‹ Histoire du Parlement de NormandieChapitre 5 sur 35 · Jésuites, joinu à · texte numérisé non relu

Jésuites, joinu à

Jésuites, eux, de tout temps, si hostiles aux réfor- la populace,

i -mm • . « î il/ ,. ,. . vont, tumultuaî'

mes. Mais tout leur collège , en masse , s indignant, rement, assaillir lui aussi, que ce prêche fût toujours debout, se ,e^PàeViuv°8) porta , un jour de congé , sur Quevilly, ses balayeurs le forcent , le

llCvtt&ifrïlt f Cl IC

en tête , et en queue la lie du peuple , armés de démolissent tout ce qui peut détruire. Portes, verrières, tout lieutenant criavait volé bientôt en éclats ; â l'intérieur, la chaire , m;neI' vo1a,aDm

* informer, le Parles tables du Décalogue , les bancs , même les armes lement étouffe

, . i , l'affaire.

du roi, qui décoraient le banc du clergé , avaient (23 février 1685.)

été mis en pièces ; en haut , le clocher avait été

abattu; la cloche précipitée à terre ; on était en train

de démolir la couverture; et, s en prenant à cette

clé de la voûte, qui contenait toute la charpente,

ces imprudents démolisseurs, s'acharnant à leur

œuvre , allaient être écrasés tout à l'heure sous les

débris du temple , lorsque survint la Cinquantaine,

qui , à grande peine, fit retirer ces furieux, et ne

sauva qu'eux, pour ainsi dire , ne restant, presque,

de ce temple élégant et si admiré naguère , que

1 Histoire de la Persécution , etc., p. .'M.

vi. 8

le comble endommagé, qui , bientôt, allait s'abat-* tre sur les murailles f. Dans celte expédition , tout l'honneur avait été pour les élèves du collège, notamment pour le fils d'un président à mortier du Parlement, le jeune Poërierd'Amfreville, qui, plus tard, sur les vaisseaux du roi , devait, dans une expédition plus glorieuse, mourir en servant son pays2. De telles et si scandaleuses violences appelaient , sans contredit , toutes les rigueurs de la justice. Aussi le lieutenant criminel avait-il informé, eu hâte, et déjà les procédures commençaient au Bailliage, lorsqu'il! tervint le Parlement, sous prétexte que les faits de sédition étaient de sa compétence, mais déterminé, en effet, par des motifs qu'on pouvait pressentir , et qu'en tous cas l'issue de ces procédures fit bientôt connaître. Car, après quelques semblants d'informations , on laissa tout là , ne s'agissant ( prétendit-on ) que d'une échauffourée de jeunes gens. Ainsi l'osa-t-on représenter au Conseil , qui , sur les plaintes des réformés , s'en était ému. Les principaux dévastateurs avaient été relâchés, l'un après l'autre, et bientôt on n'en parla plus3.

1 Archives de l'bôtel-de-ville de Rouen , liasse 398. — Histoire de la Persécution faite à l'église de Rouen , à la fin du dernier siècle. Rotterdam, 1704 , p. 2 , 8 et 9. — Fie de Pierre Du Bosc , ministre du saint Évangile , p. 140.

a Histoire de la Persécution , p. 2 , 8 et 9.

3 Reg. du Parlement, 23 février 1685. — Abrégé historique du

On procédait activement , en revanche , contre le On procèd prêche, déjà aux deux tiers démoli , sans paraître, contre le pré presque, prendre garde aux trois ministres, peu Mai-fo^dëi ou point coupables, et décrétés., dans le but, uni- *ricfs> inév

rite des pro<

quement, d'interrompre le culte. Sur leurs instances dores; Préo< pour connaître les contraventions dont on voulait preJl^toiu que le prêche eût été le théâtre , et pour qu'on les meê; }eun

* * r * gagements a

mît en état de répondre à leurs accusateurs, on ie«Jésuit« osait bien leur dire, avec une ironie insultante, de laisser parler ce temple lui-même. Ils insistaient, disant que les pierres ne parloient pas * ; et , se prévalant des ordonnances qui , au cas de procès contre des corps et des communautés, avaient disposé qu'un curateur leur serait donné , d'office , pour les défendre 3, curateurs nés de cette asssemblée chrétienne qu'on voulait priver de son culte , de ce temple qu'on voulait démolir, il fallut bien leur dire enfin les griefs articulés contre le prêche. Hais ces faits ( les prouvât-on) ne pouvaient ( nous l'avons vu) être tournés à crime; et combien, de plus, il s'en fallait qu'on les eût prouvés! Tout ce qu'on avait pu faire d'enquêtes et fulminer de cen-

Parlement de Normandie, par le procureur-général Pavyot Du Bouillon , Ms. Bibliot. publique de Rouen.

1 Meg. secr., 30 mai 16S5. — Histoire de la Persécution faite à f église de Rouen , sur la fin du dernier siècle. Rotterdam , 1704, p. 39, 40.

' Ordonnance criminelle de 1670, titre xxi, art. 1 et 2.

llf) PARLEMENT DE NORMANDIE.

sures, n'avait, en rien , établi les faits allégués. Confrontées aux témoins, sur le chef des enfants , de quinze ou seize personnes assignées pour en déposer, pas une ne s'était rencontrée qui osât dire avoir vu ces enfants , je ne dis point au prêche, mais seulement sur le chemin de Quevilly1.

Quant aux relaps , le refus opiniâtre qu'on fit aux ministres, de les confronter avec les témoins entendus sur ce chef, n'est-il pas plus qu'un préjugé de leur innocence? « Que l'on nous confronte (disaient les ministres) ; ou, qu'aux termes de l'ordonnance^ on écarte comme nulles les dépositions de ces témoins y qui ne nous ont pas été confrontés*. » Interrogés, enfin, et répondant péremptoirement sur tous les faits du procès , reconnus innocents , et les juges eux-mêmes le disant tout haut à qui les voulait entendre , les ministres demandaient , les ordonnances voulaient qu'on les laissât exercer leur ministère, et rouvrir le prêche. Mais, joignant ensemble les diverses instances nées de ce vaste procès fait à la réforme, le Parlement s'était réservé à statuer sur le tout par un seul et même arrêt; et, à ce moyen, les ministres demeuraient interdits, et le temple clos3. Jamais,

1 Histoire de la Persécution faite à Y église de Rouen , etc. , p. 24 et suiv. , 39 et suiv.

* Reg. secr., 30 mai 1685. —Histoire de la Persécution 9 etc., p. 40.

3 Histoire de la Persécution, etc., p. 37.

dans aucun procès, peut-être, n'avaient paru plus à découvert la préoccupation et l'animosité des juges. Quelques magistrats pieux, reconnus modérés el équitables , en toute autre matière , n'obéirent, en celle-ci, qu'à la mauvaise humeur et à la colère. Le président Poërier d'Amfreville présidait la grand chambre ; c'est tout dire ; cesPoërier, de père en Cls, étaient inféodés aux Jésuites; celui-ci, lors de la vive sortie du conseiller Le Sueur de Colleville , dans l'affaire de ce nouveau converti, élu pour lever la Fierté, après avoir fait à ce magistrat, séance tenante , mille avanies , lui avait valu, ensuite, Tordre, venu d'en haut, de résigner son office ' ; et nous voyions tout à l'heure le fils de ce président, à la tête d'une folle et fanatique jeunesse, appliquée à démolir le prêche de Quevilly. Le rapporteur du procès, Fauvel de Touvents, non moins voué aux Jésuites que le président , était , en la matière , d'une intolérance passée en proverbe dans la ville; on en citait des faits, croyables à peine, des actes de violence sur ses collègues, pour contraindre sa compagnie à fermer des prêches qu'elle semblait incliner à conserver encore2. On redisait son mot aux demoiselles

Le préàiden

cl'Amfrevilh

passionné e

cette matièi

Le conseille

Fauvel de

Touvent* ,

rapporteur

passionné.

1 Histoire de la Persécution faite à V église de Rouen , p. 54, 5j. — La vie de Pierre Du Dose , ministre du saint Évangile.

1 Histoire de VÊdit de Nantes, V , 781.

Le procureur

général e Guerchois, passionné.

De la Chcsnaie, ayant un procès avec leur frère, nouveau converti y procès imperdable si elles eussent été catholiques, et leur frère huguenot ; (il le leur avait, lui-même, osé dire) , concluant que < leur frère s' étant converti, sa conscience (à lui magistrat ! ) ne lui permettait pas de donner un arrêt dont elles abuseroient1 '. » Enfin, on n'a point oublié sa vive apostrophe au procureur général Le Guerchois, au sujet du prêche de Quevilly , debout encore à son grand désespoir ! Le vieux conseillerclerc De la Place de Fumechon , sieur de Grainville2, très mondain autrefois, aujourd'hui bigol plutôt que pieux, attelant, par humilité, des chevaux dépareillés à son carrosse , cela étant assez (disait-il) pour le pécheur Grainville3; du reste, tout entier aussi , à la merci des Jésui tes * , juge équitable en toute matière , hormis quand il s'agissait de la réforme. Le procureur général Le Guerchois, ne songeant point, je le veux (quoi qu'on en ait pu dire ) , à se faire valoir en cour par sa violence ,

1 Histoire de l'Édit de Nantes , V, 781.

* Reçu conseiller clerc, le 13 août 1652.

3 Abrégé de la vie de messire Claude De la Place de Fumechon, sieur de Grainville et autres lieux , prestre et conseiller au Parlement de Normandie , etc. , avec un recueil de ses lettres sur divers

sujets de piété. 1697; Ms. Bibliothèque publique de Rouen , n° 60

ItO Y.

* Histoire de ta Persécution faite à V église de Rouen, p. 18.

pour obtenir plus sûrement un brevet de retenue sur sa charge1; mais passionné, outre mesure, contre les religionnaires, tant au palais que dehors, et se laissant, en toutes rencontres, emporter, contre eux, à des railleries déplacées, à des violences et à des incartades2. On accusait aussi de prévention les conseillers Busquet de Caumont et Costé de Saint-Sulpice3.

Parmi ces juges, il y en avait, toutefois, de modérés et d'équitables; Bernières de Louvigny , par exemple, d'une foi, d'une piété dont nul n'eût osé douter , mais convaincu qu'il fallait être charitable pour être véritablement chrétien , et équitable pour être vraiment juge 4 ; un D'Àrgouges; un Du Tot-Ferrare, chrétien aussi, littérateur, dont des vers latins, des inscriptions tumulaires, sont cachés dans de vieux recueils *, esprit éclairé, cœur

Modératioi et équité cl

quelques aot membres d

Parlement , tamment d< conseillers clercs.

• Histoire de la Persécution faite à V église de Rouen , p. 8. ' Même ouvrage, p. 24, 44.

3 Histoire de la Persécution, etc., p. 8.

* La Vie de M. Pierre Du Bosc , ministre du saint Évangile, p. 139. — Histoire de la Persécution faite à l'église de Rouen , p. 36.

5 Caroli Annaei Perrarii Toctiit academici Flexiensis, in deambolationem Rotomagensem , lusus poëtici , in-4° de 7 pages , dans an ancien recueil appartenant à la Bibliothèque de la cour royale de Rouen. — On trouve dans le même volume huit projets d'in- MTiption pour le tombeau ( dans l'église de Saintc-Croix-Saint-Ouen de Rouen) où étaient les entrailles du duc de Longuevillc. — Voir,

bienveillant, qui , voyant les ministres espérer justice, leur disait, en gémissant :

Heu, fuge crudeles terras et littus avariini1.

Nommons, enfin, avec honneur les conseillersclercs, tous modérés, en cette rencontre, hormis le sieur de Grainville; et honorons, entre tous, le chanoine Bretel de Grémonville, haut doyen du chapitre. Ces Bretel s'étaient toujours signalés dans le Parlement, par une généreuse liberté. Pour celui-ci, indigné de toutes ces longues, irrégulières et obliques procédures pour plâtrer des iniquités, et rougissant du rôle honteux qu'y acceptait la magistrature, « Le roi (dit-il un jour, en plein Parlement), le roi est le maître dans son royaume; qu'il fasse donc raser le temple de Quevilly , de sa toute puissance 3 mais sans qu'on nous oblige, pour y parvenir, à faire des procédures et des injustices, qui nous couvrent de honte1. »

Les ministres Mais la majorité du Parlement étant hostile,

de Ouevill y • j ' • i * • > i • i

•tentent an roi sans esP°,r désormais, du cote des juges, les mine supplique , ni$ires je Rouen , dans une supplique au roi, tentai n est point rr 1

écoutée. tèrenl un dernier effort pour leur temple menacé.

relativement à ces inscriptions, la Lettre de P. Du Bosc , ministre protestant a Caen , à M. Du Tôt. ( Vie de Pierre Du Bosc> par Philippe Le Gendre, p. 431.

1 Histoire de la Persécution faite à l'église de Rouen, etc., p. 68. » Histoire de la Persécution faite à l'église de Rouen , etc., p. 19.

Trop sûrs qu'on ne tiendrait deux aucun compte, que leur infortune ne touchait pas, et alléguant seulement l'intérêt de l'État , ils signalaient le danger de voir diminuer la population et languir le commerce, si les religionnaires , privés de leur culte, allaient cherchera l'étranger cette liberté que leur refusait la France. Ils parlaient de ces manufactures, dont les chefs (presque tous religionnaires) pouvaient émigrer, et que leurs nombreux et habiles ouvriers ne manqueraient pas de suivre; de ces matelots et gens de mer , nombreux aussi en Normandie , si utiles au pays , sûrs , s'ils passaient a l'étranger, d'y trouver un abri , du travail et du pain1. Hélas! c'était chose convenue, en France, de n'écouter, en cette matière, ni l'humanité, ni la justice , ni même les intérêts du pays. Dans le dessein , dès long-temps conçu, de révoquer ledit de Nantes, on avait, à l'avance, ôté aux religionnaires tous les droits que leur accordait cet édit , afin qu'après cela , la déclaration qui les révoquerait tous ensemble , ne parût plus que la dernière rédaction et comme le résumé de tant dédits sans nombre , publiés en détail jusqu'à ce jour. Et, par exemple, tous les temples des réformés une fois

• Histoire de la Persécution faite à l'église de Rouen, p. 47 et ni?. — La Fie de Pierre Du Bosc, ministre du saint Évangile, p. «9, 70.

rasés au niveau du sol, que sérail la clause qui allait bientôt défendre le culte?

Le « juin i «85, A. Rouen, le dénouement du procès du prêche,

le Parlement . .

Rassemble pour approchant désormais du terme , y occupait vive-

»oie*nneT, où n y ment tous ^es esprits; et la parfaite innocence

allait dn prêche * jes minjstres n'y était pas moins notoire que I Indes ministres , et J r a

du cuite réformé, variable résolutiou du Parlement, de les bannir,

et de faire démolir ce qui restait encore de leur

temple. Au 6 juin avait été fixé le jugement du

prêche y des ministres s des relaps, des enfants que

Ton voulait enlever à la réforme ; des parents reli-

gionnairesqui les avaient menés au prêche; et, ce jour

là , de bonne heure , une innombrable multitude

interrogatoire obstruait lesavenuesdu palais. Les ministres furent,

ministre! ^n? à avan* tout, introduits dans la grand'chambre; et

subir dans la je ne sais si , en ce moment décisif et suprême,

grand* chambre. J *

on n'avait point espéré de leur indignation quelque imprudence propre à suppléer aux torts qu'ils n'avaient pas, et à donner quelque couleur à cette condamnation au bannissement , déjà portée contre eux à l'avance. Mais ils étaient tous trois sur leurs gardes; et, à la vérité, il leur fallut de la patience; car, seulement, en ce qui touchait Esther Hue de Montaigu , un arrêt du Conseil figuraitaux pièces1, décisif à l'égard des enfants de pères morts religionnaireSy et qui, au cas où les mères de ces enfants

1 Arrêt du Conseil, de mai 1683.

viendraient à embrasser la religion catholique, les avait conûés aux soins des parents du père y comme loi religionnaires; or, cet important arrêt, rendu pour la Normandie ( notez ce point ) , il se trouva que le conseiller rapporteur Fauvel de Touvents n'en avait pas, seulement, lu le titre; et ses réponses aux objections des ministres rendirent le fait si notoire, que MM. de la grand chambre en étaient honteux, et que lui-même , à son bureau, balbutiant, rouge et confus , ne savait quelle contenance garder; jusqua ce que le président Poërier d'Àmfreville, pour le tirer de peine, apostropha rudement l'un des ministres, feignant de comprendre qu'il avait osé critiquer les édits du roi. Comme donc ce ministre argumentait de ledit du 17 juin 1683, qui attribue à la religion catholique les enfants, seulement 9 dont les pères auront abjuré , et ne dit rien pour le cas de l'abjuration de* mères , « Vous n'auriez donc pas ( interrompit ce président) fait la déclaration du roi comme elle est, si vous y eussiez été appelé? Comment done l'auricz-vous faite?* En ce pas si glissant, le ministre, tenant bon, sans se laisser choir, « Je respecte les ordonnances du roi ,et ne les juge pas y (répondit-il. ) liais je pense que si le roi eût voulu que les enfants des mères converties fussent élevés dans l'église roumaine, aussi bien que les enfants des pères convertis, U les auroit nommées comme les pires , puisque cela

Les trois ministres sont mis

en arrêt

pendant qu'on

délibère.

Particularités

de cette délibération.

ètoil indispensable pour établir une nouvelle jurisprudence; qui auroit aboli les lois anciennes, confirmées 9 tout de nouveau j par un arrêt du Conseil et des lettres de M. le garde des sceaux Chdteauneuf* . »

Leurs réponses, sur tous les autres points , avaient été non moins péremptoires et aussi sages; et, enfin, rien n'étant désormais plus avéré que leur innocence ; qu'on juge de leur étonnement lorsqu'au sortir de la grand chambre , chacun d'eux se vit abordé par un huissier, chargé de le mettre en arrêt 1 Le prétexte était qu'ils n'avaient point remis au Parlement tous les registres du prêche. Maison n'avait voulu, au fond , que persuader , par là , à la multitude qu'ils étaient de grands coupables. Elle était déjà si portée à le croire ! Aussi, la populace, venue là en foule, battait-elle des mains, comme à une comédie. Les honnêtes gens , pour eux , s'attristaient de ces injustes et inutiles rigueurs. La mère d'un de ces ministres les félicitait de ce que « Dieu ne les avoit pas jugés indignes de souffrir opprobre pour son nom. » En somme, cela n'allait qu'à inspirer pour eux plus d'intérêt ; et voilà tout l'effet que cette maladroite mesure devait produire*.

Pour les juges, ils délibéraient, à cette heure. Presque seuls ( on le doit dire ) , les conseillers

1 Histoire de la Persécution faite à l'église de Rouen , p. 69. 3 Histoire de la Persécution faite à t église de Rouen , p. 6G.

clerc* firent entendre des avis modérés, justifiant la confiance des trois ministres qui ne les avaient point voulu récuser. Le chanoine grand-trésorier Brelel de Grémon ville , abandonnant le précité y déjà condamné, et dont la ruine, aussi bien, ne lui pouvait point déplaire , n'en soutint pas moins vivement l'innocence des trois ministres; et ce fut en cette occasion qu'il osa dire, sur toutes ces misérables procédures, les généreuses paroles que nous rapportions tout à l'heure. * Dfos pères y ( avait-il ajouté ) , nos pères, s'ils revenoient au monde 3 nous éitavoueroient y comme indignes de la robe qu'ils ont portée avec tant d'honneur1. »

Deux autres conseillers-clercs (D'Argouges et Du Tot-Ferrare) , suivant cet avis, le président Poërier d'Amfreville, qu'irritaient ces votes, et qui tremblait que le Parlement n'y passât, s'écria, dans son angoisse que « cétoit l'affaire du père La Chaise* et de l'archevêque de Paris2 » , ce Harlay de Cbanvallon, ancien archevêque de Rouen, si exact naguère à venir au palais faire enregistrer et amplifier les édits de rigueur. Ces deux noms , cependant, produisant tout l'effet qu'en avait espéré D'Amfreville , le reste de MM, de la grand'chambre ( un seul excepté ) opina du bonnet, sans

1 Histoire de la Persécution faite à V église de Rouen, p. 19.

1 La rie de Pierre Du Bosc , ministre du 9aint Évangile, p. C9, 70.

mol dire; c'est à savoir qu'avec le temple, on allait frapper les prêtres, disperser le troupeau, tenir enfin pour avérés des faits dont pas un n'était véritable, et, en tout cas, n'avait été prouvé au Le Parlement procès. L'arrêt est trop notable pour ne point fi-

nd son arrêt; x ....

verses disposi- gurer tout entier dans cette histoire. Il ordonnait arrêt. 'a démolition et le rasement du prêche de Quevilly , jusqu'aux fondements; l'érection, à sa place, d'une croix de pierre, haute de vingt pieds, dér corée des armes du roi. Au jour de la démolition, défense à tous, quelle que fût leur religion, de s'attrouper pour y être présents , et d'y apporter empêchement ou trouble. A l'Hôtel-Dieu , à l'Hôpital général étaient adjugés deux tiers des matériaux, et l'autre tiers aux Nouvelles Catholiques*. Aux hospices étaient attribués aussi tous les biens meubles et immeubles du prêche. A leurs administrateurs devaient être rendus des comptes par les ministres dépossédés , et remis les registres et titres concernant tous ces biens. Venait, alors, le tour des ministres eux-mêmes, contre lesquels (notez ce point) on n'avait osé articuler aucun grief dans cet arrêt. Ils n'en étaient pas moins condamnés, chacun, à 100 liv. d'amende; interdits de

1 Le Conseil, cassant cet arrêt, au chef, seulement, qui adjugeait le tiers des matériaux aux Nouvelles Catholiques , adjugea la totalité de ces matériaux aux hôpitaux , conformément aux déclarations. {Beg. secr.9 21 juillet 1685.)

toutes fonctions du ministère; et, au lieu que les plus dures déclarations du roi s'étaient bornées à exilera six lieues les ministres pris en faute , ceuxci , innocents , étaient bannis à vingt lieues de la ville où avait été leur prêche , avec ordre exprès d'être toujours éloignés , de trois lieues au moins, des localités où pouvait rester encore quelque reste de prêche. Aux religionnaires privés de leur temple, étaient interdits, désormais, tout exercice de leur religion , et toute assemblée publique ou particulière à cet effet. Tous ministres, de quelque lieu qu'ils fussent, se trouvant à Rouen, pour l'heure, en devaient sortir incontinent, et s'en éloigner, au moins, de trois lieues, ou leur étaient dénoncées les peines les plus sévères. On n'avait laissé aux religionnaires que le baptême , suivant leurs rites. Un seul ministre, commis par le Parlement * Tirait administrer, en maison privée , dans les villes et les campagnes, sauf l'ondoiement, par la sage- femme catholique y au cas de nécessité pressante; et à ce ministre commis avait été interdite toute autre cérémonie du culte1. Après quoi venait le jugement des prétendus relaps et des parents religionnaires , auxquels on faisait un crime d'avoir, conformément aux édits et arrêts du Conseil , mené au prêche ( ce qui n'était point établi), les

1 Reg., 6 juin 1685.

Apre» que l'arrêt enfants de pères religionnaires décédés. Oncles,

et dan^i^paiai» lantes , grands-pères , aïeules , condamnés à 50 liv.

1^££m£ d'amende, s'en seraient, sans doute, aisément

religionnaires, consolés , sansles scènesde violence qui suivirent,

les enfants repu- ^ x #

tés nouveaux immédiatement, cet arrêt. Mais qu'on juge de leur douleur quand , à la fin de l'audience, les huissiers et les gardes vinrent envahir la grand'chambre, leur arrachant brutalement ces enfants si chers, les entraînèrent, malgré leurs cris, et, les enfermant dans des voitures dont était remplie la cour du palais, les menèrent, enfin, ceux-ci au collège, les autres aux Nouvelles Catholiques , d'autres encore au Bureau des valides! Pour cette expédition déplorable, le marquis de Beuvron, le conseiller Fauvel de Touvents avaient donné leurs carrosses. On vit ce conseiller lui-même enlever dans sa voiture , pour la mener aux Nouvelles Catholiques > la jeune Esther Hue, née Montaigu, qui, poussant des cris lamentables, résistait à ces violences avec une telle force , qu'elle cassa toutes les glaces de la voiture \

Résolution de Tous les prétendus relaps avaient été condamnés //d'AigerTpré^ au bannissement perpétuel et à l'amende hono-

f-îes7og^ rable, Noblet, entre autres (le racheté d'Alger), n'osent ini faire dont la résolution ne se devait pas démentir un

faire l'amende

honorable , instant; car, les juges le menaçant des galères,

a laquelle l'arrêt

dn 6 juin Pavait

condamné.

1 Histoire de la Persécution faite à l'église de Rouen , p. 20.

« Tant mieux ! (avait-il dit ,) elles me porteront peutêtre encore une fois sur les côtes d'Afrique, ou j'ai trouvé plus d' humanité parmi les barbares et les ennemis de J. C.y que je n'en rencontre en ce Parlement* ayant toujours eu la liberté d'y prier Dieu suivant les mouvements de ma conscience et la pureté de l'évangile1. » Et, lorsqu'il eut été condamné au bannissement , mais à faire , préalablement, amende honorable devant le grand portail de Notre-Dame , en chemise , la torche au poing , les prêtres, les missionnaires, les moines, et jusqu'à des conseillers au Parlement , se succédaient dans son cachot pour lui persuader de se soustraire , par l'abjuration , à ces ignominies. Mais , lui , au contraire , impatient de faire cette amende honorable, demandait, à grands cris, qu'on en avançât le jour et l'heure , et fatiguait le Parlement de ses requêtes. « // y aura du plaisir à faire amende honorable y avec une si grosse chandelle » ( disait-il ) , faisant allusion à de joyeuses coutumes de Noël et des Rois, chères, de tout temps, aux enfants de la ville1 ; « quon me prépare (ajoutait-il), une belle chemise blanche, pour cette cérémonie. » Visité, dans la conciergerie, par ceux de la religion , qui y cou-

1 Histoire de ta Persécution faite à l'église de Rouen. Rotterdam, 1704 , p. 26 et suiv.

' Histoire de la Persécution , etc., p. 30.

vi. 9

raient à la foule, le Parlement, pensant que « ces gens l'empêchoient de se convertir » , l'avait fait séquestrer, par un arrêt rendu tout exprès1. Mais cette nouvelle rigueur n'avait abouti qu'à le rendre plus résolu, s'il se peut, qu'auparavant. Ses parents, ses amis ne parlaient, dans Rouen, que d'assister , en habits de fête , à son amende honorable; en sorte que le Parlement ayant compris, à la fin, que tout cela n'aboutirait qu'à un scandale, en donna avis au Conseil, et que, sans plus parler d'amende honorable, Noblet fut transféré, de la conciergerie, dans une tour de l'Hôpital général, assez voisine des fossés de la ville, au levant, et dont on voit encore aujourd'hui les restes à l'extrémité des jardins de cet hospice. C'est ce qui reste de l'ancienne tour du Colombier , souvent mentionnée dans le Discours du siège de Rouen, en 1591-92); par G. Yaldory. Là, des missionnaires le vinrent presser encore; mais il avait, toutefois, quelques instants de relâche , où, du haut d'une des fenêtres de la tour, il pouvait voir sa femme et leur jeune enfant, exacts aie venir, chaque jour, épier d'une des prairies voisines de l'hôpital, et aujourd'hui converti en boulevard. Relâché, enfin, un jour, par son geôlier, auquel, sans doute, le Par-

1 Jleg. secr.y 21 juillet 1ft8ô.

leraent rebuté eu avait, secrètement, don né l'ordre, Noblet put presser dans ses bras , sa femme , son enfant, qui 1 attendaient dans la prairie; et ils eurent, bientôt, quitté un pays où il avait dû souvent regretter ses maîtres d'Alger '.

Les ministres de Rouen se préparaient au départ, mais trop lentement au gré du Parlement, qu'inquiétait , qu'offusquait leur présence. Sauf le procureur général Le Guerchois, qui, dès le lendemain de l'arrêt, n'avait pas craint de les qualifier, en ricanant, de défunts curés 2 , les autres magistrats, à leur aspect, étaient assez mal à leur aise. Le conseiller rapporteur Fauvel de Touvents, après n'être vainement efforcé de justifier son procédé , réduit à ne pouvoir plus soutenir l'arrêt qu'il avait fait rendre, s'en était cru quitte , à la fin , pour dire que « le roi le vouloit. » — t Le roi (lui répondit Le Gendre., indigné ), le roi n'a pris aucune connoissance du procès; il s'en est reposé sur les juges; ce ne sera point S. M. qui en rendra compte devant Dieu ; vous en répondrez vous seul* vous qui > étant convaincu* en votre conscience, de l'innocence des accusés, n'avez pas laissé de les condamner et de les flétrir. » La conviction de Le Gendre et son indignation chaleureuse donnèrent apparemment , à

Un des tro

ministres

reproche a

conseiller rt

porteur l'inji

tice de l'arrêt

ejnin — Étra

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