‹ Histoire du Parlement de NormandieChapitre 21 sur 35 · VI. a · texte numérisé non relu

VI. a

auteurs de la misère publique. A huit jours de là, un arrêt fut rendu pour empêcher les énarrhements de blés dans les marchés, et faire que le peuple en trouvât toujours assez à un prix modéré. Les termes de cet arrêt étaient fort clairs. Il assurait la plus grande liberté aux négociants qui voudraient faire venir des blés de l'étranger, ainsi qu'aux agents autorisés, chargés par le gouvernement d'en acheter, pour son compte , dans la province. Ainsi avait répondu le Parlement aux reproches articulés contre Arrivent son premier arrêt. Mais que dire, quand on voit rdres du roi , le ministre Saint-Florentin écrire , an nom du roi ,

^e!Lêpre- <Iue « S' M' > n'approuvant nî ,es remontrances du iers. ( Fin de Parlement , ni ses arrêts, lui défendoit d'en rendre

mai 1762.)

de pareils en des occasions semblables qui poudroient se présenter, attendu qu'ils ne pourraient qu'alarmer le peuple , et donner croyance à de fausses idées*. » Le peuple (nous ne le pouvons taire), le peuple pensait que Louis XV, le roi de France, spéculait sur les blés, pour son propre compte, sous le manteau des agents chargés d'en acheter pour les provinces dépourvues ! Était-ce là de faunes idées? C'est à d'autres historiens de le dire. Toujours pourra-t-on s'étonner, après que le commerce licite des grains , et les opérations loyales et avouées du gouvernement sont assurésd'une entière

1 Reg. secr., 29 et 30 mai 1752.

libertés de voir les ministres s'acharner opiniâtrement contre de salutaires mesures, qui ne pou* vaient que mettre un terme aux angoisses du peuple, et assurer à jamais la tranquillité de la province. — Cette incroyable lettre lue , les chambres , attristées, s'étaient séparées sans rien dire , et n'avaient eu garde , on le conçoit , de consigner sur les registres cet acte ministériel , monument , à leurs yeux, de honte et de délire. Puis, sur l'ordre exprès qui leur en fut adressé bientôt , des commissaires avaient été nommés, pour examiner à fond les antécédents du Parlement , en cas semblables, compulser ses registres, et voir ce qu'il convenait de faire au sujet de cette lettre. Mais le résultat de tant de réflexions et de recherches devait être de s'en tenir aux résolutions premières; et, le 17 juillet, il passa que « ce qui avoit été fait à ce sujet subsisteroit en l'état qu'il et oit1. »

Tout semblait conspirer contre les efforts du Parlement pour tenir le pays en paix. En juillet, comme il continuait ses procédures contre quelques complices, encore impunis, des derniers troubles de Rouen , détenus , en assez grand nombre , dans ses prisons , le vicaire de Saint-Éloi s'alla aviser, dans un sermon sur la charité * de s'en prendre crûment à l'inhumanité des riches, des excès

Le Parlement

nomme des

commissaires,

pour aviser

aux mesures à prendre.

Le Parlement snpprime un sermon imprudent dn vicaire deSaint-Eloi de Rouen , qoi semblait excuser et justifier la conduite séditieuse des pauvres par l'insensibilité

des riches.

(Juillet 1752.)

' Brg. secr. , 17 juillet 1732.

des pauvres, et de justifier les auteurs des derniers troubles, aux dépens des habitants aisés, qui ne les avaient point secourus ; de montrer t la nécessité ouvrant la source des maux; la misère enhardie, trouvant dans leur violence un remède innocent à ses malheurs. Nous lavons vu, ces temps derniers ( s'écriait-il ) ; combien qui sont chargés de fers et détenus dans d'horribles cachots , parce que vous fûtes sourds à la voix de leur grande pauvreté , qui sollicitoit , avec instance et importunité , votre tendresse et votre chanté ! Combien, qui ne sont méchants que parce qu'ils sont malheureux et que vous êtes insensibles à leur misère ! Combien, que le désespoir emporte à des excès dont ils n'eussent jamais été coupables, s'ils eussent été mroius pauvres et moins souffrants ! » Vraies, sans doute , en un sens, ces paroles jetées, un dimanche, du haut de la chaire , semblaient plus propres à exciter le menu peuple qu'à stimuler la charité des riches. « La chaire de vérité ( disait le procureur général Le Sens de Folleville, en dénonçant ce sermon aux chambres assemblées ), ne doit point servir de théâtre à des déclamations dangereuses. La liberté du ministère saint doit être réglée parla prudence, et ne permet point de chercher à diminuer l'horreur des vices et des mauvaises actions, pour arriver à les prévenir par l'abondance des aumônes. » Le Parlement, qui en avait jugé ainsi , supprima

LOUIS XV. 42i

cet imprudent discours, et enjoignit au vicaire de Saint-ÉIoi « d'être plus attentif aux termes dont il se serviroit , à l'avenir , dans ses prônes et dans

ses sermons '

me»

Les séditions, quoi quil en soit, ne devaient LePariemo point cesser de sitôt. En 176a, quand eut paru de* édit» Tédit qui autorisait l'exportation des blés , partout , ^por^'t* et en Normandie plus qu'ailleurs, les peuples s'é- des blés» * murent. Mais le Parlement , cette fois , pouvait Fâcheuse; s en prendre a lui-même , ses vives instances ayant de cette surtout provoqué un édit qui paraissait si fâcheux aujourd'hui. À Louis XV ( dans une audience qu'il leur donna à Versailles), « Sire ( avaient dit des députés de cette compagnie), favorisez C agriculture et le commerce , en autorisant F exportation des blet hors le royaume*. » A ces magistrats, réunis dans son cabinet pour conférer avec lui , le contrôleur général Laverdy avait objecté « la disette qui affligeoit te Languedoc , disette causée par f enlèvement des blés de ce pays * pour Rome et N aptes , qui en manquoient » ; mais les députés ayant tenu bon, on avait fini par les en croire; et, en juillet 1764, parut un édit permettant l'entrée des grains dans le royaume , et leur libre sortie. Le Parlement cria victoire ; et, l'édit enregistré, il avait écrit au roi, « pour lui rendre de très humbles

1 Reg. secr. , 3 août 1752. a Reg. secr. , 7 mni 176V

actions de grâces d'avoir écouté favorablement les représentations de son Parlement*. » L'opinion, ce semble, était favorable , alors, à ces mesures; car, avant qu'elles eussent été décrétées, le bruit s'en étant répandu dans le public , les Annonces de Normandie , accueillant avec empressement cette nouvelle prématurée encore, dirent • qu'elle ne pouvoit que répandre la joie la plus vive parmi les habitants de la campagne, gênés dans le paiement de leurs fermages par la modicité actuelle du prix du blé2. » Mais cet enthousiasme ne devait pas durer long-temps. L'exportation fut dommageable à la Normandie, qui, du moins, s'en prit à elle des maux qu'elle endurait. Toujours avait-on vu, peu de temps après l'édit , le peuple, inquiet, s'émouvoir, partout , dans les villes et dans les campagnes. Ce fut un grief des classes inférieures contre le Parlement ; et , lors des événements de 1771, le peuple s'en faisait encore , contre ces magistrats, un sujet de reproche3.

1 Beg. secr., 9 août 1764.

* annonces , Affiches et Avis divers de la Haute et Basse-florin andie, 22 juin 1764.

3 Dans le Coup-d'odl purin , Gambolin, l'un des interlocuteur», froid pour le Parlement , disait :

•< I no za fait cunn' belle avanche , Aveuc s'n'arrét d'esportation. »

— Cou p-d œil purin , p. i2 , 43. —

Toujours ne voyait-on plus, chaque jour, que des émeutes. ACaen, à Orbec, à Cherbourg, à Émeutes

> t» a n en Normand.

Alençon, a Kouen, même, et partout, entin, causée» eurent lieu de violentes mêlées , où beaucoup d'ha- r i^^esTn bitants périrent. De virulents pamphlets venaient n«7,i7w.) encore exciter les indigents et les vagabonds émus ; et, plusieurs années durant, le Parlement ne paraît plus occupé que de procéder contre tous ceux qui ont trempé dans ces émeutes1. Comme , pour tout cela, néanmoins, il ne revenait point de son système d'exportation, déjà si fécond en désastres, il y eut, en 1768, dans la Haute-Normandie, des troubles violents, où entrèrent, avec la capitale de la province , les bourgs et villages qui l'avoisinent, Darnétal, Maromme, Gournai, La Bouille, Elbeuf , le Bourgtheroulde. Ce n'étaient, partout, séditions qu'attroupements, vociférations et scènes de pillage. Rouen eut à supporter la plus grande part de ces désordres. Ils y commencèrent dans l'aprèsdîner du 22 mars, et durèrent plusieurs jours, cessant , puis reprenant au moment où Ion croyait tout fini. Le peuple, qui, depuis 1752, s'était aguerri, s'en prit, cette fois, à tous les magasins de blé , à toutes les communautés qu'il en savait fournies, à des bateaux, môme , qui en étaient

1 Reg., septembre, octobre, novembre, décembre 1764, ann. 1765, a on. 1760.

tt* PAALEXE3T M StMULMIHE.

chargés* Quand il eut pilé bi balte et les dépôts des Cordelière, da Gra«d-Coars. de la rue des Crottes, de la rue da €nt-de- Verre • île la porte Cauchoise . les Augustin», le» Capucins , les religieuse* de la Visitation* furent assaillis à leur tour. Le Parlement y en permanence an palais • avait , seul T eu l'absence du gouverneur et des troupes, lutté contre cette populace émue' , et Boit par la faire rentrer dans le devoir, mais après plusieurs jours de vociférations et de pillage. Le duc d'Harcourt était, d'ailleurs, arrivé, à la fin, et des troupes arec lui. De nombreuses arrestations avaient eu lieu , et on put , alors, procéder contre Le r*ritmewt les plus coupables. Mais, moins sévère qu'en 1752 ,

se repest

ravoir demandé le Parlement ne devait prononcer, cette fois, que

la liberté ■ i - »«

d'exportation quelques condamnations aux galères; et presque

tmimlmUement tous 'es autres en furent quittes pour d'énergiques de M»pendre semonces , très propres à les détourner de s'émon-

cetfe liberté. r# r

(bmatiitm.) Voir une autre fois. C'est que le Parlement, reconnaissant dans ces désordres le résultat déplorable de cette exportation qu'il avait naguère imprudemment provoquée par tant d'instances, se sentait plus porté à plaindre qu'à condamner des hommes affamés, séditieux, uniquement, peutfitre , parce qu'ils avaient craint de mourir de faim. (!f\s magistrats aimaient mieux prendre, de con-

1 Reg , 22 mars 1T0S, cr jours «imants.

cert avec l'intendant De Crosne , toutes les mesures propres h rendre aux villes et aux campagnes effrayées , la paix , et cette denrée dont elles avaient cru manquer. A Rouen , par les soins du Parlement , trois espèces de pain avaient été mises en vente , pour que chacun en pût avoir, les boulangers ayant Tordre d'en vendre , à la balance et au couteau 9 c'est-à-dire par demi-livre, et môme par quarteron. Le premier président Miromesnil, instigateur de ces mesures , se voua tout entier , et sa compagnie avec lui , au soulagement de populations souffrantes, dont ils craignaient , peut-être, d'avoir involontairement causé le désespoir. La liberté d exporter les grains ayant paru donner 4i*u à tous ces troubles, ils n'hésitèrent point à supplier le gouvernement de la suspendre. C'était dans un mémoire adressé au roi , sur la misère des peuples de la province1. Elle y était peinle en traits énergiques , bien propres à toucher un roi qui aurait pris plus de souei de son royaume. On y montrait la langueur des manufactures, la cessation des travaux, le désœuvrement d'un peuple immense, des familles sans nombre en proie aux horreurs de la faim ; des hameaux entiers manquant des choses les plus nécessaires à la vie , obligés , par le esoin , de se réduire aux aliments des bêtes, ou de

Mémoire du Parlement

an roi ,

sur la détresse

de la province

(5 mai 1768.)

' Reg. , j mai 17f>8.

demander, en troupes, une faible aumône; les pleurs, les gémissements de tous ces malheureux, leurs plaintes, leurs murmures, devenus bientôt la voix universelle. « Le besoin de subsister est impérieux-, et l'extrême nécessité conuoît peu de tempéraments ; le séditieux mérite , seul , la sévérité des lois; mais l'indigent qui se plaint est digne des regards du souverain et de l'attention des magistrats. » Deux sortes de secours étaient donc de la plus grande urgence pour le peuple , et le Parlement les sollicitait avec instance : du pain d'abord, puis de f ouvrage. Il fallait rendre du ressort aux fabriques inactives , ranimer les manufactures de cotons , objet principal du travail de la généralité de Rouen. 11 fallait surtout , et le Parlement ne rougit pas de le dire dans les termes les plus forts, il fallait suspendre la liberté (f exporter les esénarrhements grain s. Mais ces suppliques ( le croira-t-on ) n'éia Normandie taient pas écoutées. Que dis-je? les enarrhemenls paTu famine, continuèrent et se multiplièrent à l'excès. On enlevait des blés la nuit La Normandie en avait produit, celte année, en abondance; quétaientMs devenus? Le Parlement le demandait aux ministres du roi, qui, peut-être, auraient pu le lui dire. On osait répandre dans les campagnes des bruits propres à détourner les habitants de porter leurs blés aux marchés, afin d'en pouvoir trafiquer, à Taise, avec eux, dans leurs demeures. Le peuple,

cependant, mourait d'inanition. « Plusieurs de vos sujets ( lui mandait le Parlement ) substituent a leur nourriture un grain fait pour celle des animaux; votre Parlement en est le témoin1. » L'automne et l'hiver de 1768 se passèrent, pour le peuple , dans les angoisses de la faim et du désespoir; pour le Parlement, en assemblées incessantes, en mémoires, en lettres* en remontrances, pour appeler enfin la pitié sur ses justiciables affamés. Ces remontrances font mal; les lamentations Lettre égaient les calamités ! Surtout une lettre au roi* ^roi'oTê* pour le supplier de pourvoir à l'approvisionnement én**iq«ement

* ** r rr peinte la détresse

de Rouen , fit sensation , sinon sur le monarque de u province.

. .... ... • \ (15 octobre 1768.)

voluptueux, insouciant et inappliqué, qui , peutêtre, ne la vit jamais , sur la nation du moins; car cette lettre au roi avait été imprimée , et circulait en tous lieux, au grand déplaisir des ministres. Le Parlement y montrait les ouvriers périssant de faim, et ne pouvant atteindre au prix exorbitant des denrées; des villages entiers désolés par des maladies épidémiques causées par la mauvaise qualité des grains; les énarrhements , les ordres secrets enlevant tous les blés destinés à la ville de Aouen , Sous prétexte que ce n'était qu'un lieu de passage et d'entrepôt ; au point que cette ville, si populeuse, avait, tout récemment, failli mourir de faim.

• Arg. , 19 août 1768.

« Encore deux jours* et elle se trouvoit sans provisions* sans grains et sans pain. Les mesures les plus promptes et les plus sages ont pourvu au moment. » Ces magistrats en revenaient sur f exportation* qu'ils ne pouvaient se consoler d'avoir demandée naguère. «L'abus de l'exportation desgrains provoque la disette, et fait craindre la famine. Ce genre de commerce A été proposé comme une des ressources de l'État , et il fait le malheur de vos fidèles sujets de Normandie. Cette province* et surtout sa capitale * manquent de subsistance* . • Mais , en cour, on faisait un crime au Parlement de la publication de cette lettre alarmante. Aux vifs reproches que le ministre Berlin s'était hâté de lui en faire , les magistrats répondirent en protestant que cette publication n'était point son ouvrage. Bertin annonçait, au reste , de notables secours, accordés sur le trésor royal, pour l'approvisionnement de Rouen et des autres villes de la Normandie2. Le bruit que lit la lettre imprimée, lue de tous, et passant de main en main , avait valu , peut-être , à la Normandie, ce que n'eût point obtenu cette lettre envoyée discrètement au ministre, et jetée dans un carton , pour n'en plus jamais sortir. Il n'y avait, au reste , qu a laisser le Parlement procéder contre

1 Hrg. secr. , l.> octobre 1768.

* Lettre de Jîertin , Xo octobre I7*»S.

les accapareurs; et la Normandie n'eut point connu ces extrémités si dures. Au mois d'août (1768), tandis qu'il était défendu à la Chambre de commerce de Rouen , d'acheter, dans le royaume , des blés pour l'approvisionnement delà ville, on voyait une nuée d'hommes sans qualité, acheter, publiquement, dans le Roumois, dans le pays de Caux , dans le pays d'Auge , tous les blés qu'ils y pouvaient trouver. Le Parlement indigné avait bien fait main basse sur quelques-uns de ces personnages1; mais comme les procédures commençaient, et à Rouen, et dans toutes les juridictions du ressort, soudain était arrivé un ordre exprès de surseoir ; « la volonté du roi n'étant point qu'il fût statué sur ces affaires, jusqu'à ce qu'il eût fait connoîlre ses intentions. » Ceci devait faire bruit dans le royaume; le Parlement s'étant hâté, dans une deuxième lettre au roi( qui fut imprimée comme la première), de flétrir ces trafics inhumains, et de se plaindre amèrement de l'incroyable protection si scandaleusement accordée aux coupables. « Les achats tes plus considérables ( y était-il dit ),ont été faits en même temps > pour un même compte , dans plusieurs marchés de f Europe, Les entreprises des particuliers ne peuvent être aussi immenses ; il ri y a qu une société dont les membres sont puissants, en cré-

Ëuarrhemenls, accaparements

de blés en Normandie.

Seconde lettre du Parlement au roi, ponr loi exposer les nécessités et les souffrances de la province.

Ses plaintes snr la défense qui lai a été faite, de rechercher les énarrheurs et les

accapareurs.

(29 octobre 1768)

• Reg., 18 août 1768.

dit, qui soit capable d'un tel effort. Ici on a reconnu l'ikprkssion du pouvoir , les pas de l'autorité ; le négociant spéculateur ne s'y est pas trompé , les énarrhements ont été faits A l'ombre de l'autorité , par gens soutenus et bravant toutes les défenses;

NOUS EN AVONS LA PREUVE DANS NOS MAINS. Pourquoi,

d'ailleurs , cette défense de procéder contre les énarrheurs? Ia défense de poursuivre manifeste t existence des coupables; la crainte quils ne soient découverts; le désir de les soustraire à ta peine ; cette défense du trône change nos doutes en assurances* Il y a sans doute des monopoleurs, puisque ton suspend f exercice de la justice , avant même qu'ils soient connus et que le délit soit éclairci l Les édits prohibent les énarrhements ; les énarrhements existera, et ils trouvent des protecteurs 1 On protège des hommes qui corrompent les subsistances , substituant, en secret, à la nourriture salutaire que la Providence a donnée à f homme, des mélanges capables d'exposer ses jours, et de propager la contagion dans le royaume. Sire, notre devoir est de vous avertir que le royaume est menacé des plus terribles dangers. L'unique remède à son état violent est de punir tabus, de faire régner les lois, de réprimer la cupidité du monopoleur, ou de laisser à vos cours le soin de k poursuivre*. »

1 fieg. secr., 29 octobre 17C8.

Pour répondre à celte lettre énergique, arri- Étrangeietu vèrent des lettres patentes, qui ordonnaient d'in- Be*in,àcesu former et de procéder « contre ceux qui , de dessein prémédité* auraient causé le renchérissement des grains, par quelque manœuvre que ce fût , ainsi que contre ceux qui, méchamment , auroient semé ou accrédité les bruits de ces manœuvres par des propos eu des écrits \ » Que dire de pareilles lettres patentes? mais, surtout, de l'incroyable missive de Bertin , qui , prenant pour adressées à Louis XV

ces accusations de monopole et de trafic , venait dire que « les réflexions du Parlement n etoient que des conjectures» , et des conjectures « peu conformes au respect dû au roi; que le Parlement les avoit accueillies sans preuves ; et qu'il n'avoit pas approfondi les faits. » La noble et péremptoire apologie ! Que penser aussi du Parlement , répondant à cette interprétation de ses remontrances : « Quand nous avons dit que le monopole existoit, et qu'il étoit protégé, à Dieu ne plaise , Sire > que nous eussions en vue V. M. ! mais peut-être quelques-uns de ceux à qui vous distribuez votre autorité. » Explications bien flatteuses , sans doute, pour la majesté royale, et bonnes seulement à fortifier ce reproche qu'on se défendait tant d'avoir voulu lui faire; à donner raison, enfin, à quelques écrivains

' R'g. du 14 novembre I7G8.

£P PARLEMEJiT DE NOftlIAKDlE.

du temps , qui accusent Louis XV d'avoir, pour son

propre compte, spéculé sur les grains, et fait des

profits pour sa cassette, lorsque partout le pain

manquait dans son royaume , et qu'en tous lieux

on s'y mourait de faim !

Us Parlement* Au reste, la cour était excédée de ces doléances

«ogoarerne- des Parlements; et on se désespérait de leur avoir

temps même rendu cet ancien droit de remontrances, dont ils

du régent. faisaient un si fréquent et si incommode usage.

Ces regrets dataient de loin; et, dès la régence, si

le duc d'Orléans eût osé, ce droit, source de tant

de résistances , d'entreprises et de tracasseries qui

le fatiguaient, eût été repris presque aussitôt que

Etrange projet rendu. On était môme parveuu à faire goûter

relativement au régent un projet, bien autrement hardi, celui

mX PaoûtëCnlS * ^e rembourser, de gré ou de force, en billets de par ie régent, banque , toutes les charges des Parlements; et,

que Saint-Simon , m

détourne d'y ces charges une lois rentrées dans les mains du roi, le monarque les aurait gratuitement données, comme dans l'origine, à des commissaires* qu'il aurait, à l'expiration de chaque au née judiciaire, continués, ou remplacés, suivant son bon plaisir. C'en aurait été fait de la vénalité des charges, grief de la nation contre les Parlements; et on se flattait de gagner , par-là , le peuple à ces idées ! Imagine par Law, que les résistances de la magistrature à ses mesures avaient irrilé contre elle, ce projet, qu'appuyaient Dubois et le duc de La Force, avait

donner suite.

LOLIS XV. 433

ébloui le régenl, qui s'en ouvrit à Saiut-Simon. Mais ce duc , si peu favorable qu'il fût aux Parlements, qu'on le voit sans cesse poursuivre de seç âpres censures et accabler de ses dédains , n'igno-r rait pas , toutefois, quels services ces grands corpç avaient rendus, naguère, àla couronne, notamment lors des troubles de la Ligue; et quels autres, non moins importants, la France était en droit d'en attendre encore. Ils pouvaient devenir une entrave aux excès de la puissance royale, tyranniquement exercée, sous un roi faible, par des ministres, des favoris, des maîtresses , des valets même , s'en servant pour leur intérêt particulier contre celui des sujets du monarque abusé par eux, et leur laissant tout faire. Les Parlements pouvaient aussi être une barrière à opposer aux entreprises de Rome, du clergé de France, des ordres religieux, habiles à exploiter les rois confiants et aveuglés. Saint-Simon, dans ses entretiens animés avec le régent, lui objectant ces fortes raisons , puis bientôt les lui exposant en détail , dans des Mémqirc» qu'il lui faisait lire , avait enfin persuadé ce prince; et on abandonna le projet de Law\ Les Parlements, cependant, se montrant de

1 M armontcl , Mémoires historiques sur la régence, chap. 7. — Dock», Mémoires sur la régence , ann. 1717 et 1719.— Saint- Simon, t. XVII , chap. 7.6 , Mit. in-8° de 1829.

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