‹ Histoire du Parlement de Normandie (volume 5)Chapitre 3 sur 30 · II. a · texte numérisé non relu

II. a

Tyrannie

et excès des

geiitilslioniines

clans leurs

tfrrcs.

tilsliommcs se voulant iaire croire de leurs opinions par assemblées et combats , sans auctorité du roy , et aussy par force, violence, sans faire révérence au roy ny à justice ; les juges royaulx sans auctorité; et n'y avoit sergent, dit-il , qui osast mettre à exécution leurs mandements, pour les grands et énormes exceds qu'on leur faisoit , et à leurs records et tesm oings \ »

Qu'il en fût de même, alors, dans la Normandie, si voisine du Maine , qui en pourrait douter? N'entendions-nous pas, naguère , Segrais , bas-normand, déplorer le temps où « le moindre gentilhomme faisoit le petit tyran sur ses terres? 11 n'y a, disaitil , que les Matignons et les Beuvrons qui se soient

comportés en braves seigneurs dans ces temps-là

Mais les Montgomméry tyrannisoient et battoient leurs paysans. Aussi sont -ils tous allés au diable '. »

«Nos grantb jours , disait Bérault, l'un des anciens commentateurs de la Coutume de Normandie, nos grands jours ont esté faictz pour retrancher les tyrannies de plusieurs qui foulent et oppressent le peuple, qui n'a la hardiesse de se plaindre, ne roy uni /{i justice à sa porte ^. «

Du Bouchct , liiiuilcs d' Iquitaiiie , partie a", fol. 2C3 , v".

Segraisiana , cdit. 1721 , p. 38.

Bérault, sur la Coutume de Nonnaudie, au titre : De Juridiction.

Le conseiller-poète Le Chandelier avait donc trop espéré , lorsque, jojenx de voir créer le Parlement de Rouen, il s'était écrié avec transport qu'on ne verrait plus les villageois molestés par les hommes d'armes, et le riche opprimant le pauvre'. Sous François I", après surtout que les déroutes d'Italie eurent refoulé dans les provinces nos gentilshommes désœuvrés , on n'entendit plus parler que de leurs coursés dans les campagnes , des pilleries, des excès, des violences qu'ils commettaient, aidés cC aventuriers qui avaient servi sous eux, et qui, devenus comme leurs valets, continuaient en France le métier qu'ils avaient appris au-delà des monts. Ce que c'était Nommer les aventuriers, c'est tout dire, et François L" nous les a fait assez connaître par son édit de 1523", quienjointà tous de courir sus. C'étaient « gens vaoabondz , oiseux, meschants, flagitieux, abandonnez à tous vices, larrons, meurtriers, rapteurs de femmes et de fdles, blasphémateurs et renieurs de Dieu, cruelz , inhumains, immiséricordieux, faisants de vice vertu, loups ravissants, faictz pour nuyre à chascun, ne voulantz, ne sachantz nul bien ne service faire ; coustumiers de

que les

AVE\TLr.lERS.

« Agricolam non miles aget ; non dives egeno Jactatis opibus seditiosus erit. »

— B. Candelarius, Eiicom. Georg. I de Ambosiâ.

Edit. du 14 septembre 1523.

20 rARLEMEXT DE NORMANDIE.

luanjier et dévorer le peuple, le desnuer et despoiiiller de tout sou bien, perdre, gaster et dissiper tout ce (|u'ilz trouvent, battre, mutiler, chasser et mectre le l)onhomme hors de sa maison, tuer, meurtrir et tyraunizer nos pauvres subjectz , et leur faire pkis d'oppressé, de violence et cmaulté que nulz ennemiz, fûssi'ut-Uz Tvrcz ou in/ii/fl/es^ ne voudroient faire ny penser. » Yoil» les aventuriers peints d'après nature par François 1"^. Laissons, maintenant, Rabelais achever le portrait, et nous les montrer « guastans et dissipans tout par où ils passoyent, sans espargner ny pauvre ny riche, ny lieu sacré , ny prophane , emmenansbeufz , vaches , taureaulx, veaulx, génisses, brebis, moutons, chièvres et ])Oucqs, poulies, chapjx)ns, poulletz , OYSons, jards (mâles des oies), porcs, truyes, gourretz (jeunes porcs), abattans les noix, les vendanges, les vignes , emportansles seps , croullant (abattant) tous les iVuictz des arbres. ' » Ne croit-on pas voir les légions infernales s'abattant sur la terre et désolant les campagnes? Ou'on imagine, maintenant, ce qu'étaient les gentilshommes qui chevauchaient par les chemins, traînant de pareilles gens à leur suite ; ce qu'avaient à endurer les malheureux habitants des champs, ce que devenait le bon

Rabelais, Gargantua , liv. 1*^', chap. 26.

•ii

homme j pour parler le naïf et énergique langage de redit.

Le Cotentin , surtout, et le Bessin étaient le déplorable théâtre de ces affligeants désordres. Là, les Bretteville , les Perrière, les Baignart de Juéz, les LaBoullaye, les Saint-Remy, les barons des Essarts-d'Aunay, lesBIavette, (et combien d'autres avec eux!) étaient incessamment en course comme ces chevaliers errants tant célébrés dans nos vieux romansetfabliaux; non, comme eux, toutefois, pour venir en aide à l'homme angoisseux et faible , à la femme et fille di'consciUêc ^ mais pour battre les paysans, piller leurs chaumières, enlever leurs bestiaux, insulter leurs femmes et leurs filles. Ces hommes «meschants, pillards, violents, vivoient sus le povre peuple. » Le Bessin, notamment, leur était en proie, « et, en tout le demeurant de la Normandie, n'y avoit tant de telles manières de gens qu'il y en avoit au bailliage de Bayeux ' » . Quels excès, quelles violences , je ne dis pas accidentels , mais de tous les jours , le peuple avait à endurer d'eux! C'est de leur propre bouche qu'il le faut apprendre pour y croire, et par les confessions, encore bien incomplètes, sans doute, qu'ils allaient faire , de temps à autre , aux chanoines de

Excès des

gentilshoniines

dans la Basse-

Noruiandie.

' Beg. secr. des grands jours de Bayeux, 1540.

2? rAl'.LKMENT DE ^()ltAIAM)IE.

la cathédrale de Rouen, espérant, au moyen du fameux privilège de SaiuL-Romaiu, obtenir grâce pour eux et pour leurs nombreux complices, lùicore ne nous est-il parvenu (ju'une seule confession par année, sur cinquante peut-être, qu'avaient recueillies, tous les ans, les chanoines députés aux prisons, puisque la seule confession du prisonnier élu était conservée , et qu'aussitôt après l'élection, on brûlait, en pleine salle capitulaire , celles des prétendants qui avaient en vain sollicité le privilège.

Mais, pour se faire une idée des désordres du temps , les seules confessions conservées suffisent. Qu'on lise seulement ce que nous avons rapporté , dans notre Histoire du privilège de Saitit-Roînaiiiy des confessions des Maistreville, des Baignart de Juez , des La Poterie , des Biville d'Yencourt, des barons d'Aunay, des Fontenay Saint-Remy , des Mussy de Goberville, des Prestreval, et on verra combien souÛrirent les pères de ces laboureurs qui , de nos jours, cultivent leurs champs avec une sécurité si profonde. Non que nous veuillions jeter à plaisir de la défaveur sur ces anciens temps ; mais pourquoi n'apprendrions-nous pas aux hommes du nôtre à sentir et à avouer leur bien-être?

Donc, le Parlement n'entendant plus, chaque jour, que les plaintes des innombrables victimes de ces fréquents et intolérables excès , avait reconnu

l'urgence d'y mettre un terme. Dès le commencement de 1540, après une correspondance active avec le chancelier Poyet , il avait été convenu que des grands jours seraient tenus à Coutances. Des commissaires avaient été désignés par le Parlement, et nommés par le roi , pour les aller tenir ' ; ils étaient sur le point de s'y rendre , lorsque survinrent, à Rouen, les scènes du mois d'août, et l'interdiction qui les suivit de si près. Le Parlement étant clos j et tous ses membres interdits, il en résultait que ces commissions pour les grands jours « estoient extainctes et abolyes. » Le roi , toutefois, depuis son arrivée en Normandie, n'entendant plus parler d'autre chose que des désordres du Bessin et du Cotentin , ordonna, le 12 septembre , par de nouvelles lettres patentes , que des grands jours seraient immédiatement tenus, non plus à Coutances, où était, maintenant, la peste , mais à Bayeux. Le Parlement, interdit, n'ayant plus qualité pour déléguer d'office des commissaires , ce fut le roi lui-môme qui les nomma par d'autres lettres patentes à la même date ; quatre ou cinq de ceux désignés en juillet, devenus suspects depuis , furent remplacés par d'autres ; le premier

■ Lettres patentes du .i juillet Ij'iO, enregistrées au Parlement le 13 dudit mois.

PARLEAIENT DE NORMANDIE.

coiiiinissaires

des grands jours

président De Marcillac en était toujours le chef. ' Les grands Jours devaient commencer le 23 septembre , et ne finir que sur un ordre exprès du Pouvoirs des monarquc. D'amples pouvoirs avaient été donnés à ces commissaires. Sauf les matières civiles, dont ils ne devaient connaître en dernier ressort que jusqu'à une certaine somme déterminée j)ar les lettres patentes (six mille livres de capital et quatre cents livres de rente) , la même autorité leur avait été donnée qu'au Parlement lui-même, en pleine possession de son autorité , et séant à Rouen , dans son palais. Ils avaient mission pour «juger et décider, en premier et dernier ressort, de toutes ma-

' « Ensuyvent les noms de messeigneurs des grands jours ordonnez estre tenuz à'Baieiix , en la présente année 1540 :

Monseigneur Maistre Francoys de Marcillac , premier président.

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