‹ Histoire du Parlement de NormandieChapitre 33 sur 35 · e Conseil aupé · texte numérisé non relu

e Conseil aupé

conseillers notables , invités à l'installation du Con- rieur, et par le

.. ,. i • . j* •. i /*» . quel ils redeman-

seil supérieur , non-seulement y avaient lait deiaut , dent le Pariemais s'étaient abstenus de toutes visites , même à ™ent*"s/*bê7

' tiennent de tisi*

ter le premier

" "~ " président du

• Reg. secr. du Conseil supérieur , 2'» , 25 janTier 1772. Conseil supé-

Thirouxde Crosne , quoiqu'il eût notifié lui-même, au procureur du roi près la ville , sa promotion à la première présidence du nouveau tribunal \ Puis, à deux jours de là, ledit de création leur ayant été adressé pour l'enregistrement (car l'usage le voulait ainsi alors ) , cet enregistrement avait été refusé formellement; etonétaititérativement convenu, tout d'une voix, de ne faire point de visites. Que dis-je?*le maire étantlà, avec leséchevins, les vingt-quatre du Conseil , et tous fort d'accord sur ce qui se passait , fut rédigé , séance tenante , un p lacet au rois plein de mépris pour le nouveau tribunal, de regrets pour le Parlement, que la commune redemandait à grands cris. On y réfutait péremptoirement tous les motifs alléguéspar l'édit qui l'avait supprimé ; puis on montrait combien cette suppression était désastreuse pour la cité. Les officiers de ville y déploraient amèrement qu'au défaut de l'ancien Parlement, le gouvernement n'en eût pas, du moins, donné un nouveau à la Normandie , comme il l'avait fait pour d'autres provinces. Cette pièce , écrite avec force , fit grand bruit en Normandie, et à Paris même2 , mais n'en fut que plus désagréable à Maupeou , qui n'épargnait rien pour

1 Reg. de l'hôtel -de- ville de Rouen , décembre 1771.

3 Journal historique de la Révolution opérée dans la magistrature françoisc , t. Il , 363 , 364.

l'empêcher de se répandre. Le duc d'Harcourt , Le <inc d*Har-

■ / i • ♦.•/ii> » coart et le niinis-

que les echevins avaient prie de 1 appuyer, s y u-e Bénin refusant tout net, blâma cette a démarche , inutile hxïm^\ ,ac°n"

7 •* duite des offl-

au moins ( disait-il ) , si elle n'étoit point indiscrète. » cier» de l'Hôtei-

. . v / , . r de-Ville.

Le ministre Bertin s en expliqua plus clairement encore. « S. M. (écrivait-il ) m'ordonne de vous dire qu'elle ne pourroit , dorénavant , regarder des démarches opposées, de votre part, que comme une suite de l'esprit de parti et de fermentation quelle est résolue de faire cesser, et quelle compte reconnoître la droiture de vos vues et la fidélité de votre attachement , dans la conduite que vous allez tenir vis-à-vis de ce tribunal , en lui rendant ce que vous lui devez ' . »

A la vue de ces j lissions , les officiers de l'Hôtel- Les officiers de de-Ville s'étaient résignés, enfin, à enregistrer tren^cnfin^rél'édit, à le publier, aie faire afficher en tous lieux; ^ZT^tt' mais sans désavouer un p lacet 3 fidèle expression mer, près da roi,

r contre la dépen-

de sentiments dont ils ne se devaient point départir, dance des con-

c En demandant un Parlement unique, ils n'a- deNonnandS" voient fait (disaient-ils) que réclamer, pour la Nor- ^Varie^ent mandie , ce que S. M. avoit bien voulu accorder Maupeon. à d'autres provinces moins considérables , avantage d'autant plus nécessaire à la Normandie, que ses lois, coutumes et usages étoient absolument

1 Lettres du dur et de Bertin , décembre 1771. (Archives de l'hotcl-dc-ville de Rouen. )

contradictoires avec ceux du Parlement de Paris, dans le ressort duquel on la comprenoit , maintetenant, à l 'égard de l'enregistrement des êdits et Lesécbevins déclarations*. » Quant aux visites y si expressément mier président ordonnées d'en haut , "et si impatiemment désirées le 3? décembre Par 'e nouveau premier président De Crosne, il les mais ne ini font |uj fauut attendre jusqu'au soir du 31 décembre ,

point présenter ...

\e vin de viiie. où, enfin, il vit les échevins le venir saluer, par

ordre* à l'occasion du nouvel an2. Mais il n'avait point vu le maire. De même, il attendit vainement le vin de ville, qui, de temps immémorial, avait toujours été apporté , à pareil jour , aux premiers présidents, dont on voyait en lui le remplaçant et non le successeur légitime. Car il faut savoir que , de tout temps , ce soir-là , après que les échevins avaient pris congé du chef du Parlement, étaient venus les présents de ville 3 c'est-àdire , ordinairement, vingt-quatre bouteilles de v/n de Bourgogne ou de Champagne , qu'apportaient , en grand appareil , dans une manne richement ornée , des valets de ville revêtus de leurs hoquetons de livrée, précédés par le concierge , en man- Poêrier d'Ara- teau et rabat 3. De Crosne , frustré de cet honneur, de RonenTame ne sen Pouva't consoler , d'autant que toute la

de cette ■ — — — — .

opposition de ....

l'Hôtel-de-Ville, ' Lettre des officiers de l'Hôtel -de-Ville de Rouen , 31 décembre

est mandé à Ver- 177 1 . ( Archives de l'hôtel-de- ville. )

(janvier 177*') * Lcttre dcS c'chevins de Roucn • 29 Janvier 1772.

3 Eeg. , Journaux de l'hôtcl-ric-villc de Rouen , pa*s)m.

ville, qui l'avait su, n'en faisait que rire. Mais , en cour, on avait perdu patience; ces répugnances si publiques , ces mémoires si hardis , qui circulaient en tous lieux , avaient poussé à bout ; et on s'en prit , de tout cela , au maire , le comte d'Amfreville, dont l'opposition aux nouvelles mesures était bien connue , et qui , dans toutes les assemblées de l'Hôtel-de-Ville, s'en était exprimé en franc marin qu'il était, et en homme sans détour. Mandé Les officiers de

à-ir «il *i ». r \ »i . r m. ville écrivent au

Versailles , il y reçut un sévère accueil , et lut r0jetanxniinis-

bientôt exilé à Haguenau , où il devait demeurer t5es' p011^1"1»-

° fier le maire, et

quelque temps, malgré toutes les démarches des demander officiers de l'Hôtel-de-Ville de Rouen , qui le défendaient , et réclamaient , à grands cris , son rappel. « Seroit-ce donc ( écrivaient-ils alors ) , seroit-ce un crime digne d'un exil rigoureux, que d'avoir témoigné quelques regrets sur la disgrâce qu'ont éprouvée tant d'illustres compatriotes ( les membres du Parlement ) ? Si c'en est un y nous le partageons avec lui. » Au reproche fait au comte de n'avoir point accompagné les échevins lors de la visite du 31 décembre . «jamais ( répondaient-ils ) , jamais le maire n'est à la tête du corps municipal y dans ces visites ; c'est une étiquette aussi ancienne que le corps de ville même. » Quant au vin de ville y « nous nous sommes informés si le nouveau tribunal devoit jouir des mômes honneurs , prérogatives et prééminences dont jouissoit l'ancien ; nous attendons ,

Des lettres patente» ordonnant de présenter le vin de ville an premier président De Crosne «les

échevins s'y résignent.

L'exil du maire avait cansé dans Ronen nne fermentation , qne l'on impute aux officiers de ville d'avoir fomentée.

avec soumission j, les lettres patentes qui doivent régler ses droits ' . » Elles venaient d'être signées, depuis peu , ces lettres patentes , provoquées , qu'on l'entende , par toutes les résistances des officiers de la commune. D'avance , ils les savaient par cœur ; et, quand elles leur parvinrent officiellement , ils y virent que « les officiers du Conseil supérieur de Rouen jouiraient de tous les honneurs et prérogatives qu avoient fait ci-devant les officiers du Parlement et de la cour des Aides de Rouen 2. » Force leur fut bien , alors, de se soumettre ; et De Crosne , si tard visité naguère , reçut, bien tard aussi , ces présents de ville si désirés. Mais il s'en fallut bien que la bonne grâce des donateurs doublât la valeur intrinsèque du présent Le vin de ville* pour tout dire, ^offert (lui déclara le concierge ) par ordre du roi » , fut un hommage forcé, non-seulementpeu honorable pour messieurs du Conseil supérieur , mais plus injurieux encore , ce semble , que le refus 3. Tous ces conflits, puis le départ du comte d'Amfreville , lorsqu'il fut mandé en cour , n'avaient pu se passer sans quelque agitation dans le peuple de Rouen , que ce maire

1 Lettre des échevins de Rouen , 29 janvier 1772. ( Archives de l'hôtel-de-ville. )

2 Lettres patentes du 10 janvier 1772.

3 Journal historique de la Révolution opérée dans la magistrature francoisc , t. Il , 336 et suiv.

charitable comblait de bienfaits. Mais, surtout, l'indignation fut grande, quand on sut que Maupcou l'avait voulu faire renoncer à son titre de maire. Pour faire leur cour , ceux qui gouvernaient dans Rouen , témoignant la plus grande épouvante de la prétendue disposition du peuple à la révolte , jouèrent les effrayés ; les gardes de jour et de nuit furent doublées ; les rues étaient éclairées k profusion , presque en plein midi. On voulait accuser les officiers de ville c d'avoir excité , par leurs assemblées , un esprit de parti et de fermentation. » Infime calomnie ! Et ce fut loute la réponse de ces citoyens au ministre Bertin , qui , dans ses lettres , leur avait dit de quel crime ils étaient ac-

cuses

Il le faut néanmoins reconnaître ; une grande fermentation régnait, non point seulement à Rouen, mais dans la province tout entière. C'est qu'outre les graves sujets de mécontentement qu'on a vus , un édit fiscal était venu, portant prorogation des deux vingtièmes et de divers autres droits ; établisblissant enfin deux nouveaux sous pour livre sur les droits de fermes et autres ; et , au lieu qu'avant la révolution judiciaire , un pareil édit , dans l'état de détresse incroyable où était la France, eût été

Fermentation dans toute la Normandie.

Les deux Conseils supérieurs avaient enregistré, avec empressement, deux édita fiscaux, fort dommageables ponr la

province.

Les opérations

dn cadastre sont

reprises.

1 Lettre des échevins de Rouen, 29 janvier 1772. (Archives de l'hotcl-de-ville. )

vi. a

la Normandie.

repoussé par le Parlement et flétri par ses arrêts; à Bayeux, à Rouen . les Conseils supérieurs l'avaient tôt et humblement enregistré, sans mot dire1. « Ces intrus enregistreraient , les yeux fermes > le traité de Troyes* , disait un Manifeste du temps3. Us n'auraient pu s'en défendre, à la bonne heure. Mais les lettres patentes , qui les supposaient « exer- Exactions scan- çant le s même s fonctions qui ètoient ci-devant remit souffrir plies par les officiers du Parlement » > étaient donc une dérision amère ! Et qu'allait-il arriver? Au lieu de ce prétendu deuxième vingtième annoncé , on perçut un cinquième sur tous les immeubles de la province ; de même , les huit sous pour livre furent étendus outre mesure ; les charges anciennes étaient quadruplées ; plus de lois, plus de Parlement, plus même d'arrêts du Conseil , mais des commis investis de pleins pouvoirs , dilatant arbitrairement , despotiquement les impôts , allant dans les campagnes mesurer les terres, les imposera leur gré * ; chargeant tel habitant, dégrevant tel autre, selon leur caprice et bon plaisir ; doublant , triplant les cotes des moyens et petits propriétaires , peu redoutés , épargnant les gros , et ceux que leur

1 Reg. du Conseil supérieur , 23 décembre 1771.

a Maximes du droit public français , édit. 1775 , in-'i° , tom. II , p 440 , 441.

3 Journal Maupeou , t. III , 308.

situation , leur clientelle avaient fait craindre. Les revenus du trésor royal s'étaient accrus , par là , de soixante-douze millions seulement, chétive part que voulurent bien lui faire ceux qui pressuraient sans pitié le royaume1 !

De plus, le Parlement une fois supprimé , les opérations du cadastre * abandonnées naguère , grâce à ses opiniâtres efforts , avaient partout recommencé de plus belle. Nouveau et puissant motif, pour tous , de regretter ce Parlement qu'on leur avait ôté ; ce Parlement si hostile , en tout temps , au cadastre ï A Caen, les officiers municipaux, assemblés, avaient protesté contre le nouvel édit; ils empêchaient la perception du vingtième , et écrivirent au ministre que , « puisqu'on leur avoit enlevé leurs protecteurs auprès du trône* il» secroyoient obligés* par état* de représenteras. M. [impossibilité ou on étoit* en Basse-Normandie* de continuer à payer ces impôts 2. »

La noblesse s'assembla aussi, de son côté, résolue qu'elle était de s'opposer énergiquement aux

' Constitution du pays et duché de Normandie , par De la Foy, in-8°, 1789 , p. 275 , 312. — Requête d'une partie de la noblesse de Normandie , au roi , signée par 271 gentilshommes. — Remontrances du Parlement de Rouen, 1 septembre 1775 ; 6 août 1778 ; 5 février 1788. — Recueil de Réclamations et Remontrances , au sujet de l'édit de décembre 1770 , in-8° , 1775 , 1. 1, p. 208.

9 Maupeouana ; n° V des suppléments à la Gazette de France , 28 février 1772.

Les officiers de l'Hôtel-de-Ville de Caen protestent contre un

édit fiscal,

et empêchent

la perception

du vingtième \

lenr lettre an ministre.

La noblesse , représentée par

deux cent

soixante-onze

gentilhommes ,

assemblés à Caen , proteste contre les nouvelles mesures.

Sa requête

an roi.

(Octobre 177 1.)

désastreuses opérations de Terray. Deux cent soixante et onze gentilshommes , réunis à Caen ,

chez le marquis de avaient protesté contre

les deux Conseils supérieurs , deux fantômes de cours souveraines , impuissants à protéger le pays contre l'insatiable avidité du fisc. Ils déclaraient ne vouloir point payer les nouveaux impôts , illégaux (disaient-ils), et enregistrés contre les formalités ordinaires, contre les lois constitutives du royaume , et qu'ils ne se soumettraient à ces charges nouvelles qu'après une délibération solennelle des États de la province assemblés 4 . Une requête au roi , dans ce sens, concertée dans leurs assemblées, était portée par l'un d'eux ( le marquis de Trie2), de château en historique château, et se couvrait de signatures3. Divers écrits « droits de furent imprimés , suggérés par ces gentilshommes ormandîe, normands , et publiés sous leurs auspices ; entr'au- -éjuxions très, un Estai historique sur tes droits de la province tau fc Normar\die , suivi de réflexions sur son état*. Cet écrit , très hardi , commençait par un historique delà Normandie considérée politiquement, c'està-dire par un exposé détaillé de ses droits , de ses

1 Maupeouana , suppléments k la Gazette de France , n° 6. 9 Journal Maupeou , t. VI , 188.

3 Requête d'une partie de la noblesse de Normandie, au roi, Becueil des Réclamations , etc. , t. Il , 79.

4 Imprime* à la suite du Manifeste aux Normands.

privilèges , des traites faits naguère avec elle. Puis , on montrait tous ces droits , ces privilèges , ces chartes, ces traites violés par les opérations qu'avait suggérées Maupeou. Ledit de suppression du Parlement y était censuré sans ménagement , combattu , réfuté sans réplique. On démontrait l'innocence des magistrats interdits. Mais , eussent-ils été coupables , il les fallait juger , au lieu de les révoquer sans les entendre, et ne point dépouiller, en tous cas, de son Parlement * une province qui n'avait point mérité de le perdre. Sans Parlement, sans Etats , sans médiateurs auprès du souverain , les Normands étaient en droit de s'adresser euxmêmes au monarque, de lui porter leurs doléances, de lui peindre leurs humiliations , leur détresse et leurs alarmes. On demandait , pour conclure , le rétablissement du Parlement et la convocation des États. Mais notre noblesse n'en avait point voulu demeurer là. Les nobles Bretons, dans l'assemblée des États de leur province, reçurent, de leurs confrères de Normandie , une lettre , bien propre à les pousser à la résistance , sinon à la révolte4. Gentilshommes, publicistes , avocats, rédigeaient , répandaient , de concert , ces écrits qui , lus avidement en Normandie , en soulevaient tous les habitants contre Maupeou et ses deux

Lettre

de la noblesse

normande aux

gentilshommes

bretons.

Les écrits

pullulant

eu Normandie ;

on les lit à Paris.

Fermentation dans la province.

Maupeouana , suppléments à la Gazette de France , n° 9.

Conseils supérieurs. Ils se répandaient aussi à Paris, et y£rent encore plus de bruit , peut-être , qu'en Normandie même , grâce à divers pamphlets périodiques , lus alors avidement dans cette capitale émue, où il ne se parlait presque plus que de la Normandie , de ses deux Conseils* et des avanies auxquelles, chaque jour , ils étaient en butte. Leurs auteurs n'allaient pas oublier , on le peut croire , les protestations de la noblesse normande , non plus que ses écrits. Dans les efforts du despotisme, dans le Journal historique de la révolution opékée par le chancelier Maupeou , dans les prétendus suppléments a la Gazette de France, dans la prétendue Correspondance secrète entre Sorhouet et Maupeou , et dans vingt autres écrits encore , il n'était plus question que des résistances de la Normandie; et tout le bruit qu'en firent ces écrits satiriques , put bien , à la fin , attirer à notre province des rigueurs que , sans cela , on lui eût épargnées peut-être.

)n se décide, La Requête de la noblesse de Normandie AU ROI,

ntnTceux qai ** on sen ^t lemi 'à , aurait, sans doute, été toicitent cette \£r£em A la vérité , le duc d'Orléans, invité par ces

ermentation J

i Normandie, gentilshommes à la remettre au monarque, avait

►ct.,noT. 1772.) , . . ,

refuse de leur venir en aide , et censure même ces démarches , qu'il jugeait indiscrètes autant qu'illégales. Louis XV , toutefois , après avoir lu la requête* «n'y voyant rien (assurait-il) que de res-

pectueux et de juste » , prit lui-même , dans le Conseil 9 la défense de sa noblesse accusée. On a vu ce qu'avaient fait ensuite toutes ces têtes normandes, assez froides naturellement , mais qu'on ne saurait plus retenir quand une fois elles sont échauffées. Tout fermentait dans la province ; au Conseil , il ne se parlait plus d'autre chose. On avait persuadé au roi qiiily alloit de son autorité , dont il était si jaloux ! Et, maintenant , les paroles d'indulgence n'étaient plus écoutées. Il n'avait pas tenu au ministre Bertin , qui , particulièrement chargé des affaires de Normandie , avait lu tous ces écrits , mémoires , lettres , qui lui venaient de toutes parts , et y trouvant de fortes vérités, en était ébranlé et ne s'en cachait pas; au point que, dans une séance du Conseil , ce ministre, parlant au roi des plaintes graves qu'il recevait, chaque jour, de la Normandie, sur la manière dont y était administrée la justice , ne craignit pas de dire que cette province était dans une fermentation incroyable. Mais voulait-il, par-là , insinuer au roi de rappeler les anciens magistrats ? Louis XV , quoi qu'il en soit , revenu de ses premiers sentiments, avait dit à ce ministre , avec humeur , t quil voyoit bien où il en vouloit venir* mais que le Parlement ne reviendroit jamais* tant quil existerait1 . » Il fallut, en

* Journal historique de la Révolution opérée dans la magistrature

Requête

dn Tiers-Etat,

écrit contraire

aux mesures

de Maupeoa

( publié

en Normandie. )

Des lettres

de cachet

sans nombre

arrivent an dnc

d'Harcourt; des

gentilshommes,

des avocats,

opposants,

sont enlevés,

exilés.

( Nov. 1772. )

un mot , laisser faire Maupçou, bien résolu, on le peut croire , à ne ménager point ces Normands , qui lui résistaient si opiniâtrement et le huaient si fort. Une Requête du Tiers-État avait, d'ailleurs, suivi d'assez près celle de la Noblesse , et ne lui cédait point en amertume , non plus qu'en vigueur. Il devenait malaisé de prévoir où pourraient s'arrêter toutes ces manifestations ; et Maupeou avait senti qu'il fallait , ou abandonner son œuvre , ou renverser avec violence les obstacles que , de toutes parts , elle avait provoqués. Sa voix devait prévaloir ; et on était, enfin , convenu de sévir contre cette Normandie , qui faisait tant parler d elle. Fut-il question de trancher des tètes > comme le bruit en courut alors4 ? Nous ne croirons point à des extrémités qui n'entraient point dans les manières de Maupeou , fort opposées , en tous cas , aux sentiments bien connus de Louis XV, et impossibles , d'ailleurs, en l'état où étaient les esprits. Toujours vit-on les lettres de cachet tomber comme une pluie sur la province , sans épargner un seul de ceux qui avaient résisté aux opérations nouvelles. On en avait envoyé jusqu'à deux cents* en blanc, au

française, t. III, p. 290. — V Observateur anglais, Londres, 1777 , t. I , p. 85.

1 Journal historique , etc. , tom. III , 303. — Muupeouana , huitième supplément à la Gazette de France.

seul duc d'Harcourt, autorisé à en user au besoin , et à les remplir comme il le voudrait. Alors , dans les villes , dans les campagnes , il ne se parla plus que d'enlèvements. On comptait jusqu'à vingt-cinq ou vingt-six gentilshommes exilés ou incarcérés , parmi lesquels les Manneville , les Mont-Pinçon , les D'Ouilly, les Thiboutot, les Du Coudray , qui s'étaient signalés à Caen , dans ces assemblées de la noblesse. De jeunes avocats distingués de Rouen , Le Maître , Ferry , Duval , Des Linières , manifestement déchaînés contre le Conseil supérieur, qu'ils avaient bafoué ou refusé de reconnaître , soupçonnés d'avoir rédigé quelques-uns de ces vifs écrits qui empêchaient Maupeou de dormir, furent, au conspect de tons , les uns conduits à la Bastille , les autres exilés dans des lieux éloignés, où ils manquaient de tout4. L'enlèvement du vieux prieur de Saint-Lô de Rouen , homme dévoué au Parlement , eut lieu en plein jour , avec un odieux déploiement de toutes les rigueurs usitées à l'égard des plus grands criminels, et toute la ville en fut consternée. Le nouveau procureur général Perchel, venant en aide à toutes ces rigueurs qu'il avait sollicitées, ne dédaigna pas d'en être l'agent empressé. Sept ou huit membres du Parlement interdit , soit qu'effectivement ils eussent eu part aux derniers

Enlèvement

du prienr

de Saint-Lô

de Ronen.

Sept on hait membres

da Parlement interdit

•ont envoyés dans

an lien d'exil

pins éloigné.

( Nov. 1772. )

Journal de la Révolution opérée par Maupeou , t. III , 299.

Le conseiller

Thom. Do Fossé,

qu'on avait

arrêté pour

le conduire

à Noirmoatiers,

échappe

aux gardes, dans

son château

duBosmelet,

et parvient

à sortir du royaume.

( Nov. 1772. )

mouvements, soit qu'on voulût rendre leur compagnie odieuse , de plus en plus, à Louis XV, reçurent aussi des lettres de cachet, entr autres les conseillers De Maisons , D'Écaquelon , De Ruai- )em, et un avocat général, Grente de Grécourt, ou LeBret: nos mémoires ne le font point connaître; le premier exil de ces magistrats étant changé en un autre, plus lointain et plus dur. On pense bien que l'opiniâtre conseiller .Thomas du Fossé ne fut point oublié dans cette recrudescence de rigueurs , un bruit faux , peut-être , le désignant comme l'auteur de la Requête de la noblesse ' . Ordre lui avait été envoyé de se rendre à Noirmoutiers , en Bas-Poitou. Agé et malade des yeux , comme il l'était en ce moment , c'était le condamner à perdre la vue et la santé , tout ensemble. Mais , dans une lettre vigoureuse qu'il avait adressée aux ministres , sans parler guère de sa personne , et ne s'occupant que de l'arbitraire de tous ces actes de bon plaisir, et de toutes ces peines infligées sans jugement, il avait dit crûment : € qu'il ne connoissoit point d'ordonnance dans le royaume , qui contraignit un citoyen de se rendre en exil; et que de tels commandements n'existoient point dans tordre des lois ; que si on le supposoit criminel* il étoit tout prêt de se constituer en prison , et deman-

1 Journal Maitpcou , t. VI , 1 ô4.

doit que son procès lui fût fait y sur l heure * mais par des juges légaux*.* Pour toute réponse , Maupeou lui avait envoyé douze cavaliers de la maréchaussée , commandés par un exempt , et chargés de le mener à la Bastille. Du château du Fossé , où ils Tayaient arrêté , après qu'ils y eurent mis les scellés sur ses papiers» ils le conduisirent au château du Bosmelet , pour y en faire autant , comptant bien le mener de là droit à la prison d'État désignée par le ministre. Mais ils n'avaient pas si bien investi les magnifiques et royales avenues de cette belle demeure , qu'il n'en connût mieux qu'eux les détours; leurs scellés mis, et ne restant plus qu'à partir, il se trouva que ce vieillard résolu venait de s'enfuir par une issue ignorée d'eux. Us s'étaient mis aussitôt en campagne , mais ne le devaient jamais ratteindre, et on ne le put même empêcher de passer à l'étranger 2. Cette évasion fit bruit dans le royaume , surtout à cause des curieux incidents qui la devaient suivre de près. La fille du magistrat fugitif, jeune personne âgée de vingt ans , vive et résolue comme lui, aussi zélée pour le Parlement , tout au moins , sachant son père

1 Journal historique de la Révolution opérée dans la magistrature française , tom. III, 362. — Maupeouana , tom. V , p. 180, 181 , n° 10 des suppléments à la Gazette de France.

2 Journal historique, etc., t. III; p. 325-326. — Maupeouana , t. V, 180, 181.

Mademoiselle

Du Fossé, allant à Paris,

solliciter pour son père ,

est arrêtée aux barrières ,

à cause

des manifestes

et pamphlets

qu'elle avait

apportés

de Normandie ;

elle est écrouée

à la Bastille,

et y est laissée

deux mois

et demi.

en sûreté , était partie pour Paris, voulant voir les ministres, et obtenir la révocation de Tordre d'exil. Démarche louable , assurément , si une imprudence de jeune fille ne la fût venue transformer en une action séditieuse, et tout remettre à l'aventure; Mais, aux barrières de Paris, la voiture de mademoiselle Du Fossé ayant été soigneusement fouillée par les commis , ils y trouvèrent nombre d'exemplaires des Requêtes de la Noblesse* du Tiers-

Etat* du Manifeste du despotisme, en un mot, de tous ces pamphlets de Normandie et de Bretagne, à raison desquels même on avait sévi contre le conseiller Thomas du Fossé. C'étaient , pour tout dire , autant de pièces de conviction , et contre ce vieux magistrat , et contre sa fille même ; en sorte que cette jeune personne, qui était venue plaider en cour pour son père accusé, devenant, elle aussi, une criminelle d'État, fut, comme telle, menée à la Bastille, interrogée, pressée de questions, et, à son tour, avait besoin qu'on vint la défendre. Sa grand'mère ( madame Berthe ) et les principaux de la famille , accourant à Paris , en hâte , étaient parvenus à intéresser le ministre Bertin. La jeune personne, fille fort avisée, lui avait écrit la plus spirituelle lettre qu'on pût imaginer, et que Bertin fit voir au roi , en espérant des merveilles. Mais Louis XV, qui avait entendu parler de cette affaire, répondit, en souriant, à son ministre, « qu'il ne-

toit pas temps encore* » et tint bon, quoiqu'on vît bien qu'il ne serait pas toujours inflexible. Pour tout dire , mademoiselle Du Fossé ne sortit de la Bastille qu'après un séjour de deux mois et demi

environ1. Sa douleur fut grande, lorsqu 'admise M^c™^1,c

bientôt à l'audience de Bertin, et sollicitant de mise en liberté,

lui , les larmes aux yeux, la grâce de son père , le de son père;

ministre lui défendit , de la part du roi , de plus lui jet ^nûtre*

parler de ce magistrat, pour qui il ne fallait point et le émf ******

espérer de grâce. Mais jamais roi n'avait donné ne peuvent

i» i i ia • • n, convenir

d ordre dont on dut tenir moins de compte. De- des conditions, sespérée d'avoir ainsi , par une imprudence , compromis davantage son père , qu'elle était venue défendre, mademoiselle Du Fossé continua, sans se rebuter, de redemander ce père âgé et fugitif, qu'elle craignait de ne plus revoir. Fille , belle , avisée , normande , résolue , sachant bien parler et bien écrire , active, ne se lassant jamais, il la fallait recevoir, entendre , ou lire , et toujours elle se faisait écouter. Elle avait su amener Bertin et Maupeou lui-même , à capituler avec elle. Après une désobéissance si éclatante du conseiller Thomas du Fossé , aux lettres de cachet , les seules lois qui eussent cours maintenant, en France, ils voulaient qu'il se vînt faire écrouer à la Bastille, pour la

1 Journal historique de la Résolution opérée dans la magistrature française, t. IV , 71 , 72.

forme ; puis allât , de là , à Noirmoatiers , pour bien peu de temps , assuraient-ils , promettant qu'ils le laisseraient choisir, ensuite, tel lieu de la France qui lui agréerait le mieux pour son séjour , hormis la Normandie , où ses liaisons l'auraient rendu trop redoutable. Thomas du Fossé , instruit par sa fille de ces ouvertures , ne s'y osait point fier; et mademoiselle Du Fossé , elle-même , avant de donner parole pour son père , demandait à Bertin une promesse écrite , que le ministre ne voulut point donner. Ces pourparlers devaient se prolonger ainsi sans résultat jusqu'à l'avènement de Louis XYI , où nous verrons Du Fossé revenir en Normandie, triomphant4. Tant de rigueurs , quoi qu'il en soit , ayant donné à penser aux Normands, » police vont Us n'avaient guère tardé à en revenir à la froi-

l Normandie,

de château deur , à la sapience native, et comme inhérente mondi^toa» *u so'« Maupeou , peu enclin à la tragédie, n'avait s gentiishom- vouiu au fond, que faire peur, et amener à des

es signataires * r

le la requête rétractations , puis au silence , tous les signataires

9 la Noblesse^ .■*../.

l'opter entre de ces requêtes et lettres qui le gênaient si fort. \"uw£nète, Après que les plus fougueux eurent été mis en i r«ii. Toos prîson , ou envoyés en exil , et pendant qu'on

t rétractent.

parlait , non plus de trancher des têtes , mais de

nommer une commission pour juger l'affaire , ce qui , peut-être , en eût pu mener loin quelques-

• Journal historique de la Révolution opérée , etc. , t IV, p. 267 ; t. V, p. 126.

t commissaire dn Châtelet ton exempt

uns, deux envoyés du chancelier marchaient la Normandie , accomplissant avec succès la mission dont il les avait chargés. C'étaient Chesnon, commissaire du Châtelet, et l'habile exempt de police D'Emmery, célèbre par cent merveilleuses captures, et dont tout le monde vantait les prouesses. Sans gardes, sans moyens de défense, ils allaient , de château en château, exhiber à chacun des gentilshommes signataires une lettre d'exil , qu'ils avaient pouvoir de remplir à leur gré, à moins qu'il n'aimât mieux signer une rétractation en forme, qu'ils lui présentaient en même temps ' , et que tous, hélas! signaient sans trop résister; tant les rigueurs très effectives subies par leurs chefs de file leur avaient fait peur! Des deux cent soixante et onze gentilshommes qui avaient signé , la plupart s 'étant bien voulu dédire , Chesnon et D'Emmery revinrent à Paris, sains et saufs; et Une parait pas que personne eût sourcillé en leur présence , hormismadame de Trie, une femme résolue, qui, les voyant chercher trop curieusement dansson château son mari , qu'elle disait absent , leur avait fait peur , en ordonnant à ses gens de les jeter incontinent par la fenêtre! Il y avait eu , toutefois, quatre-vingts, environ , de ces gentilshommes , dont la rétractation s'était faite avec moins de honte. Ils en furent

1 Journal historique , etc. , t. III , 304.

Quatre-yingl de cet

gentilshomm

se rétractent plot honorât

ment, dans v écrit , par leqi

ils expliqoei \exiT Lettre au r

Les eux Conseils supérieurs

e Normandie brent, tant 'ils existèrent,

en batte an mépris, iq sarcasme anx insultes.

redevables au commandant de la légion de Soubise , Wargemont , qui , les réunissant chez lui , leur fit signer un écrit dans lequel, expliquant leur lettre au roi et leurs autres protestations , ils déclaraient n'avoir jamais voulu attaquer son droit de souveraineté , ni se soustraire à l'obéissance qui lui était due f . Maupeou , à cette fois , se croyant vainqueur, et voulant se montrer généreux, se relâcha un peu de toutes ses rigueurs, en sorte que la Bastille s'ouvrit pour les prisonniers normands, qui en furent quittes pour vivre loin de leur pays , quelque temps. Les proscrits, le comte d'Amfreville entr 'autres, virent bientôt s'adoucir leur exil3.

Maupeou , toutefois , triomphait trop tôt ; et avoir fait cesser ces attaques sérieuses, auxquelles les classes élevées avaient pu , seules, prendre part , qu'était-ce tant que son œuvre serait en butte au ridicule qui, bien autrement dangereux que la raison , que l'éloquence même , et surtout que la force , l'attaquait et la ruinait de toutes parts ! Pour toutes ces rigueurs , pour tant de lettres de cachet , d'incarcérations et d'exils , ses deux Conseils supérieurs de Normandie n'en étaient pas plus en honneur. Après avoir vu tomber le Parlement si an-

1 Journal historique , etc. , tom. 111 , p. 329.

a Journal historique , etc. , 1. 111 , 326. — V Observateur anglois , 1777 , t. 1 , 179.

cien , comment croire à la durée de ces deux tribunaux nés d'hier ? Les voyant , d'ailleurs , si faibles , si impuissants , bons seulement , quand il leur venait un édit , à le faire aussitôt coucher sur leurs registres , sans dire mot , si désastreux qu'il pût être , le peuple s était pris à les dédaigner et à en rire ; dans Rouen surtout où les souvenirs du Parlement étaient si frais encore! Là, les huées de la multitude accueillirent le Conseil supérieur , à sa naissance , pour ne plus finir qu'avec lui ; et sa courte histoire est celle des avanies qu'il lui fallut subir sans cesse pendant ce petit moment de son être. EUes saisirent ces intrus, au débarquer , pour ainsi dire ; la plupart d'entr'eux , anciens officiers du ressort, naguère lieutenants généraux , procureurs du roi , arrivant à Rouen pour se faire recevoir et cherchant à se loger , avaient trouvé closes les portes de leurs amis d'autrefois, et se voyaient éconduits des hôtelleries même où ils s'allaient présenter, l'argent à la main; au point qu'il avait fallu y user d'autorité, et les loger à la craie* ! Flétris, à l'avance, de cette qualification d'intrus , on avait voulu qu'elle leur demeurât à jamais , et que tout tendît à montrer qu'à bon droit elle leur avait été donnée. Au palais , donc , ils avaient trouvé fermées et sans clés les portes

Tontes les maisons,

même

les hôtelleries ,

s'étaient fermées

ponr

les membres

dn Conseil

supérieur,

à leur arrivée

A Rouen;

et il avait fallu

les loger

à la craie.

1 Journal historique , etc. , tom. Il , 322.

Les nouveaux

magistrats tarent

contraints

de forcer

les portes de

toutes les salles

et chambres

du palais, qu'on

avait fermées,

et dont on avait

emporté les clés.

roc

La plupart

des avocat»

refluent

de plaider

devant le Conseil

supérieur

de Rouen.

Lea procureurs

ne cachent point

leur antipathie

pour lui.

des greffes , du parquet, dessalles d'audience même, qu'il leur fallut forcer * ; soit que les anciens magistrats eussent voulu tout fermer en partant, soit que ce fût une espièglerie des clercs de la basoche, ennemis déclarés du Conseil supérieur, qu'on les vit harceler sans relâche, tant qu'il dura, et poursuivre de leurs huées , long-temps encore après qu'il avaitcessé d'être. Les conseillers du Parlement ayant emporté les sacs des affaires renvoyées à leur rapport, les lettres du ministre, pour les inviter à les rendre, demeuraient (dit-on ) sans réponse2. Nous avons vu le refus qu'avait fait Y Election, d'enregistrer l'édit de création du Conseil supérieur. Le barreau, étroitement uni aux magistrats, depuis les scènes de 1744, avait protesté contre la suppression du Parlement , et refusait de plaider devant le Conseil , dont les audiences , au commencement , étaient désertes, t // fera très froid en février 1772 ( avait dit l'oracle) ; la crainte des rhumes retiendra les juges au coin de leur feu , et les clients dans leurs maisons, a Et , pour le mois de mai encore : « Le carême sera fini (avait dit le même oracle) ; on jeûnera toutefois encore.* » Tous les avocats , presque , mais surtout les plus notables , devaient persévérer obstinément dans ce refus; on

1 Reg. du Conseil supérieur , 26 juin, 21 juillet 1772.

- Journal historique de ta Révolution opérée , etc. , t. Il , 322.

3 Étrennes supérieures.

en a vu qui , pour ne s'en être point tenus là , avaient été , les uns incarcérés , les autres envoyés en exil. D autres , en plus grand nombre encore , devaient, trois et quatre ans durant , souffrir la faim et la perle de leur état, plutôt que de reconnaître ces Conseils j objet, pour eux, d'un insurmontable dégoût. Ceux qui voulurent bien écrire encore , ne daignaient point signer leurs mémoires ; et ils arrangeaient, à tout prix, les affaires, pour que les nouveaux juges n'eussent point d'arrêts à prononcer, ni d'audiences à tenir1. Les procureurs, moins lettrés, ne s'étaient point, toutefois, montrés plus favorables ; et, pour en soumettre quelquesuns, il fallut bien des arrêts2; on a vu les répugnances de messieurs de la basoche ; nous y pourrons bien revenir encore. 11 n'y eut pas , enfin , Lon jusqu'aux prisonniers, qui, lors de la rliedde 8 ou dc *• première visite , qu'à l'instar du Parlement , Je nouveau prisons de Conseil fit, la veille de Noël 1771, mandés qu'ils prisonniers de étaient par les nouveaux magistrats , réunis pour ,a ^"p^6"6 cela et assis en jugement dans la chambre d'au- refnsent <*e

° monter, et de

^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^ paraître devant

MM. du Conseil

• Notes mss. du substitut Dc Gressent , (Biblioth. de M. Alfred ^ance* dans^a Daviel , avocat. ) chambre

a Reg. du Conseil supérieur de Rouen. ^'T*'61"?,

8 ^ de Toarnelle.

6 Rhedde , visite des prisons, « pour, sommairement, vuider (Dec. 1771.) les causes des prisonniers, admonestant les geôliers de leur donner eau et paille frescbe , et les tenir nets. » Les Trêze Livres des Parlements de France , par La Roche- FI a y yn , lit. VIII, chap. 29, $ 23.

dience de la Tournelle, refusèrent d'y monter, ne les voulant point reconnaître '. Ceux de Paris en avaient usé de même 2 ; et puis , imaginez les brocards qu'on en faisait dans le palais ! Le Conseil Le chapitre de Notre-Dame entrait dans ces

de Rouen, sentiments; et tous, le seul abbé Perchel excepté, dédain* de» avaient refusé d'aller siéger parmi les membres du chanoines , leur Conseil supérieur. Le cardinal archevêque La

refuse , comme x # x

indigne, \e Rochefoucauld n'avait fait à MM. du nouveau

prlaonnier élu ^ .. , .. j .

par eu. en 1772, Conseil que les politesses de rigueur, et rie a nc> si i PSert*ICmLs Ton peut ainsi parler. Ceux-ci, par rancune, s'ale* contraint 1ère rit gauchement attaquer au privilège de Saint-

de leur iwdre b . « , . ,

«prisonnier, Romain > que le Parlement avait notablement protnjaferer de *égé dans ces derniers temps, et défendu contre le leur» prisons gouvernement de Louis XV, qui le voulait réduire

dans les siennes, o 7 *■

(Mai 1772.) à rien , comme il avait fait (en 1753) du privilège des évoques d'Orléans. En 1772, donc, le jour de l'Ascension, ils s'étaient avisés de refuser, comme indigne , l'élu du chapitre, Joseph Dupuis, meurtrier de son aïeul en loi ; et même , des prisons du chapitre, où, volontairement > il venait de se faire écrouer , ils n'avaient pas craint de le faire transférer en celles de la conciergerie du palais. Mais le chapitre, sans faiblir, s'en tint résolument à son choix; et de vifs pourparlers, qui s'engagèrent alors entre le

1 Keg, du Conseil supérieur de Rouen , 24 décembre 1771. * Journal historique , etc., tom. I, page 216.

Conseil supérieur et les chanoines , n'avaient plus trait qu a la personne même de Joseph Dupuis, leur prisonnier, qu'ils voulaient ravoir. Le bruit de ces conflits se répandant par la ville , la multitude , toute pour les chanoines et contre le Conseil supérieur, murmurait hautement; et on allait, à coup sûr, voir une émeute , lorsque reparurent les députés du chapitre , ramenant en triomphe à lofficialité leur prisonnier qu'enfin ils s'étaient fait rendre1. Aux tumultueux applaudissements par lesquels on les accueillit , en tous lieux , se mêlaient des huées contre le Conseil supérieur, et de vives imprécations contre ces intrus. Le chapitre avait parlé net , en cette rencontre ; et comme le chancelier Maupeou, à qui les chanoines se plaignirent, n'avait répondu qu'en termes insignifiants et évasifs , ils se firent justice eux-mêmes, le 15 août suivant, en refusant tout salut au Conseil supérieur, venu à Notre-Dame pour la procession du vœu de Louis XIII 2. Le peuple, au surplus, la leur devait faire plus éclatante encore, poursuivant de ses huées les douze d'entre eux qui s'étaient hasardés à paraître dans •nPfricnr» lofS

* a de la procession

cette solennelle cérémonie. Une prophétie, chari- doTorade

r r Louis XI 11.

tablement répandue , plus de sept mois à l'avance,

Avanies

que Pon fait ,

dans Rouen,

à MM. du Conseil

1 Notre Histoire du Privilège de Saint-Romain , tom. H , p. 123 et suivantes.

2 Journal historique de la Révolution , etc., t. III , 23&.

les aurait dû détourner d'y paraître. Aux prognostieations pour le mois d'août 1772, les Etrennes supérieures de Normandie 4 > publiées dès janvier , avaient dit : t En août , le soleil entre à la Vierge; les personnes seront plus rouges que les robes qu'elles porteront, au grand scandale du public; et il y aura pi us de sujets de honte que de fatigue. » Pour qui savait l'entendre, il retournait là de la procession du vœu de Louis XIII. Aussi, troublé par cet oracle , et mû par un pressentiment secret , le président Fiquet de Norman ville se serait bien voulu dispenser d'y paraître. Mais tous les autres s'é criant qu'ils n'y iraient point sans lui , force lui avait bien été de se résoudre. Les avanies qu'on leur fit , ce jour-là, tant que dura la fête, firent du bruit en France, et sont amplememt racontées par les livres du temps, qui nous montrent le corps de ville tour-

1 Etrennes supérieures de Normandie , pour tannée bissextile 1772 , dédiées à Monseigneur Thiroux de Crosne, cheralier , premier président du Conseil supérieur de Rouen , et intendant de la généralité , par un maître perruquier de la famille : à l'enseigne des deux bassins blancs. Ici Von rase proprement. In- 12, 25 pages. -- Quelques amateurs possèdent : Supplément aux Etrennes supérieures de Normandie. A Amsterdam , chez Marc-Michel Rey , aux dépens de la compagnie ( six page*. ) — On y troure un calendrier ( 12 mois), une prédiction pour chacun, toutes à la confusion du Conseil supérieur ; des Eclipses , des Prognos tient ions , des Notices biographiques scandaleuses; le Récit de l installation du Conseil supérieur, le 17 décembre 1771 . — Le supplément donne des anecdotes sur les prétendus aïeux des membres du Conseil supérieur, tous (à l'entendre) descendants de pendus et de galériens.

nant le dos aux présidents, aux conseillers de Maupeou; ces douze magistrats éperdus « serrés entre deux haies de canaille», sifflante, huante, conspuante, vilipendés par les soldats de leur escorte, qui leur osaient faire des niches, doublant le pas au milieu de ces affronts, et regagnant, essoufflés, le palais, d'où ils n'auraieut pas du sortir1. Au défaut de leurs registres, où ils n'avaient garde de se vanter de ces outrages, on trouvera, dans vingt écrits, le récit de cette retraite , comparée, alors 9 k celle des dix mille! L'encens que, suivant la coutume, leur avaient donné les curés à leur passage devant les églises, semblait, au milieu de tant d'ignominies, n'être plus qu'une ironie amère; c'est la seule chose , toutefois , dont parleqt leurs registres 2 ; et puis maintenant écrivez l'histoire !

Un fait s'était passé , qui aurait suffi , lui seul, pour imprimer à ce corps de magistrats improvisés une tache qui ne se devait effacer jamais. Après l'enregistrement , à Rouen , de ce funeste édit de novembre, portant prorogation des deux vingtièmes , comme on levait, à force, dans la généralité de Rouen , outre ces deux vingtièmes, les huit sous pour livre créés par le nouvel édit, nouvelle charge fort lourde don t on mu r-

Une

indiscrltioi

de De Cros

achève

de perdre

le Conseil supérieur d l'opinion publique.

1 Maupeouana , toin. V, p. 14 j, lîC. Suppléments à la Gazette de France, n° 8. — Journal historique de la Révolution o\)éire dans la magistrature françoise , I. Il , p. 123.

1 Reg. srcr. du Conseil supérieur, |j août 1772.

murait bien haut en tous lieux, De Crosne, croyant apaiser ce bruit, s'échappa à indiquer l'emploi de cette levée nouvelle, et à dire, enfin, que c'étoit pour payer les gages assignés aux membres des deux Conseils supérieurs; indiscrétion d'autant plus maladroite, que, des 700,000 liv. qu'on leva, à ce moyen , 120,000 seulement devaient recevoir cet emploi! Mais, avant tous calculs, un cri d'indignation et de mépris s'était élevé de tous les points de la province, pour maudire cette justice gratuite tant prônée, qui coûtait si cher, et pour redemander ces épices, qu'avaient tant flétries des écrits Mésintelligence menteurs'. Tout retentissant alors des gémisseene7perchH.5ne naents dePerchel sur cette gaucherie de De Crosne,

les huées redoublèrent, pour ne plus jamais unir. La mésintelligence affichée de ces deux hommes, notoire, je ne dis pas au palais seulement, mais à Rouen , mais dans le royaume, on le peut dire, avait donné lieu à mille scènes fâcheuses, à mille disputes grossières, dans le palais , qu'entendirent parfois les clercs de la basoche, incessamment aux aguets dans les couloirs. Mandés à Paris, par Maupeou,

1 Le Parlement ( Maupeou ) de Bordeaux n'hésita pas lui-même à déclarer , par un arrêté ( du 2 août 1773} , que « les droits de greffe , de contrôle , et autres sur les actes judiciaires , aboient été si prodigieusement augmentés par les 8 sous pour livre , que

LES FRAIS DE JUSTICE EXCÉDOIENT , DE BEAUCOUP , CE QU'IL. K\ COUTOIT AUPARAVANT, ET AVANT LA SUPPRESSION DES ÉPICES ET VACATIONS. »

qui les fit s'embrasser en sa présence, mais, néanmoins , se querellant , après cela , de plus belle, une multitude malveillante lesconciliait, autant qu'il était en elle , en les méprisant également tous deux. Le Journal historique, les suppléments à la Gazette de France, et d'autres pamphlets du temps, enregistrèrent scrupuleusement les détails de cette guerre burlesque, et en livraient les deux héros aux risées de Paris 4 . Au reste , les autres membres du Conseil supérieur n'étaient guère plus d'accord. De dures paroles , dites par le substitut Goupil de Préfeln à l'avocat Frémont, en pleine audience, ayant excité ce dernier à une plainte , que le Conseil trouva bien fondée, et sur laquelle il fit justice à l'avocat offensé, le conseiller De Préfeln, père du substitut , venant en aide à son (ils, dont il prit le parti contre le Conseil supérieur , de vives scènes s'en suivirent dans les chambres; puis des procédures, des écrits qui, pendant une semaine , occupèrent le palais, et donnèrent du passe-temps à la ville tout entière. Les parties belligérantes en étaient venues à se signifier des exploits; et les Préfeln , dans les leurs, reprochant au Conseil supérieur d'avoir fait des actes incompétents , nuls * illé-

Démélé»

du conseiller

Goupil

de Préfeln

et de «on fils

avec les antres

membres

du Conseil

supérieur.

1 Maupeouana , tora. V, p. 219, 220. Suppléments à la Gazette de France, n° 13. — Notes sur le Coup-d'œil purin, p. 2. — Mémoires secrets de Bachaumont. — Et rennes supérieures. — Journal historique , tom. IV, p. 281.

Un inbtlitot

près le Conseil

Supérieur

invoque

l'autorité dn

Dictionnaire de

Monsieur

db Trévoux.

g aux y les accusaient d'irrégularité* d'injustice, d'oppression, et d'avoir agi en partie. Le Conseil, n'en pouvant sortir, s était vu contraint d écrire au roi, pour « le supplier de faire cesser des désordres , aussi contraires au bien de son service , à l'expédition des affaires , à la manutention des règles sagement établies pour le bien de la paix et la tranquillité de la cour4 ! • Le procureur général Perchel, ayant pris parti pour son substitut, boudait la compagnie; et, cette année-là (1774), on ne vit point les gens du roi à la procession du vœu de Louis XIII. C'en est assez pour ce premier substitut; il était arrivé à l'autre d'invoquer, plusieurs fois, en pleine audience, l'autorité du Dictionnaire Universel ûV Monsieur deT ré voux, de faire même imprimerdes plaidoyers, où il s'en prévalait3 ! Et au monde de rire! Une multitude, déjà prévenue et passionnée, n'allait pas ménager des magistrats qui lui donnaient si beau jeu ! Les affronts de toutes sortes leur furent prodigués; on souffre en en lisant le détail dans tous les écrits du temps; on souffre pour des hommes si durement punis d'en avoir cru Maupeou ; on souffre pour une population pétulante et

1 Beg. secr, du Conseil supérieur de Rouen, juillet 1774. — Interdit , enfin , par arrôl du 3 août 1774, Goupil de Préfeln recourut , en vain , plus tard , au Parlement ( réintégré ) , qui , par arrêt du 11 février 1778, « le débouta des fins de sa requête. -

a Ktrennrs sui>cricurcs de Normandie , pa#e 20.

sons couleur

de l'obscurité

de leur

extraction.

grossière» qui, dans les outrages dont elle les abreuvait , avait oublié l'humanité non moins que le bon coût et la décence. Je ne sais quelle pou- Annie* faite* vait être, au fond, I origine de Thiroux de Crosne de crome et à et de Fiquet de Normanville, et ce n'est point ici de Normandie, un livre de généalogie ; mais , enfin , on voulait que le premier descendît d'un barbier, et le second d'un valet d'auberge. Rien, certes, n'importait moins, dans ce grave procès pendant devant la France entre les lois et le bon plaisir. Sur cette donnée, toutefois, s'était engagée une attaque violente, grossière, incessante , qui se formula en prose , en vers , en caricatures sans sel, sans esprit, inhumaines et sottes seulement, où jouaient un grand rôle la trousse du barbier et l'étrille du garçon d'écurie. A la porte de l'hôtel de la première présidence, que Miromesnil, somme par Maupeou, avait du céder à De Crosne, à celle de l'hôtel du président Fiquet de Normanville (sur la place Saint-Ouen), étaient affichées d'ignobles images, où Thiroux rasait Fiquet, qui, en récompense, lui versait à boire. Dans des caisses, envoyées, chaque jour, à leurs demeures, ils trouvaient les ustensiles des professions que, mensongèrement peut-être, mais bien à tort en tout cas, on répétait sans cesse que leurs pères avaient exercées; et, là-dessus, les pamphlétaires d'applaudir, et de fausser et dépraver l'esprit et le cœur, tout ensemble, de la nation, par une admi-

71« FAtLEMENT DE NORMANDIE.

ration sottement prodiguée à des actions si ineptes et à la fois si méchantes ; à trouver beau , par exemple, que le président Langlois , reconnu au parterre du théâtre, eût été ballotté par les clercs, et pressé au point presque d'en étouffer , et ne se fût soustrait qu a grand peine à ces outrages*. On en était venu à faire jouer le Conseil supérieur sur la place publique , par des bateleurs ; et toujours figuraient , dans ces parades, l'essentiel rasoir et l'indispensable étrille. Les clercs du palais osèrent, un jour,

t la basodw « 4»

attacher à une potence la très ressemblante effigie

i?eJlTkiw>*3L de Thirouxde Crosne; cette ambition de devenir premier président, ou celte faiblesse de se l'être laissé faire , avaient suffi pour effacer tous les mérites de l'intendant et ses nombreux et signalés

services* !

l» Kbdies , Libelles, vaudevilles , prose , vers , épigrammes ,

satires et i ■ • ■

pamphlets satire s, para de s , pleuvaient sans cesse sur le

"c^eu^ le nouveau tribunal; au point qu'on finit par compter

supérieur plus de quatre cents pièces* publiées contre lui ,

e Coup-d-œii toutes peu dignes de l'honneur qu'eurent quelques-

pun"' unes d'être reproduites dans les Recueils du temps3.

Le Coup-d'œil purin * qui fit plus de bruit , lui seul ,

1 Journal historique , tom. 11 , p. 320 , 321.

2 Journal historique , tom. Il , 336.

3 Journal historique . tom. III , ôl , 59.

que toutes les autres, ne valait toutefois guère davantage, quoi qu'on en ait pu dire. C'est un long Dialogue , en vers poissards, où l'on voyait aux prises quatre purins * c'était à dire quatre hommes de la basse classe de Rouen, s'enlretenant , dans leur jargon, des affaires du temps, c'est à savoir du Parlement et du Conseil supérieur ; car , alors , de quelle autre chose aurait-on pu parler? Deux d'entre eux , Gervais et Gambolin* tenaient le dé, en présence des deux autres , témoins assez passifs du débat. Gambolin , zélateur enthousiaste du Parlement, exprimait vivement ses regrets ; tandis que Gervais , plus froid, et trouvant à redire à ce qu'avaient fait ces anciens magistrats, notamment aux arrêts rendus par eux naguère pour autoriser Y exportation des céréales, en exprimait librement sa pensée. Alors, le premier interlocuteur, indigné, réfutait ces reproches, louait, de rechef, le Parlement, et le louait sans mesure; est-il besoin d'ajouter qu'à lafin du débat, le frondeur était pleinement converti, et criait : Vive le Parlement ! plus fort même que son enthousiaste compère? Voilà, en peu de mots, ce fameux Coup-d'œil purin, dont, alors, il fut tant parlé. La personne de Louis XV avait été attaquée dans ce badinage hardi autant que grossier; et on n'aurait su reprocher plus énergiquement à ce monarque son égoïsme , son insouciance sur le sort de son royaume , sur l'état de détresse de ses sujets,

et jusqu'à ses inhumaines spéculations sur le blé1. Ces duretés, h la vérité, étaient tempérées, si l'on veut, par le reproche qu'on faisait à ses ministres , à Maupeou, entre autres, d'avoir trompé et comme aveuglé ce monarque inappliqué , que la paresse avait rendu crédule et confiant à l'excès. Comparant MM. des Conseils supérieurs aux anciens magistrats , Gambolin disait :

L'zancians p «il oient à not' bon Rouai , Hardi . mordié , comme j'te pâle ;

Y li montraient benn que la louai Veut que l'iait du grainn à la haie, Et qu'o no fâche manger l'pain

A l'équipolenn de not* gain

Y n'tenoit poinn à leu valiance

Que j'neussiomm' ctou d'quei Tgresser ; Si ch'eut dépendu d*leu loquence,

J'ériomm eu du bienn à verser

Cheux-chites , ch*est-t"y gens de leu sorte? Morpou leu z'a min n'eun bâillon

Quelque jugement qu'on porte, aujourd'hui, du Coup-d' œil purin* par ces douze vers, les meilleurs, peut-être, de tout l'ouvrage, jamais livre ne fut plus lu , plusen vogue, plus cité, et n'excita plus d'engouement (dans Rouen s'entend) , et parmi les partisans sans nombre du Parlement qui n'était

1 Not' Rouai

Grippe not' blei , pour no l'er vendre.

— Coup-d' œil purin. —

plus. On le lisait , on se le disputait , on se l'arrachait en tous lieux; hommes, femmes, jeunes, vieux, s évertuaient à en apprendre , à en débiter des passages, à en bégayer imparfaitement quelques vers, à se récrier d'aise, y trouvant d'indicibles finesses, auxquelles peut-être l'auteur luimême n'avait point songé. On l'attribuait au chimiste D'Âmbournay4, qui, pour cet insignifiant libelle, reçut plus d'éloges que ne lui en avaient valu jamais ses meilleurs Mémoires sur une science qu'il cultivait avec honneur. Car toujours les passions populaires paient avec usure ce qu'on fait pour elles. En un mot, des quatre cents pièces publiées alors, celle-ci eut le prix, tout d'une voix. Or, si la haute préférence dont elle fut l'objet parut, à un judicieux critique de ce temps-là, ne devoir pas donner une grande idée des autres 3 , qu'en pourrions-nous penser, aujourd'hui, nous, à soixantedix ans d'intervalle , étrangers comme nous sommes aux passions violentes , aux intérêts déchaînés qui, seuls, purent donner des lecteurs à ces diatribes sans sel , et leur valoir même une vogue de quelques instants!

1 Mémoires biographiques et littéraires sur les hommes qui se sont faits remarquer dans le département de la Seine- Inférieure ; par Guilbert. ln-8° , 1812, tora. 1, p. 275. — Une autre tradition en fait honneur à Donimcy, l'un des greffiers de la chambre des Comptes de.Rouen.

*lMemoires secrets de Bachaumont , édit. 1780 , tom. VIII , 13.

«conseil Où en était cependant Moupeou, et qu'avait

le Rouen tant servi à ce chancelier d'avoir fait taire quelques ^rldîcaie. 8€ns s^rieux , maintenant que des milliers de bouffons faisaient tout retentir de leurs insolents lazzis; et qu'à leur suite la foule charmée huait et bernait sans cesse les nouveaux officiers? Quelque souci que lui eussent pu donner, naguère , les protestatiens de la noblesse , les résistances des Hôtels-de- Ville et des Bailliages, le ridicule ( il le sentait maintenant) avait, bien plus sûrement , miné son œuvre. Ses juges en étaient couverts et comme écrasés, à ne pouvoir s'en relever jamais. Ils tenaient bon , toutefois, faisaient la meilleure contenance que possible, et, n'ayant qu'un temps assez court à vivre, agissaient comme gens assurés de durer toujours. Les Affiches et Annonces de Normandie > imprimées sous leurs yeux , et corrigées de leur main , les paraissant prendre au sérieux , parlaient de la foule empressée qui s'était portée à telle ou telle de leurs audiences, louaient la clarté > la précision et la force des discours que Perchel , que De Crosne y avaient prononcés , redisaient les compliments latins ou français que quelque enfant leur avait pu réciter au collège* : c'en était assez; MM. du Conseil supérieur rêvaient des destinées

' affiches , Annonces , Avis divers de la Haute et Bassc-Normandie , 14 août , 13 novembre 1772.

éternelles. Thiroux de Crosne , si bien logé à Tin* tendance, voulut, à toute force, prendre possession de l'hôtel de la première présidence; les échevins tardaient, le plus qu'ils pouvaient, de lui ouvrir les portes de cette belle demeure, que Miromesnil avait quittée , mais non sans esprit de retour, y laissant même ses meubles, dont rien n'égalait la magnificence. Bientôt, des ordres précis venant d'en haut , et force étant d'obéir , il n'y eut soins empressés qu'ils ne prissent du somptueux mobilier de Miromesnil , qu'il en avait fallu vider , pour faire place à celui de De Crosne; il n'y eut hommages dont ils ne saluassent le magistrat expulsé, contraint de déguerpir; en sorte que l'entrée du nouveau premier président eut l'air d'une entreprise indue, d'une intrusion en un mot, et que la sortie de l'ancien semblait , véritablement, un triomphe*. L'hôtel pris, quoi qu'il en soit , il sembla à MM. du Conseil supérieur que le Parlement en était un peu plus mort, et ils n'en voulaient plus même entendre le nom; au point qu'un jour, dans je ne sais quelle sentence arbitrale dont une partie avait appelé, s'apercevant que le président Le Roux d'Esneval, l'un des arbitres, y était qualifié de président à mortier au Parlement de Normandie* tous

De Crosne

voulant habiter

l'hôtel de la

première

présidence ,

les échevins , en

cette occasion ,

donnent

h Miromesnil

de nonveaux

témoignages

de sympathie

et de rappel.

Le président

A mortier

LeRoox

d'Esneval , ayant

pris, dans nn

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