueurs propres seulement à les éterniser ; que l'ennemi étant en France (car les Anglais étaient toujours maîtres du Havre et s'y fortifiaient chaque jour), il ne fallait plus songer qu'à unir ensemble tous les Français pour expulser l'ennemi commun de la France. « La maladie , enfin, (on reconnaît les images familières à L'Hôpital), la maladie estant
r,24 rARLE.MEM" DE NORMANDIE.
cachée dans les entrailles et esprit dn penple, la guerre et la force n'estoient le remède propre et convenable » ; et « l'aigreur de ceste maladie devoit estre pacil'iée par la douceur'. » Sans figure, on avait pu tout faire, autrefois, pour empêcher la réforme de pénétrer dans le royaume; mais, naturahsée maintenant malgré tant d'eiforts , elle devait y être tolérée; ou du moins il ne fallait plus rien attendre , contre elle , que de la patience et du temps.
Edit d'Amboise ^-v . , , • t> > f i m f\ i- #> j
(19 mars 1562), ^^ CCS idccs uaquit 1 cdit du 19 mars , dit a Amties mal accueilli [^gigç h\(;i\ contraire, assurément, aux rigueurs
a Rouen. ' ' o
dont Rouen était, depuis quelque temps, le théâtre. Car cette loi voulait que chacun « pust vivre et demeurer partoiU en sa maison], librement, sans estre recherché ne molesté , forcé ne contrainct pour le faict de sa conscience. » Elle voulait que l'exercice de la religion pût recommencer dans toutes les villes où précédemment il avait eu ■ . lieu; qu'il y eût , en chaque bailliage ou séné-
■• . chaussée, une ville où cet exercice fût permis;
-, .. que tous les barons , châtelains , hauts justiciers , • - ".. : seigneurs, ayant plein fief de haubert; pussent ■ • ' '• .exercer la religion nouvelle, avec leurs familtes et v?i9,^ixux. Ê//eréinlègroit dans leurs fonctions les re- .■ Ugionnalres que leurs opinions avoient fait interdire.
* Prcaïuhulc de l'i-rlit rlul'.» n Kir 8.1',) (>••'.
CHARLES IX. r,2j
l'.nlin , comme il s'agissait d'opérer une réconcilialion universelle entre tous les Français, l'édit leur défendait à tous de se rien reprocher au sujet des événements passés.
Mais combien il y a de maladies où tout remède loinne en poison ! Rouen ne se pouvait remettre des maux indicibles cju'il avait souflerts; et on a VII combien tout ce qui s'était jjassé dans cette ville, depuis le sac , était peu propre à les lui faire oublier. Au premier mot qui fut dit du nouvel édit d'Amboise , au Parlement, ù l'Hôtel-de-Ville , au chapitre, partout en un mot, il n'y eut qu'un cri de réprobation. Avant même de l'avoir vu , le chapitre , par une protestation spontanée , s'était réservé le droit de poursuivre toujours en réparation ceux qui , pendant les troubles, avaient pillé et démoli ses nombreux domaines ' ; et comme, avertis des dispositions favorables du gouvernement, les plus remuants des religionnaires de Rouen s'étaient i empressés de chanter à haute voix les psaumes { français de Marot, l'Hètel-de-YiHe écrivit au roi , à 1 la reine-mère , au cardinal de Rourbon , et au duc I de Montpensier , « pour que la ville , vicomte et I bailliage , fust exemptée de presches , ministres , et tous autres actes de la nouvelle religion". » L'édit,
i ' Beg. capitul. Ecoles, rothoin., 19 aviil 1563. ^ Be^. de l'hôtel-de-ville de Rouen , G aviil 1563.
-,2i; rARLi:Mi:M- de \(H\.\IAXDIE.
Rcpiii.nance enfin, élanl paiveuii au J*arl(Miient, avec ordre de
<lii P.'irlfmcrit
de lîoucii pour l'cnre^islrer sans délai; après qn'il eut été lu et
rédil (l'Aiiil)()i.se. • ' v i i' i i i t ' , r r
examine a la grand chanibre , des députes lurent envoyés en cour , « j^our aller laire quelque remoustrance au roy , avant que de publier iccluy paient '. » Ceci s'était passé le 8 avril , en l'absence de Brissac; le 15, le maréchal arrivait à Rouen j)our ])resser le Parlement d'en finir; et, dès le lendemain, redit fut enregistré à la grand'chambre , mais à huis clos seulement , avec des précautions qui avaient pour but de gaguer du temps et d'en profiter pour obtenir des changements. « La publication et les modifications finent donc tenues secrètes, parce qu'elles regardoient le moyen de l'exécution'. » De nouveaux députés furent envoyés en cour, tant par le Parlement que par l'Ilôtel-de-Yille. L'édit déplaisait fort; et on voulait, ou le faire abroger entièrement, ou le faire notablement modifier. Quanta obtenir qu'il fût abrogé, les députés eurent bientôt reconnu qu'il n'y fallait plus songer. Catherine de Médicis leur dit que, « pour le bien du royaulme et pour la conservation de Testât d'iceluy, il avoit esté de nécessité, par le conseil des princes et grands seigneurs en ce royaulme, se condescendre à l' estât de la paix^
' r.hroni<|iu' ins. du xvi" sièrlo , dc'-jà c\tvc. ' Alt'iiir ('Iirimi(|iic.
CHARLES IX. y,;
el que, pour cest effect, ilz se debvoient accorder les ungs avec les aultres '. » Restait à se débattre Les catholiques sur l'exécution et les détails. Ainsi, une des pre- ,-pr„s!ienr"'oamières conséquences de l'édit eût été d'ouvrir les Y'\ '", )-""«'*
^ de la vjlle aux
portes de Rouen aux relii^ionnaires fugitifs ou itiigiontiaircs
*" qui en étaient
bannis , qui, sachant bien les termes de l'édit, rô- sonis, et qu'on
I • . ' . 1 T» r ' 1 appelait
daient armes autour de Rouen , épiant le moment fo7--issites. d'y rentrer pour braver leurs ennemis humiliés, deux qui gouvernaient la vilie ne se pouvaient résoudre à les recevoir; il n'y eut pas de moyens que les députés n'imaginassent pour empêcher ou relarder tout au moins la rentrée des for-issites; on appelait ainsi les religionnaires fugitifs ou bannis. Ainsi , ils demandaient qu'on attendît , pour les faire rentrer, la reddition des villes de Caen , de Dieppe et du Havre , qu'occupaient encore les rebelles. Mais on leur répondait que ie roi saurait bien reprendre ces trois villes; ils disaient, alors, que, parmi les for-issites j se trouvaient nombre de gens perdus, de meurtriers , « des brigands, voleurs, larrons , meurtriers , d(îs gens qui , pendant le siège, s'estoient couverts de crimes, » suppliants qu'on les dispensât d'admettre ces gens-là. Mais, pour toute réponse, on leur disait de montrer des informations juridiques qui établissent les crimes de ceux qu'ils voulaient ainsi proscrire. Ils auraient
' Vetr. de rh(')tfl-(lr-)Hllc (le Hotifii , H mai \'M\[',. . 4|
528 rARLEMKM' DE AORWANDIE.
voulu, du moins, que les for-issitcs ^ avant d'êlre admis, envoyassent aux magistrats leurs noms et l'indication de leurs tlemeures, afin qu'on pût visiter leurs maisons et y prendre les armes qu'ils y auraient laissées. On leur objecta l'édit de mars, dont un article était contraire à cette demande. En désespoir de cause, ils demandaient enfin que les religionnaires interdits naguère de leurs oiFices pour leurs opinions, ne rentrassent dans Rouen que comme simples particuliers, avec défense de reprendre leurs fonctions ; mais on leur répondit encore par la disposition du dernier édit qui déclarait réintégrés dans leurs offices les religionnaires qui en avaient été privés naguère '.
Excès Force avait donc été aux députés de revenir à
dans Rouen , repoussés sur tous les points. Pendant ces
'*^dfRouri'i^ pourparlers , les for-issiles perdaient patience ; reetdans los poussés aux portcs de la ville , ils se vengeaient sur
villages voisins.
nos faubourgs, et sur les villages voisins qu'ils dévastaient. Chac[ue journée éclairait des conflits sanglants, des meurtres, des scènes de pillage. Tristes suites d'un édit donné pour rendre la paix à la France ! Les désordres recommencèrent, plus déplorables s'il est possible qu'avant l'occupation de Rouen. Quelques catboliques forcenés de cette ville trouvèrent le secret d'exaspérer encore les for-issites.
' Rp^. de rhàtcl-ile-rillr dr Rouen, 18 avril ).')f.;i.
déjà si couiToucés qu'on leur en fermât les portes. Un jour , comme deux de ces derniers, porteurs de saufs-conduits, tiaversaient le bac de Rouen pour venir trouver le maréchal de Brissac, des soldats leur cherchèrent querelle, les tuèrent, et jetèrent les cadavres dans la Seine '.
Un autre jour, un religionnaire ayant eu l'imprudence de chercher à rentrer dans Rouen , tout armé, le peuple, se ruant sur lui, le désarma et le jeta dans la rivière ; toutefois, on avait réussi à l'en tirer vivant, et une compagnie de la garde bourgeoise l'avait pris sous sa protection ; mais bientôt cinq cents hommes assaillirent le corps de garde, le forcèrent , et mirent en pièces le malheureux qui s'y était réfugié'.
Un prédicantj découvert dans Rouen, et que le capitaine Vandrimare conduisait aux portes de la ville , « fut occis et tué » , non par la populace , celte fois, mais « par ceux de la garde de Beauvoisine » ; et Vandrimare , lui catholique si exalté, « fut blessé et outragé » pour avoir voulu protéger ce malheureux contre des assassins ^.
Outrés déjà d'attendre toujours aux portes de Rouen sans se les voir ouvrir , que devinrent les
' Chronique ms. du XVF siècle; Bibliotlièque royale. ■ Re^. de l'hôtel-ile-ville de Rouen , 25 avril 1563. ^ Reg. de l'hâtel-de-viUe de Rouen . 4 juin 1563.