‹ Histoire du Parlement de Normandie (volume 5)Chapitre 27 sur 30 · II. H · texte numérisé non relu

II. H

.;=>30 rARLl'MT'NT Di; NoRMANDU:.

/'(/r-issites quand ils apprirent tous ces meurtres des leurs! Nos Mf'»<^//r.s ne parlent que des «grands maulx qu'ils firent alors partout où ilz passoient , tuant cruellement plusieurs personnes de toutes qualitéz, pillant et desrobant les gens des champs ' . » Ils nousles montrent « tenant les chemins, comme vacabonds, tournoians à l'entour de la ville de Rouen, menacans d'y rentrer par force et d'y faire toute leur voullonté ; commectans plusieurs exécrables cas, pillant, brisant les églises et monastères, tuant les sergentz sortiz de Rouen pour le service du roy et de la justice. » On apprit , à Rouen, le 23 avril, que, le matin même, ils avaient forcé l'église du Grand-Quevilly, rompu et brisé tout , pillé et emporté les ornements et meubles de l'église, blessé plusieurs des habitants, puis , de là, été à Dieppedalle , forcer les caves où des marchands de Paris avaient des vins en dépôt ".

Le Parlement, Ccs cxcès, CCS menaccs dcs for-issUcs deve-

conlraint . , , i i- • ■>

d'emegistier naicnt dcs armcs pour les catholiques , qui s en ' *^ 'preifcuies' ' pi'«ivalurent pour continuer à leur fermer les portes

mesures d'orJre ^q \^ viUc. « N OUS ne )WUS pOUVOUS (ISSCÛrCr i dicontre le peuple ' ^

de Rouen, saiciît-ils), comiiic geus f/u'j de nouveau j, sommes

qui voulait . -i i i, ,

empêcher sorti8 cU' pareil danger comme celluy au quel nous

la public;iIion de cet ('(lit. — —

' Cliron'ujuc ms, fin xvi" siècle, (h'-jà citer. ' Idem, et Rpî;. tir rhàtrl-Hp-vilIr.

pouvo?is encore retomber... ^ qui est cause e/ue plus mal rouluntiers nous l'ecepvrions les liuguenotz ^ . » Mais vinrent , à Ja fin , des ordres du roi si exprès, que le Parlement dut se préparera enregistrer sérieusement l'édit et à le faire publier dans la ville. On avait craint que cette publication ne lût l'occasion de nouveaux désordres , et même de rixes sanglantes entre les habitants déjà si émus. Il fallait donc prendre d'abord les mesures propres à les prévenir, ces scènes sanglantes que l'on appréhendait tant ! Trois jours à l'avance , par l'ordre du Parlement, furent établis, à tous les carrefours de Rouen , des corps-de-garde de gens en armes , « pour obvier à toutes entreprinses quipourroient estre faictes j^ar les gens de la ville , et garder qu'il ne se feist aulcun meurtre par le peuple contre ceulx de la nouvelle religion. » Qu'on voie, par là, combien déplaisait l'édit d'Amboise , et combien les religionnaires étaient odieux ! Le Parlement avait aussi fait publier, à son de trompe, par les rues, l'ordre exprès à tous les habitants de mettre bas les armes, sous peine de la kart ; il n'y avait d'exception que pour les hommes commis à la garde de la ville et des portes , les gens de guerre , les nobles , les oiFiciers du roi et ceux de

Res;. de l'hntel -de-ville , ;i(i avril 1563.

l,.-}») PARLEMENT DE NORMANDIE.

la jusiicc ' . Alors, seiilonionl, on crul jwuvoii- [xi • ])lier cel c'dil, que les grands et les petits repoussaient d'un commun accord; le 28 avril, après qu'il eut été lu au l'arlement, à l'audience publique de la grand'chambre dorée, les hérauts, sergents et trompettes allèrent par les rues et aux carrefours, faire les tr/s ordinaires. Mais, « pour garder le peuple d'esmolion, assistèrent à la publication les arquebusiers de la ville, avec la cinquantaine ; et estoient prests en armes les quatre cappitaines des quartiers de la ville , avec leurs compaignies , cj[u'ilz envoyèrent par les places où sefeit la publication'. »

Malgré l'éciit, ^^^ sculc publication de redit n'ayant pu se

les for-issites (^[y-Q qu'avcc de telles précautions, qu'allait-il donc

ne restent dans ^ ^ 1

Rouen qu'en arHvcr lorsque, en exécution de cet acte royal , on

petit nouil)re, . p

à cause verrait enfin rentrer dans Rouen ces for-issites si

tics conditions i- \ i i- • i>i •

ri„^„. odieux naguère, plus odieux encore auiourd nui ,

rigoureuses o " i .1 "

qu'on leur après tant de scènes toutes récentes de meurtre,

impose.

de sacrilège et de pillage? Les ordres du roi au maréchal de Brissac ne soulFraient point de répit; il y perçait même un amer déplaisir d'une si longue résistance de la part des bourgeois. En cas d'opiniâtreté , Charles IX ordonnait au maréchal de faire avancer, entrer dans Rouen, s'il le fallait, le réî;i-

■ Chronique ms. du xvi' siècle, dcjj ciicc, ">.! avril I:i(i3. ' Idem.

en An LE s IX. ^33

mont de Richelieu, même au besoin les lansquenets; « car (disait le monarque), jeveulx premièrement , et avant toutes choses , estre obéy en ce que j'ay statué et ordonné par l'advis de la royne ma mère, des princes de mon sang et des plus grands et notables personnages de mon royaulme, qui sont de mon conseil , en ung alFaire si important, où il va de la ruyne démon Estât, que je ne veulx pas veoir retomber au péril dont je viens de le retirer, pour la passion de quelque nombre de particuliers qui , pensans veoir avec quelque lumière en ceste afl'aire , ne veoit goutte du tout, et les, (juelz M. le niaresclial fera saisir s'il les veoit continuer en leur désobéissance , de f/uek/ue estât et qualité quilz soyent , pour en faire faire telle punition quelle serve d'exemple à tout le monde '. » Le moyen donc de résister plus long-temps , surtout ledit ayant été publié au Parlement et en tous lieux! Le maréchal de Brissac, toutefois, pour condescendre, en quelque chose, aux craintes des catholiques, avait fait déclarer aux for-issites qu'il ne laisserait rentrer que les habitants , manants et chefs de maisons ; que leurs noms lui seraient envoyés, avant tout, avec l'indication de leurs demeures , et qu'enfin ils ne rentreraient qu'après avoir mis bas les armes. Il y en eut qui obéirent;

Bes. (le Vhàtel-dr-villr rh Rouen , 'M) avril lô03.

d'autres s'opiniâtrèient ; parmi ceux même qui étaient rentrés, il y en avait qu'animaient les plus noirs desseins. L'un deux fut arrêté comme il venait de tirer un coup de pistolet sur le capitaine de La Londe, gouverneur du Yieux-Palais ; et il confessa un complot ourdi entre lui et dix-sept autres religionnaires peur se saisir de ce château, d'où ils ,. .^*"^ . eussent pu tenir la ville en échec '. D'autres, à <iui

religionnaires i I

de Rouen jg scmhlablcs actioQS n'cusscut inspiré que del'hor-

envoient

en cour rcur , faisaient tout retentir de leurs plaintes contre

qui se plaignent ^^^ catholiqucs , et de demandes bien hardies pour

des diriicuités jg jgj^^ Jérôme Maynet de la Vallée , un des

cju on leur i j

suscite à Rouen, conscillers au Parlement, que nous avons vu exclure de cette compagnie, sous Henri II, à cause de leurs opinions, était à la tête de tous ces religionnaires mécontents , et s'était fait l'organe de leurs plaintes et de leurs vœux. Ils étaient allés en cour , et espéraient bien se faire écouter , le prince de Condé, rentré en grâce depuis peu, ayant repris de l'influence sur les affaires. Une chronique nous les montre « praticquant incessamment , et sollicitant plusieurs princes et grandz seigneurs du conseil du roy contre les habitants de Rouen , de la religion du roy'. »

Tant qu'ils parlèrent seuls, les choses parurent

Clironicine nis. du xvi siècle , (h-jà citée M(''iiie cIii"ni<|Hc iii^.

au conseil.

CHARLES IX. r,;jr,

aller assez bien pour eux ; mais ils furent fort sur- Las catholiques

, , , , , I dépnîenl aussi

pns , en voyant arriver un jour des députes de en cour; et toutes les compagnies de Rouen , chargés de leur ''^^o<='^t geuerai

i Cl c Damours,

répondre et de combattre leurs prétentions exor- chargé de parier

^^, , . ,, , • rv en leur nom ,

bi tantes. C étaient 1 avocat du roi Damours pour est entendu le Parlement, deux chanoines, des conseillers de ville, et des députés du clergé du diocèse ; maintenant les religionnaires allaient trouver à qui parler. Le conseil donna une audience où les uns et les autres purent .se faire amplement entendre tour à tour. Les religionnaires s'étaient surtout mis en tête d'obtenir le désarmement des catholiques de Rouen, et l'établissement, dans le Parlement, d'une chambre spéciale où seraient portés les procès existants entre les catholiques et les sectateurs de la réforme. Jérôme Maynet, chargé de parler pour eux , insista fort sur ces deux points importants ; après quoi il se répandit en plaintes sur l'accueil peu amical fait dans Rouen aux for-issites. « Beaucoup d'eulx (disait-il), n'osoient y entrer , pour ce qu'on les recherchoit pour les armes et en leur conscience ; qu'on les empeschoit , au mespris de l'édict , d'entrer et résider dans Rouen, et qu'ilz n'y pouvoient venir résider ny demourer seCirement et librement; surtout pour ce qu'on les contraignoit , avant de les remettre en leurs estats , à faire profession de foy , contre lé-

dict de pacification'. » Quelque impression que les dires du conseiller Jérôme Maynet eussent pu l'aire , la réponse de l'avocat du roi Damours avait paru trouver plus de faveur. Aux plaintes de Maynet au sujet des for-issifcs , il avait répondu que , « de ceste heure, ceulx de la nouvelle religion, en très grand nombre, estoient reçeus gratieusement , vivantz paisiblement avec ceulx de la ville. » Ceux qui n'osaient rentrer dans Rouen étaient « des officiers ayant malversé dans leurs estats, des banqueroutiers et des saflraniers' couverts de debtes. » A la demande de désarmement des bourgeois, il répondait que, Rouen étant ville ÇronlVere , pour l'heure, vu l'occupation du Havre parles Anglais, l'édit ne j^ermettait pas que ses habitants fussent désarmés. Aux plaintes contre quelques-uns d'entre eux qui avaient mal usé de leurs armes, il répondait que des procédures avaient été dirigées contre les coupables, et que les magistrats ne manqueraientpas de les punir. Il repoussait avec énergie la prétention des réformés, de faire créer pour ceux de leur religion des juges spéciaux; et, s'indignant contre une demande si nouvelle et si hardie : « oii s'arrestcront

' Beg. de /'hôtel-de-villc de liouen, Il et 28 juin l.')63. — Et clironiqiie ms. du xvie siècle, déjà citée.

' Saffraniers , j^loutons , <l('-l);iiulii's ; du vieux mot ; ■ stifre, Sdfjre ) , goinuiand.

(disait-il) ces hommes (/ui se sont retirez de nostre religion? Avjourdliuy j, Hz vous demandent un nouveau magistrat j demain Hz demanderont un aultreroy. » Il ne fut bruit, à Rouen , dans le temps, que de la force et de l'éloquence qu'avait montrées, en cette conjoncture, l'avocat du roi Damours ' , Aussi , Maynet et les siens n'obtinrent-ils rien pour l'heure , quoi qu'ils eussent pu espérer d'un conseil que présidait le prince de Condé et où siégeaient le chancelier L'Hôpital, M. de Montmorency, et d'autres seigneurs qui passaient pour leur être favorables. Tout ce qu'avaient pu faire ces protecteurs de la réforme, avait été de gagner du temps, en faisant renvoyer le jugement du différend à un conseil qui devait bientôt se tenir à Gailion.

Mais les députés catholiques étaient à peine de ii se répand

, ^ , . . , . . dans Rouen

retour a Rouen, qu on y vit couru- des copies in- ^es copies formes d'un prétendu édit ou arrêt du conseil , en ^*"" P'<'te"'i"

i ' arrêt du conseil,

date du i8 juin, donnant gain de cause aux reli- rer-du en faveur

gionnaires, arrêt qui, disait-on, allait être publié reiigionnaircs.

à Gailion , aussitôt que Charles IX y serait arrivé. dT Rouen','' Aux termes de cet arrêt, les catholiques de Rouen alarmes,

-•• indignes,

devaient être désarmés ; une chambre nouvelle allait rédigent,

àriiôtel-de-ville,

être créée dans le Parlement pour le jugement des une protestation

\ , .11- , !• • • très violente

procès entre catholiques et religionnaires ; un contre

ce prétendu ' ' ' arrêt du conseil.

' Reg. cnpit. Eccles. ro/honi., 'H\ juin 1563. — Reg. hôtel-de-ville île fioiien , •'8 juin lôCio. - Clnonique ms. du xm"" siècle, iléjà citée.

538 l'AHLEMEM DE NORMANDIE.

lieutenant général, religionnaire , allait être envoyé à Rouen pour y commander; d'autres laveurs encore étaient accordées aux sectaires.

On ne voit point dédit ni d'arrêt du conseil, de ce temps-là, qui porte rien de semblable; et il ne paraît pas que tous ces bruits eussent beaucoup de fondement. Mais , d'un conseil où présidait Condé . que ne pouvait-on pas attendre? La nouvelle trouva créance à Rouen, et y causa une sensation difficile à décrire. Le prétendu arrêt du conseil était lu. commenté par tous, et bientôt l'indignation fut à son comble. On ne voulait point, toutefois, désespérer encore d'obtenir l'abolition d'un acte si odieux; et toute la ville parut se lever en masse pour aller la demander à grands cris. Les délibérations qui eurent lieu à l'hôtel de ville sur cet objet . et où assistaient des députés de toutes les compagnies et de tous les étals de la ville , sont curieuses. Aucune expédition authentique de l'arrêt ne paraissant , on feignit de le regarder «comme une chose forgée et inventée par ceulx de la religion nouvelle, pour estre le contenu en ice/luy pappier, contre raison et contre le bien publicq et du roy et de sa couronne , paix , repos et tranquillité de ses subjectz , et contre les chartes et privilèges de son pays de Normandie , honneur ef auctorité de sa court de Parlement de Normandie, et des bons et notables cilov<'ns de Rouen . mesmes contre

lodict de paix. » Et, à lavérilé, il semble que ce prétendu arrêt n'était pas autre chose.

Mais, pou?" le cas où le conseil aurait rendu j, en e/fcctj un si funeste arrest j des remonstrances sont rédigées à la hâte , où parais.^ent à découvert les sentiments qui, chez les catholiques, animaient alors tous les cœurs. Les omettre , serait supprimer un des documents les plus curieux de l'époque , et tronquer l'histoire du Parlement de Rouen, cette compagnie y ayant eu la plus grande part , et l'avocat du roi Damours étant , sans nul doute , le rédacteur de cet écrit. Le premier besoin de tant de catholiques indignés est de peindre les maux qu'ils ont soufterts, de rappeler les crimes si récents de ces religionnaires auxquels on semble, maintenant, vouloir tout accorder et tout permettre. « Ceux de la religion nouvelle ( disaient-ils ) se sont emparez de Rouen, ont chassé la court de Parlement, les bons justiciers et officiers de la cité . contrainclles bons catholiques à fuir et vivre long-temps hors du pays, en grande pauvreté et nécessité; pillant et' vendant leurs biens , pendant ce temps-là , saccageant, ruinant et démolissant les églises, tuant les prestres , débauchant les religieuses , battant monnaie , se saisissant de l'artillerie et des munitions de la ville ; tenant fort en la ville contre les lieutenants généraux du roy , contre le roy luymesme, la rovne-mère et l'arnK'e royale . introdui-

540 l'AULEMEM DE NOILMAMDIE.

sanl les Anglois dans le Havre , et, par-là, ruiiianl la province. Si l'on reçoit dans Rouen , si l'on rétablit dans leurs charités et à la tête des afl'aires de la cité, les oUiciers qui ont pris part à ces crimes , que peuvent le roy et la royne espérer d'eulx autre chose que la perte et éversion de la ville et de toute la Normandie , ces gens ayant espions allans et venans de Rouen et autres villes de Normandie par devers les Anglois estans au Havre ? A ussy se vantent-llz ctjactent que , 8 'Hz peuvent rentrer dans Rouen j et r ont leurs estatz et cluirgeSj, Hz couperont la gorge à tous les catholiques ; ce qui leur sera fort aisé sij, comme le dict le pappier ( le prétendu arrêt du conseil ) , le commun peuple de Rouen , dépose les armes y tandis que ceulx qui ont ruyné la ville auront les leurs, et s' Hz sont exempts de la jurisdiction du Parlement et des juges ordinaires de Rouen. Car eux étant ainsi armés, la justice de la ville n'ayant plus aucun pouvoir sur eux, et les catholiques étant sans armes , aucun bon citoyen ne sera plus en sûreté; ils feront alors rentrer les Anglois dans la ville ; ils anéantiront la religion catholique ; le roi y perdra le duché de Normandie, et même son royaume. Car oii il y a mutation de religion et de magistrat , c est-à-dire de la Justice sur quoy est assise fauctorité du roy et de sa couronne , s'ensuyt perte et ruyne d'i celle. «

Venaient alors diverses flcmandes qu'adres-

CHAULES IX. -,4I

saient los catholiques au roi, en des termes qui ne Demande?

f f. -.1 i'.i>i 1 ^'•^s catholiques

comportaient pomt de rems. Us voulaient d abord ^p Ro„en, qu'on ne leur donnât plus de «ouverneurs qui ne ^'.""*

i 1 i^ 1 cet écrit an roi.

fussent de la religion catholique et romaine. « Car, aussy bien ( disaient-ils ) , le peuple ne le poiirroit endure7\ » Tous officiers, en Normandie, qui voudraient être rétablis dans l'exercice de leurs charges, feraient profession de foi catholique, et vivraient selon cette profession, sur pei/ie de perdre la rie. Ceux qui s'opiniatreraient dans la religion nouvelle seraient contraints de se démettre et de vendre leurs charges à des catholiques. Les religionnaires sans offices devaient se hâter de rentrer dansRouen , mais sans armes , et à condition d'y vivre en paix, de n'y faire ou faire faire aucun exercice de leur religion. Si, après le temps à eux accordé pour rentrer ainsi, ils continuaient à courir les champs, on leur co;/r/'<7«7 6f/Sj et ils seraient mis en pièces. La ville de Rouen étant , maintenant , frontière . vu l'occupation du Havre parles Anglais, ses habitants catholiques porteraient seuls les armes pour la défendre et la garder au roi ; ils protégeraient les religionnaires contre toute offense, etlivreraient leurs auresseurs à la justice. Tous les habitants, de Le Parlement

, ,. • >•! /• .•..■, ^ est le ?-ot même.

quelque religion qu ils tussent, seraient justiciables du Parlement, iu/iii est le roy tncsme , pinsqne c'est le roy qui parle es arrcstz qui se donnent en la dicte court. » — « Tous, aussi, seront subjectz aux

;Vi2 PAP.I.I'MKNT DE NORMANDIE.

juges ordinaires, ofllces et niagistratz de Rouen , sans que, es matières civiles et criminelles, d(î quelque sorte que ce soit, ilz puissent estre tirez hors (lu dict Parlement et ressort d'iceluy, siiivanl la charire de Normandie et privilèges de la ville. » A CCS conditions , les catholiques promettaient « se employer, enlx, leurs enfans et familles, personnes et biens, jusques à la derraine goutte de leur sang et sustance , pour le service du roy et de la royne-mère , et pour les conserver et maintenir, avec l'ayde de Dieu, en leur gran-

Menaces dcur et majcstéz yl M//;r/«f 77/ ( disaient-ils en

(lans^oeMcnt * fuiissant ) , cl OU. Ics lUctz s'iciir cl clame r ou Idront (juc le dict prétendu arrest estant en pappier sorte son plein et entier effect, et ne rouldront accorder les articles ci-dessus , les catholie/ues de Pxoucn déclarent qu'ilz sont prestz de leur mectre les cléz de la ville entre les mains, pour y faire et disposer, à leur bonne volunté j, en les suppliant très humblement de permectre aux botwgeois catholir/ues de eulx en aller oii bon leur semblera j, et emporter leurs biens et possessions e/u'ilz ont au dict pays; ce e/u'ilz ayment niieulx et entendent faire ^ que de souffrir et endurer que la dicte ville soit encore une foys mise entre les mains et puissance de leurs ennemys, et {ju ilz leur couppent la gorge , comme ilz s'en vaiitent; £t oultre, et dont ilz auroient plus de regret , que les Angloxs occupassent la duché de Normandie , et fina-

Icmcut le royaulniej et eu dècliassassent le i^oy et la î'oyne leurs souverains seigneur et daine , dontj, du tout, Dieu les vueille, et nous,, préservera « Triste époque où le trône assailli , ébranlé par tous les Deux cputs

,1.1, 1 I députés,

partis , n entendait d eux sans cesse que des paroles p,is dans tons pleines de fiel et de menace ! ae^a^v'iUe

Telle étaitl'œuvre qu'avaient élaborée ensemble, ^""^ poit"

^ ces réclamations

à l'hôtel de ville , les nombreux délégués de toutes à Gaiiion ,

,..,.. . T, f, OÙ allait arriver

les juridictions et compagnies que nouen renier- charies ix ; mait alors dans son sein. C'était le texte donné à le peuple

se joint a eux ,

l'avocat du roi Damours , qui , tout récemment , «"' luardie

sur Gaillon.

avait si bien parlé au conseil, et qui, par acclama- (Juin iscs. ) tion , venait d'être chargé de prêter encore aux catholiques, en cette nouvelle conjoncture, le secours de sa voix puissante. Le roi étant attendu au château de Gaillon, une députation fut alors nommée pour lui aller porter ces griefs, ces demandes, ces déclaratiojis j, enfin, dont le ton était si haut. Mais, cette fois, ce ne fut pas à quelques élus en petit nombre que la mission devait être confiée. La ville de Rouen tout entière sembla s'être ébranlée et mise en marche pour aller dire au roi sa pensée, sans détour, sans ménagement , sans égards. Il avait été convenu que les remonstrances seraient portées par une nombreuse députation ^ composée « de tous les officiers de ville , de tous

' lieg. (If /'linfr/-(l( -l'i/lc ilr f!oiif/i . •)8 juin l")(i.'{.

les plus notables personnages de Rouen, des trois Estais, de MM. du Parlement, de la Cour des aides , des Eaux et Eoresls , de TAniirauté , du Bailliage , de la \icomté, de l'église de Rouen, du clergé, et par cent bourgeois de la ville ' » ; et tout cela formait déjà un cortège de deux cents hommes à cheval, qui semblaient une armée marchant sur Gaillon pour en prendre le château d'assaut. Que l"ut-ce donc , lorst[ue le peuple de Rouen s'en voulut mêler, et qu'une multitude d'habitants des paroisses de Saint-Nicaise , de Saint-Maclou, de Saint-\ivien (les quartiers les plus populeux de Rouen) , se mit à suivre , à pied et en masse, des magistrats, des ecclésiastiques interprètes trop fioratcni de dèlcs dcs scntimcuts qui animaient cette foule

la députât ion , . . / i • i

harangue iguorautc ct passiouuée ! Les dix lieues qui se-

iKn'ie'sans parcnt Roucu de Gaillon semblèrent n'être plus

ménagement, q^g jj^ o;rande rue populeuse d'une ville immense

et offense i D 1 I

le prince et saus fiu. L'ardcur du soleil et la marche échauf-

de Condé. „ . i • i i /

Ce magistrat laicnt cucore cette multitude exaltée, qui campa

*^*intérdit ^ Gaillon et aux environs , en attendant le roi, qui

de ses fonctions, ^^ dcvait arHvcr qu'à deux jours de là. On peut

et n'est admis qne i j j.

longtemps api.s imaginer l'inquiétude de la cour , lorsqu'on arrivant

à les reprendre. n • c i i • i •

Les députés elle Vit toute cette loule bruyante qui attendaitavec

se aispe^Ient impaticuce l'audience de son roi. 11 aurait fallu

lepeupies'enfuit. (|^ moius quc l'oiatcur, par la prudence et la mo-

Reg. (le l'hàtcl-de-villf , '>,S juin l,)(i3.

L'avocat du roi Damours ,

dération de son langage, lit presque oublier cette tourbe confuse et désordonnée dont, bien nialà propos, il s'était fait l'organe. Mais l'avocat du roi Damours se souvenait trop des applaudissements prodigués récemment à son chaleureux plaidoyer devant le conseil. En même temps, il oubliait trop, peut-être, qu'une députation si nombreuse , si confuse et si turbulente, ressemblait à un mouvement séditieux; qu'enfin le roi en personne était là, et, avec lui, les chefs des religionnaires, dont on voulait s'aider pour le recouvrement du Ilavre-de-grâce. Il parla donc, après que le monarque le lui eutpermis; mais il pai'la « si librement et si haultement» , qu'il ne lui fut pas permis de poursuivre. Le prince de Condé était là, lui aussi , que Damours n'avait pas épargné dans son dernier plaidoyer au conseil ; et , sans doute , cette fois encore , l'orateur ne l'avait point ménagé dans sa harangue; car ce fut ce prince qui, l'interrompant brusquement, «feist plainte contre luy. » Le délit était flagrant ; et , en tout cas , le prince de Condé , tout prêt à marcher , avec l'armée royale , sur le Havre, que tenaient les Anglais, n'était pas un homme dont les vœux pussent être dédaignés en ce moment. L'avocat du roi Damours fut donc arrêté sur l'heure même parles archers de la garde , et conduit dans les prisons du château ' .

chronique ins. du xvi^ sicclc, Bibl. royale , déjà citée, n. 35

.y,e l'A RI.E MENT I)K NORMAN DIT:.

On peut imaginer la frayeur qu'éprouva , à son tour, cette multitude qui, sans cloute, avait espéré faire peur au roi et à ses ministres. C'en était fait de ces vives et énergiques remonlrances j, dont on avait attendu un si grand e fie t. Le peuple ne songea plus qu'à revenir en hâte et dispersé, à Rouen, d'où il était parti comme en corps d'armée. Les véritables députés de la ville , eux-mêmes , emportés par une frayeur qu'ils n'avaient pu maîtriser , eurent bientôt gagné Louviers. Mais là, se ravisant, et jugeant qu'il y aurait lâcheté à abandonner ainsi un magistrat qui ne souffrait que pour avoir été le fidèle et loyal interprète de leurs sentiments et de leurs vœux, on les vit reprendre le chemin de Gaillon , pour aller redemander au roi leur orateur détenu dans ses prisons. Mais c'était perdre le temps; Damours venait d'être interdit de ses fonctions d'avocat du roi au Parlement; long-temps le Parlement , l'IIôtel-de-YiUe, le Chapitre, devaient fatiguer le roi de leurs prières, sans pouvoir désarmer ce monarque irrité, que Coudé , d'ailleurs, dissuadait de la clémence. Aux membres du Parlement envoyés souvent en cour pour redemander leur collègue, les princes, les seigneurs, le cardinal de Bourbon lui-même, si favorable aux catholiques, répondaient toujours «qu'il n'estoit à propos, pour le présent, de poursuivre le dict affaire. « Toutes les lettres de rHôtel-de-\illeau roi,

relatives à cet objet, demeuraient sans réponse. A la grand' chambre du Parlement, dans les audiences d'apparat surtout . on remarquait , sur le banc fleurdelisé des gens du roi , la place toujours vide de l'avocat du roi Damours. Elle était vide encore le 17 août 1563, en ce jour solennel où Charles IX vint à Rouen, en son Parlement, se déclarer majeur. Que dis-je? un an après, le Parlement, l'Hôtel-de- Yille redemandaient encore en vain le magistrat interdit , sans pouvoir obtenir son rappel , qui n'eut lieu que plus tard , et que devait suivre un complet retour en grâce, puisque, sous ce règne même , il devint président à mortier'.

Cette imprudente démarche, par laquelle les i.e ,naréch.ii

,1 |. • . > •. de Bourdillon

catholiques avaient cru s avancer , ne servit, au est envoyé contraire, qu'à leur enlever de grands avantages " Rouen,

A "^ *-^ et y fait rentrer

qui leur étaient acquis. En cour, les hautaines les for-issites.

, / ^ m A 1 1 -Il • (Juillet I5f.3. )

remontrances dressées a 1 hôtel de ville avaient blessé au vif; et on était impatient de voir des officiers de ville si hardis faire place à des hommes plus soumis et plus souples. Peu après la scène orageuse de Gaillon , le 10 juillet, les habitants de Rouen, humiliés, virent entrer, par la porte Martainville , quatre compagnies de Suisses catholiques; et, quelques heures après, au milieu de

' lic^. de l'hôtel-dp-villr , 10 juiiU-t l.>(>4. — Beg. du Parletueitt , !i sc'ptenilirc I j73.

.^8 PARLEMENT r>F, NORMANDIE.

ces soldats rangés en haie , le maréchal de Bourdillon . envoyé à Rouen , avec de grands pouvoirs, s'acheminait vers l'hôtel abbatial de Saint-Ouen. Le maréchal avait charge de faire exécuter enfin cet édit du 19 mars, que tout le monde, dans Rouen, avait voulu repousser jusqu'à cette heure. Deux conseillers au Parlement de Paris, Mole et Jean de la Gueslc, commissaires nommés par le roi, avaient suivi le maréchal, et étaient prêts à procéder rigoureusement contre les récalcitrants opiniâtres. Un imposant corps-de-garde de soldats suisses stationnait en permanence à l'abbaye de Saint Ouen , « pour donner trèmciir au populaire. » Le temps des résistances était fini ; et l'on vit enfin rentrer dans Rouen ceux des religionnaires qui, jusqu'alors, n'avaient pu s'y faire admettre, ou n'avaient osé y rentrer. Aux portes , se tenaient des soldats suisses, et quelques bourgeois armés, qu'avait désignés le maréchal pour bien constater quels étaient les hommes qui rentraient dans la ville. Les for-issilcSj toutefois, n'étaient admis qu'en mettant bas les armes; et <( estoyent bien marriz , par semblant, de veoir les armes es mains des catholiques '. » Ils ne devaient pas avoir longtemps ce déplaisir, comme nous le verrons dans la suite.

' f.hrfini(nir ms. du \m* .«icclc, d(*j;i oit(^p.

Au reste, la tâche du maréchal n'était pa^ finie. Le roi avait résolu de ne point laisser en fonctions ces conseillers de ville , ces échevins , ces quarteniers qui avaient osé lui envoyer à Gaillon des remontrances si fortes et des députés si hardis. Ordre avait été apporté par le maréchal « de ne plus avoir esgard à ceste élection , faicte durant les troubles y^ , disait-on, quoiqu'elle fût postérieure à la réduction de Rouen , et faite même pendant le séjour de Charles IX danscette ville. Aussi avaiton craint qu'une réélection ainsi imposée à la ville avant le temps , ne devînt l'occasion d'un mouvement populaire; et un ordre du roi fut publié dans les rues, qui ne permettait qu'aux chefs de maison seuls de se présenter à l'hôtel de ville pour élire. Encore, le jour de l'élection, le maréchal y avaitil envoyé des troupes nombreuses, qui en gardaient les avenues, «pour éviter une sédition » ; et ce fut dans ces formes inaccoutumées, et à l'ombre de toutes ces armes, que furent élus les nouveaux officiers de la ville '.

Peu de jours après, la plus heureuse nouvelle venait faire oublier aux catholiques ces mesures fâcheuses qui semblaient en annoncer d'autres encore ; toutes les cloches de la ville étaient en branle, et le Parlement, en robes rouges, se rendait à

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