‹ Histoire du Parlement de NormandieChapitre 18 sur 35 · LES MEMBRES AVEC TANT DE RIGUEUR · texte numérisé non relu

LES MEMBRES AVEC TANT DE RIGUEUR

Que l'on vendît les maisons qu'ils avaient possédées partout, il n'y a rien là qui pût beaucoup surprendre. Mais tous les meubles, l'argenterie, furent minutieusement recherchés et vendus aussi à l'encan ; on distribuait aux pauvres leur argent comptant, qu'on aurait pu répartir entre ces religieux sans ressource; et on n'eut pas de honte d'aller jusqu'à fouiller les malles qu'emportaient ces hommes dépouillés, bannis et sans asile3. » cément qne A 'a vérité , les Jésuites ne se pouvant croire

jtaïitM ,e* Proscr*ls sans retour 9 et obéissant mal aux arrêts Normandie, rendus contre eux , remuaient partout , intriguaient

r>nr éluder t t °

les arrêts de leur mieux , et semblaient braver le Parlement rendus qui les avait frappés. A Caen , ils se donnèrent plus de mouvement qu'ailleurs, portant publiquement l'habit interdit par les arrêts; enseignant, confessant, ameutant la Faculté de théologie; te-

*>ntre eux.

' Éloge historique du Parlement de Normandie , couronné , en 1776, par V Académie de Rouen, imprimé à Londres , in-8*, ea 1777 , p. 33 et 34. — Il était de Le Tort d'Anneville , conseiller an Parlement , qui se nomma. ( Annonces , affiches et avis dhtrs de la Haute et Basse Normandie, du 19 octobre 1777.)

a Reg. , 9 juin 1762.

nant des conciliabules; faisant publiquement des aeuvaines, pour le rétablissement de la Société*. En sorte que , pour les atteindre , le Parlement , par de nouveaux arrêts2 , ajoutait encore à la rigueur des premiers ; il imaginait , chaque jour , mille dures prescriptions , par lesquelles il ne devait, toutefois, parvenir qu'à grand'peine à les réduire. Les magistrats eurent besoin de ténacité , dans ces Lc

° gouvernerae.

difficiles conjonctures. D'ailleurs , le gouvernement, h*»ite * ■"<•!

faible et irrésolu, semblait tantôt leur abandonner Nouvel arr<

les Jésuites , tantôt prendre cette Société sous sa a ™Rêra*nd

protection , et la vouloir rétablir. Un édit de mars con,re cet in

* tut ; langage <

1762, qui prescrivait des demi-mesures, unetolé- le Pariemei

i , -, lient au roi

rauce provisoire, et pouvait, plus tard, donner dans cet a™ ouverture au rappel des religieux proscrits , avait été repoussé , à Rouen , par un arrêt plus violent encore que le premier, et qu'on put voir affiché partout dans la province. On y imputait à cet institut , d'enseigner , par principe , l'homicide en tous genres, le meurtre des rois, de faire un dogme catholique de cet horrible attentat. Dans cet arrêt, le Parlement avait formulé , avec la plus remarquable énergie , tous les reproches faits , jusqu'alors, à l'institut. Il se refusait, en somme , à l'enregistrement du nouvel édit, et disait: « Si le roi,

' Reg. , 2 mars , 10 juillet et 3 août 1763. ' B*f. , 2 et 3 mar* 1763.

distrait par un sentiment de bonté, du soin de sa sûreté personnelle • peut perdre de vue cet objet capital, il est du devoir indispensable de son Parlement de lui représenter que sa précieuse vie n'appartient pas moins à ses peuples qu'à lui-même. Toute foiblesse, ou fausse complaisance des magistrats, sur cet article si essentiel , ne pourraient que leur être imputées à crime dans le siècle présent et dans ceux qui doivent suivre; la conservation de la personne sacrée du roi ne peut attendre ni surséance, ni amendement. La tendre sollicitude de son Parlement, l'amour des peuples, la sûreté commune de tous les rois, les droits de l'Église, le bien de la chrétienté , le vœu de l'Univers , le cri de l'humanité et de la' religion, s'opposent et s'opposeront à jamais à ce qu'aucune autorité puisse réintégrer, valider, légitimer l'impiété radicale, reconnue jugée , et désormais notoire , d'un régime et d'un vœu qui ne blessent pas moins la majesté Effort» divine que toutes les majestés humaines1. »

a Parlement,

pour Le Parlement aurait voulu contraindre tous les

contraindre . T , .. , ri* »

les jésnites anciens Jésuites et leurs écoliers au serment qu on

H™ubHé°nt a vu p1us lîaut » sous i*1™ dêtrc ieiés dans ,es

la formule, prisons ou bannis du royaume 2. Puis , des lettres

n'enregistre * J 7

qu'après patentes étant venues lui défendre de mettre , pour

ajustions, des

ttres patentes l'heure, àexécution ces arrêts , le Parlement, cham-

li lai ont en-

înt de surseoir

\ l'exécution

de cet arrêt. • Reg. $*./•., 27 mars 17(V>. * Reg. , 3 mars 1703.

bres assemblées , avait déclaré « qu'il ne pouvoit , sans violer le premier de ses devoirs (celui de veiller à la conservation de la vie du roi ) , obtempérer à ces lettres patentes; qu'en conséquence, son arrêt serait exécuté suivant sa forme et teneur ' .» L enregistrement des lettres patentes n'eut lieu qu'à trois semaines de là , du très exprès commandement de S. M. j avec supplique au monarque , « d'observer les inconvénients qu'entraînerait une surséance illimitée de dispositions seules capables d'assurer la tranquillité publique , et de mettre en sûreté les jours de S. M. 2 » En 1761, un arrêt fut Nouveaux ar

contre

rendu encore, pour faire immédiatement sortir du ]<* jésuite royaume tous les Jésuites qui n'avaient pas prêté le serinent prescrit le 12 février 1762 , et pour défendre à tous de leur donner asile. Le Parlement expliquait lui-même ces rigueurs opiniâtres , par la crainte de voir la Société revivre , le gouvernement ne s'étant point porté encore à prononcer cette proscription intégrale et absolue , que ses Parlements, celui de Normandie entre autres, deman- , daient, depuis si long-temps, à grands cris. Car, nombre d'arrêts avaient été rendus, pour décider le monarque irrésolu, et le contraindre à se résoudre» t Le rai ( avaient-ils dit) sera supplié , en tout temps , et en toute occasion ( en sa qualité de roi

• Reg., 24 mars 1763. » Reç.y 11 et 12 avril 1763.

très chrétien et de fils aîné de l'Église ) , de procurer à toute la chrétienté l'extinction totale d'une Société pernicieuse qui , au moyen des précautions dont elle s'est armée contre sa destruction, ne servit pas suffisamment détruite * si elle ne l'ètoit par toute la terre. Le roi sera également supplié , avec les instances les plus vives et les plus tendres , de ne permettre l'approche de sa personne sacrée à aucun de ceux que leur attachement opiniâtre à un régime essentiellement ennemi de l'autorité et de la vie des rois, ne permet pas de souffrir en aucun lieu de son royaume '.

Le L'édit de novembre 1764, prononçant l'entière

'ouvemement __

«nonce, enfin, abolition de la société des Jésuites en France, vint entière aboh- ençm meitre le comble à des vœux si ardents, sisou-

>n des Jésuites. '

Arrêt vent et si énergiquement exprimés. Mais, comme,

le précaution ,

in Parlement au grand regret des Parlements, il permettait aux contre ceux ci-devant Jésuites « de rester dans le royaume, ? ces religieux et j» vivre, en particulier, sous la juridiction

[ui continue- J * *

>nt de résider des ordinaires des lieux» , le Parlement de Nor-

n Normandie. . .

rovenibrei7G4.) mandie , tout en enregistrant la loi nouvelle, rendit un arrêt de précaution , pour interdire à ceux qui n'auraient point prêté le fameux serment queTon sait, tous bénéfices, charges, emplois, fonctions publiques, ecclésiastiques, même les fonctions particulières, tenant à l'enseignement de la jeunesse»

Rcg-t ii mars 1 70.'».

à l'instruction religieuse , à la direction des âmes. Cet arrêt leur enseignait à tous de résider dans le lieu de leur naissance, ou dans celui qu'habitait leur famille; ne permettant, toutefois, le séjour de Rouen , Caen , Alençon , Bayeux , Lisieux , Evreux , Séez, Avranches, Coutances, Dieppe , Argentan , qu'à ceux qui y étaient nés, ou dont les familles y résidaient. Deux ci-devant Jésuites ne pouvaient (saufle casde très proche parenté) demeurer sous le même toit. Tous devaient, deux fois chaque année, se présenter devant le procureur du roi de leur domicile , tenu d'en justifier au procureur général , qui , lui-même , en devait informer la

cour

Le Parlement, désespéré qu'on permît à ces religieux de rester dans le royaume, avait voulu parer ainsi aux inconvénients qu'allait, dans ses prévisions , entraîner une tolérance si contraire à ses vues; et il fallait que ses craintes n'eussent point manqué de fondement , puisqu a trois ans de là , on le vit en peine, comme tous les autres Parlements , du mouvement que se donnaient partout les Jésuites, déplorer que « Y extinction apparente de la Société dans le royaume , n'eût produit , réellement 9 que la réforme de son habit. » Les Jésuites ( en Normandie du moins) avaient paru prendre à tâche de

Les Jésuites

demeurés

en Normandie

ne tenant aucun

compte des arrêts rendus à Rouen contre eux, le Parlement en rend un dernier, plus dur que tous les autres.

1 ft*8-t -*7 »,;irî> t"fi.*».

désobéir aux arrêts relatifs à leur domicile , à l'administration des sacrements, à l'instruction delà jeunesse, à la direction des âmes, à la prédication, à la correspondance avec le général , à l'habitation commune, à la comparution semestrielle devant le magistrat; à la prestation, surtout, de ce fameux serment qu'on a vu. En mai 1767, le Parlement prescrivait de sévères enquêtes sur toutes ces contraventions de chaque jour; et, bientôt, dans on nouvel arrêt, où les Jésuites étaient flétris dans les termes les plus énergiques et les plus infamants qu'il eût employés jamais, il supplia le roi « de remédier aux inconvénients terribles, résultant de la résidence , en France , des ci-devant Jésuites ; de faire usage de la puissance souveraine qu'il tenoit de Dieu, pour extirper du sein de l'État, des ennemis de la religion et de l'autorité royale, d'autant plus dangereux qu'ils se trouvoient confondus avec les fidèles sujets de S. M. , sans qu'il leur restât aucun signe extérieur auquel il fût possible de les reconnoître; il l'adjuroit de défendre toute affiliation entre ses sujets et cette Société ; d'éloigner de sa personne tous les affiliés1.*»

rrairc i\v vm>* Apre s la suppression des Jésuites, une de leurs mÛÙgm viclimes> Jean-JacquesOorin, curé de S. -Godard de de Rouen. Rouen , avait reparu dans Rouen, sa ville natale, d'où

' Htg. sévi., li, 18, l!> mai 1707.

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