‹ Histoire du Parlement de NormandieChapitre 4 sur 35 · MESME ESTAT DE RESPECT QUE LES CATHOLIQUES · texte numérisé non relu

MESME ESTAT DE RESPECT QUE LES CATHOLIQUES

c était à dire à genoux devant le signe d'un sacrement qu'ils ne voulaient point reconnaître. Il ne fallut plus demander pourquoi l'archevêque Harlay de Chanvallon avait pris la peine de venir au palais1 ; et ce qui se répandit des votes émis sur cela par les conseillers-clercs2, ne permit plus aucun doute, à cet égard. A une disposition législative, la plus claire qu'on eût vue jamais, c'était, sans doute, substituer une disposition nouvelle, source féconde de vexations, il n'était pas malaisé de le prévoir. On veut qu'en tous lieux , presque , dans la province , le clergé ait affecté , après cela , lorsqu'on portait le viatique, de traverser les places les plus populeuses, les rues et les marchés, sans faire agiter la clochette , afin de surprendre , à l'inproviste , des religionnaires parmi tant de monde ,

* Keg. secr., I.'i décembre 1660.

5 Requête présentée au roi , sur le sujet des chambres de redit , |«r Pierre Du Bosc. {Vie de Pierre Du Bosc f ministre du saint foangilc, 2* partie), Pièces, p. I/O.

et les contraindre à s'agenouiller en vertu de l'arrêt, ou de résister, à leurs risques et périls1. Ce sont là, sans doute, des histoires hasardées, auxquelles il est permis de ne pas croire. Je voudrais, mais en vain , pouvoir douter aussi de celles qu'il me reste à raconter. Mais, d'abord, il faut dire qu'au jour où eut lieu , en grande audience , dans la chambre dorée du plaidoyer, la publication de redit du 2 avril 1666 , et de l'arrêt d'enregistrement qui y ajoutait une si notable clause (16 décembre 1666)» l'archevêque Harlay de Chanvallon était revenu , de rechef , au palais , assister , en grand costume, à l'audience, avec le maître des requêtes i trois ans de là, La Galissonnière2. Cela annonçait un parti pris;

en enregistrant . 1 •. • > . • iivi

me déclaration maison le vit mieux encore, à trois ansde là, lorsque ^emS^uuklm Parut une déclaration nouvelle , qui , revenant sur ■remière, en ce ce chapitre du saint Sacrement, avait disposé que

égard, le Parle- ... ri

ment persiste « les religionnaires , le rencontrant dans les rues, dence9qniest seroient tenus de se retirer, au son de la cloche ,

sinon de se mettre en état de respect * en étant s par les hommes, leurs chapeaux 3. » C'était, en renouvelant la disposition primitive, montrer que là se devait arrêter toute la démonstration exigée des religionnaires; et si la déclaration nouvelle leur

• Histoire de l'Édit de Nantes, t. III , p. 337.

1 Heg, , 16 décembre 1666.

3 Déclaration du Tr février K»6Ï>, article 33,

contraire à tontes deux.

défendait, après cela, de paraître aux portes, boutiques et fenêtres de leurs maisons, lorsque le saint Sacrement passerait, à moins de se décoiffer, comme on le leur avait enjoint pour les rues , en même temps elle faisait «défense à toutes personnes de les empêcher de se retirer* lorsqu'ils viendraient à rencontrer le saint Sacrement dans la ville. » C'est qu'en effet, partout presque, ils en étaient, chaque jour , empêchés par la canaille. En enregistrant, quoi qu'il en soit, cette déclaration, le Parlement , fidèle à ses extensions de 1666 , arrêta que « le roi seroit très humblement supplié d'agréer que , sur cet article , il fût dit que ceux de la R. P. R. rencontrant te saint Sacrement * seroient tenus de se retirer* ou se mettre en même état

DE RESPECT QUE LES CATHOLIQUES 4 , • à genOUX , en UU

mot , quoi que deux déclarations en eussent pu

dire. Et puis , le gouvernement laissant faire , ce J^^"^

lut aux réformés à prendre garde quand ils sor- s^iesiience

6QHSJ) sont , I

taient dans les villes; peuple, clergé, Parlement, rencontre d

S Smspobbmi

juridictions inférieures, étant merveilleusement rà boue au d'accord sur ce point, ou les religionnaires , reu- vl^^^{ contrant le saint Sacrement, se voyaient violem- condamnée»*

J prison, si el

ment retenus par le peuple, et brutalement con- ontrefasédc traints de s'agenouiller avec lui ; ou bien on les gênons, traînait devant les tribunaux , s'ils avaient osé s'en

' Heg. , 29 juillet 1669.

A Rouen , un religionnaire , résistant à la populace qui le veut contraindre a s'agenouiller , est traîné au palais par un prêtre de Saint

Maclotf, et condamné par

le Parlement

a des amendes,

mx dépens , et

à garder prison

jusqu'au paie-

ment.

défendre. Les femmes , même , dont les édits n'avaient ni parlé ni dû parler, étaient en butte à cent contraintes. A Rouen , une dame De Lorru , religionnaire , qui , à la rencontre du saint Sacrement, dans la rue, se voulant retirer, a été retenue, de force, par le peuple, mais, toutefois, n'a point voulu s'agenouiller , est citée , pour cela , au bailliage , qui la condamne à 20 liv. d'amende , et lui dénonce des peines corporelles, au cas de récidive f. A Caudebec, on a vu quelque chose déplus étrange encore : la dame Gilles, religionnaire, condamnée à l'amende, à la prison, et écrouée incontinent , parce qu'au prétoire du bailliage , pour un procès qui la regarde et qu'on juge ce jour-là , la clochette du saint Sacrement a été entendue résonnant au loin , et que cette dame , sommée de s'agenouiller en considération de ce bruit, et quoi qu'on n'aperçoive ni le dais , ni le prêtre , elle s'y est obstinément refusée2.

On pourrait citer cent faits semblables , si Rouen n'en eût vu un plus scandaleux , à lui seul , que tous les autres, et qu'il ne nous est point permis de taire. C'est ce qui arriva a un religionnaire nommé Fourgon , qui, dans une rue, qu'il traversait, la canne à la main, rencontra le saint Sacre-

1 Sentence du bailliage de Rouen, ï) mars 1C76.

' Sentence du bailliage de Caudebec, 14 février 1G76.

ment , porté par un prêtre de Saint-Maclou , nommé Nouvel a™ Preudhomrae , des plus ardents et des plus em- cotntraTndre° portés qu'on pût voir. Otant promptcment son rei'gionnajr chapeau à l'aspect de l'hostie, Fourgon avait cru devant le m se mettre à devoir, à suffire; et au peuple, vociférant autour de lui et le violentant en cent manières, il n'avait répondu que par des refus, sans, toutefois, rien dire ou faire que se défendre d'une chose qu'il ne devait pas; lorsque l'abbé Preudhomme, en colère, le saisissant au collet, le voulut contraindre aussi à fléchir les genoux, et, sur sa résistance opiniâtre , criant haro contre lui , le traîna au palais, suivi et aidé de toute cette populace de Saint-Maclou, innombrable là et ameutée. Au Parlement , en séance à la grand chambre , en ce moment, appartenait de juger ce haro, le plus illégal qui eût été crié jamais ; ce cri ne devant avoir lieu , « fors pour cause criminelle y comme pour feUj larcin s homicide , ou se aulcun court sur '

à ttng aultre * le cousteau traict..* Ainsi l'avait décidé le grand Coutumier normand* qui, même, ajoutait , que < ceux qui auroient cryé haro sans raisonnable cause , le debvoient amender griefvement*. » Mais, à la grand 'chambre , et cette sage loi et bien d'autres étaient , maintenant , en oubli.

1 Le grand Coustumicr du pays et durhié de Normandie , chap. LIV : de Haro.

Là , aucune dispute ne s'élevant sur les faits, c Fourgon, enfin, ayant fait ce qu'avaient prescri les déclarations du 22 avril 1666 et du 1er févrie 1669, qui n'eût pensé qu'il allait être licenci avec des excuses, et l'abbé Preudhomnieprié dou cément d'être un peu moins vif une autre fois Mais, par malheur, le Parlement tenait moin de compte des édits que de ses arrêts. La grand chambre , apostrophant Fourgon , lui imputa ; crime de ne s'être point mis à genoux; et ce homme, « pour l'irrévérence par luy commise *s s< vit condamné à 20 liv. d'amende envers le roi, ; 3 liv. de dépens , au coût de l'arrêt ; retenu, de plus entre les mains des huissiers jusqu'au parfait paie ment de la somme1 , il put apprendre, à ses dépens que les Parlements , auxquels il n'était plus permi de modifier les lois, en manière que ce fût, pou peu qu'à Versailles on les eût à cœur , en pouvaient par compensation , faire de leur estoc , quand elle étaient dans le sens des idées régnantes, vives réclama- En condamnant Fourgon, le Parlement avai gionnaires^Le expressément renouvelé ses arrêts de 1666 et 1669 ^êlnformcr P°ur contraindre les religionnnaires à s'agenouille aux déclarations devant l'hostie. A peu d'heures de là, l'arrêt re

de I6G6 et 1660 *

(sur la rencontre tentissait dans les rues, crié à son de trompe; e

do S. Sacrement) a

et confirme, on le pouvait lire, placardé en tous lieux sur le

toutefois , Par- * *

rét récent, par

lequel le Parle*

ment y a , si , R secr ?6 >m ffi76

évidemment, °

contrevenu.

murailles. Mais, alors, la réforme, indignée, non sans sujet, obséda Versailles de ses réclamations légitimes, énergiques, mais mal écoutées. « Il n'y a plus., en Normandie ( disaient-ils)., de sûreté pour ceux de la R. P. R. Ils. ne sauroient plus aller ni venir y trafiquer ni négocier, donner ordre à leurs affaires , ni subsister en aucune manière; à chaque fois qu'ils sortiront de leurs maisons , ils s9 exposeront à des amendes, à des emprisonnements et à des punitions corporelles; leurs biens, leur liberté et leurs vies seroient en un continuel danger et en un péril inévitable \ » Ces plaintes avaient été rédigées par le célèbre ministre Pierre Du Bosc, qui , admis près du garde des sceaux Châteauneuf , l'entendit blâmer amèrement ce zèle indiscret du Parlement de Rouen , toujours prêt à l'emporter au-delà des bornes3. Ordre était venu à cette compagnie d envoyer au roi les motifs de son dernier et si étrange arrêt; cette affaire, portée au Conseil, semblait assurée d'un complet succès. Mais qu'attendre de la cour, pour une secte qu'on avait juré de détruire? Au Conseil , donc , un vague arrêt fut bien rendu, qui ordonnait « que l'article 35 de la déclaration de février 1669 seroit exécuté suivant

1 Requête sur le sujet de la rencontre du saint Sacrement , ( Vie de Pierre Du Bosc, î* partie , Pièces , p. Ml et suiv. )

* rie de P. Du Base, ministre du saint Étangilc, lre partie, p. 94.

sa forme et teneur, avec défense à toutes personnes d'y contrevenir, en quelque sorte et manière que ce pût être » ; et . par-là , on semblait ne vouloir plus que les religionnnaires fussent contraints, désormais, de se mettre à genoux. L'arrêt, toutefois, qui avait condamné Fourgon était (chose merveilleuse ! ) confirmé, de tous points1. «iw in*n<w |-OS violences, en un mot, étant si mal répri- • i^vpnUtv .ir mêes , continuèrent ; et les reformes n étaient plus ?"*n Jn^mT <%» sûreté dans les rues. De tout temps , en Nor- MisMwlu»^ mandie. il y avait eu haine implacable entre les «a **ir h«n.r lHUiUenots et le peuple. Dans Rouen , en 1562 et

ttStift » les foires des uns et des autres se balançant presque: *MonHeu ( s était écrié un jour un servent calviniste), iwry des papistes qui soutiennent «/<> iu.v;; H tes fautt hws tuer. Meschantz papistes* m tif/fVM#-i)<>ftt jamais la fin de tous * ? » Le souhait contraire était . aujourd'hui, le cri des papistes, dcxenusit leur tour, et à jamais, les plus forts. Dès recueillent de Louis \1V . sous Anne d'Autriche, ^ une ivgtMHe % une espagnole ! ) croyant qu'on <\\\i\\\ abolir les èdits de [pacification , le peuple des Iva* quartiers de Rouen, tout joyeux, avait crié: I fias /<w kta:u<Hi>t;- et forcé les maisons de plusieurs

\rrci itu l'oitoril U\ ut . du 6 août 16", imprimé textuellement (Uni l/fûMinr *U n\Ut <lr Xtmres . t. V. Pièces, p. 94 et 9.».

* \ottv Nittoirr Ju rrkitrgr rf* S,,i*t-fiomai*, t. |t p. 310.

ftl

religionnaires1. A Rouen, et .partout en Normandie 9 il en alla de même pendant tout le reste du règne. A Dieppe, en 1660, le temple où, en ce moment, se tenait le synode, fut assailli par la populace, en compagnie des écoliers des jésuites; et les réformés ayant pu s'enfuir, non sans grand danger de leur vie, le temple avait été brûlé après leur retraite. Le conseiller Jubert de Bonnemare y fut bien envoyé par le Parlement; mais, malgré ce que ce magistrat put faire, il ne paraît pas que la réforme ait obtenu de réparation de ces excès 2. A Rouen , aux jours de prêche , la canaille, stationnant près l'église de Saint-Sever* à ce défilé étroit , à droite , par où devaient nécessairement passer les religionnaires qui allaient à pied à Quevilly, les huait, les maudissait au passage, les accablait d'outrages, leur jetait des pierres et des ordures ; et, ainsi traités en allant, il en était de même au retour3.

Mais rien n'avait fait plus de bruit, en ce genre , que les excès commis par le peuple d'Alençon, au nouveau prêchebàt'i parles religionnaires aux envi-

Le temple d

religionnain

d'Alençon ei

assailli pari

populace arm

Scènes violent

lesreligionnai

sont en dang

' Reg, secr., 6 juillet 1643.

' Abrégé historique du Parlement de Normandie, par le procureur général Pavyot du Bouillon , Ms. Bibliot. publique de Rouen. -Histoire de VÉdit de Nantes, t. III , p. 337.

J Reg. du Parlement.. '• novembre 1080.

vi. G

rons, eu place de l'ancien sis dans la ville, et qu'on avait fait abattre , comme nous l'avons dit en son lemps. Construit loin de toute voie, qui n'eût cru ce prêche à l'abri des insultes ? Un dimanche , néanmoins , que tous ceux de la religion y étaient réunis, assaillis par une nombreuse populace , qui poussait des huées et des clameurs , il fallut cesser la cérémonie , mais bientôt se défendre contre ces furieux, qui étaient venus là, armés de bâtons et chargés de pierres. L'effroi des femmes et des enfants, leurs cris de détresse ne se sauraient décrire; et, la sédition finie, pour toute réparation, on parlait de détruire ce nouveau prêche, où venaient de se passer tous ces excès; si l'indignation des ministres et des gentilshommes n'eût donné à leur voix, à leurs plaintes, cet accent delà vérité, maîtresse et invincible, auquel on ne peut pas toujours résister'.

Les vexations Exclus des professions, troublés au prêche, ont poursuivre tourmentés dans les rues, il aurait fallu , du moins,

»s religion flaires

jusque dans le laisser les réformés paisibles dans leurs demeures, y

sein de leurs • »•* . i**n «î* 11

familles, dans vivre librement, en laniule , au milieu de leurs enîeors enfants, fants, et, là, en paix, gémir, souffrir et mourir. Mais die», «or le lit des lois fatalesavaientété rendues, sources fécondes

de mort.

1 Histoire de rÊdit de Nantes, t. IV, p. 462 , 463 et nuitantes. •— Mémoires historiques sur Alençon et ses seigneurs , par Oriolant Des !\os, t. Il, p. 381, 382.

LOUIS XtV. 33

de violences inouïes, d'actions dénaturées et de douleurs sans mesure; ces deux lois, par exemple, dont Tune ne permettait point que des accoucheurs, que des sages-femmes de la religion haïe approchassent du lit de la femme religionnaire , en mal d'enfant ' , et dont l'autre admettait à la profession de la religion catholique, dès Cage de sept ans* l'enfant religionnaire, qu'avaient gagné de petits présents et des caresses2; celles encore qui voulaient que le religionnaire , après une vie si agitée, ne pût expirer qu'au milieu des obsessions des magistrats et du prêtre, qu'escortaient la police et les archers 3.

Des juges , préoccupés et âpres, venant dilater Effets dé«wtr encore ces lois déjà si dures , la Normandie vit des inf^/anx™ scènes étranges, de grands malheurs, de déchirants rarsien9 et '-

° sages-femnn

spectacles, et des scandales révoltants. Le Parle- reiigionnain ment de Rouen , inexorable , punissant à ou- ^ femme trance raccoucheur et la sage-femme religion- "^Jf'^J^ naîres qui auraient osé assister une femme en couche, en vain celle-ci eût-elle appelé à son secours des gens d'une habileté éprouvée, qui , déjà, précédemment, l'avaient tirée de peine. Pour les accoucheurs et sages-femmes, il y allait de leur

1 DëcUratiou du 20 féfrier 1680.

1 Déclaration du 17 juin 1681.

' Déclaration du 7 a?ril 1681.

état , sans compter les rigueurs de la justice ; et le Parlement , ainsi que les juges inférieurs , leur faisant peur, ils refusaient, en gémissant, leur secours à des femmes gisantes sur le lit de douleur. Alors donc étaient appelées, quand il en restait le temps, des chirurgiens, des sages-femmes catholiques, moins habiles quelquefois, ou dont la présence forcée troublait la femme en travail ; et il y eut enûn , par-là, plus d'accouchements malheureux qu'on ne le saurait dire*. Pour le pays de Caux, seulement, on aurait à raconter des faits lamentables, d'habiles accoucheurs refusant absolument leur ministère, même en des maisons amies , où , de tout temps , on n'avait eu recours qu'à eux , et les malheureuses femmes désolées, mal secourues, mourant, et leurs enfants avec elles, ou à jamais estropiées; une dame de Longueval, à la Cerlangue , expirant, son enfant aussi, et le mari , le père, mourant de douleur après eux 2 !

net enfants Les accoucheurs huguenots étant écartés, en umralent11 mm crainte que les enfants nouveaux nés ne vinssent à baptême décéder sans baptême , les sages-femmes catholiques, appelées là, forcément, toujours prêtes à crier

1 Mémoire sur la déclaration du 20 février 1080 contre les sagesfemmes de la R. P. R., ( à la suite de la Vie de Pierre Du Boscy ministre du saint Évangile, p. 315 et suivantes.)

> Mémoire sur la déclaration du 20 février 1680, etc., ut supra.

au péril et à ondoyer les enfants, on conçoit que les parents, auxquels déplaisait déjà si fort la présence de ces étrangères, les fissent souvent taire, surtout quand, suivant eux, il n'y avait point de péril. On avait vu de ces femmes vouloir ondoyer, en préseuce même des ministres réformés, appelés pour assister la malade. Mais on avait pu voir aussi , par suite de la résistance de quelques familles, des enfants mourir sans baptême ; et les registres du Parlement offrent l'exemple d'un sieur Quesnel, de lu paroisse de Saint-Éloi de Rouen, et d'un sieur Isaac Le Boullenger , de la paroisse de Saint-Martin-du- Pont, de la même ville, dont les nouveaux nés n avaient point reçu le premier sacrement des chrétiens1. Le Parlement, quoi qu'il en soit, mettant les familles religionnaires à la merci de ces sagesfemmes catholiques, appelées à regret, autorisa ces dernières à ondoyer les enfants qu'elles connoirtroient en danger de leur vie; et défense fut faite à toutes personnes d'y apporter aucun empêchement. L arrêt (général pour toute la Normandie) ordonnait , de plus , des procédures contre les pères par la faute desquels des enfants étaient ainsi décédés sans baptême2. Quant à baptiser, au prêche, les enfants des religionnaires , les magistrats y ap-

' Beg.t ?2 avril 1681.

' Arrêt du Parlement, du 22 avril 1681.

portaient, en tous lieux, mille obstacles. À Caen, à Rouen, sous divers prétextes , des sentences, des arrêts étaient rendus, chaque jour, pour le défendre ' .

u mépris des Les lois qui voulaient que les enfants mineurs

lits , on diste aux parents d'un RELiGioNNÀiRE décédé fussent , (si la mère , sur-

a tmeiie des vivante, était catholique), confiés à leurs parenls rade\èrTsenrS de la religion du père, et libres d'opter dans la îiigionnaires, suiie y entre les deux communions, ne furent nulle

décédés. Le

ariementde part pi us fréquemment violées qu'en Normandie,

aen favorable • •.•■•.• • *%, , . 1 t* i .*■•

ces réclama- 'es juridictions intérieures et le Parlement rivauons illégales. san^ en ceja ^ je rigueur , au point que le Conseil

était contraint d'y mettre ordre; comme il fit à l'égard des six enfants mineurs de Roger, marchand de Rouen, que leur mère, Ànnedes Essarts, catholique, voulait avoir. Les désordres notoires de cette femme l'avaient, naguère, fait séparer de son mari, par acte homologué au bailliage de Rouen ; et , contente d'une pension viagère , elle avait, par cet acte , renoncé à toute dot et douaire , et enfin, à avoir ses enfants, qu'on remit au père. Roger étant mort, et son père devenu tuteur des petits enfants, dont les uns avaient été envoyés en apprentissage à Londres, les autres étaient demeurés à Paris , lieu du domicile de leur aïeul , Anne des

• Histoire de l'Édit de Nantes , t. III, p. 296 , et passim. — Reg.f 8 tuai 1669 et passim.

Essarts, veuve de Roger, se fit catholique, espérant, par-là, trouver faveur; et même s'alla loger aux Nouvelle* Catlwliques de Rouen , maison bien vue des juges , qui la comblaient de faveurs. Après avoir échoué dans ses efforts pour faire annuler la sentence de séparation , il n'y eut procédures qu'elle ne fît, nichicanes qu'elle ne suscitât àl aïeul septuagénaire , pour le contraindre à faire revenir à Rouen et à lui donner ses enfants. Lui , s'en défendait , alléguant les scandales passés, le testament de Roger, l'acte de tutelle, et enfin, la présence de la mère aux Nouvelles Catholiques , infaillible pronostic d'induction à l'égard d'enfants religionnaires, que leur famille voulait , sous la protection des lois, maintenir dans la religion de leur père. Condamné (lecroira-t-on?) parle bailliage de Rouen1, l'aïeul se pourvut près des commissaires , chargés par le roi de juger des contraventions à l'édit de Nantes; et ceux-ci, en attendant lés réponses d'Anne des Essarts aux dires de Roger, avait défendu , provisoirement , de mettre à exécution la sentence du bailliage. Mais Anne des Essarts , pendant ce temps-là, recourait au Parlement, qui, par un arrêt un peu étrange, ordonna à Roger de faire venir, dans le mois, ceux des enfants qui étaient à Paris; dans trois mois, ceux envoyés à Londres ,

' Sentence du Bailliage de Rouen , du 26 février 1677.

et l'y osait condamner par corps*. 11 était réservé au Conseil de faire justice d'un arrêt aussi peu équitable , en fait , que contraire aux édits. Tout ce qu'on y voulut faire pour la qualité de mère , fut de permettre qu'au cas où Anne des Essarts se trouverait en lieux où seraient ses enfants, elle les pourrait voir. Mais, quant à les ôter des villes où ils étaient en apprentissage , et les faire venir à Rouen, le Conseil en déclara l'aïeul exempt, le déchargeant de la condamnation qu'on avait, à Rouen , prononcée contre lui2. A Rouen, on rendit bien des arrêts semblables, en tel nombre qu'on ne le saurait dire, et souvent exécutés, toutes les familles n'ayant ni le temps , ni les moyens de se pourvoir au Conseil, et d'autres y échouant, parce que les affaires y avaient paru moins favorables. Le Parlement se Nulle part , aussi , on ne devait voir plus d'eupréte à reniève- fants enlevés à leurs parents religionnaires , pour

nient d'enfants m # r #> ° r

religionnaires, être instruits dans la religion catholique. Au Parle-

à leurs pères et ment de Normandie, (toujours en avant dans la

t^tTcieT'opUon g061,1*6 contre la réforme, sur les rigueurs de Ver-

de ces enfants gailles) , était réservé le triste honneur de suggérer ,

pour la religion ' °°

catholique, par ses arrêts prématurés, les plus fâcheuses déclarations que le gouvernement dût rendre. Que des fils, des filles de famille, en âge de penser

1 Reg. du Parlement, 8 mars 1678. - Arrêt du Conseil , 20 juin 1678.

par eux-mêmes et de choisir, et déclarant vouloir embrasser le catholicisme, fussent soutenus, contre la résistance de leurs parents, par des arrêts et des sentences , c'était venir en aide à la liberté d opinion ; et , dans ces cas, les pères, les mères réformés, pouvaient gémir sans doute, mais n'étaient point en droit de se plaindre. Au palais, à Rouen, des arrêts sans nombre licencièrent ainsi de jeunes hommes, de jeunes filles, abjurant la réforme pour le catholicisme , qui les avait alliciés peut-être, mais qu'enfin ils avaient paru préférer, par l'eflet d'un libre choix. Les parents faisant résistance, il s'en suivait parfois les plus tristes scènes; des prêtres, des officiers de justice, des soldats venant publiquement arracher ces néophytes à leurs pères et mères éplorés, qui avaient ignoré ce dessein de leurs enfants, et dont les cris, les larmes et l'inutile désespoir faisaient pitié. Rouen vit beaucoup de cesspectacles , dont triomphait l'orthodoxie, mais dont souffrait l'humanité et s'indignait la nature1. Mais qu'était-ce donc quand, condescendant aux scrupules d'enfants âgés de sept ou huit anSj, qui , eux aussi, se voulaient faire catholiques, parce que de zélés voisins les avaient

• La Conversion d'une jeune fille , de la religion prétendue réformée , à la foy et religion catholique , apostolique et romaine , en la ville de Rouen, paroisse <)e Saint -Maclou. Rouen, 1664, in-'in de 4 pages.

9o PARLEMENT DE NORMANDIE.

alliciés par des présents et des caresses, le juge, ne craignait pas d'enlever à leurs parents ces jeunes créatures si nécessaires à leur bonheur, et qui, elles-mêmes, avaient encore tant de besoin de leurs soins! Le gouvernement, lui le premier, cédant, d'abord, aux cris de détresse des mères, un arrêt de règlement avait été rendu , au Conseil ( le 38 septembre 166â ) , pour défendre ces inductions, ces enlèvements d'enfants en bas âge , et n'admettre à changer de religion que les filles âgées de douze ans, et les garçons âgés de quatorze. Pour cela, toutefois, ne cessèrent point, en Normandie, les inductions, les enlèvements d'enfants en bas âge, les cas particuliers offrant toujours quelque prétexte à l'âpreté des juges qui , saisis de cette idée d'uniformité , si propre à frapper le commun des esprits , croyaient faire œuvre d'autant plus méritoire , qu'ils tenaient moins de compte du cri de la nature et du sang. Malgré donc ce règlement de septembre 1663, il faut renoncer à dire combien de durs arrêts allèrent arracher à des pères religion* naires, à des veuves, à des aïeuls, à des tantes , leurs jeunes enfants et neveux , pour les livrer tantôt à des parents, tantôt à des mains étrangères, quelquefois à des mercenaires, pourvu qu'ils fussent catholiques. Combien on vit de ces pères, de ces mères, cités à la barre des tribunaux, demander en vain qu'on leur laissât de tout jeunes enfants, que les lois ci-

viles, conformes aux lois naturelles, plaçaient sous leur surveillance protectrice1 1 Mais, au Parlement de Rouen , pour violer ces édits , où paraissait encore quelque respect de l'autorité paternelle , il ne fallait que de légers prétextes. On mandait à la barre , on frappait d'interdiction les juges inférieurs, en petit nombre, qui en avaient tenu compte; le lieutenant du Havre, entre autres, pour avoir fait rendre à leurs parents une jeune fille âgée de dix ans, un jeune garçon âgé seulement de quatre ans , comme le voulaient les édits, comme le lui ordonnait le garde des sceaux, dont il avait en main la réponse a.

Dans une autre instance de ce genre , le conseiller de Fermanel, et le Parlement avec lui, avaient tenu pour bonne la déclaration de changement de religion , faite par un garçon âgé de dix ans, « sauf (avait-il dit par une ordonnance), sauf à lui en faire passer une nouvelle > quand il aurait atteint sa quatorzième année*. • Ainsi, les juges avaient devancé, et évidemment suggéré cet édit, inhumain autant que ridicule , qui , admettant les enfants de sept ans à abjurer la religion protestante , et à quitter

' Reg. du Parlement de Rouen, 21 mars 1670, 1 février 1671 , - 16 janvier IG64, et Reg., passlm.

a Reg. secr.t 12 février 1685.

3 Ordonnance du conseiller De Fermanel , du 9 janvier 1670. — Arrêt du Parlement, du 21 mars 1670.

ensuite le toit paternel , les livrait aux catholiques zélés qui les voulaient avoir, et leur donnait action contre leurs parents , aux uns d'une pension alimentaire * . Horrible signal d'alarmes incessantes dans les familles, de cris déchirants, d'indicibles douleurs , deuil semblable à celui de Rama , et où tout retentit des pleurs, des cris de détresse de ces Rachel sans nombre , qui pleuraient leurs enfants, et qu'on ne pouvait consoler!

Enlèvements Alençon , entre autres , vit de ces scènes scanda-

UVnfanU reli-

gtonnaires , a leuses au tan t que déchirantes; des enfants, en grand Ronen^partoat. nombre, arrachés à la maison paternelle, tourd^w " m mentes par les juges , emprisonnés ainsi que leurs parents qui les redemandaient; leurs cris, à la fin, écoutés, et l'horrible violence dont on avait usé contre eux , trop constatée par leurs opiniâtres et invincibles refus 3. En Normandie, une propagande furieuse donna ce lamentable spectacle en tous lieux, mais, plus qu'ailleurs, à Rouen, où, chaque jour, ce n'étaient que jeunes garçons enlevés et conduits au collège , jeunes filles menées aux Nouvelles Catlwliques, enfants du peuple jetés au Bureau des valides. L'histoire , qui offre , en foule, les noms d'enfants ainsi ravisa leurs parents, n'a pu, ou le conçoit , les conserver tous ; et , parce qu'elle

' !><< lavai ion du 17 juin Hi8i.

! Histoùt fh VÈiUt dr Aftntrs. f. |V, ji. MB.

laisse entrevoir, on peut imaginer ce qu'on ignore1. De jeunes enfants sans défiance , jouant par les rues, fêtés par des catholiques zélés, par des artisans, par des embaucheurs en titre d'office , dont le zèle ne devait point demeurer sans récompense, questionnés , caressés , répondant comme on peut répondre à cet âge , voilà , tout d'un coup , des néophytes; il ne restait, alors, que de les enlever, ce qui ne tardait guère. Aux pères, aux mères de pleurer alors, et de se perdre, devant les juges , en plaintes, en réclamations et en larmes amères, dont on ne tenait point de compte2 !

Après cela , il n'aurait plus resté que de mourir Les reiigîor

. ha. • i t il • i naires malad

en paix et d être inhume sans scandale , si les juges tourmentés eussent voulu le permettre. Mais ils n'avaient eu aa ,l1 de mo

r par les ecch

sarde. En vain une déclaration royale ( du 1er fé- «iMtiqnes et

. ,r magistrats.

vrier 1669) avait fait défense aux prêtres catholiques d'entrer aux maisons des huguenots malades, s'ils n'y étaient appelés par eux, et, dans ce cas même , de n'y aller qu'assistés du juge. A ce zèle outré, si avide des abjurations de l'enfant en bas âge, il fallait surtout celles des adultes malades ou prêts à mourir. Le peuple s'attroupant en tous

' Voir les noms d'un assez grand nombre de ces enfants enlevés à Rouen , dans V Histoire de la Persécution faite à V église de Rouen, à la fin du dernier siècle. Rotterdam, in-l>, p. 21 , 9.7..

* Histoire de VÊdit de Nantes , t. IV, p. 446.

lieux, au premier bruit de la maladie d'un huguenot, et les voisins devisant assemblés devant la porte , toujours de faux avis parvenaient au clergé, aux magistrats ,, trop prompts à y croire , et à venir où leur présence ne pouvait que gêner et déplaire. De là, au lit des malades et des mourants, au lieu de ce calme si nécessaire en ces moments suprêmes, des prises entre le prêtre zélé qui se voulait faire écouter, et les familles obstinées à repousser ces empressements indiscrets. Le prêtre insistait, prétendant qu'on violentait le malade; et lui-même le troublait par ses paroles importunes, bonnes seulement à tourmenter l'agonie et à en redoubler les angoisses. Mais de faux avis l'avaient rendu entreprenant et opiniâtre. Il entendait les vociférations du peuple attroupé dans la rue , savait les juges disposés à le soutenir; et de là, souvent, les scènes les plus tristes qu'on pût voir; les parents, les amis, éloignés violemment par le magistrat , et le prêtre , maître de la chambre du mourant, dont les derniers soupirs, traduits comme l'avait désiré un zèle outré , étaient proclamés le désaveu formel d'une croyance à laquelle, dans son cœur , il était demeuré fidèle. Telle fut , à Caen, l'agonie de la dame B risse t des Costils ; telles, à Orbec, à Fontaine , celles des sieurs De Long- Pré, de la dame De la Paulière; et telle, en tous lieux , la dernière heure de plusieurs milliers

d'hommes et de femmes, dont les noms grossiraient démesurément cette histoire1.

À Rouen , chaque jour, on ne voyait autre chose; Malade reiigion-

ii> j /«ii t* naire obsédé ,

et, dans 1 une de ces pénibles rencontres , le Parle- à Rouen, par un ment avait fait des procédures trop étranges pour raa^renae^né. qu'il nous soit permis de nous en taire. Il va tout ~~ Monvement

* * populaire.

seul que, dans sa jurisprudence , les prêtres, sans - Le Parlement

, , a . i i / , . ,., décide que tout

quon les eut demandes, devaient avoir un libre accès devra être accès près du religionnaire malade, quoi que l'or- prétreT^atàodonnance de février 1669 en eût pu dire. Qu'était- 'M»» p**» des

1 religionnaires

ce donc quand ce prêtre était venu , à la demande, malades, cet

. il! «i i n* • arrêt est improu-

sinon du malade , du moins de quelque olhcieux vé au conseil. voisin? Ainsi, un religionnaire, à Rouen, étant malade, en danger de mourir, son propriétaire , catholique, avait appelé en hâte un prêtre, qui, accourant aussitôt, et voulant exhorter le mourant, fat remercié de ses soins parla famille, et prié de sortir. Cependant, le peuple, venu à la suite du prêtre , bruissait dans la rue; et l'on allait voir une émeute, lorsque Pavyot, conseiller au Parlement, survenant là avec des sergents, interrogea le malade, et, sur sa déclaration qu'il n'avait point demandé les secours de l'église catholique , décida le prêtre à se retirer, et, en sortant lui-même , invita i monter le ministre protestant , qui, mandé par les

1 Histoire de Vf. dit de Nantes , t. 111 , p. 288 ; t. IV , p. 360 , 425 , et pa&sim.

parents , attendait à la porte. Rien n'avait été plus libre ni plus spontané que la déclaration du malade, faite en l'absence de ses parents, qu'avant tout le conseiller Pavyot avait fait sortir de la chambre. La multitude murmurait, toutefois, et avec elle, le Parlement qui , ordonnant des informations sur le fait, nomma pour y procéder le conseiller laïque De Palme, et le conseiller-clerc Bre tel de Grémonville, haut-doyen du chapitre1. Il aurait donc fallu attendre le résultat de ces procédures, et l'apport des procès-verbaux dressés, dans la maison du malade , par les deux sergents dont s'était fait accompagner le conseiller Pavyot. Mais au palais on n'avait pas tant de patience. Dans un arrêt, rendu ab irato , on le peut dire , prononcé , imprimé, publié , affiché le jour même, et crié partout à son de trompe, parut une narration du fait, non point tel qu'il s'était passé en réalité, mais tel que l'avait voulu voir la populace, tel que, sur ses dires, il avait plu au Parlement de le croire , et où Ton parlait du prêtre comme étant venu sur la demande du malade s et ayant été éconduit, non sans violence, par les parents , qui avaient empêché le mourant d'abjurer. L'arrêt, pour l'avenir, faisait défense à ceux de la R. P. R. de refuser l'entrée des maisons, lorsque les curés et prêtres se présenteraient pour visiter

' Reg., 8 février lG7rt.

les malades , et de s'assembler el attrouper, en pareilles occasions , sous quelque prétexte que ce fut , sous peine de punition corporelle. Au cas de résistance, le Parlement ordonnait l'arrestation des contrevenants ' . Puis, après cela , les procès-verbaux des sergents vinrent, mais trop tard, donner un démenti complet à un récit , fait de bonne foi, je le veux, mais, en tout cas, tropà la hâte, et de tous points inexact , comme le prouvèrent mieux encore les informations, non suspectes, des deux conseillers que le Parlement avait délégués'2. Mais cette cour, n'en maintenant pas moins l'arrêt hâtif quelle venait de rendre, en voulait faire, pour tout son ressort, une loi qu'itfaudrait suivre , en tous lieux , au mépris des édits; et déjà il avait été, partout, lu et affiché, crié à son de trompe, lorsqu'encore une fois retentirent à Versailles les vives réclamations des religionnaires de Normandie. tSU n'y était pourvu par le roi (disaient-ils) , ceux de leur religion * malades et prêts de la mort, étaient exposés à être troublés par les curés , prêtres et religieax, qui s y allant , sans être appelés par eux, et sans magistrats* scroient seuls parties , témoins et juges; les proches parents ^présents làpour rendre aux

» Reg., 8 février 1678.

' Histoire de VÉdit de Nantes , t. IV , p. 360 et saiv., et V, p. 102 «ta Pièces justificatif es.

vi. 7

mourants les derniers devoirs auxquels les obligeaient la nature et l'humanité, étant en danger* non seulement * d'être jetés hors > mais même saisis et emprisonnés , à la discrétion des huissiers ou sergents, et sans ordonnance d'aucun juge*, t

Le Conseil, à bon droit, choqué d'un tel arrêt, ordonna que l'exécution en serait sursise , et enjoignit au Parlement de Rouen de lui en envoyer les motifs *. Delà, sans doute, cette déclaration royale, qui, au lit des religionnaires malades, appelait, non plus des prêtres, mais des juges3. Sarns doute, c'était encore les troubler dans leurs maux , mais , du moins, sans tourmenter leur conscience, les prêtres, n'étant appelés par le magistrat qu'au cas seulement où , en présence de deux témoins , le religionnaire malade en aurait exprimé le désir, toute résistance de la famille, en ce cas, étant sévèrement interdite. Encore le Parlement de Rouen vînt-il, par son arrêt d'enregistrement, aggraver encore cette gêne, en ordonnant aux médecins, sous peine de 500 liv. d'amende, et d'autres châtiments plus grands, d'avertir la justice , aussitôt qu'ils verraient un religionnaire malade en péril4.

' Histoire de VÊdit de Nantes, t. V , p. 102 des Pièces justifleat. - Arrêt du Conseil, 20 juin 1678.

3 Déclaration royale, du 7 avril 168 t. ■* Reg.} 7 mai 1681.

Puis, de ce rcligionnaire , si tourmenté, en sa légionnaires vie, quand il ne restait plus que le cadavre, il ^«-mentes, se fallait bien garder de lui faire d'honorables ob- deaobseqnes

t 9 de leurs proches.

sèques. Cet époux, ce fils, ce père, à qui venaient Etrange procès, d'être cruellement enlevés des êtres si chers, s'ils de Rouen, ' avaient manifesté leur douleur par quelques hon- et singulier piai-

* * * doyer, à ce

neurs funèbres, où le peuple , où le clergé eussent «tf*cru voir de l'excès, se voyaient citer devant les tribunaux, contraints de se venir excuser, à la barre* d'avoir trop honoré les froides dépouilles de leur père, de leur femme ou de leur fils! On le put bien voir par l'exemple de Pierre de Baillehache de Beaumont , ministre à Caen , qui , venant de perdre sa fille âgée de seize ans, l'avait fait inhumer avec la triste pompe dont sa douleur désespérée lui avait fait un besoin. Des couronnes et des guirlandes de romarin avaient été semées sur le drap blanc qui recouvrait le cercueil de la vierge ; et quatre des compagnes de la défunte, portant en leurs mains des branches de romarin , tenaient les quatre extrémités du poêle. Mais les curés de Saint- Pierre et de Saint Jean , indignés de ce spectacle , réclamèrent sans pitié, et allèrent droit au juge. De Baillehache , accusé de malversation* et condamné parlebailliagedeCaen' , avait appelé au Parlement , où sa douleur de père ne devait rencontrer ni

1 Sentence du ha illiage de Caen , 9 mars I6d3.

fOO PARLEMENT DE NORMANDIE.

plus de sympathie, ni plus d égards. Là , Ménartl, avocat du curé de Saint-Pierre , osa bien reprocher à cette famille désolée , d'avoir marché comme en triomphe dans la ville de Caen, d'avoir prétendu aHer de pair avec Jes catholiques. « Votre entreprise ( disait-il ) a blessé les yeux du public. Il n 'appartient point à ceux de la R. P. R. de faire aucune pompe ni cérémonie dans leurs enterrements, cet honneur étant réservé à ceux qui professent la religion du prince. Il ne peut y avoir ni égalité, ni commerce entre les deux religions ; la religion catholique, étant maîtresse et dominante, doit avoir tous les avantages. La prêt endue ré formée doit demeurer dans l'abaissement, dans le silence et dans l'obscurité; il n'est pas juste que la servante se pare des mêmes ornements que la maitresse • ; et le Parlement , partageant ces idées, confirma la sentence rendue à Caen , contre ce désolé père ; • défendant , de plus , à ceux de la R. P. R. de faire, à l'avenir, porter les extrémités du drap mortuaire, ni faire aucune pompe ni cérémonie funèbre, à leurs funérailles et enterrements \ » Ici, dumoins, le Parlement marchait, non plus en avant, mais à la remorque des arrêts du Conseil , mal lui ayant pris, peu auparavant , de s'être montré plus facile. C'est que le ministre de Géfosse et de Criqueville (en Normandie), ayant inhumé, en plein midi,

• Arrêt du Parlement, 20 février 1664.

louis xi r. 101

deux religionnaires, au convoi desquels avaient assisté trente-cinq personnes de la même religion, les juges de Bayeux l'avaient condamné à 100 liv. d'amende , et fait défense à tous ministres d'inhumer à d'autres heures que la nuit* ou dès le matin, au point du jour \ Or , sur 1 appel , le Parlement , alors, ayant égard au grand éloignement des cime* tières , et aussi , à ce que , dans ce district , il n'y avait guère que de la noblesse , avait déchargé le ministre de l'amende, et ordonné seulement, «qu'à l'avenir les religionuaires ne pourroient faire d'inhumation qu'après le service des catholiques3. » liais cela devait être fort mal pris au Conseil, où, après avoir cassé l'arrêt du Parlement de Rouen, avec défense à cette cour d'en rendre , à l'avenir, de semblables, à peine de nullité et de cassation, on donna pour règle à la province cette rigoureuse sentence de Bayeux, que le Parlement avait infirmée; en ordonnant à tous ministres de s'y conformer, sous peine de 3000 liv. d'amende3.

Plus tard, pour toutes funérailles, les eorps des % Rigueurs religionnaires devaient être jetés à la voirie ; on y je- ^^\^Z tait, en attendant, ceux des relaps* c'est à dire des réformés, qui, se repentant d'une abjuration surprise

1 Sentence du bailliage de Bayeux , 25 septembre 1663.

* Arrêt du 18 septembre 1663.

3 Arrêt du Conseil , 20 février 1664.

ou forcée , étaient retournés au prêche, ou avaient seulement, à la mort, refusé les secours du prêtre catholique. Tous moyens étant bons, dès longtemps, pour obtenir des religion naires faibles et timides quelque semblant d abjuration ou de conversion, après lesquels ils espéraient être laissés en paix, rien, en conséquence, ne devait être plus commun que les relaps. Le Parlement de Rouen leur menait rude guerre, et, chaque jour, ce n'étaient qu'arrêts pour leur faire faire amende honorable, la torche au poing, et pour les envoyer aux galères, ou faire traîner leurs cadavres à la voirie, le visage contre terre '.

i vexations du Mais le temps était venu, désormais, de s'en 'cJmreTes11 prendre à la réforme tout entière , de fermer ce ïiigionnaires »jj restaji encorede temples ouverts , de bannir les

•edoubleni; ■* *

b Parlement pasteurs et de disperser les troupeaux. Des édits or-

e Rouen lui A , ,

enten aide, donnant la clôture des temples ou auraient ete vus,

is son ressort. • . i / •- 1 • /• > (* ■.•

«s ministres so,t des raa/js., soit déjeunes enfants qu une hction persécutés. Ic^galo réputait catlioliqueSy par-là un vaste et libre champ était ouvert à mille surprises pour les ministres , ou à des dénonciations sans nombre , qui , devant des juges prévenus, ne pouvaient manquer de trouver accueil et faveur. Tous les jours , donc, tantôt sous un prétexte., tantôt sous un autre, les Bailliages et le Parlement ne furent plus occupés

1 Beg. de TourncUr , de 1070 h 1085, passim.

louis xiv. 10a

qu'à sévir contre des ministres réputés en faute , à fermer des prêches et à supprimer des écoles. Arrachés à leurs troupeaux , des ministres , trop avisés pour avoir failli , même en apparence , n'en étaient pas moins traînés de ville en ville, de prétoire en prétoire et de prisons en prisons , bien en peine de répondre à des accusations dépourvues souvent même de toute vraisemblance. Ne parlons Pierre Du b< que du célèbre ministre DuBosc, qui, dans ce îaTourneii cruel hiver de 1684, alla ainsi de ville en ville, subir des interrogatoires sans nombre , et paraître, enfin , à Rouen , dans la chambre de Tournelle. Au duc de Montausier , qui , sûr de la conduite de DuBosc, demandait pour lui, non point faveur, mais justice , le procureur général Le Guerchois n'avait pas craint de répondre que * sa charge T obligeait à poursuivre ce ministre à toute rigueur » ; et , . de fait, il avait osé conclure contre lui au bannissement perpétuel , à la confiscation des biens et à l'amende honorable. Mais , si éloquent pour l'ordinaire, DuBosc, alors, plaidant sa cause en personne, n'allait pas, en une telle rencontre , demeurer au-dessous de lui-même. Il parla donc, comme toujours , et si bien , il fut si pathétique , en un mot , et si touchant , que présidents et conseillers pleuraient sur leurs bancs. Il ne fut plus question de l'amende honorable , qui , d'ailleurs , subie héroïquement en public , par un tel homme,

\as Parlement entreprend de

priver les

religionnaires

de Rouen de

lenr exercice.

Description

dn prêche

de Qnevilly.

n'aurait pu qu'émouvoir la ville , troubler les esprits, et apitoyer en faveur de ceux qu'on voulait &ire mépriser et haïr * .

Mais , laissant là ce qui touche , en particulier , les prêches de Normandie , poursuivis alors à outrance , et la plupart fermés tour à tour , ce que nous avons à dire de celui de Rouen suffira bien pour donner une idée des procédures suivies à l'égard des autres; et c'est aussi un motif pour nous d'entrer dans d'assez amples détails. Malgré tous les dégoûts dont , depuis trente ans , on abreuvait incessamment la réforme, et, quoiqu'il s'en fut suivi nombre d'abjurations forcées et d'émigrations à l'étranger, la Normandie comptait bien encore cent quatre-vingts mille religionnaires , dispersés dans la province. Dans la seule ville de Caen , il y en avait quatre mille environ. Celle de Rouen en comptait autant pour le moins; et, dans la généralité de Rouen , il n'y en avait pas moins de vingt mille3. Mats, comme on l'a vu, bien des prêches avaient été fermés; et, dans les derniers temps , celui de Quevilly , presque seul , était debout encore. C'était un élégant édifice en charpente, bâti au commencement du dix-septième siècle , et qui faisait honneur à l'habile architecte

1 Fie de Pierre Du Bosc, ministre du saint Evangile, p. 136, 137, 138.

3 Lettre de Louvois (du 21 octobre 1685) à l'intendant Marillat .

( Le Gigonday ) , qui 1 avait construit. Sa forme était celle d'un dodécaèdre ; il était surmonté d'une lanterne , dans laquelle une cloche était pendue. Il n'avait pas moins de 270 pieds de pourtour, 90 de diamètre, 66 de hauteur; et , à l'intérieur, son rez-de-chaussée et deux galeries superposées, éclairés par une multitude de fenêtres, permettaient àdix ou onze mille personnes d'y assister commodément aux cérémonies , sans perdre un seul mot de ce que disait le ministre. On n'y voyait point de piliers, et» au centre du comble , toutes les parties de la charpente se venaient joindre dans une seule pièce de bois, la clé de la voûte '. Vanté au loin , pour sa forme élégante autant qu'étrange , bien nud, au gré de quelques-uns , mais d'autant plus convenable , selon d'autres , pour la prédication de l'évangile 3 , ce prêche , la métropole des églises réformées de Normandie , était célèbre surtout par l'illustration des ministres qui y étaient successivement venus prêcher la parole. Les Du Feugueray, les Lhérondel , les De la Roque , si vantés naguère, Dn céièbn avaient, maintenant, de dignes successeurs dans J^^If/fiii les ministres De Lande , Philippe Le Gendre . le commentât*

° rr de la contra

de Normand

1 Abraham Golnitzi Dantlsc. Ulysses Belgico-Gallicus , Lugduni latator. y 1631 , p. 212 , 213. — Farin9 Histoire de Rouen , édition de I66S , t. II, p. 406. — Histoire de la Persécution faite à V église ie JUmen , à la fin du dernier siècle. Rotterdam, 1704 , p. 70.

1 rie de Pierre Dit Bosc, ministre du saint Évangile, p. lit.

tof, PARLEMENT DE NORMANDIE.

biographe de l'illustre ministre Du Bosc , et surtout dans Jacques Basnage , plus illustre encore que Du Bosc lui-même , sinon par son éloquence, qui n'aurait pu surpasser celle du ministre de Caen , du moins par tant de doctes ouvrages qu'admira son siècle , et que le nôtre estime encore. C'était un des fils de ce célèbre Henri Basnage de Franquesney, la gloire du barreau de Rouen , le docte interprète des lois coutumières de sa province. Sous les yeux d'un Parlement vigilant, inexorable* sans cesse attentif à les épier , trois hommes si habiles n'avaient garde de faillir, si peu que ce fût , sachant bien que le plus léger manquement des ministres serait l'arrêt de mort du prêche, dont la vue gênait , et qu'on était impatient de clore et de détruire. Mais il fallait, à tout prix, que les temples tombassent; et le Parlement, voyant que, par le fait des ministres , on ne pourrait perdre le prêche, s'était résolu à trouver en faute le prêche lui-même , dont la ruine devait entraîner Tinterdiction des ministres, lariiiac, antre- Un intendant avait été envoyé dans la généralité , raVoitoa^c? ^ien ^"l P°ur symPathiser vivement à de tels desappelé à raison seins et mener à chef cette œuvre de ruine. C'était

le ses violences ,

était devenu, ce fameuxMarillac, si odieusement célèbre naguère lantdc'ia gém-- dans leQuercy , dans le Poitou ' , par des vexations,

alité de Rouen.

1 Mémoires du chancelier D'siguesseati , Mit* la vie et la mort de M>n père, t. XIU de ses OKnvrc». édition in-S°. — Mémoires (Indue

LOUIS XIV. lo7

des violences , des cruautés sans exemple avant lui , et poussées à un tel point que, fuyant, à la fin , devant les cris d'indignation de ces régions désolées , il n'avait trouvé qu'aversion , horreur et mortifications à Versailles, où , malgré sa nomination au Conseil d'État , long-temps il se morfondit honteux, montré au doigt, et fui de tous ; jusqu'à ce qu'enfin un gouvernement enivré de haine pour les réformés , et résolu d'en finir avec eux ,. voulut recourir à cette cruauté, que uaguère il avait désavouée et punie, et se souvint de lui (comme on a dit) parce qu'il avait besoin d'un bourreau*.

Les dispositions du Parlement de Normandie lui sonsie prétexte avaient dû plaire ; et , avides tous de la destruction dans te temple du prêche de Quevilly, intendant et juges y tra- ^«Q^^y» Taillaient , de concert , avec ardeur. Je ne sais quel <*«* relaps et des prisonnier , délivré à la condition d'épier le prêche nouveaux cathoet de le surprendre en défaut, avait tant et si long- ''p^nd défaire temps rôdé à l'entour , qu'il finit par découvrir , fermer provisoi-

* * * rement ce

sinon des contraventions et des griefs , quelques prêche, et rfï«-

. . . , . terdire les trois

apparences, du moins , et des prétextes, auxquels, ministres. faute de mieux, il avait été convenu de se tenir.

M Saint-Simon , édit. 1829, in -8°, t. IV, p. 201 , et XVil , p. 440. - Histoire de VÊdit de Nantes, t. IV, p. 472 à 503. — De Rtilhicrcs, tclaircissemens historiques sur les causes de la révocation de VÊdit de Santés, cliap. 10, p. 135 et suivantes.

1 Histoire de VÊdit de Nantes , t. IV , p. 503.

La présence au prêche, soit d'un relaps , soit d'un enfant que la fiction légale réputât nouveau catholique y étant , selon les édits, un motif péremptoire d'interdiction des ministres et de la fermeture du temple , on crut, ce délateur aidant, avoir trouvé quelques griefs de cette sorte. Au prêche , disaiton , avaient été menés, par leurs parents religionnaires , quelques enfants , dont les pères étaient morts hugnenots à la vérité , mais dont les mères [catholiques) vivaient encore ; Esther Hue de Montaigu , entre autres , dont la mère avait fait, à Caen, une abjuration solennelle , constatée par un acte Histoire étrange en forme. A ce prêche avaient été vus, aussi, de

de Noblet, captif

racheté d'Aider, prétendus relaps* , Noblet , entre autres, né à préte*da niaps. ^oxxen , dont l'histoire est étrange. Prisonnier à

Alger, le consistoire de Rouen , par sa correspondance avec un négociant de Marseille , avait si bien fait qu'il fut racheté par les Pères de la Merci , contents qu'il s'agit d'un chrétien , ou qui , {dus vraisemblablement, n'yavaient point regardé d'asseï près. Mené , quoi qu'il en soit , en procession à Marseille , avec les autres rachetés * et , par là , ayant abjuré (prétendait-on) , sa présence au prêche de Rouen, quand il fut de retour dans cette ville, était un acte de relaps ; aussi fut-il écroué à la con-

1 Histoire de la Persécution faite à V église de Rouen , à la fin du dernier siècle. Rotterdam , in- 12 , p. S.» et 34.

ciergerie, où juges et moines le tourmentaient sans relâche , mats aussi sans succès * . Je tairai ici , pour ne point m 'étendre saus mesure , d'autres faits concernant des enfants, à tort (disait-on) menés au prêche 2 , et de prétendus relaps , qu'on voulait y avoir aperçus.

Car , pour les enfants, Je fait d'Esther Hue de Onreprod

. i . . , , aux ministr

Montaigu , bien apprécie tout à l'heure , nous fera d'avoir reçu

i • . prêche Esth

comprendre assez ce que les autres pouvaient va- Hue, mie loir. La déclaration du 1" février 1669 (article 39 ), mi"eure d?

'7 religion nau

prononçant que « les enfants nés d'un père reli- décédé. Mai gionnaire, décédé dans cette religion, demeureront ainsi que d

l j § m -i i /• • *+ .1 celui relatif

es mains de leurs pyrents de . la religion prétendue racheté nom réformée », l'abjuration de la mère, après la mort de son époux, avait-elle pu ôter l'enfant né d'eux aux parents de la religion du père ; la déclaration du 17 juin 1683 n'ordonnant, d'ailleurs , d'élever dan* la religion catholique que les enfants • dont u PStE ( toujours le père, et seulement le père ) auroit abjuré la retigionré formée?* Pour Noble t, ce racheté d'Alger , marcher en procession par les rues , en compagnie des catholiques rachetés avec lui, étaitce avoir abjuré la réforme? et avait-il pu , à Alger ,

1 Histoire de la Persécution faite à l'église de Rouen , à la fin du dernier siècle. Rotterdam, 1704 , in-12 , p. 26 et suivantes.

1 Même outrage , p. 25. — Histoire de l'Êdit de Nantes , t. V, p. 77ft et soi tante*.

Les trois ministres de Qnevilly sont

décrétés d'ajournement personnel, interdits, par suite, et le prêche fermé , provisoirement.

(3 janvier IG85. ,

ou ailleurs, faire (comme on le prétendait ) quelques actes équivoques , lui qui , à Rouen , dans la conciergerie du palais, un an durant, obsédé de promesses , d'exhortations et de menaces , ayant en perspective les galères et l'amende honorable dans la ville , demeura , non pas ferme seulement, mais résolu , gai , bravant le juge et les bourreaux1 ! Quant à lui, d'ailleurs , et à tous les autres prétendus relaps, qu'on disait avoir été reçus au prêche , une formalité manquait , en l'absence de laquelle on ne pouvait , pour le fait seul de leur admission, fermer le temple. Leur abjuration (si , en effet, ils en avaient fait quelqu'une ) gavait pas été notifiée au consistoire; et , faute de cette formalité, exigée, et dont l'importance est manifeste, il n'y avait rien à reprocher aux ministres, les eussent-ils laissés entrer au prêche ( ce qui n'était pas). Même, leur prudence avait été grande , en ce qui touchait Esther Hue , qu'ils n'avafent pas laissée venir an prêche, depuis l'abjuration de sa mère; encore que, de cet acte de la mère , il n'y eût rien à conclure , en ce qui concernait la fille.

Mais, en attendant l'explication, que les magistrats n'avaient garde de suppléer d'office , on avait feint de trouver là une occasion d'inquiéter les ministres.

1 Histoire de la Persécution faite à l'église de Rouen , à la fin du dernier siècle. Rotterdam , 1 70 i , in- 12.

LOUIS XIV. m

Les procédures s'engagèrent; et, dès leur premier acte , on put voir de quel mauvais vouloir étaient animés les juges. Car, au lieu qu'en une telle matière (où, y eût-il faute, elle ne pouvait être que bien légère), c'était le cas d'un simple assigné pour être ouï , on usa , contre eux , du décret d'ajournement personnel ' ^ expressément réservé, par l'ordonnance criminelle , pour les cas très graves et où les charges abondaient. Mais c'est qu'après un simple assigné pour être ouï, les ministres, en attendant l'événement , seraient demeurés en exercice , et le temple ouvert. Lï ajournement personne l* au contraire , les allait condamner à l'inaction , et faire , dès à présent , fermer le prêche. Encore était-ce une extension de l'ordonnance de 1670 , qui n'avait parlé que des juges décrétés > sans rien dire des prêtres; en sorte qu'on disputait encore sur ce point, et qu'enfin, s'il y avait doute, en ce qui regardait le clergé* ce doute subsistait pour les ministres y qu'on lui avait voulu assimiler pour ce regard1. Mais, l'usage s'y prêtant , le décret d'ajournement personnel une fois lancé , il ne restait plus que de déclarer interdits les ministres , et d'or-

1 Arrêt du 3 janvier 1685.

' Ordonnance d'août 1670, titre x , articles 10 et fi. —Collection de décision* nouvelles , de Dénisart , mises dans un nouvel ordre , par Camus et Bavard , au mot : Ajournement personnel, §§ G et 7. —Histoire de la Persécution faite à V église de Rouen , p. 1 5 et suiv.

m PARLEMENT DE NORMANDIE.

donner la fermeture provisoire du prêche; et c'est ce qui, le jour même, fut ordonné par un arrêt ( 8 janvier 1685 ) . L'exécution s'en suivit , sur l'heure, et si hâtive, qu'avant même que l'arrêt eut été signifié et publié , des gens se tenaient dans les avenues du temple , chargés par le Parlement et l'intendant d'arrêter les ministres au cas où ils voudraient y entrer '. C'est qu'indignés de cette procédure illégale , De Langle, Le Gendre et Basnage avaient voulu d'abord continuer d'exercer leur ministère , et ne s'en abstinrent qu'à l'instante prière du conseil et des principaux de leur église , prompts à les dissuader d'une démarche propre seulement à compromettre leur cause , si bonne, ce semblait , qu'on ne croyait pas possible de la perdre ; et ils se bornèrent à continuer toujours d'administrer le baptême , seul acte de leur ministère que le Parlement voulût bien leur permettre encore, ce temple, fermé , maintenant, ne devant jamais se rou- Le conseiller vrir3. Même, sa destruction semblait désormais

▼enu»'«iC prend inévitable et imminente, mais, toutefois, trop *rinén\dece ^'°*gn^e encore, au gré des ardents , qui criaient ,

que le prêche de indignés : « Ex inanité > exinanite tuque ad fonda-

Qaerilly est

encore debout, mentum in tllâ 3 » ; au gre, notamment, de l'emporté

1 Histoire de la Persécution faite à l'église de Rouen, à la fin du dernier siècle. Rotterdam, 1704, p. 23.

a Histoire de la Persécution faite à l'église de Rouen , etc., p. 23. 5 Paalm. CXXXVI.

conseiller Fauvel deTouvents, qui , apostrophant, an jour, en pleine grand'chambre , le procureur général Le Guerchois , lui reprocha que « son zèle étoit trop lent; qu'il devroit déjà avoir fait raser plus de dix temples dans la province , et que , cependant > celui de Quevilly étoit debout encore * ! »

Je ne sais ce qu'au fond pouvaient penser les k* *coi««™ de*

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